Non vous ne rêvez pas, c'est bien un nouveau chapitre. Après plus d'un an d'attente. Oui. Je tiens à m'excuser profondément pour cette terrible attente, j'aurais voulu finir ce chapitre il y a bien longtemps mais des circonstances furent que non et j'espère que vous comprendrez. Pour la peine je reviens avec un chapitre de 13 570 mots (le texte en lui-même) ! Soit une vingtaine de pages, ce n'est pas tout les jours que j'en écrirais des aussi longs ! J'espère de tout cœur que vous l'aimerez, j'en ai bavé sur celui-là. Je tiens aussi à remercier tous ceux qui m'ont laissé des commentaires, tous ceux qui ont lu jusqu'à lors cette fiction, tous ceux qui l'ont ajouté en favoris et/ou en follow. Je vous aime tous ! (Et aussi tous mes amis qui ont subi durant plus d'un an mon désespoir de ne pas finir dans les temps ce chapitre XD). Trêve de blabla je vous laisse lire à présent.

Je m'excuse encore pour les fautes présentes, je corrigeais sans doute durant la semaine, mais comprenez, je suis tellement heureuse de l'avoir fini !


Respirer. Inspirer. Expirer. Son souffle formait un petit nuage blanc devant ses yeux. Il déglutina. Penché en avant, ses mains sur ses genoux, il tentait vainement de calmer les battements de son cœur. Il le sentait au bord de ses lèvres. Un haut-le-cœur le souleva brusquement. Finalement il ne put retenir son repas ; celui-ci se déversa par saccade à ses pieds. Il s'essuya la bouche avec ce qui restait de sa manche. Il étendait les rires sinistres des deux Noah. Si proche. Il regarda derrière lui. Seulement un long couloir éclairé par des torches. Et des corps. Des centaines et des centaines de squelettes. Empilés comme l'on empile du bois. Les parois n'étaient qu'un tableau épouvantable de crâne dont les orbites vides des yeux aspiraient toute lumière. Un tapis de tibias, fémurs et autres os recouvrait le sol. Et les torches reposaient dans des cages thoraciques. Un nouveau rire. Un coup de feux. Et le début d'une chanson se résonna dans le labyrinthe.

- Au départ, il n'y avait qu'un seul berceau. Mais dans ce berceau, s'en cachait un autre. Un devint deux. Un berceau disparu, caché par la brume-

- Vous allez la fermer oui ?!

Cette voix !

-Cross ?

-Toujours vivant à ce que j'entends Bak Chang…

- Eh ! Gâchez pas notre chanson !

Bak Chang tourna la tête dans tout les sens. Il fallait qu'il retrouve le maréchal. Il s'élança dans l'un des couloirs lugubres. Des os craquèrent sous ses pieds. Il voulait être loin d'ici, être bien au chaud dans son bureau et regardant des photos de sa tendre Lenalee. Au lieu de ça il était enfermé comme un rat avec trois grands psychopathes….

Sa course ralentit. Il était revenu au point de départ. Un immense trou dans le plafond macabre révélait les restes de l'amphithéâtre exiguë. Un bras carbonisé pendait lamentablement ainsi que des restes d'Akumas. Tout le plancher de l'amphithéâtre avait explosé. Si une personne devait entrer dans la pièce elle ne verrait que des murs tachés de sang et au sol les murs formants les couloirs du labyrinthe sous-terrain.

Peut-être que si j'arrive à remonter à la surface…

-Cross, cria-t-il, je te laisse les Noah !

- Le gamin fait pipi dans sa culotte ? entendit-il faiblement.

- Hihihihi si tu crois pauvre fou pouvoir nous échapper !

Les voix continuaient de résonnaient, il n'arrivait à déterminer leur position. Il ne devait pas perdre de temps.

-Eh Devit regarde on dirait Road !

- Ne crie pas imbécile ils vont savoir où on est !

- Oye les petits merdeux, vous avez bien payé mes dettes ?

- CROSS TU VAS MOURIR !

Bak Chang posa ses mains sur les crânes et entreprit d'escalader le mur.

C'est pas des crânes humains, c'est pas des crânes humains… C'est des crânes humains…

Grâce à Marian il pourrait remonter à la surface. Mais pour faire quoi ? Ses membres tremblèrent sur ses prises. Il se mordit les lèvres. Il n'avait été qu'aucune utilité jusqu'à présent. Il ne pourrait plus se présenter devant Lenalee sans regret. Quand ils furent attaqués par les Akumas il ne combattit pas, quand les Jasdevit apparurent il ne put bouger. S'il avait réagi ils ne serraient pas tombés dans ce dédale. Il ne devait pas reculer maintenant. Sur l'honneur de sa famille.

