Bonjour,

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira. Personnellement je ne le trouve pas très interréssant, mais il faut bien poser les bases, pour que ce soit solide. Sinon, les prochains chapitres seront plus long à venir, je pense. En effet, je n'avais pas prévu que j'aurais autant de bouquins à lire et de trucs apprendre pendant les vacances (prépa l'an prochain). Vous me direz, ce n'est pas grand chose, des livres, mais vous verriez la pile monstrueuse qui traine sur mon bureau... Heureusement que j'aime lire !

Un grand merci aux reviewers, j'espère de tous coeur que ce chapitre ne vous ennuiera pas trop.

Chapitre 2 :

Sirius Black leva son verre à la hauteur de ses yeux et examina le liquide doré qui scintillait à l'intérieur d'un air rêveur.

« Quoi il te plait pas, mon whiskey Pur-Feu ? Grogna Abelforth derrière son comptoir. »

Sans répondre, le sorcier avala son verre d'une traite en faisant la grimace.

Abelforth, comme à chaque fois que son pub ne comptait que trois ou quatre clients, était de mauvaise humeur. Il entreprit de nettoyer le comptoir tâché avec un chiffon tout aussi sale en jurant entre ses dents.

Sirius le regarda d'un air narquois. Sauf quelques rares jours dans l'année, le pub d'Abelforth était toujours bondé. Depuis quelques années, on aurait dit que tous les lascars, les mauvais bougres à l'haleine putride et la joue mal rasée s'étaient donné rendez-vous. Ils avaient l'impression de pouvoir comploter en paix.

Et ce n'était pas Abelforth qui allait les contredire.

« Tu as pris goût à l'argent, mon ami, affirma Sirius d'un ton railleur. Fais attention à toi ! »

Il montra son verre vide au vieil homme qui le remplit de nouveau.

« Je me demande qui de nous devrait faire le plus attention, répliqua sèchement le vieil homme. »

Sirius hocha la tête avec agacement et plongea son regard dans le liquide ambré. Il avait chaud…

« C'est le dernier, ajouta t-il. En tout cas pour ce soir… Vaut mieux que tu sois encore un peu sobre si tu dois voir un indic. »

« Pas un indic, grimaça Sirius après avoir avalé son verre. »

« Ah bon ? demanda Abelforth avec une lueur d'intérêt dans les yeux. »

Il lâcha son chiffon crasseux et s'approcha de lui avec un air de conspirateur.

« Qui alors ? »

« Resserre-moi, exigea Sirius avec froideur. »

Abelforth arqua un sourcil.

« Tu es simplement venu ici pour te bourrer la gueule, c'est ça ? fit le vieille homme d'un air contrarié.

« Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Resserre-moi… S'il te plait. »

Le vieil homme secoua la tête. Il avait un regard un peu triste, mais Sirius ne sembla pas le remarquer. Il commençait à se sentir bien…

« Je ne serais pas complice de ta décadence, Black. »

Puis, plus bas :

« Quel gâchis… »

Soudain, une nouvelle personne entra dans le pub. C'était un homme de taille moyenne à l'allure discrète, qui semblait chercher quelqu'un du regard. Abelforth l'examina avec attention. C'était la première fois qu'il le voyait. Son allure n'était pas celle d'un voleur minable, comme ce Fletcher qu'il ne pouvait pas sentir, au sens propre comme au figuré. Des cernes sous les yeux, il avait néanmoins l'air propre sur lui.

« Je peux vous aider, monsieur ? demanda t-il dans un grognement.

Le regard de l'homme sur la silhouette massive de Sirius s'éclaira.

« Merci, dit-il en s'approchant, mais j'ai trouvé ce que je cherchais. »

Sirius se retourna d'un air renfrogné.

« T'as pris ton temps, dit-il en guise de bonjour. »

« J'ai fait comme j'ai pu, se justifia l'inconnu. »

Il s'approcha de lui et s'assit à ses côtés.

« Une bierraubeure, s'il-vous-plait, demanda t-il poliment au vieil homme. Et pour lui, un grand verre d'eau, ajouta t-il en désignant Sirius. »

« Pas soif, fit l'autre d'une voix pâteuse. »

« Si, si, t'as soif, répliqua l'inconnu avec colère. Tellement soif que tu vas boire cul sec, ça te remettra un peu les idées en place. »

Abelforth servit les deux verres en jetant un coup d'œil approbateur au nouveau venu avant de s'éloigner pour les laisser causer en paix.

« Allez, ordonna t-il en lui tendant son verre. »

Sirius soupira, puis s'exécuta.

« Ca va mieux ? »

« Ouais… »

L'inconnu secoua la tête d'un air affecté.

« T'aurais pas dû venir, lâcha t-il après quelques secondes. »

« Je t'ai dit que ça allait ! s'écria Sirius, attirant les regards des clients sur lui. »

« Ouais c'est ça. Quand les Harpies gagneront le championnat ! »

« Si t'es venu ici pour m'engueuler, répliqua le sorcier, tu connais la sortie ! »

L'inconnu eut un petit sourire enjoué. Il lança un regard à la ronde avant de jeter un sort de confidentialité discrètement.

« C'est bon, dit-il simplement. »

Sirius se tenait sur sa chaise, complètement avachi. Son regard était lointain, un peu comme le sont ceux qui ont bu. Pourtant, lorsqu'il parla, ce fut de sa voix habituelle.

« Un verre de plus, et je commençais vraiment à partir, James, dit-il d'un air désinvolte. »

« Tu parles ! Abelforth t'a cru, au moins ? S'enquit le dit James.»

Sirius ne put retenir un sourire narquois, mais il se reprit bien vite.

« Est-ce que tu as vu le regard qu'il t'a lancé quand tu lui a demandé un verre d'eau pour moi ? Il a dû croire que c'était le petit cul de Jésus en personne qui s'était pointé ici ! »

« Il s'inquiétait pour toi. »

« Et bien, moi, j'en ai marre de passer pour le dernier des alcooliques, répliqua Sirius d'un ton nerveux. Si un de mes élèves me voyait ici…

« Ce serait marrant, pouffa James.

