Après une absence d'environ quatre mois je suis de retour, et avec un chapitre un peu plus long que d'habitude ^^. Beaucoup d'évènements se sont produits durant cette période et j'espère pouvoir consacrer plus de temps à cette fic XD Bref merci pour votre soutient et pour les reviews qui me font énormément plaisir.
Bonne lecture (je l'espère) !
Il ne ressentait plus rien. Il ne pensait plus à rien. Il était vide. Ses membres endoloris étaient bercés par les douces houles de l'embarcation. Son esprit était emporté avec le vent et la pluie loin de lui. Le son rassurant du tonnerre zébrant le cercle de nuit noire l'apaisait. Il sentait sous son dos le bois et le fer se tordre sous la force des éléments. Il était rassuré, le sang n'avait pas coulé sur le bateau.
Il était allongé, entre le rêve et la réalité. Il avait réussi à repousser aussi loin qu'il le pouvait la présence ô combien désagréable du Noah. Sa transpiration collait cheveux et vêtement sur sa peau tendue. Il semblait se réveiller après de longs jours de coma. Son pied convulsa. Le maintient et le contrôle sur Nea devenait de plus en plus dur mais il gardait confiance en lui. Il ne devait pas abandonner. Il fixait du regard le mouvement pendulaire de la bougie accrochée au plafond. Il se sentait mieux, au fur et à mesure que le Noah reculait, il regagnait en force. Il ignorait ses plaintes et ses cris ainsi que la douleur lacérante de son œil et bras gauche. Il ne restait plus que des murmures. Il n'entendit pas la porte s'ouvrir de même qu'il ne vit pas la personne entrant dans la pièce. Il essaya de tourner la tête. Douleur. Il se sentait tellement inutile, cloué sur son lit de fortune.
- Ne bouge pas, la voix était douce. C'était Lenalee.
Elle se pencha vers lui et posa sa main froide sur son front.
- Ta fièvre a baissé, comment te sens-tu ?
Allen ouvrit les lèvres, en vain, aucun son ne sortait. Sa gorge était en feu, elle était si sèche... Il sentit alors un liquide tiède couler en lui, de l'eau. Lenalee soutenait sa tête d'une main et versait l'eau d'un verre de l'autre. Il put voir les cernes noires sous ses yeux, ses doigts rongés pratiquement jusqu'au sang pour certain. Il voyait l'inquiétude ronger peu à peu son amie. Une fois fini, elle le redressa. Allen gémit, il était comme une poupée vivante. Elle lui sourit tristement.
- Pardon. Tu dois manger. C'est du porridge, pas aussi bon que celui de Jeryy tu m'excuseras.
Allen se laissa faire. Il n'était plus en état de faire quoi que ce soit.
- Merci, souffla-t-il lorsqu'il fut rassasié.
- Repose-toi. Tu as eu une fièvre violente, tu divaguais. On se charge de tout.
Elle lui tapota la jambe. Elle tremblait dans son uniforme d'exorciste. Allen prit une grande gorgée d'air, mais avait-il seulement le courage de lui demander ce qui n'allait pas ? Il le savait au fond de lui. Il était pris de terreur. Il n'y avait pas de raison. Ses sentiments étaient mélangés à ceux de Nea de façon complexe, ils ne formaient plus qu'un, comment discerner ses sentiments à lui de celui de son hôte ? Qu'avait-il dit ?
- J-je...
- Chut Allen.
- P-pardon. Pour tout pardon.
Il voulait aider l'Ordre, il ne voulait pas être un fardeau pour eux.
C'était trop tard.
Il voulut parler à nouveau cependant il fut interrompu par l'arrivée d'une seconde personne. La nourriture lui avait redonné des forces. Sa fatigue se dissipa. Il regarda en face le nouvel arrivant. Ses yeux noirs le transpercèrent, le mettant à nu. Ses cheveux tout aussi noirs encadraient son visage déformé par une colère retenue. Allen eut un sourire en coin, il reconnaissait bien là Kanda.
- Réveillé Moyashi ? Je te prierai de ne pas me prendre pour un doudou sinon tu goûteras à ma lame, son ton était froid et tranchant.
Il s'assit au bord du lit et croisa ses jambes. Il méditait Ses longs cheveux était retenus par l'habituel lacet, les mèches qui encadraient son visage le cachèrent aux yeux de tous. Il n'attendait pas de réaction de la part d'Allen.
- Nous arriverons bientôt vers Penzance ensuite nous traverserons la Manche en direction de la France.
