11. Un et un font un.

Le repas se termina dans une ambiance glaciale, personne ne parlait, murmures mis-à part.

Harry attendait la fin du repas avec impatience.

Il en avait marre de tous ses regards, adressés à lui, à son parrain, et à son nouveau mentor.

Il pouvait ressentir la présence du Loup, qui le suppliait de le laisser sortir, pour montrer sa supériorité à tous ces élèves insignifiants. Il le repoussait, mais Il revenait à chaque fois, avec plus de force.

Harry finit par prendre sa tête dans ses mains, et à ordonner en pure perte au Loup de le laisser tranquille.

Il recevait maintenant dans sa tête des idées carnassières, de chair fraîche,de sang,de chasse...A cela s'ajoutait une pression horrible à l'intérieur même de sa tête, et qui le faisait vibrer, trembler.

Il le sentait, il allait craquer.

Il sortit d'un pas chancelant de la Grande Salle.

Les élèves étaient trop obnubilés par Sirius pour lui prêter attention.

Seuls Ron et Hermione se précipitèrent à sa suite, mais il les renvoya d'un geste.

Tandis qu'il sombrait lentement, il vit ses amis lui jeter un dernier regard et retourner d'un pas pressant dans la salle.

Il traversa le parc en courant, cela lui permettait de garder ses idées claires.

Il savait intérieurement qu'il adorait courir, sous forme humaine ou non.

Il dépassa la cabane d'Hagrid, sous les aboiements inquiets de Crocdur.

Il se précipita vers le seul endroit ou il serait tranquille: la Forêt Interdite.

Harry s'assit contre un arbre, luttant à chaque battement de coeur, qui résonnaient dans ses oreilles, pour garder le contrôle.

Il voulait une proie,Il voulait courir,il voulait chasser,il voulait du sang...Harry ferma les yeux,et rassembla ses forces:

"Pas maintenant... laisse-moi...non! Ton heure n'est... pas venue..."

Sur ces mots, la douleur fut tellement forte qu'Harry ne put s'empêcher de crier.

Cri qui se transforma en un puissant rugissement qui déchira le silence de la nuit...

Alors qu'il sombrait d'épuisement, il distingua trois ombres qui traversaient l'obscurité du parc et venait à sa rencontre...Personne ne put cependant distinguer la silhouette qui les observait, au pied de l'escalier de l'entrée...Il réalisa alors qu'il avait eu le dessus sur le Loup...


Les rayons du soleil qui perçaient à travers les hautes fenêtres réveillèrent lentement Harry.

Celui-ci se releva péniblement, cherchant à tâtons ses lunettes, avant de se rappeler qu'il n'en avait plus besoin.

Les souvenirs de la veille commencèrent également à faire surface dans son esprit légèrement embrumé.Il commença à observer la pièce dans laquelle il était installé.

La chambre était spacieuse, illuminée par les rayons matinaux du soleil, et peinte de couleurs claires.

Les murs étaient blancs, aux fenêtres étaient fixés des rideaux écarlates, et le mobilier était en bois. Mobilier qui d'ailleurs se réduisait à un lit, dans lequel il était installé, un bureau sous les fenêtres, ainsi qu'à une table de chevet.

Quelques étagères supportaient le maigre poids de quelques livres.

Le garçon s'aperçut qu'il était vêtu d'un pyjama bleu ciel, qui allait bien avec les draps beiges du lit à deux places.

Il essaya vainement de se rappeler comment il avait atterri ici.

Des pas se firent entendre de l'autre côté de la porte, et des coups furent frappés à celle-ci.

Harry marmonna un faible "Entrez", et la porte s'ouvrit, laissant apparaître Lupin.

Celui-ci s'avança, et s'assit au bord du lit.

"Harry, déjà réveillé?Je pensais que tu dormirais plus tard, il n'est que 8 heures et quart!

-Mais... et les cours?;l'interrogea le garçon, pas très réveillé.

-Harry, nous avons rendez-vous pour la signature des papiers dans la matinée.

Dumbledore te l'as dit...Tu sais, ceux qui feront de moi ton responsable légal?Nous avons donc la matinée, enfin presque, de libre.

-Et... hier soir... que s'est-il passé après...bref, vous voyez...

-Eh bien , après que tu sois...sorti de la Grande Salle, tes amis sont venus me chercher, ainsi que le Directeur.

Je suis arrivé avec tes camarades, alors que tu t'évanouissais, épuisé par l'effort que tu avais fourni.

Il faut dire que tu as eu une journée très chargée hier; ajouta Lupin avec un léger sourire.

-Je peux vous poser une question?", hésita Harry.

