Bonjour à tous !
26 reviews ! Je suis aux anges, je ne m'attendais pas à un tel succès, merci! Je vous demande d'excuser le temps de parution de ce nouveau chapitre, qui est dû en majeur partie à des problèmes d'ordinateur... On a cru pouvoir l'avoir sauvé l'espace de quelques jours, mais finalement c'était peine perdue ! PC foutu et finalement remplacé!
Mon troisième chapitre est donc perdu, je dois le ré-écrire entièrement. Je ne sais donc pas quand je pourrai le poster, même si je vais y travailler le plus vite possible!
Ce chapitre que vous allez pouvoir lire à échapper au sort de son petit frère, puisque je l'avais déjà envoyé à Fanny-kun, qui a gentiment accepté d'être ma beta. A ce propos, elle a déjà fait un travail formidable et il me faut la remercier comme il se doit ! Je pense vraiment qu'elle a énormément élevé la qualité de ce chapitre, et ce avec beaucoup de patience et de gentillesse. Merci à elle.
Je tiens aussi à remercier les revieweurs anonymes, qui je citerai simplement (on ne peut plus faire de RARs dans les chapitres, n'est-ce pas?) : kart, adenoide, Dame de Pique, Opale, K et Asmodya.
Pour répondre aux questions les plus fréquentes, je n'ai pas de plan précis pour cette fic, mais j'ai le squelette général de l'intrigue en tête, je sais où je vais. Il n'y a pas beaucoup de fic HP/FG (en français), en effet, ce qui est dommage. D'autant que ce pairing permet toutes les fantaisies !
J'espère que mon « monde des lycans » (sur lequel vous apprendrez beaucoup dans le chapitre 3) vous plaira, en tout cas, j'ai eu beaucoup de plaisir à en imaginer les rouages...
Je vais arrêter là les parlottes, et vous laisser découvrir la suite !
Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter appartiennent bien entendu à Mme Rowling, et je ne me fais malheureusement pas un sous avec cette histoire.
Chapitre Deux : Eduquer.
« - Et qu'est-ce qui se passe, si quelqu'un n'accepte pas son loup? »
La voix d'Harry était curieuse, mais plus apeurée. Cela faisait maintenant quelques mois qu'il voyageait avec la meute. Elya s'était fait un devoir de tout lui apprendre sur la condition de lycanthrope. Elle, avec l'aide et les conseils sporadiques des autres membres de la meute, avait expliqué comment laisser le loup s'éveiller en lui, comment laisser ses sens se développer pleinement. L'enfant s'était montré un élève attentif, depuis sa première transformation. Apprenant à se comprendre lui-même, il permettait lentement à son corps de découvrir toutes ses potentialités. Si bien qu'il commençait à ressentir une différence moins importante entre les nuits de pleine lune et le reste du temps, ce qui était un soulagement. Évidemment, il était encore loin du parfait lycanthrope, mais ils savaient tous que les enfants avaient un rythme différent.
Les loups-garous accomplis parvenaient à se transformer en loup à volonté. Mais cela ne se faisait pas en claquant des doigts. Cal maîtrisait à peine la transformation depuis moins d'un an, alors qu'il avait été mordu trois années auparavant. Crâneur, il ne se privait pas d'en faire la démonstration au petit garçon émerveillé. Les autres utilisaient ce don avec sagesse et modération. Fenrir, bien sûr, était celui qui y parvenait avec le plus de facilité. Mais ils évitèrent de l'apprendre au garçon. Il était encore bien trop tôt... Oh, il ne doutait pas qu'Harry parviendrait à se transformer... Mais sachant qu'il était un enfant, et surtout comment il avait réagit à sa première pleine lune... On s'abstenait de transformer les enfants en dehors des pleines lunes. Car ils pourraient facilement faire le choix de ne pas redevenir humain. Il fallait donc freiner ses ardeurs.
En revanche, le lien avec la meute s'était fait bien plus vite que pour les autres. Le garçon, pas encore habitué à sentir les infimes liens qui se tissaient comme une toile d'araignée entre les membres d'un clan, ne l'avait sans doute pas remarqué. Mais une chose était certaine : plus les jours passaient, plus son appartenance au clan devenait indiscutable. Était-ce là un trait particulier à tous les enfants ou à celui-ci, de se lier si facilement? Ils n'auraient pu le dire, pas même Elya.
La jeune fille n'avait donc pas failli à sa tâche jusque là. Mais elle ne sut pas répondre à la question bien légitime du petit garçon. Ou plutôt, elle ne sut comment répondre. Assis en face d'elle, l'aidant à trier des plantes dont elle faisait un onguent pour une foulure que Cal s'était faite un peu plus tôt, Harry pencha sa tête de côté d'un air interrogateur. Elle croisa le regard de Cal qui leva les bras en l'air, signe d'impuissance, puis vers Margaret et Loo qui semblaient vouloir éviter d'être impliqués dans la conversation. Elle ouvrit la bouche, mais fut interrompue part la voix grave et profonde qui venait de derrière elle. C'était la première intervention de l'Alpha dans l'apprentissage de l'enfant.
« - Ces personnes ne sont jamais complètes. Ils restent à un stade totalement humain, de constitution fragile, et vieillissent prématurément, pour la plupart. », dit-il d'une voix neutre, et Harry leva des yeux ronds vers lui. Jamais un autre n'aurait osé le regarder de façon aussi franche. Mais ce n'était qu'un petit garçon.
« - Cette partie d'eux leur manque mais ils la craignent tellement qu'ils ne le réalisent pas. Ils la méprisent. Tu te souviens de ce que tu as ressenti, après la première pleine lune? Ils sont bloqués à ce stade là. »
Tout le long de son discours, l'enfant avait ouvert la bouche de surprise et de stupeur. Il fut tant abasourdi qu'il lui fallut un instant pour digérer l'information. Et, pour la première fois depuis des semaines, la peur réapparut dans son regard. Comme la première fois? Pour toujours? C'était impossible... C'était trop...
