Merci encore à tous pour vos reviews, encore une fois n'hésitez pas à me laisser votre avis sur ce chapitre, comme à mon habitude je vous répondrait pas message privé ^^ !

Je pense que la tirade de Holmes fera sourire quelques personnes :P !


Les jours s'écoulaient sans se ressembler. Certains étaient calmes malgré quelques sautes d'humeurs et les symptômes de manque que Holmes éprouvait, d'autres étaient plus difficiles, le détective étant tout bonnement infect. Watson était obligé de garder un œil sur lui, il ne put voir Mary, qui, malgré sa patience, vint s'en plaindre une fois, mais après les explications de Watson, elle n'insista pas.

Le samedi suivant, alors que tous deux étaient dans la salle de vie et que Watson griffonnait dans son carnet de notes, enfoncé dans son fauteuil, il entendit la voix de Holmes le sortir de sa concentration.

« Seigneur, elle bouge encore! »

Watson releva la tête vers son ami puis suivit son regard, tombant sur leur logeuse qui venait de rentrer de chez sa sœur. La femme s'était figée sur place tandis que le médecin poussait un soupir exaspéré en se pinçant l'arrête du nez. Holmes ne laisserait jamais cette pauvre femme en paix.

« Je vous assure! Il faut qu'il y ait du vent... mais elle bouge.

- Holmes...

- C'est toujours un plaisir de vous revoir Holmes...

- Ce n'est pas réciproque nounou... à part peut-être pour notre pitance.

- Ne faites pas attention à lui, vous savez comme il est. C'est un plaisir de vous avoir de nouveau parmi nous. Comment va votre sœur? »

Holmes poussa un long et profond soupir. Il détestait ces formules et politesses hypocrites qui pour lui n'étaient que perte de temps.

« Elle va bien je vous remercie. J'ai trouvé ceci sur le palier. »

La femme tendit une lettre à Watson qui la prit en la remerciant, après quoi Mrs Hudson se retira, ne souhaitant pas plus que cela rester dans la même pièce que Holmes. Le médecin ouvrit sa lettre et commença à la lire.

« Qu'est-ce que c'est?

- Une invitation. Un patient de longue date, un des seuls qui ne vous ait pas vu et que vous n'avez donc pas pu terroriser en face, m'invite à une soirée dans son Club de Gentlemen.

- Ce genre de club de commères qui n'est guère plus qu'une version "masculine" du salon de thé?

- Si vous le dites. Il faudra bien vous y faire, vous venez avec moi. »

Holmes poussa un soupir de désespoir à fendre le cœur.

« Ne discutez pas.

- Et c'est tout?

- Que voulez-vous dire?

- Hé bien, d'habitude vous ajoutez "tâchez de bien vous tenir".

- Peut-être ai-je fini par me rendre compte que de ce côté là, vous êtes un cas désespéré.

- Je peux être un Gentleman moi aussi. »

Watson retint du mieux qu'il put un fou rire. Lorsqu'il adressa un regard à son ami, celui-ci semblait légèrement vexé même s'il ne croyait pas réellement en ce qu'il venait de dire.

« Quand est-ce?

- Mon patient fut un peu juste pour me donner mon invitation, cela est pour ce soir.

- Ce soir?! Êtes-vous sûr de vouloir y aller?

- Oui Holmes et je suis aussi sûr que vous viendrez. »

Le détective ne répondit pas, se contentant de prendre sa pipe pour la préparer.

« Vous ne la lâchez donc jamais?

- Watson, ai-je le droit de respirer? »

Holmes adressa un regard dur à son ami, puis se détendit rapidement lorsqu'il eut allumé sa pipe.

« Ça, que ça vous plaise ou non, vous ne me l'enlèverez pas. »

Après cette petite altercation, leur journée reprit son cours. En fin d'après-midi, Watson s'apprêta à aller se préparer pour leur sortie.

« Qu'est-ce que vous pensez porter?

