Auteur : Lonely Seira
Titre : Et tu renaîtras de tes cendres
Genre : Drama/Angst/Hurt/Comfort
Rating : T
Pairing : Harry/Drago (mais vraiment très très très embryonnaire)
Disclaimer : Comme vous le savez déjà, J. K. Rowling est la proprio de tout ce petit monde.
Chapitre 3 : La promesse
J'aime le noir. Je crois que c'est ma couleur préférée... et je le pense tout en sachant que si je le disais à voix haute on s'empresserait de me faire remarquer que le noir n'est pas une couleur. Peu importe, je l'aime bien. Car le noir... c'est le rien, le vide, le néant. On n'y ressent rien, on n'y distingue rien et on se contente de s'y mouvoir sans avoir besoin de but. L'unité de l'inexistant, contrairement au blanc si clair qui fait mal aux yeux et où la moindre imperfection se voit immédiatement. Présentement, j'évolue dans le noir le plus total et j'y suis incroyablement bien.
Et puis je me dis que si j'arrive à m'enfoncer suffisamment loin dans les ténèbres, alors je parviendrai à convaincre mon corps que mon esprit n'est plus et alors, peut-être acceptera-t-il de mourir. Après tout, on dit bien que certaines personnes arrivent à survivre par la seule force de leur volonté. Pourquoi ne pourrais-je faire de même dans l'autre sens ? Le pouvoir d'un esprit est quelque chose qui nous dépasse de loin et si je refuse de revenir vers mon corps pour ne pas avoir à souffrir encore, alors l'auto-suggestion reste ma seule arme. Dans mon antre noire, je peux tout tenter. Personne ne pourra venir m'en empêcher ici.
Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi il m'a fallu tant de temps avant de me laisser sombrer. Je crois que je l'ai su... mais maintenant tout est brouillé. Je ne veux que le noir. Sauf que par moment, il arrive quelque chose de bien étrange dans mon petit monde : le noir se teinte de gris. Comment une lumière peut-elle me parvenir jusqu'ici ? Je n'en sais rien. Ce qu'il y a d'encore plus étrange, c'est que lorsque mes abysses virent au gris, le silence est aussi perturbé par des sortes de bourdonnements incessants que je n'arrive pas à capter. Comme des murmures, trop lointains pour être compris... mais dérangeants quand même.
Tiens... on dirait que ça recommence.
- ... aucune idée. Malheureusement il n'y a plus grand chose que je puisse faire. Tout dépend de lui maintenant.
- Pourquoi est-ce qu'il ne se réveille pas ?
- Je ne sais pas mon garçon. Je lui ai donné des potions contre la fièvre mais ça ne semble avoir aucun effet.
- Je vois... on ne peut vraiment qu'attendre alors ?
- Oui, mais il est bon pour lui d'avoir de la compagnie. Je suis surprise que vous vous soyez proposé et encore plus que le professeur Rogue ait accepté.
- Cela a peut-être à voir avec le fait que je suis le seul à avoir tant insisté auprès du professeur Dumbledore pour le sortir de là...
- Probablement. C'était incroyablement téméraire, mais si vous l'aviez convaincu ne serait-ce qu'une heure plus tard, je ne sais pas si Mr Malfoy serait encore des nôtres aujourd'hui.
- Il n'est pas encore tout à fait des nôtres... il faut qu'il revienne d'abord.
Maudits bourdonnements... ça fait déjà la deuxième fois que ça arrive en peu de temps mais je trouve ça toujours aussi perturbant. Je lutte à présent pour retourner dans le cocon protecteur de mon monde en noir. Ce gris insipide me donne envie de vomir... enfin j'aurais envie si je pouvais vraiment ressentir quoi que ce soit. Peu m'importe tout ce qui se passe dans le monde réel, en ce qui me concerne, la Terre peut bien continuer de tourner autant qu'elle veut, moi je reste à l'arrêt.
Enfin, je reste à l'arrêt... mais rien ne s'arrête pour autant en fait. J'ai beau cherché, je ne vois pas pourquoi mon corps s'obstine à me rattacher à la vie alors qu'il m'aurait lâché pendant ces séances de tortures si je ne l'en avais pas empêché. À croire que quoi que je fasse, il y en aura toujours un des deux pour me retenir. Je savais qu'un Malfoy était têtu et imprévisible, mais à ce point-là, c'est grotesque !
Oh non ! Encore ces fichus grésillements. Est-ce que ça ne cessera donc jamais ?
- Encore en train de chercher quel sera le prochain coup d'éclat qui vous fera sortir du lot Potter ?
