Chapitre 3 – L'arrivée de Noriko
Mu et Shaka rejoignirent le sanctuaire en marchant lentement. La lune éclairait le chemin et donnait un aspect presque lunaire à la colline parsemée d'à peine quelques sapins.
Je comprends un peu mieux que le corps de Saga soit parti en poussière l'autre nuit, puisqu'il est bien à l'abri dans cette tombe. On aurait dit qu'il dormait en attendant une prochaine résurrection…
Il manque cependant des pièces au puzzle, réfléchit Shaka, on ne peut pas nier qu'il s'agissait bien de Saga sous la robe du Pope, ce n'est pas un fantôme qui a tué ton maître Shion, pris sa place et dirigé le sanctuaire pendant 13 ans ! Et ce Kanon ?! Je connais ce nom…
Il a peut être pris le nom d'un villageois pour éloigner les soupçons. Après tout, la concession est bien en règle.
Il va falloir penser à le rapatrier, ici au sanctuaire, avec les autres. Il était, lui aussi un chevalier d'Athéna, après tout.
Oui… les autres ne vont pas apprécier… pensa Mu tout haut.
Tu n'es pas obligé de leur dire ! Mais il va falloir tirer ça au clair.
Le lendemain de leur escapade au cimetière, Mu attendait un peu nerveusement l'arrivée du comptable promis par la fondation Kido. Il se sentait un peu nerveux du fait de n'avoir pas pu fermer l'œil de la nuit, et il voulait résoudre cette histoire au lieu de se plonger dans les chiffres avec un comptable qui promettait d'être ennuyeux comme la pluie.
Il s'était replongé dans son classement en attendant, autant passer le temps à faire quelque chose d'utile, d'autant qu'il savait qu'Athéna allait lui tomber dessus à bras raccourcis si jamais cette fichue compta n'était pas mise à jour avant la fin du mois. Il fut soudain tiré de sa concentration par un bruit net de talons. Furieux, il alla à la porte pour voir qui avait idée de faire autant de boucan en marchant, et tomba nez à nez avec une jeune femme qu'il ne connaissait pas. Une très belle japonaise, assez grande, en tailleur jupe sombre très court, perchée sur une paire de jambes interminables et sur 15 cm de talons aiguilles. Ils se regardèrent surpris, elle de voir un Atlante (car ça ne court pas les rues à Tokyo) et lui de voir un inconnu s'aventurer ainsi dans le palais, et une femme de surcroit. La surprise passée, il rassembla ses moyens pour lui demander qui elle était.
Euh, Mademoiselle, vous êtes dans un espace interdit à toute personne étrangère…
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle le coupa en lui présentant sa carte de la fondation.
Je suis la comptable envoyée par la fondation Kido. On m'a dit que je devais voir… le pape ?
Le pope… Alors c'est vous le comptable. Je m'attendais à un homme.
Pourquoi ?
Pour rien… vous verrez bien par vous-même ! Bien, veuillez entrer, je vous ai fait aménager un bureau. Au fait… vous pouvez m'appeler Mu.
Mu ?... questionna-t-elle surprise en se demandant s'il ne se moquait pas d'elle, ou si elle n'était pas tombée dans une maison de fous.
Très bien, continua-t-elle, moi c'est Noriko.
Noriko avait le bureau en face du sien et il était stupéfait de voir la vitesse avec laquelle elle travaillait. Il essayait toutefois de ne pas trop la regarder pour ne pas la gêner, mais il était vrai que ses longues jambes attiraient les regards. Il eut une pensée qui le glaça : Milo. Si jamais le chevalier du scorpion lui tombait dessus, la vie allait devenir insupportable. Il se demandait tout de même ce qui avait poussé la fondation à envoyer ici, une jeune femme de cette allure, dans un milieu, il fallait bien le dire, masculin. Non, pas qu'elle craignait quoi que ce soit, les chevaliers savaient se tenir… enfin, tous sauf un !
Et bien sûr, quand on pense au loup…
Mu dit à Noriko qu'il allait se servir un café et que si elle voulait faire une pause, elle pouvait faire comme chez elle. Mais elle préféra rester finir de boucler son mois. Il partit donc en direction de la cuisine, en se disant que malgré ses airs de femme fatale, elle était plutôt efficace, et ce qu'il lui avait paru insurmontable au début, devenait progressivement réalisable.
Il marchait donc, perdu dans ses pensées, et sans vraiment faire attention, vers la cuisine, quand il butta sur quelque chose, ou plutôt, en y regardant mieux, sur quelqu'un.
Eh Mu ! Tu dors debout ?
Oh, pardon, Milo… c'est vrai que depuis quelques temps je ne lève plus trop la tête de ces fichus dossiers.
J'ai vu Aldébaran, il m'a raconté la pagaille qu'il avait mise. Si tu veux un coup de main…
Euh, non ! Non merci… pas pour l'instant du moins. Tu as besoin de quelque chose ?
Moi, non, mais toi, je crois que tu aurais bien besoin d'un café serré !
Bonne déduction, j'allais justement m'en faire un.
Ils étaient tous les deux assis dans la cuisine devant un mug fumant de café quand Noriko entra à son tour.
Mu, s'il vous plait ? J'ai bouclé le premier mois, ça y est, et j'ai corrigé les 4 autres que vous aviez fait. Vous pourriez me dire où je vais loger ?
Milo la vit et resta bouche bée en la détaillant des pieds à la tête et en s'attardant sur ses jambes : - Mais qu'est ce que je vois là ?
Oh non… murmura Mu en prenant sa tête dans ses mains.
