Bon ben c'est mon premier OS écrit en décembre 2011 est le premier d'une longue lignée de fictions.
Je l'ai réalisé en une soirée de pleurs et de rires (en fait je pleurais de rire – logique logique-). Il est dédié à ma meilleure amie et onee-san spécialisée dans la consolation d'amie en détresse... À ma Maëlle !
P.S : ce OS est un revu et corrigé de celui posté sur Kokoro my heart ( mon blog) donc si vous remarquez des différences c'est normal ! Bonne lecture ! 3 qu'Ichigo reste dans nos cœurs !
Disclamer: Tite Kubo
Pairing: Matsumoto x Ichimaru! (vive les albi- même si j'ai pas trop l'impression qu'il en soit un-!
Bon ça c'est la troisième version, revue et corrigée à mort, c'est-à-dire que j'ai changé la forme, le comportement, mais pas le fond du moins, et surtout mon style est bien moins niais. 'Fin j'espère.
10 ème division du gôtei 13. 23h 56 .
Le cri d'un criquet éveillé laissait prévoir que la nuit serait longue pour certains, courte pour d'autres. Une jeune femme blonde, aux formes généreuses et jeune garçon aux cheveux blancs bûchaient sur des dossiers paraissant interminables dans un bureau aux nombreux tatamis. Le silence complet, on aurait pu croire qu'ils étaient de simples automates sans vie. Si l'on mettait à part le grattement de la plume sur le papier, la respiration régulière du garçon, et le bruit d'une gorgée d'alcool avalée par la femme. Alors la jeune femme se leva brutalement, frappa le bureau de la paume de ses deux mains, en annonçant:
- Mon capitaine il se fait tard ! Nous devrions rentrer aux casernes non?
- Rangiku ! Je dois finir mon travail ! Je ne dois pas faire attendre mes supérieurs ! argumenta le garçon à l'air si sévère pour son âge.
- Allons allons, le réprimanda la femme. Un enfant se doit de dormir suffisamment; autrement dit , au dodo mon capitaine!
- Hé, mais je ne suis pas.. Hé MATSUMOTO, LACHE-MOI ! MAIS FICHE-MOI LA PAIIIIX !
La jeune femme prit alors le petit garçon par le col de son shihakushô qui se débattit avec force, et le porta jusqu'à l'encadrement de la porte. Elle le flanqua dehors et termina par les mots suivants:
- Capitaine Hitsugaya , mon devoir est de veiller sur vous. Si jamais par un quelconque hasard nous devrions aller affronter on ne sait quel adversaire et que vous étiez mal réveillé , vous risqueriez de vous faire tuer! lui dit-elle en faisant les gros yeux comme une maman gronde son enfant. Ça serait bien embêtant! Et je devrais trouver un nouveau capitaine ce qui me donnerait plus de boulot que d'habitude. Ça vous plairez de me faire travailler comme une bête?
Elle avait conclut son petit laïus par un long soupir et leva les yeux au ciel, comme si une approbation divine suffisait à convaincre le capitaine de sa division.
- Pour ce que vous faîtes comme boulot ça ne me paraît pas si énorme.. grommela le capitaine.
- Bien alors nous nous sommes compris, n'est-ce pas ? sourit Rangiku. Bon à demain et bonne nuit!
Il était déjà loin, ses bras croisés à l'arrière de son crâne, s'en allant pour ses appartements de capitaine.
- Cette Matsumoto... soupira le jeune garçon. Je trouve qu'elle fait le minimum du minimum syndical, mais je ne sais pas ce que je ferais sans elle, conclut Tôshiro avec lassitude en la regardant s'éloigner dans le lointain, les bras appuyés sur la rambarde de bois.
Rangiku partait pour le dortoir des femmes de la dixième division, l'air contente d'avoir convaincu son capitaine de s'être arrêté. Alors qu'elle s'éloignait de sa division depuis quelques minutes déjà, la jeune femme commença à avoir la gorge qui se serrait. Elle jeta un regard autour d'elle, et n'entendant que le bruit d'un criquet qui commençait son concert nocturne, s'appuya à un mur voisin.
Ce devait être l'été dans le monde des vivants..
Elle demanderai à son capitaine de pouvoir faire une mission chez les vivants, et pourra en profiter pour participer aux O-bon d'août, porter un yukata, manger des yakitoris, des manju..
Des kaki aussi..
Peut-être...
