Auteur : lifelesslyndsey
Traductrice : Moi
Spoilers : -
Rating : M
Genre(s) : Humour/Hurt/Comfort
Disclaimers : Tout l'univers des Cullen appartient à Stephenie Meyer. L'histoire que vous allez lire appartient à lifelesslyndsey. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.
Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.
- Chapitre 4: Prudepire -
-PoV PeterPire-
Avant Bella, je n'avais jamais réalisé à quel point je passai mon temps à ne pas prendre de décisions. Elle semblait sentir mon hésitation indéterminée, et me donnait des ordres comme un sergent-chef. Ce qui aurait dû m'irriter était étrangement réconfortant. Cependant, l'étrangeté de cette situation ne m'échappait pas. Le lion était apprivoisé par l'agneau. Bien que je ne sois pas vraiment sûr de qui était l'agneau et qui était le lion pour le moment.
On était dans l'entée de Bella, ou plutôt, elle était dans l'entrée et j'étais forcé de rester sur le pas de la porte.
"Je m'en fous que tu veuilles enlever tes chaussures, Peter, tu dois les mettre, que t'ais des chaussures ou non aux pieds," me dit-elle, une main posée sur sa hanche, et l'autre me tendant des chaussons d'hôpital bleus.
"Tu vas laver tes sols de toutes façons!" répliquai-je en refusant de prendre les chaussons humiliants.
Elle me fit un sourire provocateur et sautilla vers moi pour mettre ces trucs dans la poche de ma chemise. Son sourire se fit victorieux. "Alors tu peux juste rester assis dehors, Arbre-Pire."
Je m'assis sur l'un des tabourets chromés de la cuisine de Bella, les chevilles nouées pour suspendre mes chaussures couvertes par les chaussons pour ne pas toucher son sol immaculé. Elle dansa autour de moi, ignorant mes épaules avachies par la défaite. Sa cuisine...était la copie conforme de celles qu'on pouvait trouver dans les catalogues d'Ikea. Rouge vif avec des finitions chromées, avec une plaque chauffante que je n'avais pas prit la peine de commander. En fait, sa cuisine était quasiment identique à celle que j'avais fait installer la semaine dernière.
"J'ai acheté la même cuisine la semaine dernière," lui dis-je alors qu'elle sortait ce que je ne pouvais que qualifier d'un arsenal de ménage. Des produits chimiques corrosifs glougloutaient dans leurs bouteilles en plastique alors qu'elle fouillait dans le tas pour en sortir celles qu'elle voulait. La dernière bouteille libéra des effluves de lilas chimique alors qu'elle enfilait des glands en latex avec un large sourire!
"J'adore Ikea! Pas besoin de réfléchir. Je n'ai même pas eu à briser mon voeux de ne pratiquement jamais sortir de chez moi. J'ai acheté toute cette merde online et on me l'a livré le lendemain. Ils me l'ont même installé," me dit-elle par dessus le murmure constant de sa vaporetto. Je devais bien admettre qu'Ikea était pratique. C'était pour ça que j'aimais aussi. C'était aussi simple que de cliquer sur un truc et de dire 'emballez-le, je le prends.' En plus, comme ça on était sûr que toutes les merdes s'accordaient entre elles. Et pour être honnête, j'aimais que mes merdes s'accordent.
"Qu'est-ce que tu fais dans la vie?" lui demandai-je soudainement, en sentant que ce serait une question convenable. Je connaissais le prix d'une cuisine de ce genre, mais je n'étais pas assez direct pour lui demander comment elle pouvait se payer de tels meubles.
Elle releva la tête de son ménage pour me regarder droit dans les yeux avant de verser un liquide violet sur le sol. "J'écris des Romans pour Ados, des histoires d'amour entre humains et vampires," me dit-elle d'une voix calme avant de reprendre son ménage.
"Quoi?"
Elle rigola, et fit facilement glisser sa serpillière sous les meubles, "Sérieusement. Ne pète pas un plomb cependant. Je m'en tiens aux créatures nocturnes qui brûle au soleil et qui supporte pas l'ail et l'eau bénite. Les gens croient à toutes ces conneries. Je me roule dans l'argent d'adolescentes et de femmes au foyer qui s'ennuient."
"Tu...écris...des histoires...de vampires." Apparemment, l'incohérence était un effet secondaire de Bella. Je ne pouvais pas comprendre mes propres mots. Elle...écrivait des histoires de vampires. Quelque chose sonnait faux là-dedans. Je ne pus pas m'empêcher de rire.
Elle renifla avant de me faire un sourire. "Je travaille sur une nouvelle série de livres. Des jeunes loup-garous enragés qui essayent de vivre normalement tout en se battant contre des vampires. J'utilise un pseudonyme."