« C'est pas lui, la taupe, déclara Sirius d'un air sérieux. On le savait déjà bien sûr. Je n'arrive pas à croire qu'Albus aie pu soupçonné son propre frère… »

« Le tien n'était pas mieux, rappela James. J'ai entendu dire qu'il s'était passé quelque chose entre eux, quand ils étaient mômes. Et puis de toute façon, on n'est jamais sûr de rien. T'as du nouveau ? »

« Trelawney m'a encore dit que j'allais mourir, hier, répondit Sirius dans un grognement. »

« Et qu'est-ce que tu lui as dit ? »

« Que la prochaine fois qu'elle me dit une chose pareille, c'est moi qui la tues. Il faut croire que je dois être un peu devin aussi. »

« Autre chose ? »

Sirius acquiesça en reprenant son sérieux.

« Un gosse de Serdaigle, la semaine dernière. Sous imperium. Il a essayé de s'introduire dans le bureau de Dumbledore, quand il était absent. »

« Il cherchait quoi à ton avis ? »

« Je ne sais pas. Mais si tu veux mon avis, Dumbledore ne nous dit pas tout. Il disparaît de plus en plus souvent. Et quand il revient, c'est un cadavre. »

« Je sais, je lui en ai déjà parlé… Si ce n'était pas Dumbledore, on l'aurait collé à l'hospice depuis longtemps ! Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ? »

« Un couple l'a surpris en train d'ensorceler la gargouille. Ils ont essayé de l'en empêcher mais le gosse les a blessé, et pas qu'un peu. Il semblait en connaître un rayon en magie noire, si tu vois ce que je veux dire.

Heureusement que Flitwick n'était pas très loin et qu'il a entendu les cris. Ils sont dans le coma, on les a transportés à Sainte Mangouste. Quand le gosse a repris ses esprits, il était terrifié, il croyait qu'on allait l'envoyer à Azkaban. »

« Pauvre gosse… Heureusement, lui, il n'a tué personne. Imagine comment il se sentirait coupable, à l'heure qu'il est ! Mais sinon, il n'y a pas eu de fuite ? »

« Si tu veux parler des élèves, non, pas que je sache. Macgonagall a trouvé une bonne excuse pour justifier leur absence.

« Il a parlé avec le gosse, seul à seul. Je ne sais rien de plus à part que cela faisait environ deux semaines qu'il était ensorcelé. »

« C'est la deuxième fois… La personne qui fait ça maîtrise parfaitement les sortilèges impardonnables, dit James d'un air songeur. Je me demande qui ça pourrait être… Qu'en dis-tu ? »

Sirius réfléchit.

« Certains professeurs. Les elfes de maison sont influençables. Il aurait suffi qu'un ancien maître surgisse et promette de le reprendre… Et bien sûr les élèves. »

« Les Serpentards ? »

« Pas sûr. Les fils de mangemorts, on n'en a bien quelques-uns. Mais j'ai besoin de temps… Ca pourrait être n'importe qui d'autre, et les élèves dont je parle savent qu'ils sont surveillés. Malefoy et Nott ravalent leur langue, maintenant. Mais je les vois avec leurs petits sourires en coin, quand un élève né moldu passe dans les couloirs. Ils préparent un mauvais coup James. Et ils ne sont pas seuls. »

« Je sais, je sais… Ce n'est pas la première fois. »

« Cette fois-ci, c'est différent. C'est Poudlard. Il ne s'est jamais attaqué à Poudlard. »

« On va vous ramener du renfort, déclara James d'un air déterminé. Je vais aller voir ces putains de Langue-de-Plomb. Ils nous le diront, s'il y a une faille dans le système de sécurité. »

« Arrange toi pour le faire rapidement, alors. Je pense que ça ne va pas traîner. »

James acquiesça.

« Au faite, j'aime pas ta nouvelle tête, dit Sirius. T'étais mieux avec les cheveux bonds. »

« Ca me lassais, à force, répondit-il en haussant les épaules. Et puis je ne voulais pas commencer à me faire repérer. A part ça, rien d'autre ? »

« Tes fringues aussi. »

« Que veux-tu je n'ai jamais eu ton style. »

« C'est ça, marre-toi… »

James fit mine de regarder sa montre :

« Faut que j'y aille, Sirius. Je dois aller voir un vieux gobelin sur le Chemin de Traverse, il parait qu'il a des infos importantes à me révéler…

« Ca sent la balance, ça, fit remarquer le sorcier en arquant un sourcil. »

« Quelque chose dans ce goût-là, ouais… Rien d'autre, avant que j'y aille ? »

Sirius resta silencieux.

« Si. Dit-il au bout de quelques secondes de réflexion. Ca ne veut peut-être rien dire mais… Quand on a appris la mort d'Arthur et son fils, on a été surpris par une septième année qui nous écoutait à la porte. »

« Tu la suspectes d'être la personne qui a lancé un impardonnable sur ce gosse ? »

« J'y ai pensé, répondit-il avec scepticisme. Mais Minerva refuse tout net d'envisager cette éventualité. Elle dit qu'elle est perturbée à cause de ses parents qui ont été assassiné le mois dernier. »

« C'est quoi son nom ? »

« Granger. Tu ne peux pas connaître, c'est une fille de moldue. Ca aurait pu s'arrêter là, mais je ne sais pas, je la trouve… Différente. »

James arqua un sourcil, partagé entre l'amusement et le scepticisme.

« Tu sais, si ses parents viennent de mourir ce n'est pas très étonnant. En plus, elle n'a pas vraiment un excellent C.V pour devenir mangemort, si elle est fille de moldue. »

« Tu as peut-être raison, concéda Sirius. A moins qu'elle ne soit elle-même victime d'imperium. Mais ça n'explique pas son changement de comportement si soudain. »

« Je devrais te dire que ça ne nous regarde pas, répliqua James en se levant et en payant sa consommation, mais on n'a jamais eu l'habitude de nous mêler de nos affaires, toi et moi. Quoi qu'il en soit, je parie un gallion que ça n'a aucun rapport avec Tu-sais-qui. »

« Pari tenue. »

oOo

« Sidle, Rosenberg, on ne courre pas dans les couloirs ! Si je vous y reprends encore une seule fois, c'est la retenue pour tous les deux ! Est-ce que c'est clair ? »

Deux petites têtes blondes à l'air innocent et à l'écusson flamboyant des lions acquiescèrent silencieusement à quelques mètres d'elle. Hermione s'approcha d'eux à pas lent et fronça les sourcils. L'un deux, Rosenberg, avait les vêtements en désordre et du sang s'écoulait d'une longue balafre apparemment toute fraîche sur sa joue.

