Bonjour tout le monde,
Voici le premier chapitre. J'ai essayé de conserver au maximum la personnalité de chaque personnage et de respecter le temps. Concernant le titre, j'ai repris la fameuse chanson de Gloria Gaynor, I Will Survive. Je trouvais que son « And so you're back from outer space » correspondait très bien à la situation.
Bonne lecture !
Chapitre I : Quand Mello s'en revint de l'espace
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Mello n'aurait pas été l'un des dignes successeurs de L s'il était mort dans cette foutue explosion. Il avait peut-être perdu la moitié de son visage, mais son intelligence, elle, s'était aiguisée. Son ressentiment contre Kira(et Near) n'en était que plus puissant. Il le savourait presque autant que du chocolat. Mihael Kheel carburait à l'émotion. La haine était son fuel. La haine lui donnait un but, c'était un élan. Near ne se servait jamais de ses émotions. Il fonctionnait avec la tête, détachant cœur et esprit avec une déconcertante facilité, résolvant toujours tout sans jamais en être affecté. Quel connard, cet albinos.
On lui fit bon accueil malgré la présence du canon de son arme dans le dos de Lidner. Les portes automatiques s'ouvrirent sur la grande salle aux multiples écrans d'ordinateurs.
Ces américains
Mello avait une brève idée de la façon dont allait se dérouler ses retrouvailles avec Near. D'une bonne petite remarque polie mais cynique, le premier lui ferait à coup sûr péter les plombs. Dans le meilleur cas, il aurait juste envie de le tuer une nouvelle fois. Dans le pire, il le tuerait pour de bon.
Tu ne le feras jamais,t'as pas assez de couilles,mon vieux
Matt pouvait bien aller se faire voir pour le moment.
Lidner était docile. Il pouvait déceler son soulagement de le voir en vie, malgré le fait qu'il la menaçait avec une arme. Les femmes étaient décidément des êtres aux réactions aussi étranges que contradictoires. Il préférait ne pas trop s'aventurer sur ce terrain-là. L n'avait pas eu de vie amoureuse. Le génie coupait de tout. Bien que Mello ai réussi à faire coïncider une vie sociale avec son intelligence, il n'en était pas encore arrivé au stade où il partageait la vie de quelqu'un. Avec une existence telle que la sienne, ce n'était décemment pas envisageable. La chose était également valable pour Near, comme elle l'avait été pour L.
Cela ne voulait pas dire que Mello n'aimait pas le sexe. QI supérieur à la moyenne ne voulait pas dire entrejambe inactive. Il y avait eu des filles à la Wammy's House, bien sûr. Il y avait Matt. Mello avait peut-être un rosaire et il lisait peut-être la Bible,ça ne l'empêchait de s'offrir du bon temps. Dieu pouvait dire ce qu'il voulait à ce sujet, il n'en avait rien à foutre. Le plaisir était une émotion. L'émotion était un moteur. Donc il avait besoin du plaisir pour bien fonctionner. Syllogisme simple que même un imbécile pouvait comprendre.
Les talons de Lidner et ses propres bottes fourrées claquaient sur le sol. Il portait son manteau noir obtenu à Moscou et avait rabattu sa capuche. L'agent Stephen Gevanni et le commandant Rester, les chiens-chiens de l'albinos, le tenaient en joue.
Si je tire,vous aboyez ?
Entre eux, entouré d'une spirale de rails jaunes sur lesquels passaient des trains électriques, Near était assis sur le sol. Sa chemise et ses cheveux blancs tranchaient avec tout le gris et le noir métallique de la salle. Il avait l'air tout petit et très fragile malgré ses dix-neuf ans. Il n'avait pas changé, oh non, il n'avait pas changé du tout. Mello changeait, gardait une trace de ses expériences vécues, avait une cicatrice. Les émotions changent. Near ne changerait jamais. Never.
- Bienvenue,Mello, commença Near
Sa voix était toujours la même, elle ressemblait à celle de L : monocorde, distante, froide. Bon accueil, mon cul ! C'était comme reçevoir une douche froide. Tout cet endroit lui rappelait le fait qu'il était le second, le deuxième, qu'il occupait ce qu'il surnommait avec humour noir la place de "bouée de sauvetage". Near ne daigna même pas se retourner pour regarder son rival dans les yeux. Cela ne fit que raviver la colère de Mello.
- Jette ton arme ! Lui lança séchement Rester
Mello, au contraire, resserra sa poigne sur la crosse du revolver. Il y eu un moment d'hésitation.
- Messieurs, baissez vos armes, dit alors Near. Ça n'aurait aucun sens de provoquer une effusion de sang ici.
