Hello mes très chères lectrices ~
Nous voici, après de longues semaines d'attente, au chapitre qui décidera de toute l'histoire. À partir d'ici, vous saurez enfin ce que j'ai encore pu vous préparer...

Aussi, je demanderai aux gens sensibles de ne pas lire ça en mangeant ou buvant, je ne veux pas être accusée pour un écran souillé. Ensuite, à la fin de ce chapitre, évitez de hurler sur l'auteur pour avoir la suite (parce que vous le ferez, croyez-moi). Voilà, fin de la minute sérieuse.

Disclaimer : Rien ne m'appartient, sauf peut-être le simulacre d'intrigue, les noms asiatiques et les caractères totalement OOC des personnages. Finalement, pas de quoi en être fière ^^"

Pairings : 0027, 8059, 1869, 10027, D27 (tiens, il est nouveau celui-là), XS, RL, Colo/Lal, Julie/Adel, 4851, B26, X27, R27, F27 (que dans l'imagination d'Enma), CG et attention les yeux ! Je vous annonce que j'ai inventé trois couples qui vous surprendront à coup sur !

Sur ce, bonne lecture ~


Le Mariage est une longue conversation. (Nietzsche)

Et la conversation peut devenir franchement difficile lorsque l'autre parti est un Suprême Beau Gosse Blond. (Ranshao Zhen Huo alias Kozato Enma)

Zhen Huo haussa un sourcil moqueur.

- En résumé, fit-il avec un petit sourire goguenard. Je suis la réincarnation d'Enma, l'ancienne petite-amie du Suprême Beau Gosse Blond, alias Sawada Tsunayoshi, qui est, lui, Satan. Ai-je oublié quelque chose ?

Son interlocuteur secoua doucement sa tête, un sourire gracieux aux lèvres, et but lentement une gorge de son thé au jasmin qui s'était refroidi drastiquement lorsque l'homme avait touché la tasse.

- Ah oui, s'exclama le roux en clignant des yeux, J'ai oublié de dire que tu étais un ange surpuissant qui avait été engagé par le seigneur des cachots pour me donner les souvenirs de mon ancienne vie. Je pense que c'est tout, non ?

- Tu as oublié la partie où des démons assoiffés de vengeance sont à vos trousses, déclara doucement le garde du corps du Suprême Beau Gosse Blond qui était en réalité un ange.

Zhen Huo se demanda alors si son thé ne contenait pas des substances hallucinogènes.

Il secoua ensuite sa tête pour oublier ses interrogations métaphysiques sur l'origine de ces bizarreries dans sa vie et se concentra à nouveau sur la tasse de thé remplie qui se trouvait devant lui.

- Si je bois ça, fit-il en déglutissant nerveusement et en se massant les tempes, Je redeviendrais cette Enma dont Sawada n'arrête pas de parler ?

- Non, non, nia Fon en secouant doucement sa tête, Tsunayoshi ne parle jamais d'Enma. En vingt ans, il n'a prononcé son nom qu'une seule fois. Hier soir, si mes souvenirs sont bons.

Le cœur du jeune homme roux se serra en écoutant les paroles de l'ange. Puis, il secoua vivement sa tête. Il n'allait tout de même pas plaindre l'homme qui l'avait enfermé avec un taré qui se prétendait un ange ! Même si l'homme en question était sexy à en damner un saint.

Raaah !

Zhen Huo se frappa la tête contre la petite table en verre où se trouvait sa tasse de thé et contempla après coup la porcelaine rebondir et tomber au ralenti sur sa tête. Sans même réfléchir, il avala le liquide et cilla, cherchant à comprendre ce qui avait bien pu arriver durant les deux dernières secondes.

Un rire étouffé résonna devant lui et il leva sa tête pour croiser le regard franchement amusé de l'individu qui se prétendait un ange.

- Tu te fous de moi, constata très calmement le jeune rouquin.

- Que puis-je faire si tu es très divertissant, Shimon-kun, répondit calmement l'adulte aux long cheveux soyeux noirs qui auraient rendu jalouse une adolescente. Je comprends parfaitement la raison à l'envie frôlant le désespoir de te récupérer de Sawada Tsunayoshi. Après tout, il...

- Suffit, Fon, le coupa une voix épuisée.

Un frisson parcourut l'échine de Zhen Huo et il se tourna pour contempler avec une émotion qui n'était absolument pas du désir, ni encore moins de l'amour ! (et ce pincement au cœur ne signifiait absolument rien!), le corps finement musclé, et moulé dans ce super sexy costume immaculé, de l'homme coupable de sa présence forcée dans ce loft affreusement spacieux et bien aménagé.

Raaah, il le détestait !

Ouais, et sa mère était l'impératrice de Chine. On y croit.

- Tu peux partir, déclara en un souffle celui que Fon avait décrit comme étant le Diable. Je m'occupe du reste.

L'homme aux cheveux tressés s'inclina avec respect et fit un dernier sourire aimable à Zhen Huo. Ensuite, il disparut. Le roux cligna des yeux, se frotta les paupières et regarda avec incrédulité l'endroit où s'était assis auparavant l'asiatique au changpao rouge.

- Il, hoqueta le jeune homme aux cheveux de feu, Il a disparu !

- Hn, répondit calmement Sawada en s'asseyant sur le canapé qui était en face du fauteuil de Zhen Huo.

Le japonais desserra sa cravate et la laissa pendre autour de son cou. Il se frotta ensuite la nuque en grimaçant légèrement et sembla se rappeler de la présence du jeune hongkongais car il vrilla ses yeux ambrés inhumainement brillants dans les orbes grenats du garçon.

- Tu as bu le thé, murmura le blond en fronçant doucement ses sourcils.

- Par accident, précisa Zhen Huo en croisant avec mauvaise humeur ses bras devant son torse.

Que ce blondinet n'aille pas croire qu'il s'était empressé de boire le liquide de Fon pour récupérer ses souvenirs et ainsi vivre une belle vie dans les bras du blondinet en question. Non mais, il n'était pas une gamine en manque de guimauve !

- Tu ne te rappelles de rien, constata, avec une voix bien trop calme, Sawada.

Zhen Huo ressentit alors la subite envie de se lever et de gifler le jeune homme. Par tous les dieux, il était censé être la réincarnation de la fille qu'il avait aimée de toute son âme ! Et pourtant, le blond agissait calmement, comme si tout cela ne l'intéressait pas. Les lèvres du rouquin se tendirent en une fine ligne désapprobatrice et il accrut son froncement de sourcils.

Quelque chose clochait.

Finalement, Zhen Huo n'en put plus et se leva pour enjamber la table basse qui le séparait du japonais, il s'arrêta alors devant ce dernier et le regarda de haut, ses mains sur ses hanches et ses lèvres s'étirant en un rictus indéfinissable.

- Si je suis réellement la réincarnation de ta... fiancée, susurra le roux en plongeant ses yeux féroces dans les prunelles désemparées du blond, Dis-moi une chose. Que se passerait-il si je ne récupère jamais ses souvenirs ? Me laisseras-tu tomber ? Ou alors vivras-tu avec moi, dans le souvenir de ce que tu as vécu avec elle ?

Les yeux ambrés s'écarquillèrent sous les mots acides de l'asiatique et Sawada se tassa contre le dossier de son canapé. Soudain, ses traits s'adoucirent et ses joues se remplirent. Zhen Huo recula, butant contre la table basse alors qu'il contemplait avec une surprise mêlée d'horreur le jeune homme rajeunir devant lui. Lorsque l'apparence du blond cessa de changer, ce dernier passa une main dans sa chevelure ébouriffée qui avait poussé jusqu'à s'arrêter à sa taille.

- Fichues hormones démoniaques, marmonna Sawada en fusillant ses mèches dorées qui tombaient devant ses yeux qui brillaient désormais avec un éclat que Zhen Huo n'hésitait pas à qualifier de surnaturel.

-Qu'est-ce que, s'étrangla le rouquin en regardant la nouvelle apparence du garçon. Mais tu as quel âge ?

