Chapitre 3 :

Présent, Vallée de la Mort :

Bien que natif de Californie, Don ne connaissait la Vallée de la Mort que de nom. Mais il s'en était fait une petite idée à travers les westerns et les bandes dessinées qu'il lisait dans sa jeunesse. Dans son imaginaire, cette Vallée désertique, lui évoquait les crânes blanchis de bœufs morts d'épuisement, les croix sommaires de tombes éparpillées dans le désert, l'illusion de mirages lointains qui tremblent dans l'air brûlant. Et lorsque, enfin, les malheureux voyageurs trouvent l'eau d'un bleu de ciel sur le sol jaune, ce ne sont que mares empoisonnées bordées de rameaux desséchés. Don n'avait jamais imaginé que cette image était proche de la réalité, les croix en moins. Et jamais il n'aurait pensé, même dans ses pires cauchemars, devoir lutter contre la mort dans ce paysage lunaire et aride.

Tellement aride qu'il avait dû mal à croire qu'il y a 11 000 ans, ce désert, ses fonds blancs de sel, sa végétation dispersée, les flancs de ses montagnes, était couvert de 150 à 180 mètres d'eau. Et que plusieurs lacs, très étendus ou simples marécages selon l'époque, s'étaient succédé pendant 240 000 ans. Le dernier datait de 5 000 ans. En 1969, des précipitations exceptionnelles avaient emplis le bassin de Badwater de près d'un mètre d'eau. Un batelier s'y était même déplacer à la rame !

Cette pensée fit sourire Don mais il fut vite remplacer par un pincement au cœur de désespoir. Il pensait à son frère et à son père. Il n'avait pas le droit de mourir. Pas après que Charlie et Alan aient difficilement remontés la pente après la mort de Margaret. Don était pratiquement certain qu'ils ne survivraient pas à sa mort.

« Tu es avec moi Don ? »

Il ouvrit faiblement ses yeux et ressentit un peu de réconfort. Il n'avait pas rêvé. Liz était vraiment avec lui.

« Liz »

Don avait prononcé le nom de son ange en obstruant du sang. Une désagréable sensation de liquide chaud coulant le long de sa mâchoire lui mit les larmes aux yeux.

« Shhh. Essaie de te détendre. »

« …'arrive pas. »

Liz mit sa main sur la joue de Don et lui caressa la temple avec son pouce, geste que Don faisait tous les matins pour la réveiller.

« Parle-moi. Ça t'aidera. »

« Tu sais d'où la Vallée de la Mort tient son nom ? »

« Non »

« Elle détient son nom d'un incident qui s'est produit pendant la ruée vers l'or en Californie en 1849. » Don haleta en grimaçant de douleur mais il continua tout de même son histoire. « Une petite expédition de chercheurs d'or a tenté un raccourci vers la Californie mais elle s'est perdue dans la Vallée. Avant de trouver une issue, certains des membres ont péris de la chaleur intense et du manque d'eau. »

« C'est avec cette histoire que tu compte te détendre ? »

« …intéressant ! »

« Oui, c'est intéressant. Mais je pensais que tu pourrais me raconter quelque chose de beaucoup plus gai. »

Don se permit de fermer ses yeux quelques secondes mais Liz le secoua par l'épaule.

« Tu dois rester éveiller. »

« …fatigué. »

« Encore un petit effort. Charlie va bientôt arriver. Alors, tu n'as pas d'histoire drôle à me raconter ? »

« … »

« Tu te souviens de tous les éclats de rire que nous avons eu tous les deux ? »

Pour toute réponse, Don se mit à tousser et à cracher violemment du sang. Alarmée par l'agonie de Don, Liz pria intérieurement pour que les secours arrivent, sans quoi il la rejoindrait très bientôt.

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Plusieurs jours auparavant :

Don afficha la photo de Louka Gauthier sur l'écran plasma et fit un compte rendu sur ce dernier à son équipe.

« Louka Gauthier, indien, membre des tribus sioux, était un membre du « Mouvement pour la reconnaissance des Indiens d'Amérique. Il revendiquait des droits pour les tribus indiennes. Depuis 1976, il est emprisonné au pénitencier de Leavenworth en Pennsylvanie. Il a 60 ans et purge une double peine de perpétuité, accusé du meurtre de deux agents fédéraux. Il a toujours clamé son innocence. Ses défenseurs soutiennent qu'il a été victime d'un procès politique et d'une condamnation « pour l'exemple », alors qu'il n'existe aucune preuve de sa culpabilité. »

- « Il n'a jamais bénéficié de remises de peine ? » Demanda Megan.

