Peut-être ce baiser aurait-il dû rendre les choses plus embarrassantes plutôt que l'inverse, mais ce ne fut pas le cas. Alicia était incapable de déterminer avec précision pourquoi, mais plus tard, elle se dit que cela avait un rapport avec le fait d'avoir réellement choisi de faire avancer les choses, plutôt que de se sentir entraînée dedans – même si elle n'avait pas réellement idée où elle mettait les pieds. En tout cas, la semaine de travail se déroula sans étrangeté entre elle et Kalinda elles faisaient leur travail, étaient aussi amicales et professionnelles que d'habitude, et la seule chose de vraiment différente était le regard qu'elles échangeaient à l'occasion, qui durait sans doute un tout petit peu plus longtemps qu'à l'accoutumée – ainsi que les sourires rapides mais lourds de sens qu'elles échangeaient avant de détourner les yeux.
Un accord, en quelque sorte.
Leur sortie suivante fut pour dîner le week-end d'après, lorsqu'Alicia fut de nouveau délivrée des exigences du rôle de parent. Et cette fois, Alicia n'avait pas une conscience aussi aiguë de la différence fondamentale sur laquelle reposait leur discussion à propos du travail, des collègues, et du temps où elle était à la fac de droit (elle divertit Kalinda en lui racontant comment le véritable respect que Will lui témoignait n'avait pas pour origine son éthique professionnelle, mais les dizaines de fois où elle l'avait battu à plates coutures au bière-pong). Cette fois, Kalinda ne fit pas mention de sa vie passée, et elle n'eut pas à le faire : les choses semblaient juste … plus faciles la deuxième fois.
C'était fou, mais dans son subconscient, une partie d'Alicia avait l'impression d'avoir gagné une sorte de sésame en embrassant une fille comme si son moment de sensualité intrépide dans le parc signifiait qu'elle était en quelque sorte davantage capable de cela qu'elle ne l'avait envisagé jusque là. Elle était donc aussi bavarde que d'habitude, et elles s'attardèrent longtemps après que l'on eut retiré leurs assiettes, à siroter leur verre de vin en discutant.
Il arriva pourtant un moment où la conversation prit fin, et Alicia réalisa qu'elle n'avait pas vraiment prévu ce qui se passerait après la fin du rendez-vous. Elles étaient parties chacune de leur côté après le café, mais cette fois, on était samedi soir, et il n'était pas encore si tard…
« J'ai encore du vin chez moi. » dit-elle tout à trac, pour combler le silence qui ne s'était pas installé depuis si longtemps que ça. « Si tu as envie. » ajouta-t-elle rapidement, retrouvant sa timidité sous le regard intense de Kalinda.
Mais Kalinda ne la laissa pas souffrir longtemps. « Bien sûr. J'ai envie. » Puis elle fit un clin d'œil qui noua le ventre d'Alicia. Le temps qu'elles aient réglé l'addition (Alicia s'en chargea, puisque cette fois c'était elle qui invitait), elle se sentait pratiquement euphorique, grâce à un mélange d'excitation et d'anticipation nerveuse dont elle n'avait pas ressenti l'équivalent depuis la première fois où elle avait ramené Peter dans sa chambre à la résidence des étudiants de 3e cycle de Georgetown.
Soudain, toute cette histoire de quadragénaire divorcée ne lui paraissait plus du tout si importante.
oOo
Elles ne débouchèrent jamais le vin. Pour la première fois depuis la séparation et le divorce, Alicia se réjouissait de pouvoir rentrer dans un appartement vide. Kalinda était jolie, et le regard d'Alicia était irrévocablement attiré par l'échancrure que dévoilait son pull bleu décolleté. Lorsqu'elle croisa à nouveau le regard de Kalinda, celui-ci était entendu et amusé. Prise sur le fait. Encore.
« Tu veux qu'on remette ça, n'est-ce pas ? » lui demanda Kalinda avec un petit sourire, et il n'y avait aucun doute sur ce qu'elle entendait par ça.
Et c'est ainsi qu'elles atterrirent sur le divan, occupées à s'embrasser comme un couple d'adolescents – pas tout à fait comme un couple d'adolescents, en réalité, parce que c'était plus lent et plus sensuel, et que cela manquait notablement de cafouillages ainsi que d'efforts pour dépasser le stade du baiser. Kalinda était assise à cheval sur ses genoux, toute habillée, la jupe remontée, et le cuir de ses bottes effleurait l'extérieur des cuisses d'Alicia. C'était la première fois de sa vie qu'Alicia avait un adulte sur les genoux, et après un temps d'accoutumance, elle découvrit qu'elle prenait plaisir à sentir son poids sur elle, à être entourée par le parfum entêtant et exotique de Kalinda, tandis qu'elle faisait courir ses mains du haut en bas de son dos, les posait sur ses hanches, et l'embrassait – encore et encore.
Les baisers étaient incroyables – profonds, mouillés et érotiques. Le reste demanda un certain temps d'accoutumance au début, elle trouva cela fastidieux que les seins de Kalinda les empêchent d'être complètement serrées l'une contre l'autre – mais bientôt elle sentit qu'elle s'adaptait, qu'elle acceptait, et même qu'elle appréciait de les sentir frôler les siens. A plusieurs reprises, ses doigts passèrent sur l'attache du soutien-gorge sous le fin tissu du pull de Kalinda et s'y arrêtèrent, mais elle n'était pas encore tout à fait prête à passer à l'étape suivante, et elle était heureuse que Kalinda ne l'y pousse pas.
Au bout d'une demi-heure, elle était encore au nirvana, mais elle avait peur que Kalinda ne commence à s'ennuyer.
« Désolée. » chuchota-t-elle tandis que Kalinda, le nez dans son cou, lui chatouillait la peau sous l'oreille. « Tu es sans doute habituée à aller bien plus vite que ça, n'est-ce pas ?
- Est-ce que tu me traites de traînée ? » demanda Kalinda. Alicia commençait à mieux savoir quand elle était en train de la taquiner.
« Je t'appelle une femme adulte. Ce qui est plus que ce que je peux dire à mon sujet en ce moment précis. » Elle était embarrassée par son manque de préparation dans tout cela.
A ces mots, Kalinda eut un petit rire, un son étouffé et sexy, et en dépit de la frustration qu'engendrait la situation, Alicia se retrouva tout de même ravie de voir à quel point Kalinda semblait rire plus que d'habitude au cours de ces moments d'intimité avec elle.
« Ne sois pas si dure avec toi-même. Tu m'as l'air d'une femme adulte. » chuchota Kalinda contre son cou, tout en effectuant avec ses hanches un lent mouvement de rotation aguicheur. « Une femme… tout ce qu'il y a … d'adulte. » Elle ponctuait chaque pause en mordillant légèrement la lèvre inférieure d'Alicia, dont les yeux se fermèrent devant tant de sensualité. Bon sang, ce que cette femme était en train de lui faire.