Ça faisait bientôt plus d'un an qu'il ne pourrait la rejoindre, et l'aider à rentrer chez elle de ses beuveries estivales, au trois quart bourrée, et lui sourire avant qu'elle ne tombe de sommeil sur son lit.
Elle ne pourrait plus l'entendre lui murmurer un « bonne nuit, Ran-chan.. » avant de s'endormir. Et de se retrouver le matin, seule, avec l'odeur de l'alcool, et la sienne si pure, autour d'elle. Le goût du kaki restant dans sa bouche.
Tous ces souvenirs qui lui revenaient sans qu'elle le demande. Un flot de sentiments envahit son cœur, et la douleur provoquée par ceux-ci ne s'apaisait pas. La haine, le mépris, l'amour, l'amitié, la joie, le désir, le dégoût, la honte, l'orgueil, la détermination, l'attirance, la timidité, et la fierté. Sa tête tournait, et le monde ne voulait pas se stopper.
Elle tomba à terre et se tint le visage entre les mains. Pourquoi maintenant ? Pourquoi à cet instant, il fallait qu'elle craque ? Parce que Rangiku Matsumoto était une femme forte qui savait dissimuler habilement ses sentiments. Elle voulait à la fois afficher ce statut et le cacher aux yeux de tous, et continuer à faire comme si de rien n'était. À jouer les idiotes superficielles, à faire semblant, de ne pas souffrir, de ne rien ressentir. Aux yeux de tous, elle donnait l'impression d'avoir fait son deuil rapidement. Même son petit capitaine en était persuadé, et pour lui, c'était une affaire classée.
Pourtant, ce à quoi elle tenait plus que tout, avait disparu lors de la bataille de la fausse Karakura et l'avait, semble-t-il, "protégée"... Rangiku n'aimait que lui, et l'aimera toujours. Elle avait été profondément affectée par sa disparition soudaine et imprévue... Même si elle savait pertinemment que le sort qui l'attendait était le trépas, de la main d'Aizen ou de celle d'un bourreau de la Soul Society. La sensation de vide qui la hantait ne disparaissait jamais, et s'immisçait dans son cœur meurtri par la haine et l'amour. À chaque fois qu'elle pensait à lui, à chaque instant, l'envie de fondre en larmes s'emparait d'elle, et les efforts qu'elle devait déployer pour ne pas plier sous le poids du chagrin lui semblaient surhumains. Le souvenir de lui, dégringolant de l'arbre, roulé en boule pour éviter de trop se faire mal, les bras remplis de kaki.
« On les fera sécher Ran, tu vas voir c'est super bon ! ».
Puis le jour de son anniversaire.
« Joyeux anniversaire Ran ! J'suis désolé mais y'a pas grand chose.. Mais bon c'pas grave puisqu'on est ensemble ! ».
Rangiku déglutit une nouvelle fois, mais lorsqu'elle sentit le coin de son œil se mouiller, elle ne put pas se résoudre à jour les fières à bras et ravaler son sanglot. La vague d'émotion était trop forte, son corps ne tenait plus le coup face à son cœur brisé. Elle se laissa alors aller à pleurer lorsqu'elle fut hors de vue.
Se laissant choir sur le sol, comme une créature blessée et faible.
Les larmes chaudes coulaient à flot sur ses joues pour s'écraser lamentablement sur le sol poussiéreux.
Tout son corps s'agita de tremblements incontrôlables. Le vice-capitaine frappa le sol de ses poings et maudit sa faiblesse de toute son âme. Elle en avait assez que la mélancolie des jours passés l'assaille constemment, et que la brulure de son amour perdu la tiraille sans cesse.
La sensation de vide dans sa poitrine, le creux qui sévissait dans sa gorge quand le goût des kakis y descendait.
Et la culpabilité. En avait-on parlé de la honte qu'elle éprouvait quand on lui rappelait à demi-mot qu'il n'avait été qu'un criminel, une nuisance qu'Aizen avait finalement bien fait d'éliminer ? Que le sale boulot était fait. Que ce renard, cette ordure, ce salaud avait enfin passé l'arme à gauche. Qu'être proche de lui ne l'avait fait que souffrir, qu'il méritait ce qu'il avait obtenu. Le discours de tous ces partisans du mépris, de la haine envers lui, l'emprisonnait dans une spirale de désespoir, et elle peinait tellement à en sortir.
