Les jours s'écoulaient tranquillement au 221b Baker Street. Watson continuait comme toujours son travail et ses notes. Ce jour-là, il recevait un des derniers patients qu'il pouvait voir avant de quitter son cabinet pour se rendre à l'hôpital pour affaires. Il reçut un homme au visage à moitié voilé sous son chapeau, cachant un air sombre. Son visage, ses mains et ses vêtements étaient couverts de suie. Il gardait une main sur le torse, celui-ci semblant le faire souffrir. Watson lui fit signe de s'asseoir sur sa table d'auscultation.
« Quelle est la raison de votre visite mon brave? Une douleur cardiaque?
- Plutôt une maladie...
- Vous êtes venu pour que je vous ausculte pour une nouvelle ordonnance?
- Oui, vous seul pouvez me guérir et me donner ce dont j'ai besoin... je suis malade d'amour. »
Watson poussa un soupir en souriant. Il s'approcha de l'homme pour lui enlever son chapeau.
« Holmes...
- Je suis démasqué. »
Le médecin secoua la tête en regardant son ami qui lui souriait, le visage couvert de suie.
« Vous devriez arrêter de vous grimer en patient pour venir me voir et me faire perdre mon temps durant mes heures de travail. »
Holmes se mit à rire doucement en se levant pour passer ses bras autour du corps de son ami, capturant ensuite ses lèvres pour quelques secondes.
« Pourtant, vous ne vous plaignez pas du temps que les dix à vingt minutes de vos consultations habituelles nous laissent pour profiter l'un de l'autre.
- Nous avons tout le temps de" profiter l'un de l'autre", comme vous dites, le soir lorsque je rentre, suis-je si indispensable à votre survie?
- Oh et encore plus que cela. »
Ils échangèrent un rire ainsi qu'un autre baiser.
« Watson, sommes-nous pires que des adolescents?
- Je le crains. »
Holmes mima une mine contrariée durant plusieurs secondes avant plonger son regard dans le sien en poussant un soupir de résignation.
« Acceptons notre pauvre sort... »
Watson laissa échapper un léger rire face à la comédie que le détective aimait à lui jouer. Il vit ensuite le regard et le sourire de son compagnon s'adoucir, s'attendrir alors qu'il reprenait ses lèvres quelques minutes. À chaque nouveau baiser, le médecin sentait son cœur se gonfler de toujours un peu plus de chaleur, chaque jour qui passait semblait plus facile que le précédant. Bien que leur relation lui paraisse toujours assez étrange, il s'en sentait comblé. Toutes celles qu'il avait eues avant celle-ci lui semblaient vides, fades. Lorsqu'il les avait vécues, malgré lui, il ressentait un sentiment de frustration, comme si quelque chose lui manquait sans qu'il ne puisse mettre le doigt sur quoi. Ce soulagement qu'il ressentait depuis leur premier baiser venait sûrement de là. Enfin, il se sentait comblé dans une relation, même si celle-ci était l'exact contraire de ce qu'il recherchait au départ. Avant de vivre cette passion avec Holmes, il cherchait à changer de vie, en commencer une nouvelle, trouver une femme douce qui pourrait lui offrir une vie calme et reposante, rassurante de par sa routine. Cela était autrefois son rêve. À présent, il se sentait comblé de par cette liaison dangereuse. Holmes avait toujours été un homme dangereux. Il se savait mais il n'avait pu s'empêcher de s'y attacher malgré les mises en garde sur ce logicien, aussi craint que respecté, que l'on considérait autant comme un génie que comme un fou.
Leur relation était malgré tout quelque part étrangement innocente dans son immoralité, car pour le moment, elle ne se limitait qu'à quelques baisers passionnés et quelques caresses chastes, mais pourtant elle lui donnait plus d'excitation et de plaisir que toutes celles qu'il avait pu avoir auparavant. Sûrement à cause de son danger. Il suffisait que quelqu'un à ce moment-là passe la porte pour découvrir leur secret qui leur vaudrait inévitablement une mort sociale instantanée à tous les deux. Pourtant, même à l'idée de pouvoir perdre sa réputation, Watson ne ressentait aucune peur, il n'avait que faire de ce qui pouvait lui arriver tant qu'il pouvait rester avec Holmes, quitte à s'isoler pour le reste de leurs vies, il n'avait pas besoin des autres, il lui suffisait amplement. Depuis qu'il avait goûté à l'adrénaline mais aussi à la douceur de cette relation, il n'arrivait pas à s'imaginer vivre sans. La passion qu'il ressentait surpassait même de loin encore celle qu'il éprouvait lors de leurs enquêtes ou même les ébats amoureux qu'il avait vécus dans le passé. Ce sentiment de douceur, de tendresse, il osait à peine se l'avouer, mais aussi d'amour qu'il commençait à ressentir lui faisait perdre la tête, surpassant lui aussi tout ce qu'il avait pu éprouver tout au long de sa vie. Enfin, il était heureux et se sentait comblé. Il se sentait vivant.