A la périphérie de sa conscience, elle entendit son téléphone se mettre à sonner dans son sac … il commença en sourdine, et le volume augmenta peu à peu.
« Dis-moi que tu n'es pas obligée de répondre. » murmura Kalinda, en lui mordillant le menton de façon persuasive.
Mais il s'agissait d'une sonnerie familière (choisie en personne par celle qui appelait) commise par une quelconque idole pop, un adolescent consternant à la coupe de cheveux affreuse. « Non. » gémit Alicia en laissant reposer une seconde sa tête contre l'épaule de Kalinda. « Il s'agit de Grace. »
Kalinda soupira tout en descendant de ses genoux, et se réinstalla sur le divan tandis qu'Alicia se levait et repêchait son portable.
« Voilà ce que tu gagnes à sortir avec quelqu'un qui a des enfants. » la réprimanda-t-elle à moitié, agitant vers elle un doigt qui signifiait « je te l'avais dit » tout en prenant l'appel. Kalinda se contenta de balayer la remarque d'un geste.
« Salut, ma chérie, qu'est-ce qui t'arrive ? » dit Alicia dans le combiné, en espérant que sa voix ne trahissait pas l'essoufflement qu'elle ressentait.
Mais Grace était indifférente à ce que sa mère avait bien pu être en train de faire avant qu'elle n'appelle, et se lamenta sur un ton désagréable que son père ne veuille pas l'autoriser à aller à un certain concert de rock le lendemain avec Shannon, et est-ce qu'Alicia voulait bien avoir la bonté de lui expliquer qu'elle n'était plus une enfant, et qu'elle était capable de décider seule quoi faire de ses dimanches soirs, en particulier vu que rien ne pouvait arriver de mal puisque tout le monde là-bas allait être chrétien. Le temps qu'il fallut à Alicia pour expliquer à Grace que lorsqu'elle était chez lui, elle devait suivre les règles de Peter, pour répondre à plusieurs variations du thème récurrent « vous êtes trop injustes », puis pour appeler Peter afin de décider comment gérer l'effondrement de Grace après que sa fille lui ait raccroché au nez (sans doute pour aller pleurer jusqu'à ce que mort s'ensuive dans sa chambre, puisque de toute évidence, ses parents « n'allaient jamais la laisser en sortir »), l'ambiance sexy et insouciante de la soirée était efficacement dissipée.
Elle gémit et lorsque cela fut fini, épuisée, jeta son téléphone sur le coussin du divan, avant de se répandre en excuses auprès de Kalinda qui feuilletait un magazine déniché au cours du psychodrame. « Je suis vraiment navrée. Quand ils sont ici, ils agissent comme si je les gênais, mais quand Peter établit vraiment des règles, je suis tout à coup de nouveau très demandée.
- Ces gosses. A croire qu'ils manquent de maturité ou quelque chose. » Kalinda lui adressa un clin d'œil et se leva, expédiant de nouveau le magazine sur la table basse. « Ce n'est pas grave. Je devrais y aller de toute façon. Il se fait tard.
- Très drôle. » Elle se frotta la figure. Elle se sentait coupable à la fois en tant que parent et en tant que flirt, tiraillée dans bien trop de directions opposées. « Tu ne peux pas rester, tu es sûre ? J'ai toujours ce vin.
- Le vin me va. Et toi aussi. » Pourtant, Kalinda se baissait pour ramasser son manteau et son sac qui avaient rapidement atterri par terre à leur arrivée, dans leur impatience d'avoir une intimité physique. « Ce qu'il y a, c'est que… » Elle se retourna pour faire face à Alicia, et se rapprocha d'un pas. « C'est sans doute une bonne idée d'y aller progressivement. Mais… Je ne suis pas une très gentille fille. Si je reste plus longtemps, on va de nouveau se sentir bien. Et je serai tentée de faire de très vilaines choses. »
Alicia ne put réprimer le frisson qui la parcourut tandis que Kalinda lui posait une main sur la hanche et que son souffle lui caressait les lèvres d'une manière engageante. « Ah oui ? » demanda-t-elle, fière d'avoir seulement réussi à répondre.
« Oui. Je vais donc rentrer chez moi et me mettre au lit. Et là je penserai à ces vilaines choses. En attendant la prochaine fois.
- La prochaine fois. » Le murmure d'Alicia se perdit sur les lèvres de Kalinda tandis qu'elles échangeaient un baiser prolongé pour se dire au revoir.
Après le départ de Kalinda, Alicia regagna le sofa hébétée, et en dépit du psychodrame familial inattendu de ce soir, elle s'écroula étourdie avec un brusque éclat de rire – comme si elle était une jeune fille de seize ans qu'on vient juste d'inviter au bal de fin d'année.
C'était encore difficile à dire, mais peut-être que cette histoire de rendez-vous galant gay entre collègues n'était pas si mal, après tout.
oOo
Elle était très occupée au travail – presque débordée, et les enfants se montraient pénibles la plupart du temps pendant la semaine quand Alicia les avait, c'est pourquoi pendant le mois qui suivit, ce fut le fait d'anticiper ses rendez-vous du week-end avec Kalinda qui lui permit de continuer à se sentir énergique et saine d'esprit. Elles sortirent boire un verre à deux reprises, ainsi qu'une autre fois pour dîner, et une fois – fait choquant, à la suggestion de Kalinda – elles restèrent chez Alicia pour la soirée et regardèrent des films ensemble. Elles ne discutaient jamais de ce qu'elles étaient en train de faire (Dieu merci : Alicia n'aurait même pas su quoi dire) il n'y eut pas de nouvelles révélations bouleversantes, et tout comme avant qu'elles ne se lancent là-dedans, Kalinda était heureuse de tenir leurs conversations éloignées de tout sujet personnel la concernant elle ou sa vie en-dehors du travail.
A deux reprises, alors qu'elles étaient de sortie, elles rencontrèrent des gens qu'elles connaissaient : une fois, un vieux client, la suivante, une juge du tribunal de grande instance et son mari. Les deux fois, Alicia sentit le rouge lui monter aux joues tandis qu'ils échangeaient des banalités : c'était sûr, elles venaient de se faire prendre. Mais jamais qui que ce soit ne s'en émut – qu'y avait-il de curieux dans le fait que deux collègues sortent dîner ensemble ? Il y avait un soulagement coquin et terriblement étrange dans le fait de se cacher (se cachaient-elles ?) en pleine vue de tous.