Ces sentiments-là, les siens, Rangiku souhaitait tellement les chérir. Le garder comme des trésors au plus profond de son cœur jusqu'à la toute fin, le grand final, où elle le rejoindrait peut-être enfin, faisant partie de toute chose.
Une particule de rien dans ce grand tout qui le concentrait en son sein. Ne plus souffrir, ne plus vivre, ne plus s'amuser, ne plus pleurer.. Ne plus sourire. Quelques fois la mort, la dernière trace de cette vie, l'avait bien tentée. Mais elle s'était toujours résolue à garder le port altier qui lui convenait si bien, et faire face à cette adversité que tous lui présentait comme un simple obstacle surmontable si aisément.
Quand une sensation familière l'envahit.
Non.
Ce ne pouvait pas être...
Impossible.
Simplement de la fatigue.
Le frisson se transmit du bout de ses orteils à la pointe des cheveux sur sa nuque.
Son souffle s'accéléra, et des sueurs froides coulèrent le long de son cou.
Les larmes ne s'arrêtaient pas de couler, mais sa bouche se tordit en une grimace d'horreur, qui n'arrivait quand même pas à ternir sa beauté, pourtant mise à mal par son état.
- Hé! Pourquoi pleures-tu ?
Rangiku stoppa aussitôt ses sanglots. La respiration coupée, elle avait reconnu le ton si particulier de cette voix. Un ton moqueur, léger, familier et dépourvu de tout sérieux, de toute gêne. Une voix claire, limpide, pareille au clapotis de l'eau qui s'écoulait d'une source d'eau pure. Le murmure, le bruit de la voix lui paralysa les jambes. Elle en tomba presque, ne se rattrapant qu'au mur d'une des casernes derrière elle. Son ongles s'enfonçant dans la chaux du mur blanc éclairé par les torches en feu, et ses longs cheveux blonds lui cachait la vue de l'inconnu qui s'adressait à elle. Il était pourtant sur l'un des toits en face d'elle.
- La lune est belle, et se lamenter sert à rien n'est-ce pas ? reprit alors la voix, plus mielleuse. Et puis, j'aime pas voir d'jolies femmes pleurer, ça m'fiche le cafard.
La blonde se tourna vers l'origine de la voix, la main sur le manche de son Zanpukutô, toujours à terre.
- Qui est là ? Criait Matsumoto à la voix.
- On semble m'enterrer bien vite ici... fît la voix doucement. J'pensais pas qu'on m'oublierait si vite pourtant...
- Identifie-toi immédiatement! S'écria le vice-capitaine, en saisissant Haineko. Miau...
- Calme-toi j'suis pas là pour me battre. Mais pour parler. Pour parler, et avec toi, reprit la voix.
- Dis-moi qui tu es et je ne te ferais pas de mal... murmura Rangiku, toujours aussi peu confiante, et un peu tremblante sur les bords.
Tout autour d'elle dansaient des ombres créées par les torches qui éclairaient le Seireitei. Elles se mouvaient dans une danse effrénée, et certaines bougeaient plus que d'autre. Rangiku ne savait plus où donner de la tête, tout tournait comme à grande vitesse autour d'elle.
Mais tout se stoppa quand une silhouette longiligne et mince sauta souplement, comme un animal, comme un renard plus précisément. Tout en agilité et en élégance, elle se déplaçait avec aisance entre les ombres et la lumière dégagées par les torches. Quand enfin le propriétaire de la voix s'avança vers la lumière, qui éclaira son visage, Rangiku se hérissa, pareille à un chat, et le reiatsu qu'elle ressentait depuis s'expliqua, de façon claire et concise, ne laissant plus place au doute.
Les mains dans les poches d'un yukata blanc, aux motifs imprimés d'un violet améthyste qui parsemait le tissus, toujours aussi léger et décontracté. Le sourire s'étirant sur ses lèvres ne pouvait appartenir qu'à un seul homme, et les deux yeux fermés devenus fentes hermétique donnait cet air négligeant et insolent qu'il arborait en permanence, et la peau blanche qui se dévoilait à la lumière ne fit que confirmer l'évidence qui se présentait à ses yeux. Le bruit de ses sandales qui claquaient contre le sol réveilla alors Rangiku.
