Deuxième chapitre
Les habitants de Gallifrey étaient hautains, mais tout de même sympathiques. Elle avait des doutes sur la véracité de cet aspect. Ils portaient tous des robes qui lui rappelaient celles des mages dans les contes de fées, ou bien Harry Potter. Sous cette robe, ils avaient des vêtements plus normaux, mais sombres, et ils portaient tous des bottes. Certains avaient un bâton dans leur main comme des mages. C'était un objet de prestige plus qu'autre chose, un symbole de puissance. C'était une société hiérarchisée avec des castes sociales, très médiévale, malgré leur technologie supérieure.
Tous les Seigneurs du Temps étaient Gallifreyens, mais tous les Gallifreyens n'étaient Seigneurs du Temps. Il s'agissait d'une élite. Une minorité qui dominait la majorité grâce à leurs ancêtres. Cela lui rappelait terriblement l'histoire de l'humanité. Même parmi l'élite, il y avait des castes. Le Docteur faisait partie de la caste supérieure, non pas parce qu'il avait été choisi, mais parce que sa famille en faisait partie.
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Lorsque le Docteur lui présenta sa mère et son frère, Donna sut que le sortir de cette hallucination allait être difficile. Ensuite, elle rencontra sa femme et ses quatre enfants. Voilà, cela allait être impossible à présent. D'autant plus qu'il ne s'était pas encore tout à fait remis de la perte de Jenny. Sachant cela, elle comprenait pourquoi ses enfants de Gallifrey revenaient subitement le hanter. Elle habitait la maison du Docteur. Étonnement, il en avait eu une sur Gallifrey, et elle dormait dans une chambre d'invité riche et spacieuse. Elle lui faisait part de quelques incohérences, par exemple, qu'une version passée de lui-même, pourrait revenir prendre sa place auprès de la famille, dans cet espace-temps. Il répondait que c'était peu probable. Il se souvenait de cette époque, et il n'allait pas revenir avant des mois.
Il avait dit à sa famille qu'il s'était régénéré, tout simplement. Personne n'avait posé de questions, ce qui n'était pas logique. Ils auraient dû, au moins, lui demander ce qui s'était passé. Sa femme et ses enfants étaient adorables et très gentils avec elle. Évidemment qu'ils étaient adorables, ils n'étaient qu'un souvenir. Une de ses filles (il en avait trois), lui posait des tas de questions sur la Terre, et espérait un jour pouvoir la visiter. La gamine s'était prise d'affection pour elle.
Comment une hallucination pouvait-elle faire cela ? Elle n'osait pas dire à la petite qu'elle ne croyait pas à son existence, mais elle devait le dire au Docteur. Elle savait qu'il en souffrirait, elle se souvenait très bien à quel point elle avait aimé ses enfants dans ce monde virtuel, et ils n'avaient jamais existé. Les enfants du Docteur avaient été réels. Elle arrivait difficilement à se trouver en tête à tête avec lui. Durant la journée, il était trop occupé à jouer avec ses enfants, et ses soirées, il les passait avec sa femme. Il ne l'ignorait pas, mais parfois elle avait l'impression d'être seulement un élément du décor.
Lorsqu'elle réussit enfin à le voir seul, il conclut qu'elle faisait ces histoires parce qu'elle s'ennuyait. Il décida de passer un peu de temps avec elle.
« Demain, nous pourrions faire des achats, qu'est-ce que vous en pensez ? Je suis sûr que vous allez adorer les boutiques de Gallifrey, » suggéra-t-il, enjoué, comme toujours.
Depuis qu'il était avec sa petite famille, et sur sa planète, elle ne l'avait jamais vu aussi heureux. Il ne semblait même pas s'ennuyer du TARDIS, et des voyages dans l'espace et le temps. Pour elle, ça en disait long sur sa véritable personnalité. Elle croyait que c'était peut-être dû au fait qu'il savait très bien que cela n'était pas réel, mais avait choisi d'y croire. Si son hypothèse était bonne, cela rendait sa tâche encore plus difficile. Elle accepta son offre. Être quelques heures seule avec lui pourrait lui permettre de tenter de le raisonner, une fois de plus.