Par tous les dieux, il avait bavé et songé à des choses obscènes interdites aux mineurs avec un gamin ! Est-ce que cela le rendait pédophile ?

- Trente-six ans, répondit Sawada en fronçant ses sourcils mais sans lever ses yeux vers le jeune homme. Même si je ne comprends pas très bien le rapport avec la situation...

- On s'en fiche, rétorqua Zhen Huo en haussant ses épaules.

Il maudit entre ses dents les mots qui venaient de franchir ses lèvres. Le foutu Suprême Beau Gosse Blond, abrégé en SBGB dans son esprit, était plus âgé que lui et pourtant, son apparence était celle d'un adolescent, voir même d'un pré-adolescent ! Argh, la vie était une chienne.

- Réponds à ma question, ordonna le jeune homme en fusillant de ses yeux rouges l'adolescent trentenaire.

- Laquelle ?, demanda gentiment le blond en penchant légèrement sa tête.

Dieux, que ça le rendait adorable ! Il comprenait maintenant pourquoi Enma, sa réincarnation, était devenue folle de lui. Si Sawada continuait à le regarder avec ses yeux remplis de bonté, alors qu'il était le fichu Seigneur des Enfers !, et à agir avec autant de charme, Zhen Huo ne savait pas s'il saurait se contrôler et s'empêcher de sauter sur le garçon.

Hum, ce qui l'amenait à se demander si le garçon en question serait contre une partie de jambes en l'air.

- Raaaaah, hurla le rouquin en se frappant violemment la tête avec sa main répétitivement. Toutes !

- Je vois, murmura Sawada en haussant un sourcil perplexe face aux actions étranges du jeune homme.

Il croisa ses jambes et posa soigneusement ses mains sur le sommet de celles-ci après avoir repoussé ses mèches dorées derrière ses oreilles légèrement pointues. Ensuite, il leva ses yeux ambrés vers la réincarnation d'Enma et sourit gentiment, une étincelle de tristesse persistant malgré tout dans ses prunelles claires.

- Si tu ne récupères pas tes souvenirs, commença le blond en jouant distraitement avec une mèche de ses longs cheveux, Je te demanderais de rester avec moi. Et si tu refusais de rester, je te laisserais partir.

Les yeux grenat s'écarquillèrent et Zhen Huo s'étrangla avec sa salive. Le SBGB était sérieux ?

- Attendez un peu, le rouquin se frotta rapidement les paupières et se pinça le bras ensuite. Oui, il ne rêvait pas. Un adolescent, soi-disant trentenaire, venait de lui sortir une phrase digne du plus grand roman à l'eau de rose. Urgh, Zhen Huo hésitait entre se sentir nauséeux ou heureux.

- Donc, déclara alors Sawada pendant que sa chevelure était parcourue d'étincelles orangées et se tressait d'elle-même par magie. Que vas-tu faire ?

- Tu me laisses le choix ?, demanda avec incrédulité le hongkongais.

- Je ne vais tout de même pas te garder prisonnier pour l'éternité ?, s'interloqua le blond en fronçant ses sourcils alors que sa voix grimpait dans les aiguës.

Mignon, quand il parlait avec cette voix-là, on l'aurait sans aucun doute confondu avec une fille. Surtout avec ces cheveux longs. Enma devait avoir un penchant pour les garçons efféminés, songea Zhen Huo en souriant pour lui-même. Même si le garçon efféminé pouvait devenir très viril... Le rouquin essuya prestement la bave qui venait de couler de ses lèvres entrouvertes.

Puis, en redescendant sur Terre, le hongkongais se rendit compte que le japonais attendait sa réponse. Normal, il venait tout de même de lui proposer de passer l'éternité avec lui. Et Zhen Huo, cet idiot comme adorait l'appeler sa mère, ne répondait pas, préférant se balader dans son imaginaire avec un SBGB en bonus.

Zhen Huo secoua sa tête pour une énième fois et se racla la gorge.

- Je suppose que, commença-t-il avec une voix tremblante et en évitant de poser ses yeux sur le corps adolescent du blond, je pourrais essayer de rester quelques temps avec toi. Pour voir si les souvenirs reviennent... Et si non, ...

- Tu partiras, compléta Sawada avec un doux sourire qui n'atteignit par ses yeux sombres.

Le roux frissonna, venait-il de sentir une aura maléfique ?

Un claquement de doigts le fit sortir de ses pensées et il leva ses orbes carmin vers l'adolescent qui avait fait le bruit. Ce dernier avait récupéré son apparence plus âgée et passait ses mains dans ses cheveux maintenant courts. Un soupir échappa des lèvres du blond et celui-ci sourit largement avant de plonger ses yeux éclairés par le bonheur dans ceux du rouquin.

- Que se passe-t-il ?, demanda ce dernier.

- Maintenant que le pire est passé, sourit Sawada en lui faisant signe de s'asseoir à ses côtés. Passons aux choses plaisantes.

Les yeux de Zhen Huo devinrent vitreux alors que des images de lits défaits et de corps luisant de transpiration face à l'effort physique envahissaient ses pensées. Il secoua sa tête, toussota et s'assit, ses joues rougies par la gêne de s'être laissé aller à songer à de pareilles choses en face de son fantasme vivant.

Effacez ça, il ne venait pas de penser que Sawada Tsunayoshi, le Suprême Beau Gosse Blond, alias SBGB, le Seigneur des Enfers, l'ancien Archange Michel, son âme sœur dans ses autres vies, était son fantasme vivant. Non. Que nenni. Et celui qui osait dire le contraire était un menteur. Voilà, point final.

Zhen Huo cilla en remarquant qu'une main, à la peau délicieusement pâle qui ne demandait qu'à être marquée, était tendue devant lui. Il leva ses yeux et arriva sur le visage souriant du blond. Cette fois-ci, le sourire avait atteint les orbes ambrés, remarqua le roux.

- J'imagine qu'il faudrait que je me présente convenablement, déclara Sawada en élargissant son sourire autant qu'il était humainement possible. Je m'appelle Sawada Tsunayoshi, trente-six ans même si en réalité, vu que j'ai récupéré mes souvenirs de mes anciennes vies, je dois approcher les millénaires. J'adore la glace au chocolat, je déteste qu'on m'interrompe quand je mange et je suis réputé dans le monde surnaturel pour être la réincarnation d'un Archange. Ah ! Et je préfère qu'on m'appelle Tsuna.

Zhen Huo ne réagit pas. « Poker face ! » se rappela-t-il en saisissant lentement la main tendue et en essayant de ne pas montrer l'effet que lui faisait le fait de toucher la peau atrocement douce du jeune blond.

- Ranshao Zhen Huo, répondit-il calmement. Mon prénom est Zhen Huo, pas Huo comme tu l'as sans doute cru. Je n'aime pas le rouge, les abrutis qui pensent que l'argent peut tout acheter et la violence. Je suis réputé dans la ville pour être Hong Mogui, le diable rouge, depuis le jour où j'ai massacré tout un gang entier. Ranshao Lìu m'a adopté il y a dix ans et depuis, je vis avec elle. C'est d'ailleurs de sa faute si je me suis retrouvé à bosser comme serveur dans cette réception.

- Zhen Huo donc, murmura le blond en fronçant ses sourcils. Le véritable feu ardent. Ce nom te va bien.

- Maintenant que j'y pense, s'exclama alors Zhen Huo en fusillant du regard le jeune homme à ses côtés, Tu sais parler le mandarin sans problèmes !

- Oui, répondit tranquillement Sawada en se raclant la gorge tout en ne comprenant pas la raison d'une telle question, Le don des langues est typiques chez les créatures surnaturelles. Si je me rappelle bien, Enma avait une préférence pour le latin. Sans doute suite à sa naissance, vu qu'il est né au Moyen Âge et qu'il a vécu au siècle des Lumières en Europe.

Zhen Huo accrut son froncement de sourcils. Quelque chose n'allait pas dans ce que venait de lui révéler le blond.

