La première chose qu'elle entendit fut un rire. Oui, un rire narquois résonna dans la salle à manger où elle se trouvait. Elle n'eut toutefois pas la force de se retourner. Un mangemort l'agrippa par les cheveux et lui tourna brusquement la tête vers la provenance du son. Ses yeux fermés refusèrent de s'ouvrir et elle sentait des larmes involontaires couler sur ses joues, certainement dues au tirage intensif de ses cheveux, incisant son cuir chevelu. On la projeta à terre et cette fois, les rires gras recouvrèrent celui qu'elle avait précédemment entendu.

- Laissez-nous, fit une voix trainante.

Les mangemorts détalèrent à la seconde ; l'ordre devait venir de quelqu'un de très important.

- Granger, Granger, Granger…, railla la même voix.

Elle se redressa piètrement et tenta d'ouvrir ses yeux, s'adossant contre un mur de pierre.

- Te voilà dans un piteux état, continua-t-elle sur un ton faussement désolé.

Ses paupières se soulevèrent alors qu'elle y mettait toute sa force et les contours d'un homme grand se dessinèrent devant elle. Elle n'avait plus la force de cligner des yeux et les formes semblaient troubles. Il lui sembla que l'homme saisissait quelque chose à ses côtés ; une forme longue et fine, longiligne. Soudain une sensation froide s'apposa sur sa joue. Ce devait être un bout de métal. Certainement le tisonnier de la cheminée… La tige glissa de son visage à son cou, puis sur sa poitrine et ses flancs… Elle frissonna.

- Je te frapperais bien avec, mais je vais devoir attendre que tu te rétablisses pour ça, si je veux te maintenir en vie…

Elle s'étouffa en essayant de parler et il ricana devant ses toussotements.

- Ma… Malefoy…, finit-elle par articuler avec amertume.

- Oh, je suis ravi que tu te souviennes de moi, Granger…

Elle s'écroula sur le côté en fermant les yeux.

- Tu as raison, dors… Bientôt, tu auras si peur que tu ne pourras plus.

Lorsqu'Hermione se réveilla, elle était dans une chambre spacieuse et luxueuse ; un elfe de maison tentait vainement de la secouer afin qu'elle se lève, mais tout effort lui parut surhumain.

- Bardy vous demande de vous lever, mademoiselle ! Il faut absolument vous nettoyer et vous nourrir !

La jeune sorcière reprit lentement ses esprits et tenta de se lever, non sans difficulté. Soudain, elle se sentit maintenue sur ses jambes, probablement grâce à un sortilège lancé par l'elfe. Ce devait être une femelle, mais elle n'en était pas sûre.

- Je vais vous laver, puis vous vous restaurerez.

La petite créature pressée l'emmena dans une vaste salle d'eau. Elle la fit descendre quelques marches carrelées et s'installer sur un banc de marbre tandis que l'eau commençait à affluer sur les côtés. Une eau délicieusement parfumée.

Bardy lança un sort expéditif à Hermione pour lui retirer tous ses vêtements. Elle ne dit rien, trop éreintée pour se montrer pudique. L'eau lui arriva bientôt au dessus de la poitrine et l'elfe entreprit de la laver, se noyant presque dans l'eau au niveau bien trop élevé pour sa si petite taille. Bardy lui lava plusieurs fois et consciencieusement les cheveux afin qu'ils se démêlent et que le sang séché n'y loge plus. Elle fit particulièrement attention aux blessures -plus que nombreuses- qui constellaient le corps de la jeune fille en épongeant avec douceur et soin ce dernier.

L'eau devenue grisâtre disparut subitement. Elle fut remplacée par une eau plus fraiche, mais tout de même agréable, qui semblait tomber du plafond en grosses gouttes de pluie. Son corps rincé et vivifié, Hermione se sentit mieux et l'elfe s'empara d'elle en l'entourant d'un peignoir moelleux et tiède.

La créature la sécha minutieusement et lui coiffa les cheveux en un chignon serré afin d'éviter qu'il ne se ré-emmêlent. D'un sortilège, Hermione fut habillée d'une robe bleue nuit, courte et très féminine, et l'elfe entreprit de la coiffer afin de lui rendre de la prestance. La jeune fille se sentait poupée entre les mains de la créature, pourtant très précautionneuse. Elle se laissait faire, encore très fatiguée et surtout affamée.