Je grognai et attrapai ma tête à deux mains. Ouais, j'avais déjà entendu parler de Bella avant, mais pas sous ce nom là. "T'es Maria Cygnet. Tes merdes sont dans tous les magasins. Couché de soleil, c'est ça?"
Elle gloussa, "Et Levé de soleil. Très créatif, je sais. Mon prochain livre s'appellera Lune de sang pour tout te dire," renifla-t-elle. "Oh, et c'est vraiment de la merde en plus, non? Tu les a lu? Des pures conneries. Je ne supporte pas de les lire. Mais la demande est astronomique. Tu sais qu'ils vendent des poupées avec? Je pourrais vivre rien qu'avec les ventes de t-shirts."
Et sur ces mots, elle souleva son pull pour dévoiler un garçon pâle au look androgyne qui portait ce qui semblait être du rouge à lèvres entrain d'étreindre une adolescente au regard rêveur. Elle avait de grands yeux et des cheveux longs, et semblait légèrement confuse.
"Est-ce que c'est censé être toi?" lui demandai-je en pointant la fille du doigt. Bella baissa les yeux vers sa poitrine et sourit en enlevant une filoche du visage de 'Bella'.
"Les éditeurs aimaient mon look. Et, vraiment, c'était moi. Presque. J'ai raconté mon histoire pathétique dans mes livres, tout en dissimulant prudemment toute la vérité sur les vampires. Donc si t'as soudainement un coup de speed, et que tu les lis, n'y prête pas trop attention," me dit-elle en haussant les épaules et en agitant son balais. Elle sortit un vaporisateur du seau et commença à asperger les poignées des meubles et les clenches de portes.
"Ne le prend pas mal, s'il te plaît, mais je doute vraiment que je vais lire tes romans pour adolescentes un jour," lui dis-je gentiment en espérant ne pas l'offenser. Elle rigola à nouveau; il semblerait que le rire soit sa réponse à tout. Je ne savais pas vraiment ce qu'il y avait de si drôle, mais je ne pouvais pas me décider à la questionner.
"Je préférerais que tu ne les lises pas. Etant donné que nous sommes au stade ou nous formons notre opinion de l'autre dans ce début d'amitié inter-espèce, je préférerais ne pas prendre le risque que tu me juges accidentellement en te basant sur une merde littéraire."
On passa le reste de notre temps dans un silence confortable, et je fus ravi de découvrir que Bella n'éprouvait pas le besoin de combler le silence. Elle fit le ménage violemment, essuyant tout avec de grands cercles féroces, frottant chaque parcelle impeccable jusqu'à ce ses comptoirs chromés brillent comme du verre.
"Alors qu'est-ce que tu fais? Les nomades doivent bien gagner leur vie aussi," me demanda-t-elle en rangeant les serpillières et les produits de ménage dans leur placard. Elle jeta ses gants en latex dans la poubelle assortie sous l'évier avant de se tourner pour s'appuyer contre son évier fraîchement astiqué.
"Je suis un ingénieur en mécanique automobile indépendant," lui expliquai-je et je souris en voyant ses yeux se perdre dans le vague, "Je fais de jolis dessins de voitures qui n'existent pas encore pour les vendre aux grandes compagnies contre beaucoup d'argent."
Elle leva les yeux au ciel et renifla une fois de plus, "Quelle surprise, un autre vampire blindé. Alors est-ce que tu as dessiné des voitures assez connues pour que j'en ai entendu parler?"
"J'ai vendu quelques dessins originaux pour leurs Volvo aux allemands, il y a une cinquantaine d'années. J'ai dessiné les mini-van Wolkswagen aussi. Mes enfants hypothétiques reçoivent encore de l'argent pour ça. La plupart de mes dessins sont achetés, mais mis de côté pendant quelques années avant d'être produits. C'est beaucoup plus facile de dessiner une voiture que d'en construire une. Je change mes héritiers tous les vingt ans et vends mes dessins sous plusieurs noms différents. Bella?"
"Désolée, quoi?" me demanda-t-elle avec les yeux écarquillés. "J'étais perdue après Volvo. C'est une voiture de lopette ça. T'en as fait d'autres comme ça?"
Je boudai, "Je ne suis pas celui qui a transformé les Volvo en voitures familiale. Laisse-moi te dire que j'avais dessiné une voiture beaucoup plus masculine. Et ce n'est pas la seule voiture que j'ai créé. J'ai créé le tableau de bord pour Aston Ma-"
Ses yeux devinrent froids, et ses doigts se crispèrent, "Je veux plus parler de voitures."