XXX
Le lendemain Mu et Shaka prenaient tous deux la direction de Rodorio pour aller voir le maire du village. Mu voulait obtenir le rapatriement du corps de Saga au Sanctuaire. La nouvelle que la fondation avait envoyé une « ravissante créature » pour aider Mu dans sa compta, s'était répandue comme une trainée de poudre.
Et comment va Noriko ? Ne put s'empêcher de demander Shaka, au bord du fou rire.
Ce qui devait arriver, arriva… dit Mu dans un calme apparent. Notre ami Milo est aux petits soins.
Et elle ? Qu'est ce qu'elle en dit ?
Elle n'a pas l'air de le trouver déplaisant. Mais qu'est ce qu'il leur a pris à la fondation ? Ils sont tombés sur la tête ? Enfin, que puis-je y faire maintenant ? Se résigna Mu, il faut quand même dire qu'elle travaille à une vitesse folle. A ce rythme on aura bientôt tout bouclé.
C'est le bon côté des choses !
Ils arrivèrent en vue d'une petite maison à étage qui servait de mairie. Ils se présentèrent comme étant du Sanctuaire et demandèrent à voir le registre des concessions du cimetière. La demande un peu inattendue ne manqua pas de surprendre la mégère qui s'occupait de l'accueil, et qui sur le coup arrêta de se limer les ongles pour regarder ces deux étranges visiteurs.
Les concessions ? Demanda-t-elle intéressée, en pensant déjà à ce qu'elle allait pouvoir raconter. Dans quel but ? Il n'y a que les gens du village qui sont enterrés là. Et c'est un vieux cimetière qui n'est plus utilisé…
Nous savons tout ça, la coupa Mu un peu sèchement. Pouvons-nous voir ce registre s'il vous plaît ?
La grosse dame fit la grimace, et se le leva tout de même pour aller leur chercher ce qu'ils demandaient. Elle revint au bout de quelques minutes, en sueur des efforts qu'elle avait du fournir pour monter à l'étage et leur tendit un vieux livre poussiéreux.
Vous avez une pièce sur votre droite, si vous voulez voir ça tranquillement.
Merci beaucoup… fit Mu en appuyant bien sur le beaucoup.
Ils entrèrent dans une pièce qui devait servir de salle de réunion et commencèrent à regarder le document.
Je te trouve bien nerveux en ce moment, Mu. C'est Noriko qui te met dans cet état ? Tu sais, si elle fait correctement son travail, le fait qu'elle voie Milo en dehors ne te regarde pas.
Je sais… mais je voulais tout de même l'éviter.
La porte de la pièce s'ouvrit doucement pour laisser entrer la grosse dame avec deux verres d'eau, qu'elle posa sur la table en lançant un coup d'œil furtif à la page du registre où ils s'étaient arrêtés.
J'ai pensé que vous auriez soif…
Oh, merci, madame, fit Shaka, mais ce n'était pas la peine de vous déranger.
Nous n'avons pas souvent la visite de deux chevaliers du Sanctuaire, et aussi charmants.
C'est très gentil, lui assura Shaka en la reconduisant vers la porte.
Tous les moyens sont bons pour voir ce qu'on fait, dit Mu sans lever le nez des registres.
Ce n'est pas bien méchant.
Puisqu'elle te trouve si charmant, demande-lui donc si le maire est disponible. Il sait peut être qui est Kanon.
Tu as trouvé quelque chose ?
Oui, Saga a bien acheté une concession, et tiens toi bien, très peu de temps avant l'assassinat de Shion.
Le maire de Rodorio n'était pas un homme très causant. Petit et très maigre, il semblait porter le poids du monde sur ses épaules. Mu pensa avec ironie qu'à sa place, ce pauvre homme n'aurait pas tenu 2 minutes. Toutefois, une fois la porte de son bureau fermée et qu'on entendit le lourd pas de sa secrétaire descendre les marches, ses traits se détendirent et ils eurent un autre homme, très charmant en face d'eux.
Vous ne savez pas ce que c'est que de travailler avec elle ! Elle est gentille, mais je dois faire sans arrêt attention à ce que je dis. Vous pouvez être sûr qu'avant ce soir tout le pays saura que le Sanctuaire est venu me voir ! Que puis-je faire pour vous, au juste ?
Et bien, commença Mu plus à son aise, nous avons un léger souci concernant une tombe située dans votre vieux cimetière.
Mu lui tendit le papier et le livre ouvert à la bonne page. Le maire lut avec attention.
La tombe 55 ? Oui, je me souviens. Mais c'est vieux.
Vous connaissez son occupant ? Demanda Shaka.
Un certain Kanon, à ce que je lis… Ah, oui… une triste histoire… Un jeune homme, dans vos âges à peu près, était venu acheter une concession. Il a fait creuser un caveau pour son frère, je crois. Ah oui, son frère, c'est ça !
Son frère ?! Questionnèrent en même temps Mu et Shaka.
Oui, mais ce jeune chevalier, car je savais qui il était voyez-vous, est né dans le village voisin, pas très loin d'ici. Il avait un frère jumeau qui s'appelait Kanon.
Mu et Shaka n'en revenaient pas de la surprise. Un frère jumeau ? Mais ça compliquait tout !
Je vois bien votre surprise ! Mais si vous voulez plus de renseignements, la sage femme qui a accouché leur mère vit encore. Elle est très âgée maintenant, mais elle a encore toute sa tête.
Peut-on savoir ce qui est arrivé à Kanon ? Questionna Mu.
Oh, je crois qu'il s'est noyé le pauvre petit… triste histoire…
