Encore une fois, merci à Whitewolf pour la correction.


Chapitre 4

¤N'oublie pas ton pyjama.¤

¯Il est déjà dans mon sac.¯

¤Ton sac de couchage?¤

¯Aussi.¯

¤Et tes boxers violets à pois roses?¤

¯Que veux-tu que je fasse en forêt avec ça?¯

¤On ne sait jamais qui pourrais te rendre visite. Dans ta tente, au milieu de la nuit, dans le noir…¤

¯Sirius!¯

Lee Jordan, le meilleur ami de Fred et George Weasley, était venu passer quelques jours au Square Grimmaurd. Avec l'aide des jumeaux, il avait convaincu les quatre autres de le suivre dans une aventure excitante – sans toutefois leur dire exactement en quoi consistait cette aventure, seulement qu'ils auraient besoin d'une tente et de vêtements de rechange.

Ginny et Hermione, leur sac déjà bouclé et sur leur dos, débarquèrent dans la chambre des garçons pour leur dire de se dépêcher. Harry essaya d'attraper le regard d'Hermione mais celle-ci rougit, se détourna et s'investit corps et âme dans la fermeture du sac de Ron.

Après l'après-midi cinéma d'hier, où Harry et elle s'étaient tenus la main dans le popcorn, Hermione avait passé le reste de la journée à jouer aux cartes avec Ginny et les jumeaux. Harry jouait aux échecs avec Ron et, parce que son esprit était occupé à démêler les termes de sa relation présente avec Hermione, il avait perdu encore plus souvent que d'habitude.

Et puis ce matin, il avait voulu lui parler, sérieusement et en privé, mais il était incapable de trouver un moment où elle n'était ni occupée ni entourée de trois ou quatre autres personnes. C'était pire que quand il avait couru après Cho Chang, l'an dernier, pour l'inviter au bal de Noël. Il s'était bien retrouvé face à face avec elle à la sortie de la salle de bains mais n'avait eu le temps de ne dire que : « Hermione, il faut qu'on parle de - » avant qu'elle ne s'enfuie à la rescousse de Ginny qui criait avoir égaré sa brosse à cheveux.

¯Sirius,¯ pensa Harry en descendant les escaliers avec son gros sac sur le dos, les yeux sur la chevelure de lionne de la cause principale de ses soucis, ¯et si hier, pour elle, n'était qu'une réaction spontanée, une erreur ? Et si elle ne ressentait pas pour moi ce que je ressens pour elle ? Et si elle pensait que je n'agissais que par amitié ? Oh Merlin, et si -¯

¤Harry ?¤

¯Oui ?¯

¤Tais-toi, tu me donnes mal à la tête.¤

Les sept adolescents étaient dans l'entrée et disaient – silencieusement, afin de ne pas réveiller la mère Black – au revoir à Molly et Arthur Weasley ainsi qu'aux quelques membres de l'Ordre qui se trouvaient au quartier général à ce moment-là. Bientôt ils étaient sur le perron, masqués aussi bien des yeux Moldus que des oreilles adultes.

- Alors, Lee, demanda Ron aussitôt la porte fermée, où comptes-tu nous emmener ?

- Vous connaissez le petit parc tout près d'ici ?

Ils hochèrent la tête.

- Nous allons camper dans le boisé qu'il y a en son centre.

- Ah bien ça va ! s'exclama Ron. Pour une fois il est normal ton plan !

- Le bois est supposément hanté.

- Ouais, presque normal en fait…

- J'ai toujours voulu démasquer le fantôme qui hante le parc alors on va essayer de l'attirer à nous, cette nuit.

- Pas normal du tout en fin de compte.

- T'as une meilleure idée peut-être ? dit Fred à son frère.

Ron haussa les épaules, renfrogné, et toute la petite troupe, chacun plus ou moins intéressé par les plans de la soirée, se mit en marche vers la route.

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¤Soixante-quatorze kilomètres à pied, ça use ça use, soixante-quatorze kilomètres à pied, ça use les souliers !¤

- Lee, on arrive bientôt ? demanda Harry pour la troisième fois en autant de minutes.