Depuis que Holmes avait serré ses bras autour de lui, il ne désirait plus s'en dégager. Depuis qu'il avait goûté à la saveur de ses lèvres si différente des autres, il ne désirait plus en embrasser d'autres. Depuis qu'il avait touché sa peau, il ne voulait plus en caresser d'autre. Depuis qu'il était sien, il ne désirait plus jamais appartenir à un autre.
Watson sentit les lèvres de son amant se desceller des siennes. À ce moment-là, il redescendit sur terre, se rappelant où il était et ce qu'il était censé faire. Il tenta de s'éloigner de Holmes, qui, lui, le retint.
« Holmes, je dois retourner au travail à présent.
- Êtes-vous sûr de devoir y retourner maintenant?
- Oui, je le suis et dépêchez-vous de vous en aller, je ne fais pas de consultation gratuite.
- Seigneur! Watson! Je ne savais pas que vous faisiez payer ce genre de services! »
Le médecin sentit le rouge lui monter aux joues alors qu'il posait sa main contre les lèvres de son ami, qui formaient un sourire victorieux, pour les sceller. Son expression de suffisance et de moquerie ne manqua pas d'attiser légèrement les nerfs de Watson.
« Pour l'amour du ciel Holmes! Ne hurlez pas ainsi de telles choses, quelqu'un pourrait vous entendre! »
Les yeux du détective pétillèrent de malice alors que son sourire devint encore plus narquois. Il était visiblement fier que ses actions soient toujours en mesure de déstabiliser les nerfs et le cœur de son ami. Watson lui fit signe de partir alors qu'il s'approchait de son bureau, mais Holmes ne voyait visiblement pas cela du même œil puisqu'il se glissa dans son dos pour nouer ses bras autour de lui.
« Holmes!
- Vous ne remarquerez même pas ma présence.
- Je la sens parfaitement!
- Hé bien, ignorez là. »
Watson poussa un soupir, il sentit Holmes poser son menton sur son épaule pour regarder par dessus celle-ci ce qu'il faisait, les bras toujours fortement serrés autour de son corps. Le médecin cherchait un livre de notes spécial qu'il n'arrivait pas à trouver, pourtant sûr qu'il l'avait posé sur son bureau.
« Que faites-vous?
- Je cherche des notes.
- Pourquoi cela?
- Je dois les amener à l'hôpital. Le Docteur Mydland, l'homme qui m'a conseillé les siennes pour vous soigner, m'a demandé de lui apporter mes notes avec les effets secondaires, les symptômes de sevrages, mes observations, mes conclusions... enfin tout ce que j'ai pu observer, remarquer et le reste... il tient à écrire un livre sur la cure de drogues en utilisant le moyen de sevrage au lieu de celui qui consiste remplacer une drogue pas une autre, donc une dépendance par une autre. Il avait besoin de plus d'avis donc j'ai évidemment accepté de donner le mien avec un "dossier" à l'appui si cela marchait et ce fut le cas. Je vais donc lui montrer mon soutien... Holmes arrêtez cela. »
Watson leva les yeux au ciel une seconde, tentant de garder son sérieux tandis que Holmes, lui, s'amusait à présent à poser quelques baisers sur la peau du cou visible du médecin.
« Il est plus que temps que je reprenne mon travail pour le terminer avant d'aller voir le docteur Mydland. Il faut donc que vous me lâchiez maintenant Holmes. »
Le détective desserra ses bras pour mieux le serrer de nouveau après l'avoir retourné pour lui voler quelques nouveaux baisers alors que Watson tentait de le repousser sans réellement y croire. Lorsque Holmes le lâcha, il constata que sa veste était tachée de la suie que son ami avait sur lui. Le médecin pesta contre le détective en le traitant de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables en époussetant son costume qu'il aimait à avoir impeccable. Vexé par cette action, Holmes échafauda un plan qui le rendrait fou à coup sûr. Ses yeux se plissèrent une seconde avant que ses lèvres ne s'étirent en un très inquiétant sourire, tandis que son visage prenait une dangereuse expression de défi. Watson savait que cela ne présageait rien de bon pour lui.
