Bonsoir tout le monde,

Quatrième chapitre en ligne. Plus court que les autres, et que j'ai eu plus de mal à rédiger. Souvent, l'action passe bien dans la tête mais mal à l'écrit. On perd de l'intensité. Concernant le titre, j'ai triché : j'ai repris celui d'une bande-dessiné que j'avais trouvé splendide, portant sur la réincarnation, le retour des souvenirs des vies passées. En l'occurence, il collait bien ici, puisque concernant Near, le regard, les yeux, ne voient pas ce qu'il ressent vraiment. Je promets d'essayer de faire un titre original qui ne s'inspire de rien pour un chapitre de cette fanfiction.

Bonne lecture !


Chapitre IV : Là où le regard ne porte pas

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Le canapé accompagnant la table basse du salon de Near était un canapé d'angle signé Natuzzi. À deux heures quarante-cinq du matin, Mello était allé s'allonger dessus, appuyant son dos contre les larges coussins et déployant son mètre soixante et onze sur toute la longueur du sofa. Ce fut une sensation agréable que de s'enfoncer dans son moelleux après avoir passé les dernières heures dans un vieux fauteuil élimé, à explorer le profil de Misa Amane sous tous les angles pour n'en retirer qu'un profond mal de crâne. À deux heures quarante-sept, Near l'avait rejoint. Sans prononcer un mot, il avait posé sa tête contre le torse du mafieux, s'était laissé entourer par l'odeur de cuir de ses vêtements, mêlée à celle de la cigarette(Matt) et du chocolat. Les doigts gantés de Mello caressait ses boucles blanches. Lui non plus ne disait rien. On aurait dit qu'il avait oublié son texte en cours de route.

C'était Near qui avait gagné la partie de dames, à deux pions près. Mello ne s'était pas mis en colère, contrairement à ce qu'il avait prévu. Ils avaient commencé à empiler les pions, alternant les blancs avec les noirs. Puis Mello s'était levé pour s'installer ensuite dans le dos de Near, s'appuyant sur une main. Near avait senti son souffle dans son cou, et les muscles de ses hanches s'étaient délicieusement contractés. Sans cesser de poser les pions les uns sur les autres, il avait laissé la main de Mello parcourir son dos, écoutant simplement le grincement du cuir sur le coton de sa chemise blanche. Il n'avait pas refusé la caresse de ses longs doigts sur sa tempe.

Ces choses-là, ils ne les faisaient que lorsqu'ils étaient parfaitement assurés d'être seuls. C'était un aspect de leur relation que Near ne comprenait pas, sans pour autant le nier ou le détester. Il n'y trouvait pas d'explication, voilà tout. Par conséquent, il l'acceptait. Ça avait débuté à Wammy's House. Near avait onze ans, Mello douze. C'était en décembre, une semaine avant l'anniversaire de Mello. Il neigeait à torrents. Near l'observait par la fenêtre de sa chambre alors qu'il jouait avec d'autres enfants dans la cour. Mello s'était tourné, avait levé les yeux et croisé son regard. Il l'avait soutenu. Near avait senti monter dans son ventre une chaleur dense, inhabituelle.

Il éprouva cette sensation à diverses reprises : en classe, en sentant le regard de Mello tomber comme un couperet sur lui à chaque fois que les professeurs rendaient les copies. À l'extérieur, quand les autres venaient le féliciter, et que Mello se trouvait dans les parages, lui jetant de longs coups d'œils enragés. Dans son lit, le soir, quand il se demandait ce que ça ferait d'avoir Mello au dessus de lui.

Un fantasme est une représentation imaginaire traduisant des désirs plus ou moins conscients

Near avait compris que le désir sexuel était la cause de son trouble en faisant le lien entre ce qu'il ressentait dans ces moments-là et l'expression de "chienne en chaleurs" utilisée quelques jours plus tard par Roger pour désigner sa femelle Colley, Roxy. Bien sûr, le responsable du pensionnat ne s'était pas adressé directement à lui : il menait une conversation avec les dames de cantine que Near, sans le faire exprès, avait interceptée.

Pour Near, désirer charnellement quelqu'un parut à la fois stupide et original. Stupide parce que cela ne l'aiderait jamais à devenir le successeur de L. Original parce qu'il ne l'avait jamais éprouvé avant. Il s'était alors plongé dans les livres de la bibliothèque, avait parcouru les sites internet. De la sexualité, il n'avait qu'une vision abstraite et scientifique due à la biologie. Il n'y avait pas de cours d'éducation sexuelle à la Wammy's. On formait des génies. Pas des adolescents normaux.

Le désir est associé à un manque

Near avait essayé de comprendre ce qui pouvait bien lui manquer. Sans succès. Toujours est-il que les symptômes allèrent en s'aggravant. Plus la compétition entre lui et Mello s'accentuait, plus il le désirait. Ses notes n'en souffrirent pas, Dieu merci, et il conserva sa place de premier. Cependant, son désir grandissant était une brèche considérable dans sa muraille d'impassibilité. En tant qu'héritier de L, il ne pouvait pas de permettre de désirer autre chose que la Justice et la vérité. Autrement, son jugement risquait d'être altéré.

