Bonsoir tout le monde,
J'ai terminé le troisième chapitre. Je tiens à m'excuser pour le retard. Ce chapitre est plus long que les autres, j'espère que vous accepterez ce petit dédommagement. Le titre du chapitre est en rapport avec le nom du jeu de société que vous découvrirez en lisant. Au départ, je voulais prendre les Échecs, et puis j'ai renoncé : les échecs font partie des symboles de L.
Sur-ce, je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre III : Damn it !
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À une heure du matin, Mello s'introduisit sans difficulté au SPK pour la seconde fois depuis son retour à New-York. Near, qui surveillait l'ensemble du bâtiment depuis ses appartements, le laissa entrer. Les toutous de l'albinos étaient tous à la niche : il n'avait pas de soucis à se faire.
Near l'attendait au vingt-cinquième étage. L'ascenseur, étrangement, s'immobilisa au dix-neuvième, refusant catégoriquement d'aller plus loin. Un coup de l'albinos, sans doute. Mello grommela une ou deux insultes en russe, sa langue natale. Son apprentissage de l'anglais dés son arrivée à la Wammy's House, puis du japonais, en plus du latin, du français, de l'allemand et de l'espagnol, ne lui avait jamais fait oublier la langue qui constituait son identité première. Il était Mihael Keehl, né d'un père ouvrier et d'une mère femme au foyer, à Timachiovsk le 13 décembre 1989 en URSS, deux ans avant son effondrement et la fin de la Guerre Froide. Il ne se limitait pas à Mello. Il n'était pas juste l'héritier de rechange d'un détective surdoué nommé L. C'était sans doute la différence majeure existant entre lui et son rival : celui qu'avait été Near auparavant s'était laissé aspirer par l'esprit de leur mentor, sans jamais résister. Il était devenu conforme à ce que les autres attendaient de lui. Il ne devait pas juste reprendre le flambeau de L : il devait être L, sous tous les angles, depuis la plus petite particule de son corps jusqu'à ses extrémités. Mello refusait ce transfert d'identité et l'avait toujours fui comme la peste.
Personne ne peut te dire qui tu es ou ce que tu vas devenir : ton identité, il n'y a que toi et tes choix qui puissent la construire
Son père était un adhérant au parti communiste et grand admirateur de Nikita Krouchtchev. C'était de lui que Mello tenait son esprit de révolte(du moins, d'après lui, car, dans le fond, il n'en savait rien). En 1996, ses parents avaient été tués dans un accident de voiture, de manière aussi banale que brutale. Un fou furieux les avait percuté. Pas plus d'explications. T'es trop jeune pour comprendre, qu'on lui avait dit. Trop jeune pour comprendre l'aspect illogique de la réalité.
Mello monta les escaliers sans jurer une seule fois. Near devait l'observer depuis les caméras de surveillance, mais en vérité, il n'en avait plus grand-chose à foutre. Quand il allait vers son rival, il rencontrait des souvenirs. Ça ne s'expliquait pas : il avait déjà essayé sans jamais y parvenir. C'était aussi illogique que l'accident de ses parents. Il avait voulu lutter. Rien n'y avait fait. Near, sans s'en rendre compte - ce qui était probablement le plus irritant - était la voix donnée au passé.
Il atteignit l'avant-dernier étage. Il avait un peu chaud à cause de l'effort. Un long couloir gris lui faisait face, une porte était ouverte au milieu, et un air frais s'en échappait. Les appartements de Near. Il n'avait pas peur d'y poser le pied, non, bien sûr que non. Mais comme il s'en approchait, il sentait son ventre se tordre, se soustraire à sa volonté. Ce n'était pas tant Near en apparence qu'il craignait, mais plutôt ce qu'il représentait, à savoir ses échecs, son impuissance, sa place d'éternel second. Near était la faiblesse de son génie. Et un bon copain québécois à la Wammy's House lui avait un jour dit qu'il n'y "avait rien de plus fort qu'une faiblesse"(*).