Silence. La joute verbale entre le maréchal et les jumeaux avaient cessé. Il n'y avait plus les échos, les coups de feux. Rien. Il avait seulement détourné son attention quelques secondes pourtant !

- Oh oh oh qui voilà ?

Il se figea. Il pouvait aider Marian mais il n'avait pas assez de puissance pour combattre seul les Noahs.

- Notre petit Bak-chan !

La voix était mielleuse. Elle annonçait sa peine de mort.

Je ne mourrai pas maintenant !

Il poussa sur ses bras et monta dans la pièce. Il regarda de haut la menace. Il n'y en avait qu'un seul. Son pistolet tenu avec nonchalance, un sourire carnassier, Jasdero s'amusait.

- La partie est finie. Eh ! Devit j'en ai trouvé un ! Devit, tu n'entends ?! Hihihihih il doit s'occuper de l'autre.

- A deux vous n'arrivez même pas à l'attraper alors un seul contre lui, laisse-moi rire !

Bak retenait ses tremblements. Certes il ne pouvait pas le battre en terme de puissance mais le Noah n'était pas connu pour ses capacités intellectuelles, avec de la ruse il pourrait gagner.

- Je refuse de voir souffrir encore plus ma Lenalee…. Prépare-toi à mourir !

Si seulement elle pouvait voir à quel point je suis classe !

- Je ne peux mourir, aucun de nous d'ailleurs. Mais vous, humains, si.

Il leva son bras armé et appuya sur la détente. La balle lui érafla la joue.

-Purple bomb, murmura le Noah.

xXx

Emplissant ses poumons d'une fumée toxique Marian pleurait sur sa bouteille de vin. Sa feu bouteille de vin. Il écrasa sa cigarette à peine entamée sur l'une des têtes blanches. Il n'avait pas le temps de s'apitoyer plus longtemps. En tombant il avait été séparé des autres. Il pesta. L'explosion les avait tous surpris. Qui aurait cru que les jumeaux savaient utiliser des explosifs ? Il regarda en haut. Il hésitait à remonter. Il porta son regard sur son environnement proche.

En plus d'être de gros porcs ils ont aussi mauvais goût en matière de décoration…

Bien trop de corps étaient enfouis dans les méandres et les fondations de la cité-état. Caché à la vue de tous ils gardaient les massacres passés. Il ne devait pas se formaliser de ça, il n'était pas là pour jugé les actions des autres.

N'empêche… des fois je me demande qui est le criminel entre eux et les Noah…

Il s'avança tranquillement dans la nouvelle aire de jeux. Elle semblait être encore souvent utilisé, peu de poussière et un éclairage. Une nouvelle aventure.

J'm'demande ce que ces porcs ont encore comme secrets…

Il entendait les pas rapides des autres se disperser.

Visiblement ça va être un jeu du chat et de la souris, qui sera ma première proie ?

Plusieurs minutes s'écoulèrent en silence quand un coup de feu retentit. Il accéléra la cadence.

Soit Bakachan est mort soit ils ont fusionnés… Mauvais.

- Au départ, il n'y avait qu'un seul berceau. Mais dans ce berceau, s'en cachait un autre. Un devint deux. Un berceau disparu, caché par la brume-

- Vous allez la fermer oui ?! cria-t-il spontanément. Chantez juste au moins merde ! murmura-t-il entre ses dents, mais maintenant il savait dans quelle direction se diriger.

-Cross ?

La voix était faible cependant il ne pouvait pas se tromper.

-Toujours vivant à ce que j'entends Bak Chang…

- Eh ! Gâchez pas notre chanson !

Et eux aussi, malheureusement. Ç'aurait été trop facile.

Il continua sa course dans le dédale squelettique. Ce petit jeu commençait à l'énerver. Il lui fallait un défouloir. Rapidement.

Diantre ce n'est que c'est deux là alors pourquoi j'arrive pas à mettre la main dessus ?! Peut-être parce que je les ais trop longtemps semés, instinctivement je vais dans la direction opposée ? Tch voyons, ridicule.

-Cross, cria Bak Chang, je te laisse les Noah !

- Le gamin fait pipi dans sa culotte ? répondit-il sarcastiquement.