Aussi bizarre qu'aurait dû sembler à Alicia le fait de partager autant d'elle-même et de son temps avec quelqu'un qui était une telle énigme, elle se sentait curieusement soulagée que cela soit aussi cohérent – il s'agissait là de cette même Kalinda qu'elle en était venue à admirer, respecter et aimer pendant leurs heures de travail. Peut-être bien qu'Alicia ignorait presque tout de qui était Kalinda, mais elle en apprenait davantage sur sa manière d'être. Et elle découvrait qu'elle l'aimait beaucoup.
Kalinda aimait les vieux films avec Lauren Bacall parce qu'elle admirait sa classe : sa démarche calme et confiante, comme si elle n'avait pas conscience d'être jeune ou s'en moquait, ni du fait que les femmes n'étaient pas censées être des dures à cuire à cette époque. Kalinda pouvait boire du café tard dans la soirée (et le faisait) sans qu'il ne la rende insomniaque ou nerveuse, et adressait à Alicia un sourire entendu lorsque celle-ci méditait avec envie sur la résistance physique des femmes plus jeunes. Mais lorsque Kalinda finissait par être fatiguée, son accent glissait, rien qu'un peu – vers quelque chose de chantant et d'exotique qui rendait Alicia folle de curiosité.
Il y avait un endroit, juste au-dessus de la clavicule de Kalinda, qui la faisait infailliblement prendre une brusque inspiration lorsqu'Alicia l'embrassait ou le parcourait de sa langue.
Et, davantage qu'elle ne l'en aurait crue capable, Kalinda était patiente. Il était évident que Kalinda la désirait. Alicia le voyait à la façon dont elle la regardait (pas au travail – au travail, son visage impénétrable était légendaire, mais à la fin de la journée, elle baissait sa garde, et son regard parcourait le corps d'Alicia comme une caresse soyeuse), et elle le sentait assurément à la façon dont Kalinda la touchait et l'embrassait. Mais à la fin de leurs rendez-vous, Kalinda se dégageait toujours gentiment de leurs étreintes et prenait congé, quand elle aurait pu convaincre Alicia sans aucune difficulté de faire, selon ses propres termes, « de très vilaines choses ».
En fait, ce fut au cours de cette première soirée cinéma qu'Alicia commença à se sentir comme celle qui bousculait l'autre dans cette relation. Le générique avait pris fin depuis longtemps, leurs verres de vin vides gisaient abandonnés sur la tablette du canapé, et Kalinda avait les mains sous sa chemise. Et ces petites mains douces et habiles faisaient par-dessus le soutien-gorge d'Alicia des choses qui la rendaient absolument folle. Bon sang, cela faisait tellement longtemps pour elle, que ces longs préliminaires l'avaient transformée en une personne résolument avide de sexe qu'elle ne reconnaissait pas. Tout à coup, elle se moquait éperdument de ne pas savoir au juste ce qu'elle était en train de faire, ni où tout cela la menait – tant que Kalinda ne cessait jamais de lui faire cela. Elle trouverait des réponses à tout le reste à mesure.
« Je t'en prie… Faisons-le … Je suis prête… » dit Alicia d'une voix haletante. Elle n'avait aucune idée si c'était vrai ou non, mais son corps parcouru d'élancements réclamait davantage de soulagement que ses propres mains ne pourraient lui en procurer ce soir après le départ de Kalinda, et elle aurait dit n'importe quoi.
Kalinda soupira, à moitié couchée sur Alicia le long du canapé, et indéniablement intéressée par ses seins ce soir. « Tu es excitée. Ce n'est pas la même chose que d'être prête.
- Si ça l'est. Tu essaies de me torturer. » gémit Alicia, et Kalinda eut un petit rire contre l'encolure soudain pas assez décolletée de son corsage.
Pour se venger, Alicia embrassa Kalinda à cet endroit qui la faisait frissonner doucement et perdre son sourire malicieux.
Certes, Kalinda la désirait. Mais elle s'en tenait pourtant à l'idée « d'y aller progressivement » avec une détermination opiniâtre.
Alicia se demandait s'il se pouvait que Kalinda couche avec d'autres personnes, et que ce soit là ce qui rendait si facile pour elle d'y aller doucement. Cette pensée mettait Alicia mal à l'aise, et elle la repoussa, car de telles choses n'avaient d'importance que si toutes deux étaient sérieuses. Ce que bien sûr elles n'étaient pas.
Pourtant, sérieuses ou pas, cela devenait … une habitude, peut-être était-ce le mot. Une chose sur laquelle elle comptait, qu'elle ait été censée le faire ou pas. Et en vérité, c'était là ce qui lui permettait de se sentir plus à l'aise avec toute cette histoire, car, eh bien – la stabilité et la routine étaient en quelque sorte son truc.
Le fait de se sentir de plus en plus à l'aise suscita chez elle un nouveau dilemme – que dire aux enfants, si elle leur disait quoi que ce soit ?
Certains jours, Zach et Grace semblaient comprendre en gros pourquoi elle avait dû faire ce qu'elle avait fait concernant le divorce, et ne la traitaient guère différemment de la manière dont ils l'avaient toujours fait. D'autres fois, ils paraissaient maussades, pleins de ressentiment – même si du fait qu'ils étaient des adolescents, peut-être fallait-il s'attendre à cela, divorce ou pas.
Quelle que soit la façon dont ils se comportaient, ils étaient ses enfants, et si ces dernières années lui avaient appris quelque chose, c'était qu'il ne ressortait jamais rien de bon à ne pas être honnête avec eux. Un lundi soir, elle s'efforça donc de capter leur attention après qu'ils aient mangé.
« Je suis sortie plusieurs fois avec quelqu'un », leur dit-elle. « Ce n'est pas vraiment sérieux, mais … je ne veux pas vous mentir là-dessus. »
Le visage de Grace exprima le dégoût tandis qu'elle levait un instant les yeux du jeu vidéo dans lequel elle était plongée. Zach semblait … guère ravi, mais pas aussi intolérant que sa sœur.
« Vous venez juste de divorcer toi et papa. Tu es sûre d'être prête pour ça ? » demanda Zach, et Grace enchaîna en disant : « On ne va pas être obligé de dîner avec lui, n'est-ce pas ? C'est écoeurant.
- Je ne suis pas sûre de savoir pour quoi je suis prête. » dit-elle honnêtement, choisissant de répondre à la question moins insultante de Zach. « Mais en ce moment, j'apprécie la compagnie de cette personne, et je voulais que vous le sachiez. »
Apparemment satisfaite qu'il n'y ait aucun danger imminent de dîner « écoeurant », Grace retourna sans un regard à son jeu vidéo. Zach fit preuve d'un peu plus d'empathie, et la gratifia d'une rapide pression sur l'épaule. « On veut seulement que tu sois heureuse. » lui dit-il. Puis il disparut dans sa chambre pour le reste de la soirée.