Near était en train de jouer avec des dés. Il avait reproduit une partie de Midtown sur la table basse de son salon, une trés belle table basse en verre et en bois sur laquelle Mello aurait parfaitement pu faire exploser la tête de son rival. Le reste du mobilier était tout aussi luxueux : canapés de cuir crème, fauteuils de marque, lampes design. La seule chose qui n'allait pas ici, c'était Near. Il ne faisait qu'occuper l'appartement. Il n'y vivait pas. Cette constation agaça prodigieusement Mello : lui et Matt aurait parfaitement pu profiter de cet endroit bien mieux que Near, s'ils en avaient eu les moyens.
- Bonsoir, Mello, dit Near
Un jour, je t'enregistrerais, et puis au lieu de te parler directement, j'écouterais la cassette : tu parle comme un robot, Near
- Tu te répètes, Blanche-Neige, se railla Mello. On s'est déjà vu.
- C'est vrai. Toujours est-il que la politesse n'a jamais fait de mal à personne, se justifia alors l'albinos. Pourrais-tu, je te prie, cesser de m'appeler "Blanche-Neige" ?
- Ça te gène, maintenant ?
- Pour commencer, je ne suis pas une fille. Ensuite, il est particulièrement dégradant que d'être comparé à un personnage fictif aussi niais et stupide qu'une princesse de contes de fée.
- Parce que s'amuser avec des jouets d'enfants à dix-neuf ans toute la journée, ce n'est ni niais, ni stupide ? Répliqua Mello
- Pas tant qu'ils me permettent de faire des déductions.
Point pour moi, deux à un.
Mello n'avait pas que ça à faire, de se disputer avec Near. Cela pouvait durer une éternité tant il avait de choses à lui reprocher, et pendant cette éternité, le cerveau de Near continuait de fonctionner en quête de Kira. Oh non, Mello n'avait pas de temps à perdre. Quatre années passées à vivre au jour le jour, au sein de mafieux aussi bêtes que violents, lui avait appris que l'heure n'était plus aux futilités. Les disputes de ce genre, c'était bon pour les gosses. Il n'était plus un gosse depuis longtemps.
Ah tiens ?
- Qu'est-ce que tu voulais me montrer ? Demanda t-il à Near
- Rien, répondit l'albinos. C'était juste un prétexte. Il n'y a que la curiosité qui puisse te faire venir ici, autrement tu n'aurais jamais accepté.
Mello serra les poings,se mordit la langue. Trés fort.
- Ne me dit pas que tu m'as fait venir ici pour rien, N, ou je te jure que je te mets en pièce.
Near abandonna alors sa construction pour plonger les bras sous la table basse. Il se redressa ensuite, tenant entre ses mains un damier en bois sculpté qui semblait avoir plusieurs siècles. Mello fronça les sourcils.
- Un jeu de dames ?
- Celui de la Wammy's, précisa Near en allant s'asseoir un peu plus loin, dans un espace dégagé près de la baie vitrée
Une baie vitrée qui offrait une vue réellement splendide sur New-York, et qui donnait la sensation de dominer le monde. Mello se demanda un instant ce qui cela ferait de se laisser tomber d'une telle hauteur. Il y pensa juste une seconde. Avant de ré-accorder son attention au jeu de dames.
- Tu l'as volé ? Fit-il, partagé entre l'incrédulité et l'hilarité. Toi ? Le petit angelot tombé du ciel avec un cerveau ?
- Disons plutôt emprunté, le corrigea l'albinos. On ne me l'a jamais réclamé, j'en ai déduis que je n'étais coupable de rien.
Il posa le damier en face de lui, sur la moquette. Mello le regarda l'ouvrir puis disposer les pions d'un air méfiant.
- Tu ne refuseras pas une partie.