« Qu'est-ce que vous avez encore en tête?
- Cela est irritant de vous voir toujours impeccable. Réellement! Quoi qu'il arrive, vous ne vous salissez jamais... j'ai toujours rêvé de salir cette chemise blanche que vous portez chaque jour...
- Ah non... Holmes, non! »
Le sourire diabolique du détective s'élargit alors qu'il s'approchait dangereusement de son compagnon qui tenta de protéger sa chemise des mains couvertes de suie. Watson ne put reculer de beaucoup car il heurta son bureau. Durant une fraction de seconde qu'il utilisa pour regarder le meuble à ce contact, Holmes en profita pour le saisir dans ses bras, capturant ses lèvres avec passion, comme si cela était la dernière fois. Watson sentit son cœur rater un battement sous la surprise des mains qui se glissèrent sous ses cuisses, le soulevant une seconde pour l'asseoir sur le bureau, les écartant légèrement au passage pour pouvoir glisser son bassin entre. Une des mains de Holmes remonta entre les omoplates tandis que l'autre se plaça sur le bas de son dos pour l'attirer un peu plus à lui, collant leurs centres l'un à l'autre en partageant toujours un baiser dont la fougue augmentait à chaque seconde. Watson sentait son cœur cogner de plus en plus fort dans sa poitrine, le sang lui montait au visage, lui brûlant littéralement les joues, le nez et les oreilles alors qu'il sentait une sensation de chaleur et de tension se former dans son bas ventre. Il sentit que la main de Holmes qui était entre ses omoplates se posait à présent sur son torse pour ouvrir son gilet alors que l'autre dans le bas de son dos migrait plus bas, s'agrippant à ses fesses pour coller d'avantage son bassin au sien. Une fois le gilet de Watson défait et sa garde totalement baissée, Holmes lui accorda un sourire malicieux en plaquant ses mains noires de suie sur son torse pour les essuyer sur la chemise blanche immaculée de son ami. Le détective lui vola un tout dernier baiser pour ensuite s'enfuir de la pièce avant que le médecin ne mette ses menaces de mort à exécution.
Watson le maudit en tentant de se ressaisir et calmer l'état dans lequel il l'avait mis. Il nettoya ensuite tant bien que mal sa chemise avant de corriger sa tenue, espérant que les patients dans sa salle d'attente n'aient rien entendu de ce qui venait de se passer. L'image de Holmes s'enfuyant en courant de la salle d'auscultation de son cabinet alors qu'un "autre homme" y était entré était bien assez étrange comme cela. Il reçut deux derniers patients avant de fermer le cabinet pour aller à l'hôpital, son calepin de notes à la main.
Une fois arrivé à l'établissement médical, il se dirigea vers le bureau du Docteur Mydland. À peine eut-il la main posée sur la poignée que celle-ci s'ouvrit sur un autre médecin qui quittait la pièce sous le salut de son collègue. Watson lui adressa le bonjour auquel il ne répondit pas, sûrement car il ne l'avait pas entendu dans sa hâte. Il regarda une seconde l'homme en blouse blanche s'éloigner avant d'entrer dans la pièce où il fut accueilli chaleureusement. Il donna ses notes à son confrère, partageant quelques paroles et remarques sur le sevrage de Holmes. Watson allait partir mais Mydland lui adressa la parole une dernière fois avec un large sourire.
« Vous savez, aujourd'hui est réellement mon jour de chance.
- Ah oui? Pourquoi donc?
- J'ai enfin de quoi pouvoir écrire et publier mon ouvrage! Il y a quelques jours, trois confrères m'ont remis leurs travaux et maintenant vous ainsi qu'un autre de nos confrères, vous avez dû le croiser, il est sorti alors que vous entriez. D'ailleurs, il vous passe le bonjour, j'avais presque oublié.
- Je ne crois pourtant pas le connaître... Comment s'appelle-t-il?
- Il a un nom assez étrange... que je me souvienne... attendez que je regarde ses notes. »
Watson vit l'homme attraper un calepin sur son bureau pour l'ouvrir et lire le nom de l'auteur à voix haute.