Enma était née au Moyen Âge. Ok, ça passait sans aucun problème. Après tout, Enma était censée être une démone qui avait séduit l'humain qu'avait été Sawada Tsunayoshi. Un humain adorable, s'empressa d'ajouter le rouquin en se rappelant des traits atrocement mignons de la version adolescente du blond.

Enma avait vécu au siècle des Lumières... Ok. Ça devait dire qu'elle avait rencontré le Roi Soleil ? (un des seuls noms concernant la Renaissance française qu'il avait retenu de ses cours d'histoire sur le monde occidental). Pas de problème, Zhen Huo pouvait comprendre ça.

Par contre, le « il est né au Moyen Âge. » bloquait. Surtout le il en fait.

Une minute.

- IL ?, hurla Zhen Huo avec une voix suraiguë en secouant les épaules du blond qui le regarda avec surprise. ENMA EST UN FOUTU GARÇON ?

- Ben oui, répondit simplement Sawada en croisant ses bras sur sa poitrine, très joliment musclée remarqua le rouquin en passant alors qu'il bavait intérieurement sur les épaules sveltes qu'il serrait entre ses doigts. Tu pensais sérieusement qu'Enma était une fille ?

- À ton avis ?, l'interpella Zhen Huo. A-t-on idée d'un nom aussi féminin ! On dirait presque Emma ! Je peux savoir ce qui lui est passé dans la tête pour s'appeler ainsi ?

Les yeux ambrés s'obscurcirent et le blond baissa sa tête.

- Je n'ai jamais eu le temps de lui poser ces questions, murmura-t-il alors que l'air se faisait pesant autour d'eux.

- Pitié, marmonna avec agressivité le hongkongais, Fais un trait dessus. Oui, Enma est mort. Et alors ? La vie continue, tu n'as pas besoin de rester à te morfondre pendant vingt fichues années sur ton sort !

- Tu n'as pas besoin d'être si agressif, rétorqua Sawada en plissant ses yeux alors que ses traits rajeunissaient lentement. Ce que je fais ne regarde que moi.

Zhen Huo renifla avec mépris et croisa ses bras contre sa poitrine. Il se leva du canapé et regarda avec un air hautain l'apparence juvénile du blond.

- Bien sûr, ironisa le rouquin en tirant doucement une mèche dorée qui s'allongea entre ses doigts. Et tes changements d'apparence prouvent que tu réussis superbement à garder le contrôle sur tes émotions...

Sawada rougit, piqué au vif, et se leva à son tour pour passer sa main droite dans la chevelure courte du hongkongais. Il enroula ses doigts autour d'une mèche rouge striée d'or et sourit avec un air goguenard en contemplant le rougissement qui s'étalait sur les joues du jeune homme.

- Je vois que ta maîtrise est également parfaite, susurra le japonais en prenant une voix rauque qui envoya des frissons parcourir son dos et fit que papillons volettent dans l'estomac du roux.

Zhen Huo le fusilla du regard et grogna tout en se tournant pour ne pas poser ses yeux sur la silhouette infiniment séduisante du blond. Pourquoi ce dernier devait-il être si agaçant avec un physique si attirant ? Le monde était décidément tordu.

- Bien que passer l'éternité à te jeter des regards noirs me parait extrêmement plaisant, déclara alors le rouquin en utilisant la moindre once de sarcasme qu'il possédait, J'ai des responsabilités à tenir.

L'air joyeux du blond disparut et les yeux ambrés le regardèrent avec inquiétude.

- Je dois prévenir ma mère, continua Zhen Huo en ignorant l'air soulagé qui traversa le visage de l'adolescent. Si tu veux que je me souvienne ou même qu'il y ait une chose entre nous, je dois la prévenir.

Les yeux orangés s'écarquillèrent de surprise et les lèvres séduisantes de Sawada s'entrouvrirent.

- Tu acceptes de rester ?, hoqueta-t-il en regardant le rougissement de Zhen Huo s'accentuer progressivement sous le regard affectueux.

- Écoute, fit le hongkongais en tapant du pied avec impatience. Ne te trompes pas. Je vais rester avec toi parce que ma mère m'a ordonné de trouver un métier et parce que tu es indécemment riche. Donc, à toi de faire le calcul.

- Je vois, sourit doucement le blond. Quand reviendras-tu ?

- Hein ?

- Quand reviendras-tu de ta visite ?, reformula Sawada.

Zhen Huo gigota sur place et finit par poser ses yeux dans ceux de l'adolescent. Les traits de ce dernier vieillirent et les cheveux blonds se raccourcirent alors que les deux garçons s'observaient en silence. La soi-disant réincarnation d'Enma fit une moue. Il n'arrivait pas à décider quelle apparence il préférait chez le japonais qui était censé être Satan.

- Dès que j'aurais tout expliqué à Lìu, je reviendrais, assura Zhen Huo avec un sourire hésitant.

Sawada ferma ses yeux et souffla doucement. Il les rouvrit et les plongea dans les orbes grenats du jeune homme et approcha une main de la joue du rouquin.

- Zhen Huo, chuchota-t-il avec une voix étrangement heurtée, comme s'il avait la gorge nouée. Tu le promets ?

Le hongkongais hocha sa tête en silence.

- Merci, sourit Tsunayoshi alors que ses yeux assombris par les larmes qu'il retenait brillaient avec émotion.

Le jeune homme aux cheveux roux soupira bruyamment et s'étira ensuite pour se changer les idées, sa tête un peu trop remplie à son goût d'images d'un certain Suprême Beau Gosse Blond dévêtu et dans un lit.

- Zhen Huo, l'appela le SBGB alors que le jeune était à la porte du loft.

- Qu'y a-t-il ?

- Si jamais il t'arrive d'être en danger, dit alors le blond en souriant avec émotion, Crie mon nom et j'arriverais. Normalement.

Repoussant dans un coin de son esprit le tiraillement que créa la phrase du démon dans sa poitrine, le rouquin disparut dans les couloirs de l'édifice et s'empressa de rejoindre la rue commerçante. Une fois dans celle-ci, il prit les transports en communs et finit par s'asseoir, à bout de souffle, dans un bus. Une fois cela assuré, il laissa enfin champs libre à ses pensées.

Il avait accepté de passer sa vie aux côtés d'un parfait inconnu.

Il avait accepté la chose la plus folle et inconsidérée de toute sa courte vie. Et il ne ressentait aucun remords. Peut-être était-ce suite au thé magique de Fon qui contenait sûrement des drogues vu qu'il avait accepté une proposition si déjantée, peut-être que ses souvenirs provenant d'Enma surgissaient et l'avaient fait accepter la proposition de Sawada. Beaucoup de peut-être et peu de certitudes.

Zhen Huo secoua doucement sa tête et sentit un sourire s'épanouir doucement sur ses lèvres. Il tapota ses genoux et regarda distraitement par la fenêtre du bus et sentit des bulles surgir dans son ventre. Il se sentait bien. Mieux qu'il ne l'avait jamais été. Et sans doute était-ce grâce à sa rencontre avec Sawada. Le jeune homme aux cheveux de feu soupira et porta ses doigts à ses lèvres. Ils ne s'étaient pas embrassés, ni même touchés. C'était comme si le démon refusait d'établir un contact, créant un mur entre eux.

« Il veut éviter de souffrir si ça ne marche pas. » réalisa le hongkongais en fermant ses yeux.

Il les ouvrit violemment, regarda par la vitre et s'empressa de sortir du véhicule qui était toujours en marche. Marchant au milieu de la route encombrée de voitures roulant au pas, le jeune secoua à nouveau sa tête et poussa un grognement. Pourquoi se sentait-il si déçu de voir la retenue de Sawada ? Pourquoi avait-il autant envie de coucher avec ce dernier ?