Kanda ne bougea pas lorsqu'il parla. Sa voix se détachait clairement sur le grincement sinistre du navire. Dehors, la tempête faisait rage.
- Nous avons navigué en hauturière jusqu'à présent pour éviter un quelconque repérage des ennemis, dit Lenalee.
- Pour l'instant nous n'avons pas encore rencontré d'Akuma de niveau trois. Mais ça ne saurait tarder. Cependant après la traversée de la Manche on continuera avec du cabotage – les seules cartes que nous avions sont inutilisables à cause de la pluie – jusqu'au niveau de Ploudalmézeau. C'est un petit bourg, j'y ai quelques contacts qui pourraient nous être utile.
- Merci Kanda, souffla Allen.
- Quelle est notre destination ? demanda-t-il.
- Pardon ? Allen le regarda surpris.
- Allen… on sait pas ce qu'il se passe et… je, enfin nous… je veux dire que tu nous le diras que tu seras prêt, Lenalee affichait de nouveau son sourire triste.
Cela allait trop vite pour lui. Beaucoup trop vite. Il ne voulait pas voir cette expression chez son amie. Elle était forte.
- P-pardon ?
- Quelle est donc notre destination Moyashi ? répéta Kanda, sa colère montait à grands pas.
- Constantinople.
Allen serra le drap de sa couche. Il ferma les yeux. Il n'était pas une marionnette, il suivait son propre chemin, la voie qu'il s'était tracé. Mais il savait au plus profond de lui qu'il n'était plus que le jouet d'une partie bien plus vaste. C'était la destination que Nea souhaitait pas la sienne.
Pardon ?! Mais qu'est-ce que... ? Depuis quand je le laisse aussi aller ?! Je suis moi, Allen Walker ! Et personne d'autre. Nea je te jure que je te ferais regretter tout ça. Je couperai tous des fils, c'est mon corps et pas le tient !
Une quinte de toux le secoua, un goût métallique remplis sa bouche. Il parvint à masquer l'afflux de sang dans sa gorge.
Petite vermine, ton avis n'a aucun intérêt pour moi. Tu n'existes déjà plus.
La ferme !
Quelle grossièreté.
- Bien.
Le kendoka se leva et sortit sans un mot. Cependant sur le pas de la porte il s'arrêta. Une question lui brûlait les lèvres.
- Tu ne nous avais pourtant pas dit que ton épée pouvait seulement tuer que le côté sombre d'une personne ?
- Kanda !
- C'était une simple question. Ton crown clown est bien rouge Moyashi.
- Repose-toi, ajouta rapidement Lenalee avant de sortir à la poursuite de Kanda.
Allen pencha la tête en avant. Ses mains tremblaient. Quelle scène singulière.
Mes sentiments, tes sentiments... Nea... Je suis perdu. Je ne te laisserai pas le contrôle.
Timcampy observait la scène, caché sous les draps. Il était perdu lui aussi dans ses pensées. Son véritable maître commençait à revenir, quand il serait là…. Devrait-il le suivre ou partir en attendant qu'Allen revienne ? S'il revenait… Le golem s'enroula entre ses ailes dorées. Il se sentait coupable…coupable d'avoir ramené Road et Tyki pour sauver son maître…coupable de ne pas avoir séparé alors qu'il était encore temps Tyki et Allen…coupable d'avoir réveillé le passé enfoui et oublié…
XxX
C'était un petit navire. Pas bien grand, pas vraiment spacieux, juste le nécessaire.
- Kanda !
Sa voix se répercuta dans le couloir exiguë. Il ne se retourna pas, ne ralentit pas, il continua de sa démarche rapide. Il entra dans une pièce et en ferma la porte à clé. C'était sa chambre. Lenalee tambourina à la porte.
- Kanda !
- Tais-toi sinon je m'arrangerai pour que ton corps nourrisse les poissons.
- Kanda…. Pourquoi es-tu si froid ?
Ses mains glissèrent le long du panneau de bois. Elle frappa encore, songea à ouvrir la porte grâce à son innocence mais renonça à l'idée. Cela inquiéterait Allen. Elle s'y adossa alors et replia ses genoux contre sa poitrine. Ils étaient à bout de force. La tension montait. L'inconnu les terrifiait. Quelle était leur condition maintenant ? Allen, Nea, avait tué des membres de la Congrégation. Ils étaient partis avec lui. Des traîtres. Des traîtres pour aider un ami.
- Tu te rappelles de la fois où tu étais bourré ? Un léger rire s'échappa de sa gorge. Bien sûr que non, tu ne t'en rappelles pas. Mais moi si. Tu t'étais enfermé dans ta salle d'entrainement. Et tu as dit quelque chose que jamais je n'oublierai. « Je hais cette famille ! ». Haïr, ça qui ne le verrait pas. Cependant tu nous as désigné comme ta famille Kanda. On est tous une famille.