Personne ne s'en aperçut jamais. Vis-à-vis de Mello, Near joua la carte de l'indifférence polie. Domptant le brasier de ses entrailles, il parvint à duper tout le monde, à commencer par son rival, qui interpréta ses coups d'œils à la dérobée comme des marques de mépris.

Leurs parties de dames favorisèrent en partie cet emprisonnement de son désir. Quand Mello lui prenait des pions, Near avait l'impression qu'il le prenait lui-même, et chaque perte était comme une pénétration mentale de son rival en lui. En jouant avec lui, Mello lui faisait l'amour, un amour psychique, intellectuel, violent, qui laissait Near moite de plaisir une fois la partie terminée. Ainsi, l'albinos satisfaisait ses désirs, sans jamais le montrer. Il les affaiblissait, gagnait contre eux, contre Mello. Et ce jusqu'au jour où son cher et tendre rival avait quitté la Wammy's.

À la seconde où il avait averti Roger de son départ, sans le savoir, Mello avait gagné. En abandonnant la Wammy's, il échappait à Near. Certes, l'albinos s'était imposé en tant que successeur de L, avait obtenu la première place sans risque de se voir supplanter. Mais parallèlement, son corps était devenu était une épave gangrénée par l'insatisfaction, la colère, et, dés qu'il se retrouvait seul, la tristesse. Aucune de ses émotions ne lui échappait physiquement. Elles demeuraient sagement en place sous son masque de marbre. Personne ne les voyaient. Son ventre était comme une supernova, mais rien dans le comportement de Near n'aurait pu le laisser devenir.

- Qu'est-ce que tu crois que L aurait dit ? S'enquit doucement Mello, arrachant Near à ses réflexions

L'albinos était pelotonné dans ses bras, une jambe entre les siennes, une main posée sur son torse. Mello, un bras passé autour des épaules de son rival, percevait chaque courbe du corps de Near contre le sien comme s'ils avaient été nus. Ce n'était pas une position indécente, pourtant. Mais quelque chose, peut-être simplement les doigts de Near jouant avec les perles de son rosaire, rendait l'atmosphère lourde et érotique.

- L n'aurait rien dit, répondit Near avec indifférence. Il est mort. Les morts ne peuvent rien dire. D'ailleurs, je le soupçonne d'avoir eu le même genre de faiblesse envers Light Yagami.

- Tu appelle ça une "faiblesse" ?

Mello tendit une main vers un bol en cristal contenant des chocolats. Near aimait bien en manger, de temps à autre, quand il était seul. Mello en choisit un rond qu'il enfourna derechef dans sa bouche. Chocolat au lait.

- J'appelle "faible" ce qui n'aide pas. De toute évidence, ce que nous sommes en train de faire n'aidera pas l'enquête à progresser. Conclusion, c'est une faiblesse.

- T'es vraiment incapable de te détacher cinq minutes de ton rôle, hein, River ?

- Ne m'appelle pas comme ça.

- Je t'appelle comme je veux. C'est ton nom, pas vrai ?

- Je m'appelle Near, répliqua froidement l'albinos. C'est tout.

- Faux, contre-attaqua le mafieux. On t'a appelé Near. On m'a appelé Mello. Et on s'appelle comme ça la plupart de temps. Sauf qu'en ce moment, c'est juste toi et moi. C'est Nate et Mihael.

Nate River, d'après les dossiers administratifs, était né à Los-Angeles le 24 août 1990. Pas de problèmes génétiques dans la famille, tant du côté du père, architecte, que de la mère, artiste-peintre. À deux ans, les cheveux du gamin avait commencé à s'éclaircir. Ses parents lui avaient fait passer une batterie de tests, sans réel succès. On leur parlait d'albinisme, mais la couleur des yeux de Nate, qui était celle des yeux de sa mère, bleus clair, n'avaient pas changé, et il n'avait aucune déficience visuelle. De plus, il n'avait présenté aucune sensibilité particulière au soleil, bien qu'il n'aimât pas particulièrement celui-ci pour des raisons personnelles. Le médecin qui le suivait à cette époque, le docteur Capeland, avait finalement annoncé que Nate était atteint de leucisme. Le cas était extrêmement rare, certes, mais pas inexistant. La mère de Nate n'avait pas s'empêcher de faire remarquer au médecin la chose suivante :

" Anyway, members of River family are quite originals"(*)

Souvenir de mariage. Fin de l'histoire.

Nate n'avait pas perdu ses parents au sens de "ils étaient morts dans un terrible accident et patati,et patata". Il les avait perdu dans le sens où, un beau jour, ayant remarqué son incroyable potentiel intellectuel, ils avaient décidé de but en blanc de l'expédier dans un pensionnant de surdoués : la Wammy's House, à Winchester, Angleterre. Et ils l'avaient oubliés.