- Ce que j'ai sur moi en ce moment même ne suffit pas? »

Watson examina son ami qui était vêtu en tout et pour tout d'une chemise froissée et d'un pantalon à bretelles. Il poussa un profond soupir sans rien ajouter, il savait que cela était inutile. Il avait déjà suffisamment perdu son temps ainsi dans le passé.

« Qu'y a-t-il ? Je suis habillé décemment.

- Je n'ai rien dit et ne dirai rien. »

Après ces quelques mots, il sortit de la pièce pour se préparer. Étrangement, même s'il prenait autant de temps que les autres fois, il n'entendit aucune remarque de la part de son ami derrière sa porte lui demandant pourquoi il mettait autant de temps ou s'il se maquillait. Il profita de cette paix qu'il savait n'être que temporaire. Lorsque Watson sortit de sa chambre pour dire à Holmes qu'il était temps de partir, il ne le vit pas. Pourtant d'habitude, il l'attendait près de l'escalier. Il alla toquer à la porte de sa chambre avant de commencer à tourner la poignée pour entrer.

« Je suis là et bien vivant, pas la peine d'entrer, partez devant, je suis là dans quelques secondes. »

Watson libéra la poignée en se disant que le détective avait peut-être daigné mettre une veste ou une cravate sans y croire réellement. Il commença à descendre les escalier lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Alors qu'il allait se retourner pour voir son ami, celui-ci le stoppa dans son action.

« Ne bougez pas. »

Watson poussa un soupir, se demandant ce que Holmes manigançait encore. Il l'entendit s'approcher de lui dans son dos, notant au passage que l'air commençait à embaumer d'une fine et douce odeur de cologne légère. Watson sentit Holmes passer sa tête par dessus son épaule pour lui murmurer à l'oreille.

« Une seule remarque, un seul petit sourire ou air triomphant et je le jure devant Dieu, je vous étrangle dans votre sommeil Watson. »

L'interpellé sentit sa curiosité piquée à vif. Curiosité qui fut bien vite comblée lorsqu'il vit son ami passer à côté de lui et le dépasser avant de se retourner, portant sur le visage un air passablement contrarié. Watson retint de justesse un sourire, se contentant de légèrement écarquiller les yeux en le voyant pour la première fois de sa vie, plus que présentable. Holmes portait un costume trois pièces noir ainsi qu'une cravate de même couleur sur une chemise blanche. Pour la première fois, ses habits étaient parfaitement à sa taille et mettaient étonnamment son corps en valeur avec une touche délicatement raffinée. Mais s'il était surpris par sa tenue, il fut époustouflé par son visage. Holmes était rasé de près et Watson remarqua que ses cheveux, qui constituaient l'une des choses qui le rendait le plus fou de par leur indiscipline et leur longueur inégale à tendance "longue", étaient peignés et coupés, ils avaient perdu près de moitié en longueur.

« Partons tant qu'il en est encore temps, je sens que je risque de très bientôt changer d'avis. »

Holmes lui tourna le dos pour descendre le reste des escaliers. Watson le suivit dans le fiacre, laissant un large sourire illuminer son visage alors qu'il s'amusait des gestes que Holmes accomplissait. Il se sentait visiblement très mal à l'aise dans ses habits. Il ne se passait pas une seconde sans qu'il ne gigote en maugréant ou ne touche ses vêtements. Il passa plusieurs fois la main sur sa nuque à présent dégagée et dans ses cheveux courts, visiblement pas encore habitué à sa coupe et son manque de longueur. Lorsqu'il faisait cela, il grognait d'autant plus fort car la moitié de ses cheveux se décoiffait. Il passait donc quelques secondes à tenter de les remettre en place du mieux qu'il pouvait. Holmes ne daigna pas lui adresser un regard durant le trajet, alors que Watson ne le quittait pas des yeux, ce qui déplaisait fortement au détective.

Après une dizaine de minutes de trajet, le fiacre s'arrêta pour laisser les deux hommes en sortir. Dès qu'ils eurent un pied dehors, Holmes soupira en tâtant son gilet, puis plus nerveusement sa veste puis son pantalon. Il recommença plusieurs fois en s'arrêtant de marcher.