- Hihihihi si tu crois pauvre fou pouvoir nous échapper !

Il s'arrêta et rebroussa chemin. Il faisait confiance en Bak. Il ne savait pas d'où provenait cette confiance et il le l'avouerait jamais. Sans doute pour avoir aidé son imbécile d'élève alors qu'il ne pouvait pas le faire.

-Eh Devit regarde on dirait Road !

- Ne crie pas imbécile ils vont savoir où on est !

Si criez, criez gentils petits Noah !

- Oye les petits merdeux, vous avez bien payé mes dettes ? demanda-t-il.

- CROSS TU VAS MOURIR !

Il soupira. Ils étaient des incapables jusqu'au bout. Il avait été clément en plus, une broutille ! Ce dernier cri lui suffit pour finir son repérage. Il n'était pas devenu maréchal et restait maréchal uniquement grâce à sa puissance en tant qu'exorciste. Au fils de ses voyages et missions il avait su aiguiser son ouïe, beaucoup plus pratique pour repérer ou semer une personne. Il avait assez joué avec les deux petits. Il était temps qu'il montre le grand Marian Cross. Il tourna sur sa gauche et enfin il vit sa cible. Seul. Etonnant.

- Séparé par débilité ou séparé avec un plan en tête ? De toute façon ça n'a plus d'importance, Devit.

Il posa le canon de Jugment sur les cheveux noirs du Noah. Celui-ci ne disait rien. Il appuya plus fortement sur la tête et caressa doucement la détente.

- Une dernière parole avant de rejoindre le reste de ta famille pourrie ?

Devit pivota légèrement sa tête.

- Que-

Le cris d'effrois de Marian resta prisonnier de sa gorge.

xXx

Jasdero essuya le canon de son arme sur sa veste. Il fredonna un air de victoire. Il avait réussi sa mission. Dans ses yeux souriants se reflétait le corps sans vie de l'ancien chef de la branche asiatique. Bak Chang était mort. Mort. Ses membres désarticulés reposaient sur les restes de l'amphithéâtre. Sa tête penchait en avant, son visage était caché par ses mèches de cheveux blonds. Son uniforme était d'un magnifique vermillon aux yeux du Noah. Il rangea son arme et s'agenouilla devant le cadavre. Le pauvre Bak Chang, il n'avait pas eu le temps de comprendre ce qu'il se passait. Dès qu'il avait perdu sa capacité de voir il était condamné. Il souleva les mèches de cheveux et posa ses doigts sur les paupières qu'il avait préalablement fermées sur les yeux effrayés de sa victime puis exerça une forte pression dessus. Du liquide gélatineux transparent coula le long de ses mains. Lorsqu'il jugea avoir assez écrasé les globes oculaires il retira ses doigts et sortit de la poche arrière de son pantalon deux cartes -deux valets- qu'il roula en boule avant de les fourrer dans les cavités orbitaires.

- Un petit souvenir du bon vieux temps Tyki, le Quatorzième... Vous ne serez jamais roi, courbez l'échine devant nous. Bon voyons où en est Devit.

Il se détourna de ce qui fut un instant son jouet. Il passa sa main dans ses cheveux qu'il ébouriffa légèrement. Il était presque déçut. Son jouet n'avait pas été à la hauteur de ses espérances. Le blond se débrouillait certes mieux que la plus part des êtres humains mais il était encore bien trop faible pour lui. Il y avait juste un moment, avant qu'il ne lui porte le coup fatal, où il avait entrevu l'improbable possibilité d'une défaite : l'invocation de Fô. Road les avait en garde contre elle ; elle était l'une des cartes maîtresses du clan Chang. Forte et indépendante. Fô avait commencé à apparaître lorsqu'il tua son « maître ». Son regard mélangeant horreur, douleur et haine, Jasdero ne pourrait l'oublier. C'était le regard qui promettait mille et une souffrance. Dommage pour elle, Jasdero se promit de lui offrir un grand spectacle.

- Devit, t'es où ?! cria le Noah.


La lumière froide des étoiles éclairait faiblement la mer se déchaînant contre les roches millénaires des côtes bretonnes. L'eau se fracassait et jetait son écume par delà les flans escarpés, elle arrachait herbe et terre. Les nuages se rassemblaient et n'en formait plus qu'un, un immense tapis noir cachant aux yeux des astres leur seule distraction. Les cieux et les eaux s'entrelaçaient, tout était sombre et glacial. Quelques fois un éclair tonnait puis le hurlement de la tempête reprenait plus fort encore. Le vent soulevait les torrents de pluie plus loin dans les terres, des coulées de boue se déversaient dans la mer. Ces mêmes vents poussaient leur embarcation contre les récifs sans leur laisser le moindre échappatoire. De longues dents de pierre s'élevaient entre les remous, elles attendaient patiemment de planter leurs crocs et de tuer tous ceux qui s'approchaient d'elles.