Et Alicia fut satisfaite de s'être montrée suffisamment honnête avec les enfants, mais pas assez en détail pour causer un désarroi significatif alors que ce n'était pas justifié. Et elle tâcha d'ignorer que le seul fait d'en parler à ses enfants faisait de sa relation avec Kalinda quelque chose de plus qu'un accord confidentiel entre elles deux, et plaçait automatiquement la barre plus haut.
oOo
Un vendredi après-midi, Kalinda passa la tête dans le bureau d'Alicia, balayant la pièce du regard pour s'assurer qu'elles étaient seules. « Qu'est-ce que tu fais ce soir ? »
Elles n'avaient pas fait de projets, aussi Alicia fronça-t-elle le nez, curieuse. « Comme d'habitude. Je dépose les enfants. Souper. Peut-être quelques courses. Pourquoi ?
- Tu veux qu'on traîne ensemble ? »
Traîner ensemble ? Voilà qui était nouveau. « Chez moi ? » Puis elle se sentit stupide, car l'endroit où habitait Kalinda était, et resterait probablement toujours, une forteresse de mystère.
« Oui. »
Elle adressa à Kalinda un regard soupçonneux. « Tu veux juste me torturer un peu plus, n'est-ce pas ? »
L'ombre d'un sourire apparut sur le visage de Kalinda. « Négatif. Pas cette fois. »
Alicia plaisantait presque, mais quand elle réalisa ce que signifiaient implicitement les paroles de Kalinda, son cœur tambourina contre ses côtes et elle en resta bouche bée. Son expression devait valoir de l'or, car le sourire de Kalinda se fit plus amusé. « Je… euh… d'accord.
- J'arrive vers neuf heures ?
- Entendu. » se força à répondre Alicia. Comment cette femme faisait-elle pour toujours réussir à la désarçonner ?
« Super. Et, Alicia ? Ne t'habille pas trop. » Il y avait de la malice dans sa voix.
« … Ou pas du tout ? » Ceci sortit de sa bouche sans permission, la choquant elle aussi, mais une fois que ce fut fait, elle ne fut pas mécontente d'elle-même, car vraiment, Kalinda méritait bien qu'on la taquine à son tour.
Kalinda ouvrit la bouche, toujours souriante, manifestement enchantée, et peut-être fière de voir Alicia faire preuve de cran. « Oh, excellent ! » Elle pointa le doigt vers elle et fit un clin d'œil. « A tout à l'heure. »
Ce soir-là, Alicia déposa les enfants chez Peter en un temps record (les mettant dehors assez vite pour que Zach l'accuse perfidement : « Bon dieu, M'man, tu veux vraiment te débarrasser de nous ou quoi ? » Et elle se sentit abominable, car la réponse véridique était oui.) Elle ne fit pas de courses, et ne mangea guère – mais à la place, se mit à ranger et se préparer avec effervescence tout en se maudissant d'être si névrotique et en se jurant de convaincre Kalinda d'accueillir chez elle leur prochaine rencontre, parce qu'il n'était pas question qu'elle s'inflige un tel stress toutes les semaines.
Lorsque la sonnette retentit, elle manqua de sauter au plafond. Seigneur ! Elle n'avait pas été aussi à cran depuis… eh bien depuis son premier rendez-vous pour « juste un café » avec Kalinda. Elle croyait avoir dépassé ce stade.
En ouvrant la porte, elle découvrit Kalinda, qui avait l'air exactement comme d'habitude. Du coup, Alicia se sentit insuffisamment habillée, avec son T-shirt de Georgetown et son jean (même si en vérité, elle avait choisi le jean en question pour la manière flatteuse dont il épousait ses courbes).
Kalinda avait également un sac de cuir noir de la taille d'une petite valise.
« Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? » demanda Alicia, confuse.
Kalinda la frôla en entrant. « J'ai une surprise pour toi. »
Alicia battit des paupières. Kalinda n'était pas du genre à faire des cadeaux. « Tu as un cadeau pour moi ?
- Quelque chose dans ce goût-là. » Kalinda était déjà à l'autre bout du salon. Elle fit une pause lorsqu'elle s'aperçut qu'Alicia ne la suivait pas. « La chambre ? »
«Y aller progressivement », était en train de se transformer en « avancer à pas de géant », à une vitesse qu'Alicia n'arrivait pas à suivre. « D'accord. » dit-elle lentement. « Tu… ne perds vraiment pas de temps, n'est-ce pas ? »
Alors qu'Alicia traînait derrière, le rire de Kalinda retentit dans la chambre, suivi de « Ca rend vraiment bien ! »
Elle avait presque oublié que Kalinda n'avait pas vu sa chambre depuis qu'elle avait appartenu à Peter et elle. A présent, elle était toute en teintes jaunes, vertes et ivoire, et lui paraissait bien plus chaleureuse – et bien plus à elle. « Tu trouves ? » Elle entra et découvrit Kalinda assise sur son lit, en train de délacer ses bottes.
« Absolument. Tu peux baisser un peu les lumières ? »
Tout cela lui paraissait un peu … mis en scène, mais elle ne se sentait pas en position de s'opposer à Kalinda, en particulier après l'avoir quasiment suppliée de faire cela les dernières fois qu'elles s'étaient retrouvées. Elle alla régler la luminosité de la lampe dans le coin de la chambre, sans cesser d'observer avec curiosité la femme sur le lit.
Lorsque Kalinda se leva après avoir rangé ses bottes à côté du lit, elle était de dix centimètres plus petite qu'elle ne l'avait jamais vue, et Alicia se sentit tellement décontenancée qu'elle eut presque besoin de s'asseoir à son tour.
« Une serviette de toilette ?
- Pardon ? » Alicia ouvrit de grands yeux.
« Tu as une serviette de toilette ?
- Euh … oui, dans la salle de bain.
- Oh, parfait. » Kalinda disparut dans la salle de bain adjacente et revint une seconde plus tard avec une serviette… elle était bleu ciel, d'une couleur assortie aux anciennes teintes de la chambre d'Alicia avant qu'elle ne la refasse. Elle la déplia, la secoua, et l'étendit bien à plat au milieu du lit. « Bon, je vais aller préparer une ou deux choses. Enlève tes vêtements et allonge-toi là sur le ventre. » Et puis elle disparut de nouveau.
Pendant une fraction de seconde, Alicia terrorisée fut absolument certaine que tout cela était une très grosse erreur que Kalinda avait du sexe et des relations une idée qui était manifestement quelque chose d'entièrement simple et pratique, qu'elle n'était pas sur le point de lui faire l'amour, mais plutôt de la roder, et que la chose la plus judicieuse à faire était de déguerpir. Et vite !
Et puis elle retrouva la raison.
« Tu vas me faire un massage ? » demanda-t-elle d'un ton surpris.