« - C'est horrible! »
Il se leva et courut se réfugier contre le corps de l'adulte, une habitude qu'il ne pouvait contrôler dans ces moments de détresse. Le visage enfoui contre le ventre chaud, il ne pouvait pas y croire. Cette solitude, pour toujours? C'était absolument terrifiant!
Une main se posa sur son crâne, et Fenrir reprit, se voulant rassurant :
« - C'est leur choix de vivre ainsi. Certains ignorent juste ce qu'ils refusent. »
Harry leva la tête pour croiser son regard doré incliné vers lui. Il y avait à la fois détermination et supplication dans les yeux émeraude. Quand il parla, sa phrase sonna à la fois comme un ordre et une prière.
« - Tu ne me laisseras pas devenir ainsi, n'est-ce pas? »
La main glissa jusqu'à sa joue, geste d'affection qu'il s'autorisait rarement.
« - Jamais. »
xXxXxXxXxXx
La meute voyageait sans itinéraire précis, au gré de ses besoins. Quand ils trouvaient un endroit convenable, ils pouvaient y rester parfois jusqu'à une semaine. Ils se nourrissaient de produits de leur chasse qu'ils cuisaient au feu de bois, et de cueillette, se lavant dans les sources et cours d'eau - ils craignaient bien moins le froid que les simples humains. Parfois, lorsqu'ils se trouvaient près de village, Loo, le plus expert en la matière se faufilait dans une maison endormie pour y subtiliser tout ce qui serait nécessaire pour que certains d'entre eux fassent une virée en ville, ramener des objets ou de la nourriture. Cal se fit un devoir de toujours ramener à Harry de la tarte aux noix de pécan quand il découvrit que le garçon adorait cela. Mais Fenrir refusa de laisser l'enfant y aller. La disparition du Survivant avait fait grand bruit, et ils se doutaient que nombres de loups-garous savaient déjà qui était l'enfant qui avait rejoint son clan. Même s'il n'avait vu de traces de ses congénères qu'au delà d'un périmètre respectable, il ne prenait aucun risque.
Une certaine routine s'était installée.
Il n'était pas rare de voir Loo et Margaret s'éclipser par moment, surtout quand les jeux des plus jeunes se faisaient trop bruyants. Ils avaient toujours été ainsi, et revenaient la plupart du temps avec quelque chose d'utile pour le groupe. Fenrir aussi disparaissait dans de longues rondes autour de leur campement de fortune. Au cours de leurs voyages, le groupe étant ralenti par l'allure modérée de l'enfant, il pouvait passer des heures à faire de larges cercles autour d'eux sans les perdre, mais revenait toujours pile quand le garçon n'en pouvait plus de marcher et courir dans les bois et sur les routes. En moins d'une minute, au premier signe de faiblesse, l'enfant se retrouvait les bras et les jambes crochetés au buste de son alpha qui le portait sur son dos sans dire un mot.
Si Cal lançait des regards intrigués quant à l'attitude et l'inclination naturelle qu'avait Fenrir à l'encontre d'Harry, il se garda bien d'en faire la remarque. Les autres, s'ils remarquèrent quelque chose, firent comme si de rien n'était. Ils savaient mieux que lui ce qu'impliquait la relation entre compagnon chez les lycans. Ce manque de réactions fit qu'Harry lui-même ne se posa pas de questions. Il se contentait de vivre ses nouvelles sensations et son affection pour le grand loup sans y mettre un nom.
Il ignorait qu'il avait petit à petit transformé les habitudes de l'adulte. Ainsi, Harry ne s'endormait qu'avec le bras de Fenrir en guise d'oreiller, ce qui obligea l'Alpha à adopter un rythme de vie plus régulier pour s'adapter à celui d'un enfant. Il arrivait qu'Harry s'endorme contre lui alors qu'ils étaient assis autour d'un feu qu'ils faisaient lorsqu'ils ne craignaient pas de se faire repérer. Mais il ne pouvait pas le quitter de peur qu'il ne s'éveille et s'angoisse à cause de son absence.
L'Alpha sentait les besoins de son compagnon, et ne pouvait se résoudre à le priver de quoi que ce soit. Et cela même si c'était même si c'était de lui dont il avait besoin.
« - Tu es prêt à croire aux loups-garous, mais pas aux sorciers? », s'étonnait Cal un soir.
« - Évidemment, », répondait Harry, mordant dans une part de tarte. « On est des loups-garous. » Il parlait lentement, comme à un idiot. « La magie, ça n'existe pas. »
Derrière, Margaret eu un petit rire. « Logique! », ironisa-t-elle doucement. Cal resta un moment bouche ouverte. Fenrir fronça les sourcils puis s'autorisa un sourire en coin. Elya se montra plus pédagogue.
« - Mais tu ne croyais pas aux loups-garous avant de nous rencontrer, n'est-ce pas? », demanda-t-elle alors qu'Harry fronçait les sourcils. Il n'aimait pas évoquer cet « avant ». « Cela te montre bien que tout peut arriver... Les lycanthropes sont des créatures magiques, Ry. La magie existe, et les sorciers également. »
« - Oncle Vernon dit que ce sont des fariboles. Il se serait mis très en colère s'il t'avait entendue. », répliqua l'enfant, tout bas. Cela faisait des semaines qu'il n'avait évoqué son oncle ni aucun membre de sa famille. Il y avait dans sa voix une telle tristesse que Fenrir frappa du poing le tronc de l'arbre contre lequel il était appuyé. Harry n'avait jamais été heureux, là-bas. Pourquoi n'était-il pas venu plus tôt?
Elya eut un sourire tendre et s'approcha du garçon pour lui caresser la joue de la main.
« - L'oncle Vernon est un moldu, Harry. Ca veut dire qu'il n'a pas de pouvoir magique. Il ne peut pas comprendre...Mais les loups-garous sont une preuve suffisante que la magie existe. C'est pour cela que nous ne nous montrons pas, comme les sorciers. Les moldus nous chasseraient ou chercheraient à nous utiliser. »
« - Les loups-garous sont des sorciers, alors? »
Le visage du garçon était rayonnant et ses yeux débordants de curiosité, comme s'il s'autorisait enfin à croire et s'émerveiller.