- Une famille de meurtriers…
- Kanda… Les Noah nous ont causé tellement de souffrance mais Allen est l'un des notre.
- Lenalee, si jamais le Quatorzième engendre plus de malheurs soit sûr que j'exaucerai la volonté de ce Moyashi, je le tuerai.
Elle se souvenait de la demande d'Allen.
Plus de morts... On rentrera tous...
XxX
Il était retenu prisonnier de son propre corps. Exclu. La colère le rongeait. Il ne supportait plus cet imposteur. Tyki martela de toutes ses forces la barrière invisible qui le retenait captif. Mais elle restait de marbre. Ne bougeant pas, ne tremblant pas, elle le poussait dans ses retranchements.
Il voyait tout. Il entendait tout. Il sentait et ressentait tout. Mais il ne contrôlait rien. C'était toujours le même voile gris légèrement floue au travers duquel il observait la scène. La présence de Joyd l'étouffait. Un abîme sans fond s'ouvrait sous lui devant la prise de conscience de sa propre existence. Réduite à néant. Il grinça les dents.
Si tu crois pouvoir me retenir longtemps tu te mets le doigt dans l'œil !
La fumée toxique qu'inspirait Joyd lui manquait terriblement. La sensation des cartes dans les mains... Un supplice. Les cartes. Il voyait Joyd les battre. Ses cartes à lui.
Allen...
Il n'était pas un sentimental. Son sourire machiavélique lorsqu'il trichait... Son regard farouche... Sa haine envers lui... Les cartes lui faisaient resurgir les souvenirs qu'il partageait avec le garçon. La guerre et les cartes.
Putain ! Tu m'entends connard je vais reprendre mon corps ! Et ne salis pas mes cartes avec des mains pleines de cendre ! Merde !
Il perdait sa contenance face à Joyd. Il perdait sa propre existence. L'être qu'il était n'était qu'un mélange de celui qu'il était réellement et du Noah... Un être entre l'humain et le Noah... Un passage entre les deux.
Juste un baiser... Rien qu'un baiser avait ravivé la guerre millénaire. Il le regrettait, être enfermé de son corps lui était insurmontable, mais malgré tout une part de lui non... Cet acte il l'avait commis de son propre chef. Finalement il serait condamné au pêché.
D'abord inceste puis maintenant pédophilie.
Un rire amer se répandit.
Tu m'étonnes que le vieux aie disjoncté...
Pédophilie... Cela impliquait de l'amour, au moins un peu... Comme un baiser...
Une partie amusante. Joyd, un moment ça sera la fin pour toi. Tu es peut-être le Noah d'origine mais pour l'instant c'est moi et je ne me laisserai pas guider par des vieux de ton genre.
Il patienta alors. Un moment il y aura une faille, une faiblesse et alors il reprendrait le contrôle. Pour l'instant il ne pouvait qu'être spectateur
XxX
Des choix difficiles, Lavi en avait pris des centaines et des centaines. Des choix qu'il pensait insignifiant mais qui, en réalité, pouvait avoir des conséquences décisives pour le cours de l'Histoire. Le premier qu'il avait pris était de devenir Bookman. Le second fut d'endosser intégralement, complètement ce rôle. Il n'avait réussi, il s'était lié d'amitié avec le Panda. S'en suivirent plusieurs choix. Aider ou non ce soldat. Faire parvenir ou non un message en pleine guerre, le messager étant mort. Intervenir ou non. Mourir ou vivre.
Il regarda sans une once de sentiment son « geôlier ». Il hocha la tête. Il suivrait Tyki/Joyd
- Bien.
Joyd releva son pied de la blessure de Lavi. Il se retint de crier. Joyd lança sur son corps immobile de vieux biscuits ainsi qu'une couverture. Elle sentait le bois brûlé. Lavi bougea avec précaution son bras jusqu'aux biscuits qu'il mangea avidement, dans la mesure où la douleur ne dépassait pas un certain seuil.
Du coin de l'œil il observa le Noah. Il recherchait quelque chose de particulier dans les débris. Dans sa quête ses plaies suintèrent de nouveau, et au sang, se mêla du pus. Puis il revint vers le rouquin, tenant entre les mains une longue tige de fer.
- Un combat ? demanda Lavi.
Contre qui ? Quand, comment, pourquoi ?