« Que se passe-t-il Holmes?

- Ma montre. Je ne la trouve pas.

- Je pense que vous pourrez survivre à une soirée sans elle. »

Holmes adressa un regard noir à son ami, il avait l'air très contrarié, presque soucieux. Watson ne comprenait pas ce que cette montre avait de si exceptionnel pour qu'il ne puisse s'en défaire ainsi. Le médecin attendit que Holmes arrive à son niveau pour continuer leur marche vers la porte du Club. Watson gardait un léger sourire sur le visage. Il ne le dirait pas à son ami car celui-ci se serait moqué de lui, mais il ressentait une certaine fierté à se présenter aux côtés d'un homme de l'élégance et de la classe de Holmes en ce moment-même. La porte s'ouvrit sur une grande pièce splendide et richement décorée ainsi que sur moins d'une dizaine de personnes. Le Club n'était pas encore ouvert, ce n'était encore qu'une "avant soirée" privée, le nombre de personnes se multiplierait quand deux heures se seraient écoulées. Un homme d'un certain âge fit signe en direction de Watson avant de venir à son niveau, sûrement le propriétaire du Club.

« Ah, Docteur Watson! Excusez-moi du retard de mon invitation, j'avoue que je ne vous attendais presque pas.

- Oui, je l'ai eue de justesse mais je n'aurais manqué cela pour rien au monde.

- À la bonne heure! Mais dites-moi, qui est votre ami?

- J'ai le plaisir de vous présenter S...

-Stevenson, Caïn Stevenson. Un plaisir de vous rencontrer, Monsieur ...? »

Watson garda un sourire figé en se retournant vers son ami pour lui adresser un regard empli de questions.

« Flynn, très honoré de même. Ah, j'avoue avoir espéré que vous nous présentiez l'illustre Sherlock Holmes, tous ceux qui sont ici sont admiratifs devant ses talents de détective. Il est impressionnant de voir comme un homme aussi connu puisse encore cacher son visage à la presse. »

Avant que Watson ne put ouvrir la bouche pour répondre, ce fut Holmes qui parla.

« Oh, j'ignore s'il se cache de la presse ou si la presse le cache. Après tout, tant de gens doivent avoir une telle estime de lui qu'il serait dommage de voir l'affreux visage qu'il cache. Je l'ai rencontré, un ermite, un homme aigri, méprisable, un être tout bonnement détestable qui aurait un penchant Opiomane. Je ne peux pas le voir et je plains mon pauvre ami de devoir le supporter. »

Le propriétaire du Club se tourna vers Watson, son air enjoué avait quitté son visage.

« Est-ce vrai Watson?

- Oui Watson, dites-nous ce que vous pensez de votre ami Sherlock Holmes. »

Holmes adressa un regard plus qu'insistant à son ami qui lui lui en adressa un tout bonnement soufflé.

« Hé bien... je vous trouve un peu dur. Il est marginal certes, mais c'est un très bon ami qui fait don d'une intelligence exceptionnelle. Il lui arrive même parfois d'être agréable. »

Holmes eut un petit sourire amusé alors que Flynn repartait voir d'autres hôtes. Watson se planta en face de lui.

« Stevenson? Caïn Stevenson? Avec un nom pareil, j'aurais peur d'être votre frère... mais à quoi jouez-vous?

- Hé bien, comme vous l'avez dit vous-même, je joue. Je ne suis pas une bête de foire Watson, je ne tiens pas à être le centre d'intérêt d'une bande de commères hypocrites qui auront vite fait de raconter autant de mal dans mon dos qu'ils n'ont dit de bien en face de moi. Alors, jouez le jeu avec moi et prions pour ne pas rencontrer de personnes qui ont déjà vu mon visage, bien que je doute qu'elles me reconnaissent. »