- Je ne vois pas en quoi le fait de venir m'enquérir de sa santé peut constituer un éclat, mais s'il vous plaît de le croire monsieur.
- Ne soyez pas si insolent Potter ! Ma patience atteint rapidement ses limites !
- Je ne savais pas que vous aviez de la patience à la base. Et si ma présence vous dérange tant, pourquoi ne pas me bouter hors d'ici comme vous l'avez fait pour tous les autres ?
- ... Parce que Mrs Pomfresh pense que la présence d'une connaissance de Drago à ses côtés peut l'aider à refaire surface. Je doute sincèrement de votre utilité en la matière mais même si je peine à l'admettre, mieux vaut vous qu'un autre crétin de l'Ordre.
- Puisque nous avons un terrain d'entente, voyons les termes : je ne vous adresse pas la parole et vous faites comme si je n'existais pas ça vous va ?
- En ce qui me concerne, ça ne changera guère de mes habitudes.
- Je vous ferais remarquer que je le fais pour votre précieux filleul alors mettez-y un peu du vôtre. Vous gagneriez à montrer que vous pouvez avoir un cœur.
- Gardez vos inepties pour qui sera intéressé Potter !
VLAM
- ... Pas besoin de claquer la porte si fort chauve-souris des cachots, vous avez failli réveiller les morts... mais toi, ça ne t'a même pas fait sourciller.
Vacarme infâme sur lequel on a apposé une sourdine... ça ne ressemble vraiment à rien. Un bruit de fond qui va et vient et m'arrache sans cesse de mon monde pour me plonger dans ce gris. Mais c'est si triste comme couleur ! Mmh... voilà que je recommence à penser à des choses inutiles. Je crois que le mieux en fait, ce serait de laisser ces anomalies auditives couler sur moi et ne pas m'en soucier. Plus je m'énerverai contre elles, plus elles seront insupportables. Bon sang ! Mes parents m'attendent déjà et moi je suis là comme un crétin à parler de couleurs et de bourdonnements ! Si je les entends encore, bien ce sera la dernière fois... juste une fois de plus et après je ferme les vannes définitivement.
- Par Merlin Harry ! Est-ce que tu te rends seulement compte de ta façon d'agir ?!
- Je ne vois pas ce qui te dérange Hermione. Et ne parle pas si fort, tu n'as pas besoin de rameuter tout le Square Grimmaurd.
- Hermione a raison Harry. Ton comportement est de plus en plus bizarre.
- Et en quoi ? Qu'y a-t-il de ''bizarre'' à ce que je m'occupe de quelqu'un de souffrant ?
- Mais... mais c'est Malfoy enfin ! Et ça fait plus de trois semaines que ça dure !
- En plus à ce stade, tu gaspilles du temps pour rien. Même Mrs Pomfresh ne peut plus rien. Il doit être conduit à Ste Mangouste.
- À Ste Mangouste ? Mais bien sûr ! Les médicomages seront par trop ravis de s'occuper d'un ex-mangemort dans le coma alors que les urgences croulent sous les admissions jour après jour !
- Ce n'est pas à toi de prendre cette charge ! Tu as détesté ce gars depuis le moment où tu l'as rencontré ! Et corrige-moi si j'me trompe, mais il te l'a bien rendu !
- C'est du passé tout ça.
- Du passé ? Elle est forte celle-là ! J'te parie que s'il était conscient il ne se priverait pas pour nous assaisonner de ses remarques acerbes et de ses sarcasmes.
- Justement Ron, il n'est pas conscient alors la question est réglée !
- Mais enfin qu'est-ce qui te prend Harry ? Je ne te reconnais plus !
- Tu ne me reconnais plus où tu découvres que tu ne me connaissais pas si bien que ça ? Je me suis toujours soucié des autres et ce n'est pas demain la veille que ça sera autrement.
- Je le sais bien mais avec lui ça a toujours été différent ! Pourquoi est-ce que tu t'impliques autant ?
- ... Parce qu'à ce moment... son regard était bien trop semblable au mien pour que je ne me sente pas concerné. Je l'ai vu faire ce choix... je l'ai vu et cela change tout.
- Harry...
- Non arrête ! Tout ce que vous direz n'y changera rien. J'ai lui ai donné ma parole en haut de la tour. Je la lui ai donnée et je m'y conformerai. J'ai dit que je le ramènerai... et je tiendrai ma promesse.
Gris... gris... et douloureux. Pourquoi est-ce que j'ai si mal ? Pourquoi est-ce qu'au milieu de ce flot incompréhensible, ce mot m'est-il apparu aussi distinctement que si on me l'avait dit au creux de l'oreille ? Pourquoi éveille-t-il tant de choses en moi ?