« Comment t'es-tu fait ça ? demanda t-elle doucement en s'accroupissant pour être au même niveau que les deux enfants. »

Peter Sidle et Henry Rosenberg se jetèrent un regard éloquent.

« On s'est battus, répondit Sidle à la place de son camarade. On s'est disputés et on s'est battus. »

Il l'avait regardé bien en face et n'avait pas rougi. Hermione le gratifia d'un sourire moqueur et reporta son attention sur la balafre. Ils étaient seuls dans le couloir. Elle effleura la balafre du bout de sa baguette et se concentra.

« Oh ! Ta coupure ! S'éclaira le petit Peter au bout d'un moment d'un air émerveillé. Elle est en train de disparaître ! »

Mais ce n'était pas totalement vrai. La balafre du petit Henry ne disparaissait pas mais cicatrisait, si vite et si bien qu'il ne resta bientôt plus qu'un trait mince et blême.

« Voilà, dit Hermione avec une pointe de satisfaction en se mettant debout. Ce n'est pas aussi bien que Mme Pomfresh mais il te suffira d'aller la voir pour que ça disparaisse totalement. Et maintenant, retournez en cours, avant que je ne décide de vous coller, et surtout toi Peter, parce que je déteste les mensonges ! »

Les deux garnements la regardèrent avec une lueur dans les yeux et un petit sourire penaud.

« Au revoir Hermione, et merci ! Dirent-ils en coeur avant de s'éloigner rapidement. »

Hermione, malgré l'air imperturbable qu'elle affichait, se sentit le cœur plus léger en les regardant disparaître au coin du couloir. C'était un des rares moments dans le travail de préfète-en-chef qu'elle appréciait vraiment. Le reste du temps, c'était largement contraignant. Elle n'aurait jamais cru qu'un jour elle regretterait d'avoir cette insigne, comme c'était le cas ces derniers temps.

Si son rôle restait surtout dans le cadre de la surveillance des élèves, c'est à dire faire des rondes de nuit pour veiller à ce qu'aucun Peter Sidle ou Henry Rosenberg ne laisse traîner accidentellement ses orteils dans les couloirs après le couvre-feu, cela allait aussi de la réprimande dans les couloirs – comme ce qu'elle venait de faire – aux réunions avec les préfets, en passant par - et Hermione soupira en y songeant - au rôle d'assistante sociale.

Ainsi, elle avait mis à profit les deux semaines qui avaient précédé son arrivée à apprendre à toujours laisser traîner ses oreilles, et ce dans n'importe quelle circonstance, comme toute Lavande Brown qui se respecte. Elle nota donc dans un coin de sa tête l'histoire de Peter et Henry, bien qu'elle fût semblable à des dizaines d'autres.

Gryffondor/Serpentard, toujours le même combat, pensa t'elle avec lassitude. Les gosses avaient sûrement trouvé le moyen de se battre, et elle était arrivée à ce moment-là. Malheureusement pour les deux jeunes lions, les Serpentards avaient été plus rapide, comme c'est souvent le cas.

Hermione avait assez souvent vécu cette expérience dans sa scolarité avec Harry et Ron pour ne pas ignorer cela. C'est pourquoi croire au mensonge de Peter lui aurait paru stupide, et plus encore d'y fermer les yeux.

Hermione traversa les couloirs, des livres dans les mains, et croisa quelques élèves qui la saluèrent d'un signe de tête rapidement.

La jeune fille ne s'était jamais fait d'illusion quant à son rôle de préfète, et maintenant, de préfète en chef. Cela signifiait pour l'ensemble des élèves de Poudlard fouille-merde et adepte du lèche-bottisme à volonté. Cela signifiait également balancer tout ce qu'il fallait balancer pour être le chouchou des professeurs.

Hermione ignorait qui elle était avant d'arriver ici, et pourtant, elle sentait bien que personne ne l'aimait vraiment beaucoup. La plupart des élèves ne l'appelaient que par son nom de famille et parlait d'elle avec indifférence ou mépris. Elle ne s'était jamais fait remarqué, elle avait toujours réussi à se fondre dans la masse, même si cela incluait qu'elle n'ait pas d'ami et qu'elle choisisse de ne pas être juste avec les autres élèves.

Cette autre version d'elle-même lui faisait peur, car elle pensait que c'était peut-être ce qu'elle serait réellement devenue si Harry et Ron n'avait pas été ses amis.

Elle avait remarqué que les Serpentards profitaient allègrement de la situation politique incertaine déclenchée par Voldemort. La Hermione Granger d'avant, plus faible, mais sans aucun ami pour la soutenir, avait été très vite dépassée par les évènements. La jeune fille avait des sentiments mitigés envers cette autre qui avait fait comme si elle ne voyait pas que les verts et argents faisaient la pluie et le beau temps parmi les élèves.

Peut-être avait-elle eu peur ? Elle était aussi une sang-de-bourbe, après tout. Mais Hermione, intraitable, se dit que ce n'était pas une raison. Néanmoins, elle comprenait un peu sa lâcheté, et avait décidé de remédier à cette indifférence notoire en jouant à présent la carte de l'équité, ce qui n'était pas aux goûts de tous le monde.

C'était une attitude événementielle chez elle, comme le lui avait montré les œillades de plus en plus surprises de Lavande, Parvati, Dean et Seamus. Elle avait essayé de passer outre, mais Hermione ne se faisait pas d'illusion. Respecter son idéal d'égalité à l'heure actuelle, c'était non seulement passer pour une opposante aux yeux de tous, mais surtout, se mettre en danger.

Elle avait bien vu que Sirius Black et Minerva Macgonagall ne se comportaient plus de la même façon avec elle. Sans ressembler à ceux qu'elle connaissait dans son propre monde, ils semblaient indécis, cachés sous un air imperturbable qu'Hermione connaissait trop bien.

Mais elle savait qu'elle ne pourrait se permettre de se faire remarquer plus longtemps. Si quelqu'un venait à découvrir son secret, elle devrait échapper à la fois aux aurors et aux mangemorts.

Dumbledore, malgré sa grande bienveillance, ne permettrait pas de laisser échapper de telles informations sur la façon de détruire Voldemort. Il ne comprendrait pas que cette histoire était plus complexe qu'elle n'y paraissait, que la solution était ailleurs. Et elle était ailleurs, assurément.