Joyd ne répondit pas, il souleva Lavi d'une poignée ferme. Être débout le déstabilisa. Sa jambe lui manquait cruellement pour un bon maintient. La couverture chut au sol détruit suivie par les miettes des biscuits.
- Sers-toi de ça comme béquille pour l'instant.
Et Lavi tomba. Le choc avec le sol fut brutal. Joyd rit de lui et se retourna. Il s'enfonça dans les décombres de la Bibliothèque dévastée.
- Dépêche-toi avant de finir en hypothermie.
Lavi pesta contre lui-même et le Noah. S'aidant d'une pierre près de lui il parvint à se hisser à la verticale. Il avança lentement. Il manquait de perdre l'équilibre à chaque respiration. Maintenant il pouvait avoir une vision d'ensemble. Il fouilla des yeux le sol. Le spectacle figé par la glace lui donnait la nausée. Pourtant il avait vu champ de bataille sur champ de bataille. Où les corps sans vie s'entassaient en des collines putrescentes, où la boue brune s'était transformé en mer rouge. Mais c'était différent. Jamais il n'avait été touché personnellement. C'était un degré au-dessus de la destruction de l'ancien quartier général pour l'akuma de niveau 4. S'il avait été plus fort il n'aurait pas perdu ce foyer. Il ne voyait pas son innocence. Il avança d'un pas. Il regarda à nouveau.
Où est mon marteau ?! Il n'a pas pu disparaître !
- Lavi Bookman Jr., ma patience à des limites.
Lavi releva la tête. Joyd, les bras croisés sur sa poitrine et une cigarette entre les lèvres, frappait les dalles du pied. Il retint de justesse une réplique mordante.
- Je ne sais pas où est ton innocence, maintenant viens.
Mais il me prend pour son chien ou quoi ?!
- Tu es un léporidé et non pas un canidé. Baka Usagi.
Lavi pesta entre ses dents. Il marcha aussi rapidement qu'il pouvait. Il trébucha de nombreuses fois. Il gardait la tête vers le sol, pour voir le moins possible les dégâts. Enfin, au prix de grands efforts il arriva à la hauteur de son « compagnon ». Celui-ci s'engouffra dans le couloir. La barre de fer produisait un claquement sec qui accompagna leur marche silencieuse. Lavi s'habitua quelque peu à cette façon de marcher qui deviendrait sienne à jamais. Clopinante et tremblante. Il songea à la section scientifique, il rêva d'une prothèse crée pour lui par Komui mais ses songes se dissipèrent. Il n'avait pas le temps de penser à cela.
- Où va-t-on ?
- On va prendre un passage secret.
Lavi le regarda avec stupeur. Il n'avait pas connaissance de passages secrets.
- Une mesure de sécurité que Nea et moi avons pris lors de la construction de la Bibliothèque. Il est dans les fondations même du bâtiment. Normalement il devrait être intacte. Plus de vingt longues années pour le creuser.
On aurait pu traverser les espaces-temps malheureusement Road nous aurait détecté directement. Ce n'est pas pour rien qu'elle est la Noah du Rêve. Elle nous prive d'un sérieux avantage.
Lavi écoutait attentivement Joyd, enregistrant chaque mot, chaque syllabe. Avec le temps il avait compris que le moindre détail avait son importance. Chaque donnée était primordiale pour la survie ou l'anéantissement d'une personne. L'information était vitale dans son rôle même s'il ne devait pas s'en servir.
Il accomplissait son rôle de Bookman.
Les couloirs qu'ils empruntèrent étaient moins dévasté que le reste. La suie noire provenant des fumées recouvrait les murs d'une patine visqueuse. De l'eau s'écoulait entre les pierres délogées de leur maintien. Lugubre… sans vie…
Son cerveau enregistra le chemin comme dans un rêve éveillé. Joyd actionna des levis cachés et des portes dérobées s'ouvrirent. Il s'y déplaçait avec aisance, il semblait avoir toujours vécu en ces lieux. Lavi perdit la notion de temps. Et alors qu'ils s'enfonçaient plus profondément dans la montagne, que les couloirs bien taillés avait fait place à des tunnels à même creusés dans la roche, il parla.
- On n'aurais pas dû prendre quelques affaires ?
- Il y en a au début du passage.
Ils étaient alors que dans des passages annexes, éloignés.
- On va où exactement ?
- Je crois que la ville revêt de nos jours le nom de Constantinople, Joyd se tourna d'un quart vers Lavi, on va rejoindre nos amis.
Le rouquin se figea, les mains moites serrant plus fort la tige de métal il essaya de mouvoir à nouveau sa jambe.