Affirmation. Il le connaissait bien mieux qu'il ne l'aurait souhaité. Quoi de plus logique cependant ? Haïr quelqu'un impliquait de le connaître le plus possible pour pouvoir dénicher les points l'occurence, s'il y avait bien une chose à laquelle Mello n'opposait aucune résistance, c'était le jeu. Il ôta son manteau. Ses épaules, plutôt frêles lorsqu'il avait quinze ans, avaient forci. Si Near avait conservé son aspect fragile, Mello avait gagné en muscles, en force physique, en matûrité.
Je change, c'est comme ça, c'est mon rôle
Il vint s'asseoir en tailleur devant Near. Un instant, son regard flamboyant d'excitation à l'idée de jouer croisa celui de son rival, concentré, patient. Il avait les pions noirs. Évidemment.
- À toi l'honneur, dit-il à Near
Et Near avança le premier pion blanc en souriant légèrement.
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Nate River, c'était il y a longtemps. C'était son nom officiel, celui qui permettait de remplir les papiers administratifs, mais autrement, il n'avait pas de signification pour Near. Son nom se résumait à deux mots, voilà tout. Il ne l'avait pas assez utilisé pour l'apprécier à son juste titre. En fait, il n'y accordait pas la moindre importance, le considérant davantage comme une faiblesse dans le cadre de l'affaire Kira que comme un atout lui permettant de dire : Hé, regardez, moi aussi, je suis quelqu'un ! Non. Near n'était pas quelqu'un. Ou plutôt, il était le quelqu'un des autres. Il était L, le futur, le vrai, celui qui, une fois Kira éliminé, reprendrait son titre. Il n'aimait pas vraiment qu'on lui vole ses affaires. Light Yagami, ce petit diable dissimulé sous la capuche d'un bon samaritain, l'apprendrait à ses dépens.
Il bougea un pion blanc sur le damier.
Tu ne refuseras pas une partie
Si Mello n'aimait pas les jouets, il adorait les jeux. Tout ce qui se basait sur un principe de domination lui plaisait. Il était comme ça. À la Wammy's, ils avaient joués trois fois aux dames, sans que jamais leur compétition scolaire ne fasse irruption. La première fois, c'était en salle commune, après le repas de midi, un samedi après-midi. Pour la seconde partie, ils s'étaient retrouvés dans la bibliothèque. La dernière avait eu lieu dans la salle de jeux de l'orphelinat, quelques jours avant que Roger ne leur apprenne le décés de L. Dans tous les cas, ils jouaient juste tous les deux, sans personne autour. L'admiration, le respect, la haine des autres, ils la réservaient au domaine des notes, des perfomances observées par L. Le jeu de dames était à l'opposé de tout ça. Même si la partie devait se terminer par la victoire de l'un ou de l'autre, il n'en demeurait pas un divertissement. Une pause dans la course effréné pour décrocher la plus haute place du classement, un moment où ils se considéraient en tant qu'égaux et moins en tant que rivaux. Tant que personne ne les regardaient, ils étaient tout à fait en droit de prendre du bon temps.
Leur vie quotidienne à la Wammy's House était rythmée par leur compétition. Hormis ces trois fois, ils ne se côtoyèrent pour ainsi dire jamais. Near était dans son coin, parfois avec Linda, le plus souvent seul dans un endroit isolé, construisant des édifices qu'il faisait s'écrouler la seconde suivante. Quand à Mello, il traînait la plupart de temps en compagnie de Matt. Les autres orphelins de la Wammy's se partageaient les tâches : les uns allaient aduler Near, les autres partaient en direction de Mello, puis ils se croisaient dans les couloirs en faisant le chemin inverse. On aurait dit les courtisans de l'Angleterre au XVIéme siècle, ne sachant plus où aller entre les appartements de Catherine d'Aragon et d'Anne Boleyn, l'une étant la reine et l'autre la favorite.
Near récupéra un pion noir, Mello grogna. Il ne lui en restait plus que quinze, contre les dix-sept de l'albinos.
- Alors ? Fit Mello. Tu as une stratégie ?