Il fallait juste qu'Hermione la trouve.

Elle passa l'immense porte de la bibliothèque et embrasa la salle du regard. Mme Pince était en train de faire léviter des livres neufs tout en haut d'une étagère qui était déjà pleine à craquer, et la jeune fille suspecta que seul un sortilège ne lui empêche de rendre l'âme et s'effondrer. Il y avait peu d'élèves en train de travailler, mais Hermione se dit que c'était normal puisqu'on était samedi.

Elle vint s'asseoir à une table un peu à l'écart et commença à sortir ses affaires. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, Hermione ne révisa aucun de ses cours ni ne s'avança dans ses devoirs. En fait, elle était même en retard de ce côté-là, et elle le savait. Elle n'aurait jamais cru un jour négliger ses devoirs, mais peu lui importait. La seule chose qui comptait, c'était ses recherches à présent.

Les pistes étaient vagues, ou bien sans intérêt. Hermione devait bien admettre que sans l'autorisation de Macgonagall pour prendre des livres à la Réserve, elle n'aurait pas été bien loin.

Elle était tombée sur des théories toutes plus folles les unes que les autres.

Ainsi, un livre de divination défendait une thèse selon laquelle c'était un rituel vaudou extrêmement complexe, exécuté durant la lune rouge, qui permettait de rendre la vie à certains morts. Cela correspondait un peu au cas de la jeune fille, mais n'expliquait en rien comment Harry avait pu disparaître.

Diverses catastrophes naturelles auraient pu aussi être responsable de ce résultat, mais Hermione qui lisait régulièrement le journal, n'avait rien lu de tel. De plus, rien ne pouvait expliquer pourquoi elle était la seule à être consciente d'un tel phénomène.

On parlait également de rituels celtiques ou il fallait sacrifier vaches, dindons et autres animaux de la ferme, mais la jeune fille ne s'était pas attardée sur le sujet.

Au bout de quelques jours à lire tout ce qui pouvait lui tomber la main sur le sujet, elle décida d'orienter elle-même ses recherches. D'ailleurs, quel sujet traiter véritablement ? La résurrection, l'amnésie collective ? Hermione avait le choix. Elle songeait quelquefois, sardonique, qu'elle aurait plus vite fait de trouver un livre sur la schizophrénie, ce qui règlerait définitivement le problème.

Mais elle tenait le coup, du moins, elle essayait.

Quand Le Livre du Temps, de Antonin Hertz, lui était finalement tombé sous la main après des centaines d'autres, Hermione l'avait feuilleté avec un ennui évident. Difficile à déchiffrer, le livre utilisait des termes si techniques que Hermione, avec un soupir à rendre l'âme, avait dû aller chercher le dictionnaire. Mais quand ses yeux tombèrent sur les termes de « faille spatio-temporelle » et « mondes parallèles », Hermione s'était précipité sur Mme Pince pour emprunter le dit livre.

Etait-elle vraiment tombée dans une faille spatio-temporelle ? Rien n'était moins sur. On ne tombait pas dans une faille du temps comme on tomberait d'un arbre. Il fallait la provoquer, initier des sorts de magie très complexe, savoir manier la vieille, la haute et pure magie, celle par laquelle la mère d'Harry avait su le protéger. Et pourtant, c'était une hypothèse qui avait fait son chemin dans l'esprit d'Hermione. Après tout, à l'aube d'un temps nouveau ou Voldemort était mort, quel mangemort aurait hésité s'il avait pu ? Et elle-même, si Harry était mort, n'aurait-elle pas été tenté de faire tout ce qui aurait été en son pouvoir pour le faire revenir ?

Une chose était sûre, ce qui se passait là n'était pas le fruit du hasard. Quelqu'un était derrière tout ça, c'était évident. Mais qui ? Et pourquoi l'esprit d'Hermione ne s'était-il pas conformé à la faille, de façon à ce qu'elle possède les mêmes souvenirs que Ron et les autres ? Etait-ce une erreur ? Ou bien au contraire y avait-il d'autres personnes, cachées, quelque part, dans le même cas qu'elle ? Hermione songea un instant à Harry. Elle voulait tellement croire qu'il était là, dans l'ombre, se posant les mêmes questions qu'elle…

Hermione avait levé les yeux de son livre, et regardait un point dans le vide, d'un air rêveur. Cette histoire était tellement inimaginable !... Elle avait tellement cru que tout était fini ! Que tout irait bien maintenant !

Soudain, quelque chose la fit sortir de sa torpeur.

« Hermione Granger ? »

Quelque chose, ou plutôt, quelqu'un. Hermione tressaillit en reconnaissant Luna Lovegood en face d'elle qui lui fit un sourire engageant.

« Oh, Luna, dit-elle. Tu m'as fait peur. »

« Vraiment ? S'étonna la jeune fille avec sincérité. D'habitude, c'est les autres qui s'amusent à me faire peur. »

Hermione ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma. Luna avait toujours le chic pour déstabiliser les gens, et de préférence dans les moments ou on s'y attendait le moins. La jeune fille ne lui en tint pas vraiment rigueur parce que… Et bien, parce que Luna était Luna, tout simplement.

« Tu voulais me voir en particulier ? S'enquit-elle finalement. »

« Ben… C'est toi la préfète en chef, n'est-ce-pas ? »

« Oui, c'est bien moi. »

Hermione sentit son cœur se serrer de déception. Elle aurait bien aimé que Luna vienne lui parler pour autre chose que ses devoirs de préfète en chef. Elles n'avaient jamais été très amies avant, mais Hermione l'aimait bien quand elle ne parlait pas de ses créatures imaginaires. Et puis elle se sentait un peu seule, à Poudlard.

« Le professeur Macgonagall m'a fait chargé de te dire qu'elle t'attends dans son bureau, expliqua Luna d'une voix douce. »

Hermione jeta un œil à sa montre. Il était presque midi.

« Maintenant ? demanda t-elle d'un air étonné. »

Luna sembla réfléchir pendant quelques secondes.

« Il y a une heure, ça aurait été bien. »

« Quoi ? s'exclama Hermione, écarlate. Pourquoi ne m'as-tu pas prévenue avant ? »

Mme Pince jeta un regard meurtrier dans sa direction accompagnée de divers « chut » venant de toutes les directions.