Enfin, l'elfe la fit prestement sortir de la salle et la conduit dans la chambre afin qu'elle se restaure. Pendant près d'une demi-heure, Hermione mangea avec avidité ; mordit dans la viande comme si sa vie en dépendait, mâcha ses pommes de terre en gémissant presque de plaisir et but une dizaine de verres d'eau fraiche, désaltérant sa gorge si sèche. Repue, elle s'installa à nouveau sur son lit alors que l'elfe protestait.

- Non, je dois finir de vous préparer, le maître veut que vous soyez prête à tout instant. Il ne sait pas encore lorsqu'il rentrera.

L'elfe se précipita avec des pas désordonnés qui auraient autrefois attendri Hermione, mais cette dernière le remarqua à peine. La petite créature décharnée la maquilla comme une princesse et réajusta sa robe et sa coiffure. La jeune sorcière s'allongea à nouveau et l'elfe lui demanda de ne pas « s'abîmer ». Elle adopta la position fœtale, et s'endormit presque aussitôt.

Ce n'est que quatre heures plus tard que Drago Malefoy entra dans la chambre, désirant voir sa nouvelle victime. Elle dormait sur son lit, bien plus fraîche qu'au matin, mais son visage restait douloureux. Des coupures et des brûlures constellaient son corps aux fines courbes. Le Serpentard s'approcha du lit et sortit sa baguette, ne supportant pas de voir ces traces immondes sur ses cuisses blanches dévoilées par sa position ensommeillée. Il fit courir la baguette sur ces dernières, conscient de son geste, et un sourire moqueur s'apposa sur son visage. Les blessures disparurent aussitôt. La jeune fille murmura quelque chose d'incompréhensible et s'apprêta à se retourner dans son sommeil.

- Ron…

Il étouffa un rire ; sa mâchoire se crispa dans un sourire mauvais et il quitta la pièce en claquant la porte violemment, ce qui réveilla Hermione dans la seconde. Sans comprendre ce qui lui arrivait, elle finit par se convaincre qu'elle avait imaginé ce bruit désagréable et si soudain, et se rendormit.


Elle se réveilla dans les environs de 18h30, se sentant beaucoup plus reposée. La jeune sorcière se redressa sur le lit confortable qui l'avait accueillie et constata avec plaisir qu'elle n'avait plus aucune douleur ; que ce soit musculaire ou autre. Elle soupira d'aise en s'étirant, se demandant si l'eau dans laquelle elle avait été baignée plus tôt était enchantée… Et soudain, elle se souvint pourquoi elle était ici. Drago Malefoy.

Sa main saisit sa bouche dans un automatisme presque terrifiant et elle se leva, commençant à faire les cent pas dans la chambre. Son esprit était accaparé par de douloureux et houleux souvenirs ; des souvenirs brûlants.

- Non…

C'est le moment que choisit Bardy pour apparaître à ces côtés.

- Il est l'heure de descendre, vous dinez avec le maître.

- C'est une plaisanterie ?

Bardy haussa les épaules d'un air navré, sans probablement comprendre ce qu'elle entendait par là. Elles transplanèrent derrière une porte, dans un couloir sombre. Bardy frappa lentement trois fois.

- Qu'elle entre.

Hermione frissonna. Elle était vraiment maudite. Bardy poussa la porte mais la sorcière ne put se résoudre à entrer, pétrifiée. Drago Malefoy était assis dans un fauteuil, un verre de Whisky Pur-Feu à la main ; habillé en sombre et plus maléfique que jamais. Il lui adressa son verre avant d'en boire une gorgée et elle tenta de le fusiller du regard, en vain. Il fallait dire que son esprit n'était pas encore tout à fait clair.

- Entre, Granger, je ne vais pas t'attendre trois siècles.

Bardy la poussa précautionneusement afin de pouvoir fermer la porte derrière elle et Hermione se retourna, afin de la rouvrir et de sortir. Elle appuya sur la clenche mais l'accès semblait verrouillé.

- Tu n'espères tout de même pas fuir ?, railla-t-il, véritablement étonné de la stupidité de son geste, elle qui après tout était une fille intelligente.

La jeune lionne se tourna vers lui et observa les moindres recoins de la pièce afin de trouver une issue, en vain.

- Comment… Tu es le chef ici ?, marmonna-t-elle soudain d'une voix enrouée.