La fatigue et l'épuisement s'emparaient de Kanda et Lenalee tels des êtres affamés. Leurs vêtements et leurs cheveux leur collaient à la peau, le sel de la mer leur brûlait les yeux et leurs plaies, le froid rendaient leurs membres engourdis, leurs lèvres bleues étaient gercées et ensanglantées. Ils ne comptaient plus les jours passaient sur le navire, les tempêtes essuyées, le nombre de détours effectués pour échapper à la multitude d'Akumas survolant la mer ni celle qu'ils ne purent éviter, ils ne comptaient plus les nuits blanches -ou bien était-ce la journée ?- ni les heures qu'ils avaient passées au chevet d'Allen... de Nea. Allen avait de plus en plus de mal à contenir le Noah. Il criait, il hurlait, il pleurait... Il les attaquait... Puis il redevenait "Allen" et s'excusait, son regard brûlait de détermination il ne voulait pas sombrer. Cependant malgré sa détermination ils voyaient aussi le désespoir l'envahir. Une sombre déchéance. Que pouvaient-ils faire ? Rien... rien... Et cela les désespérait encore plus, mettant leurs nerfs à rude épreuve. Avoir confiance en leur ami, camarade, mais cette confiance au plus profond d'eux commençait lentement à s'effriter. Ils se reprenaient alors, comment diable pouvaient-ils ainsi douter d'Allen ?! Mais il leur avait dit de le tuer s'il le fallait et cette unique phrase les rongeaient. Elle avouait le fait qu'il ne serait peut-être pas capable de retenir le Noah. Kanda serait capable de passer sa lame au travers du corps de l'exorciste, Lenalee était bien trop sensible pour cela. Et Allen, ils étaient convaincus qu'il le ferait aussi s'il sentait la situation devenir hors de contrôle. Le tuer alors qu'il était encore « humain ». Un meurtre. Un meurtre pour protéger des vies.

Le bateau suivait la houle de la mer noire. Il s'éleva dans les airs. Ils devinaient devant eux, au loin, la terre mais aussi leur mort prochaine. Ils ne pouvaient rectifier leur trajectoire, ils se regardèrent. Kanda n'avait plus la force d'être en colère, Lenalee gardait son calme mais chaque secousse brisait peu à peu son masque. Quelque temps auparavant ils avaient essuyé une attaque d'Akumas, ils étaient plus nombreux, plus violent comme un cadeau de bienvenu pour leur arrivée sur le continent que Road leur aurait envoyé. Les bandages qui protégeaient les blessures de Lenalee tombaient en lambeaux sur le sol glissant de la cabine de commandement, elles étaient encore vives et prêtes à s'ouvrir à nouveau. Kanda s'en sortait mieux, il ne restait qu'une ou deux fines cicatrices récalcitrantes. Leurs vêtements étaient déchirés, reprisés au mieux mais comme les bandages ils tombaient eux aussi.

- Kanda, il faut quitter le navire ! On se dirige droit vers les récifs, le courant est trop fort !

Il la foudroya du regard. La coque se souleva brusquement les propulsant contre le mur du fond avant même d'avoir eu le temps de s'agripper à quelque chose. Leur têtes s'écrasèrent contre la surface rigide. Des bourdonnements se faisaient entendre.

- Et comment, je te pris ?! Tu vas nous porter tout les deux p'être ?! Tu tiens à peine debout, et si le Moyashi ne retient pas l'autre parasite on est mort ! cria-t-il, sa voix parvenait tout juste aux oreilles de Lenalee sous les hurlements de la tempête.

- Et si on ne fait rien on mourra aussi !

- Tch, on va alors attendre d'être le plus proche possible... Va préparer le Moyashi !

Kanda se résigna, ils ne voyaient pas d'autre alternative : Lenalee grâce à son Innocence et avec assez d'élan pourrait peut-être parvenir jusqu'aux côtes cependant elle devrait aussi les porter tout les deux, c'était risqué, bien trop risqué. C'était la seule solution, ils n'arrivaient plus à maîtriser le bateau, ils avaient aucune embarcation de secours… utiliser l'Arche ? Impossible, entre la possibilité d'être repéré par Road et celle qu'Allen perde complètement le contrôle et que Nea les tue tous, ils n'avaient aucune chance de survie.