« J'avais oublié, se justifia t-elle en haussant les épaules, le regard baissé vers le livre qu'Hermione tenait. »

Hermione rangea ses affaires rapidement en jurant entre ses dents. Elle allait partir quand Luna Lovegood la retint par le bras.

« Tu t'intéresses aux mondes parallèles ? demanda t-elle en montrant le Livre du Temps, qu'Hermione gardait fermement serré contre sa poitrine. »

« Qu'est-ce que ça peut te faire ? fit Hermione, agressive. »

« Bah, rien, répondit Luna avec étonnement. »

« Je… »

Hermione se sentit mal à l'aise et désolée à la fois. Elle-même détestait qu'on parle mal à Luna et il lui était arrivé à de nombreuses reprises de réprimander ceux qui le faisaient, quand elle était en sixième année.

« Excuse-moi Luna, mais il faut vraiment que j'y aille, dit-elle gentiment pour couper court à la conversation. »

Luna acquiesça.

« Ce n'est pas bien de faire attendre les gens, affirma t-elle avec sagesse. Tu n'auras qu'à dire que tout est ma faute, c'est ce que font les gens généralement, mais ça ne me dérange pas. »

Hermione lui fit un sourire avant de s'éloigner rapidement.

« En tout cas, dit Luna à voix haute, ce qui déclencha une nouvelle vague de « chut », au plus grand embarras de Hermione, si tu t'y intéresses, je possède deux ou trois livres là-dessus, je pourrais te les prêter si tu veux. »

« Merci Luna, répondit doucement Hermione avant de se précipiter vers la sortie de peur qu'elle ne rouvre la bouche. »

Une fois sortie de la bibliothèque, Hermione marcha rapidement vers le bureau du professeur Macgonagall et toqua à la porte. Elle ne s'était pas donnée le temps de voir si la sorcière était avec quelqu'un d'autre de peur de ne pas pouvoir s'empêcher d'écouter à sa porte comme la dernière fois.

« Entrez ! Entendit-elle »

Elle s'exécuta et s'approcha du bureau dans lequel Macgonagall était assise, seule.

« Vous avez pris votre temps, commenta t-elle, ironique. »

Hermione, rouge de confusion, tenta de s'expliquer :

« Je suis désolée, je viens juste d'être informé de… »

« Peu importe, interrompit Macgonagall de ses lèvres pincées. Je vous ai fait venir pour savoir si vous pouviez rendre un service à un de nos élèves. »

« De qui s'agit-il ? Questionna Hermione, curieuse. »

« Ronald Weasley, répondit Macgonagall, le plus simplement du monde. »

« Il… Il est revenu ? fit-elle, éberlué. »

« Oui miss Granger, il est revenu. »

Ron et Ginny avaient quittés Poudlard le soir où ils avaient appris la mort de leur père et d'un de leur frère. Ils n'étaient pas revenus depuis, mais Hermione avait entendu dire qu'après les enterrements, Molly Weasley n'avait pas voulu qu'ils retournent à Poudlard. C'était normal pour une mère de vouloir garder ses enfants auprès d'elle dans une telle situation, mais il avait fallu la convaincre, ce qui n'avait pas été aisé, quand on connaissait le caractère de la Prewett.

Hermione ne l'avait donc pas revu depuis cette fameuse journée et elle espérait qu'il ne se souvienne pas trop de son entrée fracassante dans leur dortoir. Elle s'était aussi demandée dans quelle circonstance Mr Weasley et George, puisqu'il s'agissait de lui, étaient morts, mais la gazette du sorcier, qu'elle avait emprunté à Parvati Patil, n'avait pas épilogué là-dessus. Elle aurait bien aimé en apprendre un peu plus de la bouche de Remus Lupin, mais elle avait été trop choquée et trop naïve pour rester sur ses gardes et user de prudence, et elle s'était bêtement fait prendre par Black. Une chose était sûre cependant, c'était que Voldemort était derrière tous ça. Comment pouvait-il en être autrement ?

Mais sa stratégie était différente. Plus… Subtile. Si le ministère semblait discrètement pris d'assaut par les sorciers sous imperium, il n'en était pas de même pour Poudlard, qui était encore le lieu le plus protégé en Angleterre – hormis Gringotts, mais là c'était encore différent. Seule la présence de Dumbledore maintenait le château sous protection. Mais pour combien de temps encore ?

Le regard de Macgonagall se fit plus intense, comme si elle essayait d'analyser les pensées d'Hermione. Finalement, elle reprit :

« Nous savons toutes les deux que vous ne l'avez jamais porté dans votre cœur, et réciproquement. Inutile de prétendre le contraire, dit-elle en voyant Hermione secouer la tête brusquement. Mais cette fois, j'ose espérer que cela se passera mieux. Ronald Weasley a perdu deux semaines précieuses, et il doit rattraper ses cours.

« Et vous voulez que je l'aide, devina la jeune fille, perplexe. »

« Précisément, acquiesça la sorcière. »

« Vous voulez que je lui donne des cours supplémentaires pour rattraper ses absences, continua Hermione. Et que je l'aide dans ses devoirs. C'est bien cela ?

« Effectivement, approuva le professeur Macgonagall. Ronald Weasley m'a fait parvenir son désir, il y a deux ans, de devenir auror. Le saviez-vous ?

« Vaguement, répondit la jeune fille en se souvenant de sa propre cinquième année avec Ron.

Il avait en effet émit ce souhait, mais Hermione ne l'avait pas vraiment prise au sérieux. Il lui paraissait évident, à l'époque, que Ron voulait juste suivre Harry en faisant le même métier que lui. A présent, elle se rendait compte que non, puisqu'il voulait faire la même chose ici aussi.

« Seulement, Ronald doit avoir au moins cinq E pour pouvoir continuer dans cette voie. Il faudrait donc que vous l'aidiez dans cinq des matières qu'il aura au préalable choisi. Le professeur Black m'a confirmé hier matin qu'il continuait à travailler sur les sortilèges informulés avec vous jusqu'au mois d'octobre. Il serait bon que vous l'y aidiez à progresser. Mais cela ne dépend que de vous, rajouta t-elle. Sachez juste que personne ne vous en voudra si vous refusez. »

Hermione savait que sa question voilée demandait une réponse immédiatement. Elle avait très envie de répondre par l'affirmative bien sûr, c'était tellement tentant. Elle pourrait passer du temps avec lui sans se justifier. Elle pourrait lui parler et pourquoi devenir ami avec lui ?