- Pour toi, c'est « Maître ». Et je te t'engage à me vouvoyer si tu ne veux pas avoir de soucis…

Elle ricana sans joie.

- Des soucis ? J'espère que tu plaisantes, Malefoy ! Avant de me retrouver ici, j'ai subi des sortilèges impardonnables, que pourrais-tu bien me faire de pire ?

Elle comprit qu'elle aurait dû obéir au moment où ses genoux la précipitèrent au sol. Sa tête se heurta au parquet noble et elle gémit de douleur.

- « Tu finiras par regretter l'Endoloris… Tu auras l'impression d'être constamment sous Impérium… Et tu désireras ardemment qu'on te lance un Avada Kedavra… »

Il s'était levé et rapproché d'elle, la toisant de toute sa hauteur alors qu'elle était à ses pieds.

- Et tu m'appelleras Maître.

Elle lui lança un regard mi-craintif, mi-haineux qui le fit sourire. Automatiquement, ses jambes la redressèrent sans qu'elle l'ait voulu et elle se retrouva face au Serpentard, la dominant de sa tête de haut.

- Nous sommes des sorciers, mais tu n'as pas de baguette, et ton niveau pratique ne te permet pas d'user de magie sans. Tu comprendras donc dans quelle position tu te trouves, lança-t-il presque nonchalamment.

La Gryffondor était en pleine détresse.

- Pourquoi ?

Les yeux d'acier semblèrent s'allumer d'une lueur d'avidité qui renforça Hermione dans sa crainte.

- Parce que cela m'amuse.

Elle ne sut pas quoi répondre tant la réponse l'avait décontenancée. Il ricana devant son air hébété et tourna les talons.

- J'aurais dû m'en douter… Où sont les autres ?

Malefoy se tourna vers elle, et hésita intérieurement. Elle ne put pas s'en apercevoir car comme à l'accoutumée, il conserva un visage impassible.

- Weasley est mort.

Hermione fut prise d'un vertige effroyable et s'écroula à terre, les yeux vides.

- Non. Non…

Drago la fixa de ses yeux de métal avec un regard empreint de convoitise.

- Comment ?

- En essayant de te sauver, j'imagine. L'imbécile. Comme si ta mort importait. Tu n'es qu'une Sang-de-bourbe après tout.

Elle fut saisie d'une envie de vomir immédiate en pensant à son presque amant ; à celui qu'elle aimait ; son amour de toujours.

- Non, je plaisante. Mais après tout, ce sera bientôt le cas… Je t'apporterai sa tête… Bien qu'elle soit vide, cela te fera de la compagnie.

La main droite d'Hermione agrippa sa poitrine, son cœur, avec douleur. Elle ne savait pas s'il lui disait la vérité et ne pouvait qu'espérer qu'il se moque en effet d'elle. Et ce malgré le fait qu'il lui promette la mort prochaine de Ron, avec toutes les horreurs qui s'ensuivraient.

Il s'approcha et elle attrapa son pantalon noir avec la force du désespoir.

- Dis-moi la vérité, je t'en supplie.

Il la considéra d'un regard dédaigneux mais ne se résout pourtant pas à dégager sa jambe, trop vicieux pour ne pas apprécier cette étreinte de détresse.

- Demande-le-moi correctement, ordonna-t-il d'une voix ferme.

- S'il vous plait, Maître. Dîtes-moi, je vous en supplie, murmura-t-elle aussitôt, implorante.

Des larmes commençaient sérieusement à couler sur ses joues exsangues.

- Pour l'instant, il est en vie.

Un gémissement de joie s'échappa de la bouche d'Hermione. Ses yeux s'étaient aussitôt fermés, et sa figure s'empara d'une joie que le blond jugea obscène. Il contempla son visage sans dire mot.

- Je me demandais ce qu'ils diraient, Potter et Weasley… S'ils savaient que tu es devenue ma chienne…

Elle choisit de ne pas répondre et relâcha l'étreinte que portaient ses mains sur le pantalon de son ennemi.

- … Tu sais, si on les trouve, je ferais tout pour que tu assistes à leur mort pathétique…

Son regard s'alluma d'une lueur de panique.

- Non, il ne faut pas… Il ne faut pas les tuer.

- Mais tu trembles… Où est passé le courage de la miss je-sais-tout de Gryffondor ?