Cette nuit là, elle se réveilla avec une migraine et la nausée. Le gaz hallucinogène commençait à avoir des effets secondaires, pas de doute. Elle devait sortir le Docteur de là. Elle se dirigea vers la salle de bains, mais sa nausée passa et elle décida d'aller épier le Docteur. S'il dormait, par exemple, comment pouvait-il avoir des hallucinations ? C'était une bonne façon de savoir s'il y avait du réel dans tout ça. La maison ne disparut pas, probablement incrustée dans ses propres souvenirs. Si le Docteur était endormi, tout ce qu'elle allait voir n'allait être que le fruit de ses propres hallucinations.
Elle était entrée dans la chambre des enfants, mais pas dans celle du Docteur et de sa femme. Donc, la chambre ne pourra être créée avec ses souvenirs, ne lui restait que son imagination. Elle allait imaginer leur chambre et demain elle demanderait au Docteur de la lui faire visiter, elle pourrait alors comparer les deux endroits. Un simple gaz hallucinogène pouvait-il faire coïncider les deux versions de cette pièce ? C'est à dire, la chambre imaginée par elle et le souvenir qu'en avait le Docteur ? Ce gaz était assez intelligent pour l'inclure dans les hallucinations du Docteur, que fera-t-il de cette contradiction que sera la chambre à coucher ?
Elle s'approcha de la porte et écouta. Pas de bruits suspects annonçant qu'elle l'interrompait dans un moment d'intimité. Ça aurait été gênant ! Elle ouvrit doucement la porte. La chambre ressemblait un peu à celles des enfants. Même type de meubles, mais le lit était plus grand et les couleurs étaient plutôt neutres, dans des tons de beige et de brun. Le Docteur et sa femme dormaient tous les deux, mais le Docteur avait l'air mort tellement il était pâle. Elle paniqua un moment et le toucha. Il ne réagit pas. Elle le secoua légèrement pour le réveiller et il ouvrit les yeux, après un long moment.
« Donna, que faites-vous ici ? demanda-t-il, l'air un peu perdu.
- Docteur, nous devons partir d'ici.
- Demain nous allons faire les boutiques. Je vous l'ai dit.
- Je veux rentrer chez moi !
- Déjà ?
- Oui.
- Et bien, pas cette nuit. »
Donna voulut ajouter quelque chose, mais tout se mit à tourner autour d'elle. L'environnement devient flou, imprécis, et ça l'étourdissait. Pendant un long moment, deux chambres se superposaient, la sienne et celle venant des souvenirs du Docteur. Donna eut un rire involontaire.
« On cherche à compenser hein ? » dit-elle, s'adressant à l'entité qui se jouait d'eux.
Le souvenir du Docteur dominait le sien. La nouvelle chambre était assez loin de ce qu'elle avait imaginé, et franchement plus jolie.
« Quoi ? demanda le Docteur.
- Je ne parlais pas à vous, mais à la chose qui nous fait halluciner.
- De quoi parlez-vous Donna ?
- Quand je suis entrée, votre chambre était d'un style un peu antique, dans les teintes de bruns et là, elle ressemble à un mini palais de cristal.
- Ma chambre a toujours été ainsi. Ce n'est pas mon choix, mais le sien, affirma-t-il, désignant sa femme.
- Oui, et elle était antique voilà quelques minutes. Je l'ai vu changée un peu après que vous vous soyez réveillé.
- Donna, vous devriez vraiment retourner vous coucher.
- Et vous, vous devriez vraiment vous réveiller. Pour de vrai je veux dire.
- Je suis réveillé, vous m'avez réveillé.
- Tout ça n'est pas réel, Docteur.
- Vous divaguez Donna. Je crois que dormir vous ferait du bien. Nous nous voyons demain.