Lupin sourit pour l'encourager, et lui répondit sincèrement:

"-Bien sûr que tu peux, Harry!N'hésites pas! Je t'écoute;ajouta-il plus posément.

-Est-ce que... vous avez-déjà dû vous battre pour garder votre contôle?"

La question prit légèrement Lupin de court, et un silence s'installa, durant lequel le professeur semblait plongé dans le passé, le regard fixe.

Quelques minutes s'écoulèrent avant qu'il ne prenne finalement la parole, d'un ton hésitant.

"-Pour tout te dire, Harry, j'ai souvent dû lutter contre ma nature.J'ai comme toi, eu d'insupportables migraines qui n'en étaient pas, et parfois encore il m'arrive d'en avoir, à l'approche de la pleine lune.

Cependant, j'ai longuement réfléchi après ta...morsure.

Tu sais, tu va sûrement te haïr comme moi-même je me suis haï, pendant de nombreuses années, comme il y a encore une semaine.

Comme tu le sais,j'ai été mordu par Fenrir Greyback, le loup-garou le plus craint de tout le monde sorcier...

Cette haine que je ressentait, était dûe au fait qu'il ai fait de moi un monstre, une créature rejetée de partout, sans aucun emploi stable, arrivant tout juste à survivre... le haïssant, je me haïssait moi-même, et surtout le Loup, qui vit en moi malgré tout.

Ce que je veux te dire, c'est que quand je t'ai observé tout au long de la journée, hier, j'ai pris conscience d'une chose essentielle, que je n'ai jamais réalisée... tu dois sûrement te demander pourquoi et comment tu as réussi à ne pas te transformer, et surtout pourquoi tu y est plus sujet que d'autres loups-garous...

-Oui... mais vous oubliez ce qui s'est passé à l'infirmerie"; l'interrompit Harry les sourcils fronçés.

Le professeur le contempla un instant d'un regard triste, et poursuivit calmement.

"-Non, Harry, je n'oublie rien. Ta semi-transformation a été provoquée en partie à cause de tes émotions, mais surtout parce que Madame Pomfresh t'avais injecté une substance pour accélérer le processus.

Mais la potion aurait dû n'avoir aucun effet secondaire.

Harry, il faut que tu saches que, toi et moi ne sommes pas des loups-garous ordinaires, bien que je ne le soit que parce que j'ai longtemps refusé ma nature.

Mais le lien risque de nous obliger à y faire face, et cela ne sera pas sans conséquences.

-Je... je ne comprends pas...; souffla Harry, fixant son "mentor" d'un regard abasourdi.

-Quand Greyback... m'a mordu, il m'a également transmis involontairement certaines de ses capacités. Parmi celles-ci figurent la capacité à se transformer en plein jour, mais quand l'Homme et le Loup ne font qu'un, chose que je n'ai jamais voulu faire.

Il peut également se contrôler lors des pleines lunes, c'est la seule chose qui l'ai empêché de me tuer.

Mais il ne prend généralement pas la peine de se contrôler, préférant laisser son côté bestial l'emporter.C'est pourquoi les autres gens qu'il a mordus avant moi ne possèdent pas ces caractéristiques dans leurs gènes.

Je partageais aussi un lien avec Greyback, mais je me suis tellement haï qu'il a fini par se briser au bout de quelques jours...

Moi, j'ai servi de châtiment envers mon père, qui avait osé un jour insulter Greyback alors qu'il était ivre.

Après ce qui m'est arrivé, mon père n'a plus jamais touché une seule goutte d'alcool de sa vie.

Cela ne les a pas empêchés de mourir jeunes, mon père et ma mère, en partie de chagrin..."

Le regard du loup-garou se rattacha au présent, regardant Harry avec un sourire triste.

"-Excuse-moi de te raconter tout ça, c'était pour que tu comprenne pour quelles raisons je ne me suis jamais accepté.

Dumbledore a raison, cela ne sert à rien de vivre dans le passé.Que je m'accepte ou pas, les sorciers ne m'ont jamais acceptés, eux.

Et pourtant j'ai continué de lutter contre cette autre facette de moi, que je tentais deséspérément de cacher.

Le Loup ne se laisse pas contrôler entièrement, et il me le montre à chaque pleine lune, me forçant à m'infliger des blessures profondes, chacune voulant me faire comprendre que j'ai tort de me rejetter."

Lupin débouttonna le col de sa chemise, montrant à Harry la cicatrice encore à vif qui ornait la base de son cou, faite par des griffes puissantes, et tranchantes.

Le garçon frissonna en se mémorant la nuit ou il avait été mordu par le professeur, et écouta celui-ci reprendre la parole d'un ton plus assuré.