Ah, il avait une réponse logique pour cette dernière question. D'après le blond, ils (lui et Enma) n'avaient jamais été plus loin que l'étape des baisers, vu que son ancienne incarnation était morte quelques jours après. Quant à leurs vies précédentes, Giotto et Cozart, c'était il y a très longtemps donc Zhen Huo avait en lui des siècles, voir même des millénaires, de libido à rattraper. Ce qui signifiait qu'il allait devoir passer du temps, beaucoup de temps se corrigea-t-il avec un large sourire frisant l'air pervers, dans un lit avec Sawada Tsunayoshi...

Hum~ cette proposition de passer sa vie avec le blond commençait à lui plaire de plus en plus.

Cependant, alors qu'il se laissait aller avec plaisir à imaginer ce que serait son existence aux côtés du Seigneur des Enfers, le jeune homme fut ramené violemment à la réalité.

- Qu'est-ce que..., haleta-t-il en découvrant la porte arrachée de ses gonds et gisant devant l'entrée de son appartement.

Une pointe d'adrénaline le parcourut et les battements de son cœur s'accélèrent alors qu'il bondissait dans l'habitation, ses yeux grenat scannant les environs et s'assombrissant en remarquant les dégâts causés. Lìu n'aurait jamais fait cela, il la connaissait et savait très bien que sa mère adoptive était légèrement maniaque sur les bords. Ce qui signifiait que des gens s'étaient introduits dans leur appartement et s'étaient attaqués à la femme adulte. Zhen Huo fronça ses sourcils et s'accroupit pour ramasser un cadre brisé, il repoussa avec précaution les morceaux de verre et prit la photographie qui avait glissé du cadre. Ses orbes carmin s'élargirent imperceptiblement et il froissa la représentation avec ses mains tremblantes.

Devant lui, la photographie contenant une jeune femme enlaçant un enfant aux cheveux rouges vifs et maculée de tâches brunâtres se craquela avec un bruit sec et des morceaux de saleté tombèrent. Le jeune homme en prit un et le porta à son nez. L'odeur douceâtre et reconnaissable entre toutes de sang envahit ses narines et il sentit son cœur s'arrêter.

Lìu était en danger.

Zhen Huo se redressa brutalement et avança vers l'entrée de l'appartement pour ensuite se retourner et contempler la pièce de l'extérieur. Ses yeux sombres remarquèrent alors quelque chose qu'il n'avait pas vu lorsqu'il était à l'intérieur. Tendant une main vers la lettre sombre aux lettres cursives soigneusement tracées, le jeune déglutit difficilement et ouvrit l'enveloppe.

Le bruit résonna dans la chambre mortellement silencieuse et la réincarnation d'Enma lut avec avidité les mots qui étaient inscrits dans la lettre.

« Nous avons ta gardienne. Si tu veux la revoir en vie, viens à la Peak Tower, seul. Nous t'attendrons. »

- Non ! Non ! Non ! Non !, répéta le jeune homme en se saisissant les cheveux et en tirant avec force. Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ?

Il sortit de l'appartement et s'engouffra dans la cage d'escaliers, descendant les marches en coup de vent. Lorsqu'il fut à nouveau dans la rue commerçante, un vent violent secoua ses vêtements et fit voleter des feuilles et détritus devant ses yeux. Cependant, Zhen Huo ne s'en soucia pas et se mit à courir jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche. La Peak Tower se trouvait à l'autre bout de la ville, au sommet du Pic Victoria. Même s'il se dépêchait, cela lui prendrait deux heures pour y arriver. D'ici là, Ranshao Lìu serait peut-être déjà...

- Non !, cria-t-il en secouant vivement sa tête.

Il accéléra ses foulées et arriva à bout de souffle à l'arrêt. Le jeune s'écroula sur le banc et essaya de se calmer. Lìu était forte. Elle était celle qui lui avait enseigné à se battre, les voyous de la ville la respectaient ! Elle ne se ferait pas tuer par des idiots qui avaient réussis à la prendre par surprise !

Un rire faible sortit des lèvres entrouvertes de Zhen Huo et il ramena ses jambes contre son torse pour ensuite les enlacer.

Si ça se trouvait, ce n'était qu'une blague et elle l'attendait sur une terrasse en souriant.

Le rouquin ferma avec force ses yeux et empêcha ses larmes de couler. Il avait envie que Sawada soit avec lui. Le démon aurait su quoi faire à sa place. Et sa présence l'aurait soulagé de ce sentiment d'angoisse étouffant.

- Sawada, murmura tristement Zhen Huo.

Le blond n'avait-il pas dit qu'il viendrait s'il l'appelait ? Alors pourquoi n'était-il pas à ses côtés ? Sans doute parce qu'il s'était fichu de sa poire, comme ils le faisaient tous. Le jeune homme aux cheveux rouges enfouit sa tête dans ses genoux et laissa échapper un sanglot, un seul.

Lorsque celui-ci fut sorti de ses lèvres serrées, il redressa son dos et leva sa tête, ses yeux brillant avec détermination. Il sentit une chaleur familière se déployer dans son ventre et aperçut au bout de la rue son bus arriver. Le garçon se leva et fit craquer ses articulations.

Il était temps que Hong Mogui passe à l'action.

Lorsque le tram s'arrêta au sommet du pic Victoria, Zhen Huo bondit de son siège et regarda vivement autour de lui. Ses sens étaient déployés et il pouvait sentir la moindre brise d'air qui parcourait son environnement. Ses yeux se rétrécirent quand il vit la Peak Tower et il serra ses poings, son sang bourdonnant à ses tempes. Sans même le savoir, le jeune homme se mit à avancer vers l'entrée de la tour et paya pour monter jusqu'à la terrasse. Une fois dans les escalators, son adrénaline atteignit un nouveau sommet et il grinça ses dents en sentant la chaleur de son ventre se déployer dans son corps entier.

Maintenant qu'il savait qu'il était la réincarnation d'un démon, Zhen Huo pouvait comprendre l'origine de ses habilités frôlant le surnaturel. Depuis tout petit, il avait possédé une force surhumaine, lui récoltant le surnom de Hong Mogui, le diable rouge, lorsqu'il avait mis en pièces une plaine de jeu pendant un combat contre des voyous à l'âge tendre de dix ans. Quelques mois après, Ranshao Lìu s'était présentée aux portes de l'orphelinat où il vivait à l'époque et avait ordonné aux nonnes qu'elle partirait avec lui. Depuis, Zhen Huo avait vécu avec la jeune femme au caractère de feu et il s'était retrouvé à apprécier cette dernière, ses petites manies inclues. Ainsi, lorsque Lìu se figeait en regardant tristement les cieux aux nuages gris qui déversaient des flots de pluie, il se contentait de la prendre par la main et de la forcer à retourner dans leur appartement.

Zhen Huo secoua sa tête et sortit de ses souvenirs. Il devait rester alerte s'il voulait rentrer avec sa mère adoptive à la maison. Qui que soit l'idiot qui avait osé menacer sa famille, le jeune homme allait lui montrer pourquoi les habitants de la ville lumineuse l'avaient nommé Hong Mogui.

Une fois au sommet de la tour, il regarda autour de lui et fronça ses sourcils en remarquant que la terrasse était vide. C'était étrange vu que la Peak Tower était l'un des principaux sites touristiques d'Hong Kong et était ouverte à n'importe quelle heure. Comme le soleil se couchait, Zhen Huo devait plisser ses yeux pour ne pas être ébloui et il n'aperçut pas à temps les deux individus dans son dos. Cependant, ses sens en éveil l'avertirent et il se retourna vivement pour asséner des coups précis sur ses opposants.

Un rire désagréablement familier résonna dans les airs alors que les deux corps inertes tombaient à terre et le jeune homme aux cheveux rouges se tourna vers l'origine du bruit, ses yeux se rétrécissant jusqu'à former deux fentes haineuses.

- Yao, feula-t-il pendant que la chaleur devenait un véritable brasier.

- Yo, Zhen Huo, salua le voyou en souriant largement, ses cheveux roux brillant dans la lueur sauvage du crépuscule. Comment vas-tu ?