- Non.. C'est pas possible.. TU ES MORT ! Devant mes yeux ! J'ai vu ton corps s'arrêter de vivre, je t'ai vu MOURIR ! elle scanda, se fichant de réveiller tout le gotei treize ou pas. Gin Ichimaru est mort, son corps doit être en train de se décomposer pendant que je parle ! QUI es-tu ?
- On dirait ben qu'non car j'suis devant toi et en vie...il lui répondit .
Rangiku ne savait que dire: ses sentiments risquaient de reprendre le dessus sur la raison car avant d'être un cher à ses souvenirs et son cœur, il était un traître à la Soul society. La vice-capitaine fit un pas en arrière et dégaina Hianeko.
- J'te l'ai déjà dit Rangiku, j'viens pour parler avec toi, rien d'plus.
Il se retrouva alors derrière elle et attrapa son bras droit :
- T'es dev'nue bien méfiante envers à moi... c'est que j'suis un traître ? T'as rien à craindre de moi... J'suis venu exprès pour toi et tu m'repousse ? C'est pas très poli, susurra l'argenté.
La sensation de sa main chaude, grande aux longs doigts blancs, qui s'enroulait autour de son poignet lui fit presque perdre tout jugement rationnel.
- Il n'y a pas à être poli avec les traîtres de ton espèce, qui abandonnent leurs amis, leur patrie, leurs responsabilités.
- Qui a dit que j'avais abandonné mes responsabilités ?
Elle se dégagea de l'emprise d'Ichimaru et se retrouva face à lui.
- Je ... je ... balbutia Rangiku , déstabilisée par Gin . Tu n'es rien d'autre qu'un renégat , tu mérites de mourir !
- C'est vraiment ce que tu penses ? Si oui, j'suis bien triste.. Hein Rangiku, tu veux vraiment me tuer ou c'est ce que tout le monde a répété autour de toi...?
Elle serra si fort la garde d'Haineko que son motif s'en imprima sur sa paume. Le vice-capitaine se sentait tellement heureuse, et tellement désorientée par cette apparition alors que la raison ne cessait de lui répéter qu'il n'était qu'un traître à exterminer. Rangiku voulait s'enfuir pour donner l'alerte et combattre Gin quand une pensée la paralysa. Le souvenir de leur enfance, partagée autour des petits larcins de Gin pour les faire vivre, et ce sourire sincère qu'il lui avait lancé.
« On restera toujours ensemble, hein Ran ? Moi je veux qu'on vive toujours tous les deux ! Pas toi ? »
Son cœur se serra, s'il le pouvait, et les sanglots reprirent de plus belle. Elle le haïssait en cet instant précis, pour lui avoir fait subir tellement de souffrances, de l'abandon au combat, de l'amitié au mépris. Pourquoi fallait-il qu'il revienne en ce moment précis, quand elle avait le plus besoin de lui ? Ne savait-il que profiter d'elle ? Revenir pour partir ?
« - Ran ?
Oui Gin ?
J'me disais que.. qu'aujourd'hui t'es.. très jolie..
Ah bon ?! Oh, c'est trop gentil Gin ! Viens par ici que je te remercie mon Gin! »
Elle baissa la tête, sa mâchoire crispée d'hésitation, de confusion et de joie. Le vice-capitaine ne sut plus quoi faire. Elle était perdue, comme la petite fille qu'elle était avec Gin, il y a si longtemps...
- Ben alors, Ran, tu t'décides à m'écouter ou pas ? Lui demanda l'ex capitaine. Parce que moi j'suis ici pour toi, j'te l'répète... Pas qu'ça m'gène d'y passer la nuit, mais bon..
Il avait gardé les yeux fermés, comme inaccessibles à quiconque, comme s'il voulait les garder pour lui seul. Ses yeux. Ses yeux, d'une couleur si pure. Rangiku trouvait que c'était le contraste le plus flagrant chez Gin. La pureté de son apparence face à la noirceur de son âme. Sa peau blanche comme un linceul qui envelopperait le mort qu'il était censé être, ses cheveux blancs, presque argentés, et surtout ses yeux. Ses yeux bleus, violets, si clairs, parfois même argentés, si purs, dénués de toute trace de méchanceté, de mesquinerie, de moquerie ou de trahison.
Quand il les ouvrait, c'était uniquement lorsqu'il était sérieux, et que ceux qui pouvait les voir étaient considérés comme intéressants. Ou comme des personnes qui lui étaient chères. Elle adorait ses yeux, même si les rare fois où elle les avait vu, elle n'y avait pas tellement fait attention. En tout les cas, Gin dans son intégralité l'intriguait, lui plaisait, lui manquait, et si elle avait pu parler avec une personne normale, elle aurait avoué son désir de revoir les deux pupilles merveilleuses.