Elle baissa les yeux. Il avait disparu depuis qu'elle était ici et elle en avait honte.

- A quoi serais-tu prête pour éviter leur mort ?

- A tout.

Cela avait le mérite d'être clair, et elle semblait déterminée mais vide. Une lueur de folie allumait son regard.

- « Tout », c'est déjà ce que tu vas faire pour moi, persiffla-t-il.

Elle plongea son regard dans le sien et se montra alors plus téméraire que jamais.

- Je ferais tout, répéta-t-elle avec un ton implacable.

Il savoura cette révélation comme sa première victoire. Ah, oui, il se sentait bien, à ce moment précis. Et pour rien au monde il ne regrettait ses actes.


- Assieds-toi à table, ordonna-t-il calmement.

Elle obéit rapidement, désirant ardemment en finir le plus vite possible. Il s'assit également, l'observant triturer ses doigts avec une certaine sévérité. La jeune fille les posa sur ses genoux en percevant son regard et une assiette apparût devant elle. De fines tranches de légumes laissaient échapper une odeur alléchante ; ils étaient accompagnés d'un morceau de viande qui paraissait succulent. Hermione contemplait son plat sans toutefois oser y toucher. Drago Malefoy jouait avec son couteau en l'observant ; elle semblait mal à l'aise. La jeune sorcière saisit ses couverts et entreprit de découper les mets fins qui composaient son assiette. Elle porta les aliments à ses lèvres, encore gercées, mais dont le contour semblait ourlé et attirant. Drago la regardait mâcher avec attention alors qu'elle fermait les yeux en réfléchissant.

- Tu n'as jamais aussi bien mangé, j'imagine…, lâcha-t-il de sa voix trainante.

Elle ouvrit les yeux et plongea son regard chocolat dans les orbes métalliques du Serpentard.

- Probablement, oui.

Ils finirent le repas dans un silence olympien et il claqua d'un doigt pour faire apparaître Bardy.

- Emmène-la dans sa chambre.

L'elfe acquiesça et transplana avec Hermione, qui jeta un dernier regard sans expression au jeune sorcier, face à elle.

Lorsqu'elles arrivèrent dans la chambre, la minuscule créature lui tendit un vêtement de nuit plutôt féminin taillé dans un tissu qui paraissait onéreux. Hermione ne pouvait s'empêcher de se torturer l'esprit, cherchant le pourquoi et le comment d'une telle situation. Elle pensait également aux membres de l'Ordre et accorda plus particulièrement ses méditations à Ron et à Harry, se demandant bien ce qu'ils faisaient ; s'ils avançaient dans leur quête ou s'ils étaient partis à sa recherche.

Un espoir naquit en elle et elle reconsidéra la situation. Après tout, même si elle ne savait pas ce que le Serpentard avait en tête, elle était à présent nourrie et logée plus que correctement et comptait bien gagner du temps. Elle avait peut-être un avantage à rester ici et n'hésiterait pas à se sacrifier pour sauver la vie de ses amis si elles s'avéraient être en danger. Sur ces pensées revigorantes elle fila dans la salle de bain et entreprit de prendre une douche bien chaude pour s'apaiser et ainsi, pénétrer plus facilement dans le sommeil. Elle ne comprenait toutefois mal le système de la salle de bain…

Se débarrassant de sa robe et de ses sous-vêtements –qu'elle observa d'ailleurs plus nettement et qui la surprirent-, elle s'étira pour délasser son corps et aussitôt l'eau se mit à couler. Hermione sursauta presque, malgré la température parfaite.

Elle se détendit peu à peu, détaillant ce qui l'entourait elle aperçut des flacons sur les côtés ; elle les connaissait ; c'étaient, pour la plupart des marques sorcières très dispendieuses. La jeune Gryffondor saisit un flacon de crème lavante à l'odeur de pivoine et entreprit de se relaxer en massant lentement ses membres auparavant endoloris. Elle se rinça rapidement et s'entoura d'un peignoir pour revenir dans la chambre, attrapant au passage les habits dont elle s'était débarrassée. Hermione ne pouvait s'empêcher de se montrer soigneuse malgré la situation.