- J'allais bien, grogna l'autre en s'avançant lentement vers son ennemi d'enfance, Jusqu'au moment où je t'ai vu.

- Oh, mais c'est qu'il mordrait !, plaisanta Yao mais ses yeux rouges restèrent glaciaux. Un pas de plus et elle crève.

Zhen Huo se figea et écarquilla ses orbes grenat en remarquant que Lìu se trouvait derrière le voyou, ses mains liées derrière son dos et sa bouche bâillonnée. Elle paraissait si fragile, entourée par deux colosses aux crânes rasés et aux épaules musculeuses qui tendaient les coutures de leurs vêtements.

- Voilà un petit bien dressé, approuva le jeune homme en caressant la joue de la mère adoptive de son interlocuteur. Tu as fait du bon travail, ma chère~

Les yeux bruns de Lìu brillèrent avec fureur et Zhen Huo trembla, ses mains serrées et ses ongles plantés dans sa chair jusqu'au sang.

- Que me veux-tu, apostropha-t-il Yao en ne bougeant pas de sa place. Je suis venu alors relâche-la !

L'autre jeune sourit gentiment et cessa de caresser les joues de l'adulte et tourna sa tête vers son vis-à-vis. Ses yeux rouges luisaient avec un éclat quasiment démoniaque dans la lumière déclinante du soleil et Zhen Huo réprima un frisson d'horreur lorsqu'il remarqua ce fait.

- Hmm~, murmura Yao en portant un index à sa bouche entrouverte. Que faire... La relâcher ? Ou alors te révéler tout...

Il fit une pirouette sur son pied gauche et pencha sa tête vers Lìu, sa jambe droite restant dans les airs alors qu'il souriait avec un air maléfique et que la femme pâlissait.

- Dis-moi, susurra le jeune voyou en élargissant son sourire. Ça te plairait que je révèle à ta charge la vérité, ma chère Lal ?

Les yeux bruns s'élargirent et Lìu se débattit, donnant un coup de coude dans le ventre d'un des deux mastodontes qui l'encadraient et elle s'avança vers Yao pour lui asséner un coup avec sa tête en tant que bélier. Cependant, le plus jeune sembla comprendre ses intentions et parvint à éviter l'attaque. Emportée par son élan, la mère adoptive de Zhen Huo continua sa course jusqu'à la rambarde de la terrasse et heurta cette dernière violemment. Sonnée par le choc, elle se laissa tomber à terre et fut forcée de se relever lorsque la main de Yao la saisit sans aucune douceur par les cheveux.

- Maintenant, regarde attentivement, Zhen Huo, cria joyeusement le faux rouquin en poussant Lìu contre la rambarde qui lui arrivait au cou. Je vais te montrer ce qui arrive à ceux qui osent aller à l'encontre de mes ordres !

L'autre jeune ouvrit largement ses yeux et courut vers les deux autres, donnant des coups aux alliés de Yao pour se dégager le passage. Cependant, il arriva trop tard et contempla avec horreur le corps de sa mère adoptive devenir transparent et passer à travers la protection.

- Non, murmura-t-il en titubant jusqu'à la rambarde et en s'appuyant contre celle-ci. Non.

Il ferma ses yeux avec force et sentit ses jambes trembler. Zhen Huo appuya son front contre la pierre et le brasier qui l'entourait se changea en glace. Il se mit à frissonner et entrouvrit ses yeux pour contempler le sol qui se situait à des mètres de l'endroit où il se trouvait. Ses orbes grenat se posèrent sur le corps désarticulé de sa gardienne.

Deux bras vêtus d'une chemise de haute couture et sentant un parfum capiteux pour homme enlacèrent son cou et le jeune homme ne réagit pas, regardant le cadavre de Ranshao Lìu.

- Ne la pleure pas, chuchota la voix douce et amicale de Yao tandis que ce dernier embrassait sa nuque.

« Tsuna. » songea Zhen Huo alors que ses yeux vides continuaient à fixer la morte.

- Elle ne ressentait rien pour toi, tu n'étais qu'une façon d'expier son péché, continua l'autre en se rapprochant du corps tendu du jeune rouquin.

« Tsuna. »

- Et tu le savais très bien. Après tout, un démon reste un démon, pas vrai, Zhen Huo ?

Un frisson parcourut l'échine du hongkongais et il sentit les dents inhumainement pointues de Yao effleurer sa peau.

- Qui es-tu, murmura Zhen Huo.

- Mmm~, médita son interlocuteur en cessant de promener ses dents sur la nuque offerte du jeune. Je suis vexé de voir que tu ne te souviens plus de moi ! Après tout, j'ai toujours été à tes côtés ! J'ai toujours été avec toi, Enma...

Le cœur de Zhen Huo s'accéléra en entendant le nom de son ancienne incarnation sortir de la bouche du voyou. Les choses commençaient à devenir bien trop étranges à son goût. Il voulait partir ! Il voulait rentrer chez lui, retrouver Lìu et parler avec elle de choses sans aucune importance. Il voulait revoir le Suprême Beau Gosse Blond et en apprendre plus sur ce dernier.

- Tsuna !, cria l'autre garçon en se débattant follement pour sortir de l'étreinte de l'assassin de sa mère adoptive.

- Tche, renifla Yao en tirant violemment sur les cheveux rouges striés d'or pour forcer le jeune à lever sa tête et à croiser ses yeux carmins. Je ne comprendrais jamais l'intérêt que tu portes à cet inutile, Enma. Je t'ai offert le monde plusieurs fois et pourtant, tu persistes à rester à ses côtés !

« Sans doute parce qu'il ne tue pas mes parents pour m'avoir à ses côtés ! » répliqua vertement dans sa tête le jeune homme tout en continuant à se débattre. Alors qu'il allait baisser les bras, un brusque courant d'air parcourut la terrasse et des nuées de feuilles brunes tourbillonnèrent pour se solidifier en une silhouette.

- Aaah, soupira cette dernière en vérifiant que son chapeau en feutre blanc était toujours sur ses cheveux bruns. Pourquoi dois-je toujours me charger des boulots ennuyants ?

Zhen Huo contempla en silence le nouveau venu. Il s'agissait d'un homme, probablement dans la vingtaine comme Yao et lui, qui portait de lourdes lunettes sombres dont les verres teintés ne permettaient pas d'apercevoir ses yeux. Cependant, le jeune aux cheveux rouges et or savait avec certitude, et ce malgré le fait qu'il s'agissait de la première fois qu'il rencontrait cet inconnu, que l'individu avait des orbes sanglants.

- Alors, souffla ce dernier en se frottant la nuque avec ennui. Où est-il ?

La tête de l'inconnu bougea et il sembla scanner les alentours. Zhen Huo bougea, réussissant à donner un coup de coude qui plia en deux Yao, ce dernier ayant porté son attention sur le nouveau venu.

- Oh, s'exclama l'individu en souriant légèrement. Te voilà. Tu as rajeuni, Enma.

- Techniquement, je ne suis pas lui, précisa la réincarnation du Démon Supérieur.

- Broutilles, balaya l'autre en continuant à sourire. Je vois que tu étais plutôt occupé. Dois-je passer plus tard ?

- Non !, cria Zhen Huo en serrant ses poings et en s'avançant vers lui.

Même s'il ne savait rien sur ce dernier, mieux valait rester avec celui-ci qu'avec Yao. Sans oublier que le voyou n'était pas net. Vraiment pas net.

- Dans ce cas, allons-y, déclara l'homme en lui faisant signe d'approcher.

- N'y pense même pas, tengu !, siffla Yao.

Celui-ci s'était redressé et avait dirigé son visage blême vers les deux hommes. Zhen Huo sentit un frisson d'horreur le parcourir lorsqu'il croisa les orbes haineux du voyou et il recula inconsciemment vers l'inconnu.

- Il est à moi !, tonna le roux décoloré en s'avançant avec des pas impérieux vers le couple.