Lenalee hocha la tête et se dirigea vers la chambre d'Allen. Sa progression était ralenti par les brusques mouvements du bateau, elle tombait et s'écorchait les genoux et la paume des mains ou bien était plaquée contre les parois. L'eau s'infiltrait par la moindre ouverture et lui arrivait à mi-mollet. Elle voyait les rares objets qui n'avaient pas encore été emportés par la mer aller et venir dans le couloir, ils étaient brisés, tordus, inutilisables. Certains venaient la blesser aux jambes et d'autres s'accrochaient désespérément aux anneaux rouges de ses chevilles. Elle parvint devant la porte mais sous la pression de l'eau restait fermée.

- Allen ! Allen ! Réveille-toi ! hurla-t-elle en tambourinant la porte.

Elle ne parvenait pas à entendre ce qu'il se passait dans la chambre. Elle inspira une goulée d'air salée et frappa encore. Rien.

- Allen si tu peux écarte-toi de la porte !

Elle activa son Innocence et frappa de nouveau la porte. Son pied passa au travers du bois et resta bloqué. Le bateau tangua, elle fut poussée vers la porte. Elle hurla. Les pointes de bois lui mordait la peau. Elle se dégagea de la bouche de bois, elle avait une large plaie parcourant toute sa cuisse. Elle réédita son geste et cette fois-ci la porte céda. Allen gisait inerte au milieu des décombres, Timcampy reposait sur la tête blanche. Elle se précipita sur son ami. Il était toujours vivant mais inconscient, au sommet de son crâne ses cheveux blancs prenaient une teinte rouge.

- Réveille-toi Allen, réveille-toi !

Elle entendit un grincement strident. Elle se retourna, Kanda apparut dans l'encadrement.

- La coque est perforée, faut partir maintenant ! il s'avança vers eux et empoigna Allen par le bras. Toujours entrain de dormir quand il faut pas, celui-là !

De l'eau. De l'eau. Toujours plus d'eau. Grondement de tonner. L'embarcation se souleva à la verticale. Kanda planta son katana dans le sol, accrochés à cette épée les exorcistes assistèrent impuissant au retournement du bateau. Les secondes défilèrent si lentement et en même temps si rapidement…

Si près du but ! Si près ! C'est injuste, est-ce ainsi qu'on va mourir ? Grand-frère…

- j'ai pas prévu de mourir aujourd'hui ! hurla Kanda comme une réponse aux pensées de Lenalee.

Timcampy virevoltait autour d'eux. Puis il vit les yeux d'Allen s'entrouvrirent l'espace d'une seconde. L'œil droit noir virant sur le gris et l'œil gauche légèrement doré. Un regard plein de confiance. Tim se posa sur l'épaule de Lenalee. Enfin elle parvint à activer son Innocence. Elle se laissa tomber pour trouver une surface d'appuie puis dès qu'elle la toucha elle se propulsa avec ses dernières forces. Kanda délogea son katana et fut rattrapé par la Chinoise. Avec sa vitesse et le coup d'épée de Kanda ils parvinrent à sortir de la carcasse morte du bateau par une vitre brisée. Ils étaient suspendus tout les trois en l'air mais l'attraction terrestre les rappela à elle. Ils allaient être mangés par les eaux. Tim se jeta alors sous eux et se mit à grossir soudainement et de façon exponentielle. Le golem ouvrit sa bouche et avala ses amis. Puis l'obscurité se fit.

xXx

Il porta sa main à son front, il avait retrouvé sa température normale. La voix de Nea s'était tue, étrangement il se sentit vide et surtout inquiet comme si une partie de lui avait été retiré… Après avoir passé tant de temps en sa compagnie il s'en était presque habitué, quelle ironie. Avait-il enfin échappé à l'emprise du Noah ou s'était-il seulement retiré ? Il regarda au tour de lui, il ne se trouvait plus à bord du bateau. Que c'était-il passé ? Qu'avait-il put causer, faire ? Il sentait sa vie lui échapper tels des grains de sable que l'on tente vainement de retenir entre ses doigts. Ses souvenirs s'échappaient sans qu'il ne puisse les retenir. Il grimaça, il se considéra presque comme un fardeau pour ses amis. Lui qui voulait les protéger se révéler finalement être le danger. Il haïssait ce sentiment. Il chassa ses soucis dans un coin de son esprit. A force il en perdrait la tête même si dans un certains sens c'était déjà le cas.