« Ah, voilà! Docteur Caïn Stevenson. »
Watson se figea à l'entente du nom. Il sentit une impulsion électrique glaciale lui remonter le long de la colonne vertébrale jusque dans son crâne, alors que son corps tout entier commençait à trembler. Il blêmit, effrayé à l'idée de comprendre ce que cela pouvait vouloir dire.
« Je vous demande... pardon?
- Caïn Stevenson. Il est venu quelques semaines avant vous. En plus de mes recherches, il en a pris sur l'étude des drogues opiacés puis il est revenu deux semaines avant vous pour prendre les travaux oubliés d'un collègue travaillant dans cet hôpital mais dont le potentiel n'a pas été reconnu. Il trouvait que c'était une perte et tenait à les faire connaitre. »
Watson déglutit avec difficulté avant de saluer son confrère et quitter rapidement la pièce pour rentrer chez lui. Tout le long du trajet, les mouvements autour de lui semblaient ralentir, il n'entendait plus aucun son à part le tambourinement de son cœur dans sa poitrine. Son cerveau semblait s'engourdir, ses pensées de mélangeaient, sans doute un réflexe face à la peur de découvrir quelque chose qui ne lui plairait pas du tout. Il sentit son cœur battre jusqu'au bord de l'explosion alors qu'il entrait dans leur appartement. Sa main se posa sur la poignée de leur salle de vie pour l'ouvrir. Tout retourna alors brusquement à la normale, le son revint, les mouvements reprirent leur vitesse normale, comme s'il avait touché le sol après avoir longuement chuté.
En face de lui, Holmes se tenait debout, un air sérieux et fermé sur le visage. Il portait une blouse blanche de médecin sur le dos. Il portait ainsi que des lunettes, un postiche de cheveux et un de barbe. Holmes retira ces derniers, les laissant tomber à terre en face de Watson qui le regardait, troublé, tentant de toutes ses forces de trouver une explication logique contraire à celle qui lui venait à l'esprit. Les mots restèrent bloqués dans sa gorge alors qu'il sentait son cœur et son corps tout entier le faire atrocement souffrir de désespoir.
« Vous aviez... tout... planifié... »
Le regard de Holmes s'assombrit d'une lueur étrange alors que ses lèvres formèrent un léger sourire en coin qui respirait la cruauté, confirmant les craintes du médecin. À cette vue, le désespoir profond que Watson ressentait commença à se transformer en colère, en haine. Il serra les poings, tremblant de rage, le cœur brisé, il se sentait profondément trahi à tous les niveaux. Sa colère qui s'accumulait rapidement au fur et à mesures des pensés qui lui venaient en tête le rendit fou, il bondit littéralement sur Holmes pour lui assener un violent crochet du droit où il mit toutes ses forces, directement à la mâchoire. Le détective ne fit aucun geste pour l'éviter. Avoir porté ce coup calma légèrement la colère de Watson, assez pour lui donner l'occasion de reprendre ses esprits et pouvoir maîtriser sa rage même s'il avait du mal à le faire.
À la réception du choc, le logicien avait titubé légèrement en tenant la zone blessée en faisant une grimace, poussant un gémissement de souffrance étouffée. Il reprit ses esprits tant bien que mal, son visage avait totalement changé d'expression, il semblait être revenu à la normale même si ses yeux semblaient cacher une certaine crainte. Les dents rougies par le sang, il se mit à parler. Dans sa voix aussi, on pouvait déceler une légère tension.
« Bien, enfin nous pouvons parler normalement. »
La colère de Watson perdit de son intensité, déboussolé, il tentait de comprendre les paroles de Holmes.
« La colère est plus utile que le désespoir... il fallait que je suscite de la colère en vous pour que vous retrouviez vos moyen, il m'aurait été impossible de vous parler alors que vous étiez sous le choc, au bord des larmes, vous n'auriez rien pu entendre. Maintenant, tentons de faire comme à chaque fin d'enquête. Je vous exposerai les faits en détails comme j'ai l'habitude de le faire et vous écouterez mes explications... ensuite... nous aviserons. »
Watson prit une grande inspiration. Son cœur battait la chamade, craignant chaque mot qui allait sortir des lèvres de son ami, craignant de voir l'ampleur de la trahison.