Promesse.
Oui... on m'en a faite une je crois. Mais pourquoi ? Qu'a-t-elle de si important pour que mon esprit s'agite rien qu'en me l'évoquant ? Une promesse ce n'est rien. On en fait tous les jours et la plupart du temps, ce ne sont que des paroles en l'air dont on se fiche. Moi j'ai fait des promesses et la moitié a été jetée aux hippogriffes. Alors qu'a-t-elle de spéciale... cette promesse ?
« Je viendrai te chercher Drago ! Je te le promets ! Attends-moi ! Je viendrai ! »
Il viendra me chercher... il me l'a promis alors qu'il me regardait. Il me regardait... avec ses deux grands yeux verts. Non ! Je refuse de les voir encore ! Ils m'ont emprisonné et ils continuent à me tenir en leur pouvoir. Pourquoi ? Que me veulent-ils ? Quel besoin ont-ils de me faire ça ?
... Quel besoin as-tu de me faire ça ?
Je reconnais ta voix. Je me souviens de qui tu es... et ça n'a aucun sens. Cette promesse n'a pas plus de raison d'être que mon ardeur à y croire. Et pourtant... c'est elle qui me rattache aux lambeaux de ma vie depuis des semaines... des mois ? Mais maintenant je sens venir l'inéluctable. Car de même que je me débattais dans ma douleur pour me raccrocher à ce que je pouvais afin d'être là quand tu arriverais, je me démène aujourd'hui pour quitter ce monde si noir pour m'enfoncer dans ce gris qui fait mal.
Un gris effroyable qui devient de plus en plus clair. J'y progresse, tiraillé entre l'envie de le fuir et de le dépasser. Les bourdonnements deviennent de plus en plus distincts. Je recommence à sentir la pesanteur, la détresse de mon corps meurtri, la lourdeur de mes membres, la chaleur sur ma peau. J'entends mon cœur qui tambourine et ma respiration qui se fait irrégulière. Je tremble et la sensation est atroce.
Je voudrais crier mais je n'y parviens pas. Je voudrais bouger mais mon corps n'obéit pas. Je voudrais ouvrir les yeux... et eux acceptent de se plier à ma volonté.
Éblouissant.
Il fait sombre dans l'endroit où je me trouve mais la lumière est suffisante pour percer mes yeux maintenant écarquillés. J'analyse à une vitesse folle ce que je peux percevoir... mais il n'y a pas grand chose. Ma tête est si lourde qu'elle ne bouge pas. Il n'y a que mes globes qui roulent d'un bord à l'autre pour essayer de capter des images qui peut-être me feront comprendre. Cependant, je ne vois qu'une chose.
Du vert... absolument partout.
Le noir j'aime, le gris je supporte, le blanc fait mal mais passe encore. Le vert... non, c'est au-delà de mes forces.
- Hé, te revoilà parmi nous. Tu nous as fait une belle peur, entends-je dire à voix basse.
Difficilement je tourne la tête pour focaliser la personne qui possède cette voix, bien que je sache déjà à qui elle appartient. Ça ne peut être que...
Deux grands yeux verts.
Mon cœur s'accélère encore et je suis comme pris dans une crise de panique. Ils ne me laisseront jamais en paix. Tu ne me laisseras jamais en paix. La frustration et le dépit pourraient presque m'arracher des larmes mais je ne cèderai pas. Je ferme alors les yeux pour ne plus avoir à souffrir de cette vue. J'ai l'impression de m'enfoncer des mètres dans mon oreiller molletonné. Mais ça ne m'empêche pas de sentir le contact d'une main froide sur mon front.
- Je peux comprendre que tu sois désorienté, mais tout va bien maintenant. Tu n'es plus là-bas.
Tout va bien ? Essaies-tu de faire de l'humour ? Car non, tout ne va indubitablement pas bien. Je suis toujours prisonnier de cette existence de merde avec le pire pot de colle jamais vu depuis les fondateurs. J'aurais été moins exaspéré si dès mon réveil j'avais été confronté au sourire condescendant et soit-disant compréhensif du vieux, mais il a fallu que tu joues les infirmières et je me retrouve collé avec toi !
- Mrs Pomfresh m'a laissé pas mal de potions et des instructions pour que tu te remettes vite d'aplomb. Elle aurait voulu s'occuper un peu plus de toi mais la guerre devient de plus en plus moche et elle est débordée. Le professeur Rogue passe aussi de temps en temps pour voir comment tu vas... on essaie de se tolérer dans la même pièce sans se sauter à la gorge mais ce n'est pas facile.