-« Toutes ses demandes de mise en liberté ont été refusées et il a épuisé toutes les voies de recours qui lui étaient ouvertes. »

« Donc, sa seule chance de libération est la grâce présidentielle. » Constata David.

- « Oui, mais Gauthier renonce à lancer une nouvelle campagne pour l'obtention de la grâce présidentielle. Il ne veut pas quémander sa liberté au président actuel, ardent défenseur de la peine de mort. Aussi, Gauthier et ses avocats essaient de définir un nouveau plan de bataille. Ils ont déposé une plainte dans le cadre de Loi sur la Liberté de l'Information, pour obtenir la déclassification de plus de 100 000 pages sur cette affaire. Pages qui sont toujours classées par le FBI et la CIA pour des raisons de sécurité nationale. Le but de cette action est d'obtenir de nouvelles preuves. Ce qui leur permettrait de ramener leur affaire devant différentes cours de justice. Pour l'instant, ils ont réussi à obtenir de notre bureau la remise de 30 000 pages.

Les avocats ont aussi déposé une assignation en Habeas Corpus devant la cour fédérale de Californie afin d'attaquer la Commission des libérations sur parole dans son refus d'examiner l'affaire Gauthier et de la renvoyer systématiquement à l'année 2010 alors que cette Commission doit être démantelée en 2004.

Enfin, dernièrement, ils ont déposée une action en justice dans le cadre du droit civil américain. Gauthier et ses avocats veulent attaquer le FBI pour son rôle dans l'affaire depuis 1974. Par cette plainte, ils espèrent faire condamner le FBI et l'empêcher, avec les procureurs du procès initial, de continuer leurs soi-disantes malversations et leur prétendu travail de désinformation à chaque fois qu'il est possible d'obtenir justice. »

- « Bien, il n'a pas posé la bombe mais il en est peut-être le commanditaire. » Suggéra Colby.

« J'ai aussi pensé à ça. J'ai demandé au pénitencier de me faire parvenir la liste de toutes les personnes qui ont rendu visite à Gauthier et j'attends des informations complémentaires de l'ordre des avocats sur ses défenseurs. Nous ne devons négliger aucune piste. Pour l'instant, il n'y a eu qu'un petit attentat mais j'ai le sentiment qu'il y en aura d'autres. Liz, où tu en est avec le mouvement des Indiens ? »

« Le MRIA n'a pas survécu longtemps après l'emprisonnement de leur leader, Gauthier. Il a été dissous environ dix ans après. Le mouvement était mené par les chefs spirituels de chaque communauté indienne et par les aînés de ces communautés. Il exprimait les revendications des nations autochtones. Selon la philosophie du MRIA, la spiritualité aurait une incidence sur la force nécessaire pour inverser la ruineuse politique des Etats-Unis, du Canada et d'autres gouvernements colonialistes de l'Amérique centrale et du Sud. Pendant toutes les années de son existence, le mouvement a organisé des communautés et créé des opportunités pour les personnes à travers l'Amérique du Nord et du Sud, ainsi que le Canada. Son siège était à Los-Angeles et des bureaux dans de nombreuses villes, les zones rurales et les nations indiennes. Le MRIA a maintes fois porté avec succès en justice des actions contre le gouvernement fédéral pour la protection des droits des nations autochtones garantis dans les traités, de la souveraineté, la Constitution des Etats-Unis et des lois. La philosophie de l'autodétermination sur lequel est construit le mouvement est profondément enraciné dans les traditions de spiritualité, de culture, de langue et d'histoire. Enfin, le mouvement avait développé des partenariats pour répondre aux besoins communs des populations. Son premier mandat était d'assurer le respect des traités conclus avec les Etats-Unis.

L'arrestation de Gauthier pour le meurtre des deux agents fédéraux a porté le discrédit sur le mouvement…»

Liz fut interrompue par un agent entrant dans la pièce :

« Agent Eppes, le rapport sur la bombe de l'officier Clarck vient d'arriver. »

- « Parfait. Merci Peter. »

Assis à proximité de la porte, David prit le rapport et fit part de son contenu.

- « C'est de la nitroglycérine non industrielle fait par un amateur. C'est du boulot rudimentaire. De l'acide nitrique et sulfurique, de la glycérine et bicarbonate de sodium.»

« Il y a quelques chose de spécial ? » Demanda Colby

« Eh bien en fait oui. Le carbonate n'est pas celui que l'on voit d'ordinaire. C'est du bicarbonate de soude. »

« C'est la même composition que les bombes utilisés il y a une trentaine d'années. » Affirma Liz.