Les amis marchaient depuis une bonne demi-heure – temps qui semblait beaucoup plus long à Harry, qui avait pour seule compagnie son parrain exubérant donc il ne pouvait pas se débarrasser. Il avait espéré se distraire en parlant à Hermione, mais celle-ci n'avait pas lâché Ginny d'une semelle depuis qu'ils avaient quitté la maison. Lee et les jumeaux étaient occupés à essayer de deviner l'identité du fantôme – leur dernière théorie étant Jack l'Éventreur – et Ron était tellement concentré à ne pas trébucher sur une racine qu'il n'avait pas dit un seul mot depuis qu'ils avaient pénétré le bois.

- C'est juste…, dit Lee en écartant une branche de son chemin, ici !

Il désigna d'un air grandiloquent une minuscule clairière qu'Harry trouvait franchement banale.

- Il a mauvais goût, ton fantôme, s'il a établi résidence dans un trou comme celui-ci, dit Ginny avec une moue.

- Tais-toi et installe ta tente avec Hermione, lui ordonna Georges. Les hommes, par ici !

Ginny et Hermione, n'étant que deux, n'avaient amené qu'une petite tente moldue, mais les garçons avaient dû subtiliser celle qu'ils avaient prise pour la Coupe de Monde de Quidditch – qui n'avait toujours pas été rendue à son juste propriétaire.

Le bois n'étant pas protégé, les jeunes devaient monter les tentes sans l'aide de leurs baguettes. Harry, se souvenant du fiasco la dernière fois qu'il avait campé avec les Weasley, essaya tant bien que mal de tout faire tout seul, laissant à ses compagnons le soin de marteler les piquets dans le sol. Quand Ron s'envoya un coup de marteau sur la cuisse, lâchant un cri de douleur, Harry entendit un éclat de rire venant de l'extrémité opposée de la clairière. Il leva les yeux de son canevas et rencontra ceux, rieurs, d'Hermione. Mais dès que leurs regards se croisèrent, les yeux noisette se baissèrent.

¯Putain !¯

¤Attention à ton langage, jeune homme !¤

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Une brise traversa la clairière obscure et Harry se rapprocha du feu, réprimant un bâillement. Cela faisait déjà près de deux heures qu'ils étaient assis là, Hermione, Ron, Ginny et lui, attendant que le fantôme ne daigne pointer le bout de son nez. Lee et les jumeaux avaient quitté le camp, soi-disant pour forcer l'esprit à sortir de sa cachette.

Harry regarda sa montre. Minuit moins vingt. Bon, il fallait faire quelque chose sinon ils allaient tous s'endormir sur place !

¤Oh oui, pitié, même moi je suis sur le point de roupiller !¤

¯Qu'est-ce qui t'en empêche ?¯

¤Je veux voir le fantôme !¤

¯Tu es mort. Tu peux voir des fantômes tous les jours.¯

¤C'est pas pareil !¤

Harry ouvrit la bouche pour dire quelque chose à Ron, mais celui-ci dormait à poings fermés, la tête posée sur l'épaule de sa sœur. Ginny, elle, faisait des dessins dans la terre avec une branche, les paupières lourdes. Harry soupira et leur lança une canette de Coca-Cola vide.

- Ce n'est pas moi qui ai tué votre femme ! s'exclama Ron, tiré d'un rêve visiblement passionnant.

Hermione leva les yeux du livre qu'elle lisait pour se tenir éveillée et jeta un regard amusé aux deux Weasley. Ginny s'étira et tira un Ron encore hébété sur ses pieds.

- On va aller se promener un peu, ça va nous réveiller.

Ron et elle quittèrent donc la clairière, laissant derrière eux Harry, Hermione et un silence inconfortable. La jeune fille ne dit pas un mot et ralluma sa lampe de poche, reprenant sa lecture où elle l'avait abandonnée. Pour se donner une contenance, Harry s'activa à réanimer le feu déjà en pleine santé.

¯Sirius, qu'est-ce que je fais ?¯

¤Dis-lui quelque chose.¤

¯Comme quoi ?¯

¤Demande-lui ce qu'elle lit.¤

¯Nan, c'est nul !¯

¤Alors parle du fantôme.¤

¯Beuh…¯

¤Bon, alors si tu n'aimes pas mes suggestions, comporte-toi comme un troll et lance-lui une canette de Coca-Cola !¤

Ignorant les grommellements de son parrain, Harry prit une grande respiration et se lança.

- Hermione –

- Harry –

Gracieusement, il fit signe à Hermione de commencer.