Elle plia donc convenablement les habits et enfila ses vêtements de nuit avant de s'observer dans la glace. C'était une sorte de nuisette rouge sang, certainement en satin, brodée de fines arabesques dorées. Hermione ne put s'empêcher d'admirer la tenue et s'imagina la tête de Ron s'il la voyait ainsi, il rougirait probablement dans la seconde et ce, comme une tomate. Elle relâcha ses cheveux et les peigna un peu, bien que les soins que leur avait précédemment apportés l'elfe aient été assez efficaces pour leur épargner le moindre nœud. Elle était très étonnée que sa tignasse, habituellement si hirsute, ait été disciplinée aussi facilement, mais elle se souvint des marques des produits de beauté et finit par s'en laisser convaincre. De belles cascades de boucles bien dessinées coulaient sur ses épaules et bien que son état de la veille fût à en pleurer, il était maintenant évident qu'on avait pris plus que soin d'elle.

La jeune fille s'assit, pas encore assez fatiguée pour s'assoupir, et contempla sa chambre plus en détail. Il y avait une petite bibliothèque, qu'elle n'avait pas encore aperçue. De vieux ouvrages semblaient y être rangés et s'offrir à elle. Elle se leva et alla s'accroupir devant le meuble pour se renseigner du genre de livres qu'elle pouvait trouver ici. Elle n'aurait pas été surprise si elle n'avait trouvé que de vieux grimoires concernant la magie noire et ce fut principalement le cas, sauf un qui concernait la généalogie des Sangs-Purs à travers les âges et les générations. Ce dernier confirma à Hermione que la stupidité de certains provenait certainement de la consanguinité. Ses traits se durcirent ; qu'ils étaient étroits d'esprit.

Elle saisit l'ouvrage et décida de le lire, ou du moins d'essayer. En débutant sa lecture, elle s'aperçut qu'à l'origine, les Weasley et les Malefoy n'étaient pas étrangers, de la même manière que les Black, les Potter, les Londubat, les Croupton ou encore les Bones, également très entremêlés. Hermione grimaça en découvrant tous ces arbres généalogiques étroitement liés mais au fur et à mesure de sa lecture, elle s'aperçut que certains noms étaient mis en italique et étaient suivis de l'inscription « traitre à son sang ». La porte s'ouvrit au moment où elle lisait le nom d'une certaine Abragella Weasley.

- Tiens, Granger se cultive. Etonnant.

Malefoy ferma la porte derrière lui et épousseta ses épaules recouvertes de neige de ses mains gantées. Elle en déduit qu'il venait de dehors. Il retira son manteau noir et le lança négligemment sur un fauteuil dans un coin de la pièce.

- Tu lis La généalogie des Sangs-Purs à travers les âges ?, s'enquit-il, narquois.

Elle ne répondit pas et mémorisa le numéro de la page, fermant l'ouvrage et songeant à y revenir plus tard.

- Que veux-t… Que désirez-vous ?, se rattrapa-t-elle en serrant la mâchoire.

Il sourit, les yeux fixés sur ses mains, s'attelant à les déganter.

- Je m'ennuyais, alors j'ai décidé de venir m'amuser.

Hermione déposa l'ouvrage sur la table de nuit à droite de son lit et glissa ses jambes en dehors, afin de s'asseoir sur son bord.

- Lève-toi, que je puisse voir de quoi à l'air une Sang-de-bourbe lorsqu'elle passe par les mains expertes des Sang-Purs.

Elle ne releva pas le double sens de la phrase et obéit, s'avançant un peu mais pas trop. Il commença à tourner autour d'elle pour l'observer sous toutes les coutures, tel un vautour rôdant autour de sa proie.

- On dirait presque que tu ressembles à une femme, Granger.

Elle tiqua.

- Sans blague, siffla-t-elle.

Il avait beau lui ordonner d'être polie, il aimait bien toutes ses petites piques car elles lui permettaient de la remettre à sa place. Et Merlin savait à quel point il adorait ça.

- Pourquoi m'as-tu aidée, en fait ?, marmonna-t-elle.

Il crut discerner dans sa voix une certaine forme de reconnaissance.

- « M'avez-vous »… Et je ne t'ai pas aidée, tu devrais sortir cette idée de ta tête.

- Tu… Vous m'avez tout de même sortie d'un beau pétrin.

- Tu te sens redevable ?

Elle mordit sa lèvre inférieure, ne voulant impérativement pas répondre à cette question. Ses yeux dévièrent automatiquement vers la gauche.