- Pourquoi cette ville ? sa voix monta dans les aiguës.
- Et pourquoi pas ? Une expérience traumatisante là-bas ?
Joyd le cherchait. Il connaissait la réponse.
- Vous voulez m'enlever-
- Non... Il serait alors instable et il serait dommage de se priver d'un récipient compatible.
- Mais...alors... Vous !
- Quoi ?! J'aurais menti ? Mon pauvre bonhomme.
Constantinople...
Son œil droit le brûla. Le Cœur palpitait à la mention de cette ville. C'était là qu'il avait synchronisé avec lui... Un autre bain de sang.
- Il faut que cette guerre se termine, chuchota Joyd.
XxX
Les cris et les insultes jaillissaient de toute part. Les paroles lui vrillaient les tympans. Il voulait être sourd pour ne plus les entendre, ces vieillards qui se considéraient maîtres du monde ; être aveugle pour ne plus voir leur horrible visage de déformer sous les flammes candides des bougeoirs. La lumière orangée projetait d'immense ombres noirs sur les pierres lisses dues au passage des êtres humains. Il serra ses poings sur ses genoux, empoignant le tissu de son pantalon à s'en faire blanchir les jointures. Sa colère brûlait au travers de ses yeux noirs. Il remonta ses fines lunettes. Il devait garder son calme, être impassible en toute circonstance. Pourtant c'était la vie de plusieurs personnes qui étaient en jeux. Mais il ne pouvait rien faire, rien dire. Il n'était que le simple assistant d'un cardinal. Il fulminait sur sa chaise froide. Il n'était pas le seul, de sa position il pouvait observer les yeux emplis de larmes de Bak Chan et celui inexpressif du maréchal Cross.
Le directeur de l'aile asiatique avait appris de la bouche perfide des cardinaux qu'ils avaient ordonné l'ordre de poursuivre les recherches sur une nouvelle génération d'exorcistes. Au détour d'une phrase, une simple phrase, une innocente phrase... Il ne se souciait plus du contexte dans lequel elle avait été prononcée mais elle l'avait été. Le Vatican avait violé l'interdit du grand intendant. Il était démoralisé, choqué. Sans doute la mort de ses parents défilait devant ses yeux. Ses lèvres se plissaient pour former les mots "horreur", "enfants", "mort"... Cependant au fur et à mesure que le conseil de tenait ses traits se tordaient de colères. Il était déterminé à protéger la vie des exorcistes. Il était le seul représentant des chefs des branches. Il ne savait pourquoi les autres chefs n'étaient présent. À sa droite la place réservée pour le chef de la branche océanique était occupé par Marian Cross.
Les pieds posés sur la table, une cigarette allumée entre les doigts d'une main l'autre renfermant le goulot d'une bouteille de vin... Une attitude nonchalante. Ses gestes étaient nerveux, ses doigts tapotaient frénétiquement le goulot de la bouteille qu'il portait à ses lèvres entre deux gorgées de fumée toxique. Ses sourcils se fronçaient de plus en plus. Il ne faisait aucun doute qu'il rêvait d'offrir un voyage aux membres du clergé chez leur très saint père... Et de manière définitive. Sa présence qui était jusqu'à présent marquée par son non-présence avait surpris l'assistant. Le maréchal était réputé pour ses nombreuses "fugues". Comment l'avaient-ils retrouvé ? Sa croix de rosaire dorée luisait, un peu comme une insigne de police. Elle se soulevait au rythme de sa respiration.
- Monseigneur Dario, vous serez prié de ne plus emporter avec vous une personne se tenant si mal en réunion. C'est à peine si ce jeunot peut se tenir immobile comme il se doit.
- Martin, la voix grave du cardinal résonna dans l'amphithéâtre exiguë.
Il baissa la tête. Il était l'assistant du cardinal Dario, cardinal du Chili. C'était un immigré italien qui, rapidement, avait rattaché à lui plusieurs personnes d'influence. Une personne au passé tâché de sang. Il l'avait découvert par accident maintenant sa vie ne tenait plus qu'à un fil. Monseigneur Dario ne méritait pas sa place au sein du conseil. Comme tant d'autres personnes.