« Mais je pensais que le MRIA était une organisation pacifiste ? »

« A vrai dire, c'est assez flou. Le procès de Louka Gauthier a fait grands bruits à l'époque et une sorte de paranoïa générale s'était installée à l'encontre du MRIA. Il semble qu'une campagne de désinformation ait été lancée. L'opinion publique parlait de menaces d'attentats ou d'attaques armées des militants du MRIA pour libérer Gauthier. Il n'y a pas seulement eu des menaces. Des attentats ont été commis et attribués au mouvement. Mais les vrais coupables n'ont jamais été arrêtés. Le FBI a fiché le MRIA comme étant des extrémistes mais il n'y a jamais eu aucune preuve.»

Don regarda sa montre et se rendit compte qu'il était en retard pour son rendez-vous avec Charlie. Il mit fin au briefing et chaque membre de l'équipe se remit au travail. Quant à lui, sous le regard étonné de Liz, il attrapa sa veste à toute volée en passant devant son bureau et se dépêcha vers les ascenseurs.

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Charlie attendait son frère sur le parking de Calsci, légèrement inquiet. Don devait déjà être là depuis au moins vingt minute. D'ordinaire, lorsqu'il lui arrivait d'être en retard, il faisait toujours tout son possible pour prévenir, sachant pertinemment que sans cela sa famille s'inquiéterait. Aussi, le fait que Charlie n'ait eu aucune nouvelle de son frère, l'angoisser quelque peu. Ce n'est pas normal. Il lui est certainement arrivé quelque chose.

Charlie rumina encore quelques minutes jusqu'à ce que le camion de son frère apparaisse et s'arrête devant lui avec un crissement de pneus.

« Excuse-moi, Charlie. Je n'ai pas fait attention à l'heure. »

« C'est bien la peine de regarder cinquante fois ta montre par minute. » Bougonna Charlie en montant dans le SUV, mais immensément soulager. « Tu aurais pu me prévenir. »

« Je t'ai laissé un message aussitôt après m'être rendu compte de mon retard. Si tu avais allumé ton téléphone, tu l'aurais eut. Mais monsieur tête en l'air a encore oublié de le faire. »

« Je ne suis pas si tête en l'air que ça ! Je l'allume toujours en sortant d'un cours. »

Mais éprit d'un doute, Charlie vérifia tout de même et constata que son frère avait raison.

« Oh »

« Ouais, oh »

Une demi-heure plus tard, les deux frères étaient dans une bijouterie du centre-ville. Le bijoutier leur présentait différentes bagues, toutes aussi belles les unes que les autres. Il y en avait pour tous les goûts, de la plus excentrique à la plus simple. Don avait toutes les difficultés pour en choisir une.

« Tu devrais en choisir une qui reflète la personnalité de Liz. » Lui conseilla Charlie

« Que penses-tu de celle-ci ? »

Charlie regarda de plus près la bague que lui désignait Don. C'était une bague avec trois diamants sertis de barrettes en or jaune.

« Elle est belle mais je la vois mal sur Liz. »

« Ouais. Tu as raison. Je ne sais vraiment pas laquelle choisir, Charlie. Elles sont toutes belles. »

« Hé ! Regarde celle-là ! » Le bijoutier lui permit de sortir la bague de son écrin et il la présenta à Don.

Celui-ci la prit dans ses mains et l'examina attentivement. C'était une bague nommée « Fleur de Diamants », représentant une petite fleur en or blanc sertis de diamants.

« Je l'aime beaucoup. Elle est simple, discrète, naturelle et sans superflue. »

« Tout comme Liz. »

« Vous avez fait votre choix, Monsieur ? » Demanda le bijoutier.

Don rechercha l'approbation de son frère et inclina la tête.

« Oui. Je vais prendre celle-ci. »

« C'est un excellent choix, Monsieur. Votre fiancée ne peut que l'aimer. Je vais vous la préparer. »

Le bijoutier disparut un instant dans l'arrière boutique le temps de mettre la bague dans une petite boîte argentée.

« Merci Charlie. Si tu n'avais pas été là, je n'aurais pas su laquelle choisir. »

«Y'a pas de quoi, Don. Ça me fait plaisir de pouvoir t'aider. »

« Je m'occupe peut-être de ce qui ne me regarde pas mais ces bagues ne te donnent pas des envies pour toi et Amita ? »

Prit de court par la question, Charlie réfléchit trop longtemps, si bien qu'il n'eut pas le temps de répondre avant le retour du bijoutier. Don le remercia et les frères se dirigèrent vers le SUV.

