Plusieurs jours étaient passés depuis sa rencontre avec BK20… Autrement appelé « faucheuse des ténèbres » d'après ses informateurs. Un nom morbide pour un jeune homme plein de mystères… Il n'était pas encore réapparut, comme il lui avait dit. Malgré le fait qu'il fut indéniablement un ennemi de part son lien étroit avec le Syndicat, Gabrielle ne pouvait s'empêcher de ressentir à certain empressement à le revoir. Cet individu l'intriguait, irrémédiablement…

Elle avait quitté l'hôtel où c'était déroulée cette rencontre improbable le soir même, par mesure de sécurité. En effet, leur petit duel n'était pas passé inaperçu et elle ne pouvait se permettre de trop attirer l'attention en se retrouvant mêler à ce genre d'évènement. A présent elle vivait dans un hôtel trônant dans le quartier animé de la ville, un endroit des plus vivants où elle pouvait facilement se noyer dans la foule. Toute cette agitation incessante lui faisait du bien, lui rappelant que le monde continuait de tourner, envers et contre tout. Elle passait désormais ses nuits dehors, tuant le temps ainsi que ses terreurs nocturnes en dansant dans les nombreuses boites parsemant le quartier. C'était un bon moyen de se défouler tout en restant sur ses gardes…

Ce soir là, la jeune femme avait décidé de sortir une nouvelle fois, se mêlant aux humains avec une grande aisance. Elle s'était liée d'amitié avec une originale d'un an sa cadette, logeant non loin de son bâtiment, qui l'avait repéré à siroter des cocktails toute seule au bar. Elle s'était approchée et avait entamé la conversation, lui changeant instantanément les idées. Avec ses longs cheveux de jais zébrés de mèches blonde, Tomoe était bien plus déjantée qu'elle n'y paraissait. Cette fraicheur, cette jeunesse bardée de rêves et d'insouciance qu'elle clamait aux quatre vents l'avait conquise.

Cette nuit, la grande adolescente l'avait menée dans un club sélect dont elle connaissait le videur pour s'être « égarée avec plusieurs nuits ». La décoration était design, les cocktails excellents, la musique assourdissante… C'était exactement ce qui lui fallait. Le seul détail l'ennuyant un peu était les jeunes hommes trop collants à son gout. Etant habituée à fréquenter des contractants, elle avait pris la mauvaise habitude de remettre les rustres à leur place grâce à ses capacités les « refroidissant » instantanément. Mais ici, elle devait s'en abstenir. Heureusement, il suffisait de se montrer ferme afin que les plus récalcitrants finissent par s'éloigner. Cette situation était un peu la faute de Tomoe qui l'avait convaincue d'abandonner ces tenues 'pratiques' pour quelque chose plus adapté à l'ambiance environnante. Elle avait cédé avec plaisir, ravie de pouvoir porter des vêtements plus sensuels… Voir un peu plus vu le cas présent. En effet la pactisante s'était vêtue d'une jupe laissant largement paraitre ses jambes fuselées terminées par d'immenses talons aiguilles lui faisant gagner plus d'une dizaine de centimètres. Son débardeur noir, dont le décolleté était rehaussé de dentelle, lui collait presque langoureusement à la peau, attisant les regards.

Mais elle n'avait pas envie de cela. Son seul désir était de s'enivrer un peu mais surtout de danser, entrainée par la musique trop forte résonnant jusqu'à dans sa cage thoracique, de se dépenser sans compter sur les rythmes étranges de cette jeunesse égarée, de s'épuiser et de noyer son esprit dans les sons électro afin d'enfin faire taire ses préoccupations. Les jeux de lumières entre coupées donnaient à cette étendue de corps mêlés une dimension sur réaliste presque rassurante… Cependant, elle devait demeurer sur ses gardes. Le danger pouvait survenir à tous moment, de n'importe où et de n'importe qui…

La chanson se finissant, Gabrielle soupira, légèrement essoufflée… Voilà plus de quatre heures qu'elle était en ses lieux. Tomoe, les pieds endoloris, avait décidé il y avait une heure de cela de retourner à leur table 'veiller' sur la bouteille de vodka qu'elles avaient commandé en arrivant. Moins confiante dans le monde que sa jeune amie, Gabrielle avait gardé un œil sur elle, prête à intervenir en cas de problème. Mais seule le liquide enivrant avait souffert, jusqu'à périr complètement par les lèvres assoiffées de la brune. De la piste de danse, Gabrielle l'observait en lui souriant, la voyant 'légèrement' ivre, dodeliner de la tête au rythme de la musique que reprenait de plus belle. Il était temps de ramener la demoiselle chez elle, cela devenait une évidence.