Rien que de penser qu'elle pouvait le faire, accéléra le rythme de son cœur qu'elle se tenait de garder normal. Mais lui revint aussitôt en mémoire qu'elle devait l'arrêter et le conduire aux autorités de la Soul Society lui meurtrit la raison. Pourquoi fallait-il que tout soit compliqué avec lui ?
- Mais.. tu rougirais pas un peu, des fois ?s'enquit-il. J'te ferais c't'effet ? Roh lala, moi Gin Ichimaru, j'ferais rougir la plus belle femme de tout le Seireitei, Matsumoto Rangiku ?! Hé bah, quel honneur tu m'fais Ran !
- Ne prononce plus un mot espèce de salaud ! rugit-elle. Les enflures de ton genre, on devrait les tuer dès la naissances ! hurla le lieutenant. Tu n'as fait que du mal autour de toi !
- Hey, calmes-toi Ran, tu penses vraiment c'que tu dis ?
Matsumoto ne savait plus quoi répondre à cette question, quand Gin se déplaça subrepticement devant elle à l'aide du shunpô. La vice-capitaine se prépara à combattre. Elle restait un shinigami.
- Est-ce que tu le penses vraiment, du plus profond de ton cœur ?
« - Ensemble ? Tu veux dire, tous les deux, jusqu'à la mort ?
- Yep, jusqu'à la mort, Ran ! ».
- Bon, je vois qu'on a des choses à se dire, hein ? Si c'est comme ça, ça t'dirait qu'on taille l'bout d'gras sur la colline du Sogyoku ? J'y serais.
Et elle hocha la tête, sans même avoir conscience de son geste. Puis quand elle releva les yeux, il avait une fois de plus disparut, et avait éteint dans son sillage les torches du chemin. C'était trop improbable qu'il soit en vie. Rangiku avait perdu la raison et avait rêvé, trop absorbée par son chagrin causé par son ami d'enfance. Qu'il réapparaisse sans rien dire, ou se faire repérer était impossible. Mais la sensation de sa main sur son bras, le bruit de son yukata qui s'agitait dans une petite brise, tout cela semblait si réel, et la réalité lui faisait.
Si elle était tout simplement devenue folle ? Dans son état, un trop plein de frustration, de tristesse et de chagrin pouvait très bien lui faire tourner la tête. Et si c'était réel ? Sa gorge se serra et son poing se referma autour du pendentif à son cou.
Il était temps de faire face à ses vieux démons, comme l'aurait dit le vieux capitaine général. Prenant son courage avec toute la détermination dont elle pouvait faire preuve, la shinigami bondit d'un coup de shunpô, pour atterrir sur le toit d'un bâtiment. Elle fit de même pendant quelques minutes, et le cœur battant, elle monta à la colline sans avoir croisé qui que ce soit, ce qu'il ne l'avait même pas intriguée, de ne voir aucun shinigami de garde.
Seules les torches qui éclairaient les allées semblaient vivantes, et le reste de la Soul Society demeurait figée dans un instant d'éternité, presque spécialement pour elle. Elle arrivait au sommet du Sogyoku, et parcourut encore une centaine de mètre, avant d'arriver à l'immense arche qui soutenait la lance divine. Et au pied d'un des piliers...
- J'suis là ,murmura l'ex capitaine de la 3ème division.
Rangiku resta à une trentaine de mètre de lui, prête à combattre à n'importe quel moment. Ce n'était pas lui qui allait lui faire rendre les armes dans un moment pareil. Mais les circonstances l'amenaient à changer d'opinion. Elle ne le voyait presque pas, plongé dans l'ombre du pilier. Même le blanc argenté de ses cheveux se ne remarquait pas dans l'obscurité ambiante. La lune elle-même avait rendu son tablier et laissé place aux nuages. Elle fut interrompue dans son bulletin météo par une petite brise qui lui agita quelques boucles, le souffle de Gin lui fit place dans son cou.
- Rangiku, tu m'as manquée... Tu m'a beaucoup manquée, finit-il en accentuant sur le beaucoup.
