Auteur : Lonely Seira

Titre : Et tu renaîtras de tes cendres

Genre : Drama/Angst/Hurt/Comfort

Rating : T

Pairing : Harry/Drago (mais vraiment très très très embryonnaire)

Disclaimer : Comme vous le savez déjà, J. K. Rowling est la proprio de tout ce petit monde.


Chapitre 2 : Plus bas que Terre

Je crois que je commence à comprendre pourquoi les moldus sont si fascinés par la magie. C'est vrai qu'elle peut faire des choses absolument extraordinaires. J'y étais tellement habitué que je n'y avais jamais fait attention. Mais ça me saute aux yeux aujourd'hui. La magie noire en particulier... aussi cruelle et sadique que le sorcier qui l'emploie. Ça en revanche, c'est une chose que je n'arrive pas à comprendre : comment certains arrivent-ils à prendre du plaisir en faisant souffrir une autre personne ? Pire ! Comment des gens peuvent-ils aimer avoir mal ? Car ça aussi je sais que ça existe... mais ça me dépasse totalement.

En même temps, on ne peut pas dire que ce que j'ai goûté de la souffrance me permette de saisir le fonctionnement de ces esprits tordus. Et là, tu dois te demander pourquoi je me pose des questions aussi bizarres. C'est simple, j'essaie simplement de faire diversion. Sans ces échappatoires à première vue inutiles, je crois que mon esprit aurait déjà sombré. Mon corps lui, n'est plus qu'un vague souvenir. Un amas de plaies, de sang et d'os brisés que l'on s'amuse à soigner sommairement pour qu'il soit prêt à l'usage lors de la prochaine séance.

Quelles séances ?

Celles pendant lesquelles le Lord noir s'amuse à jouer avec moi. Il n'est pas très conciliant envers ceux qui se rendent coupables de trahison tu sais ? On pourrait croire qu'il aurait eu vite fait d'expédier la chose en m'envoyant dans l'autre monde, malheureusement il a une tout autre conception de ce que doit être un acte de pénitence et de repentir. Mais en toute honnêteté et malgré ce qu'il me fait subir, je dois dire que je ne regrette rien. Et je crois que cela transparaît clairement dans mon regard, le rendant chaque fois encore plus fou de colère. Il n'aime pas qu'on lui résiste.

Cependant, il y avait un point sur lequel je ne m'étais pas trompé : ma mère n'a pas survécu longtemps après l'échec de ma mission. Que s'est-il passé après ma chute de la tour ? Peut-être pourrais-je commencer par là, même si je ne me remémore que très difficilement l'enchaînement des évènements.

Voyons... la dernière chose dont je me souvienne, ce sont tes yeux verts qui me fixaient. Ils étaient porteurs d'une lueur si singulière que maintenant encore, je m'interroge sur sa signification. Ça n'a pas grande importance pour le moment.

J'étais donc en train de tomber, tenu par Greyback. Savais-tu que même sans être transformé, un homme atteint de lycanthropie peut conserver de nombreuses capacités du loup ? La force et l'agilité notamment. Je me suis senti ballotté comme un simple sac alors qu'il bondissait de toit en toit, prenant appui sur des murs et des tourelles un peu plus basses. Ensuite... juste le vent qui sifflait dans mes oreilles alors que je me faisais emporter hors de Poudlard. La sensation d'être compressé venait du transplanage... après ? Plus rien.

Je gardais en tête tes grands yeux verts et quand j'ai ouvert les miens, ça n'a été que pour plonger dans deux prunelles reptiliennes et rouges. La lueur que j'y lisais était très claire par contre : haine, colère, dégoût. Le seigneur des ténèbres m'a parlé... des tas de grands mots formant ces discours qu'il aime tant. Le Lord aime beaucoup parler et surtout, il aime qu'on l'écoute. Moi je ne pouvais pas. J'étais devenu comme apathique, attendant simplement son bon vouloir pour abandonner ce monde et ma vie.

Il a fait venir ma mère en un simple claquement de doigts. À ses côtés, mon père était plus blanc que d'habitude, mais son visage ne montrait aucune émotion. Lui aussi devait être puni pour ma trahison : condamné à regarder, tout simplement.

Ma mère est donc apparue. Droite et fière malgré ses traits tirés par la fatigue. Je crois que je ne l'ai jamais trouvée aussi belle qu'en cet instant. J'avais bien vu ce voile dans ses yeux avant de partir pour ma mission.

Acceptation.

Mais c'est une étincelle ardente que j'ai retrouvée après avoir été ramené. Si différente et peut-être un peu inattendue.

Défi.