Le conseil. Il logeait entre les fondations de l'église de Rome, encerclé par la nécropole. Il était caché à la vue de tous, ignoré par le grand public. Qui savait ce qu'il se passait sous les pavés de Rome ? Il était composé de quinze cardinaux, les plus influents, les plus puissants et les plus corrompus. C'étaient eux qui dirigeaient la Congrégation de l'Ombre. Le sommet du sommet. Généralement ils ne prenaient pas de décisions de grandes importances... Ils étaient le lien entre le Pape et l'ordre. Il y avait l'ordre, le central puis eux. Ils avaient tous les pouvoirs. Cette notion donnait la nausée à Martín. Ils étaient plus ignorants que l'enfant qui venait de naître et plus arrogants que les Rois. Heureusement que participait aussi les chefs des branches, le grand intendant, les grands maréchaux et les maréchaux mais leur absence était dramatique pour cette séance.
- Ils doivent mourir !
- Ils pourraient nous être utile.
- C'est de la haute trahison !
Le marteau du maître de séance s'abattit avec force sur la table. Les paroles de tarirent, cependant un murmure continuait à survire.
- Cardinal François veuillez récapituler les faits. Mon esprit se perd avec la discipline anarchique de mes confrères, parla le cardinal Massimo.
Il était le maître de séance depuis tant d'années que le fauteuil avait pris ses formes, juste une fine crevasse pour poser ses fesses. Sa carrure chétive contrastait fortement avec sa position et son caractère. Malgré sa peau tendue sur ses os, ses yeux mi-clos et ses cheveux dégarnis il gardait sa voix forte d'autant qui pouvait réduire au silence enfants les plus rebelles. Ses décisions avaient été prises avec le plus de justice jusqu'à présent non pas sans avoir des avantages pour lui-même. De tous les membres il était le moins gangrené par la corruption.
- Bien sûr. Le conseil est réuni pour débattre sur la survie ou l'élimination des Bookmen au vue de nouveaux faits récents apportés par le Central.
- Continuez je vous prie.
- Il a été confirmé par plusieurs rapports alarmants de certains membres du Central que les Bookmen – dont deux de leur membre sont exorcistes – détiennent et cachent le Cœur. Cette Innocence est décisive pour cette guerre.
- Le Cœur... Grâce à lui cette croisade contre le mal serait terminée ?
- Oui.
- Depuis combien de temps l'ont-ils ?
- D'après les rapports entre quarante et vingt ans.
- Bien.
Le cardinal Massimo croisa les mains. Tous les membres se penchèrent.
- Les Bookmen devront être tués pour haute trahison. Ils détiennent un élément qui aurait pût éviter de nombreuses pertes humaines. Le Cœur, une fois retrouvé, sera remis aux chercheurs pour l'exploiter. La séance est finie.
- NON ! Vous ne pouvez pas faire ça !
Bak Chan frappa du plat des mains la table.
- Signore Bak Chan n'oubliez pas à qui vous parlez.
- Vous ne pouvez pas tuer des innocents de la sorte ! Et ça, sans preuve valable ! Un tel jugement doit être pris avec l'aval unanime du conseil en entier !
- Signore ! Je peux vous arrêter pour manque de respect !
- Vas-y vieux croûton ! Où sont les preuves ?! On a été appelé sans savoir l'ordre du jour en quatrième vitesse ! On arrive sans avoir consciences des faits. Et là direct vous accusez les Bookmen de trahison. Où sont les preuves à part ce zozo ? Bak Chan pointa du doigt le cardinal François, sa poitrine se soulevait rapidement, son visage rouge se détachait sur son uniforme blanc. Il ne se laisserait pas faire. Les Bookmen, si ces éléments sont véridiques, doivent avoir leur raison ! Sans avoir tous les éléments c'est un jugement arbitraire ! Il n'y a même pas eu de jugement tout court !
- Vos liens d'affections perturbent vos propres jugements, cria une voix fluette.
- De même, signore Bak Chang s'ils avaient leurs raisons, ne serait-ce pas la preuve qu'ils détiennent aussi des informations capitales ? demanda une autre personne.
- Je vous ne permettrai pas de commette un tel acte ! Vous avez déjà causé assez de souffrance avec les recherches sur les exorcistes de seconde génération et à l'instant j'ai appris que dans mes locaux ! Dans ma maison ! Vous avez donné l'ordre pour de nouvelles cherches sur une troisième génération ! Lorsque Komui l'apprendra...! Vous restez cloîtré entre les murs de vos palais sans savoir de quoi il retourne ! Êtes-vous déjà descendu de vos sièges pour entendre les cris effroyables des gamins que vous torturez ?!
- Nous sommes en guerres ! Mieux vaut le sacrifice de quelques personnes que celui de l'humanité !
- Ils l'ont déjà fait... la voix rauque de Cross résonna tel un glas dans la pièce.
- Pardon ?