Le frisson qu'elle ressentit alors, ce frisson si particulier qu'elle aimait tellement, la chaleur d'une paroles sur sa nuque, le frisson du désir. Sa main se crispa autour de la garde d'Haineko.
- Tu sais, j'crois que j'aurai p'tet' dû te parler avant, tu pense pas ? il lança dans la foulée, pensif.
- Non, tu penses vraiment ? elle lui répondit, sarcastique.
Il sourit à nouveau dans son dos, puis fit un pas en avant pour se retrouver en face de son interlocutrice. C'est là que Rangiku remarqua ses yeux. Enfin ouverts. Bleus, argents, violets, blancs. Elle ne savait plus. La seule chose qu'elle pouvait y distinguer, c'était son reflet, celui d'une femme pleine de tristesse et de désir. En manque presque. Et dans les orbes brillantes, ourlé de cils blancs et courts, une lueur qui répondait parfaitement à ses attentes apparut.
- Alors ?
- Désolé, Ran.
- Explicite. J'ai pas envie d'y passer toute la nuit, elle rajouta, pour paraître plus crédible, ne serait-ce qu'un instant.
- Désolé de tout. J'ai fait tellement de bourdes que j'pourrais pas toutes t'les énoncer pour m'faire pardonner.
- Mais qu'est-ce qui te sembles la plus grave parmi toutes celles-ci ? elle lui demanda, pleine d'espoir secret interdit.
Il resta un moment silencieux, son regard rivé vers elle, et elle put en admirer toutes les nuances qui se suivaient dans ses yeux calmes, sereins. La main longue et fine, blanche, aux cinq doigts qui ressemblaient aux pattes d'une araignée, qui prendrait sa proie impitoyablement dans son filet, remonta jusqu'à ses cheveux et il prit de son pouce et son index une mèche de cheveux qu'il tritura pendant une bonne minute, ne pipant mot ni railleries.
- Sûrement de t'avoir laissée seule.
Rangiku écarquilla les yeux, stupéfaite. Il aurait enfin décidé de ne plus la laisser dans le vide, de le gouffre de l'incertitude et de la tristesse. D'enfin la rattraper de sa main blanche, et de retisser le lien qui les unissait. Et la chaleur qui courait dans sa poitrine semblait se raviver.
- Sans moi, pour pouvoir te réconforter quand tu voulais pleurer, pour te raccompagner chez toi quand tu étais saoule, pour t'écouter raconter ta vie quand tu le voulais bien, pour t'entendre rire quand tu étais heureuse, pour boire avec toi quand tu étais énervée, pour tout dire de moi, aussi.
- Même si je n'ai pas tout dit. Du moins très peu.
Il tendit sa main gauche vers son visage, et caressa la ligne de sa mâchoire, toujours pensif. Elle saisit son poignet à lui, et remonta jusqu'à la jointure de ses doigts et glissa les siens entre. Il sourit doucement, avec une sorte de tendresse dans le regard quand elle vint appuyer son front contre son torse, se laissant tomber contre lui. Il resserra son emprise en passant son bras autour de sa taille. L'odeur de Gin rappela à Rangiku son enfance, quand ils dormaient tous les deux dans la cabanes et en hiver où ils se serraient l'un contre l'autre pour dormir. Le nez dans son cou, l'odeur chaude de son yukata contre sa joue, le parfum acidulé de ses cheveux qui se balançaient vers son nez, elle le humait comme si c'était la dernière senteur qu'elle pourrait saisir dans ce monde. Rangiku retira ses bras de son torse pour les monter jusqu'à son cou, pour les y passer. Elle évacua toutes ses émotions avec la pression qu'elle appuya contre lui avec son corps, le fait qu'elle se laissait porter par les seules épaules de Gin, et les larmes qui mouillaient le yukata immaculé.
Puis elle se décolla et sourit, sous le sanglot qui la tenaillait, un sourire de reconnaissance, de soulagement, de paix et de repos, ses mains posées sur ses épaules, comme pour le féliciter du travail accompli. Il garda ses bras autour de la taille de Rangiku et baissa doucement le visage, pour qu'il se retrouve front contre front avec elle. Le contact se prolongea longtemps, assez pour que la chaleur de sa peau communique ses sentiments à son vis-à-vis.
- Alors, finalement tu rougis Ran ?
- Il semblerait.. elle admit.
Il inclina légèrement le visage et sa bouche rencontra celle de Rangiku. Le contact était léger, doux, comme une libellule qui se posait sur un roseau, en plein équilibre dont seul dépendait la force de la brise.