Sentant que j'avais malencontreusement mis les pieds dans le plat, je soupirai, une pathétique habitude humaine dont je n'avais jamais réussis à me débarrasser, "Est-ce que j'ai dit quelque chose qui ne fallait pas?"
"Non," répondit-elle automatiquement, avant que ses épaules ne s'affaissent. "Oui. Mais c'est stupide, et tu ne l'as certainement pas fait exprès. Peux-tu accepter que j'en veuille déraisonnablement et vicieusement à de pauvres voitures qui n'ont jamais fait de mal à personne? Viens. Dans le salon. Je suis nerveuse quand je prends pas mes médicaments à l'heure." Elle attrapa son sachet de la pharmacie, et sortit de la cuisine sans dire un autre mot.
Je lui obéis et la suivis dans le salon avant de m'installer prudemment sur le canapé qui sentait le chien mouillé. Je me forçai à me dire que bien que ça sentait le chien mouillé, ça ne sentait pas le sexe et donc que ça limitait les risques qu'elle se soit envoyé en l'air avec les loups sur ce meuble. Je m'étais déjà permis de penser trop longtemps à sa vie sexuelle, étant donné que même une seconde était de trop, et j'étais juste mal à l'aise.
"Putain, arrête de bouger, Gigote-Pire," s'énerva Bella. "Seigneur. T'es vraiment bizarre. Le canapé n'a rien. Environ une fois par mois les garçons viennent ici, donc ouais, ça sent probablement le chien, mais ça fait des années que je me suis pas envoyé en l'air avec n'importe lequel d'entre eux. Ou qui que ce soit, d'ailleurs."
"Euh," répondis-je, avec une putain d'éloquence. Que répondre à ça? J'étais plutôt intelligent, bien qu'un peu aigri, avec une connaissance intime de tout l'univers, mais le sexe...n'était pas quelque chose que je comprenais, ou que je souhaitais comprendre pour être honnête. Ça me semblait très sale tout ça, et c'était ce qui se rapprochait le plus de la mort sans mourir pour les gens, même si ça ne durait qu'un instant.
Je relevai la tête pour voir Bella m'étudier avec curiosité et dissimulai rapidement mon visage, qu'elle semblait être capable de lire comme une putain de bd du journal. "Bien, alors," dit-elle d'une voix légère en fouillant dans son sachet, "Le sexe ne sera pas un de nos sujets de conversations alors. C'est bon, je ne te jugerais pas. J'ai rencontré des vampires prudes avant toi, donc c'est pas nouveau."
Grimaçant, j'enlevai mon manteau et le jetai à l'autre bout du canapé avant de m'installer plus confortablement, "Je ne suis pas prude."
"Est-ce que tu veux voir mes nichons?" me demanda-t-elle brusquement alors que ses doigts tiraient sur le bas de son t-shirt pour révéler plusieurs centimètres de son...abdomen. Son nombril était...plus que ce que j'avais jamais vu chez quelqu'un de vivant, et le brusque assaut de besoin primaire qui me submergea me terrifia. Je ne faisais pas ça. Pas que j'y ai jamais pensé. J'y avais énormément pensé. Je ne le faisais juste pas. Je n'étais pas une personne 'active'. J'étais plutôt du genre cérébral. Mais putain, j'étais pratiquement sûr qu'on avait déjà établit ce fait avant!
Je sursautai et bondis presque du canapé. "Non!"
Elle rigola et relâcha son t-shirt avant de reporter son attention sur ses médicaments. "Ouais, t'es pas un putain de prude, après tout, c'est pas comme si tu venais de refuser un petit show gratuit. C'est pas comme si je t'avais proposé une pipe."
Oh génial. J'avais une putain...d'érection.
Parce que j'étais non seulement un vampire, mais aussi un ange, mes connaissances combinée à mon cerveau immense capable de cataloguer chaque information signifiaient que je pouvais créer des images incroyablement détaillées à chaque mot que j'entendais. Et essayer d'ignorer les images qui me vinrent à l'esprit lorsque le mot Pipe lui échappa, fut comme essayer de pisser sur une maison en feu. Ça ne marcha pas. Je maudis les dieux, le Mien et les autres, d'avoir choisis d'enlever ma veste. Je n'avais pas souvent ce problème, et je ne savais jamais vraiment comment réagir dans ce cas-là.
Chaque alarme de mon esprit et de mon corps s'enclencha et m'ordonna de fuir. Pas juste mon côté angélique, mais mon côté vampirique aussi. J'avais passé un millénaire dans le corps d'un Ange, sans un iota de sexualité, si ce n'est le fait que j'avais l'image d'un homme. Mais ce n'avait été que ça, juste une image. Je n'étais ni homme ni femme.