Kalinda s'affairait dans la salle de bain. « Est-ce que ça te va ? » cria-t-elle.
De soulagement, Alicia manqua d'éclater de rire. « Grand dieu oui ! » Tout d'abord, elle fut seulement reconnaissante qu'il ne se soit pas agi d'une sorte de « sexe pour les nuls » utilitaire, mais elle ne se rappelait même plus à quand remontait la dernière fois qu'on lui avait fait un bon massage. «Ca serait merveilleux.
- J'espérais que tu serais de cet avis. »
La tension retombée, il fut presque plus facile pour elle de se déshabiller à présent, qu'il ne l'aurait été sans ce mouvement de panique. Elle rit tout bas et se moqua d'elle-même tandis qu'elle retirait son T-shirt, le pliait impeccablement et le posait sur la chaise couleur crème près de la lampe. Il fut suivi par son jean et ses chaussettes. Elle n'hésita que quelques secondes avant de retirer son soutien-gorge, mais conserva son bikini noir – peut-être qu'elle en arriverait au point où elle abandonnerait toute pudeur, mais pour l'instant…
Oui. De petits pas. Elle monta avec précaution sur le lit où elle s'allongeait chaque nuit mais quelque chose de nouveau bourdonnait dans son corps, et tout lui paraissait un peu différent.
Alicia entendit plutôt qu'elle ne vit Kalinda revenir dans la chambre, au léger bruit de ses pieds nus sur le sol, et il lui parut curieux pendant un instant de ne pas entendre le cliquetis de ses bottes. Alicia imagina de quoi elle devait avoir l'air pour Kalinda, étalée là, vêtue seulement de sa petite culotte noire, et pour le reste, rien qu'une étendue de peau lisse et pâle, et elle frissonna de sa propre vulnérabilité. Fermant résolument les yeux, elle sentit l'autre femme monter sur le lit, et puis se mettre à cheval sur ses hanches. Son poids exerçait une pression agréable. Jetant un coup d'œil le long de son propre corps pendant une seconde, Alicia vit l'une des jambes de Kalinda, revêtue de ce qui semblait être un pantalon de yoga foncé.
Ceci était tout à fait différent.
Mais ça allait. C'était même bien.
Elle entendit le bruit d'une lotion sortant d'un flacon, et puis Kalinda qui frottait l'une contre l'autre ses mains glissantes, ensuite une odeur de noix de coco dans l'air. Alicia respira profondément.
« Ca te plaît ? » demanda Kalinda.
Alicia fit oui de la tête dans son oreiller.
« Tu sais ce qu'il y a de mieux ? » Elle baissa la voix comme si elle conspirait. « Elle a bon goût aussi. »
Cela se voulait bien sûr provocateur, et fut efficace. La nervosité qu'Alicia ressentait avait déjà commencé à laisser place à quelque chose de plus agréable, et à présent une douce chaleur de braise commençait à s'intensifier dans son ventre – en particulier lorsque les mains de Kalinda se pressèrent contre sa peau nue pour la première fois.
Ces mains-là étaient petites, mais fortes et fermes – Alicia n'en était pas étonnée. Pas plus qu'elle ne fut surprise par les gestes experts le long de son dos et sur ses épaules, qui lui disaient que ce n'était certainement pas la première fois que Kalinda faisait cela.
Elle s'efforça de se taire et de se contenter de prendre plaisir au contact de Kalinda. Mais…
« C'est vraiment gentil de ta part. De faire ça pour moi.
- Tu es toujours en train de t'occuper de tout le monde. Tu mérites un petit quelque chose en retour. » Kalinda se pencha en avant et massa un peu plus profondément les côtés de ses omoplates. « De plus, je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de te détendre un peu. » A ce moment, Alicia réalisa que la femme perchée sur elle n'avait pas non plus de chemise – et pour la première fois elle dut réprimer physiquement un gémissement. Mais ensuite Kalinda lui chuchota à nouveau « Détends-toi » à l'oreille, et continua à la toucher de cette façon magique qui était simultanément apaisante et excitante, et elle se sentit fondre sur le matelas.
Pourtant, dans cette petite partie de son cerveau qu'elle ne pouvait jamais vraiment faire taire, elle se demandait pourquoi ceci avait lieu ce soir – tout cela semblait si intime, délicieux et inattendu, et elle n'était pas sûre de savoir quoi en faire. Et puis elle se sentit bête de vouloir en faire quelque chose, alors que c'était tout simplement merveilleux tel quel.
Elle resta silencieuse un long moment, à réfléchir elle adorait cette sensation, peau contre peau et tellement engageante, mais avait le sentiment qu'il manquait quelque chose et il lui fallait absolument savoir ce que c'était – ce que Kalinda réprimait, alors même qu'elle était en train de donner.
« Kalinda ?
- Hmm ? » Ses mains glissèrent avec fluidité sur l'arrière des bras d'Alicia, de haut en bas et retour.
« Quel âge avais-tu ? Quand tu t'es mariée ? »
De façon prévisible, les mains sur son dos s'interrompirent … mais seulement une fraction de seconde avant que Kalinda ne se reprenne. Alicia s'attendait presque à ce qu'elle évite complètement de répondre, mais à la place, elle obtint : « J'étais trop jeune. » Puis même un développement : « Pas seulement pour moi. Pour n'importe qui. »
Alicia ressentit un pincement au cœur. Elle ne savait pas pourquoi elle insistait en ce moment : peut-être s'imaginait-elle que Kalinda perchée sur elle à demi-nue serait plus honnête – une vulnérabilité émotionnelle assortie à celle du corps. « Et comment y as-tu mis fin ? »
Cette fois Kalinda ne fut pas surprise, elle ne s'interrompit donc pas. Mais il s'écoula bien encore quelques instants avant qu'Alicia n'obtienne une réponse verbale. « Par des moyens auxquels je n'aime pas particulièrement penser. »
C'était ce qu'Alicia imaginait. Elle appuya l'oreille contre son oreiller, consciente qu'elle ferait mieux de s'arrêter à présent avant d'agacer Kalinda. Mais elle avait l'impression que ses lèvres étaient aussi relâchées que son corps était en train de le devenir. « Est-ce que c'est ça que Blake a contre toi ? »
A présent, Kalinda se penchait de nouveau en avant, et massait les épaules d'Alicia tandis que ses mamelons lui effleuraient le dos. « Alicia ? Je n'ai pas envie de parler de Blake maintenant. » Son haleine soulevait les mèches de cheveux qui couvraient l'oreille d'Alicia.
« Tu sais que ce n'est pas de Blake dont il est question. » murmura Alicia. Mais avec le contact accru de son corps et la façon dont Kalinda lui parcourait le lobe de l'oreille de sa langue, il devenait plus difficile d'entretenir son indignation.