Ce qui suivit fut tellement rapide que Zhen Huo n'arriva pas à comprendre ce qui s'était passé. À un moment, il était les deux pieds sur terre, menacé par un garçon qui avait totalement perdu les pédales. Et à l'autre, il se trouvait dans les airs, serré fermement contre un torse qui sentait l'herbe fraîchement coupée et l'encens.

Des bruits de battements d'ailes se faisaient entendre et le jeune homme dégagea son visage du torse musclé de l'individu pour contempler son entourage. Son visage blanchit drastiquement lorsqu'il remarqua qu'il se trouvait à plusieurs mètres au-dessus de la mer.

- Ça va ?, demanda son sauveur et accessoirement navette. Il ne t'a pas touché ?

- Non, répondit doucement Zhen Huo en serrant les pans de la chemise blanche de l'homme. Comment t'appelles-tu ?

- J'avais oublié que tu ne te rappelais de rien, rit ce dernier en secouant doucement sa tête. Je m'appelle Kato Julie, nous nous connaissions très bien lorsque tu étais Enma. Et... je suis le lié de ta sœur.

- Adelheid, comprit le roux en hochant sa tête. Je sais. Fon m'a tout expliqué.

- Dis-moi, Petite Réincarnation d'Enma, sais-tu nager ?, demanda subitement Julie alors que les battements d'ailes ralentissaient imperceptiblement.

- Heu, hésita le jeune, Oui. Pourquoi ?

- Je suis en train de mourir, révéla avec un petit sourire l'être surnaturel. Je ne sais pas qui était ce gamin sur cette tour mais il est puissant... Bref, je ne vais pas durer longtemps. Si jamais tu croises Adel, dis-lui que je suis désolé. Du fond de mon âme. Et que je l'aime.

- Quoi ?, paniqua Zhen Huo pendant qu'ils commençaient à chuter lentement. Mais pourquoi ? Je suis certain que tu pourrais t'en sortir ! Ou alors...

Les mains de Julie le saisirent doucement par les épaules et ils furent nez à nez durant quelques secondes. Leurs yeux rouges se croisèrent et le jeune humain referma sa bouche en contemplant la tristesse et la sagesse sans âges qui se trouvaient dans les orbes .carmin de son sauveur.

- Je vais devoir te pousser, annonça Julie en souriant faiblement alors que ses contours devenaient translucides. La mort d'un tengu n'est pas une chose qui se passe en douceur. Il y aura probablement un raz de marée alors essaie de rester à flot. D'accord ?

Zhen Huo acquiesça sans un mot, sa gorge trop serrée à l'idée qu'il allait causer la mort d'une autre personne.

- Et, termina le tengu en lui caressant gentiment la joue, essuyant les larmes qui avaient coulé sans que le jeune ne s'en rende compte, Dis à Tsuna qu'il n'a pas à prendre la faute. Vous êtes tous les deux innocents.

Sur ces derniers mots, Julie embrassa avec affection le front du rouquin et le poussa violemment. Zhen Huo atterrit à plusieurs kilomètres de la côte et s'empressa de nager vivement vers celle-ci. Cependant, une vague énorme le cueillit à mi-chemin et lui permit d'y arriver plus rapidement. L'eau était curieusement chaude malgré la température hivernale et le jeune homme eut l'impression d'être enlacé avec amour. Comprenant là qu'il s'agissait du dernier message d'adieu de la part de Julie, le rouquin atteignit la côte et pataugea jusqu'à sortir de l'eau, ses vêtements collant sa peau enfiévrée. Il se retourna, reniflant et retenant ses larmes, et contempla la coupole de lumière qui brillait à l'horizon.

Un bruissement à sa gauche le fit sursauter et il regarda autour de lui, craignant que Yao surgisse de l'obscurité pour l'emmener et le torturer. Cependant, le voyou n'apparut pas et ce fut à la place une jeune femme à la poitrine volumineuse qui s'avança vers la plage. Elle s'arrêta à quelques centimètres de l'eau et contempla sans un mot l'horizon où jaillissaient des éclairs mauves et des langues de flammes violettes.

- Je lui avais dit d'être prudent, murmura la jeune en baissant sa tête et en enlevant l'élastique qui retenait sa queue de cheval serrée.

Ses longs cheveux noirs glissèrent et caressèrent ses joues, cachant ses yeux et empêchant Zhen Huo de voir ses larmes couler. Néanmoins, il put apercevoir le tremblement infime qui secouait les épaules de l'inconnue et il pouvait entendre les sanglots étouffés que cette dernière poussait.

- Adelheid, réalisa après un court silence le hongkongais.

La jeune femme sursauta, comme si elle n'avait pas réalisé sa présence jusqu'à ce qu'il prenne la parole, et se tourna lentement vers lui.

- Enma, chuchota-t-elle en essuyant vivement ses yeux rougis par les larmes. Je suis sincèrement désolée de voir que nos retrouvailles vont être si courtes...

Zhen Huo fronça ses sourcils. La sœur de son ancienne incarnation croyait visiblement qu'il se rappelait de tout. Voyant l'air perdu dans les traits habituellement farouches de la démone, il décida de lui faire croire cela, après tout, il lui fallait bien ça pour se récupérer de la perte de son lié.

- Je n'aurais jamais imaginé que le perdre ferait aussi mal, murmura Adel en croisant ses bras sur son opulente poitrine. Je regrette maintenant d'avoir corrigé Sawada pour se morfondre autant. Ça fait mal, Enma.

- Je sais, susurra le jeune homme en s'approchant d'elle pour l'enlacer.

Il avait agi sans même réfléchir, ses bras entourant le corps frêle et cependant puissant de la jeune femme. Les flammes réapparurent dans son ventre et il sentit des gouttes de sueur perler à ses tempes, se mélangeant avec l'eau sale qui le recouvrait.

- Tu te souviens, fit en un souffle la démone alors que son corps refroidissait au fil des secondes.

Zhen Huo essaya de ne pas laisser paraître sa panique et continua à enlacer la jeune femme, refusant de la laisser alors qu'elle souffrait autant par sa faute.

- Tu nous avais dit qu'il ne fallait pas utiliser un lien complet, continua faiblement Adelheid. Que cela se révélerait un point faible et que si l'un des deux mourait, l'autre suivrait dans les heures qui resteraient.

Le jeune homme sentit son cœur se serrer et il serra ses lèvres, une chape de sueur froide le recouvrant désormais alors que le feu en son sein continuait à brûler avec ardeur.

- Je m'en rappelle, murmura-t-il en plongeant son visage dans les cheveux sombres de son interlocutrice.

- Et maintenant que ce moment est arrivé, déclara la jeune femme à travers ses respirations sifflantes, Je peux te le dire avec sincérité. Je ne l'ai jamais regretté.

Le corps d'Adelheid commençait à se recouvrir d'une chape de givre, remarqua Zhen Huo. Sa température était tellement basse qu'il avait débuté lui-même à trembler malgré la chaleur intense que dégageait son ventre.

- Julie, dit-il alors en essayant ainsi de changer les idées à son ancienne sœur démoniaque, m'a dit de passer un message.

- Quoi donc ?, demanda-t-elle faiblement.

-Il est désolé du fond de son âme et t'aime.

Les lèvres d'Adelheid tremblèrent et elle repoussa doucement Zhen Huo. Élevant une main jusqu'à la joue du garçon, elle sourit doucement et le contempla en silence.

- Ne t'attriste pas, fit subitement le garçon qui n'en pouvait plus de la tristesse dans les yeux rouges de la démone, Il se réincarnera et alors vous serez à nouveau ensembles !

Le sourire de la jeune femme s'adoucit et elle baissa lentement sa main, comme si elle n'avait désormais plus de forces.

- Semblerait que les pouvoirs des Principautés ne soient plus ce qu'ils étaient, murmura-t-elle. As-tu oublié que les tengus n'existent qu'une seule fois ? Julie est mort et il ne réapparaîtra plus.