« - Pas toujours. » C'était la voix de Margaret. « Le venin agit sur tout être humain, qu'il soit moldu ou sorcier. Loo appartenait à une famille de sorciers très respectés avant de se faire mordre. Je suis native Loups, comme Fenrir, mais nos deux familles possèdent aussi le don magique, même si aucun de nous trois ne pratique véritablement la sorcellerie. Cal, lui, était un adolescent ingénieux mais sans pouvoir quand on l'a rencontré. Aujourd'hui, même si la magie est en lui par sa condition, il ne pourra jamais en faire usage. »
Le garçon accepta cette explication. Au fond, lui aussi était un peu comme Cal. Il se tourna vers Ely, qui regardait ailleurs.
« - Toi, tu es une sorcière? »
Le visage de la jeune fille s'assombrit.
« - A vrai dire, je n'en sais rien. », elle soupira, puis reprit, « Je t'ai déjà dit que je ne me souvenais de rien avant ma transformation, j'avais environ huit ans. Ma première meute... », elle hésita, « n'a jamais cherché à savoir si j'étais sorcière. Ni qui j'étais avant qu'ils ne me trouvent. Il y a des chances que je ne sois qu'une orpheline moldue que personne n'a réclamé. »
Sa voix se brisa. Puis elle secoua la tête, mais le sourire qu'elle afficha ensuite avait quelque chose de factice. Harry s'en voulut, et ajouta, avec toute l'innocence, parfois maladroite des enfants :
« - Vous êtes venu me chercher, mais je ne suis qu'un moldu que personne ne réclame... »
Ayant prononcé ces mots, il sentit monter une boule dans sa gorge. Un instant plus tard, il sentit Fenrir s'accroupir derrière lui et sa main passer dans ses cheveux. Il se cala contre cette main alors que Cal éclatait de rire.
« - Harry Potter, pas un sorcier ?! », s'exclama-t-il, « Bien sûr que tu es un sorcier, Harry! »
La main qui était dans ses cheveux se tendit. Harry tourna le regard vers l'adolescent, les yeux ronds.
« - Comment tu peux le savoir? », dit-il alors que son corps se fondait naturellement et de manière inconsciente contre celui de l'Alpha. Il avait attrapé le bras gauche de Fenrir, qu'il avait passé par-dessus son épaule et qu'il serrait contre lui de ses deux mains. Il ne vit pas le regard noir de Fenrir, mais seulement Cal qui cessa de rire et ne sut que répondre. Il regarda Fenrir, puis baissa les yeux.
Fenrir retira sa main des cheveux noirs pour se pincer l'arête du nez, les yeux fermés. Quand il les réouvrit, Harry avait lancé son visage en arrière, contre son épaule, et le fixait de ses yeux immenses. Que lui répondre?
« - Ton nom. Les Potter sont une vieille famille sorcière très connue. »
Aucun membre de la meute n'intervint, même s'ils se jetaient des regards entendus. Harry était bien plus connu à lui seul que tous les Potter réunis. L'enfant avait cessé de respirer à la réponse de Fenrir. Il inspira profondément.
« - Fam... ma famille? », dit-il d'un souffle.
Visiblement, Fenrir voulait clôturer le sujet. « Ton père en était le dernier héritier. »
L'expression avide d'Harry se fana. Il blottit son visage dans le cou de l'adulte, et Fenrir comprit en les sentant contre sa peau que ce fut pour cacher ses larmes. Harry n'avait jamais entendu parler de sa famille, et ces bribes d'informations lui avaient retourné l'estomac. Il se blottit contre le corps chaud, puis murmura, comme pour se rassurer lui-même.
« - Ma famille, c'est toi. »
Dans un geste convulsif, Fenrir serra d'autant plus l'enfant contre lui. Il entendit Elya renifler, puis demander, sur un ton qui se voulait plaisantin:
« - Et nous, alors? »
Harry se libéra de l'étreinte de Fenrir pour se jeter dans les bras de la métisse avec un début de sourire.
« - Vous aussi, évidemment! »
xXxXxXxXxXx
Il faisait doux en cette fin de mois de septembre. C'était la première fois, depuis la venue d'Harry, que Fenrir les menait dans une forêt magique. Ces territoires n'étaient pas visibles aux moldus, si bien que Cal, s'il n'avait pas été mordu par un loup-garou, n'aurait jamais pu y pénétrer. Il avait décidé de s'installer dans la fameuse forêt pour différente raisons. La première était la commodité : les forêts enchantées étaient bien plus riches que celles traditionnelles. Ensuite, ils avaient laissé une série de vols sur leur chemin. Elya avait tenu à ce qu'ils se procurent des manuels de lecture et de mathématique pour Harry. De nature curieuse, celui-ci se satisfaisait de cette école particulière. Puis, l'enfant se montrait curieux à propos du monde magique. Et totalement ignorant, découvrir le monde naturel magique semblait tout à propos.
De prime abord, elle n'était pas bien différente des autres, mais alors qu'il la pénétrait, Fenrir eut un sourire en sentant la forme endormie sur son dos se redresser.
« - Où on est? », fit la petite voix du garçon, éveillé par l'aura du lieu.
« - Rendors-toi. », éluda-t-il.
L'enfant obéit.
L'endroit où ils s'installèrent était calme. Harry ne cessait de fureter depuis qu'ils avaient établi leur campement. Il faudrait le mettre en garde contre certaines plantes toxiques ou créatures dangereuses. Bien que ces dernières laissaient en général un périmètre assez large aux loups-garous... Alors que Loo posait le sac à dos contenant la plupart de leurs affaires, Fenrir s'adressa à la meute.
« - Personne ne quitte cette zone sans m'avertir. Margaret et Loo chasseront avec moi. Cal reste ici et surveille le louveteau avec Elya. Vous vous occuperez de la maintenance du camp. »
Cal grimaça d'être privé de chasse, mais ne dit rien. L'Alpha imposait ses règles à chaque halte, mais elles étaient souvent semblables. Il n'avait pas besoin d'user de son pouvoir d'Alpha pour se faire obéir. Il énonçait des règles simples, et donnait à chacun sa part de responsabilité. Il y eut une autre différence avec les fois précédentes : en général, il donnait à Harry la charge de quelque chose, même minime, pour l'impliquer dans la vie du camp et ne pas en faire un enfant gâté incapable de se débrouiller.