Il détailla sa « nouvelle » chambre. Rustique et chaleureuse. Elle inspirait la douceur maternelle sans qu'il ne sache pour quelle raison. La couverture épaisse et rugueuse qui l'enveloppait dans une chaude étreinte sentait le feu de bois. Son corps s'enfonçait dans un matelas mou. Un petit nuage.

Il entendit à travers les murs les voix étouffées de ses amis et celle de deux autres inconnus, c'était des tonalités plutôt joyeuses. Il n'avait pas à s'inquiéter, ils étaient en sécurité ; pour le moment. Il eu un petit sourire, les vieux souvenirs passés chez Mother remontaient. Avec recule il songea aux misères que son maître avait dues subir à cause de lui. Il se leva sur cette pensée joyeuse mais bien vite effacée par la raideur de son corps. Il était resté plusieurs jours allongés sans bouger le moindre membre, il n'aurait pas dû s'attendre à retrouver son agilité. Assis sur le rebord du lit, il s'empara des vêtements propres posés sur la chaise à côté de lui. Une grosse chemise et un pantalon en lin. Il s'approcha ensuite vers le miroir d'un pas hésitant. Nea n'était plus derrière lui. Avait-il complètement disparu ? C'était la première fois depuis bien longtemps qu'il pouvait à nouveau se voir dans une glace sans sa présence menaçante. Les habilles étaient deux fois trop grand pour lui : le col de la chemise penchait sur sa droite et découvrait intégralement son épaule, le pantalon lui tombait sur les genoux et il le maintenait à sa place grâce à un vieux lacet. Mais malgré cela il constata qu'il avait nettement maigri. Sa peau se tendait sur son squelette et faisait ressortir encore plus les muscles. Ses cheveux avaient poussés et frôlaient ses épaules, de nombreuses mèches barraient son front. La cicatrice luisait entre celles-ci. Son iris gauche était doré, une petite mer d'or fondu. Sa peau aussi avait changé de couleur : sur sa peau blafarde se découpaient plusieurs zones plus sombre, légèrement basané. Il souleva prestement les mèches de cheveux. Aucune stigmate n'était apparue.

Pour l'instant, pensa-t-il amèrement.

Il regarda aussi son Innocence. Elle semblait être la même. Il ferma et ouvrit sa main comme si ce fut la première fois qu'il la voyait.

Il ferma les yeux et commença une longue tirade intérieure contre Nea et les Noah. Il lui avait pourris la vie, l'emprisonnant au lit durant plusieurs jours et avait su montrer une vive résistance et il serait parti comme ça ? Était-il épuisé ou bien savait-il que le combat était perdu d'avance ? Ou bien économisait-il des forces pour une attaque plus violente et brutal ? Cette dernière option inquiétait le plus l'exorciste. Tellement de questions et si peu de réponse. Soudain il sentit une morsure sur sa joue et le son d'un verre qui se brise. Il ouvrit les yeux et découvrit une carte enfoncée dans le miroir, elle lui avait entaillé la peau et fissuré le miroir. Son reflet éclata. Allen avait les yeux écarquillés. Il s'approcha de la carte. C'était l'As de cœur que Tyki lui avait offert. Nea était toujours là… Il tendit une main tremblante pour s'emparer de sa carte mais elle se transforma en fumé à son contacte. Il posa la paume de sa main tendue sur la surface fissurée comme dans un espoir vain que la carte réapparaisse. Il voulait sa carte. Il voulait ses cartes. Un rire sinistre résonna dans son esprit.

Quand cela cessera-t-il ?!

Avec ta disparition.

Et la voix se tut à nouveau. Il n'était toujours pas libre. Allen passa ses mains sur son visage et ramena en arrière ses cheveux. L'entaille n'était pas profonde et laisser tout juste une fine ligne rouge. Il nota aussi quelques cheveux sur la chemise, probablement coupés en même temps que sa joue.

Rester maître de soi et de ses émotions. Ne pas se laisser troubler aussi facilement. Ne pas devenir fou. Faire le vide dans son esprit. Continuer à aller de l'avant. Et manger.

Cette idée le réjouit. La porte laissait passer les doux effluves d'une soupe au potiron. Son ventre gémit, il était affamé. Ne laissant pas paraître son désarroi face à la manifestation du Noah dans le monde réel ni à la seconde disparition de la carte, il actionna la poignée de la porte. Celle-ci pivota sur ses gonds sans grincer contrairement à ce qu'il aurait cru.