- Mais Near, Mello a tout de même assassiné nos collègues ! Jugea bon de lui rappeler Gevanni
Collègues ? Ah oui ! Le cahier de la mort, le shinigami, la découverte de son QG et l'explosion. Emmerdant. Il avait besoin d'un QG avec un ordinateur pour faire découvrir qui était Kira, sans quoi Near le battrait à plat de couture. Actuellement, rien de tout ça n'était plus à sa disposition, et ce n'était sûrement pas à l'albinos qu'il demanderait de l'aide. Il fallait qu'il fasse quelque chose, qu'il trouve une solution. Il pensait à Matt : il ne lui avait pas parlé d'un truc appelé la colocation, un jour ?
- Ne m'obligez pas à me répéter, reprit Near. Notre objectif, c'est de mettre Kira hors d'état de nuire, tuer Mello maintenant ne nous apporterait rien qui nous aide en ce sens.
Évidemment. Near et son indifférence face à une vie humaine. Near qui ne voyait pas plus loin que la raison pour laquelle il avait été choisi en tant que successeur de L. Le premier se fichait bien des morts ou même des vivants : il n'accordait d'importance qu'à la logique, à l'esprit. Le reste ne comptait pas.
Si je me tue sous tes yeux, tu t'en foutras ? Ça t'arrive de ressentir des choses, parfois ? Ça t'arrive d'être humain, de temps à autre, sale gosse ?
Non. Non, bien sûr que non. Near n'était pas fait pour ça. C'était le travail de Mello que de gérer les sentiments. Near avait l'esprit. C'était déjà suffisant. Les tâches avaient été soigneusement réparties dés la naissance.
Rester baissa son arme en premier,marmonnant un "Bon,d'accord" et suivi de prés par Gevanni. Les toutous avaient été bien dressés. Mello baissa également la sienne, rejeta sa capuche, dévoilant son visage meurtri, et dit :
- Alors, Near, jusqu'ici,tout s'est déroulé comme tu t'y attendais ?
Il l'avait prononcé d'une manière quelque peu exaspérée, lasse.
- Oui, répondit le premier. Lidner a dû te mettre au courant.
Tu aurais pû venir me voir directement, mais au lieu de ça, tu es allé la voir, elle. Elle n'est pas de la partie,tu le sais, ça ,Mello ? Pourquoi est-ce que tu es allé la voir ?
- Au sujet du deuxième L, poursuivit Near. Grâce à tes petits exploits, Mello, j'ai pu rayer pas mal de noms sur la liste des suspects.
- La ferme, Near ! S'écria Mello
La voilà, la remarque blessante, ça n'avait pas loupé. Il avait braqué le canon de son arme sur la tête de Near et était redevenu la cible de Rester et Gevanni. Il s'en foutait pas mal qu'on le tue maintenant. Ce serait même drôle : il pourrait contempler le visage stupéfait du sale gosse en face de lui.
- Je ne suis pas un instrument que tu peux utiliser pour résoudre tes puzzles !
Near ne réagit pas plus que ça.
- Mello, si tu as envie de me tirer dessus, alors vas-y.
On te tuerait aussi,on serait libérés de tout ça
Le doigt de Mello pressa lentement contre la détente.
Tu ne le feras jamais : tu t'ennuierais s'il était mort. Pire, tu te tuerais aussi.
Near l'aurait éternellement sous sa coupe. Toute la vie de Mello tournait autour de lui et de leur compétition pour trouver Kira, l'albinos le savait et il savait aussi comment l'utiliser à son avantage. Blanc,hein ? Tu parles ! Le jeune chef du SPK était loin d'être une immaculée conception.
Lidner se précipita devant lui et saisit le bout de son arme à feu.
- Mello ! Si tu tires, tu sais très bien que ses hommes t'abattront sur-le-champ ! À quoi ça rimerait que vous mourriez ? Ça ne ferait qu'arranger Kira.
Bien sûr. Kira mourrait sûrement de rire s'il apprenait que ses deux ennemis s'étaient entre-tués. Oh oui, il hurlerait de rire, sans aucun doute, et régnerait sur le monde ensuite. Le monde aux mains de ce taré ? Non, vraiment, ce n'était pas envisageable. C'était une raison suffisamment bonne pour ne pas crever maintenant.
- Ouais, tu as raison, lui concéda Mello(et dieu savait qu'il ne concédait pas beaucoup de choses aux autres) avant de s'adresser au génie blanc n'ayant pas bougé d'un poil : Near, tu as une photo de moi, et je suis seulement venu pour la récupérer.
- Oui.
Near la tint devant lui,du bout des doigts. Il avait quatorze ans, son visage était vierge de toute blessure, et il souriait, de façon un peu provocante, joueuse, qui trahissait son caractère.