- Au jeu de dames ou pour Kira ?
- Kira.
Near lui prit un autre pion.
- Effectivement, j'ai un plan, répondit-il. Celui qui prétend être L est Kira, cela ne fait aucun doute. Sinon, pourquoi l'enquête avancerait-elle aussi lentement ? Tout le probléme repose dans les preuves. Dans notre monde actuel, accuser sans preuve, c'est commettre une erreur. Bien que mes soupçons soient fondés et sûrs à quatre-vingt dix-neuf pour cent, ils ne seront jamais acceptés sans preuve concréte.
- La preuve est le meilleur moyen de convaincre les imbéciles, N. Pas besoin de te rappeler que le monde est peuplé d'imbéciles.
Near sourit, tripotant une boucle de ses cheveux blancs.
- C'est vrai, admit-il doucement
- Revenons-en à Kira, reprit Mello en lui ôtant un pion. Comment tu comptes t'y prendre ?
- Tu essaies de voler mon plan, Mello ?
- Comme si je pouvais m'abaisser à ce genre de choses, maugréa Mello. Tu m'insultes, Near. Même si nous sommes en compétition au sujet de Kira, je respecte certaines régles. Tes méthodes, je m'en fous. Si je devais les utiliser, je te ressemblerais, et c'est bien la dernière chose dont je puisse avoir envie. J'aurais Kira à ma façon.
Il croqua dans une tablette de chocolat noir en déplaçant un pion.
- Tu es imprudent, Mello.
Sans crier gare, Near lui faucha trois pions, faisant passer le sien au dessus lentement et les récupérant un à un pour les laisser tomber au milieu de ceux qu'il avait déjà gagné avec un petit cliquetis. Les traits de Mello se durcirent considérablement. Ce n'était qu'un divertissement, certes. Mais il n'aimait pas perdre. Il était l'un des successeurs de L, après tout.
- Je serais imprudent si je n'utilisais pas ma tête, répliqua t-il froidement. Ce n'est pas le cas.
- Tu as déjà perdu la moitié de ton visage et Kira connait ton nom, dit alors séchement Near. Ton QG de Chicago a explosé, uniquement parce que tu as manqué de discernement. Je n'appelerais pas ça "utiliser sa tête",Mello.
Near sentit le canon froid d'une arme contre son front, mais ne réagit pas plus que ça. Sous ses yeux, il voyait pendre la croix d'argent accrochée au poignet de son rival. C'était un héritage familial. Mello ne croyait pas aux chimères.
Toujours aussi susceptible, tu ne supporte pas les reproches, n'est-ce pas ?
Near leva ses yeux vers ceux de Mello. Ils luisaient de rage contenue.
- J'ai une arme, Near. Et crois-moi, si tu m'agaces un peu trop, je pourrais trés bien titiller la gâchette un peu trop, moi aussi.
- Je croyais que tu écoutais ce que disais Lidner, le contra Near
- Qui a dit que je te tuerais ?
Il dirigea le canon vers le genou de Near.
- Si je tirais là, la douleur serait telle que tu serais incapable de réfléchir. Le temps que tu sois de nouveau capable de faire fonctionner ta petite tête, j'aurais avancé, et peut-être même que je t'aurais rattrapé. À ta place, je me tairais, N.
Ils ne dirent rien pendant une minute. Puis se sourirent, comme si tout cela n'était qu'une plaisanterie concoctée quelques secondes auparavant.
- Un pion pour moi, déclara Mello
Il rangea son arme.
J'ai cherché concernant le nom de famille de Mello : il semblerait que ça vienne de Slovenie. Mais j'ai tenu à le faire russe pour des raisons qui vous seront expliquées dans le prochain chapitre. C'est une nationalité qui lui va bien, je trouve.
(*) Le "bon copain" de Mello a pour nom Yves Breton : c'est un écrivain québécois. La citation est extraite de son livre Qui Verra vivra.
Negen