- ALLEN ! cria une voix.

Il tourna sa tête sur la gauche et vit arriver sur lui Lenalee. Elle se jeta dans ses bras et le serra fortement contre sa poitrine.

- Bonjour, dit-il.

- Bonjour ?! C'est tout ce que tu nous trouve à nous dire ?! On était mort d'inquiétude ! Elle le frappa gentiment sur la tête et posa ses poings fermés de colère sur ses hanches. Mais heureusement tu ne l'es pas et personne ne l'est, c'est tout ce qui compte.

- Ahahaha gomen, gomen Lenalee.

- Tch, Moyashi.

Allen se retourna. Kanda était assis sur une chaise en bois et polissait son katana. Il n'y avait aucune provocation dans son ton. Il ne semblait ni soulager de le voir à nouveau sur ses pieds ni déçut qu'il le soit.

Ils portaient tout les deux des tenues différentes de celle des exorcistes. Kanda avait les mêmes affaires qu'Allen à l'exception que les siennes étaient à sa taille. Lenalee quant à elle portait une robe grise à manches longues lui arrivant à mi-cuisse avec en dessous un pantalon brun.

- Que-

- On parlera à table, je suis sûre que t'as faim ! Marta nous a préparé une bonne soupe et Jean a cuisiné du lapin.

Elle le poussa doucement dans le dos pour le faire avancer en direction d'une table au fond de la pièce qu'il n'avait pas encore vue. Elle affichait un petit sourire, soulagée de constater que c'était bien Allen et non pas le Noah. Ses gestes trahissaient un certain épuisement dû au stresse du moment.

Comme sa chambre la maison respirait la maison de campagne accueillante. Un feux de bois brûlait dans l'entre de la cheminée au pied duquel un chien sommeillait. Dans un coin il aperçut un fusil de chasse, de grosses bottes et un épais manteau. Il s'approcha de la fenêtre en face de la place que lui avait désigné Lenalee à table. Il ciel était sombre. Il l'ouvrit. L'air glacial s'engouffra dans la maison, il sentait l'orage. Curieux il passa sa tête dans l'encadrement. La terre était retournée, arrachée et encore boueuse. Il voyait entre les quelques brindilles d'herbes une tuile d'ardoise gisant au sol. D'autres devaient être parsemées dans les environs. Puis sa bouche s'ouvrit de stupeur.

- Timcampy ?!

- C'est que maintenant que tu te souviens de lui ? demanda cyniquement Kanda. Pauvre Tim.

Allen s'apprêta à passer par la fenêtre rejoindre Timcampy mais la lame de Mugen lui barra la route.

- Qu'est-ce que tu fais Bakanda ?! la lame se positionna sous sa gorge. Enlève-moi ça ! grogna Allen.

Puis il sentit deux mains sur ses épaules qui le forcèrent à s'asseoir. C'était Lenalee.

- Il va bien.

- Il ne va pas bien !

- Allen, il va bien, dit-elle en souriant. Encore avant il a mangé un chaudron de soupe. Mais ça sera toi qui n'ira pas bien si tu sorts de cette maison, ajouta-elle le ton autoritaire.

Allen lança un dernier regard à Tim avant d'abdiquer. Il n'avait pas la force de se battre. Le golem semblait dormir dans le froid, une couverture le recouvrait. Plusieurs égratignures étaient visibles sur sa surface dorée, certaines plus profondes que d'autres, comme s'il eu été sujet à une attaque de bêtes féroces sans pouvoir s'en défendre. Sa taille devait correspondre à la moitié du volume de la maison. Il souleva un sourcil interrogateur. Beaucoup de choses s'étaient passées. Beaucoup trop de choses. Puis son ventre grogna à nouveau.

- Oh oh oh, j'entends un ventre affamé ! Le repas est prêt les enfants ! cria une voix féminine à l'accent français très prononcé dans la pièce d'à côté.

Kanda réprima ses envies de meurtre et s'assit brusquement sur l'une des chaises en bois.

- Voyons chérie ce ne sont plus des enfants, déclara d'un ton amusé un homme.

Lenalee cacha tant bien que mal son sourire. Elle se pencha alors à l'oreille d'Allen et lui murmura que Marta et Jean étaient de vieilles connaissances de Kanda. Ils le connaissaient depuis assez longtemps pour le prendre comme leur fils ce qui n'était pas du goût du kendoka surtout lorsqu'ils l'avaient enlacé tendrement tout en lui caressant la tête.