Pire encore, il se tourna vers lui pour lui donner des règles personnelles :
« - Tu ne quittes jamais cette clairière sans moi. Tu ne touches ni ne manges rien qu'Elya ou un autre n'ait inspecté. Tu ne chasses pas, même ici, même pas de petites bêtes. C'est clair? »
L'enfant était étonné et chagriné de tant de contraintes, mais acquiesça. Il ne pouvait pas se douter de l'inquiétude de l'adulte pour lui dans ce milieu qui lui semblait si accueillant. Mais Fenrir avait raison de se méfier.
Un peu plus tard, la meute découvrit une rivière qui traversait la forêt. L'Alpha laissa Harry et Cal y patauger en s'éclaboussant, les couvant du regard. Il n'aimait pas cet endroit. L'eau était claire et limpide jusqu'à environ une quinzaine de mètres plus loin où, après une série de rochers, le courant était plus fort ainsi que la profondeur.
« - Par ici. », ordonna-t-il entre ses dents, alors qu'Harry reculait de plus en plus vers les rochers, fuyant les assauts de Cal. Le cadet s'arrêta puis tendis la main vers Fenrir, pourtant à plus de quatre mètres de lui.
« - Viens! », demanda-t-il, enjoué, « Elle est bonne! »
Fenrir grimaça.
« - Revenez ici. » Son ton ne laissait place à aucune réplique. Il avait un mauvais pressentiment envers cet endroit. « On y va. »
Cal haussa les épaules et revint lentement sur la berge. Harry, toujours de l'eau jusqu'aux genoux, protesta :
« -Oh, non, Fenrir! S'il te plaît, j'aime bien cet endroit. »
Le sourire béat du garçon ne l'attendrit pas. Il ne fit que le conforter dans son idée. « Sors de là tout de suite, ou je m'en occupe et tu le sentiras passer. » La menace plana un moment, puis, le garçon grimaça et revint, boudeur. Les jambes alourdies par son pantalon gorgé d'eau, il ajouta, alors qu'ils s'éloignaient : « On pourrait faire le campement ici, au bord de l'eau. »
« - On campe dans la clairière, et je ne veux entendre aucune protestation »
Harry croisa les bras sur sa poitrine, boudeur, mais ne dit rien. Les jours suivants, il proposa plusieurs fois de s'y rendre, mais Fenrir objecta à chaque fois. Quand Loo fit griller du poisson qu'il avait péché dans la rivière, Harry en eut la gorge nouée. Pourquoi avait-il le droit d'y aller et lui non? C'était injuste. Pourquoi Fenrir faisait-il cela? Il savait qu'Harry en avait très envie. Sans savoir pourquoi, cette rivière l'attirait. Mais l'Alpha restait insensible à ses suppliques, si bien qu'Harry finit par penser que Fenrir le faisait exprès pour le contrarier. De plus, il commençait vraiment à se sentir sale, et ce n'était pas les provisions d'eau que ses aînés rapportaient qui le débarbouillerait efficacement.
Plus les jours passaient, plus son désir de se rendre à la rivière grandissait. Souvent, alors qu'il était avec Cal et Elya, il s'imaginait leur fausser compagnie et rejoindre le cours d'eau. Mais Elya le surveillait de près, comme si elle devinait ses intentions. Elle tentait par tous les moyens de le distraire, mais il ne semblait plus s'intéresser à l'apprentissage des types de plantes et de leurs utilisations, ou comment découper et cuire un lapin. Quand Fenrir revenait, il ne quittait pas le garçon du regard, avec une intensité et une méfiance telle que pour la toute première fois, Harry était mal à l'aise en sa présence.
Ce qui ne l'empêchait pas de se blottir contre lui au moment de dormir. Mais, la troisième nuit, Harry se réveilla. Les braises du feu mouraient lentement. En face, de l'autre côté, Margaret dormait paisiblement, comme tous les autres. Il avait la tête posée contre le bras gauche de Fenrir, et le droit l'enlaçait de manière protectrice.
La nuit était noire profonde mais ses yeux s'y habituait vite, maintenant. La rivière n'était pas bien loin. S'il tendait l'oreille, en cette nuit silencieuse, il pouvait entendre son petit clapotis. Seulement une cinquantaine de mètres. Il pourrait être revenu avant même que les braises ne se soient complètement consumées...Doucement, il posa les doigts sur le bras qui le couvrait. Puis se figea. Fenrir lui avait interdit d'y aller, et même de quitter le camp seul.
« - Il n'en saura rien, fit une petite voix dans son esprit, tu seras revenu avant qu'il ne se réveille. Il est trop méfiant. Ce n'est qu'une rivière, et elle n'est même pas profonde. Non, il n'y a pas de danger. Fenrir est trop protecteur... »
Déjà Harry avait soulevé le bras, et se dégagea de l'étreinte avec précaution. S'il se réveillait maintenant, Harry n'aurait qu'à lui dire qu'il devait se soulager la vessie. Mais l'homme ne bougea pas, si ce n'est qu'il poussa un soupir qui flanqua la frousse à Harry lorsqu'il reposa son bras. Puis, Fenrir bougea un peu, se remettant dans une position confortable, ses cheveux argentés balayant le sol. Le garçon resta immobile ) dix secondes, puis s'échappa avec allégresse de la clairière. Il se guida au son du clapotis de l'eau, mais même sans lui, ses pieds semblaient tirés dans la bonne direction. Quand il vit le cours d'eau entre les arbres, son cœur bondit et il accéléra pour se jeter à genoux dans l'eau avec un soupir d'aise.
Alors qu'il plongeait les mains dans l'eau et qu'il savourait les courants et les algues légères, il connu un soulagement sans fin.
