Deux jours.

48 heures.

A croire qu'elle avait disparu... Deux jours qu'elle n'avait pas pointé le bout de son nez pointu, aristocratement pointu, donc beau.

Elle? Vous avez suivit les chapitres précédent? Elizabeth bien sûr! La fille bizarre, qui fait que Dudley se comporte bizarrement, et aussi qu'Harry agit étrangement... Faut dire qu'il s'est fait sauver, pour ensuite savourer ce jetage de nain bigleux.

Absente. Voilà ce que la maîtresse marmonnait pour elle-même en fessant l'appel.

Aucun coup de téléphone. Rien qui assurait qu'elle était encore vivante et pas au fond d'un sac plastique dans la mer, pardon, plusieurs sacs plastiques, vu que Harry se fait une joie macabre de la voir se faire débiter en tranches fines, très fines.

Enfin bref, revenons à nos moutons. Beh. La routine pré-Elizabethiène s'était réinstallée, Dudley tapait sur Harry, et Harry criait comme une fillette de cinq ans. Cependant, un autre événement bouleversa le quotidien des Dursley.

Dudley perdit deux kilos.

Et je vous vois venir en vous moquant, disant que ce n'était pas grand chose, et patati, et patata... Mais, pour lui et sa famille c'était un exploit à marquer dans le livre des records, et en gros s'il vous plaît!

Cependant, arrêtons de parler de la masse de Dudley Dursley, cela vaut mieux pour tout le monde.

Elle devait sûrement être malade, rien de grave, quoi. Dommage, le coup du corps dans des sacs plastiques ce sera pour plus tard...

En classe on demanda à quelqu'un de lui apporter ses devoirs, une montagne de devoirs. Dudley le demanda en premier, mais ce ne fut pas lui qui dût le faire.

Devinez qui s'y colla? Aah, je vois qu'il y a des cerveaux parmi nous, impressionnant. Alors, oui, oui, j'arrête mon blablatage superflu, et donc, comme vous vous en doutez, ce fut le cousin du gros lard à qui revint l'honneur d'apporter ses devoirs à son altesse sérénissime.

Il se demandait vraiment ce qu'il lui avait fait à cette sorcière pour qu'elle le maudisse à ce point..

C'est donc d'un pas, il faut le dire pas très très assuré, voir même pas du tout assuré, qu'il alla se poster devant la maison, palace, palais, mini-château, de la famille d'Elza. Dire que cette bâtisse était grande eût été un bel euphémisme, elle était gigantesque, à échelle de nain-balafré-à-lunette-ne-connaissant-comme-habitation-qu-un-pauvre-placard-sous-un-escalier. Un immense portail hérissé de piques barrait le chemin au jardin, et à ses buissons taillés en formes diverses, mais surtout à sa maison, de pierre blanche, monument d'architecture perdu dans un enfer de ressemblance, tâche blanche parmi tout ce noir, un joyau de pureté. Et cette façade dorée par quelques rayons timides du soleil, surpris de voir une telle beauté l'égaler, et cette fontaine! Harry imaginait l'eau en découler, des personnes en robes et costumes très chics se reposer sur son bord, mais avec classe tout de même.

Ah. Quelle belle vie que celle d'un riche...

Il fut réveillé par un bruit de ferraille, on ouvrait le portail. Un serviteur sûrement. Eh bien, en effet, c'en était un, impeccablement bien habillé, Harry se sentait tout miséreux dans ses vêtements trop grands pour lui, il le savait, il aurait dû mettre une cravate. Ça fait classe une cravate.

L'homme tiré à quatre épingles le conduisit à l'intérieur du vestibule, dès que la porte se referma sur lui, une sensation d'étouffement lui prit les tripes, et pourtant il n'était pas claustrophobe, mais... Ce lieu l'inquiétait. C'était par dessus tout les tableaux accrochés aux murs, les illustres ancêtres qui semblaient vous suivre des yeux, il aurait juré en avoir vu un bouger, et sourire sournoisement.

Il devenait dingue. Heureusement, il se présenta à ce qu'il supposât être la mère d'Elza. Pas commode la vieille. Elle lui indiqua la chambre d'Elza d'un ton aussi sec que le bruit de ses talons sur le marbre blanc, marbre blanc qui semblait recouvrir toute la demeure. Flippant. Il entendit des chuchotements à peine compréhensibles, du verre brisé et un cri effroyable venant de la salle à manger, puis plus rien dès que la vieille y retourna. Vraiment flippant.