Elle m'a regardé pour m'accorder un léger sourire, me faisant alors comprendre que j'avais pris la bonne décision. Je crois que j'en ai été vraiment soulagé sur le coup, parce qu'après avoir vu tous ces regards sur moi, j'ai réellement craint d'avoir fait le mauvais choix. Mais il n'en était rien. Puis elle s'est tournée vers le Seigneur des ténèbres et l'étincelle de défiance dans ses yeux n'en est devenue que plus vive encore. Elle a même fini par se muer en quelque chose de plus profond.

Mépris.

Ça n'a pas plu à celui qui jadis était son maître. Il a tendu sa baguette pour la soumettre au doloris. J'entends encore son corps s'écrouler au sol... mais aucun cri. Elle ne voulait pas lui faire ce plaisir. Et son corps s'est peut-être soumis sous le poids de la douleur, mais il n'en était rien pour son esprit. Elle a continué à le défier, jusqu'à ce que survienne la libération.

Un raie de lumière verte.

Encore une fois, j'ai sombré dans les ténèbres. Ça s'est passé il y a une semaine... ou peut-être bien deux. Même trois ? C'est pour cela que je trouve la magie surprenante. Car en infligeant une torture sans commune mesure à un être de chair, elle peut s'insinuer profondément dans son esprit au point de le désintégrer totalement et de lui faire tout perdre. La notion même du temps m'en est devenue obsolète.

J'erre dans les limbes en permanence, m'étant habitué à cette routine malsaine. Un cachot, sombre, humide, les murs couverts de mousse, une odeur de pourriture et de mort alourdissant l'atmosphère. Ma nouvelle demeure. C'est ironique ne crois-tu pas ? Moi qui n'ai connu que draps de soie, vêtements cousus sur mesures et couverts en argent, me voilà allongé à même le sol, vêtu d'une robe de sorcier qui n'en a même plus l'air et devant manger quelques restes dans une écuelle ressemblant à s'y méprendre à la gamelle d'un chien. Enfin ça, c'est quand j'ai assez de chance pour avoir quelque chose à me mettre sous la dent.

Que dis-je ? Avoir juste assez pour me maintenir en vie est une chance ? Je crois que je divague. Car mon seul désir en cet instant, est de simplement recevoir le sort de la mort et de laisser derrière moi toutes ces horreurs. J'en ai rêvé autant qu'il est possible de rêver. Je ferme les yeux et je vois fondre sur moi le même éclair émeraude que celui qui m'a arraché ma mère. C'est un beau rêve... qui devient cauchemar quand je réalise que le vert se contorsionne et prend forme pour me montrer ce que je refuse de voir.

Deux grands yeux verts.

Quelle ironie du sort... sans vouloir faire de jeux de mots stupide. Pourquoi a-t-il fallu que tes yeux qui me lient cruellement à un vain espoir soient de la même couleur que ce sort libérateur que j'appelle de mes prières ? Je révère ces deux mots si simples... Avada Kedavra. Même leur consonance me semble magnifique. Mais toujours je ne peux m'empêcher de l'associer à tes mots lorsque j'ai plongé dans ton regard.

« Je viendrai te chercher Drago ! Je te le promets ! Attends-moi ! Je viendrai ! »

Et avant même que j'en aie eu conscience, j'ai commencé à y croire. Tu es un gryffondor après tout et quand tu fais une promesse, quel que soit le prix à payer, tu t'y conformes. Alors je sais que tu viendras... mais quand ?

Je ne veux pas m'accrocher à cet espoir. Je veux juste que le Lord en finisse avec moi. Je veux que dans mon regard, il n'y ait plus que soumission et résignation. Car c'est ce que le Seigneur des ténèbres attend. Lorsque je me serai soumis à son pouvoir, enfin il sera satisfait et me laissera rejoindre ma mère et ainsi, mes souffrances ne tourmenteront plus mon père. Chaque jour il en est le spectateur contraint et forcé. Chaque jour il me regarde me vider de mon sang... de mon sang si pur et noble qui a fait ma fierté.

Qui aurait cru qu'un sang-pur saignait de la même façon qu'un moldu ? Lorsqu'il s'échappe de nous, il est pour tout le monde pareil : liquide grenat, un peu épais, d'une odeur métallique un rien écœurante. Oui... lorsque nous saignons, nous ne sommes pas différents les uns des autres. Étrange ce que l'on peut découvrir aux portes de la mort... portes que je ne pourrai jamais franchir. Tout ça à cause de cette image immonde qui se terre dans mon esprit et éclôt dès que je crois pouvoir lâcher prise.

Deux grands yeux verts.

Et à cause de cela, je n'arrive pas à soumettre totalement mon esprit. Le Lord le sait bien, il le voit, il le sent. Alors il continue. Je ne suis qu'une poupée à ses pieds. Sans volonté mais toujours divertissante. Au début je l'étais un peu plus néanmoins. Je voulais partir comme ma mère : les yeux brûlant de défi et la fierté suintant de tous les pores de ma peau. Mais je n'ai pas duré bien longtemps.

