Magnésie.
Je suis Hermione Granger, sorcière détruite. Vous me connaissez, vous m'avez vue trainer dans la bibliothèque ; flâner entre les rayonnages et froncer les sourcils devant les gens qui parlent trop fort. Le sourire de mademoiselle Pince m'était adressé. C'est entre ces murs que vous vous êtes fait une image de moi. J'étais une sale rate de bibliothèque ; j'aspirais à la connaissance. Peut-être aurais-je dû aller à Serdaigle. Lorsque j'y songe, tout aurait été tellement plus simple. Et c'est en y songeant, en y rêvant, que cela confirme que Gryffondor n'était pas une maison pour moi ; encore maintenant je veux fuir. Le courage, la hardiesse ; je n'en ai pas. Ou plus. Que connaissez-vous de moi sinon la façon dont je lève le doigt en cours ? Que savez-vous de mes états d'âmes, de ma vie d'avant, de ma vie de moldue qui apprend qu'elle est une sorcière. Que savez-vous de ma souffrance face à la perte ; de ma fuite, de ma lâcheté continuelle. Que connaissez-vous de moi ? Que savez-vous de mon amour pour lui, intarissable. Que savez-vous de moi, planqués derrière vos préjugés. Je ne veux pas le savoir ; je m'en fiche. Je hais ce monde de m'avoir accepté, pour ensuite mieux m'exclure.
Univers de sadiques ; sorcière mais indigne. Sang, fille, Lionne, anormale et cachée, laide. Coincée entre deux mondes. Entre trois mondes. Les hommes, les sorciers, et son monde à lui.
Je ne suis plus rien ; maintenant que tout m'a rejetée. Maintenant que j'ai tout répudié, maintenant que je regarde le sol sans le voir. Maintenant que j'espère la chute, celle qui ne me tuera pas mais qui me bercera de la délicieuse illusion de mourir. Car je dois faire face, c'est ce que vous me répétez sans cesse. Je veux mourir. Je veux sentir ses yeux me dévorer de nouveau et brûler mon corps. Je veux sentir cette rage dans mon bas-ventre, cette horreur, cette torture insidieuse si intense. Si bonne. Je ne suis qu'une merde, une trainée… Mais j'étais sa trainée à lui, et maintenant qu'il n'est plus. Que me reste-t-il ? Je l'aimais effroyablement. Et encore, en pensant à ses mains, j'en jouis encore. Oui, soyez choqués, je m'en moque. Je vous vomis à la figure, je vous vomis mon amour pour lui et ma haine pour vous. Je vous vomis ma jouissance, celle qui m'envahissait lorsqu'il me prenait. Lorsqu'il me disait que j'étais sienne. Je m'enfonce des doigts pour palier le manque ; quoi, vous riez ? Jamais votre saleté de sexe ne pourra le remplacer ; jamais vos yeux ne pétrifieront les miens comme les siens l'ont fait. Jamais je ne me sentirais happée en votre intérieur. Jamais plus il ne sera là. Moi qui pleure comme une horreur, une pauvre graine abandonnée ; dé-fertilisée à l'extrême, affrontant l'hiver de son absence et l'étouffement de votre présence. Je veux mourir. Vous échapper, échapper à vos consolations, à votre compassion de merde. Quand je pense à votre mort pour le faire revivre, ça me fait jouir. Je préfèrerais vous crever, vous éviscérer plutôt que de continuer à vivre sans lui. Mais je vous aime quand même. Je vous hais juste d'être encore en vie ; j'aurais aimé vous regretter. J'aurais aimé vous pleurer tandis qu'il m'aurait consolé… Mais il s'est sacrifié. Et vous, vous respirez.
Traitres.
Hermione Granger traversait le ministère de la magie dans l'obscurité ; son travail avait pris fin encore plus tard que prévu. Elle devait absolument finir ses travaux sur les anciennes pratiques de la magie noire afin d'en faire état durant un procès important. Éreintée et lasse, comme à son habitude, elle traina son cadavre dans un ascenseur doré, y inspirant une odeur qui avait disparu.
La femme n'avait plus rien d'une femme. Ses os saillaient et ses yeux n'exprimaient plus que le vide d'une absence bien trop importante ; son corps décharné ne marchait plus ; il se trainait. Le sourire était banni de son visage à tout jamais et l'impassibilité était son quotidien. Ses lèvres avaient terni, ses mains étaient blanchies et son teint de morte lui donnait l'air d'une inferi. Sur ses épaules trainassaient ses cheveux fades et broussailleux. Hermione Granger ne s'était pas regardée dans un miroir depuis quatre années. Quatre longues années de refus et de souffrance.
L'ascenseur s'ouvrit, la laissant pénétrer dans l'atrium désert et sombre. Ses pas résonnaient doucement dans le hall vide et lui rappelaient effroyablement sa solitude. Comme tous les matins et soirs, elle passa devant la fameuse fontaine du ministère avec pour seule envie de plonger sa tête dans l'eau et d'y rester. Elle n'en fit rien, toutefois.
Remontant à la surface, elle renonça à l'idée de transplaner, comme tous les soirs. Elle aurait tant voulu que quelqu'un l'agresse et en finisse une bonne fois pour toutes avec elle ; elle ne se défendrait pas. Marchant lentement dans les rues noires de Londres, elle prit bien soin de passer par les recoins les plus sordides, se rappelant à quel monde elle appartenait.