"- Je ne cherche pas à te faire peur, Harry.

Je veux te dire que j'ai mal jugé le Loup, et que je ne veux pas que cela t'arrive. Tu ne t'est pas transformé, car avant la pleine lune, cela peut t'être fatal, et ton Loup le sait... Il ne veut pas te faire de mal, Harry.

Il commence à te tester pour savoir si tu es prêt à le laisser faire partie de toi, il te craint, d'une certaine manière.

Ne fais pas la même erreur que moi.J'étais trop aveuglé par la haine que je ne me suis pas écouté, je crois qu'au fond je l'ai toujours sû, mais je n'ai jamais laissé la moindre chance à Lunard, qui se venge chaque mois, depuis des années.

Je crois que nous allons tous les deux apprendre beaucoup de choses, et cela ne va pas être sans conséquences.

Tout ce que je viens de te dire est en totale contradiction avec ce que je me suis forçé à croire.

Si j'ai changé de façon de penser, c'est que j'ai réalisé qu'en continuant ainsi, j'allait te condamner à une vie aussi misérable que la mienne, ce dont je m'en voudrai éternellement.

Je veux que la moindre de tes interrogations trouvent une réponse, auprès de moi.

Bien sûr, tu peut aussi demander à ton parrain ou à Dumbledore, mais évite de crier sur tous les toits ce que je viens de dire.

Fais plutôt profil bas, ne cherche pas trop à te mettre en avant...

Tu dois avoir faim, non?"

L'estomac de Harry se mit à gargouiller, déclenchant un sourire amusé de la part de son futur tuteur.

Ce dernier se leva, s'approcha d'une cheminée que le garçon n'avait pas remarquée, et appela un elfe de maison.

Il commanda des tranches supplémentaires de bacon pour le garçon, et un simple café pour lui.

Lorsqu'il se retourna, Harry lui demanda:

"-Au fait, ou suis-je?

-Dans une des chambres de mon appartement, dans l'aile des professeurs.",lui répondit le professeur d'un ton amusé."Je t'avais dit que tu pouvais t'y installer, non? Même si tu ne le veux pas, ça ne veut pas dire que n'a pas le droit d'y être."

Harry détourna les yeux, un peu gêné d'être dans l'appartement de Lupin. Il réfléchissait profondément à ce qu'il venait d'entendre.

Ainsi, le Loup n'était pas forcément maléfique, c'était le traitement qu'on lui donnait qui faisait la différence. S'il se haïssait, comme Lupin l'avait fait, son Loup serait incontrôlable à la pleine lune, car trop longtemps contenu.

Il prit soudain conscience de la difficulté qu'avait eue le professeur pour commencer à se voir différemment.

Avec un craquement retentissant, un elfe apparut, portant un plateau chargé de victuaille.

Harry sentit son Loup se réjouir à la vue du bacon, à défaut de viande fraîche.

Il s'adossa au mur, pendant que l'elfe lui posait le plateau sur les genoux.

"-Pour bien prendre soin de toi, tu dois manger de la viande au moins une fois par jour.

Tu verras, tu seras plus irritable quand tu n'en manges pas...;ajouta Lupin avec un petit sourire.

-Et vous? Quand je vous regarde dans la Grande Salle, vous n'en prenez pas souvent non plus!

-N'oublie pas que je refusais ma condition, ce que j'essaie d'arrêter.

Et puis, j'avais mon identité à cacher au reste de l'école! Avec le cours que Rogue vous avait donné sur les loups-garous, je prenais mes précautions...",Rétorqua le loup-garou en avalant un morceau de bacon "emprunté" à Harry.

"Hé!, rétorqua ce dernier,je croyais que vous n'alliez prendre qu'un café!"

Eux deux éclatèrent de rire, et le reste du repas se déroula avec bonne humeur.

Harry finit par se lever, et le professeur lui donna ses vêtements propres, et alla l'attendre dans le salon.

Le garçon prit sa douche, s'habilla, et finit par rejoindre Lupin.

Voyant qu'il était presque l'heure du rendez-vous, tous deux sortirent de l'appartement.

Harry contempla les hautes portes qui donnaient accès aux quartiers des autres professeurs.

Il se demanda un instant laquelle était celui du Directeur.

Quand,ils ouvrirent la porte de l'autre bout du couloir, Harry fut stupéfait de se retrouver...dans le Grand Hall, désert.

Ils marchèrent jusqu'au bureau du Directeur, puis Lupin frappa à la porte.

Alors, ce chapitre?

S'il vous plait, dites-moi ce que vous pensez du dialogue entre Harry et Lupin!

Les reviews sont toujours agréablement reçues!