L'étau autour du cœur du jeune homme se resserra et il sentit les couleurs disparaître sur son visage. Ses mains se crispèrent sur la toile de la veste de son ancienne sœur et il sentit ses épaules tressauter sur la colère qu'il ressentait envers lui-même pour avoir causé ce malheur.

- Ne sois pas triste, Enma, susurra Adelheid en saisissant avec douceur l'une des mains du garçon. Nous ne nous reverrons plus alors... je voudrais que tu gardes dans ton esprit l'image d'une sœur puissante, d'accord ? Quant à moi, je veux partir avec le souvenir d'un grand frère souriant.

La chaleur dans son ventre se propagea subitement dans son corps et frappa de plein fouet son visage livide. Il sentit un feu ardent lécher ses veines et se nicher au fond de son crâne. Réprimant un grognement face à la douleur subite, il baissa ses yeux vers la jeune femme qui s'était assise en seiza, le visage tourné vers l'horizon où des restes de fumées de l'incendie créé par la mort de Julie subsistaient.

- Alors, déclara Adelheid avec un sourire figé, Souris, Enma.

- Tu me demandes beaucoup, Sœurette, lâcha Zhen Huo avec une voix vacillante. J'espère que tu en es consciente.

Le sourire de la jeune femme se raffermit et elle tendit une main vers le garçon. Ce dernier la saisit sans un mot et contempla le corps de son ancienne sœur se recouvrir de morceau de glace.

- Il va neiger, remarqua-t-il lorsqu'une statue gelée remplaça Adel. Tu as toujours aimé la neige, Sœurette.

Seul le bruit des vagues lui répondit. Un sanglot lui déchira la poitrine et il se plia en deux, laissant enfin libre court à ses larmes. Celles-ci coulèrent le long de ses joues et atterrirent sur le sable, créant de petits cercles bruns qui gelèrent suite à la présence d'un reste de glace qui commençait déjà à fondre.

Lorsqu'il n'eut plus de larmes à verser, le jeune homme s'essuya les yeux en silence et se leva, époussetant ses vêtements pour en enlever le sable qui y était resté. Ensuite, il rouvrit la main qu'il avait gardée serrée pendant la mort de la démone et contempla la clé en fer forgé qui s'y trouvait.

Ses sourcils se froncèrent et il chercha autour de lui la porte à laquelle la clé pouvait bien appartenir. Ses yeux neutres s'éclairèrent quand il remarqua un éclat vert qui surgissait des escaliers et il s'avança vers ceux-ci. Comme le rouquin l'avait deviné, une porte se trouvait sous les marches et il l'ouvrit sans difficultés avec la clé en métal. La porte grinça, probablement peu utilisée, et il passa l'embrasure pour se figer, ses orbes grenat regardant autour de lui avec surprise. Il se trouvait dans un gigantesque couloir où de multiples portes flottaient.

Avançant sans un mot dans le corridor, il finit par s'arrêter devant une porte qui était composée de plusieurs rouages qui tournaient en poussant des cliquetis familiers. Il approcha sa main de la surface en bronze et la posa sur un capteur. Une alarme résonna alors dans le couleur et il recula brusquement pour se boucher les oreilles.

- ALERTE ! ALERTE ! UN INTRUS ESSAIE D'ENTRER ! ALERTE !

Le jeune homme croisa ses bras et attendit patiemment que la porte s'ouvre. Son attente fut récompensée car le battant s'entrouvrit pour révéler une adolescente vêtue d'une combinaison en plexiglas opaque et à la coupe de cheveux fantasque.

- E-Enma, bredouilla la nouvelle venue en se figeant, ses yeux rouges passant en revue le jeune homme aux vêtements sentant l'iode.

- En chair et en os, sourit sombrement le garçon aux cheveux rouges striés d'or. Maintenant, ma chère Shitopi, fais plaisir à ton vieil ami et révèle-moi tout ce que tu sais sur Yao.

Les sourcils de la vampire s'haussèrent et un petit sourire heureux s'épanouit sur ses lèvres fines.

- Il est bon de te revoir, dit-elle en restant à l'entrée de sa maison, gênée par l'apparition de la réincarnation d'Enma.

- Il est bon de se souvenir, répliqua suavement le rouquin.


L'Enfer sur Terre

Un démon ? C'est un ange qui a eu des malheurs, un ange émigré. (Rivarol).

Mémoires de l'archange Remiel

Être un Archange était plus qu'un poste, c'était une façon de vivre.
Du moins, c'était ce que répondaient les concernés lorsqu'on leur posait cette question.
Ce qu'ils en pensaient vraiment était tout autre chose.

Ainsi, pour l'Archange déchu Remiel, son titre signifiait bien des choses.

Mais il fallait avouer qu'au début, il n'avait même pas réalisé l'importance de son nom. Il était apparu en même temps qu'un autre, son double, Raguël. Ils étaient plus qu'unis, aujourd'hui encore, alors qu'ils étaient séparés par le poids de leur responsabilité, Remiel regrettait leurs moments où ils ne faisaient que voler dans le ciel en silence.

Un beau jour, ils avaient volé au-delà des cieux que les deux êtres mythiques fréquentaient habituellement et ils rencontrèrent leurs semblables.

Le regard de Remiel fut aussitôt happé par celui d'un ange. Le seul autre blond du groupe. Ils ne parlèrent pas, ne trouvant aucune utilité à un langage quelconque alors qu'ils arrivaient à s'entendre sans même faire un son. Les années, siècles, millénaires passèrent et l'un des autres anges, celui qui avait des cheveux aussi rouges que le soleil couchant, quitta le groupe et s'enfonça dans les ténèbres. Il fut suivi par l'ange aux cheveux noirs qui s'était toujours tenu à l'écart des autres. Remiel n'était pas vraiment tenté par ce que proposait l'ange rouge, il aimait voler librement dans le ciel. Et puis, l'autre ange blond avait un sourire magnifique. Cependant, Raguël, son double, celui que Remiel considérait comme son frère jumeau malgré leur aspect totalement différent, qu'il soit physique ou psychique, suivit le roux. Et l'ange ne put que suivre son double, il ne voulait pas être séparé de celui-ci.

Ce n'était pas comme s'ils étaient amants comme l'avaient été l'autre blond et le rouge, mais ils avaient toujours été ensembles.

Leurs pouvoirs se complémentaient et ils étaient ensembles avant même qu'ils n'aient rejoints les autres anges.

Une fois dans les Limbes, ils durent prendre un autre nom car l'ancien était synonyme de pureté, ce qu'ils n'étaient plus. Mais les deux anges continuèrent à s'appeler par leur véritables noms car c'était ainsi qu'ils s'étaient appelés et rien ne changerait cela.

Ils commencèrent à parler, aussi. Le silence n'était plus roi et désormais le pouvoir appartenait au plus fort, au plus bruyant.

Samaël, l'ange rouge, changea son nom et devint Satan, il se présenta comme leur chef et ne leur ordonna qu'une chose.

Ne pas s'abaisser devant les humains.

Puis, l'ange rouge disparut pour unifier les Enfers sous sa férule. Raguël et Remiel décidèrent de s'approprier une parcelle des Limbes et y construisirent leurs temples, tout cela dans un silence entrecoupé de paroles amicales.

Ce fut vers cette époque qu'ils commencèrent à perdre leurs plumes. Uriel avait depuis longtemps déjà quitté les Enfers et avait donc évité à ce fléau mais les deux Archanges ne purent rien faire pour empêcher leur déchéance. Jour après jour, ils virent leur symbole de pouvoir et de prestance tomber en miettes et ils s'assombrirent de jour en jour.

Raguël et Remiel cessèrent de se parler et le silence se réinstalla entre eux, cette fois-ci teinté de remords et de douleur.

L'ange blond prit l'habitude de quitter les Enfers en compagnie de son frère pour visiter le monde terrestre, évitant cependant de croiser Satan. Cependant, rien au monde n'aurait pu empêcher sa rencontre avec l'âme sœur du diable.