Finalement elle rentra chez elle saine et sauve, comme tous les soirs. L'appartement était baigné dans la pénombre ; Hermione avait en quelque sorte renoncé à la lumière. Le ministère lui paraissait bien trop éclairé à son gout et dès qu'elle pouvait gouter à l'obscurité, elle le faisait avec plaisir. Elle se débarrassa de son manteau en laissant couler ses larmes silencieusement, comme à l'accoutumée. D'un geste sec, elle balança ses dossiers sur une table qui trainait et s'assit contre un mur, face à la fenêtre. Tandis qu'elle se versait un verre de Whisky Pur-Feu, elle contemplait la lune dans un silence olympien. La bouteille fut bientôt vidée de moitié, comme d'habitude.
Fatiguée de tout, elle se redressa tant bien que mal en tanguant et se dirigea, bouteille en main, vers sa chambre. Tout en glissant une gorgée dans sa bouche si froide sans sa langue pour la réchauffer, elle défit les boutons de son jean et se déshabilla d'une main. Nue, elle se glissa dans une petite douche dans sa salle de bain et tourna le robinet en forçant un peu. De l'eau froide s'écoula brutalement sur ses épaules, comme d'habitude. Elle reprit une gorgée de Whisky, tâtant tant bien que mal les murs afin de s'y adosser. Prendre une douche la lumière éteinte. Voilà qui était son seul réconfort… Si ce mot existait encore.
Une porte claqua. Encore ces maudits voisins, heureux et sans histoires, maugréa une petite voix dans sa tête. Mais elle n'avait pas cœur à penser… Deux yeux acier monopolisaient son esprit. Elle sentait encore son regard brûlant détailler son corps… Ses mains le parcourir avec la sorte de tendresse et de délectation vicieuse qui le définissait si bien. Hermione se laissa glisser contre le mur mouillé alors que l'eau, toujours plus battante et glacée, inondait son corps qui chauffait doucement. Elle reprit une gorgée d'alcool et posa la bouteille à côté d'elle pour glisser ses mains entre ses cuisses. Drago.
Dans sa tête résonnait les rires et les gémissements d'une autre époque. La sorcière griffa ses cuisses ; cela faisait si mal. Ah, elle sentait encore ses doigts s'introduire en elle, et sa voix si malicieuse et grave qui prononçait des sentences interdites… Drago.
Une autre porte claqua. Elle maudit ses voisins avec une telle force qu'elle était sûre que tous les verres de l'étage avaient explosé. Tant mieux ; s'ils croyaient avoir à faire à un spectre, ils s'en iraient et ce serait un bon débarras.
Les deux yeux métalliques percutèrent de nouveau son esprit et elle reprit ses caresses sur son corps ; essayant vainement d'imiter celui qui autrefois l'avait si bien serpenté. Elle laissait glisser ses mains partout, effleurant sa poitrine, ses hanches, sa gorge, ses joues… Ses cheveux, ses cuisses, son sexe, ses jambes… Sa bouche…
Un grincement retentit mais elle était si haletante qu'elle ne l'entendit pas. Une faible lumière pénétra dans la salle de bain ; la lune s'immisçait insidieusement dans la pénombre. Les yeux fermés, elle ne vit rien de ce qu'il se produisait. Une main fit lentement glisser le rideau de douche, mais elle était définitivement trop absorbée par sa propre jouissance et ses gémissements pour remarquer quoi que ce soit.
- Bonsoir, Hermione.
Elle cria de surprise et donna un violent coup de poignet vers la droite tandis qu'elle tentait de se redresser dans l'obscurité ; la bouteille se brisa sur le carrelage mouillé et elle marcha dans les bris de verres dans sa précipitation. Haletant sa douleur et son plaisir qui disparaissait pour laisser place à la peur, elle essaya de se dégager mais une baguette s'apposa sur sa gorge.
- Ne bouge pas, Granger.
Ce fut la phrase de trop, elle se pétrifia.
Impossible.
En traitre, l'ombre profita de l'immobilité et de l'impossibilité d'Hermione à articuler un seul mot pour glisser lestement sa langue dans la bouche de sa victime. La silhouette était encapuchonnée, d'après ce qu'elle pouvait à peu près comprendre de la situation. Cette dernière la plaqua au mur avec force et des mains insidieuses se mirent à parcourir furieusement son corps.
- Tu m'as manqué, garce.
Hermione piétinait sur les bris de verres sans comprendre ce qu'il se produisait. Sans plus attendre, elle se sentit retournée face au mur et l'eau chauffa brusquement, se faisant presque brûlante. Elle sentait un torse vêtu contre son dos nu et surtout… Elle sentait un bas ventre insistant se frotter contre ses reins.
- Si tu savais…, susurra la voix à son oreille tandis que l'ombre s'emparait des formes de la jeune fille.
Gémissante, elle n'y croyait pas. Ce devait forcément être lui… Sa voix… Ses mains… Mais…
- Impossible…, murmurait-elle, haletante.
- Je vois que tu as compris…
Elle se mit à sangloter tandis que l'ombre embrassait sa nuque et ses épaules.
- Drago ?
Et Hermione atteint la jouissance… Comme chaque soir…
Elle retira ses doigts de son intimité ; sa jouissance palpitant encore et répandant sa chaleur dans tous ses membres…
Non. Drago n'était pas venu… Et il ne viendrait jamais…
Elle se cambra dans un dernier accès de plaisir et s'effondra dans la douche tout de même constellée de bris de verre. Les petites épines solides meurtrissaient sa peau mais après tout… Personne ne verrait plus son corps et elle, elle souhaitait mourir le plus douloureusement possible.