« Non, vraiment pas. C'est seulement toi et moi, ici. » Kalinda cambra le dos, appuyant pleinement ses seins contre Alicia à présent et massant son corps avec le sien.
Elle n'était vraiment pas fair-play. Mais elle n'avait également pas tort. C'était là quelque chose qu'Alicia – que toutes deux ? – avait attendu longtemps, et à présent Alicia était en train de les en distraire.
« Retourne-toi. » chuchota Kalinda, et ces deux mots sonnèrent comme la plus émoustillante des obscénités. Elle s'écarta d'elle, et l'air frais qui s'engouffra le long du dos d'Alicia lui donna la chair de poule.
Elle eut l'impression que ses bras étaient en caoutchouc tandis qu'elle s'en servait pour se redresser et se retourner sur le lit, faisant face à Kalinda à peu près nue pour la première fois. Son instinct lui dicta aussitôt de détourner les yeux : bien sûr, elle avait déjà vu des femmes nues, mais elle avait été conditionnée dès qu'elle avait commencé à fréquenter les vestiaires à détourner le regard – bien évidemment, on ne contemplait pas les seins des autres femmes.
Elle surmonta vite cela, parce qu'il s'agissait de Kalinda, et qu'il n'y avait pas moyen qu'elle puisse ne pas la contempler. Et lorsqu'elle le fit, elle eut un instant d'émerveillement, suivi d'un brusque accès d'insécurité.
Cela ne faisait aucun doute que Kalinda avait déjà couché avec des femmes plus jeunes. Sans doute de petites créatures au corps et aux seins fermes, à la peau parfaite, et bien entendu, dénuées des vergetures laissées par deux accouchements. Des femmes comme Kalinda elle-même.
Seigneur, Alicia avait complètement oublié qu'avec l'excitation de coucher avec quelqu'un de nouveau, arrivait inévitablement la terreur de se faire rejeter. D'être comparé à d'autres, et jugé déficient. Elle dut se forcer pour croiser le regard de Kalinda.
Mais le regard de Kalinda était occupé à effectuer lentement son propre itinéraire coquin. Et il semblait très, très satisfait. Elle passa les pouces dans la culotte de bikini d'Alicia – la dernière barrière entre elles. Lentement, Kalinda la fit glisser le long de ses jambes, les doigts semblables à des pinceaux sombres contre la chair pâle des cuisses d'Alicia.
Oh Seigneur. Ca allait arriver.
Kalinda remonta. Se pencha pour embrasser les lèvres d'Alicia, profondément et lentement. Et puis elle commença à descendre.
Alicia inspira brusquement tandis que les lèvres de Kalinda effleuraient le haut de ses seins. « Il faut que je te dise quelque chose.
- Mmm. Il faut vraiment ? » De petites mains encadraient ses seins pâles tandis qu'elle les embrassait.
« Oui ! Je … Bon sang ! » Des lèvres douées tiraillaient ses mamelons, une langue palpitait contre eux.
«Pourquoi as-tu tellement envie de parler ? » Un nez titillait le dessous de ses seins, une bouche lui chatouillait les côtes, et ce contact était follement excitant.
« Je… Je… » Sa cohérence suivait la même pente glissante que la bouche de Kalinda le long de son ventre. « J'ai dit aux enfants que je voyais quelqu'un. »
Les lèvres de Kalinda s'immobilisèrent un instant contre la peau du ventre d'Alicia, et elle leva les yeux. « Tu essaies de me faire arrêter ?
- Non ! » gémit Alicia, dont la protestation offrit suffisamment satisfaction à Kalinda pour qu'elle poursuive aussitôt son voyage. Sa langue tournoya paresseusement sur la hanche d'Alicia. « Je voulais juste…oh. » Kalinda était en train de souffler une bouffée d'air chaud sur son sexe, rendant de manière à la fois délicieuse et déconcertante son clitoris hyper-sensible, et il fut clair qu'il n'y aurait pas moyen qu'elle arrive à verbaliser ce qui était en train de se court-circuiter dans sa tête – même si elle en avait envie.
Des choses comme le fait qu'elle ne faisait pas cela avec des gens auxquels elle n'était pas attachée sincèrement et profondément de quelque façon. Que même en tant qu'étudiante, lorsque quelques baisers étaient la chose la plus inoffensive qu'on puisse faire avec quelqu'un, elle se sentait quand même coupable après avoir embrassé en passant un type qu'elle ne connaissait pas au cours d'une soirée sur le campus – et si ses mains commençaient à se balader, elle prenait la porte, peu importait à quel point au juste elle était ivre. Cela n'avait rien à voir avec ses mœurs, et absolument tout à voir avec la personne qu'elle était.
Que tout ce qu'elle désirait était une quelconque petite indication que tout cela signifiait pour Kalinda quelque chose d'autre qu'une amitié drôle et sexy, et une plaisante distraction.
Mais alors, la bouche de Kalinda se posa sur la partie la plus intime et la plus sensible d'elle-même. Et ensuite, le centre de son attention rétrécit jusqu'à ce qu'il n'y ait franchement plus qu'une seule chose qu'elle désire dans l'univers.
Kalinda donna lentement un grand coup de langue de bas en haut. Puis un autre. Puis un autre. Et puis elle s'interrompit et laissa échapper un soupir de contentement.
« Ma puce », murmura-t-elle, « putain, qu'est-ce que tu as bon goût. » Et puis sa langue repassa à l'action, et la tête d'Alicia s'enfonça de nouveau brusquement dans l'oreiller.
Peut-être était-ce le terme affectueux, si totalement inattendu. Peut-être était-ce la façon dont l'accent de Kalinda roula sur ce juron, ou la façon dont sa langue roulait sur le clitoris d'Alicia, ou celle dont ses doigts semblaient être partout à la fois – en Alicia, palpitant à l'intérieur de ses cuisses, pinçant ses mamelons – ou peut-être était-ce l'anticipation, des semaines de désir, de préliminaires et de curiosité qui conduisaient à cet instant précis. Quelle qu'en soit la raison, la pure sensation sexuelle la frappa comme un tremblement de terre – incroyablement émouvante, bouleversante, la réduisant à l'état de créature impuissante et gémissante qui ne pouvait qu'agripper les draps dans ses poings serrés et geindre éperdument de plaisir.
Peut-être était-ce pour cela que Kalinda avait attendu si longtemps – pour s'assurer que lorsque cela finirait par avoir lieu, le monde d'Alicia en serait ébranlé, et son cerveau pratiquement submergé par cette sensation incroyable. Si tel était le cas, cela fonctionna – cela se produisit à une vitesse aveuglante, si facilement, et aussitôt que cet orgasme l'atteignit, une petite partie d'elle-même fut convaincue qu'à cause de cela, elle était désormais perdue pour tout autre amant qu'elle puisse avoir à l'avenir. Personne à part Kalinda n'était capable de faire ça tout à fait comme ça.