Maintenant que j'étais un vampire, j'avais un air viril. Il n'y avait rien d'androgyne chez moi, contrairement à quand j'avais été un Ange. Et ce n'était plus un péché pour moi d'admettre que j'aimais avoir une queue. Même si je ne m'en étais jamais servi. J'aimais être un homme.
Même si je n'en étais pas vraiment un. En ce qui concernait les érections, je n'avais pas l'habitude d'en avoir. C'était juste quelque chose que je ne faisais pas. Bien sûr, je pensais à ce genre de truc. Beaucoup, pour être honnête, mais toujours d'un point de vue externe, et jamais avec une intention claire. J'étais un cérébral, pas un décideur. J'étais sûr qu'on avait déjà établit ce fait.
Et me voilà, avec une érection. Une érection cognitive, provoquée par mes pensées, par mes idées, quelque chose qui ne m'était jamais arrivé auparavant. Bien sûr, ça m'était déjà arrivé d'avoir une érection inappropriée parce que mon jean me frottait de la mauvaise façon. Elles ne provenaient pas de pensées ou de curiosité. C'était le cas de celle-çi, cependant.
C'était elle. Sa bouche, ses mots. Ses jambes pâles. Elle faisait naître des idées, des images en moi que je ne m'étais jamais permis d'envisager, et maintenant, je ne pouvais plus m'en débarrasser. Et à ma plus grande inquiétude, je découvrais que je ne voulais pas m'en débarrasser. Ma curiosité voulait savoir ce que de telles idées pourraient faire. Elle n'avait fait rien de plus que de prononcer le mot pipe, et je me retrouvais perdu dans une spirale d'indécision et de confusion, avec une putain d'érection dont je ne savais pas quoi faire.
Enfin, je savais quoi en faire, c'était juste...que je ne faisais pas ça.
"Peter?" La voix légèrement paniquée de Bella me ramena sur terre, "Peter? Seigneur, je suis désolée, je ne voulais pas...est-ce que ça va? Je ne voulais pas t'offenser, ni te surprendre ni rien, mais tu pourrais descendre, parce que tu me fais flipper. Ecoute, je suis vraiment désolée, c'est juste que je...tu veux bien descendre du plafond maintenant?"
J'ouvris les yeux et vis Bella à l'envers, et à ma plus consternation, je vis son décolleté aussi. Pour la première fois de ma vie, je ne pouvais pas ignorer la présence d'un décolleté plongeant; un parfait décolleté plongeant. Ou en tout cas, il était aussi parfait que j'avais imaginé un décolleté plongeant l'être, aussi parfait que j'avais pris la peine de l'imaginer. Putain, comment j'avais fini sur son plafond? Putain, y'avait quelque chose qui n'allait pas chez moi.
"Je suis désolé," marmonnai-je en me laissant retomber au sol. "Je ne sais pas ce qui s'est passé?"
"Tu t'es bloqué!" souffla-t-elle. "T'es passé en mode vampire complet. T'as arrêté de faire semblant de respirer, t'as arrêté de bouger, t'as arrêté de cligner des yeux. Tu t'es figé... Et ensuite, tu t'es soudainement retrouvé assis au plafond. C'est cool comme truc, au fait. Est-ce que c'est ton don?"
Mon don? Oh oui, "Euh, ouais, en quelque sorte."
"Je suis désolée. Il est clair que tu viens d'une époque où les idéaux étaient différents et je peux vraiment respecter ça. Je ne voulais pas t'offenser." Elle se pencha vers moi et posa sa main sur mon genou, et il me fallut toutes mes forces pour ne pas sursauter en sentant sa chaleur. "Tu es resté seul pendant très longtemps, n'est-ce pas?"
"Je n'étais pas offensé, j'étais surpris, c'est tout. Vraiment je n'ai pas d'idée sur la sexualité, c'est plutôt personnel, non? Ce n'était pas ça. C'est juste...je...je n'ai pas l'habitude de parler aussi librement de ce genre de choses. Donc parfois, je ne sais pas vraiment comment réagir. Quand la seule compagnie que t'as c'est toi même, t'es pas vraiment doué avec les autres. Je n'avais pas réalisé que j'avais bloqué." Je me sentais obligé de lui répondre honnêtement. "Je n'ai pas tenu une conversation décente depuis plus d'une centaine d'années. Je pense que je n'ai plus l'habitude. Je n'ai pas vraiment l'impression d'être à ma place avec les autres vampires. Et tu es la première humaine dont je connais plus que le nom et la date de décès."