Watson acquiesça en partant vers un côté plus vivant de la pièce tandis que Holmes, lui, préféra un coin éloigné et isolé où il pouvait observer le monde qui l'entourait. Le médecin socialisa avec plusieurs personnes tout en lançant de temps à autre un regard à Holmes qui semblait ne pas le quitter des yeux. Alors que Watson discutait avec un boxeur Anglais reconnu, il remarqua au fil des minutes que Holmes avait l'air prêt à exploser de rire en le regardant. Il souriait largement en se mordant la lèvre, la mâchoire inférieure tremblante tant il devait fournir d'efforts pour se retenir. Watson décida de l'ignorer jusqu'à ce qu'il sente une main se poser au creux de ses reins puis remonter vers ses épaules en lui caressant le dos pour les encercler assez discrètement pour que personne d'autre dans la pièce que le boxeur et lui ne puissent le remarquer. Watson se raidit en sentant ce contact alors qu'il fut encore plus troublé en sentant Holmes lui caresser discrètement les doigts en lui volant le verre qu'il tenait dans la main.

« Je voyais que vous discutiez, je suis désolé de prendre place dans votre conversation.

- Mais ce n'est rien... Monsieur...?

- Stevenson, je suis un ami... Intime de John. »

Watson frissonna à la surprise de l'entente de son prénom dans la bouche de Holmes autant qu'à la sensation de sa main qui se plaça sur son cou en caressant son épaule blessée, un doigt se glissant légèrement dans son col de chemise.

« Enchanté... je viens de voir un ami me faire signe, je pense que je vais aller le voir. Messieurs... »

À la seconde où le sportif eut le dos tourné, Holmes retira son bras et se décolla de Watson, qui lui, semblait toujours sous le choc des actions de son ami.

« Holmes... je veux une explication immédiate et rationnelle à ce que vous venez de faire! »

Le détective se contenta de lancer quelques mots avant de boire d'une traite le verre de vin volé à son ami.

« Je pense que monsieur le sportif reconnu était très tenté de vous montrer son gros trophée... »

Watson se raidit, priant pour qu'il n'ait pas entendu ce qu'il venait d'entendre. Il n'y eut plus aucun doute possible lorsqu'il entendit le rire de son ami.

« Puis-je savoir ce qu'il y a de drôle?

- Oh, tout. Ce cher Monsieur vous faisait tout bonnement la cour. Sans que vous ne vous en rendiez compte, vous répondiez à ses avances. Encore quelques minutes et il vous aurait proposé de vous éclipser ensemble.

- Vous dites n'importe quoi...

- Mais j'ai toujours raison. »

Holmes se tut en observant son ami qui n'osait pas le regarder à cet instant. Il lui tendit son verre vide que le médecin prit par réflexe en acceptant de lui accorder un regard. Holmes lui adressa un sourire qu'il ne put décrypter, sachant uniquement qu'il le mettait dans un tel état de malaise qu'il sentait une boule chaude se former et grossir dans son estomac.

« C'est très étrange...

- Quoi donc?

- Je ne lis aucun dégoût sur votre visage.

- Holmes, ne commencez pas ce jeu là, vous savez que je déteste ça! »

Watson dériva le regard pour que Holmes ne puisse le lire et recommencer son jeu idiot qui le mettrait encore plus mal à l'aise.

« Je veux juste dire que les hommes de notre époque sont très rapidement choqués, dégoûtés, haineux par rapport à l'homosexualité. Même si ce n'est plus un crime depuis près de quatre ans, la peine de prison physique est devenue une prison sociale et morale. Je ne vois aucun dégoût sur votre visage, pourquoi?

- Ce que deux hommes ou deux femmes font dans leur chambre ne m'intéresse pas le moins du monde. Ce sont des adultes consentants, ils font ce qu'ils veulent et ce ne sont pas mes affaires, ni les vôtres d'ailleurs.

- Peut-être. »

Watson se tourna vers lui pour planter son regard dans le sien.

« Serait-ce de la curiosité?

- Holmes, je vous ai dit de ne pas jouer à ce jeu là et surtout pas ici.