Bak Chan se retourna vers lui. Le maréchal déposa sa bouteille sur la table et éteignit sa cigarette à l'intérieur. Les cendres se mélangèrent au liquide pourpre. Les volutes montèrent et descendirent, Cross regardait ces mouvements presque hypnotisé par eux.
- Ils les ont déjà tués... N'est-ce pas cardinal ? Tout cela n'est qu'une mise en scène pour donner un semblant de « procès ». Ils souhaitent avoir au moins un témoin du « procès » avant que les faits ne soit découvert.
- Non...non... Marian ! Tu n'as pas plus de preuve qu'eux !
- Si, sa voix trancha nette l'espoir de Bak Chan. Ils ne sont pas les seuls à avoir des informateurs. Cette décision fut prise bien avant.
Martin lâcha un hoquet. Le silence oppressait les membres. Les bougies dansaient. Bak Chan s'affala sur sa chaise. Qui devait-il croire ? Marian traversa lentement les estrades et descendit dans la petite fosse au centre. Lentement il sortit de sa poche Jugement. Les cardinaux ne bougeaient pas. Statue de chaire pourrissante. L'aura sombre du maréchal paralysa temporairement Bak Chan.
- Baka Chan tu n'avais rien remarqué sur la missive que t'as reçue ?
- Hein ?
- Tu sais bien l'affreux papier qu'ils nous envoient à chaque fois pour une réunion, Cross se positionna devant Massimo, les jambes écartées. Ils nous l'envoient au dernier quartier dans lequel on était si notre position n'est pas connue.
- Mouis, l'asiatique se redressa légèrement sur sa chaise. Mais où veux-tu en venir Marian ?
- Je l'ai reçue là où je séjournais.
- Et ?
- Ils savaient où j'étais... Et la lettre était écrite de façon trop polie… T'as déjà vue une lettre où ils me disaient « au plaisir de vous revoir » ?
Les cardinaux haïssaient plus qu'autre chose Marian à cause des sommes faramineuses qu'il laisse à l'Ordre…Il n'est pas rare de voir quelques insultes cachées derrière une tournure de phrase…
- Cette discutions ne nous apporte rien. Le verdict a été pris. Les Bookmen seront décimés. La réunion est terminée. Vous êtes congédiés !
- Vous l'avez déjà fait cardinal. Enfin je ne devrais pas vous appeler de la sorte puisque vous ne l'êtes pas. Baka Chan même si je ne t'apprécie pas je te conseillerais de te cacher. Ce sont des Akumas.
- Inepties ! cria Martin. Ce sont peut-être des démons mais pas des Akumas !
Il m'aimait pas les cardinaux. Il n'aimait pas leur façon de faire. Il observait constamment Dario pour monter un dossier contre lui, même s'il savait que son corps pourrirait dans la mer avant même qu'il n'ait pu contacter une tierce personne. S'il avait été remplacé par un Akuma il l'aurait forcement remarqué.
- Maréchal ! Vous serez destitué de votre position si vous pointez votre arme sur nous !
- Je ne suis pas maréchal pour rien. Que le Jugement sonne !
Personne n'esquiva le moindre geste. Marian tendit son bras, Bak Chan se leva mais il était trop loin pour l'arrêter. Cross arma Jugement. Un seul coup. Le crâne du cardinal Massimo explosa contre le mur. Le sang s'écoula entres les minuscules fissures des roches, une étoile rouge avec pour centre les débris osseux de la boite crânienne plantés dans les pierres. La tête fut intégralement détruite. Seul restait le corps où du cou s'échappaient par cadence des flots de liquide rougeâtre. Le corps bascula en avant, le torse percuta la table, le sang ruissela. Une flaque visqueuse se forma dans la fosse.
- Assassin !
- Cross... mais qu'as-tu fait ?
- Baka Chang... j'étais à Edo... Sous couverture, comment veux-tu qu'un gamin m'apporte une invitation ? Puis comme c'était pas normal je suis retourné sur le continent et là...
- Le coup de fil de Komui quand tu étais à l'aile asiatique...
- Le coup de fil de ce timbré. Pour une fois il a bien fait de téléphoner à toutes les branches pour me retrouver. T'aurais pas dû venir, j'aurais dû faire comme avec mon imbécile d'apprenti. Mets-toi sous la table, t'es encore trop jeune pour voir les cadavres. Je peux m'en charger seul, pas besoin d'un gamin pour me seconder.
Ses membres tremblaient, un mélange de peur et d'excitation. Peur de ce qu'il arriverait, de ce qu'il s'était déjà produit, peur de ce qui se passait mais l'excitation de voir enfin la justice régnait au sommet de l'ordre. Il se réprimanda. Il n'avait pas le droit d'être heureux de la mort du cardinal et bientôt des autres selon toute vraisemblance.