« Tu sais, Don, c'est vrai qu'Amita et moi sommes désormais un couple solide, enfin je pense. Mais, tu vois, c'est truc-là, ce n'est pas évident. C'est trop compliqué pour moi. Je suis bien avec elle, je l'aime et, pour l'instant, ça me suffit. J'ai peur de me sentir emprisonné si je le lui demandé. »

« Je pensais comme toi, Charlie. J'avais peur de perdre mon indépendance et je pensais que Liz méritait quelqu'un de mieux que moi. Je pense que je ne me sentais pas prêt. Maintenant je le suis. »

« Comment tu as su que tu étais prêt pour faire le grand saut ? »

« Je ne sais pas trop. C'est comme si quelque chose s'était déclenchée à l'intérieur de moi. J'ai fini par comprendre que Liz était la femme avec laquelle je voulais passer le reste de ma vie et que j'avais besoin de concrétiser mon amour pour elle à travers cette bague. Tu le sentiras lorsque tu seras prêt, Charlie. Ça ne se commande pas. Tu le sais, c'est tout. Mais, de toute façon, le mariage n'est pas une obligation. Tu peux très bien vivre avec Amita sans être marier. Ça ne changera rien à ton amour pour elle. »

« Mais si Amita veut se marier et que je ne veux pas ? »

« Tu n'auras qu'à lui expliquer comment tu te sens par rapport à l'idée du mariage. Amita est une femme bien. Je suis sûr qu'elle comprendra. »

« Et si elle ne le comprend pas ? »

Don sortit les clés de sa poche et ouvrit le camion.

« Là, tu m'en demandes beaucoup, p'tit frère. Je ne suis pas un expert en relations amoureuses. Loin de là. Je l'ai souvent prouvé d'ailleurs. »

« Bah, de toute façon, ce n'est pas pour demain. Je n'ai pas besoin de m'inquiéter de cela maintenant. »

« Exactement, Charlie. Chaque chose en son temps. »

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Sur le chemin de la maison, Charlie était étrangement silencieux, son visage obstinément tourné vers la fenêtre.

« Tout va bien Charlie ? »

Profitant d'un arrêt à un feu rouge, Don posa une main sur son épaule et l'incita à le regarder. Celui-ci tourna sa tête et Don eut un choc en voyant une humidité soupçonneuse dans ses yeux.

« Charlie ? Qu'est-ce qui ne va pas ? »

« Rien. Tout va bien.»

« Vraiment ? Tu me le dirais si quelque chose n'allait pas ? »

Charlie répondit par un petit signe de tête et reporta une nouvelle fois son regard vers la fenêtre. Tout en essayant de garder son attention sur la route, Don lui jetait de temps en temps des petits coups d'œil. Qu'avait-il bien pu dire ou fait qui puisse mettre Charlie dans cet état ? Il avait pourtant l'air d'avoir apprécié autant que lui leur après-midi. Bah, lorsqu'il était petit, Don avait toujours dit à ses parents que Charlie aurait dû être livré avec le mode d'emploi.

Les deux frères restèrent chacun perdu dans ses pensées jusqu'à ce que Charlie se décide enfin à parler.

« Don, nous sommes de vrais frères maintenant ? »

Surpris par la question et la note d'espoir dans la voix de son frère, Don fronça les sourcils.

« Evidemment que nous sommes des frères. C'est quoi cette question ?! »

« Ce que je veux dire, c'est est-ce que nous sommes finalement des frères dans l'âme, pas seulement des frères de sang ? »

Remarquant l'incompréhension flagrante de Don, Charlie continua :

« Ce que je veux que tu comprennes c'est qu'aujourd'hui j'ai enfin eu la sensation d'être réellement ton frère. Je ne me souviens pas avoir déjà eu un moment aussi fraternel avec toi. C'est vrai, en dehors de notre collaboration pour le FBI, nous ne pouvons pas dire que nous passons beaucoup de temps ensemble, juste toi et moi. »

« Attends Charlie, comment tu peux dire ça ? Nous faisons pas mal de choses ensemble en dehors du travail ! »

« Quoi par exemple ? »

Don prit le prétexte de la nécessité de se concentrer pour s'engager sur l'autoroute bondée afin de prendre le temps de réfléchir. Mais Charlie n'était pas dupe.