- Ah quelle naïveté! Je ne souhaiterais pas continuer une telle conversation en privé avec un homme qui commencerait à tenir de tels propos, je me sentirais plus en sécurité en public. »

Watson sentit tout son sang lui monter au visage, il remercia sa mère de l'avoir fait de telle manière que ses joues ne se coloraient pas lorsqu'il était dans une telle situation.

« Vous rougissez?

- Pas le moins du monde!

- C'est une réponse rapide, je vous ai piqué au vif. Même si vos joues ne se colorent pas, je vois la gêne sur vos traits.

- Holmes, cela suffit. »

Holmes bougea pour se placer face à son ami, cachant ainsi leurs fait et gestes aux yeux des autres hommes dans la pièce. Il pencha son visage souriant vers lui si près que leurs nez étaient à quelques centimètres de se frôler.

« Que se passe t-il? Je vous sens... tendu. »

Watson ferma les yeux quelques secondes en serrant les dents.

« Cessez vos jeux de mots de mauvais goût Holmes...

- C'est vous qui en voyez un. »

Lorsqu'il rouvrit les yeux, Watson vit que ceux pétillants de malice de son ami semblaient briller de plus en plus à chaque seconde alors que son sourire semblait devenir de plus en plus doux. Il sentit son rythme cardiaque s'affoler alors que Holmes s'approcha encore plus pour murmurer sur ses lèvres.

« Je vous trouble John? »

Watson déglutit. Il sentait le souffle calme et régulier de son ami contre sa moustache, ses lèvres étaient si près des siennes qu'il sentait une sorte d'électricité statique entre elles. Lorsque Holmes avait parlé, il jurerait presque qu'elles s'étaient effleurées.

« Éloignez-vous de moi. »

Holmes laissa échapper un petit rire alors qu'il s'écartait de son ami pour le regarder dans les yeux.

« Je ne suis pas vicieux au point de vous avoir coincé en privé contre un mur Watson... si vous désiriez tant que je m'éloigne, vous vous seriez reculé vous-même et seriez parti. »

Pris de court et reprenant ses esprits avec difficulté, Watson passa nerveusement ses doigts sur sa moustache, effleurant son nez qui le démangeait légèrement.

« Ah non Watson, il ne faut pas vous gratter le nez. Les hommes ont du tissus érectile à cet endroit... si ça vous démange, c'est suspect. »

Holmes lui adressa un dernier sourire avant de se retourner pour repartir dans le coin de la pièce où il avait passé la dernière demi-heure. Watson, lui, mit quelques secondes à se ressaisir. Il tenta de reprendre ses esprits en allant engager une conversation avec le propriétaire du Club. Après presque une heure, il remarqua que le boxeur avait quitté les lieux en entendant un homme parler de lui et de son goût des hommes de façon déplacée.

« Jamais je ne comprendrai que ces Êtres contre nature ne sont plus punis par notre loi! Mais que le Ciel soi loué, ils seront toujours punis par Dieu! L'homosexualité est une perversion, c'est ce que dit la Bible : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme: ce serait une abomination." La Bible le dit. Un point c'est tout! »

Les autres hommes semblant ne pas réellement vouloir aborder ce sujet tabou, tentèrent de le calmer. Watson, lui même, n'osait rien dire. Il adressa un regard à son ami à l'autre bout de la pièce. Holmes avait les yeux fermés, il semblait réfléchir. Lorsqu'il les rouvrit, plus pétillants que jamais, un rictus narquois et détestable sur le visage, il s'approcha du groupe d'hommes.

« Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu! Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques... Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, verset 7.À votre avis, quel serait le meilleur prix? »

Le groupe d'hommes se tourna vers Holmes alors que celui-ci continua sa tirade.

« Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Je sais que je ne suis autorisé à toucher aucune femme durant sa période menstruelle, comme l'ordonne le Lévitique, chapitre 18, verset 19. Comment puis-je savoir si elles le sont ou non? J'ai essayé de le leur demander, mais de nombreuses femmes sont réservées ou se sentent offensées. »

Holmes sortit sa pipe de sa poche, commençant à la bourrer de tabac alors qu'il continuait encore de parler sous les yeux horrifiés de l'homme qui avait parlé en premier lieu.