C'est donc en courant et serrant les devoirs à s'en faire blanchir les jointures de sa main qu'il monta au troisième étage. Comme quoi ça pouvait servir de se faire courser par son cousin, on gagnait en endurance!

Il examina le couloir. Glauque. Pas un bruit, un silence d'outre-tombe. Vraiment très flippant. Harry repéra la fenêtre au cas où, on ne sait jamais, tout peut arriver, hein.

Il alla se planter devant la troisième porte à droite. Cette dernière était rose, un rose très pale, comme ses lèvres pensa Harry.

Il se secoua, mais pourquoi pensait-il à ses lèvres ? Cette fille est tout ce qu'il déteste ! Il ne peut pas penser à ses lèvres! Harry essayait de se convaincre quand la porte s'ouvrit .

_ »Tu comptes rester planté comme l'idiot que tu es dans le couloir ou bien tu comptes entrer? Pas que tes marmonnements me dérangent. » dit-elle le sourire aux lèvres, lèvres qui étaient ornées de rouge à lèvre rose, -qui d'après l'avis d'Harry la rendait très mignonne... Grr. Ça va s'finir au pieu cette histoire... Ahum. Oui, reprenons.- ce qui la faisait sourire en rose.

Harry secoua la tete et rentra dans sa chambre. Chambre qui n'avait rien à voir, mais alors rien du tout à voir, avec son placard sous l'escalier. Déjà, elle était rose. Il y avait absolument du rose partout! On aurait dit la maison de Barbie... Le seul détail qui clochait c'était l'énorme portrait trônant au dessus de son lit. Harry le scruta avec stupeur. On dirait elle... Mais avec une dizaine d'années en plus!

« _Qui est-ce? » demanda-t-il?
« _Ressemblant, n'est-ce pas? C'est ma mère. »
« _Waaaouh, elle était belle quand elle était jeune.. Euh.. Pas qu'elle soit horrible aujourd'hui, enfin, si, mais pas horrible dans le mauvais sens du terme... ça doit être l'âge... C'est vrai que ça n'arrange pas certaines personnes, et puis, elle peut toujours essayer un lifting. »Harry finit sa phrase avec un sourire en forme de banane scotché aux lèvres.
« _Tu sais que tu es un idiot Potter? C'était ma grand-mère.
_Aaah, bah, alors, c'est pas si grave.. » Il soupira de soulagement.
« _Bien, maintenant que tu as fini d'insulter ma grand-mère, aurais-tu l'extrême amabilité de me donner ce que tu es venu m'apporter?
_Ah... Oui, c'est vrai, les devoirs. Quel étourdit je fais..
_Je ne te le fais pas dire. » marmonna t-elle.

Elle prit les feuilles qu'il lui tendait, les feuilleta tranquillement, puis les jeta sur son lit d'un mouvement empli de classe naturelle, laissant Harry -pardonnez l'expression- sur le cul.
Ensuite, elle le regarda d'un regard de prédateur, telle une bête traquant sa proie, elle s'avançait et lui reculait, sans le savoir ils dansaient, et leurs yeux ne se lâchaient pas. Harry baissa les yeux une fois, pour suivre le chemin tracé par ce petit bout de langue apparaissant entre deux lèvres roses. Ce geste, quoique banal, fit grimper la température dans le corps de notre petit Ryry.

Puis d'un mouvement fluide, Elza ferma la porte.

Tiens, encore un vent magistral. Dis donc, il n'arrêtait pas de se faire jeter en ce moment!

Le pauvre Harry dû cligner plusieurs fois des yeux pour réaliser ce qui venait de se produire. Il avait rêvé, c'est ça? Non, mais parce que ce n'était pas... Possible. Il n'était pas attiré par cette aristocrate, imbue d'elle-même. Il avait rêvé tout simplement, ou sinon, c'était encore un test d'agent spécial, on le testait encore, mais oui, bien sûr, c'était impossible que ce soit la première option, qu'il est bête!

Il fit un grand sourire, fier de sa trouvaille, se retourna et grimaça à la vue des escaliers, autant se jeter par la fenêtre, il serait plus vite rendu en bas au moins.

Avant de sortir du palace de la famille Way, il croisa dans le vestibule un jeune garçon qui devait avoir à peu près son âge, aux mêmes traits qu'Elizabeth. Il ne s'en formalisa pas plus que ça, préférant penser à ses parents et à où ils l'auraient emmenés pendant les vacances d'hiver.. Faire du ski?

Ses pas crissant dans la neige fraîche, il s'arrêta. Et se retourna pour fixer le manoir. Finalement il a l'air lugubre... se dit-il sans se douter qu'il commençait seulement à tomber dans leurs filets.