Elle serra mon genou une fois avant d'enlever sa main, "Je comprend. Je ne suis ni une vampire ni une loup-garou, mais je n'ai pas ma place parmi les humains. Aucun de nous ne semble être à l'aise en société. Je suppose que je devrais te prévenir que je dis parfois des choses qui ne sont pas entièrement appropriées. Certains des médicaments que je prend me rendent un peu...apathique. C'est juste que...je ne réalise pas toujours ce que je dis. Mais même avant ma première rencontre avec les Morts-Vivants, je n'étais pas vraiment de bonne compagnie. J'ai toujours été une solitaire."
"Et donc nous voilà, deux solitaires qui essayent de devenir amis," remarquai-je d'une voix sardonique en me forçant à me calmer. Je me demandais à quelle fréquence je me perdais dans mes pensées chez moi, et réalisai rapidement que je me retrouvais très souvent au plafond. Juste pour...réfléchir. Quelle putain de triste vie je menais.
"Qui se ressemble..." me dit-elle en agitant la main. Elle ouvrit un tiroir, révélant un tas de petites boîtes orange. "Même si je crois pas qu'on puisse soigner un vampire de ses névroses."
"Putain, c'est quoi tous ces trucs?" lui demandai-je avec incrédulité en la regardant aligner son arsenal de médicament sur la table. "Seigneur, tu prends ça chaque jour?"
"La plupart, ouais. Y'a le stabilisateur d'humeur de base, des inhibiteurs de sérotonine, des inhibiteurs de dopamine, anti-anxiolytiques, des anti-psychotiques, et des calmants. La totale. Je suis comme cette putain d'Alice au Pays des Merveilles." Elle leva deux boîtes, les secoua et chantonna, "Un te fera grandir...l'autre te fera rapetisser..."
"Et tu prends tout ça parce que t'es mentalement instable? A cause des vampires? Je pense que je devrais peut-être y aller. Je ne pense pas que ma présence te fasse du bien," lui dis-je en fixant sa pile de médicaments. Quelque chose d'horrible lui était arrivé, et je n'avais pas l'intention d'ajouter des pilules à son total.
"Tu n'en as pas envie, cependant," me dit-elle en plissant les yeux. "Tu me dis que t'y vas, mais en fait, tu vas te percher dans un arbre à l'extérieur de ma chambre, et on le sait tous les deux."
J'ouvris la bouche pour nier, mais la refermai ensuite immédiatement. Je n'étais pas sûr que je ne le ferais pas, et ça m'alarmait. "De toutes façons, je devrais y aller."
"Si c'est ce que tu veux," soupira-t-elle. "Tu peux rester si tu veux. Honnêtement, me regarder par la fenêtre ne doit pas être très intéressant. Si tu reste, tu peux me poser toutes ces folles questions qui te tournent dans la tête. Celles qui n'ont aucun rapport avec mon passé avec les Vampires."
Je me rassis et posai mes mains sur mes genoux, "Tu es très étrange."
"Je sais, hein? Tu devrais carrément voir comment je suis quand je ne prend pas mes médicaments," rigola-t-elle. "En parlant de ça..." Elle se pencha vers la table et fouilla dans les boîtes blanches et oranges.
"Alors qu'est-ce qui ne va pas chez toi?" lui demandai-je avant de pouvoir m'en empêcher. C'était une question plutôt personnelle, et je n'avais pas le droit de la poser, "Tu n'as pas à répondre si tu ne veux pas."
Elle haussa ses pâles épaules. "C'est bon. C'est un traitement psychotrope. Tu vois, je suis pas ce qu'on pourrait qualifier de mentalement instable. Mais là encore, j'ai passé du temps avec des vampires et des loup-garous, donc à quoi s'attendre?"
Je me sentais coupable pour cette fille. Les humains n'étaient pas fait pour fricoter avec le surnaturel. Elle ne me semblait pas mentalement instable, mais là encore, je n'étais pas médecin. Et je n'étais pas exactement stable non plus. "Quelque chose d'horrible a dû t'arriver, je pense."
Son regard se perdit au loin, comme pour se rappeler d'un souvenir qu'elle avait enfouit il y a longtemps, "Non. J'étais une adolescente qui se croyait amoureuse. Mais le garçon n'était pas un garçon, c'était un vampire. Et je l'ai laissé me blesser, et je me suis blessée en retour. Et quand tu fais des trucs destructeurs et que tu commences à entendre des voix, les gens te mettent sous traitement. Ils éprouvent le besoin de faire disparaître ces sombres désirs. Et avant que je m'en rende compte, je prenais des anti-tout. Je suis l'Anti-Bella."