« J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Je suis obligé de le tuer moi-même? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d'une quelconque manière? Autre chose: le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu'on ne peut approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de cent pour cent? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse? »

Holmes plaça sa pipe dans sa bouche puis conclut sa tirade.

« Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, verset 19, en plantant deux types de cultures différentes dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, verset 10 à 16? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d'une réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14? Je me confie pleinement à votre aide. Merci de nous rappeler que la parole de Dieu est éternelle et immuable. Un point c'est tout. »

Le détective sourit fièrement, le torse bombé alors qu'il allumait sa pipe pour commencer à la fumer tranquillement tandis que quelques hommes riaient ou chuchotaient alors que d'autres lui lançaient un regard horrifié, dégoûté ou amusé.

« Votre ami a autant de culot que de répartie Docteur Watson.

- Effectivement... il est unique en son genre...

- Vous avez beaucoup d'amis hors du commun. »

Watson vit Holmes retourner à son coin en lui adressant un petit clin d'œil complice. Soudain, il se retourna de nouveau vers le groupe d'hommes pour pousser la provocation à son apogée.

« Ah oui, j'oubliais! Je pense que vous êtes aussi un admirateur de ce cher Sherlock Holmes... j'ai entendu dire qu'il avait le goût du Monsieur... »

L'homme laissa échapper une exclamation offusquée en entendant ces propos, ce qui le fit se retourner pour quitter les lieux. Le propriétaire du Club s'excusa auprès de Watson en se précipitant pour rattraper son ami outré par les propos de "Stevenson". Holmes prit une autre direction en s'avançant vers Watson, un air satisfait et suffisant sur le visage. Il se plaça à ses côtés pour finir tranquillement sa pipe en lui adressant quelques paroles.

« Un jour, un homme est mort et est monté au paradis. Saint Pierre l'accueillit et alors qu'il lui faisait découvrir le paradis, il vit un autre homme, cheveux en bataille, mal rasé, négligé, une pipe à la bouche et demanda à Saint Pierre qui il était. Saint Pierre lui répondit " Ah ça? c'est Dieu. Il se prends pour Sherlock Holmes "... »

Watson et Holmes se mirent à rire ensemble de la blague douteuse de ce dernier.

« Vous ne changerez jamais... votre modestie vous étouffera...

- Sûrement. Je suis tellement bon que parfois, je m'en étonne moi même. »

Le médecin tourna la tête vers lui, plongeant ses yeux dans les siens en échangeant un sourire. Il remarqua le visage détendu de Holmes. Il n'avait plus d'expression de narcissisme profond, ni de fierté personnelle dans son sourire. En toutes ces années, il n'avait jamais vu Holmes avoir une telle expression sur le visage. Il y avait toujours quelque chose d'autre, que cela soit narquois, narcissique, imbu de lui même et de fierté méprisable. Tant de choses qui semblaient lentement s'estomper depuis qu'il ne prenait plus de drogue.

Son expression, tout comme ses yeux étaient doux. Son sourire et son rire étaient francs. Watson savait ce que voulait dire cette expression qu'il n'avait jamais vue sur Holmes, même s'il n'avait pas le même niveau que lui en lecture d'expressions faciale.

Il était heureux.

Pour la première fois, il avait l'air sincèrement heureux et il n'y avait pas de fierté mal placée ou de reste de drogue dans son sang pour masquer cela.

Watson sentit son cœur bondir de joie dans sa poitrine. Il était tellement soulagé. Lentement, il avait presque commencé à perdre espoir, ignorant à quoi cela pourrait servir qu'il l'oblige à arrêter la cocaïne, à part l'empêcher de succomber à une overdose. Il avait enfin la preuve que son travail portait ses fruits, enfin une preuve qu'il y avait quelque chose à sauver en lui. Cela suffit à lui faire oublier toutes ces journées de conflits et de souffrances qu'ils avaient traversées depuis qu'il avait obligé Holmes à arrêter son poison. Il savait à présent sans plus aucun doute possible que tout cela en valait la peine.