« Comme vous venez de le découvrir, oui, j'ai échafaudé un plan que j'ai mis à exécution. Vous aviez dit que vous aviez en projet de partir habiter avec Miss Mary. Croyez bien que jamais je n'aurais laissé faire une telle chose sans réagir... j'ai donc mis au point un plan qui vous pousserait à réellement vous rendre compte de vos priorités au lieu de vous en rendre compte après des années de routine qui vous auraient tué à petit feu. Je ne voulais pas vous voir partir et ensuite regretter des années plus tard en vous disant que vous aviez gâché votre vie et votre jeunesse en fuyant vos désirs d'aventure perpétuels. Vous êtes amoureux du danger mais vous avez toujours du mal à le reconnaître et l'accepter... mais passons. Je vais maintenant vous expliquer ce que j'ai fait et comment je l'ai fait. »
Holmes prit une légère inspiration, le temps d'organiser ses pensées, avant de se remettre à parler du même ton qu'il prenait lorsqu'il concluait une enquête.
- Je savais que pour vous retenir, une demande ne suffirait pas, après tout j'avais déjà essayé cela mais vous l'aviez ignoré. Je pense aussi que vous dire que je vous aimais ou que vous m'attiriez vous aurait fait vous enfuir en courant encore plus vite. Je devais donc passer à un stade supérieur et je savais qu'une des choses qui vous touchait le plus à mon égard à cette époque était ma dépendance à la Cocaïne. J'ai donc eu l'idée de vous pousser à m'obliger à me désintoxiquer. Évidemment pour cela, il fallait qu'un "drame" arrive car voyez-vous... sans chaos, pas d'évolution possible... »
Holmes s'arrêta quelques secondes. Il ne quittait pas Watson des yeux, scrutant la moindre expression qui passait sur son visage.
« Voyez-vous, le problème était que cette cure aurait été trop rapide et trop facile. D'expérience, je sais que la Cocaïne ne provoque aucune dépendance physique, elle en développe une uniquement au niveau psychologique, chose que j'aurais pu surmonter sans problèmes et vous l'auriez vu. Il fallait donc que j'aille encore plus loin. »
Watson se figea à l'entente de ces mots. Sous la surprise et l'horreur, il entrouvrit les lèvres. Il ne put dire un mot mais Holmes répondit à la question qu'il voulait poser sans y arriver.
« Je devais prendre autre chose mais finalement j'ai préféré faire un mélange car les effets étaient bien plus marqués et plus violents que la prise d'une seule substance. Je savais que les opiacés, l'Opium, la Morphine me conduiraient à une dépendance physique et psychologique rapide et violente. L'Opium étant fumable, il était donc trop facilement détectable à son odeur, vous l'auriez su avant même que je commence. La Morphine, elle, était satisfaisante mais elle endort la douleur, elle aurait soulagé mon corps des symptômes de sevrages les plus violents et les plus éprouvants. Cela me posait un problème... pourtant j'étais sûr que je pouvais atteindre un bien meilleur résultat et une dépendance plus critique. »
Watson garda le silence, les lèvres scellées par les paroles de son ami.
« J'ai entendu parlé des travaux oubliés, remontant à 1874, d'un dénommé C.R. Alder Wright travaillant au St Mary's Hospital de Londres, oui, l'hôpital où vous m'avez amené et avez rencontré le Docteur Mydland. Monsieur Alder travaillait sur un moyen de soigner les malades de la tuberculose et de désintoxiquer les dépendants à la Morphine mais le potentiel de la substance ne fut pas reconnu. Cette substance est une acétylisation de la Morphine, sa prise à des conséquences tragiques. Une dépendance forte et rapide avec des effets désastreux sur le corps et l'esprit. Son sevrage est atroce. Son arrêt provoque des douleurs inhumaines, comme si tous les os se brisaient et que chaque tissus brûlait... et cela se répète encore et encore... comme le supplice de Prométhée sur le mont Caucase. Condamné à se voir souffrir, guérir puis souffrir atrocement de nouveau chaque jour... cette substance, son nom vous est inconnu certes, mais son inventeur la nomma après avoir vu ses effets "héroïques" pour le sevrage de la Morphine. Il lui donna donc le nom d'Héroïne. »
Watson ne pouvait en entendre d'avantage. Il sentit un haut le cœur le prendre en entendant ces paroles. Holmes s'était pris lui même pour un véritable rat de laboratoire, un vulgaire cobaye sur lequel on faisait des expériences plus cruelles, inhumaines et folles les unes que les autres. Aucun être humain ne mériterait ce genre de choses. Malgré tout, Holmes reprit la parole.