- Non, je reste. Rendormez-vous, je veux voir si la chambre va encore changer.
- Donna c'est une intrusion.
- Une intrusion !
- Dans mon intimité, oui.
- Vous n'étiez pas en train de faire l'amour, que je sache !
- C'est tout de même ma chambre, vous n'avez rien à y faire.
- Vous devenez irritable avec le temps.
- Vous me réveillez au milieu de la nuit, dans ma propre chambre à coucher, pour me dire des incohérences à propos d'hallucination. Comment voulez-vous que je le prenne ?
- Votre vie rêvée est pleine d'incohérences. N'avez-vous pas remarqué ?
- Allez-vous en Donna et je vous le demande poliment, » dit-il irrité.
Elle obéit... pour le moment.
Le lendemain, il se leva plutôt tard et n'avait pas l'air très en forme. Sa femme lui conseilla de rester à la maison pour se reposer. De toute évidence, la chose ne voulait pas qu'il se retrouve seul avec elle, mais il avait réellement l'air malade. Donna non plus n'était pas très en forme, la migraine ne l'avait pas quittée. Ils étaient tout de même allés dans les boutiques.
Les souvenirs du Docteur étaient très précis, comparés aux siens, lorsqu'elle avait quitté la maison. Donna décida de lui parler de Rose. Maintenant qu'il avait retrouvé sa femme, Rose devait être très secondaire, et elle n'eut pas tort. Il lui en parla, mais sans réelle passion. Elle s'était dit que le Docteur était tombé amoureux d'elle simplement parce que son premier amour était décédé. S'il avait aimé Rose autant qu'il lui avait dit, pourquoi ne faisait-elle pas partie de ses hallucinations ? Et Martha, et tous les humains avec lesquels il était entré en relation ? Donna ne put s'empêcher de se sentir blessée, en constatant l'insignifiance de leur passage, dans la longue vie du Docteur. Bien sûr, elle comprenait parfaitement et ne pouvait pas lui en vouloir, même si ça l'attristait.
À leur retour, le Docteur alla s'étendre sur son lit. Il n'allait vraiment pas bien et elle non plus. La migraine, et parfois des nausées. En soirée, l'état du Docteur s'aggrava, tandis que le sien était stable. Comme elle s'y attendait, l'épouse était dévouée et s'occupait de lui. Les enfants étaient très sages, trop pour être des enfants réels.
Durant la nuit, Donna n'arriva pas à dormir à cause de la migraine et des nausées. Elle s'était levée trois fois pour se rendre à la salle de bains croyant qu'elle serait malade. C'était de fausses alertes, mais elle n'arrivait pas à expliquer ses courbatures musculaires, subitement apparues.
Le jour suivant, l'état du Docteur s'étant encore détérioré, ça commençait à paraître dans l'environnement. Elle ne vit pas les enfants, et lorsqu'elle regarda par la fenêtre, le paysage semblait lointain. Sa femme était à ses côtés et, comme Donna se sentait inutile à rester plantée là à le regarder, elle décida de marcher autour de la propriété pour trouver le TARDIS à travers ce voile d'illusion.
Plus elle s'éloignait, plus l'environnement devenait flou, ou carrément bizarre. Le Docteur n'était pas en état de garder des souvenirs clairs et précis. Après un moment de flottement, le décor se réajusta, alimenté par ses souvenirs à elle. Quelle était la prochaine étape ? Ah oui, le Docteur allait la ramener chez elle. Un Docteur imaginaire, dans un TARDIS imaginaire, en direction d'un Chiswick imaginaire. Tout ça parce que le vrai Docteur ne pourra bientôt plus produire aucun souvenirs. L'entité allait compenser, une fois de plus. Donna était persuadée qu'ils étaient victimes d'autre chose que d'un simple gaz hallucinogène, une conscience était derrière cela. Elle ne trouva pas le TARDIS, et ce malgré tous ses efforts.