Watson observa durant de longues secondes son visage pour graver cette image dans sa tête et ne jamais l'oublier. Ce serait elle qui l'accompagnerait lorsqu'il perdrait espoir en voyant les souffrances de son ami, elle qui l'aiderait à tenir, lui rappellerait pourquoi il faisait ce qu'il faisait et aussi pourquoi il était devenu médecin.

Holmes lui tapota tendrement l'épaule et la nuque avant de repartir vers son coin de la pièce pour laisser Watson discuter avec de nouvelles connaissances et potentiels patients. Le Club ouvrit ses portes officiellement, sa population augmenta de plus en plus jusqu'au sommet de la soirée, occupant d'autant plus le médecin. Il se passa plus d'une heure avant que Watson n'adresse un nouveau regard à son ami qui n'avait pas bougé.

Holmes promenait autour de lui un regard anxieux, son visage était très pâle et il avait les yeux battus d'un homme accablé par une vive angoisse. Inquiet, Watson quitta brusquement sa conversation pour se diriger vers son ami et se poster en face de lui.

« Holmes? Que se passe-t-il? La douleur encore? »

Il ne répondit pas. Watson appela plusieurs fois son nom, en vain. Holmes continuait de regarder autour de lui. Il commença à avoir du mal à respirer, ce qu'il tenta de compenser en desserrant son col. Son cœur se mit à battre si vite et fort que la pulsation se faisait voir au niveau de sa carotide. Holmes commença à ressentir une gêne, puis une douleur cardiaque, ce qui lui fit attraper nerveusement le tissus au niveau de son coeur en laissant échapper une plainte. Watson tenta de toucher son ami pour l'aider, mais Holmes se recula violemment en heurtant le mur derrière lui, ce qui permit au médecin de voir ce qu'il y avait réellement dans les yeux de son ami.

« C'est de la terreur... »

Le corps tout entier de Holmes tremblait et réagissait violemment à tout bruit et tout mouvement de son environnement.

« Holmes... vous êtes Agoraphobe? »

Le détective jeta à son ami un regard presque aussi noir que celui qu'il avait adressé à la femme qui empoisonnait son enfant.

« Brillant Watson... des années de vie commune pour vous compreniez pourquoi je ne tiens pas à sortir de chez moi si cela n'est pas nécessaire. »

Watson garda le silence, blessé par le regard et le ton cynique et tranchant de son ami. Il savait que les hommes pouvaient être atrocement cruels lorsqu'ils avaient peur.

« Essayez de vous calmer, qu'est-ce qui vous aiderait?

- Une montre... »

Watson adressa un regard surpris à son ami qui tentait de reprendre ses esprits.

« J'utilise les montres pour me contrôler... en focalisant mon esprit dessus, je cale ma respiration et mon rythme cardiaque à leur tic tac régulier... je calcule aussi chaque bruit, mouvements et leur constance... cela me permet de reprendre mes esprits lorsque je suis dans une situation qui me déplaît... je suis un homme de logique... j'ai horreur ce que je ne peux contrôler... »

Watson ne répondit rien, il se colla dos au mur aux côtés de son ami, tentant de trouver une solution au malaise de Holmes. Il ne pourrait pas l'aider à sortir dans son état, cette crise de panique pourrait devenir une crise d'hystérie s'il se trouvait mêlé à la foule et il en serait de même s'il attendait la fin de la soirée pour le faire sortir.

Un rire puissant se fit entendre, faisant presque sursauter Holmes, qui, dans un réflexe, s'agrippa de toute ses forces à ce qu'il put, dans ce cas-là, la main de Watson. Alors que le médecin resserrait ses doigts autour de ceux de son ami en retour, une idée presque folle lui vint en tête.

« Placez vos doigts sur mon poignet. Le rythme cardiaque est pratiquement comme une montre. »

Watson sentit les doigts tremblants se poser contre son poignet pour tenter de détecter ses pulsations. Le médecin vit Holmes fermer les yeux pour se concentrer. Au fil des minutes, les tremblements se firent moins violents jusqu'à s'estomper complètement. Holmes rouvrit les yeux en soupirant puis lâcha le poignet de son ami.

