Chapitre deuuuuuux. Youhouuuu xD
La tête de Leah ballote de gauche à droite sous les cahots du train. Mais ça ne la réveille pas.
Leah, de toutes façons, avait l'habitude de dire sa mère, tu danserais le flamenco à côté d'elle quand elle dort que ça ne la réveillerait pas.
Lily regarde sa meilleure amie d'un œil bienveillant. Lily, en s'attachant à Leah, avait découvert en elle quelque chose qu'elle n'y soupçonnait pas : la capacité de faire passer les autres avant elle-même et, même si pour elle les autres ne se réduisent qu'à Leah, Lily trouve que c'est quand même un prodigieux pas en avant.
La petite voix de l'employé de la gare annonce, enfin, leur entrée dans la gare de Berlin.
Lily secoue doucement la jeune fille qui ouvre un œil puis l'autre avant de sursauter violemment.
-Leah…C'est bon…Tout va bien.
-Oui. Oui…
Leah sait bien que tout ne va pas vien. Leah ne veut pas le revoir. Leah ne veut plus souffrir comme elle a souffert à son départ. Non. Leah ne veut pas. Mais Leah a-t-elle la réelle possibilité de faire demi-tour ?
On a toujours le choix ! , tonne une petite voix dans la tête de Leah.
Oui, mais pas moi, répond le désespoir qui habite la jeune fille.
Leah sait bien, que dans le fond, elle a le choix, mais elle ne veut pas reconnaître qu'avec une certaine curiosité elle a envie de voir ce qu'il est devenu, ça, elle ne peut se l'avouer alors elle préfère dire qu'elle n'a pas le choix. Elle préfère se réfugier sous ce masque et se mentir à elle même tout en sachant pertinemment que c'est faux. Et Lily, spectatrice muette de la lutte se livrant dans le cœur de Leah, lit dans les yeux de son amie le paradoxe des sentiments qui l'habite.
Lily et Leah posent leurs bagages sur le quai. Personne ne les attend ici.
Surtout pas lui, songe Leah avec amertume. Surtout pas lui.
Elle s'étire et lance un regard au ciel nuageux de Berlin. Un ciel gris. Un ciel mort. Un ciel qu'elle n'avait pas envie de voir.
-J'ai pas envie de le voir, Lily…
-Menteuse.
Une moue dépitée s'affiche sur le visage de Leah. Elle aurait dû se douter que Lily ne lâcherait pas le morceau comme ça. Elle le savait que Lily l'empêcherait de faire demi-tour. Evidemment.
D'un pas décidé Lily l'entraîna hors de la gare jusqu'à un café.
Un petit café, logé entre un magasin branché et une banque. Un petit café chaleureux où la bonne humeur régnait quel que soit le temps. La musique résonnait dans ce café une musique qui mit un sourire sur les lèvres pulpeuses de Lily. Une chanson qui porte son nom.
La Lily d'avant sa rencontre avec Leah était la même que celle de la chanson. Superficielle, droguée. Leah a appris la valeur des choses à Lily, elle lui a appris à se battre seule et a devenir elle-même. Mais Lily a aussi fait don de quelque chose à Leah. Quelque chose de grand. Quelque chose de beau. Lily a fait don à Leah de la joie de vivre. Et pour cela, Leah, ne lui en sera jamais assez reconnaissante
« Lily, take another walk out your fake world,
Please put all the drug out of your hand,
You'll see that you can breathe without no back up,
So much stuff you got to understand... »
Leah éclate de rire en voyant le grand sourire de la jeune fille. Un rire sincère, éclatant. Un de ces rires si rares qu'ils en deviennent précieux. Le brouhaha dans le café se tût, semblant écouter le son cristallin sortant de la gorge de la jeune fille.
-Oui bon ça va Leah v.v
Les filles s'installent à une table et commandent un chocolat chaud et un thé nature qu'elles sirotent tout en discutant de tout, de rien. De beaucoup de rien puisque que chez elles, peu de choses forment un tout.
-Dis Lily…Pourquoi Berlin, au faites ?
Lily désigna du menton une affiche, gigantesque, collée au mur faisant face au café.
-Oh.
-Comme tu dis.
Leah baisse les yeux avant d'ajouter d'un air désabusé :
-Et tu veux que je l'approche comment ? T'as vu la taille de sa tête sur l'affiche ? –'
-Ca c'est arrangé.
-T'as tout prévu hein ?
-Oui ! )
Leah se renfrogne et Lily sourit de plus belle. Lily est belle quand elle sourit. Lily attire le regard des hommes. Mais, en cet instant, Lily n'a d'yeux que pour Leah. Leah et son air inquiet. Leah et ses dents qui mordillent sa lèvre inférieure quand elle réfléchit. Leah et son sourire tremblant. Tout ce qui fait Leah, en faites…
Lily a du mal à contenir son excitation. Une excitation qui risque d'éclater à toute instant. Elle sait bien que, depuis le Décembre qui marqua la mort de sa mère, Leah a besoin de lui. Mais il n'est pas là. Il a pris le large et Leah dépérit. C'était le seul avant Lily à avoir réussi à percer les illusoires barrières entourant la jeune fille. Le seul garçon à qui elle avait accordé une once de sa confiance.
Et il est parti ! , pense Lily, furieuse. Il l'a abandonnée !
Leah ne dit rien. Elle est retournée dans ses pensées, dans ce lieu si intime que personne n'ose l'accompagner. Dans le seule lieu, où, avec un peu d'imagination elle peut faire revivre sa mère.
-S'il n'a pas pris de mes nouvelles c'est qu'il ne souhaite pas me revoir Lily.
-Qui sait ? Certainement pas moi.
Lily a du mal à admettre qu'elle ne possède pas la réponse à la question de Leah. Cette réponse qui apaiserait tant de chose dans le cœur de Leah, elle ne peut pas la connaître et la lueur de souffrance qui perce dans les yeux de son amie lui pince le cœur. Elle n'aime pas voir Leah malheureuse.
Qui aimerait voir sa sœur malheureuse, en même temps ? , songe Lily avec dépit. Qui aurait cette cruauté ?
Leah a quitté l'espace confiné du café depuis longtemps, si ce n'est physiquement du moins mentalement, et son esprit vagabonde le long des rues du Berlin glacial qui les accueillent, elle et ses espérances. Elle retrace les routes, elle redessine les arbres et les contours des maisons, elle se crée son propre Berlin tout en rondeur et en paix.
Leah aime les utopies, ses portes ouvertes aux plus grands rêves pour l'Humanité. Ces utopies où l'Homme vit heureux.
Le bonheur. Cette notion lui gifle le visage. Qu'est-ce que le bonheur ? Cette question c'est son prof de philo de l'année dernière qui lui avait posée. Elle n'avait pas su répondre. Et pourtant…Pourtant cela la frappa de plein fouet : « Le bonheur c'est oublier de croire au malheur. » Evidemment…
Lily contemplait le regard vide de Leah, profondément perdue en elle-même, puis, son regard se perd sur la pendule en forme de trèfle à quatre feuilles qui trône au-dessus de la porte du café.
17h30. Déjà.
Le tour s'achèvera bientôt.