Elle s'interrompit et fouilla dans ses tiroirs. "Oh, et je prends des somnifères aussi. Si je les prends pas, j'ai tendance à me réveiller en hurlant," ajouta-t-elle en attrapant un truc en plastique coloré et en en faisant sortir plusieurs pilules.
Lorsque je réalisai ce que c'était, je ne pus pas m'empêcher de sourire à l'ironie, "Tu prends tes cachets d'un distributeur Pez Dracula?"
"Je suis cool comme ça," me dit-elle en avalant les sept pilules à la fois avant de les faire descendre avec de l'eau. "On m'a diagnostiqué schizophrène, sévèrement dépressive et Bi-polaire. Je pense qu'ils se sont fait plaisir sur mon diagnostique. Je ne pense pas que tout aille bien, mais je ne pense pas que je sois aussi atteinte non plus. Je pense que j'avais le droit d'être déprimée."
"Oh," fut tout ce que je réussis à dire. Je veux dire, que répondre à ça? Si j'avais été humain, j'aurais eu peur d'elle. Et même maintenant, elle m'effrayait un petit peu. "Pourquoi tu dois prendre tout ça?"
Elle soupira et secoua la tête, "Je t'ai déjà dit que j'avais sauté du haut d'une falaise. Ben, apparemment, une tentative de suicide c'est mal vu dans le coin. Je ne réfléchissais pas vraiment, et j'ai fait des trucs stupides pour pouvoir entendre Sa voix."
"La voix de qui?" lui demandai-je, bien que ça ne soit pas la première question à m'être venue à l'esprit. Sa voix? La voix de Dieu? Dieu parlait rarement aux humains, mais ça Lui était déjà arrivé. Mais là encore, si ça l'avait mené à des falaises, alors le Grand Homme n'avait probablement rien à voir là-dedans. Est-ce qu'elle entendait toujours des voix? Est-ce que ces voix étaient réelles? Parce que, franchement, j'entendais des voix aussi, les voix de centaines d'Anges flottaient dans mon esprit. J'étais mal placé pour la juger.
"La voix de mon ex-petit-ami Vampirique. Ah! Pas de questions." Elle m'interrompit à l'instant même où j'ouvris la bouche. "Je réalise maintenant que je n'étais pas folle, je renonçai à tout ça. Je recherchais activement La Voix. Ça ne veut pas dire que je croyais qu'il était là. Je savais que c'était juste dans ma tête. Mais j'avais une foutue crise de nerf. Un abandon total a cet effet-là sur les gens. Donc j'ai sauté du haut d'une falaise, et un loup-garou m'a sorti de l'eau à moitié morte. Mais pas avant qu'un autre vampire n'ait essayé de s'en prendre à moi."
"Un autre vampire?" lui demandai-je avec curiosité. Sérieusement, combien de vampires connaissait-elle? Etant donné que nos lois exigeaient l'anonymat absolu, elle connaissait de nombreux vampires.
"C'est une question, mais je te l'accorde. L'âme-soeur du traqueur. Une salope rousse. Elle s'est enflammée et a décidé que sa vengeance ne serait assouvie qu'en suivant le concept oeil pour oeil. Mon âme-soeur avait tué la sienne, donc elle était bien décidée à me tuer. Sauf que je n'étais plus son âme-soeur. Apparemment, elle s'en moquait. Elle est morte maintenant. Comme son ami."
"Son ami?" Je croyais qu'elle avait dit son âme-soeur. Sérieusement, j'étais complètement paumé, ses médicaments avaient dû commencer à faire effet.
"Oh, la femelle avait envoyé un de ses amis en éclaireur. Tu sais, pour étudier le terrain et tout. Il a décidé que je sentais trop bon pour laisser passer une telle opportunité et il a essayé de me manger dans une clairière. Mais la Meute s'est occupé de lui."
"Donc combien de vampires ont essayé de te tuer?" lui demandais-je d'une voix aussi nonchalante que possible. Ce n'était pas vraiment une question banale.
"Ben, si tu comptes mon petit-ami, cinq."
"Le traqueur, son âme-soeur, leur ami, le petit-ami et...?"
"Le dernier ne compte pas. Il l'a pas fait exprès. En fait, je dirais qu'il est le plus innocent des cinq. Sérieusement testé et ignoré. Je ne l'ai jamais vraiment bien connu, mais je respecte son combat," dit-elle, en tirant sur une de ses mèches de cheveux pour examiner ses fourches. Elle n'était absolument pas perturbée par tout ça. Si j'avais été un humain qui avait été attaquée par cinq vampires différents, je serais dans un sale état."
Mais en jetant un autre coup d'oeil à son distributeur de bonbon Dracula, je supposai qu'elle ne s'en était pas si bien sortie que ça. Je me demandais si ses médicaments la droguaient au point de la rendre indifférente.