Mais d'un autre côté, était-ce raisonnable ? Elle allait le voir et lui parler tous les jours. Et Dieu sait combien elle serait tenté de devenir plus qu'une amie pour lui. Or, elle devait absolument rester concentré. Ses recherches étaient longues et fastidieuses, mais qu'en serait-il avec Ron dans les parages ?

Elle était perdue dans ses réflexions quand Macgonagall la relança.

« Je ne sais pas, professeur, répondit-elle avec franchise. En ce moment, je suis plutôt occupée, et j'ai peur de ne pas avoir assez de patience avec Ron pour le faire travailler. Et puis, qu'en est-il de Ginny ? Faut-il l'aider à retrouver le niveau aussi ? »

« Ginny Weasley ne passe pas ses ASPICs à la fin de l'année. En revanche, c'est une année déterminante pour Ronald, et pour vous aussi. Je lui ai parlé de vous et du projet que j'avais de vous faire travailler ensemble, et il est d'accord. »

« Vraiment ? S'éclaira Hermione fébrilement, comment avez-vous fait pour le faire accepter ? »

Minerva Macgonagall eut un sourire amusé, le premier depuis deux semaines, nota la jeune fille, heureuse d'un tel revirement.

« J'ai plus d'un tour dans mon sac, miss Granger, répondit-elle mystérieusement. Mais je ne vous cache pas qu'au départ, il a accueilli la nouvelle avec peu d'enthousiasme et beaucoup de réticence. »

Le contraire m'aurait étonné, songea Hermione, cachant sa déception. Mais elle aurait l'occasion de le faire changer d'avis sur elle pendant le laps de temps qu'il lui serait accordé.

« Et pour mes rondes ? demanda t-elle. Vous comprenez bien que je ne peux pas faire les deux. »

« C'est juste. Le professeur Black est d'accord pour vous remplacer. »

« Vraiment ? fit-elle, surprise. Mais ce n'est pas à un professeur de… »

« Vous n'avez jamais été la seule à patrouiller, miss Granger. Les professeurs le font aussi, de temps en temps. Nous sommes juste plus… Discrets. »

Hermione comprit. Il fallait éviter toute mauvaise surprise, surtout au sein de Poudlard. Si un mangemort réussissait à entrer, d'on ne sait quelle manière que ce soit…

« Je veux bien, dit Hermione finalement. Mais ne comptez pas sur moi pour en faire un bon élève pour autant. »

« Nous n'en attendions pas autant de vous, miss Granger, répliqua Macgonagall en souriant. »

« Nous ? »

« C'est Albus Dumbledore qui a formulé cette idée, en pensant que vous aviez maintenant quelque chose en commun qui pourrait éventuellement vous rapprocher. »

Hermione tiqua.

« Quelque chose en commun ? Répéta t-elle sans comprendre. »

« Je suppose que cela doit être difficile pour vous aussi, n'est ce pas ? dit le professeur Macgonagall en fronçant les sourcils. Même si vous le cachez très bien, je pense que ça vous ferait du bien d'en parler avec Ron Weasley. »

« Je… »

Hermione, en un instant, avait les mains moites et le cœur battant. Elle venait de penser au fait qu'elle n'avait eu aucune nouvelle de ses parents depuis son arrivée.

« Oui, articula t-elle en faisant son possible pour garder le contrôle d'elle-même. Vous avez sans doute raison. »

« Bien, dit Macgonagall en l'observant lentement. »

« Puis-je aller déjeuner maintenant ? dit-elle rapidement. »

« Juste un instant, miss Granger, émit la sorcière en se levant prestement et en faisant le tour de son bureau. »

Elle se dirigea vers un placard auquel Hermione n'avait jamais prêté attention jusque là, l'ouvrit et en sorti une pile de parchemin annoté.

Hermione comprit que c'était leur dernier devoir de métamorphose, et sans qu'elle sut pourquoi, elle se sentit encore plus mal à l'aise, surprise que ce fut encore possible.

« J'ai examiné votre devoir, reprit-elle après l'avoir trouvé dans la pile, et j'ai trouvé que c'était, disons… Moins bien que ce que vous nous faites d'habitude. »

« Nous ? demanda Hermione une nouvelle fois avec plus de froideur. »

Macgonagall lui lança un regard acéré.

« On parle, dans la salle des profs, miss Granger. »

« Je vois, répliqua Hermione, vexée. »

« Vous avez eu un A, et si cela avait été un autre élève, je n'en aurais pas attendu plus, mais là, c'est de vous que nous parlons. Les autres professeurs commencent aussi à se poser des questions. »

Elle la regarda un instant avant de continuer :

« Nous avons remarqué, et quand je dis « nous », je parle toujours de vos professeurs, que vous sembliez moins attentive en cours ces derniers temps. »

La sorcière eut la bouche sèche.

« Je suis assez occupé, entre mon travail de préfète-en-chef et mes obligations scolaires, dit-elle froidement. »

Elle se sentait humilié. C'était la première fois que ce genre de chose lui arrivait.

« Nous comprenons, bien sûr, répliqua Macgonagall avec plus de douceur. Avec tout ce qu'il s'est passé… A cause de Vous-savez-qui, bien sûr… Mais il ne faut pas vous laissez aller. Ou vous cachez derrière cette… Cette carapace que vous avez construite. »

« Une carapace ? Je ne vois pas de qui vous voulez parler, se crispa Hermione, mal à l'aise. »

« Voyons, Hermione, vous avez passé les deux dernières semaines à Poudlard à faire comme si rien ne s'était passé. Vous passez votre temps à la bibliothèque. Et vous travaillez moins. Votre travail de préfète-en-chef vous tient plus à cœur aujourd'hui que n'importe quoi d'autre. Nous le voyons tous. Et cela nous chagrine énormément. »

Hermione serra les dents. Elle avait bien sentit quelquefois le regard de Sirius Black se promener sur elle dans la Grande Salle. Elle n'y avait pas prêté plus attention que ça. L'espionnait-il ? Lui, eux ? Tous ?