Near avait négligé son identité aussitôt que ses parents avaient cessé de lui envoyer des lettres. Il fut aisé pour lui de déduire que Nate River, le fils, n'avait plus rien à faire dés lors que ceux qui étaient à l'origine de cette identité n'y prêtaient plus attention. Il était devenu Near, le premier. Il était devenu N, le chef du SPK. Il était devenu L. Il était devenu ce qu'on voulait qu'il soit.

Near ne détestait pas Mello. Mais il y avait quelque chose en lui qui l'agaçait sans que cela ne s'apparente à de la haine pure. Mello, quand il attisait son désir, réveillait Nate River, celui que personne ne voulait voir, celui qu'on avait simplement effacé du disque dur. Nate River était la seule chose capable de terroriser Near, parce qu'il était une part de lui, tout d'abord, et qu'ensuite parce que c'était un réservoir de pulsions, de besoins, que jamais personne n'aurait pu imaginer présents chez quelqu'un comme Near.

Conscient, inconscient, la vieille rivalité entre ce qui est et ce qu'on voudrait qu'il soit

Nate River était une brèche que Near savait boucher, mais seulement pendant un temps limité. Quand il revenait à la charge, Near avait parfois l'impression de sombrer dans les méandres de la folie. Et Nate lui disait :

Je suis là, tu sais que je suis là, je l'ai toujours été, tu ne pourras pas me retenir toute ta vie

Le menton de Mello appuyait sur le sommet de son crâne. Il n'avait jamais tenté quoi que ce soit de sexuel avec Near. Ce type de besoins, il les assouvissait la plupart du temps avec Matt. C'était une envie commune, un accord qu'ils avaient passé. Quand ils en éprouvait le désir, ils baisaient. C'était comme recharger une batterie, et ça s'arrêtait là sans pour autant mettre un frein à leur entente. Parfois, Near jalousait simplement Matt. Le plus souvent, il avait envie de prendre un flingue et de tirer quelque part, juste pour lui faire mal, juste par caprice, juste pour voir couler son sang. Il ne détestait pas Matt. Mais il haïssait qu'on touche à ses affaires.

- Quelle heure -

- Trois heures et quart, répondit Near

- Je dois -

- Je sais.

Near ferma les yeux, poussa un soupir. Il aurait pu s'endormir ainsi, s'endormir pour toujours. Mais Mello ne lui en laissa pas l'occasion, et se redressa avec un petit grognement(courbatures). Il remit son blouson. Near l'accompagna jusqu'à la porte de ses appartements en entortillant l'une de ses boucles.

- J'aurais Kira avant toi, affirma Mello d'une voix douce. Je t'amènerais sa tête sur un plateau d'argent.

Near sourit.

- Nous verrons.

Mello se tenait devant Near, uniquement séparé de lui par le seuil de la porte. Et comme Near ne disait rien, il se pencha en avant pour l'embrasser. Un baiser qui, en apparence, n'avait rien de brutal. Une pression langoureuse des lèvres. Celles de Near étaient froides. Les mains fines de Near, quand elles passèrent autour de son cou et rencontrèrent ses cheveux blonds, étaient froides. Le corps de Near, cambré contre le sien, était glacé. Near était gelé, depuis la surface jusqu'aux profondeurs.

N, je suis désolé. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis désolé. Je suis désolé que tu sois si froid.

- Ne te jettes pas bêtement dans la gueule du loup, Mello, dit Near. Si tu fais encore une erreur, je te jure que je te tuerais.

Un rire vit vibrer la gorge de son rival. Il lui céda un autre baiser avant de partir. Near referma discrètement la porte de la chambre derrière lui.


(*) De toute façon, les membres de la famille River sont assez originaux

Je pense maintenant que vous avez compris pourquoi j'ai donné à Mello la nationalité russe. Au cours de la Guerre Froide, les deux grands leaders mondiaux qui s'affrontaient, c'étaient l'URSS et les États-Unis. Je voulais rester dans l'optique de la compétition jusque dans les pays d'origine des personnages. Concernant le baiser, je me suis dit qu'il ne valait mieux pas trop en faire, pour rester dans le ton de la fanfiction. Mine de rien, j'écris de façon assez distante. Near et Mello se désirent, bien sûr, mais ils se désirent d'une façon un peu particulière, aussi particulière qu'eux, en fait. Les faire se jeter l'un sur l'autre ne me disait pas trop. Je ne suis pas très douée avec le passionnel.

Si voir le fameux canapé en vrai vous intéresse, allez sur le site de Natuzzi, dans la section "Canapé", et regardez le modèle appelé "Fashion". Dans ce passage, bien sûr, il est d'une autre couleur. Mais je dois dire que c'était presque impossible pour moi d'écrire une fanfiction sur Mello et Near sans un canapé. Y a rien de plus érotique qu'un canapé :P.

Negen