Elle ouvrit les lèvres pour mieux recouvrir celles de Gin, et il passa sa langue pour rejoindre celle de Rangiku. Les bras de cette dernière enlacèrent son cou en le rapprochant d'elle. Il appliqua une pression encore plus forte contre sa taille, inspirant de brèves bouffées d'air frais, seulement lorsqu'il pouvait décoller sa bouche avide de celle de sa voisine.
Les mains de Rangiku se perdaient dans les cheveux, agrippant une mèche par-ci par-là, griffant la nuque blanche et pale, elle tentait de s'approprier cet homme, avec la pensée qui la hantait, celle de savoir que c'était la dernière fois qu'elle le voyait, qu'elle devait en profiter, le faire sien, goûter le plus possible ses lèvres, sentir encore plus durement la pression de son corps contre le sien, entendre toujours plus fort le son de sa respiration, ne pas laisser couler de nouvelles larmes qui ne valaient pas la peine d'atteindre un jour le sol.
Les soupirs étranglés des deux shinigamis perturbaient le silence de mort qui régnait sur la colline du Sogyoku, et le seul bruit de leur getas qui raclèrent le sol pour garder un semblant d'équilibre semblait être une offense à l'atmosphère sacrée qui se dégageait du lieu.
Puis soudain, l'arrêt. Le cri d'alarme pour les deux shinigamis. Le goût du salé, le goût des larmes avait encore pénétré violemment la bouche de Rangiku. Mais surprise inimaginable, l'origine des larmes, leur lieu de naissance était les yeux de Gin. Il fronçait les sourcils, les yeux mi-clos qui déversaient des torrents de sanglots. Il sépara leurs deux corps, en s'accrochant aux épaules de son amie. Rangiku, dont la sensation des lèvres de Gin sur les siennes n'avait pas disparu, resta paralysée. Il hoqueta quelques secondes, puis se redressa pour rencontrer de nouveau le regard de Rangiku.
- Désolé.
- De quoi ? elle se précipita. Qu'est-ce que tu as ? Gin !
Il renifla tout doucement, passa un doigt fin sous ses yeux, et recula d'un pas, puis de deux. Il sourit douloureusement.
- Oh, c'est rien. Juste le goût de la défaite, de la culpabilité, de la trahison qui part pas sur la langue. J'sais pas pourquoi, ça devrait s'en aller quand on embrasse les gens qu'on aime... il finit, mélancolique.
- Non, ça ne s'en va pas comme ça, espèce d'idiot, elle le railla. Ça prend du temps, de l'amour, du remord. Beaucoup de remord. Tellement de remord. Autant que tu en voudras, mais tu n'en auras jamais assez pour le monde entier.
- Mais j'pensais qu'une fois qu'on assumait ses actes et qu'on demandait pardon ça partait ! Et ça reste dans mon cœur, ça m'oppresse la poitrine, ça me brûle le ventre, il cria, ça me torture Ran, ça me torture, me fait souffrir !
- C'est normal. Tu pensais que la souffrance, que nous avons tous éprouvée, que cette souffrance que j'ai éprouvée, tu pensais qu'elle allait t'éviter, te contourner comme si de rien n'était ?! elle le réprimanda, les poings serrés.
- Oui ! Il avoua. Oui j'pensais que je pouvais l'éviter... Comme j'pouvais t'éviter de souffrir..
- Tu n'avais qu'à rester auprès de moi, et tout les deux on aurait été heureux, tu n'avais pas besoin de partir pour tenter de me rendre heureuse idiot !
- Comme tu l'dis un idiot comme moi, ç'aurait été encore pire...
- Non, nous n'aurions pas souffert autant, toi et moi, nous aurions pu vivre ensemble, et pour toujours !
- Tu n'sais même pas qui j'suis au bout de tout ce temps ! Comment tu peux prétendre être heureuse avec moi alors que tu n'me connais même pas !
Il avait élevé le ton, ce qui avait réveillé la fureur derrière le bonheur de Rangiku.
- Oh si je te connais, espèce de lâcheur ! elle cria, excédée. Tu pensais que te barrer sans parler à qui que ce soit de ce « projet » de créer un monde plus parfait, sans qu'il n'y ait des malheureux dans le tas de personnes que tu abandonnais sans remords aucun ?!