"Comment a-t-il pu ne pas le faire exprès?"
Elle soupira. "C'est comme ça. Arrête de me poser des questions. Je ne veux pas parler de lui."
"Je suis désolé, je ne voulais pas me montrer curieux."
"C'est bon. C'est un sujet susceptible, c'est tout."
Elle rechargea son distributeur de bonbons Pez avant de le ranger dans le tiroir. Elle releva ensuite brusquement la tête.
"C'est tout un tas de conneries. Alors j'étais un peu triste et j'ai entendu quelques voix. Peut-être que j'ai passé quelques semaines catatonique. Maintenant je suis une coquille vide. Je veux dire, même si tu voulais boire mon sang, Peter, je doute vraiment d'avoir bon goût avec tous les médicaments que je prends. Soit ça, ou soit ça te ferait planer. Si t'es déprimé ou quelque chose de ce genre, dis-le moi, mon O négatif te remettra de bonne humeur."
Je ne pensais vraiment pas que ça me ferait planer, comme elle disait. "Je ne veux pas boire ton sang."
Elle haussa à nouveau les épaules. "J'avais bien compris. Si tu l'avais voulu, je serais déjà morte." Elle me dit ça d'une voix si nonchalante que j'en fus abasourdi.
"N'as-tu pas peur de mourir?" lui demandai-je en haussant un sourcil. C'était un concept intéressant. Que ce soit sous ma forme d'ange ou de vampire, j'avais appris que les humains normaux avaient généralement plus peur de la mort que de n'importe quoi d'autre. Cependant, cette humaine ne pouvait vraiment pas être considérée comme normale.
Elle me sourit et regarda le plafond avec tendresse. Je me demandai soudainement si elle pensait à Dieu. "A ce stade de ma vie, Peter, j'attends. J'attends de rejoindre le Créateur, d'en finir avec toute cette merde. J'accueillerais ce répit. Peut-être que ce sera le Paradis, ou peut-être le Purgatoire, ou encore l'Enfer. Je ne sais pas ce que je mérite, mais c'est toujours mieux que ça. A moitié morte."
Je restai silencieusement assis et fixai cette étrange humaine. Que répondre à ça? En toute honnêteté, sans même tous les médicaments, j'étais sûr qu'elle était un peu folle. Après tout, elle avait invité un vampire pour discuter. Ça me semblait plutôt dingue. Et y'avait le distributeur de bonbons Pez. Ça, ça me semblait juste condescendant. Je ne savais pas si j'en étais amusé ou offensé.
"Je vais me faire un peu de pop-corn, n'hésite pas à te mettre à l'aise. Tu pourras me parler de toi!" me dit-elle joyeusement en sautant sur ses pieds et en se dirigeant vers la cuisine. Le murmure du micro-onde fut le seul son audible à part son coeur et sa respiration, mais je ne pensais pas qu'elle y prêtait attention.
Devrais-je rester ou devrais-je partir? Là était la question. Mais la dernière chose dont j'avais besoin c'était de me rappeler de cette chanson de Clash. Reprend-toi, Peter, tu as une décision à prendre. Reste ou pars. C'est facile. Tu pourrais partir maintenant, et ce serait fini, tu laisserais l'humaine en paix... Choisis. Putain...
"Reste," fut tout ce qu'elle me dit, et ce fut suffisant pour moi. Est-ce qu'elle savait que je ne pouvais pas me décider? Est-ce que je savais que je ne pouvais pas me décider? Est-ce que je voulais rester?
Oui. Je pense que je voulais rester.
Bizarre.
Elle se laissa tomber dans son fauteuil en cuir et enroula un plaid usé autour de ses épaules. "Alors, parle-moi de toi. J'ai du pop-corn et environ oh...je sais pas, quatre-vingt dix minutes avant de m'endormir."
Je rigolai, "Tu veux que je raconte cent cinquante ans en quatre-vingt dix minutes?" lui demandai-je alors qu'elle mâchouillait.
"Un résumé, Petey, un résumé. Et ce qu'on aborde pas aujourd'hui, on l'abordera une autre fois," me dit-elle joyeusement en me regardant avec insistance. "Ben, vas-y."
Je pris un moment pour me demander si je voulais lui parler de Maria ou non. Ça ne me serait absolument pas bénéfique, et ça lui ferait probablement peur. Je décidai de ne pas en parler. Et à ma plus grande surprise, ce fut un choix facile. Je n'avais pas hésité pendant des heures, j'avais juste décidé. Très étrange en effet.