Elle était droite comme un i, les points serrés cachés par ses manches trop longues. Elle avait envie de hurler. Elle avait envie de pleurer. Mais comme c'était Hermione Granger, elle répondit simplement d'une voix grave :

« J'ai fait des erreurs dans mon travail de préfète que je ne souhaite plus reproduire dans celui de préfète-en-chef. Quant au reste, vous n'avez aucune raison de vous inquiéter, parce que tout va bien. »

Il y eut un moment de silence durant lequel Hermione réfléchissait. Il était facile de faire la connexion entre ce que le professeur Macgonagall lui avait dit et ce fameux point commun avec Ron dont Dumbledore avait parlé. Au bout d'un moment, elle dit :

« Mes parents sont morts. »

C'était une évidence qui, lorsqu'elle sortit de sa bouche, lui paru plus réelle que n'importe quoi d'autre. Pourtant, ça ne l'était pas. Ca n'était pas réel. Non. Non.

Hermione leva les yeux vers le professeur Macgonagall et, au prix d'un effort quasi-surhumain, répéta d'une voix déterminée :

« Je vais bien. »

La sorcière ne sembla pas comprendre ce qui se passait dans la tête de son élève. Elle rangea le devoir avec les autres, puis lui dit :

« Je l'espère du fond du cœur, miss Granger. C'est vrai que ça n'a jamais été facile pour vous étant donné les… circonstances politiques. Mais vous êtes le meilleur élément de la promotion, et je ne laisserais à personne la liberté de vous nuire. Cela vaut aussi pour votre deuil. Je ne laisserais pas votre chagrin vous empêcher de vivre votre vie. »

Hermione hocha la tête.

« Puis-je partir maintenant ? »

« C'est bon. Je ne voudrais pas que vous mangiez froid par ma faute. »

Hermione ne pu savoir si c'était là une tentative d'humour de la part de Macgonagall pour détendre l'atmosphère, mais elle s'en fichait. Au moment de refermer la porte sur son bureau, celle-ci la retint.

« Oui ? demanda la jeune fille en restant sur le seuil. »

« Mme Pince est venu me dire que vous lui aviez demandé des livres qui étaient dans la Réserve. »

« Tout à fait. Mais vous m'aviez donné un mot, n'est ce pas ? »

« C'est vrai. Mais je ne vous ai pas demandé la nature de ces recherches, et Mme Pince m'a très sèchement fait remarqué, et à raison, qui plus est, que ce mot vous permettait d'emprunter tout et n'importe quoi, or, il est strictement interdit de laisser un élève de se servir dans la Réserve comme bon lui semble. Vous comprenez ? »

Hermione fronça les sourcils. Elle ne pouvait pas lui dire la vérité. Elle ne vit donc qu'une solution. Et même si elle s'en mordrait les doigts après, elle n'avait pas vraiment le choix.

« Absolument. C'est pourquoi je vais vous rendre ce mot. J'avais fini, de toute façon. »

Joignant le geste à la parole, elle sortit un petit papier de sa poche et le tendit au professeur, qui le prit d'un air imperturbable. Hermione se doutait bien que Mme Pince était allé répéter à Macgonagall les titres des livres qu'elle avait empruntés au nez et à la barbe de celle-ci. Mais dans quelle mesure ses recherches pouvaient l'intéresser ? Elle n'était qu'une élève.

« Au revoir, professeur, dit-elle en refermant la porte derrière elle sans un dernier regard. »

oOo

C'était l'enfer.

Il n'y avait pas d'autres explications. Hermione avait cru survivre à la bataille de Poudlard, mais en fait, elle était morte. Qui l'avait tué ? Aucune importance. Tout ce qui comptait c'est que c'était quelle était en enfer.

Hermione songea que le temps en enfer était encore relativement doux. Elle marcha un peu dans l'herbe mouillée et finit par s'asseoir près du lac, non sans avoir posé sa cape par terre.

Elle avait pensé aller voir Hagrid, mais elle avait peur que lui aussi soit mort. Ou qu'il n'ait aucune idée de comment elle s'appelait, comme les trois quart de Poudlard.

Elle regarda l'étendue miroitante du lac d'un air las. Quand elle était avec Harry, elle savait ce qu'elle faisait, elle savait qui était l'ennemi. Ici, elle ne savait pas contre qui elle devait se battre. Elle avait l'impression d'être le jouet d'un destin luciférien, et de n'avoir aucune prise sur quoi que ce soit.

C'était donc pour cela que Sirius Black, Remus Lupin et Minerva Macgonagall avait fermé les yeux sur sa troublante venue le soir où ils avaient appris la mort de Mr Weasley et George ?

Parce que ses parents étaient… Morts ?

« Tu manges pas ? dit une voix qui la fit sursauter. »

C'était Ron. Le visage blafard, les yeux cernés et la barbe de trois jours, il se tenait debout derrière elle, un peu en retrait, les mains dans les poches et le regard fixé sur le lac.

« Pas faim, répondit-elle. »

« Je peux m'asseoir ? »

« Bien sûr. »

Le roux s'exécuta.

« Je t'ai manqué ? demanda t-il, cynique, le regard toujours lointain. »

Hermione eut un sourire. Ron était toujours Ron.

« Je croyais qu'on était pas assez ami pour s'autoriser une telle familiarité ? »

Le jeune homme haussa un sourcil.

« C'est vrai, lâcha t-il finalement. Mais c'est notre truc à nous, de faire ça. De… De se casser mutuellement, on va dire. »

Hermione ne répondit pas.

Le lac miroitait un ciel un peu gris, terne. Le vent faisait voler les feuilles mortes. Bientôt, le parc serait recouvert de ce tapis épais et brunâtre dans lequel Harry, Ron et Hermione aimaient s'enfoncer en allant rendre visite à Hagrid, autrefois.

L'automne, c'était sa saison. Pas vraiment celle qu'elle préférait, mais c'était celle de la rentrée, ou elle revoyait ses amis, celle de son anniversaire, ou on lui offrait des cadeaux. Hermione adorait les cadeaux. Mais cette année, il n'y aurait personne pour lui en offrir.

« Comment vas-tu ? demanda subitement la jeune fille avec une pointe d'hésitation dans la voix. »

Ron tourna la tête vers elle d'un airs surpris, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'une telle question sorte de la bouche d'Hermione. La jeune fille haussa les épaules.

