Le moment de la bataille était enfin arrivé… Depuis qu'elle avait repéré le medium usant de l'eau, Gabrielle s'était préparée à ce combat. Elle était une pactisante, et de ce fait, une guerrière par nature. Elle avait déjà mené beaucoup de combats, et en était jusqu'à présent toujours sortie plus ou moins indemne. Cependant, depuis ce qu'elle avait fait en Australie, leur fréquence s'était largement accrue. Et, bien qu'elle ne trouve aucun plaisir à ôter la vie, elle se devait de protéger la sienne…

C'était précisément dans cet état d'esprit là qu'elle se plongeait irrémédiablement à chaque fois qu'elle devait user de ses capacités pour se battre. Instantanément, elle effaçait la plus grande partie de ses émotions, ne préservant que le strict minimum lui permettant de ne pas devenir une machine à tuer assoiffée de sang… Il y avait manière et manière de vivre cette malédiction. Elle avait choisit de la faire en conservant son humanité malgré tout.

En face d'elle, son adversaire avait glissé sa main droite dans son manteau, en ressortant une sorte de poignard dont la large lame se scindait en deux par le centre, le jetant de toutes ses forces dans sa direction. L'arme fendit l'air, se dirigeant droit sur la jeune femme qui esquiva en se déplaçant sur le coté, remarquant alors un fil métallique reliant le manche de du couteau à son propriétaire qui s'était élancé vers elle. Il tira sur le lien, ramenant son arme à lui, lançant un autre filin dans sa direction. Gabrielle usa alors de son pouvoir, tendant la main vers la piscine dont une vague d'eau s'échappa, déviant le cordage avant de l'emprisonner en gelant. BK-201 s'est sépara alors, bondissant sur le monticule glacé afin de se retrouver près de la pactisante. Elle se trouvait dans une situation plus compliquée que prévue. Au corps à corps elle se savait rapide et précise, mais le moindre contact avec lui pouvait lui permettre de l électrocuter… Parfaitement conscient de ce fait lui aussi, il tenta de l'attraper dans un premier temps de sa main gauche libre, n'usant pas son couteau. S'agenouillant avec agilité, la demoiselle l'évita, le déséquilibrant ensuite en lui donnant un coup dans les jambes. Il tomba en arrière mais se réceptionna habilement en faisant une roue, se réceptionnant juste au bord de la piscine, manquant de peu de tomber l'eau.

Saisissant cette occasion rêvée, Gabrielle fit jaillir une nouvelle vague qui emprisonna les jambes du jeune homme, l'immobilisant efficacement. Ce dernier, contrarié, tenta de se libérer, mais la glace tenait bon, prison transparente implacable. La demoiselle tendit alors sa main dans sa direction, le tenant à sa merci. Cependant elle hésita, ne parvenant pas à passer à l'acte. Maintenant qu'il était immobilisé, elle pouvait partir sans danger… Était-il réellement nécessaire d'encore faire tomber une étoile ?

Le pactisant tourna son masque inexpressif vers elle, ressentant certainement ce doute qui la tiraillait. Tous deux savaient parfaitement que si elle refusait de rejoindre le Syndicat, l'un deux devait forcement mourir. Il avait eut des ordres. Et elle ne refusait de perdre la vie. Mais rejoindre cette organisation revenait, à ses yeux, à perdre son âme. Devenir une machine à tuer au service d'humains assoiffés de pouvoir ne la tentait absolument pas. Elle avait réussi à vivre en temps qu'électron libre jusqu'à présent… Et elle aurait très bien pu continuer ainsi, si elle n'avait pas fait son coup d'éclat quelques semaines auparavant… Malgré cela elle ne regrettait pas son geste. Il lui avait permis d'ébranler un peu la conception qu'avaient humains et pactisants par rapport à la nature de ces derniers… Les complications en ayant découlé étaient dès lors un faible prix à payer…

Néanmoins cela ne résolvait absolument pas son problème actuel… mais son adversaire allait prendre la décision pour elle. Il se saisit de son poignard, l'enfonçant directement dans le bloc de glace l'empêchant de se mouvoir, envoyant une puissante décharge électrique en son centre même. De violents éclats de lumière s'échappèrent de la lame qui vibrait sous la haute tension la parcourant. L'entrave tint bon quelques secondes avant d'exploser en paillettes glacées se rependant dans l'air. Stupéfaite, la jeune femme bondit en arrière, échappant de peu au coup de lame que venait de lui donner l'homme au manteau noir de nouveau libre. Elle n'aurait pas du hésiter… A la vue de cette situation critique, Gabrielle décida de tenter une approche risquée de corps à corps. Mais, de toute manière, son ennemi ne semblait pas vouloir autre chose… Elle para avec agilité les nombreux coups qu'il essayait de lui porter avec puissance et précision, évitant avec application le moindre contact physique qui pourrait bien lui être fatale. Toute fois il lui faudrait bien le toucher si elle voulait en terminer…