Elle ferma les yeux, rejetant ses longs cheveux libres en arrière, un peu fatiguée. Soudain un frisson lui traversa l'échine, remettant tous ses sens en alerte. Elle rouvrit les yeux, balayant la salle sombre du regard, aux aguets. Effectivement, elle repéra rapidement le médium usant de l'eau qui était là, invisible aux humains, la fixant depuis un saut à glaçons fondus sur une table au fond de la salle. Une vague d'excitation la parcourue, chassant toute sensation de fatigue de son corps. Si ce médium était présent, il le serait peut être aussi. Cependant elle demeurait lucide sur ce qui allait potentiellement découler de cette nouvelle rencontre… Il lui fallait donc sortir d'ici.

Tout en tachant de paraitre le plus normale possible, Gabrielle quitta la piste de danse en se faufilant entre les danseurs, rejoignant Tomoe que soutenait son visage à l'aide de sa main. Elle lui sourit, le tendant une main secourable.

« Jeune fille, il est 4h passée. Je pense qu'il est temps pour nous de rentrer. »

La demoiselle sus nommée rouvrit les yeux, fronçant ses grands sourcils arqués, faisant apparemment un effort phénoménal de concentration afin de se rappeler son identité. Au bout de quelques instants, elle finit par la retrouver

« Gabrielle ? »

« Oui, c'est tout à fait ça ! Et toi, tu es Tomoe. Et tu es potentiellement éméchée très chère. Allez, en route, je te raccompagne chez toi. »

La jeune fille émit un grognement difficilement identifiable avant de se redresser tant bien que mal. La pactisante se saisit d'une main de leur sac respectif, jetant le sien sur son épaule, aidant ensuite Tomoe à s'emmitoufler dans son manteau. Elle enfila rapidement son blouson centré, passant ensuite le bras de la grande adolescente pardessus son épaule, l'aidant à marcher à peu près droit. Après quelques hésitations, le duo trouva son équilibre et pu commencer à progresser jusqu'à l'extérieur de la boite, se faisant fouetter par le froid glacial et pur de l'extérieur. Gabrielle inspira de longues bouffées d'air sain, s'en délectant presque, le sentant parcourir ses poumons et revigorer son corps tout entier. Elle balaya ensuite la ruelle déserte, sur ses gardes. Elle adressa un sourire radieux et complice au videur qui fixait Tomoe, le saluant amicalement, avant de débuter le chemin qui les ramènerait chez elle. La progression était un peu zigzagante mais allait bon train, au grand soulagement de la jeune femme. Elle s'arrêta un instant, sautillant sur place afin de repositionner correctement Tomoe et son énorme sac qui commençaient, aussi bien l'un que l'autre, à lui scier les épaules. Tomoe grogna un peu, reprenant la marche en trainant des pieds. Gabrielle, quand à elle, scrutait les alentours, soufflant d'un coup sec afin de se débarrasser d'une mèche de cheveux indisciplinée se glissant devant son visage. Soudain elle s'arrêté net, provoquant le mécontentement de la brune qui grommela de plus belle, fixant l'ombre d'une rue transversale. Il était là, tapit dans les ténèbres, adossé au mur presque nonchalamment, la fixant de son masque blanc dont le sourire figé lui paru presque moqueur.

Elle le dévisagea, estimant la situation, quand brusquement Tomoe la prit dans ses bras, faisant peser la quasi totalité de son poids sur son corps en déséquilibre, passant à deux doigts de les faire tomber toutes les deux au sol. Son lourd sac avait glissé de son épaule jusqu'au creux de son coude, la déséquilibrant un peu plus encore sur ses talons aiguilles, ses cheveux profitant fourbement de ce moment pour se faufiler anarchiquement devant son visage. La jeune femme se mordit la lèvre, parfaitement consciente du grotesque de la situation, réfléchissant à toute vitesse à une façon de rétablir les choses et de sauver le peu de dignité qui lui restait à présent. Consciencieusement, elle évita de regarder dans la direction de son adversaire, refusant d'admettre qu'il était témoin d'un tel carnage…

« Gabrielleeeeeee, j'ai trop sommeil ! »

« … on est presque arrivée Tomoe, encore un petit effort et… »

« Nan ! J'suis trop fatiguéééée !' Faudrait un mec. Pour me porter jusqu'à mon lit… »