« Faites moi sortir d'ici. »

Watson fit signe à Holmes de le suivre jusqu'à la sortie pour qu'ils puissent partir le plus rapidement possible. Une fois qu'ils passèrent la porte, le détective s'écroula à moitié sur le médecin qui passa un bras autour de sa taille pour le soutenir et l'aider à marcher jusqu'au fiacre. Une fois à l'intérieur, Holmes s'accouda à la fenêtre pour tenter de retrouver ses esprits.

« Je ne vous avais jamais vu dans un état pareil.

- Parce que je n'ai jamais été dans une situation pareille.

- Nous sommes déjà sortis pour des soirées où je ne vous ai pas vu sortir votre montre. »

Holmes poussa un soupir agacé, il commençait vraisemblablement à s'énerver.

« Parce que je ne suis jamais sorti dans une tenue que je déteste et un physique que je n'apprécie pas.

- Alors pourquoi vous l'avez-vous fait? Vous n'en faîtes toujours qu'à votre tête d'habitude, personne ne vous y a obligé. »

Watson vit la colère de son ami s'accumuler dangereusement jusqu'à finir par exploser.

« Parce que je ne supporte plus de voir la honte sur votre visage à chaque fois que nous sortons ensemble dans un endroit comme celui-là! »

Holmes se ravisa. Une multitude d'expressions passèrent sur son visage en quelques secondes. Il détourna le regard pour observer le dehors d'un air mécontent. Il plissa les yeux et se mordit le pouce en se maudissant intérieurement de ne pas s'être tu. Watson, lui, ne put rien faire sauf entrouvrir la bouche et écarquiller les yeux sous la surprise.

« Vous avez fait ça pour moi... ? »

Le visage de Holmes se crispa un peu plus, confirmant ce à quoi Watson pensait. Il n'aurait jamais cru cela possible. Il constata avec honte que Holmes montrait si peu ses sentiments d'habitude qu'il en oubliait presque qu'il était humain et pouvait en ressentir, même s'il le cachait. Watson sentit un pincement au cœur en voyant encore une fois que Holmes faisait la sourde oreille en bloquant toute fuite d'expression superflue.

« Je suis censé être votre ami Holmes. Ce que vous ressentez ou pensez, vous pouvez me le dire au lieu de vous enfermer dans une prison de silence. »

Holmes ne réagit pas durant plusieurs dizaines de secondes avant de n'adresser rien d'autre à son ami qu'un regard en coin. Watson sourit, venant de Holmes, cela était un geste plus que suffisant. Lorsqu'ils arrivèrent chez eux, Holmes accepta que son ami l'aide à marcher sans broncher ni se plaindre en disant, trop fier de lui, qu'il pouvait bouger seul. Watson le transporta jusqu'à sa chambre où il s'écroula sur le lit. À peine Holmes eut-il fermé les yeux qu'il s'endormit. Watson savait que les événements de la soirée avait du l'épuiser, cela combiné au fait que la fatigue chronique était un symptôme de sevrage.

Holmes était dans une position peu confortable pour dormir. Watson prit donc le temps de le placer correctement, il souleva ensuite sa tête pour y placer un coussin, finissant par remonter les couvertures sur lui. Il regarda son ami endormi quelques instants, son visage était détendu, il semblait paisible, cette fois aucune douleur ne vint gâcher ce tableau. Avant de partir, il passa sa main dans les cheveux trop bien coiffés de Holmes pour les ébouriffer. Watson sourit en constatant que cela lui ressemblait bien plus et lui allait mieux. Il passa sa main sur sa nuque, sentant la fatigue l'envahir lui aussi puis ouvrit la porte pour sortir.

« Merci... »

Watson se stoppa quelques secondes en souriant. Il avait beau savoir que parler en dormant était aussi un symptôme de sevrage, il doutait fortement que son ami dormait.


Merci de m'avoir lu ! N'hésitez pas à me laisser votre avis :) !