« - Harry... »
Harry sursauta et regarda autour de lui. Mais la petite voix, douce, semblait résonner de partout. Elle ressemblait à la voix d'un enfant, avec de l'écho.
« - Qui est là? Où êtes-vous? », lança-t-il à la nuit.
Mais il n'avait pas peur, et ne s'étonna pas que la voix connaisse son nom. Sans savoir pourquoi, il était parfaitement apaisé, ici.
« - Je suis là, » continua la voix, « Je suis coincé. Viens m'aider, s'il te plaît... »
« - Où? », demanda à nouveau Harry, à présent éveillé et alerte. La voix était suppliante.
« - Ici, près des rochers... Vite, Harry, je vais me noyer... S'il te plaît, je ne peux pas bouger... j'ai froid... »
Harry avançait à pas lents, à cause de l'eau qui lui arrivait aux cuisses, mais il se pressait.
« -Oui, par ici... vite, Harry, j'ai froid, j'ai si froid... viens vite... »
Il grimpait maintenant sur les rochers, et regardait l'étendue noire derrière la ligne de pierres qui obstruait presque tout le passage.
« -Où es-tu? », demanda Harry en s'agenouillant au bord de l'eau.
« - Tout près, Harry. S'il te plaît, viens m'aider... »
Harry voulait tellement lui venir en aide! Il se pencha pour sonder l'espace, mais même sa vision de lycanthrope ne l'aidait pas à repérer l'autre. Il se baissa, s'appuyant sur le rebord du rocher, et le bout de ses doigts entra dans l'eau.
Soudain, d'autres doigts, longs et visqueux, s'enroulèrent autour de son poignet, et il bascula en avant.
Ce fut comme s'il se réveillait d'un long sommeil. Brusquement, il se demanda en quoi la rivière l'avait tant attiré. Brusquement, il se dit qu'il avait été bien fou de suivre cette voix. Mais il était trop tard. Il n'avait plus pied, et même si ce n'était pas très profond, les bras minces mais puissants l'empêchait de remonter à la surface. Paniqué, il voulait crier et expulsa l'air de ses poumons;l'eau rentrait par ses narines. Il étouffait. Il était seul contre cette bête. Il allait mourir.
Moins d'une minute plus tard, alors qu'il était à la limite de l'inconscience, une silhouette plus imposante le libéra de l'étreinte de la créature. Au bord de l'évanouissement, il se laissa tirer par son sauveur. Ils rejoignirent la berge, mais il ne fut lâché au sol que plusieurs mètres loin de l'eau. A terre, son sauveur l'assit et lui frappa dans le dos. Il toussa et recracha de l'eau pendant un moment, à moitié assommé. Puis, il se tourna pour rencontrer les yeux ambrés de Fenrir, dont les cheveux dégoulinaient sur son visage fermé.
« - Fen.. », commença-t-il avant de cesser tout mouvement, avisant du regard noir de son aîné.
« - Je t'avais dit de ne pas bouger du camp. »
Le ton était intransigeant. Harry ne put répondre, il baissa la tête. L'aura de colère de l'Alpha l'entourait, et le loup en lui se serait bien aplati devant l'adulte. Il resta assis, le menton dans la poitrine, honteux. Si bien qu'il ne vit pas la gifle arriver.
« - Regarde-moi. » Fenrir, s'il n'avait pas mis toute sa force dans son coup, avait mis toute sa puissance d'Alpha dans cet ordre. Avant même d'avoir compris, Harry avait levé le menton et les yeux vers Fenrir, la main contre sa joue brûlante.
Ils s'observèrent pendant près d'une minute, mais Fenrir ne sembla pas décolérer.
« - Tu es blessé? », demanda-t-il sèchement, sans la moindre compassion.
« - N-non. »
Fenrir se leva et se dirigea vers les arbres. Harry savait qu'il devait le suivre, mais il était bloqué sur place. Toujours assis par terre, il tremblait. Il avait le cœur au bord des lèvres.
« - Je te demande pardon! », cria-t-il désespérément, « Je suis désolé! Je te demande pardon! »
Fenrir s'était arrêté, mais pas retourné.
« - Avance. »
Harry se leva, avec l'impression que sa poitrine s'était entièrement vidée, et passa devant Fenrir comme il le souhaitait, et marcha vers la clairière, suivi de Fenrir qui pas une fois ne le toucha ni ne lui adressa la parole.
Lorsqu'ils arrivèrent, les autres avaient rallumé le brasier. Elya se leva, le visage inquiet, puis voulut se précipiter sur Harry, mais ravisa son geste en voyant le regard de Fenrir. Cal se rongeait les ongles, nerveux et jetait de fréquents coups d'œil à Fenrir. Margaret attisait le feu avec un bâton, impassible, et derrière elle, Loo sondait la situation d'un regard profond. Harry se planta devant le feu, trempé et honteux, tête baissée.
Fenrir, sans un regard pour l'enfant, se pencha pour extirper un drap de leur sac de voyage, avec lequel il sécha ses cheveux. Puis, il s'éloigna, alors qu'un grand froid grandissait dans le cœur d'Harry. Quand il fut parti, Elya s'autorisa à approcher l'enfant, lui attrapa les bras, et inspecta les longues marques mauves que la bête avait laissées sur sa peau.
« - Une goule aquatique. » Loo s'était approché. « Elles envoûtent plus facilement les enfants. Ce ne sont que des bleus, il guérira vite. »
Au loin, un loup hurlait.
xXxXxXxXxXx
Les sanglots de l'enfant ne se calmaient pas. Il était assis au milieu des autres qui étaient couchés. Il pleurait, reniflait, et braillait. Les bras ballants et la tête en arrière, il semblait prier le ciel.