Tout aussi rapidement, arriva ensuite un sentiment d'égoïsme terrible : Kalinda lui avait si librement offert du plaisir, tandis qu'Alicia l'avait à peine touchée en retour. Certes, Kalinda était celle qui possédait de l'expérience, mais Alicia s'était toujours enorgueillie d'être une amante généreuse, et il n'y avait vraiment pas d'excuse pour tout ce qu'elle venait de prendre.
Avant même que les contractions de son orgasme aient commencé à se calmer, Alicia avait remonté Kalinda par les épaules, et écrasait des lèvres exigeantes contre les siennes tandis qu'elle lui fourrait une main entre les jambes. A travers le fin tissu de son pantalon de yoga, Kalinda était brûlante et très, très mouillée.
A ce geste inattendu (et sans doute maladroit), Kalinda eut un hoquet contre la bouche d'Alicia et recula un peu. « Oh là, oh là ! » Elle fit courir son pouce le long de la lèvre inférieure d'Alicia, puis repoussa ses cheveux décoiffés derrière son oreille. « Il n'y a rien de mal à te contenter de te détendre et d'en profiter un petit moment. Déjà … reprends ton souffle, d'accord ? » dit Kalinda avec un petit rire.
Ironiquement, à l'injonction de se détendre, Alicia fut envahie d'un accès d'anxiété. « Mais je me suis sentie si bien grâce à toi. Je veux juste… »
Kalinda écarta la main d'Alicia qui était occupée à tenter d'égaliser le score. Elle la porta à ses lèvres, et embrassa les doigts d'Alicia d'un geste surprenant de tendresse. « C'est caractéristique.
- Quoi ? » Le mot se prolongea plus longtemps qu'Alicia n'en avait l'intention, la faisant un peu sonner comme un enfant qu'on a privé de son jouet.
« De vouloir que la personne avec qui vous couchez prenne son pied, sinon vous avez l'impression d'avoir quelque chose qui ne tourne pas rond. Pour ça vous êtes toutes pareilles, vous les femmes hétéros. »
Oubliant pour le moment cette accusation (ou pourquoi cela serait tellement un mal), Alicia éclata d'un rire essoufflé. « Je ne peux pas croire que tu me voies encore comme ça après… » Elle désigna d'un geste sa nudité, puis celle de Kalinda, et se remit à pouffer de plus belle. Toute cette délicieuse oxytocine libérée par l'orgasme faisait son effet.
Kalinda lui accorda un demi-sourire, mais non pas la satisfaction de rire aussi. « Ce n'est pas comme ça que tu te vois ? »
Ses gloussements se calmèrent tandis qu'elle se réinstallait contre les oreillers. « Je suppose que je me voyais ainsi, mais… toutes ces histoires de noir et blanc ne m'ont jamais tellement réussi.
Très bien. » Kalinda posa l'une de ses paumes contre sa poitrine, et la laissa se promener sur la peau encore glissante. « Eh bien. Nous ne sommes pas pressées. Je vais prendre une douche, et te laisser un peu de temps pour décider de quelle nuance de gris tu veux être exactement. Et ensuite je reviens et… on en rediscute. Ca te va ?
- Très bien. » acquiesça Alicia à contre-cœur. Elle soupira tout en fermant les yeux.
L'adrénaline s'évacuait lentement de son corps, et un peu de temps pour se reposer avant de réfléchir à d'autres … activités … semblait réellement très agréable. Elle sourit de contentement en sentant un baiser posé sur son front.
Puis elle s'assoupit, pas assez profondément pour rêver, mais assez pour ne pas entendre la douche se mettre en route ou Kalinda remuer dans la salle de bain. Son corps rassasié accepta volontiers le repos mais il bourdonnait encore avec une intensité qui lui garantissait qu'elle serait bientôt réveillée, réclamant encore plus. Plus de sexe ? Plus de contact ? Simplement plus d'intimité, sentir la chaleur d'un corps tiède, doux et en vie contre le sien ? Cela n'avait pas d'importance pour le moment. Elle se sentait heureuse, en sécurité, et elle était sûre que ce qui arriverait lorsqu'elle se réveillerait serait aussi bon que ce qui s'était produit avant qu'elle ne se laisse gagner par le sommeil.
oOo
Il ne pouvait pas s'être écoulé plus de quinze ou vingt minutes, mais lorsque ses yeux s'ouvrirent et firent la mise au point, ce fut de nouveau sur Kalinda. Elle se présentait de profil à Alicia tandis qu'elle se tenait debout devant le miroir de la coiffeuse, enveloppée
pour tout vêtement dans une des serviettes bleu ciel de la salle de bain. Et elle était en train de brosser ses cheveux mouillés par la douche.
La surprise d'Alicia contribua à lui faire reprendre ses esprits, tandis qu'elle réalisait que depuis des années qu'elles se connaissaient, elle n'avait jamais vu Kalinda les cheveux dénoués.
Kalinda était éblouissante, toujours. Elle était confiante, sexy, et avait une garde-robe à tomber. Mais ainsi – avec les cheveux sur les épaules, sans maquillage, et sans son uniforme jupe courte et bottes à talons aiguilles – elle était terriblement adorable. A tel point que le cœur d'Alicia manqua de s'arrêter, et qu'elle n'eut pas conscience qu'elle se dirigeait vers Kalinda jusqu'à ce que ses pieds basculent au bord du lit et touchent le sol. Papillon - flamme.
Kalinda interrompit son brossage lorsqu'Alicia apparut par-dessus son épaule dans le miroir, où elle croisa son regard.
« Tu es si belle. » chuchota Alicia comme s'il s'agissait d'une confession et si inadéquate à pouvoir communiquer quoi que ce soit de ce qu'elle ressentait, mais c'était tout ce dont elle était capable sur le moment. Elle posa les mains sur les épaules nues de Kalinda. Sa peau humide était douce et attirante sous la chaleur de ses paumes.
Les yeux de Kalinda se fermèrent. Elle posa la brosse à cheveux sur la coiffeuse, et se pencha en arrière contre la poitrine d'Alicia, ses cheveux mouillés appuyés contre sa peau. Alicia laissa descendre ses mains le long des bras de Kalinda tandis qu'elle appuyait les lèvres à la base de son cou. Alicia reconnut sur Kalinda le léger parfum de son propre shampoing et de son savon, mais en quelque sorte, sur elle, l'odeur était tellement plus captivante.
Sans qu'elle en ait conscience, ses doigts se portèrent à l'endroit où la serviette était rentrée au-dessus des seins de Kalinda, et la détachèrent délicatement. La serviette tomba par terre. Simultanément, Kalinda ouvrit les yeux et pivota dans ses bras.