- Oui ?, persévéra-t-il.

Ses yeux se plongèrent à nouveau dans les siens, plus foncés, anthracites. Elle remarqua que les pupilles du Serpentard étaient plus dilatées qu'à l'ordinaire, lui octroyant un regard obscur et nuageux.

- Oui, finit-elle par admettre.

Il éclata de rire.

- Tu veux payer ta dette ?

Une lueur d'incompréhension traversa les prunelles couleur miel de la jeune sorcière.

- Parce que c'est, ne t'inquiètes pas, la tâche à laquelle tu vas t'atteler tout au long des instants où tu seras avec moi. Hormis le fait que tu me dois le respect, que ce soit de par ton rang, ton sang et pour ma supériorité naturelle –il sourit moqueusement à cet ajout, sachant pertinemment que cela allait enrager la Lionne- ; tu dois également respecter une certaine conduite envers moi, puisqu'après tout, il en dépend de la vie de tes amis et de la facilité de la tienne. En plus de tout cela, tu me dois entière reconnaissance pour t'avoir sortie de la situation dans laquelle tu t'étais toi-même fichue. Enfin bon, ne t'en soucie pas, je ne compte oublier aucun de ces dus.

Elle l'écouta énumérer tout ça, sentant la rage grimper en elle. Ses yeux se firent de plus en plus durs et elle voyait bien qu'il s'en réjouissait.

- Tu es vraiment le pire, murmura-t-elle d'une voix réticente.

Le Serpentard ne la reprit pas mais s'approcha d'elle par derrière ; elle sentait à présent son torse frôler son dos. Réduisant doucement l'espace entre eux, il approcha sa bouche de sa nuque et de son oreille. Il lui souffla brièvement dessus. Elle frissonna et s'écarta aussitôt. Le blond n'avait pas pu s'empêcher de remarquer qu'elle sentait bon.

- Je peux savoir ce qui te prend ?

- Même mon souffle te fait peur.

Il ricana.

- C'est de savoir que tu respires qui m'horrifie, lâcha Hermione avant de s'écarter davantage de lui.

Le Serpentard la suivait des yeux, amusé, tandis qu'elle allait s'appuyer contre un mur, au fond de la chambre. Il s'approcha d'elle et l'encercla de ses deux bras puissants, apposant ses mains contre le mur froid.

- Tu vas devoir apprendre à te débarrasser de la stupidité qui t'habite et que tu fais passer pour de l'audace.

Elle ne répondit pas mais un sourire narquois s'empara de ses traits tandis que le sorcier la jaugeait du regard, la défiant de lui répondre.

- Que suis-je censée faire pour seoir à sa majesté ?, lança-t-elle avec une insolence non dissimulée.

Il sourit en baissant la tête, narquois.

- Si tu continues, tu ne vas pas y échapper.

Hermione l'interrogea du regard, se demandant bien à quoi il faisait allusion. Soudainement, ses jambes la portèrent jusqu'à son lit, sans qu'elle ne le comprenne, et elle s'y allongea aussitôt. Elle avait bien essayé de bouger mais aucun de ses membres ne lui avait obéit et elle était restée là, pantoise, à regarder inexorablement vers le haut, ne pouvant voir ce que fichait l'autre imbécile. Elle sentit un poids d'abattre sur le lit et il apparût au dessus d'elle, ses jambes entourant les siennes et ses bras l'encerclant afin de mieux la dominer. Elle commença à paniquer.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Il lui rit au nez et entreprit de délacer le décolleté de sa nuisette. Elle essaya de bouger mais elle n'y parvenait tout simplement pas.

- Qu'est-ce que tu fous ? Malefoy !, s'écria-t-elle.

- C'est trop bête, tu ne peux pas te défendre.

- Mais arrête ça tout de suite, comme si j'allais te laisser faire sans rien dire !

- Tu sais très bien que je peux te faire taire, Granger, laisse moi juste te donner un avant-goût de ce que je « pourrais te faire de pire ».

Il fallait avouer qu'elle n'y avait pas pensé. Mais comment aurait-elle pu ? Elle était convaincue qu'elle le dégoutait et que jamais au grand jamais il n'aurait eu envie de la toucher. Des souvenirs entrèrent en force dans son esprit ; bien sûr que si il le ferait… Etait-elle idiote ? Ou amnésique ?