« - Harry, calme-toi. », supplia encore Elya, tendant la main pour la passer sur sa cuisse. « Essaye de dormir. »
« - Mais... je... veux... Fenriiiiir... » Les pleurs redoublèrent suite à cette plainte répétée des dizaines de fois ce soir là. « Je... veux... qu'il... revienne... »
Oh, il ne les avait pas quitté, il n'était pas bien loin. Quand Harry disait cela, ce n'était pas d'un point de vue géographique. Depuis la nuit précédente, Fenrir s'était éloigné de lui. Le jour levé, alors qu'Harry n'avait pas fermé l'œil, il était revenu et avait annoncé qu'ils repartaient. Il était parti devant, laissant le garçon au soin de la meute. Il n'était pas revenu pour le porter, ce jour là. Il avait chassé et donné sa part au garçon, mais sans un mot. Et vraisemblablement, il ne dormirait pas avec eux, cette nuit là. Harry était angoissé. Il n'avait jamais vécu cela.
La large silhouette de l'Alpha se dessina entre les arbres. Harry, avant même qu'il soit visible, s'était tourné vers lui, les bras tendus et un air suppliant.
« - Couche-toi. »
Harry s'exécuta en pleurant. Cela aussi, il ne pouvait le supporter. Fenrir ne lui avait adressé la parole que d'un ton parfaitement neutre, uniquement pour lui donner des instructions. Et toujours avec son pouvoir d'Alpha. Harry avait compris. Puisqu'il n'avait pas été capable de lui obéir de son propre chef, Fenrir ne lui en laissait plus le choix. Cela lui procurait un horrible sentiment de honte, doublé par le fait qu'il était le seul à subir ce traitement. Il se roula en boule sur le sol argileux, le corps secoué de tremblements. Fenrir s'installa à quelques mètres d'eux. Margaret, soupirant, lança un bras au dessus de l'enfant, tentative consciemment vaine de le réconforter. Epuisé, il s'endormit, mais d'un sommeil nerveux, et il se réveilla plusieurs fois au cours de la nuit. Il avait besoin de la chaleur de Fenrir, et ce même si tout le reste de la meute se pressait autour de lui.
Le lendemain, Margaret prit le sac à dos, et Loo l'enfant épuisé sur son dos en un accord tacite. Fenrir laissa faire, et cette indifférence était plus douloureuse qu'une véritable hostilité. Oh, il savait que Fenrir était en colère car il avait paniqué, qu'il s'était inquiété pour Harry, qu'il avait eu la peur de sa vie. Il savait que l'homme veillait sur lui. Harry le savait au fond de lui, mais son attitude était la pire des punitions. Il aurait préféré que Fenrir le gifle à nouveau, qu'il lui hurle dessus. Mais pas ça. Pas ça.
Le soir, il était toujours dans l'immense forêt mais dans un coin beaucoup plus éloigné. Des larmes et sanglots, Harry était passé à un mutisme résolu. Il suivait les directives que lui donnait Elya d'une voix douce, répondait en hochant la tête. La jeune fille s'inquiétait et était aux petits soins avec lui. Mais personne ne fit de remarque à Fenrir. L'Alpha savait qu'Harry n'avait fait que répondre à un appel envoûtant, qu'il n'avait pas vraiment voulu le décevoir. Mais la meute connaissait Fenrir, et savait que le loup avait eu trop peur pour pardonner facilement la faute.
Mais ce soir là, alors qu'il découpait les parts de lapin braisé, quand Fenrir tendit la viande à l'enfant sans le regarder, il dit simplement :
« - Mange. »
Harry en fut tellement abasourdi qu'il resta une seconde pétrifié. N'ayant pas ressenti la pression magique dans cet ordre, il voulut se jeter sur l'Alpha et se caler dans ses bras. Il ne le fit pas, de peur de gâcher ce début de trêve. Puis, avec avidité, il s'empara de la viande et manqua de s'étouffer en l'engloutissant. Il ne désobéirait plus à Fenrir. Il ne le décevrait plus.
Plus tard, Fenrir se coucha sur le dos, un bras sous sa nuque, les yeux dans les étoiles. Il déplia l'autre au sol. Comprenant cette invitation, Harry sentit son cœur bondir et se retint de courir en allant se coucher contre le corps chaud, le visage pressé contre son épaule. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues et Fenrir libéra son autre bras en se tournant légèrement vers le brun, et il passa sa main dans les cheveux ébènes. Elle y resta. Avec un soupir de soulagement, Harry s'endormit, serein. C'était fini.
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Apprenant de plus en plus sur la faune et la flore magique à leur plus jeune membre, la meute évita de nombreux épisodes fâcheux comme celui de la goule de la rivière. Ils n'en parlèrent plus. L'hiver approchait. Dehors, la pluie tombait abondamment mais ils étaient bien au sec dans une grotte, relativement à l'abri des courants d'air. Margaret se risqua à questionner Fenrir, alors que celui-ci observait Harry lire un conte à voix haute, sur les genoux d'Elya qui l'aidait quand il butait sur certains mots. Assis à ses côtés,s'appuyant sur son bras droit pour lire par dessus l'épaule de l'enfant, Loo leva les yeux à la question de la rouquine :
« - Que faisons-nous cet hiver? »
Fenrir tiqua mais ne se tourna pas vers elle. Il grogna, chassa la question d'un revers de la main. Mais Margaret ne se laissa pas démonter. Elle reprit, suffisamment bas pour que seule une oreille vraiment attentive à leur conversation ne l'entende.
« - Nous voyageons moins, l'hiver. Rentrerons-nous au manoir? »
« - Non. »
« - Je sais ce que tu penses, mais ça ne sert à rien de le transbahuter sans arrêt. Ils savent certainement où nous sommes, et s'ils ne se sont pas encore montrés, rejoindre le manoir n'y changera rien. »
Fenrir avait les sourcils froncés, et se leva, se pinçant l'arête du nez.
« - Ce n'est qu'un enfant, Fenrir. » Elle parlait plus fort, alors que Fenrir s'éloignait. « Même les loups-garous les plus aguerris calment leurs activités durant les mois les plus froids. Tu ne peux le faire dormir à la belle étoile, ou dans je ne sais quelle grotte après les premières neiges! »
Fenrir fit mine de ne pas l'entendre. Le lendemain, ils prenaient la direction de Durham, où la famille Greyback avait il y a bien longtemps investi un vieux manoir appartenant à des moldus.