Et tu parles... tout seul. Ne remarques-tu pas que je suis totalement inattentif à ce que tu racontes ? Tu tentes de meubler les blancs ou quoi ? Je te regarde à nouveau et je me demande si l'incrédulité et la lassitude que je ressens transparaissent dans mes yeux. Je serre les poings... j'ai tant de choses à te cracher au visage mais comment le pourrais-je ? Tu me parles avec douceur, tu m'expliques où on en est, où j'en suis, tu as un léger sourire un peu mélancolique au coin des lèvres. Tes yeux sont cernés de noir et ta peau est aussi pâle que la mienne. Tu m'as même l'air encore plus maigrichon qu'avant. Alors vraiment, comment pourrais-je te faire des reproches ?
Tu ne me facilites pas la tâche... quelle que soit la tâche considérée.
- Hé Malfoy ? Tu t'sens bien ?
De l'inquiétude maintenant. Je me mords les lèvres et ferme étroitement les yeux en agrippant encore plus les draps pour ne pas exprimer ma rage. Comment peux-tu avoir de tels sentiments dans les yeux ? Comment ces orbes verts qui m'ont tellement fait souffrir peuvent-ils maintenant faire preuve d'une telle compassion ? Comment parviens-tu encore à ressentir quelque chose de si doux au milieu de cette guerre immonde qui nous bousille tous ? Et pour moi en plus... je ne comprends pas.
- Bon... ça peut pas être la chambre, reprends-tu avec une évidente fébrilité. J'ai bien fait attention à te placer dans l'ancienne chambre de Régulus qui est aux couleurs de Serpentard. Chez Sirius il n'y a que du rouge et or alors j'ai craint que ça te replonge dans le coma sitôt que tu aurais ouvert les yeux.
Une tentative d'humour encore... si lamentable que je ne peux m'empêcher de me détendre. Au fond... tu restes toujours le même gryffondor naïf et plein de bons sentiments, çe ne devrait même pas m'étonner.
Je ne parle toujours pas mais ça ne te décourage en rien. Tu me redresses sur mes oreillers car je suis trop faible pour y parvenir. Après avoir été nourri à la potion nutritive, tu penses que des aliments plus consistants seraient les bienvenus. Pourquoi pas... mais je peux manger sans ton aide. Je te jette des regards assez explicites et après quelques tentatives peu fructueuses pour me donner la becquée, enfin tu abandonnes et me laisses un peu seul.
Je suis réveillé depuis peu et je suis déjà totalement crevé. Mais étrangement, je sens qu'un poids énorme s'est levé de mes épaules. Crois-tu que parce que je suis revenu véritablement parmi les vivants, j'en ai oublié mon but pour autant ? Non... bien sûr que non. Mon esprit est même plus clair qu'avant et je crois que je viens de saisir quelque chose de tout à fait fondamental.
Tu m'as fait une promesse et inconsciemment, je voulais que tu l'honores. Juste pour me montrer que quelque part, quelqu'un d'autre que ma famille se souciait de moi. Juste pour me montrer que tu es cet homme droit et loyal que j'ai toujours connu... et qui m'a toujours agacé. Alors j'ai tenu dans l'antre de l'enfer jusqu'à ta venue. Et enfin, tu as pu sauver mon corps. Promesse accomplie, j'aurais dû en être satisfait. Mais tu ne l'étais pas, alors je ne pouvais pas l'être. Les termes du contrat n'étaient pas complets.
Mon esprit devait être ramené entier aussi. Je ne vais pas dire sain et sauf car je suis peut-être sauf mais loin d'être sain. Juste... il devait être là en même temps que mon corps. Alors au fond, je savais que je ne pouvais pas abandonner avant de voir dans tes yeux que tu avais eu ce que tu voulais. Là j'ai vu, dans tes grands yeux verts, que la promesse avait été vraiment tenue. Tu es content, moi aussi. Que nous reste-t-il maintenant ?
Plus de baguette, plus d'attaches, plus d'envie et plus d'espoir... mais sur ce plateau repas, la lame de ce couteau est si brillante... invitante... tentante...
Note de l'auteur : Voilà le réveil du beau au bois dormant ! ^^ Alors ? Toujours bien ? Moins bien ? Pas de discrimination chez moi. Bonne ou mauvaise, je prends toutes les reviews !
Chapitre 4 "L'ombre" en ligne Mercredi 2 Décembre !
Bonne semaine à tous !