- Tu ne vas quand même pas toucher une Sang-de-bourbe !, lança-t-elle avec un espoir non feint.

Il ricana.

- Oui, c'est dégradant, mais je m'en fiche, il faut bien se divertir…

- Je croyais que je te dégoutais ?

Il arrêta son mouvement et reprit un visage impassible.

- Si ils t'avaient emmenée dans la salle n°3, tu aurais imploré que ce soit moi, idiote.

Et là, Hermione dut avouer qu'elle était complètement perdue.

- Pardon ?

- Tu m'as très bien entendu.

Il baissa son visage et s'enfouit dans son cou. Elle ne comprenait rien à ce qu'il se passait mais elle savait que cela n'annonçait vraiment rien de bon. La jeune sorcière sursauta lorsqu'elle sentit quelque chose de chaud et d'humide frôler sa gorge ; un petit cri de surprise lui échappa, et un frisson parcourut son corps. S'en rendant compte, il ricana un peu, laissant à nouveau glisser sa langue sur son cou. Il sentait avec délectation les battements de cœur précipités contre sa langue, et le sang qui affluait dans la gorge de la jeune femme. Elle poussait de petits gémissements à chaque lapement. S'éloignant de sa gorge, il dévisagea à nouveau la jeune sorcière de ses orbes d'acier, réalisant qu'elle gardait les yeux fermés et la mâchoire résolument serrée.

- Eh bien, Granger ? Que dirait Weasley… Tu crois qu'il serait déçu de voir que tes prouesses vocales ne lui sont pas destinées ?

Elle rouvrit les yeux brusquement.

- Ne le mêle pas à ça, espèce d'enfoiré ! Tu peux dire ce que tu veux sur ta salle n°3, je ne sais pas ce qu'il s'y passe mais je suis sûre que c'est toujours mieux que ce qui m'arrive !

Il éclata de rire.

- S'il n'y a que ça, je peux t'y conduire, tu sais… Tu me supplieras de ne pas t'y abandonner.

- Tu peux toujours courir ! Je préfère mourir ou encore subir l'Endoloris que de te laisser continuer ce que tu es en train de faire !

- Et la vie de tes amis, tu en fais quoi ?

Elle écarquilla les yeux ; du chantage. Le Serpentard arbora d'un sourire narquois.

- Tu sais que je peux les sauver…

Elle ferma les yeux, réfléchissant à toute vitesse, pesant le pour et le contre, analysant tout ce qui serait susceptible de leur être favorable. Lorsqu'elles réapparurent, ses deux billes chocolatées semblaient résolues.

- D'accord.

Une vague de rage intérieure envahit le Serpentard. Elle était vraiment prête à tout pour ces deux imbéciles finis. Ce n'était qu'une idiote. Il aurait voulu qu'elle le repousse, qu'elle lui dise que jamais elle ne lui céderait, qu'il n'était qu'une ordure, qu'elle n'était pas prête à se sacrifier. Il espérait tout cela car il savait bien qu'à sa place, il en serait bien incapable. S'abandonner à son pire ennemi ? Perdre sa fierté pour quelqu'un d'autre ? Jamais.

Il lui en voulait de faire preuve d'autant d'humanité, de bonté, de dévouement, alors que lui haïssait ces mots pour ne les avoir jamais connus. Malefoy lui rendit l'usage de ses membres et elle saisit ses épaules presque aussitôt.

- Faisons-le.

Il s'écarta d'elle dans une moue écœurée.

- Non, dit-il avec fermeté, rabattant sur le lit les mains si frêles qui s'étaient agrippées à lui.

Hermione lui lança un regard d'incompréhension.

- Je ne te suis pas… N'était-ce pas ce que tu voulais ?

Il la retourna sur le lit afin qu'elle soit dos à lui, et tint ses poignets dans une clé de bras qui se voulait douloureuse.

- Trainée.

La jeune fille poussa un gémissement de souffrance tandis qu'il lui tordait les membres. Ce serpent était-il devenu fou ? Il quitta la pièce en claquant violemment la porte derrière lui. S'éloignant d'un pas rageur, Malefoy passa sa main dans ses cheveux ; il en vint à s'en vouloir, en tant que Malefoy et en tant que mangemort, de ne pas avoir su profiter d'Hermione Granger.

- Je ne suis qu'un faible.


Quel couillon, parfois, Blondie.