- Je savais pertinemment que certains seraient restés sur la touche, mais pas que j'en souffrirai personnellement !
C'en fut trop. Elle leva la main et l'abattit sur la joue gauche de Gin. Le bruit sec des peaux qui se touchent, qui se frappent et claquent dans le même son sec et bruyant. Les nerfs à vifs, elle se réfugia de nouveau dans ses bras, marmonnant qu'il n'était qu'un crétin, un abruti qui ne valait même la peine qu'elle se souciât de lui ne serait-ce que pour un léger instant. Il referma une fois de plus ses mains sur elle, et trouva dans le cou de la shinigami une place où il souffla doucement, laissant échapper sa respiration. La chaleur du souffle de Gin rappela à Rangiku qu'il avait beau avoir fait ce qu'il avait fait, il restait le petit garçon qui souriait mystérieusement à chaque fois qu'elle lui posait une question, comme pour apporter une réponse sans nom.
« Gin, pourquoi tu n'ouvres jamais les yeux ?
Parce que sinon, je ne verrai plus avec mon cœur. »
Il la serra toujours plus fort, et laissa échapper un tremblement imperceptible, comme un frisson léger. Rangiku sentait la fatigue reprendre le dessus sur elle. La journée de travail, la crise de nerfs, les retrouvailles, c'en était trop d'émotions. Elle redressa le menton, de façon à rencontrer les yeux de son ami, qui lui demanda :
- Tu m'aimes, non ? Parce que moi oui.
- Oui.
- Vrai de vrai ?
- Vrai de chez vrai.
C'était une déclaration puérile, enfantine, teintée de fierté de gamin.
Elle sourit un peu, les sourcils toujours froncés de mécontentement. Il l'embrassa encore, en perdant ses longs doigts dans la chevelure blonde, et griffant presque son dos pour l'attirer jusqu'à lui. Les muscles de son visage s'étaient détendus, et maintenant elle se sentait bien... Tellement bien.
Comme si elle dormait.
Autour d'elle, tout était flou. Mais elle s'en fichait, elle avait attendu ce moment depuis tellement de temps qu'elle n'en plus rien à faire si le monde sombrait ou pas.
Elle n'entendait plus aucun son. Mais elle s'en fichait encore plus, du moment que Gin restait contre elle, qu'elle pouvait entendre le battement de son cœur à lui.
Puis plus de lumière. Mais elle s'en fichait toujours plus, tant que la lueur dans les yeux de Gin ne disparaissait pas.
Juste la sensation de la main de Gin sur son crâne, et de ses lèvres contre les siennes. Juste ça, laissez-moi ça, que j'en profite autant que je le peux !
Et soudainement, le moelleux, la douceur d'un matelas confortable sous son dos. Le réveil fut brutal : elle sursauta violemment et heurta le mur auquel était accolé son lit. Tout était sombre, puis tout à coup une lumière.
- Ah vice-capitaine Matsumoto, vous vous réveillez enfin !
Une voix féminine, qui provenait de son dos, tout comme la source de la lumière l'interrompit dans son demi-sommeil.
- Isane-san ?
- Je vous ai trouvée par terre, près de la quatrième division, et du coup, vous étiez endormie.. à mon avis vous devez être très fatiguée, reposez-vous, elle conclut, souriante.
- Je suis dans la caserne de la quatrième division ? Elle demanda, curieuse de savoir où elle se trouvait.
- Oui, mais ne vous en faites pas, reposez-vous et vous repartirez demain matin.
Rangiku s'aperçut alors que son shihakushô avait été remplacé par une chemise d'hôpital.
- Ah, et j'ai pris la liberté de vous changer, pour que vous soyez plus à l'aise, désolée, elle s'excusa, rouge pivoine.
- Non ce n'est pas grave, merci Isane-san... elle la remercia, évasive.
Isane repartit sans bruit, laissant une bougie sur une petite table de chevet rudimentaire.
Rangiku se retourna confortablement dans son lit et elle se rendit compte que la bougie n'était pas seule sur la table.
Un kaki séché, comme preuve de son rêve, trônait à côté d'un éclat de métal dont suintait un liquide violet...
Voilà, ma fiction est finiiie ! Je suis très heureuse de l'avoir revue, elle est ma préférée parmi toutes celles que j'ai écrites... Bref, j'espère que cette version vous aura plus, je la trouve plus adulte ( en même temps de la quatrième à la seconde on grandit ^^)