« Bien sûr, nous allons parfois boire un verre ensemble et tu passes plus de temps à la maison qu'autrefois, mais ça ne va jamais plus loin. Alors que depuis que tu m'as annoncé que tu voulais te marier avec Liz, et le fait que je sois le seul dans la confidence, j'ai véritablement l'impression de faire parti de ta vie, que tu veux bien de moi. »

« Tu as toujours fait parti de ma vie. Je sais que je peux parfois paraître distant, même détaché, mais ça ne signifie pas que je ne veux pas de toi dans ma vie. Je t'ai toujours aimé et ça ne changera jamais. Tu seras toujours dans ma vie, quoi qu'il arrive. »

« Pourtant tu ne m'avais jamais dit pour Kim et toi. Si Kim n'était pas venu à Los-Angeles et si je n'avais pas découvert la bague en fouillant dans ton carton, je serais certainement encore dans l'ignorance.»

C'était un coup bas et Charlie en avait bien conscience. Mais c'était l'un des points sombres qui ne demandait qu'à être éclairci entre Don et lui. Cependant, au regard blessé de son frère, Charlie se rendit compte trop tard que ce n'était peut être pas le bon moment pour en parler.

« Excuses-moi Don, je n'aurais pas dû. Oublies. »

« Non. Tu as raison. Je sais que j'aurais dû t'en parler mais comme je te l'ai déjà dit…à cette époque, on vivait dans deux mondes différents. Ce n'est pas que je ne voulais pas te le dire, c'est juste que…je ne sais pas. On avait chacun notre vie. Et puis l'occasion pour t'en parler ne s'est jamais présentée. Maman est tombée malade, je suis rentré à la maison et…et tu connais la suite. Je suis vraiment désolé si je t'ai blessé, ce n'était pas mon intention. »

« Ce n'est rien. Je veux seulement qu'il n'y ait plus de secret entre nous.»

Don acquiesça de la tête en se garant dans l'allée de la maison. Il arrêta le moteur et regarda son frère.

« Et si on oubliait toutes les erreurs du passé et on ne retient que les bons souvenirs ? »

« D'accord. »

Les deux frères se donnèrent la poignée de main pour sceller le pacte. Don s'apprêta à descendre de voiture mais Charlie l'arrêta dans son mouvement.

« Don, il y a une autre chose que je voulais te dire. Je suis heureux que tu sois resté après la mort de maman. »

« Moi aussi.»

- « Tu ne regrettes pas ?»

Don referma la porte et se perdit dans ses pensées une petite minute.

- « C'est vrai que parfois il m'arrive d'avoir des regrets. »

L'expression triste de son petit frère ne lui échappa pas.

- « Ce n'est pas la réponse que tu voulais entendre. »

- « Non. »

- « Je ne veux pas te mentir, Charlie. Tu sais, à Albuquerque, j'avais trouvé une sorte d'équilibre. Je savais qui j'étais, je savais ce que je voulais et de quoi j'étais capable. J'avais enfin l'impression de construire quelque chose de durable, aussi bien au plan professionnel que privé. J'étais heureux avec Kim. On commençait même à parler d'enfant. Tu imagines ?! Mais lorsque je suis revenu à LA, tout s'est écroulé. De nouveau, je ne savais plus où était ma place et à qui je pouvais faire confiance. J'ai dû tout reconstruire en laissant derrière moi la femme que j'aimé. Alors oui, parfois, je regrette mon ancienne vie. Mais aujourd'hui je n'ai plus autant de regrets. J'ai une équipe soudée et compétente, je peux voir papa autant de fois que je veux et j'ai Liz. Mais surtout… »

Don s'arrêta un petit instant pour que Charlie le regarde dans les yeux.

« Mais surtout j'ai retrouvé mon petit frère. Et rien que pour ça, tous mes regrets en valent la peine. »

La gorge nouée par l'émotion, Charlie fut incapable de répondre oralement. Aussi, il étonna son frère en l'étreignant. Celui-ci lui renvoya l'embrassade sans un mot. Un silence s'installa, vite perturbé par le téléphone de Don.

« Eppes…quoi ?!...C'est ce que je craignais. Bien, j'arrive tout de suite. »

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Il y a eu un nouvel attentat. Je dois y aller. »

« Où ça ? »

« Au bureau des Marshals, à Jefferson. Plusieurs d'entre eux ont été tués. »

« Tu m'appelles si tu as besoin d'aide. »

« Promit. Encore merci pour ton aide.»

Charlie descendit de voiture et Don partit, sirènes hurlantes. Le jeune génie resta sur le bord du trottoir jusqu'à ce que le SUV disparaisse de sa vue puis il entra dans la maison, le cœur moins lourd.

A suivre