Souvent il se moque aussi. Il fait de nos séances une sorte de show pour tous ceux qui voudraient s'en délecter. Je me suis habitué à toujours être regardé. J'essuyais de nombreux regards lorsque j'étais encore à Poudlard. Mais le respect, la peur, la soumission et la haine n'y sont plus. Il n'y a que des airs moqueurs et dégoûtés. Avant j'en aurais été malade. Aujourd'hui je m'en fous. Leurs yeux ? Je ne les vois même pas. Quand le monde n'est pas trop flou autour de moi, j'essaie de me raccrocher à la réalité pour savoir où j'en suis. Mais la souffrance me ramène dans mon carcan d'illusion. Là où je crois pouvoir abandonner... et là où jamais je n'y parviens. Car ce ne sont plus eux qui me regardent mais juste toi. Maintenant encore je les vois.

Deux grands yeux verts.

Ce que je peux les haïr. Car malgré tous les ''bons soins'' que m'accordent les sbires du Lord pour que je survive à un autre jeu de maltraitance, je sais très bien que ce n'est que mon esprit qui me maintient à flot. S'il avait décidé de ne plus combattre, mon corps aurait suivi. Pourtant la volonté est toujours là. Je n'en ai jamais vraiment eue. Comme tout bon serpentard, je préfère largement la fuite. Et c'est dans le pire moment de mon existence que ce talent méprisable se révèle. Un talent si horriblement gryffondor. Et c'est toi qui me l'a donné. Pourquoi a-t-il fallu que tu me fasses cette promesse ? Cela t'amuse-t-il donc à ce point de me pourrir la vie ?

Si je pouvais me convaincre de ta cruauté, il me serait facile de te détester, de ne plus te croire, d'oublier cette promesse, d'effacer l'intensité de ton regard et de glisser lentement de l'autre côté. Mais je sais que tu n'es qu'innocence et sincérité. Ta candeur que j'ai exécrée est maintenant celle qui me pousse à espérer. Alors j'en suis sûr, entre le Lord et Potter... oui, mon vrai bourreau, c'est toi. Cette pensée m'arrache un ricanement sans joie qui résonne entre les murs de ma prison d'une façon si pitoyable. On dirait que je couine comme un petit animal blessé. Et alors ? C'est ce que je suis non ?

Tiens donc... les gonds se mettent à grincer sinistrement. L'heure de ma séance quotidienne est déjà arrivée ?

- Lève-toi sale chien ! Me crache-t-on au visage.

Je ne peux même pas réagir. Alors une main impatiente me saisit le bras et me met debout. Mes jambes tremblent, je suis à bout de force. Mais machinalement, j'avance quand même, le bras broyé dans cette poigne de fer.

Je remonte des escaliers et laisse derrière moi cette lourde atmosphère. L'air est plus frais ici, mais il n'en est pas moins pesant. Je reconnais ces couloirs, ces tableaux, ces tapisseries et ces fenêtres. Nous sommes au manoir Malfoy. Quel meilleur endroit pour me torturer ? En étant prisonnier des cachots de ma propre demeure, le Seigneur des ténèbres peut encore mieux me faire sentir combien mon erreur a été grande. Ici, chaque jour je suis confronté à ce que j'ai perdu. Mais tout ça n'est que matériel alors je n'en ai cure.

La salle du trône. Il est assis là, aussi terrifiant et inhumain que dans mon souvenir. La poigne me traîne encore avant de me jeter au sol. Je m'affale à genoux, peinant à reprendre appui sur mes mains pour me redresser. À quatre pattes, j'ai vraiment l'air d'un chien. Et c'est vrai, je ne suis que son chien. Quoi que... un animal de compagnie serait certainement bien mieux traité que moi. J'en prends pour preuve son foutu serpent qui se pavane comme un petit prince autour de lui et qui est si bien choyé.

Quand on parle du reptile, on en voit le bout de la queue. Comme à chaque fois avant que les sorts ne pleuvent sur moi, Nagini quitte ses épaules et ondule jusqu'à moi. Il me frôle par moments en me filant des frissons d'angoisse. Je hais cette bestiole. Je sens sa langue répugnante contre ma joue et je parviens à ne pas me rétracter. Il ne me fera rien. Pas temps qu'il ne lui en aura pas donné l'autorisation. Et il ne la donnera pas de sitôt. Le serpent s'éloigne de nouveau, apparemment satisfait de son petit tour. La voix du Lord, tel un chuchotement sifflant, s'élève dans le silence de la grande salle.

- Alors jeune Malfoy, vas-tu enfin te décider à me présenter des excuses ? Demande-t-il.