- Eh bien, c'est à propos d'hier. Tu vois…

¯Ça y est, elle va me dire que c'était une erreur, qu'on n'aurait jamais dû faire ça, que rien n'est possible entre nous et ne le sera jamais, et maintenant tous les moments passés entre nous deux seront inconfortables, si bien que nous ne serons plus capables de rester seuls ensemble et ce sera la fin de notre amitié -¯

¤Mais tais-toi et écoute ce qu'elle te dit !¤

- … alors j'ai peur de la réaction des autres, tu vois ?

Hermione leva vers Harry des yeux luisants et inquiets, attendant une réaction quelconque de sa part.

¯Zut, elle a dit quoi ?¯

¤Ah mais j'en sais rien ! Tu devras te débrouiller seul pour ce coup-ci.¤

- Euh… moi aussi, tenta Harry, espérant ne pas dire de bêtise.

- À mon avis il faudrait être certains avant d'impliquer les autres.

¯Certains de quoi, certains de quoi ?¯

- Je suis tout à fait d'accord, continuait d'improviser Harry.

- Alors on fait comme j'ai dit ?

¯Mais t'as dit quoiiiiiiiiii ?¯

- Eh bien, euh…

- Nous ne cacherons rien longtemps, ne t'en fais pas. Juste le temps de s'assurer que ça fonctionne entre nous deux, puis nous dirons tout à Ron et Ginny.

¯Aaaaaaaaaaah ! Tout s'éclaire !¯

¤J'ai toujours su qu'elle était brillante cette petite.¤

- Et si jamais ça ne fonctionne pas, continua Hermione, eh bien, personne n'aura à en souffrir…

- Oui. Enfin, non. Ce que je veux dire, c'est que –

¤ - je suis un gros bêta.¤

- … je suis tout à fait d'accord avec ce que tu proposes. Et dans quelques temps, nous leur dirons tout. Ensemble.

Hermione sourit et Harry lui prit les mains, se tournant pour lui faire face.

- Et ça, c'est certain. Ça va marcher entre nous, je le sens.

¤Ça va, t'as pas envie que je te chante une chanson romantique en fond sonore ?¤

Mais Harry ne l'écoutait plus. Le visage de sa belle n'était plus qu'à quelques centimètres du sien. Un petit mouvement et leurs lèvres se toucheraient. Leur premier baiser…

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH !

Harry et Hermione sursautèrent et se levèrent, se séparant de plusieurs mètres, alors que Ron arrivait en courant dans le camp.

- Ron ? s'exclama Hermione en accourant vers son ami. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Le fan-fan… le fantôme ! Il me… il me poursuit.

Harry porta une main à sa poche arrière, où il gardait sa baguette, et fit quelques pas vers les arbres. Il vit une forme prostrée au pied de l'un d'eux et se mit à courir, appelant le nom de Ginny. Il s'agenouilla à ses côtés et lui souleva la tête.

Ginny n'était pas blessée. Elle était hilare.

Harry la regarda avec incompréhension alors qu'elle essayait, entre deux fous rires, d'expliquer ce qui l'avait mise dans cet état. Soudain elle leva les yeux et repartit de plus belle. Harry suivit son regard et sursauta : le fantôme se trouvait juste derrière lui haut d'au moins trois mètres, tout blanc, tremblant d'une manière menaçante…

- AAAAAAAAAAAARGH ! Le fan-fan… le fan-fan… le fantôôôôôôôôôme ! retentit de nouveau la voix de Ron dans la clairière.

Harry fut pris d'un doute. Il agrippa le fantôme et tira dessus.

Le drap tomba et révéla Fred sur les épaules de George – ou vice-versa -, aussi hilares que leur sœur. Harry pouffa à son tour. Hermione et Ron eurent vite fait de les rejoindre, la jeune fille rouge d'hilarité contenue et Weasley rouge de rage.

- Bon, si vous avez fini de vous ficher de moi, on peut aller dormir ? bougonna Ron.

- Excellente idée, petit frère. J'ai mal aux côtes d'avoir tant ri.

- Et moi aux épaules, renchérit l'autre jumeau. Tu sais que tu es lourd, Fred ?

Ron lança un dernier regard noir à toute l'assemblée – ce qui leur donna à tous une nouvelle crise de fou rire – et se faufila dans la tente. Les autres le suivirent peu après et s'endormirent immédiatement, épuisés.