« Oui mais non. Toi et moi femmes fortes, nous y arriver toutes seules. Ils sont louches de toute façon les mecs dans cette ruelle. »

Elle glissa alors un regard dans la direction du seul 'mec' alors présent, toujours immobile et silencieux. Cependant il lui sembla percevoir un léger haussement d'épaule de sa part, lui donnant immédiatement envie de lui tirer la langue. Mais il avait, pour le moment, la classe suffisante pour ne pas l'attaquer alors que la situation l'avantagé indéniablement alors elle se retint. Soupirant, elle s'efforça de redresser Tomoe, lui demandant de se concentrer afin de tenir en équilibre quelques secondes toute seule. Elle opina de la tête, mettant les bras en croix pour, apparemment, maintenir son équilibre précaire. Gabrielle en profita alors pour ôter son blouson qu'elle fourra dans son sac, remettant ce dernier sur son épaule nu, assurée qu'ainsi il aurait moins tendance à glisser. Elle rejeta ensuite ses cheveux en arrière les attachant en queue de cheval grâce à un ruban qu'elle portait jusqu'alors autour du cou. Elle fini juste à temps pour rattraper Tomoe qui commençait à Tanger dangereusement, calant de nouveau son bras sur son épaule dans un long soupire. L'adolescente, fière de sa prouesse, fit un salut militaire de sa main libre.

« T'as vu j'ai tenu ! »

« Oui, j'ai vu Tomoe. C'était super. Allez, en route maintenant. »

« En rouuuuuuute »

Le duo reprit son avancée périlleuse, suivit de loin par le faucheur demeurant dans l'ombre. Arrivée au pied de l'immeuble de la jeune fille, Gabrielle remercia mille fois le ciel de lui avoir fait habiter un rez de chaussé. Elles parcoururent les derniers mètres les séparant de sa porte en zigzagant de plus belle. Arrivées à destination, la pactisante déposa son ami contre le mur, posant son sac à terre en faisant rouler ses épaules endolories. Elle jeta un coup d'œil derrière elle, repérant BK201 dissimulé dans un arbre à l angle du petit immeuble.

« Ou as-tu mis tes clés, Tomoe ? Et je vais t emprunter une paire de ballerines si tu veux bien. Je laisserai mon sac chez toi également, je passerai le récupérer plus tard, d'accord ? »

« hum… dans la poche de mon manteau… et voui… et voui… qu'est ce que tu vas faire a cette heure là ? »

« … je vais jouer au chat et à la souris. »

« … chat ? »

« Laisse tomber. Toi, c'est l'heure de dormir. »

Elle extirpa les clés du manteau de la jeune femme qui somnolait déjà, ouvrant rapidement la porte. Elle reprit son sac, épaulant la demoiselle, l'aidant à entrer et à atteindre son lit sans ennuie. Elle lui retira ses chaussures et la fit se glisser sous sa couette. Une fois cela fait, elle se releva, allant chercher une paire de chaussures plates dans son placard, abandonnant ses escarpins à la place. Elle posa son sac par terre, y récupérant une bouteille d'eau non entamée. Elle prit un marqueur accroché au tableau pense bête se trouvant à l'entrée, y écrivant rapidement qu'elle mettrait les clés de la porte dans la boite aux lettres. Puis elle ouvrit la bouteille, avala quelques gorgées d'eau en sortant, fixant de son regard perçant l'homme en noir attendant à quelques mètres. Elle ferma la porte à double tour, gardant un œil sur son adversaire, avant de déposer la clé dans la boite en métal, comme convenu.

Tout cela fait, elle se tourna enfin vers le faucheur des ténèbres, lui faisant face, croisant les bras sur son ventre, le défiant du regard.

« Tu as fini ? »

« … Oui… Merci. »

« De quoi donc ? »

« De m'avoir laissé la raccompagner sans attaquer. Certains ne se seraient pas gênés. »

« Se n'est pas dans mes habitudes »

Quelques secondes s'écoulèrent sans qu'aucun des deux ne bougent, se contentant se de fixer mutuellement, se jaugeant. L'air froid mordait la peau nue de Gabrielle, ravivant ses sens…

« Est vraiment une tenue pour se battre ? »

« Tu n'aimes pas ? »

« … »

« je n'avais pas prévu de me battre, vois tu. »

« Accepte de faire partie du Syndicat, nous n'aurons à nous battre. »

« Je crois, hélas, que j'ai déjà répondu à cette question »

« Tu refuses ? »

« je refuse. Reprenons là où nous étions arrêté, faucheur aux yeux couleur de nuit… »