"Je pense que tu seras déçue. Mon histoire n'est absolument pas divertissante. J'ai été transformé dans le Mississippi en 1863. J'ai vécu dans un grand clan et notre Matriarche n'avait pas de morale. Mon créateur a trouvé son âme-soeur, et on s'est séparé. J'ai vécu au Texas jusqu'à maintenant."
"Wouah. C'était incroyablement ennuyeux," me dit-elle en faisant semblant de bailler. Je ne pus pas m'empêcher de rire.
"Je t'avais prévenu." Je m'interrompis et penchai la tête sur le côté. "J'en suis venu à la conclusion qu'il était temps pour moi de vivre ma vie. Je ne me rappelle pas d'une seule fois où j'ai fait quoi que ce soit pour moi-même."
Elle sourit. "Je comprend ça. Crois-le ou non, je ne prenais pas souvent de décisions non plus. Ne te méprend pas, je suis une garce têtue, mais ça ne me dérangeait absolument pas qu'on prenne mes décisions à ma place. Ce n'est pas une vie."
"Je n'ai jamais vécu autrement. Je n'ai jamais eu à prendre des décisions moi-même. Certains jours, j'ai du mal à choisir mes propres vêtements," admis-je d'une voix absente. "Je ne sais absolument pas pourquoi je t'ai dit ça," dis-je en fronçant les sourcils. Sérieusement, pourquoi j'ai dit ça à voix haute?
Elle se pencha vers moi et me tapota le genou. "Ne te censure pas pour moi. Alors, tu es l'un des Elus? Un vampire qui a un don? Parle m'en, oh, l'homme-qui-défit-la-gravité."
"Euh. Oui. Le truc du plafond, je sais pas vraiment si c'est un don ou un dysfonctionnement de ma transformation, comme le fait que je n'ai pas d'odeur. Vraiment, je pense que mon don ressemble plus à...une connaissance du futur."
Elle grogna. "Tu peux voir le futur? Putain c'est génial. Le monde n'a pas besoin de deux comme vous," grommela-t-elle en me lançant une poignée de pop-corn.
Je lui en renvoyai un. "Non. Je ne suis pas un Voyant. J'ai juste, parfois, une grande connaissance d'un sujet précis. Par exemple, je sais tout ce qu'il y a à savoir sur les loups Quileute. Je ne les ai jamais rencontré, et avant toi, je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui les connaissait. Mais tu as dit le mot 'loup-garou' et j'ai su. Je sais aussi que le fauteuil sur lequel tu es assise appartenait à ton père, qui est mort d'un cancer de l'estomac il y a trois ans."
"En effet. Il aimait ce fauteuil au point de l'inclure dans son testament ce vieux bâtard," me dit-elle en hochant la tête et en faisant courir son doigt sur les coutures usée du siège avec un sourire tendre. "Sympa comme don. Qu'est-ce qu'il t'a dit sur moi?"
"Rien," répondis-je en laissant les voix résonner dans mon esprit, cherchant quelque chose ayant rapport à Isabella Swan. "C'est presque comme si tu n'existais pas, bien que ce soit le cas. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai été aussi...intrigué par toi."
"Je dirais plutôt obsédé. Tu n'es pas le premier à avoir du mal à me lire, cependant. Mon Ex Vampire ne pouvait pas non plus. C'était un télépathe, et c'est la raison pour laquelle il est devenu aussi obsédé par moi lui aussi."
"Je suis content de ne pas être le seul, alors," lui répondis-je d'une voix légère. "Je pensais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas chez moi."
A ces mots, Bella rigola. "Il y a plein de choses qui ne vont pas chez toi, Peter, et j'en sais quelque chose. Qui se ressemble s'assemble, non? J'ai l'impression qu'on s'est tous les deux fait baiser en beauté par la vie, et que maintenant, on essaye de profiter du fameux repos post-coïtal tout en essayant de ne pas se faire baiser à nouveau."
Je ravalai tout le venin qui m'était monté à la bouche, alarmé par le fait que je trouvais ces obscénités provenant de sa bouche érotiques. "Ça fait longtemps que je ne me suis pas fait baisé. Je ne pense pas que qui que ce soit essaye de me baiser." Seigneur, putain. Apparemment, ma bouche et mon cerveau avaient décidé de se liguer contre moi. J'aurais rougis si ça m'avait été biologiquement possible. Pas été baisé...bordel, mais de quoi je parlais?
Bella éclata de rire et ses joues rougirent assez pour nous deux. "Oh Peter, c'est génial. Non, mais sérieusement, les gens essayeront toujours de te baiser. Ce n'est pas quelque chose à quoi tu t'attends mais tiens-toi juste prêt quand on t'abaisse soudainement le pantalon."
Prochain chapitre : Pédopire
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