« Attends-toi à ce qu'on te pose souvent la question dans les jours qui suivent, ajouta t-elle simplement. »

« On te l'a souvent posé, à toi ? »

Hermione fit mine de réfléchir. En faite, réalisa t-elle, sardonique, elle aurait su la vérité il y a bien longtemps, si les gens s'étaient inquiété pour elle. Ron dû s'apercevoir qu'il avait dit une bêtise car la jeune fille le sentit gêné.

« Pas vraiment, non, répondit Hermione. Mais ça n'a pas d'importance. »

« Bien sûr que ça en a ! S'emporta Ron soudainement. Je me suis comporté comme un parfait idiot l'autre fois, quand t'es entré dans notre dortoir. Tu devais pas être bien et moi, je t'ai envoyé balader comme si…

Sa voix se brisa. Hermione eut un sourire triste.

« Comme si on était pas ami ?... Mais c'est vrai, pourtant. Nous ne sommes pas ami. D'ailleurs, on dirait que je n'en ai pas beaucoup. Ca doit être de ma faute, je suppose. »

Ron secoua la tête.

« C'est vrai que t'as toujours eu un sale caractère, admit-il mais personne ne mérite de supporter ça, sauf Tu-sais-qui. »

« Je ne t'ai jamais beaucoup aimé, ajouta t-il, songeur. Je ne ressentais que du mépris pour toi, et un peu de pitié avec ce qui t'es arrivé. Et maintenant, j'ai l'impression que ça s'est retourné contre moi. Le seul avantage, c'est que je serais une des rares personnes à te dire que je comprends ce que tu ressens et à vraiment le penser, ajouta t-il en souriant. »

« Soit pas bête, Ron, souffla t-elle doucement. C'est pas plus de ta faute que de la mienne. Ce qu'il faut se dire, c'est que leur mort ne nous empêchera pas d'accomplir ce que nous devons accomplir. Ou qu'ils soient ils seront fiers de nous. »

« Je n'aurais jamais cru que tu sois quelqu'un d'aussi optimiste, dit Ron, à la fois déconcerté et amer. Ce que tu dis, c'est bien gentil, mais ça n'empêche qu'ils sont morts pour rien. Rien du tout. Et c'est ce qui me fait le plus mal. »

« Mais c'est à nous de faire en sorte que leurs morts ne soit pas vaines, Ron ! Les choses peuvent changer, mais nous devons nous battre pour ça ! »

« Mais dans quel monde vis-tu, Granger ? Rétorqua Ron, le regard flamboyant. Tu parles comme si le monde de la Magie n'était pas tiraillé de toute part par Tu-sais-qui et ses salopards d'adeptes. Tout le monde se bat pour un monde libre. Seulement, comment continuer à se battre après toutes ses années pour quelque chose qu'on n'a pas connu ? La liberté, c'est quoi ? Est-ce que c'est se promener dans la rue, sans s'inquiéter de rien ? Est-ce que c'est attendre que son père ou ses frères rentrent du travail sans la peur qu'ils ne rentrent jamais ? Est-ce que c'est la fin des Sangs-purs, ou au contraire, celle des enfants de moldus ?Comment peux-tu dire que les choses peuvent changer, toi dont les parents sont morts tout juste une semaine avant les miens à cause de Tu-sais-qui ? Nous sommes fatigués d'attendre quelque chose qui ne vient pas, Granger. Tout le monde fait comme si il y avait encore de l'espoir mais il n'y en a plus aucun. Plus aucun, répéta t-il pour lui-même. »

Hermione regarda le jeune homme reprendre sa respiration, incrédule. Jamais l'esprit de Ron ne lui avait paru aussi indéchiffrable.

« Mais il y a encore Sirius Black, contredit-elle. Il nous apprend tout ce qu'il faut pour nous battre, et il croit en nous ! Il y a Dumbledore aussi ! Dumbledore continue à se battre, malgré toutes ses années. Il ne nous laisse pas tomber ! Et nous non plus, nous ne devons pas laisser tomber ! Il y a encore beaucoup de monde qui se bat pour que nous puissions vivre ! Qu'en fais-tu de ceux-là ? Tu les laisses tomber, eux aussi ? »

« Mais qu'est-ce que tu crois, grogna Ron en balayant la riposte d'Hermione d'un geste. A ton avis, pourquoi Sirius Black est allé s'enterrer à Poudlard ? Il avait une carrière d'auror brillante, quand j'étais gosse je voulais même être comme lui. Ca c'est sûr, voir sa femme et son gosse mourir sous ses yeux, ça rendrait n'importe qui amorphe ! Black, c'est une limace, un cadavre ambulant, et il le sait. Il ne nous apprends pas à nous battre parce qu'il croit en nous, mais pour nous donner suffisamment de temps pour fuir comme des lapins pendant un combat ! Quant à Dumbledore… Il a déjà un pied dans la tombe. T'as pas vu comment il se traîne ses derniers mois ? Les mangemorts se frottent déjà les mains d'impatience. Et quand enfin il sera mort, Tu-sais-qui pourra faire main basse sur toute la communauté magique anglo-saxonne. On n'aura pas le temps de dire « roast-beef » qu'on sera déjà tous grillé à point pour le dîner de cette enflure. Surtout toi, Granger. Si j'étais toi, je commencerais déjà à prendre mes clics et mes claques pour me carapater d'ici en vitesse avant qu'il ne soit trop tard. En plus, t'es intelligente ; je suis sûr que même en recommençant tout à zéro quelque part, tu pourrais réussir. »

Hermione ne savait plus que penser.

Le monde magique était-il réellement en sursis, comme il semblait le croire ?

« Tout fout le camps, ajouta t-il plus doucement. Les gens n'ont plus confiance en personne. Mon père y croyait, comme toi, et maintenant il est mort. Il faisait passer des sorciers enfants de moldus à la frontière. C'était courageux, pas vrai ? »

Ron et Hermione, que plus d'un monde séparait, regardèrent le lac en silence où miroitait un léger rayon de soleil qui venait de percer entre les nuages gris.


Alors ? Comment c'était ? Dites-moi, si vous trouvez qu'il y a des choses à changer, sourtout !

Sheherasade

PS : je recherche un/une beta readeuse... Si ça intéresse quelqu'un, ou si quelqu'un connait quelqu'un qui connait quelqu'un... Je suis prenante !