« Comme vous le voyez, les symptômes de sevrage étaient des plus violents. Mais ces souffrances sont plus atroces lorsqu'elles suivent et ou résultent d'une overdose. Venons-en à ce dernier point. L'overdose. Vous êtes médecin et vous savez que la Cocaïne agit comme un stimulant, augmentant énormément le rythme cardiaque. L'Héroïne, elle, a les même effets que tout Opiacé... elle ralentit le cœur. Encore une fois, vous êtes médecin. Vous savez donc ce qu'il se passe lorsque l'on prend deux substances de ce genre en même temps n'est-ce pas? »
Watson garda le silence. Même si visiblement Holmes attendait une réponse de lui, il ne répondit pas, toujours bouleversé par l'horreur de ses dires.
« Un arrêt cardiaque. Mais dans ce cas-là, dosées comme il le fallait, cela m'amena à une overdose à retardement. C'était juste... parfait... dés que je vous ai vu saluer votre dernier patient, j'ai avalé une fiole contenant une surdose de Cocaïne et d'Héroïne mélangées. Vous êtes arrivé au moment où la Cocaïne faisait son effet d'overdose, mon cœur battait la chamade, je convulsais sûrement et mes yeux devaient se révulser. Ensuite j'ai dû m'effondrer à cause de l'Héroïne, qui, elle aussi, faisait signe de son overdose en ralentissant brusquement mon cœur. Mon corps aurait dû lâcher, mais j'étais préalablement allé voler quelques cachets de potassium dans votre arrière salle, il me servit à ce que mon cœur ne puisse me lâcher. Il aurait fini par le faire si je n'avais pas été pris en charge bien évidemment, mais vous êtes venu à temps et m'avez sauvé. Voilà comment tout cela s'est passé. Par contre, j'avoue ne pas avoir prévu que les souffrances soient si atroces et que j'en viendrais à vous demander de m'achever si mon cerveau était trop atteint. Vous savez tout maintenant. »
Watson resta bouche bée. Il ne put que garder le silence face à ce qu'il venait d'entendre. La nonchalance dans la voix de son ami était effrayante, surtout qu'il racontait de véritables horreurs mais agissait comme si elles ne le touchaient pas. Il se sentait aussi incroyablement trahi, il avait l'impression d'avoir été manipulé comme une marionnette.
« Vous m'avez manipulé...
- Je vous ai poussé à faire des choix. Je n'ai rien fait d'autre que cela. Je ne vous ai obligé à rien, c'est vous qui avez décidé de rester et de vous occuper de moi... c'est aussi vous qui avez décidé de notre relation, je vous ai laissé le choix de m'embrasser ou me rejeter, encore une fois, je vous ai donné le choix, je vous ai donné une chance en vous disant que vous pouviez partir, c'est vous qui avez décidé rester! Je n'ai fait que vous pousser à faire des choix, je ne vous ai pas influencé, vous ne pouvez pas me mettre cela sur le dos car moi-même, j'ignorais ce que vous alliez décider de faire et je me doutais encore moins que nous entamerions une relation... je savais qu'un jour vous sauriez, vous auriez découvert ce que j'avais fait. Je voulais vous le dire mais j'ignorais comment jusqu'à aujourd'hui lorsque vous disiez que vous alliez à l'hôpital. C'est aussi pour cela que je ne vous ai pas laissé devenir mon amant... si je vous disais cela après vous avoir aimé, je vous aurais sans aucun perdu pour toujours car vous vous seriez senti trop profondément trahi, alors j'ai attendu pour qu'encore une fois, vous puissiez faire un choix... mais sachez qu'aussi abominable ce que j'ai fait puisse être, je ne m'excuserai pas. Je ne regrette rien et si j'avais à le refaire, je le referais sans hésiter. »
Watson le regarda. Pour la première fois, il vit Holmes perdre son sang froid, il semblait presque paniquer. Pourtant, le détective tentait de paraître le plus calme possible alors que ses yeux semblaient le supplier. Il paraissait au bord du désespoir. Watson réfléchit quelques minutes avant de déglutir puis de fermer les yeux quelques secondes avant de les rouvrir pour les planter dans ceux de son ami.
« Vous savez... j'ignore si c'est le fait d'être trahi par la personne avec qui j'ai une relation ou trahi par mon meilleur ami qui me fait le plus mal... Holmes... j'en viens à me demander avec qui j'ai passé les dix dernières années de ma vie... comment... comment avez-vous pu me faire ça? Si vous m'aimez, comment avez vous pu? »
Watson ferma les yeux quelques secondes en serrant les dents pour se reprendre et parler, ses yeux commençaient à briller.