À l'époque, il se trouvait au bord d'une falaise, ses ailes décrépies cachées sous des runes pour ainsi se faire passer pour un humain normal, vêtu d'une toge grecque blanche et ses cheveux noués. Un faible battement d'ailes résonna dans son dos et il soupira faiblement.

- Raguël ?, fit-il sans se retourner. Je croyais que tu étais à Carthage.

- Bonjour, Remiel, répondit une voix différente de celle de son frère.

L'Archange déchu se retourna vivement et contempla avec stupeur l'homme ailé qui se trouvait devant lui.

- Michel, murmura-t-il.

L'autre grimaça et se passa une main dans ses cheveux blond tout en rajustant sa toge qui s'était un peu défaite suite à son vol.

- Je préfère Giotto, avoua-t-il à mi-voix. Ou Apollon, ça me va aussi.

- Un dieu, rien que ça, sourit Remiel avec un air moqueur. Tu n'aurais pas la tête un peu enflée ?

Giotto rit doucement et secoua sa tête.

- Et toi, fit l'Archange Supérieur en s'asseyant tranquillement à côté du Déchu. Ne serais-tu pas un peu trop déprimé ?

Remiel fit la moue. Il regarda en coin son ancien camarade et remarqua que les ailes de ce dernier étaient étincelantes, comme si elles étaient constituées de lumières.

- Trop de noir donne le cafard, murmura-t-il en bougonnant.

L'autre blond rit et lui saisit l'épaule pour la serrer gentiment. Remiel garda le silence et baissa ses yeux pendant que des courants d'énergies passaient de la main de son ancien ami à son corps affligé.

- Tu sais, déclara subitement Giotto en portant ses yeux orangés vers l'océan qui se trouvait devant eux. J'ai rêvé du futur.

Ah. l'ange déchu ne montra aucun signe d'intérêt. Après tout, il était déjà au courant des capacités divinatoires de l'autre homme. Il n'était pas Apollon pour rien, n'est-ce pas ?

- Était-il bien ?, finit par demander Remiel.

Il sentit un brusque rafraîchissement dans l'air et le blond se tourna pour voir que Giotto avait fermé ses yeux et que ses ailes avaient cessé de briller avec autant d'éclat. Puis, l'Archange Michel secoua sa tête et souleva ses paupières pour regarder avec un air indéchiffrable son camarade.

- Tu étais dedans.

Remiel hoqueta. Comment devait-il prendre cette réponse ? Sans oublier l'air plus que déprimé de l'autre blond !

Des vagues de puissance sortirent du corps de l'ange déchu et il se leva pour déployer ses ailes décrépies. La main de Giotto se posa soudainement sur l'une d'elles et Remiel se pétrifia en sentant les doigts chaleureux caresser ses plumes rendues grises par son séjour dans les Limbes.

- Dans le futur, déclara calmement le récent dieu grec, Tu n'auras plus d'ailes. Et tu devras faire face à de terribles choses par ma faute.

Remiel ouvrit sa bouche pour prendre la parole mais l'autre le prit de court.

- Tu me haïras, tu me maudiras chaque seconde qui passeront, continua Giotto à voix basse. Et tu souhaiteras que l'oubli te prenne pour que tu puisses enfin mourir.

- De quoi parles-tu ?, finit par demander l'ange déchu en se maudissant pour avoir une voix aussi tremblante. Pourquoi te maudirais-je ? Tu ne m'as jamais rien fait ! La seule fois que tu t'es battu, ça a été contre Lui.

Les yeux du blond se ternirent et ses ailes disparurent pendant qu'il se redressait à son tour pour regarder Remiel avec affection et tristesse.

- Je suis venu pour m'assurer d'une chose, révéla Giotto en s'approchant lentement de ce dernier.

Remiel garda le silence et le laissa caresser sa joue, appréciant la vague d'énergie curative que lui donnait le blond.

- Lorsque l'Apocalypse se déclenchera, murmura Michel, Je t'en prie, joins-toi à nous.

Les yeux bruns aux reflets rouges du déchu s'écarquillèrent et il brisa le contact pour essayer de réunir ses esprits.

- Pourquoi parles-tu de cela ?, marmonna-t-il. L'apocalypse n'arrivera que lorsque les Moires commenceront à perdre leurs pouvoirs et elles pètent le feu ! L'autre jour, j'ai vu Lachésis s'envoyer en l'air avec un ange !

- Les siècles vont passer, annonça Giotto avec un air lugubre. Et les créatures qui sont aujourd'hui les plus puissantes disparaîtront ou s'affaibliront. Je mourrais et lui aussi. Tu devras t'en charger, Remiel. Tu devras faire en sorte que le monde ne tombe en pièces en notre absence.

- Comment ça, tu vas mourir ?, cria le blond en saisissant les épaules de celui qui avait été son ami.

- Hey, blagua l'autre en souriant joyeusement, Ce sont les meilleurs qui partent en premier, non ? Tu m'as sérieusement cru ?

Remiel souffla avec agacement et frappa l'autre ange à l'épaule. Cependant, ce dernier lui saisit la main au vol et le regarda avec un air extrêmement sérieux.

- Rappelle-toi bien de cette prophétie, Remiel, susurra l'Archange Supérieur. Lorsque tu seras seul, que personne ne te croira, rappelle-toi bien de ce que je t'ai annoncé.

- À d'autres, grogna l'ange déchu. Je ne te croirai pas deux fois de suite !

- Au fait, sourit ensuite Giotto, L'autre jour, j'étais avec un ami, qui a un sens de l'humour incroyable en passant, et j'ai anéanti, sans faire exprès bien sûr, une créature qui aura son importance plus tard...

- Et ?, demanda Remiel tout en croisant ses bras.

Va savoir pourquoi, il avait comme l'impression que ça se finirait mal.

- Ne voudrais-tu pas la remplacer ?, supplia le blond en se mettant à genoux devant l'archange déchu. Je t'en prie !

L'homme aux ailes grises frémit et il essaya d'ignorer le mieux qu'il put l'air plus qu'adorable de son congénère. Cependant, ce fut sans succès et Remiel finit par accepter à contrecœur.

- Qui est-ce ?, grommela ce dernier.

- Dino, murmura Giotto en regardant partout sauf vers l'autre blond. Tu sais, l'une des Sœurs Grises. Pas qu'il y en reste...

- Tu as exterminé un trio de créatures aussi puissantes que les Moires ?, s'étrangla Remiel.

Son interlocuteur fit une moue enfantine et croisa ses bras sur son torse tout en bougonnant.

- J'y peux rien si elles ont osé insinuer qu'elles allaient se faire Samaël...

D'accord, ça, c'était une information que Remiel aurait préféré ne pas savoir. Il soupira et secoua doucement sa tête avant de la redresser pour regarder avec sérieux l'Archange Supérieur qui se comportait comme un gamin devant lui.

- C'est bon, souffla l'ange déchu. Je me ferais passer pour Dino.


RaR:

Mlle A : Eh oui, j'ai encore rallongé la liste des pairings et je sens que je peux le faire encore plus... ^^" Sinon, un énorme merci pour toutes ces chansons, elles m'ont fort aidé à écrire les chapitres ! En tout cas, je suis vraiment contente de voir que Tsuna reste mignon (malgré ses écarts pervers XP).

Haha 8D : Merci pour ces jolis compliments qui m'ont fait plaisir, je ne le cacherais pas XD Quant à la raison pour le comportement de Tsuna envers Reborn, ce sera expliqué. Plus tard. ^^ Sinon, j'ai pu voir que tu as remarqué une chose. Oui, je me suis inspirée de Giotto dans Brother complex pour rendre Tsuna encore plus mignon. Alors, c'est réussi ? ^^ Merci pour la chanson ! X)

Sur ce, je vous annonce une bien triste nouvelle. Comme nous sommes entrés dans cette période maudite, je n'ai plus de temps pour écrire. Donc, le prochain chapitre paraitra en juin. Le 17 pour être plus précise. En attendant ce jour, reviews ?