Harry roucoula de joie en découvrant la veille bâtisse. Elle était en meilleur état que le taudis qui avait abrité sa transformation, même si ses murs étaient jaunis, que la tapisserie tombait par endroit et qu'elle avait une méchante odeur de renfermé. Il n'y avait pas de clefs, mais elle se trouvait au fond d'un bois et était trop lugubre pour que les habitants du village le plus proche n'y mettent les pieds. Comme toutes les maisons de ce genre, on la disait hantée.
A l'étage, il y avait même quelques lits défoncés et Harry s'y jeta en poussant un cri réjoui, y fit quelques sauts qui manquèrent de casser encore quelques planches du sommier, puis repartit en courant pour visiter les pièces à plafonds hauts.
« - Tu vois, il est bien content d'être ici. », dit Margaret, passant à côté de l'Alpha. Puis, avant qu'il ne réponde, « Et il est en sécurité. Tu n'es pas seul, Fenrir. »
A ces mots, l'homme se tourna enfin vers elle. Il la regarda un moment dans les yeux. Oui, la meute était là. Ils étaient six, et il ne devait pas l'oublier. Il n'était pas seul. Harry n'était pas seul. Fenrir acquiesça.
Ils passèrent le plus dur de l'hiver dans la vieille bicoque. Harry avait maintenant sept ans et demi. Et était devenu un enfant énergique, confiant et espiègle. Il adorait être le complice de Cal pour préparer des « mauvais coups »... une fois ils cachèrent les manuels scolaires, ce qui empêcha Elya de lui faire la leçon pendant plusieurs jours. Bien sûr, il aimait ces leçons, mais il prenait en exemple l'adolescent et feignait d'y rechigner. Une fois, il s'était caché au deuxième étage. Au vu de la tête de Fenrir, il n'y eut pas de récidive.
Les nuits de pleine lune, ils sortaient et veillaient à ce que le louveteau ne s'approche pas trop du village, tout en s'arrangeant pour que les habitants sachent qu'il y avait des loups dans les bois et qu'il valait mieux ne pas s'y aventurer. Avec l'argent caché dans la cheminée du séjour, Loo était allé acheter de quoi isoler mieux au moins une de pièces pour les nuits les plus froides.
Tout était paisible. Et Harry aimait le manoir.
Mais un jour, c'était au début du mois de février, arriva ce pourquoi Fenrir avait toujours été si inquiet. Il était seul avec Harry dans le grand jardin défraîchi qui entourait la bâtisse. Fenrir était assis nonchalamment par terre et regardait Harry lui raconter à grand renfort d'imitations et de cris, comment, avec l'aide de Cal, il avait attrapé un lièvre « au moins gros comme ça » lors de la dernière pleine lune. Fenrir avait assisté à la scène, mais prenait plaisir à l'entendre contée avec tant d'enthousiasme.
Soudain, Harry se figea, et fronça les sourcils.
« - Tu ne trouves pas que ça sent bizarre? »
Et Fenrir sentit. Complètement obnubilé par l'enfant, il avait baissé sa garde! D'un seul mouvement, il se trouva auprès de lui. Quelques secondes plus tard, les autres membres de la meute les avaient rejoints, et s'étaient placés autour d'eux, en position défensive.
« - Fenrir, qu'est-ce qui se passe? », demanda Harry, alors que la grande main de l'adulte le tirait par l'épaule pour le coller contre lui. Harry suivit le regard fixe de Fenrir, et vit alors les deux silhouettes qui se détachaient des arbres et marchait dans leur direction.
La première était celle d'un homme, très grand et mince, musclé comme un danseur, et la démarche tout aussi souple. Il avait des yeux de chats, vert jaune, un nez un peu trop long et un air supérieur, avec des cheveux jaune paille dressés en épis sur sa tête. Il devait avoir environ vingt-cinq ans. L'autre homme était plus petit, trapu, et se tenait recourbé dans l'ombre du premier, et ses longs cheveux filasses, d'un brun crasseux cachait presque l'entièreté de son visage.
Le blond avait plaqué un sourire avenant sur ses lèvres, mais, inconsciemment, Harry se rapprocha encore de Fenrir. Cal se plaça devant lui alors qu'il avançait vers l'Alpha.
« - Rentre donc tes chiens de garde, Greyback. », dit l'inconnu d'une voix amusée, « Je n'ai pas envie de me battre aujourd'hui. »
« - Qu'est-ce que vous venez faire ici, Louis? », grogna Fenrir avec hargne. Harry serrait de ses deux mains l'avant-bras de son protecteur, passé par-dessus son épaule.
Le dénommé Louis ne fit pas attention à sa question, passa devant Cal et vint s'accroupir à hauteur de l'enfant. Il planta ses yeux si intrigants dans les autres, verts et inquiets, et eut un sourire tendre.
« - Le voilà donc, le garçon qui a mis la meute de Greyback en exil. »
Fenrir recula d'un pas, entraînant Harry avec lui. « Je ne vois pas de quoi tu parles. »
« - Ta meute a toujours été nomade, mais on ne vous avait jamais vu voyager si souvent et si rapidement. Des mois d'errance et d'isolement, on aurait pu croire qu'une fois posés au manoir, vous viendriez vous présenter à la communauté. Mais non. »
Il avait énoncé la dernière phrase sur le ton contrarié qu'ont les parents devant un enfant désobéissant.
Les autres ne pipaient mots.
« - Je n'ai aucun compte à rendre. », dit Fenrir d'une voix ferme.
Derrière, le brun émettait une sorte de hoquet moqueur. Louis s'était relevé, une main sur la hanche.
« - Le conseil ne te demande jamais rien, Fenrir. Chacun est libre de vivre comme il l'entend, à condition de respecter nos principes de bases. »
« - Et c'est ce que nous faisons. », répliqua froidement son interlocuteur, « Le conseil n'a pas à se mêler de nos affaires. »
« -C'est pour cela que tu coures pour cacher l'enfant à tes pairs? Ta meute a toujours été vagabonde, mais tu ne peux nier que depuis plusieurs mois, ces voyages se sont faits longs et incessants. »
Harry grimaça. Il n'aimait pas la façon qu'avait Louis de s'adresser à Fenrir. Mais ce dernier ne se laissait pas démonter. Alors qu'il répétait qu'il n'avait pas de compte à rendre sur ses actions, rien dans sa voix n'indiquait qu'il soit ennuyé ou embarrassé.