« Je l'aime... j'aime Mary...
- Je le sais. »
Watson voyait la souffrance que ces mots pouvaient provoquer chez Holmes, mais il se devait de le savoir même s'il commençait à douter que ses sentiments pour Mary soient toujours totalement présents.
« Vous l'aimez pour le genre de femme qu'elle est, pour sa douceur et le sentiment qu'elle vous procure en vous donnant l'assurance d'une vie de calme et de sécurité. Mais m'aimerez-vous simplement pour l'homme que je suis? »
Watson garda son regard planté dans le sien. Il vit que ses yeux semblaient s'assombrir de secondes en secondes, son corps tremblait même s'il essayait de le cacher.
« Si cela peut vous rassurer ou vous consoler d'une quelconque manière... sachez que malgré toute la colère, la haine que vous pouvez éprouver à mon égard, elle n'égalera jamais celle que je peux éprouver pour moi même. »
Le médecin cligna des yeux une seconde, il crut qu'il avait imaginé ces mots qui pourtant venaient bien du détective.
« Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours ressenti une haine profonde et un mépris pour moi-même. Je l'ai toujours su et sans doute aussi consciemment qu'inconsciemment, j'ai toujours cherché à détruire ce que j'étais. Tout ces combats, toutes ces drogues, toutes ces enquêtes où je frôle la mort... tout cela est comme si je prenais en bouche un revolver chargé dont j'ai retiré le cran d'arrêt et que j'avais le doigt sur la détente... et j'adore le goût du métal dans ma bouche. »
Les paroles firent frissonner d'horreur Watson qui l'arrêta, ne désirant pas en entendre d'avantage mais pourtant Holmes continua encore une fois car aussi dur que cela soit, il devait l'entendre jusqu'au bout.
« Avant de vous connaître ce sentiment était encore pire. Croyez-moi, ce n'est pas souffrir physiquement qui est atroce, c'est vivre avec soi-même... vous êtes le seul qui a vu un côté de moi dont même moi j'ignorais l'existence, vous m'avez rappelé que j'étais un être humain. Vous m'avez donné beaucoup plus que vous n'imaginez. De l'espoir, de l'amitié, de la dignité, du respect, de l'amour... et tellement plus encore que j'oublie... je ne peux vous en vouloir de me détester, je ne suis pas un homme respectable ou à aimer. Je vous laisse encore une fois le choix... et je respecterai celui-ci... sachez que je ne vous ai jamais menti sur ce que je pouvais ressentir à votre égard... jamais. »
Holmes se tut, laissant la parole à Watson. Celui-ci ne savait quoi dire. Il était chamboulé par tout ce qu'il entendait et vivait. Il finit tout de même par se reprendre. Le médecin vit que son ami semblait au bord de la crise de nerf. Chaque seconde qui passait semblait le faire souffrir de plus en plus. Watson entendait presque le cœur de Holmes marteler ses côtes. À chaque seconde, son regard s'emplissait de plus en plus de terreur, toujours plus effrayé et suppliant, tout son corps tremblait. Après quelques minutes d'un silence pesant, le médecin prit la parole.
« Vous savez... je pourrais agir comme un enfant, quelqu'un d'immature ou juste cruel en partant immédiatement en vous disant que je ne veux plus jamais vous revoir et que je vous hais... croyez bien que je suis très tenté de le faire parce que ce que vous m'avez fait me fait atrocement mal et je me sens horriblement trahi. Mais cela me ferait beaucoup de mal à moi aussi et de plus, ce n'est pas ce que je veux. Je ne vous pardonnerai pas... je ne vous pardonnerai jamais ce que vous m'avez fait... mais il est possible que je vive avec. J'ignore encore si j'en suis capable car, comme vous devez le savoir, il arrive que lorsqu'on pense à une personne qu'on aime, mais qui nous a fait du mal, malgré nous, la douleur que l'on ressent finit par se transformer en réelle haine... je ne sais pas si cela sera le cas maintenant... je l'ignore réellement mais je tiens à vous donner une chance, oui. Cela fait dix ans que je vous connais. Vous êtes mon ami, mon confident mais aussi mon compagnon, mon amant... je ne peux pas perdre tout ça d'un coup, ce serait trop, je ne m'en relèverais pas... je ne veux pas vous perdre... je ne veux pas souffrir parce que j'ai agi avec immaturité, en sachant que nous aurions pu surmonter ça ensemble, alors je tiens à essayer... »
Watson s'arrêta, son cœur se serrait de plus en plus, le rendant atrocement douloureux, il sentait des larmes lui monter aux yeux. Il joignit ses mains, posant la tranche de ses index contre ses lèvres en recommençant à parler d'une voix brisée.