Le combat s'étira sur de longues minutes exténuantes où chacun des deux combattants rivalisaient de vitesse et d'aisance, esquivant les coups de l'autre avant d'attaquer à son tour. De l'extérieur, la scène plongée dans la douce pénombre tamisée ressemblait à une danse teintée de violence dans laquelle les 2 partenaires refuseraient obstinément de laisser l'autre prendre le dessus. Toute fois, la fatigue commençait à se faire ressentir des deux cotés. Leur souffle court en témoignait malgré eux. Il leur fallait mettre un terme à ce combat le plus rapidement possible. Gabrielle ressentait d'autant plus cette urgence qu'il lui fallait absolument s'abreuver incessamment sous peu… tentant une dernière tactique, la jeune femme s'agenouilla au sol, évitant ainsi un nouveau coup de son adversaire chevronné, posant ses paumes sur le sol mouillé. Immédiatement la surface du carrelage se gela, devenant aussi brillante qu'un miroir, reflétant la pièce, théâtre du combat. Le membre du syndicat compris ce qu'elle tentait de faire et se pencha sur elle afin la toucher mais elle ne lui en laissa pas le temps, se redressant dans un bond, lui donnant un coup d'épaule dans le ventre. Surpris, le jeune homme fut déséquilibré vers l'arrière mais ne parvint pas à maintenir son équilibre, le sol recouvert de lace n'offrant aucune stabilité. Ils tombèrent alors tous deux en arrière, se retrouvant l'un sur l'autre au sol, légèrement sonné par le choc. Néanmoins, l'un comme l'autre savait pertinemment qu'ils n'avaient pas le temps de réfléchir à leur douleur respective. Instantanément, le jeune homme masqué porta sa main droite à la gorge de la demoiselle ayant posé la sienne sur son torse, à l'emplacement de son cœur. Ils s'immobilisèrent, se défiant du regard, pouvant percevoir l'un comme l'autre la lueur écarlate brillant dans leurs prunelles. Le silence tomba lourdement dans la pièce, leurs respirations accélérées raisonnant à travers l'espace dévasté par leurs prouesses respectives. Sous ses doigts, Gabrielle pouvait sentir le muscle cardiaque de son redoutable adversaire palpiter à un rythme effréné alors que lui devait ressentir le sien au niveau de sa jugulaire…

Les secondes s'écoulèrent sans qu'aucun des deux pactisants n'esquissent le moindre geste. Le besoin de boire tiraillait affreusement la jeune femme mais elle préférait se concentrer sur les prunelles de son ennemi qu'elle pouvait à présent distinguer au travers des fentes de son masque blanc. Ses yeux étaient d'un bleu profond, aussi insondable que celui d'un ciel nocturne d'hiver… Déglutissant difficilement, la gorge douloureuse, elle pris la parole, rompant ainsi le lourd silence qui s'était installé jusqu'alors, adressant un sourire à l'inconnu serrant sa gorge, prêt à la tuer au moindre signe de faiblesse de sa part.

« Je sais bien que le moment est mal choisit… Mais tu as de très beaux yeux. »

Stupéfait, le jeune homme demeura silencieux, desserrant pourtant légèrement son étreinte autour du cou de la pactisant. Puis il prit la parole à son tour, sa voix beaucoup moins mécanique et tranchante qu'au début de leur échange.

« … Mal choisit en effet. Voilà deux fois que tu as un comportement illogique en très peu de temps. Tu fais une bien étrange Pactisante… »

Demeurant sur ses gardes, Gabrielle ne pu s'empêcher cependant de lui adresser un sourire amusé, encrant son regard dans le sien.

« Permet moi de prendre cela pour un compliment… »

«… Et de trois fois… »

La demoiselle fit une moue amusée, n'osant pas pour autant bouger. Le silence retomba sur eux, les laissant dans cette situation sans issue… S'il ne la tuait pas alors qu'il en avait la possibilité, le Syndicat le mettrait surement à mort. Ils étaient dans une voix sans issue…

Brusquement un bruit de mécanique retentit dans la salle, suivis un léger grondement sourd, les faisant sursauter tous les deux. Immédiatement ils se tournèrent vers l'ascenseur dont le panneau électrique affichant les étages s'était illuminé, preuve évidente de l'arrivée imminente que quelques locataires de l'hôtel. Gabrielle porta son regard sur le jeune homme qui semblait avoir eut la même idée qu'elle. Brusquement il la repoussa en arrière, se libérant de son corps qui l'entravait. Il se redressa d'un bond, tenant debout tant bien que mal à cause de la glace qui recouvrait toujours le sol. Il la fixa quelques instants.

« Je ne peux continuer en présence d'humains. C'est terminé pour aujourd'hui. Cependant soit certaine que nous nous reverrons. Le Syndicat a de la suite dans les idées. »

« Eh bien à la prochaine alors, BK 201 aux beaux yeux. Il me tarde d'y être. »

« … Et de 4. »

L'ascenseur s'ouvrit dans le dos du pactisant, laissant sortir 4 jeunes gens dont les rires s'arrêtèrent net lorsqu'ils virent la scène s'offrant à leur yeux. L'homme en noir fit volte face, son long manteau flottant dans son sillage, s'élançant rapidement vers la sortie de secours dans la quelle il s'engouffra et disparut. Le bruit de ses pas précipités dans l'escalier résonna quelques instants encore avant de s'estomper complètement. Gabrielle se redressa avec précaution avant de se jeter dans l'eau ne prêtant aucune attention aux adolescents sous le choc. Elle traversa la piscine en quelques brasses, rejoignant rapidement sa bouteille d'eau qui flottait nonchalamment à la surface, la débouchant d'un coup de dent avant d'en engloutir le contenu dans son intégralité. Soulagée, elle soupira, avant de fixer son regard vers la porte par laquelle le mystérieux jeune homme s'était enfuit, esquissant un sourire mutin.

« oui… il me tarde d'y être… »