Des excuses ? Pourquoi ? De toute façon il n'en a rien à faire. Ce n'est qu'une humiliation de plus qu'il voudrait m'infliger dans son jeu malsain. Il m'en a déjà demandées plusieurs fois mais tout ce qu'il obtient en réponse est un mutisme parfait. Encore aujourd'hui je ne le dirai pas. De même que ma mère qui n'a pas supplié pour sa clémence, je ne m'inclinerai pas pour son pardon.

Si je le faisais pourtant...

- Qu'attends-tu pour répondre ?! Endoloris !

Et je ne peux rien faire d'autre que d'hurler jusqu'à m'en briser les cordes vocales. Trop faible pour penser encore à ma dignité. Mais si je le faisais pourtant... si j'acceptais de demander pardon, il m'enverrait enfin l'impardonnable. La dernière humiliation : refuser mes excuses par ce sort interdit. Je le veux tellement... mais dès que j'y pense, la couleur émeraude ne me renvoie pas cette image de plénitude. Il n'y a encore que cette vision cauchemardesque.

Deux grands yeux verts.

Je n'ai même plus conscience de me tordre de douleur. Je n'ai même plus conscience que ma bouche s'ouvre pour laisser échapper un cri horrifiant qu'on ne peut même plus entendre. Je n'ai plus conscience de rien en fait. Si peut-être d'une chose... ça s'est arrêté. Je crois.

J'entends vaguement un tumulte autour de moi. Des cris... mais pas les miens. Colère, rage, des ordres donnés à la va-vite, des grognements, des pas précipités, des explosions. Et je reste au milieu de ce tintamarre, amorphe. Les ombres s'enchaînent autour de moi. L'une d'elle est juste au-dessus de mon visage, elle me parle.

- Drago ? Drago, m'entends-tu mon fils ? Il faut que tu te lèves !

Je crois que je la connais... mais je ne sais plus. Je grogne quand mon bras passe autour des épaules d'une personne. Je sens aussi un bras autour de ma taille. Une force inconnue me remet debout. Mais je n'arrive plus à lutter et je m'avachis lamentablement.

- Allons fils ! Un dernier effort et c'est presque fini ! On va te sortir de là.

- ... Papa ? Marmonne-je de ma voix brisée.

- Oui c'est moi mon garçon. Reste encore éveillé, il faut qu'on sorte.

Je ne l'avais plus entendu depuis si longtemps... et ça a quelque chose de réconfortant. Comme si j'étais là où je devais être, comme si j'avais enfin le droit de me laisser aller.

Le tumulte continue, les hurlements aussi. Les sorts volent dans tous les sens et beaucoup sont de cette couleur que j'ai si souvent appelée : vert émeraude.

- TRAITRE !

Un cri glaçant qui ressemble au sifflement d'un serpent. Mon père se retourne vers ce cri, baguette brandie et je suis le mouvement. Un sort fuse de la baguette ennemie. Il est vert... et il se dirige vers moi. C'est bien. Je souris.

- NOOOON !

Un autre hurlement et je me sens tomber au sol, m'étalant de tout mon long. Je ferme les yeux sous la douleur de mes blessures, ravivée par ma chute. Encore quelques sons et un bruit sourd à côté de moi. Je tourne la tête et ouvre difficilement les yeux... pour me retrouver face à un miroir.

On dirait moi. Mais je sens encore la souffrance de mon corps, alors je dois toujours être vivant. Pourtant... les traits de ce visage me ressemblent tant, la couleur de ces yeux aussi, la blondeur de ces cheveux également... sauf qu'ils sont plus longs et plus soignés. Les yeux sont fixes, le corps ne bouge plus... c'est mon père. Mon père qui vient de s'écrouler à mes côtés, touché par le sort qui m'était destiné.

Ma respiration s'accélère mais en vérité je ne sais même pas pourquoi. Je ne sais plus comment je dois réagir. Je ne sais pas même si je le dois ou si je le peux. Mon père n'est plus... il vient de rejoindre ma mère. Je crois que je devrais en être satisfait. Je le serai seulement quand je les rejoindrai à mon tour. C'est bon, je peux abandonner maintenant.

- Malfoy ? Malfoy regarde-moi !

Je détourne les yeux du visage maintenant serein de mon père. J'accepte d'obéir à cette dernière voix car je sais que la délivrance m'attend. Mais lorsque mes yeux se fixent, l'horreur m'empoigne. Non... je ne pourrai pas partir, ils ne me le permettront pas... ils m'en ont toujours empêché. Et maintenant que je les sais réels, je me sens plus prisonnier que jamais. Ce sont eux... ce sont les tiens...

Deux grands yeux verts.


Note de l'auteur : Alors, ça roule toujours ? Comme d'habitude, j'attends vos remarques et critiques !

Mercredi 25 Novembre sera publié le chapitre 3 "La promesse".

Passez une bonne semaine !