- C'est la seule et unique photo de toi, dit Near, il n'y a pas d'autre exemplaire. Je me suis aussi arrangé avec toutes les personnes qui connaissait ton visage à Wammy's House, évidemment.
Évidemment. Quelques billets de dollars par-ci par-là pour le silence d'un tel ou d'un autre ayant côtoyé Mello. Décidément, le mafieux lui laissait beaucoup de travail sur les bras. Il lui lança la photographie, Mello la rattrapa au vol.
- Je ne peux pas en être sûr à cent pour cent, mais on ne pourra pas te tuer avec le cahier.
Au dos de la photo, le "Dear Mello" de Near lui semblait être à la fois un défi et une preuve d'affection.
- C'est tout ce que tu voulais, Mello ? Demanda Near
Le second releva les yeux vers lui. Near était toujours de dos.
- Near...
Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me regarder ? De quoi tu as peur,bordel ? De voir que j'ai survécu ? Que j'ai contrecarré tes prévisions ? Tu étais certain que j'étais mort, et me voilà : c'est une belle défaite, hein, Nate ?
Tu aurais pu me le signaler...laisser rien qu'un indice,juste un...j'ai le droit de savoir que tu es en vie, j'ai le droit de savoir quand la compétition s'arrête et quand elle reprend : tu triches, Mello.
- Je tenais à ce que tu saches que je n'ai aucune intention de coopérer avec toi.
Idiot
- Je le savais, répondit simplement Near
- Toutefois, ajouta Mello,il n'est pas question que je reparte avec cette photo sans rien te donner en échange.
Les yeux de Near pivotèrent d'un coup vers lui. Mello lui apprit alors ce qu'il avait pu tirer comme information lors de sa rencontre avec le shinigami dans son ancien repère.
- Ce cahier d'assassin est en réalité le cahier d'un dieu de la mort, et celui qui posséde ce cahier peut voir le dieu.
Il entendit Near retenir sa respiration : son attention était captée.
Mello,tu...
- Impossible !
- Qui irait croire une histoire pareille ? Protesta Gevanni
Tous fonctionnaient trop avec leurs têtes et pas assez avec leurs sens. La preuve de l'existence d'un shinigami s'obtenait par les yeux, pas avec l'esprit. Jamais Near n'aurait pu découvrir une telle chose si Mello n'avait pas touché le cahier. Un instant, le blond s'était dit que ce n'était pas juste un hasard. Near était l'esprit, et il s'arrêtait là où commençait les sens. Mello était les sens. Il était donc le candidat idéal pour l'apparition d'un shinigami, qui défiait les lois de la logique et du possible.
- J'y crois, dit d'un coup l'albinos. Qu'est-ce que Mello aurait à gagner en racontant un tel mensonge ? S'il avait vraiment voulu nous mentir, il aurait sans doute imaginé une histoire plus plausible. Le dieu de la mort existe donc.
- Le cahier que j'avais en ma possession, continua Mello, a appartenu à quelqu'un d'autre et ce n'était pas un dieu de la mort. Ce cahier comportait des régles dont certaines étaient fausses. C'est tout ce que je peux te dire.
Était-ce s'abaisser que de partager ces informations avec Near ? Non. Mello avait bien compris que seuls, ils ne pourraient résoudre entièrement l'énigme Kira. Il ne disait pas quelles règles étaient fausses, bien entendu, afin de préserver son orgueil, mais il lui suffisait de mettre Near sur la voie pour que son prodigieux cerveau fasse les connections puis découvre tout de lui même. Qui plus est, le fait qu'il ait appris des choses avant Near équivalait à une petite victoire. Maigre, certes, mais cela restait une victoire. Il tourna les talons, s'avança vers la porte. Au dernier moment, il s'immobilisa.
- Near, appela t-il
- Mello.
Il sortit l'emballage. L'autre leva une main. Le chocolat craqua. La mèche fut enroulée autour d'un doigt. Un sourire étira les lèvres de Mello.
- On verra qui arrivera à atteindre Kira en premier.
- C'est une course, alors.
- Toi et moi, nous partageons le même but. Je t'attendrais sur la ligne d'arrivée.
Near eut un petit rire discret.
- D'accord, et sa voix parut très tendre à Mello
Le bruit de ses talons s'éloignèrent. Les portes se refermèrent sur lui doucement, comme s'étaient fermées celle de la Wammy's House quelques années auparavant.
L'épisode 30 de l'anime Death Note en anglais est, je trouve, assez révélateur au sujet de la relation entre Near et Mello. Si, en français, Near se contente d'un "Bien" assez froid, la version anglaise a préféré souligner son affection pour Mello avec un petit rire suivi d'un "Alright" très tendre. De même, le "Dear Mello" est une véritable perche tendue aux yaoistes. Une vraie merveille, cette histoire
Negen