« - Les choses sont différentes maintenant, Greyback. », intervint pour la première fois le deuxième inconnu, et sa voix était nasillarde. « Tu n'as pas transformé n'importe qui. Beaucoup de gens se posent des questions sur ce qu'il convient de faire. »
Harry était perdu. Que voulaient-ils dire? D'où venaient-ils? Il ne s'était jamais inquiété de l'existence d'autres loups-garous. Ce qu'ils étaient, c'était indéniable. Il sentait l'aura de colère et de méfiance de Fenrir, mais aussi celles des membres de la meute, qui comme lui se tenaient à l'affût du moindre mouvement hostile. Harry gémit doucement le prénom de son protecteur. Ce dernier baissa les yeux une seconde vers lui, émit une pression de la main sur sa poitrine, puis releva la tête, impassible.
« - Cela ne regarde que moi, et ma meute. » Celle-ci se resserra sensiblement autour d'eux. « Et il me semble que Zachary ne se gène pas pour transformer des gamins à peine sortis de la maternelle. »
« - Tu sais pertinemment que cela n'a rien avoir avec son âge. », susurra le blond, malicieux.
« - Qu'est-ce qu'il se passe? »
Cette fois, Harry avait risqué l'interrogation à voix haute. Ce ne fut guère plus qu'un miaulement, mais cela suffit à jeter un silence durant quelques instants. Louis ouvrit la bouche, mais Fenrir le devança.
« - Elya, ramène le petit à l'intérieur. »
« - Reste plutôt tranquille, Elyanor. », suggéra le brun, ce qui était en soi une insulte à l'autorité de Fenrir. La jeune métisse ne lui offrit même pas le luxe d'un regard, mais grimaça imperceptiblement, puis saisit le poignet d'Harry dans un geste presque ostentatoire. Elle lui intima de le suivre, mais Harry refusait de lâcher le grand corps qui lui servait d'abri, insistant pour qu'on lui explique les événements.
Fenrir soupira et prit l'enfant part les épaules en s'agenouillant à sa hauteur.
« - Attends-moi à l'intérieur, cela ne prendra pas longtemps. »
Il fallait connaître Fenrir pour entendre dans cette injonction une promesse d'explication. Mais Harry, s'il le comprit, n'abandonna pas et lui lança un regard suppliant, mais celui de l'aîné restait résolu. L'enfant se mordit la lèvre et, comme si les autres ne l'entendraient pas s'il chuchotait, il murmura :
« - Je veux rester avec toi. »
Louis eut l'indélicatesse de commenter. « Tu sais, Greyback, on n'a rien à cacher, nous... »
Fenrir avait fermé les yeux, agacé. Il libéra une des épaules d'Harry et sa main vint prendre son visage en coupe. Ainsi, les émeraudes scrutèrent les yeux jaunes qui à la fois ordonnaient et priaient. Son pouce caressa la joue du gosse.
« - Cinq minutes, Harry. »
Avec un soupir, celui-ci ferma les yeux de résignation, et se pencha légèrement pour poser un instant son front contre celui de Fenrir, puis laissa Elya le prendre par l'épaule et le faire entrer dans la maison. Sur le chemin, il se retourna plusieurs fois, mais ne résista plus. Une minute plus tard, Cal se décida, et les suivit.
« - Comme c'est étrange.. », considéra Louis, la main au menton alors qu'il les observait s'éloigner, « de voir Fenrir Greyback agir avec tant de, oserai-je le dire? Tendresse... Ma foi, je peux comprendre, ce garçon est tout simplement délicieux.... »
« -Dites-moi pourquoi vous êtes là. », interrompit froidement l'Alpha. Loo s'était placé à sa droite, Margaret à sa gauche, mais il ne lui fallut qu'un regard pour les sommer d'imiter leurs compagnons.
« -Calme-toi, Fenrir », rit alors le blond, « On a compris que c'était ton compagnon en sentant son odeur... »
« - Ce qui a le mérite d'expliquer pourquoi tu as eu la sotte idée de le transformer. » Le brun passa une main dans ses cheveux gras, puis continua: « Le survivant... tu devais te douter que le conseil ne resterait pas indifférent. »
« - Donovan, il me semble m'être assez répété : mes actions ne concernent en rien le conseil. » Le ton de Fenrir se faisait impatient.
« - En retirant l'enfant à son foyer, tu as bouleversé la communauté sorcière autant que la nôtre, et il faut en prendre les responsabilités », dit le plus grand, très sérieux, avant de prendre un ton plus grivois, « Évidemment, nous connaissons tous l'attirance qu'un compagnon - un soumis de surcroît – peut avoir sur son partenaire... »
Fenrir serra les poings à la remarque déplacée. Le garçon n'avait que sept ans! En un instant, Louis fut à terre, dominé par l'alpha qui tirait par ses cheveux sa tête en arrière. Le suivant, il sentit l'extrémité d'un bâton de bois dans sa nuque.
« - Armé de cette baguette ridicule, tu n'en es pas moins lâche, Donovan. », siffla-t-il entre ses dents, mais il permit tout de même à l'autre de se relever.
Celui-ci, dans un mouvement faussement coquet remit ses cheveux en place, et s'exprima avec détachement :
« - Voici le message que nous étions tenu de te transmettre, Fenrir Greyback : Le conseil pense que tu n'en as fait qu'à ta tête depuis trop longtemps. Ils espéraient que tu leur présenterais l'enfant toi-même, mais ils sont las d'attendre. Si toi et ta meute ne voulez pas d'ennui, il faut qu'Harry Potter visite Câanis d'ici moins de deux pleines lunes. »
A suivre...
Prochain chapitre : "Protéger".
Merci de votre lecture, et à la prochaine!
Syphia.