Le cadavres se recouvrit d'étoiles noires et se désintégra. Comme un signal silencieux les autres membres du conseil se déformèrent. Les corps se convulsèrent, se brisèrent, se déchirèrent et une armature de métal sortit de chacun d'autre eux. Ce n'était plus des humains mais des armes. Tout se passa rapidement.
- Quand tu as dit qu'ils avaient pris la décision bien avant…. Quand ?
- Avant d'être des Akumas. Ils sont encore des niveaux 1.
Martin reculait, ses bras devant son visage. Mais c'était trop tard pour lui. Bak Chan eu juste le temps de voir la terreur peintre le visage du jeune assistant. Une seconde. Une malheureuse seconde où un nouvel innocent mourut. Une malheureuse seconde où Bak compris qu'il était un humain.
- Laisse-moi en quelques-uns.
Bak Chan avait rarement vu Marian combattre. Peut-être juste une esquive de combat lors de l'attaque de QG. Leurs opposants étaient uniquement des niveaux 1, une besogne simple pour un maréchal. Il ferma les poing. En combat il n'avait jamais excellé, il se chargeait des sorts et d'invoquer Fon, et rien d'autre. Marian le regarda du coin de l'œil.
- Je sais combattre tu sais !
Les Akumas se jetèrent sur le maréchal, oubliant la présence du chef de l'aile asiatique. Leurs canons pointaient le corps de Marian, dans les deux camps un seul tir était mortel. Cependant face à leur manque d'expérience, il tira une balle pour chaque monstre, leur lenteur fut leur point faible. Elles se fichèrent entre leurs deux yeux. Ils explosèrent. Fini. Si simple. Cela relevait presque de la farce. Cross était toujours à la même place, il ne semblait pas avoir bougé. Ses vêtements de maréchal étaient brûlés par les explosions et ses cheveux rouges roussis aux pointes. Il y avait aussi quelques plaies dues aux morceaux de métal projetés par le souffle. Quatorze akuma explosant ne laissaient pas le lieu intact. Les estrades avaient été balayées ainsi que plusieurs flammes soufflées. Bak Chang s'échappa de sa prison de bois délicatement. Il avait a peine eu le temps de se protéger des explosions. Dans l'espace confiné qu'était l'amphithéâtre, Marian avait invoqué le tombeau de Maria pour limiter les dégâts, un automatisme gravé par l'habitude des combats.
- Viens on part, dit calmement Cross tout en rangeant son Innocence.
- Je t'avais dit de m'en laisser !
- Et moi que je n'avais pas besoin d'un incompétent.
- Je ne suis pas-
- Viens. Les Crows ne tarderont pas à venir et j'ai pas envie de perdre mon temps avec eux. Tu trouves un téléphone, tu appelles l'attardé et tu lui explique la situation. Pendant ce temps je vais cherche de quoi boire…
- Oye Marian ! Je suis ton supérieur…d'un certain point de vue… Tu peux m'expliquer ce qui se passe ?
- Le conseil avait ordonné la mort des Bookmen, entre temps ils ont été remplacés par des akumas. Simple. Bon j'y vais le bourbon ne va pas m'attendre !
- Cross Marian !
Bak Chang descendit rapidement les escaliers encore intacts. Les planches en partie calcinées craquèrent sous ses pas. Il essuya ses habits couverts de poussière d'un geste rageur. Son magnifique couvre chef avait été esquinté, il ne lui pardonnerait pas.
- Les Bookmen sont-ils vraiment morts ? Et Lavi ? Ils ont vraiment le Cœur ?
- Trop de questions…. Aucune idée, et du moins.
- Comment ça "du moins" ?
- Hihihi ainsi ça serait eux qui auraient notre Cœur ? Hihihihi c'est vrai maintenant que j'y pense Jasdero… celui qui nous a séparé… celui qui nous a brisé notre Cœur… c'était pas un Bookman ?
- Hihihi t'as raison David…. Juste après que Nea et Joyd se soient échappés…. C'est si vieux…. David… Tuons-le, tuons-les tous !
- Hihihi Cross il est temps de payer tes dettes…
Et je fini sur l'arrivée des Jasdavid o/ Fufufu normalement d'ici peu de temps (soit peu de chapitre) les deux groupes devraient se retrouver à Constantinople, on va pouvoir s'amuser fufufu... enfin ils faudraient déjà qu'ils se retrouvent.
Merci pour votre lecture et à un prochain chapitre ^_^.