« Mais Holmes... par pitié, je vous en supplie, je vous en supplie, je vous en supplie à genoux... ne recommencez plus jamais cela... je ne pourrai pas... je ne pourrai pas le supporter... je partirai dans la seconde... »
Holmes ferma les yeux en poussant un soupir de soulagement nerveux alors que Watson s'approchait de lui pour prendre son visage dans ses mains. Pour la première fois, sans fièvre pour le faire délirer, il vit des larmes couler des yeux clos du logicien aux semblants insensibles. Des larmes de soulagement qu'il ne pouvait retenir en voyant que son ami n'allait pas le laisser seul. Watson posa son front contre le sien, lui tenant toujours fermement le visage.
« Ne refaites plus jamais ça. »
Holmes, la respiration saccadée, tremblant toujours plus violemment, même si maintenant soulagé de la peur et l'angoisse qu'il avait ressenties durant ces quelques minutes, secoua vivement la tête dans un "non" distinctif, geste qu'il répéta les nombreuses fois où Watson lui demanda, lui supplia la même chose. Le détective finit par serrer ses bras tremblants autour du corps de son ami, qui fit de même.
« J'ai réellement cru vous avoir perdu pour toujours. »
Watson sentit son cœur se serrer à l'entente de la voix brisée et fragile qu'il entendait pour la première fois et à la sensation de son corps toujours tremblant violemment contre le sien. Il savait que Holmes ne mentait pas, il avait réellement eu peur de le perdre définitivement de vue, mais encore plus de cœur. Il sentit le détective commencer à pousser des sanglots. Il s'affaira à les calmer du mieux qu'il put. Il posa ensuite ses lèvres sur les siennes pour partager un baiser aussi passionné que désespéré, lui disant que tout cela était à présent fini et qu'il était là. Un baiser au goût salé de leurs larmes et métallique à cause du sang que Holmes avait dans la bouche, rappelant la violence du coup que Watson lui avait porté. Il sentit son cœur encore une fois se gonfler de chaleur à ce baiser, peut-être même plus que précédemment, soulagé aussi de n'avoir rien perdu des sentiments qu'il pouvait éprouver pour Holmes. Tous deux ignoraient ce que l'avenir, rien que des jours suivants, leur réserverait. À ce moment précis, tout ce à quoi ils pensaient n'était que l'un l'autre. Ce geste, cette force qui les unissait et qui les avait poussés à tenter de continuer une relation qui avait une importance capitale autant pour l'un que pour l'autre, cette force que l'on appelle Amour, cette force que tous deux ressentaient de tout leur corps et de toute leur âme suffisait à prouver que même si cela est fréquent, il n'est pas toujours vrai que l'homme préfère détruire la lumière qui est en lui plutôt que vaincre l'ombre qui l'entoure.
Voilà pour le chapitre 11, un chapitre que j'attends d'écrire depuis le tout premier ! Hé oui, cette chute était prévu depuis le tout premier chapitre. Oui, encore une fois, Holmes a toujours toute les cartes en mains, un véritable manipulateur ;).
Luna : Merci encore de tes compliments sur ma fic :)! Je pense qu'en lisant ce chapitre tu sais maintenant que non, ce n'était pas une conspiration contre toi x'D! Je pense pareille que toi sur l'amour mais peu de gens le comprennent hélas -_-...
Sylae : Mais j'ai besoin d'avis moi x'D (regardez moi ce crevard qui s'assume pas x')...). Je pense que ça doit pas être facile pour Holmes non plus de résister à son Watson/Jude Law x), surtout que ça fait dix ans qu'il attend le pauvre, après tout, attendre quelques jours alors qu'on a déjà attendu des années c'est pas grand chose et puis après avoir lu ce chapitre tu dois comprendre pourquoi il prenait son mal en patience... personnellement au point de vue physique je préfère Robert Downey Jr... J'ai pas le choix de toute façon, je suis obligé XD!
Ka-Cendres : Oui, ils sont adorable tout les deux, j'espère tout de même rester crédible, j'ai toujours peur de faire trop "niais"