Le regard qu'elles échangèrent alors était presque farouche. Elles se tenaient pied à pied, toutes deux aussi nues et sans défense qu'elles l'avaient jamais été en présence l'une de l'autre. La respiration de Kalinda s'était accélérée cela aurait pu être purement l'excitation, ou le désir, mais Alicia imagina qu'il s'y mêlait aussi rien qu'un peu de peur – ou peut-être voulait-elle juste se sentir moins seule face à la sienne.
Alicia avait envie de cela. Elle était prête. Ce fut le premier instant où elle le sut avec certitude.
Elle tendit le bras, enfonça la main dans ces magnifiques cheveux noirs dénoués, et attira vers la sienne la bouche de Kalinda, qu'elle embrassa lentement et avidement. Puis elles se dirigèrent vers le lit comme une seule personne.
C'était différent, et pourtant pas du tout. Elle avait déjà fait cela auparavant : pas avec une femme, mais l'acte d'explorer une autre personne, de se concentrer sur ses réactions – chaque soupir, hoquet ou frémissement de la peau lui révélant la manière unique de procurer du plaisir, et comment accepter le plaisir en retour. Le corps de Kalinda lui paraissait magnifique chaque centimètre un mystère à découvrir et à comprendre, et un paysage doux, soyeux et souple à parcourir lentement de ses doigts curieux et de ses lèvres. Conformément à l'esprit de leur relation, il n'y eut pas d'impatience ou de course à l'orgasme – seulement de longs et somptueux instants, puis des heures d'expérimentation.
Ce ne fut pas parfait elles n'eurent pas une connaissance magique ou immédiate du corps de l'autre. Elles s'exhortèrent mutuellement en guidant la main de l'autre et en chuchotant des indications, apprenant les endroits les plus sensibles de l'autre, la bonne vitesse et la pression nécessaire aux différents stades de leur excitation. Elles partageaient comme de nouvelles amantes et des étudiantes curieuses – parfois douces, parfois non, faisant des faux pas en chemin, mais apprenant vite.
Et lorsque vint la complétude de Kalinda – avec une respiration tremblante, des poings serrés, et un brusque juron – Alicia eut un instant de folle satisfaction disproportionnée, pour avoir été celle qui avait fait perdre contenance à Kalinda, ne serait-ce que quelques secondes. Que Kalinda lui ait permis d'assister à cela.
Lorsque Kalinda finit par ouvrir les yeux et trouva Alicia en train de l'observer avec intensité d'entre ses jambes, un grand sourire apparut lentement sur son visage. « Tu es si sacrément fière de toi, n'est-ce pas ?
- Bon dieu, oui ! » souffla Alicia en lui retournant son sourire rayonnant. Elles rirent ensemble tandis que Kalinda la pressait de remonter, et elles s'écroulèrent, enchevêtrées dans les draps et l'une dans l'autre.
Elles restèrent ainsi jusqu'au matin.
oOo
Il y avait quelque chose d'étrange au début lorsqu'elle se réveilla. Etrange mais agréable. Il fallut un certain temps à son esprit engourdi par le sommeil pour mettre le doigt sur ce que c'était, mais lorsqu'elle y parvint, cela la fit sourire.
Depuis presque deux ans maintenant, sa première pensée au réveil allait à ce que seraient les épreuves et les jugements qui l'attendaient (au propre comme au figuré) et à la façon dont elle allait les affronter. Aujourd'hui, cependant, sa première pensée fut pour …
Toutes les choses qu'elle attendait avec impatience.
Alicia était seule dans le lit, mais elle entendait des bruits en provenance de la salle de bain, et il n'y avait pas de mot sur l'oreiller, elle savait donc tout au moins qu'elle n'avait pas été entièrement reléguée au rang d'aventure d'un soir. S'étirant voluptueusement, elle attendit que Kalinda émerge : elle-même avait à présent désespérément besoin d'une douche, et elle se demanda paresseusement si elle pouvait convaincre Kalinda de se joindre à elle.
Mais lorsque Kalinda sortit, elle était presque toute habillée, à part ses fameuses bottes et son pendentif en fer à cheval, qui était posé sur la table de nuit. Ses cheveux étaient de nouveau relevés, lisses, brillants et stricts, son maquillage refait, et elle ressemblait de nouveau à une gravure de mode.
« Ce n'est pas juste que tu sois déjà toute prête alors que je suis encore dans cet état-là. » maugréa Alicia en passant une main dans ses cheveux emmêlés.
Kalinda lui adressa un sourire énigmatique tout en se penchant par-dessus Alicia pour attraper son collier.
« Tu aurais dû me réveiller.
- Non, tu avais besoin de dormir. Moi aussi, mais il y a une paire de choses dont je dois m'occuper. » Les doigts de Kalinda s'escrimaient derrière son cou sur le fermoir en argent. Alicia entreprit de sortir du lit dans l'intention de l'aider, mais Kalinda fit non de la tête – elle allait se débrouiller.
« Sûre que tu ne peux pas rester pour le petit-déjeuner ? » Alicia se sentait déçue mais non pas rejetée – du moins pas encore. Le travail de Kalinda induisait des horaires encore plus bizarres que les siens, et elle aurait sans doute dû s'estimer heureuse qu'elles aient eu ne serait-ce que la nuit sans interruption qu'elles venaient de passer.
« J'ai bien peur que non. » Ensuite au bord du lit, pour se glisser dans ses bottes – des mollets à la forme parfaite disparurent sous le cuir lacé. « Mais merci. »
Alicia la contempla et tenta d'évaluer la situation. Kalinda ne se montrait pas exactement … froide, mais distraite peut-être, et c'était là un contraste certain avec l'intimité de la nuit passée. « Dommage. »
Kalinda ne répondit ni oui ni non. Une fois ses bottes fermement lacées, elle se pencha de nouveau vers le miroir de la coiffeuse, pour vérifier sa coiffure et son maquillage avant de se préparer à partir, tandis qu'Alicia continuait à l'observer.
« Kalinda ? » demanda-t-elle timidement. Celle-ci se retourna vers elle. « Est-ce que ça va… se reproduire un jour ? » S'il s'agissait là pour Kalinda d'une façon de se dépêtrer de la situation et de mettre de la distance entre elles, Alicia se disait qu'il valait mieux lui demander franchement.
Kalinda haussa les sourcils. « Pourquoi pas ? Si c'est ce que tu veux. »
Cette femme était une experte dans l'art de détourner le sujet. «Je m'inquiète plus de ce que toi tu veux. »
En réponse, Kalinda revint en direction du lit et se pencha en avant pour appuyer ses lèvres maquillées sur celles d'Alicia. « Ne t'inquiète pas autant. » Et ce fut la seule parole de réconfort qu'elle lui offrit avant de prendre la porte.