- Lenalee, un mot de plus et tu vas rejoindre les poissons…

- Mon petit Kanda il ne faut pas dire ça à une femme !

La dénommée Marta se tenait devant la table, une casserole fumante entre les mains. Ses cheveux grisonnants étaient enfermés dans un chignon au sommet de son crâne et lui tiraient sa peau sur son visage. Les rides, si elle en avait, disparaissait ainsi. Ses yeux verts étaient grossis avec sa paire de lunette lui donnant un petit air de chouette, air confirmé par ses nombreux clignements de yeux. Elle s'approcha à petit pas de la table et y posa le repas.

- Combien de fois je t'ai dit de te comporter comme un parfait gentleman envers une dame ? demanda-t-elle en tournant le doigt devant le Japonais abasourdi.

- Je…c'est-à-dire que…

Marta soupira et se tourna vers Lenalee et Allen qui ne cachaient plus leur sourire.

- Veuillez excuser mon petit Kanda, il est si tête de mule quand il s'y met !

Allen ne se retenant plus éclata de rire suivit de près pas Lenalee. Kanda quant à lui croisa les bras sur son torse et marmonna des insultes à l'encontre des deux exorcistes ainsi que des peines de morts.

- Franchement Kanda comment peux-tu être aussi désagréable envers ces deux charmantes jeunes filles ? D'ailleurs je m'excuse ma petite de ne pas pouvoir te passer de robe. Allez mange un peu, c'est pas avec une poitrine aussi plate que tu vas trouver un compagnon.

Le rire d'Allen mourut dans sa gorge quand Marta lui tendit un bol de soupe.

- Pardon ?

- Tu m'as bien entendu, ce n'est pas avec une poitrine aussi plate que tu vas trouver un compagnon ! Dieu seul sait à quel point les hommes aimes les femmes à grosse poitrine !

- Tu as entendu Moyashi, il faut que tu manges plus pour que tu fondes une belle petite famille de moyashi, dit Kanda un immense sourire sur ses lèvres.

- Je…. Vas crevé Bakanda ! cria Allen.

- Pas de dispute à table les jeunes. Et Marta, la fille à la poitrine plate c'est pas une fille.

- Comment ça c'est pas une fille ? la femme se tourna vers son mari qui venait d'entrer dans la salle. Tu vois bien qu'avec un visage si efféminée c'est pas possible que ce soit un homme ! Avec une robe tu feras tomber plus d'un homme ma petite. Tu as de la chance que ce soit Lenalee qui se soit occupé de tes blessures pendant que je m'occupais de Kanda. Je n'ose imaginer si ça avait été lui.

Le dit Kanda s'étouffa avec sa soupe.

- Je suis un homme ! déclara presque en larme le concerné.

- Oui, oui tu es… un homme ?! C'est pas vrai ?! Marta porta ses mains à sa bouche, elle venait de réaliser son erreur. Oh pardon, pardon, je pensais vraiment que tu était une femme.

- Excusez ma épouse, elle a la langue un peu trop pendu pour son propre bien.

Jean posa à côté de la casserole de soupe un plat en terre cuite contenant un lapin. Il avait une carrure imposante et le visage recouvert d'une barbe mal taillée qu'il caressa les yeux pétillants de malice.

- Mais c'est pour ça que je l'aime. Allez mangeons.

xXx

Assis sur le canapé, les jambes repliés sur son torse Allen écoutait Lenlee lui raconter les derniers événements tandis que Marta lui coupait les cheveux, bien évidemment la jeune Chinoise mit sous silence ce que Marta et son mari ne devait pas connaître mais restait assez explicite pour qu'Allen puisse comprendre. Ses mains se resserraient un peu plus à chaque mot sur ses avant-bras.

- J'ai…j'ai…

Il les avait attaqué. Il avait blessé ses amis. Directement et indirectement. Une porte s'ouvrit sous lui. Avant qu'il ne puisse se morfondre en excuse une paire de ciseaux se posa sur ses lèvres.

- De ce que j'ai compris ce n'était pas de ta faute alors ne t'excuse pas, dit froidement Marta, je pense que les autres sont d'accord avec moi.

- Mais…

- Allen, grogna-t-elle.

- C'est ma faute ! Entièrement ma faute si j'avais-

- Avec des si on pourrait refaire le monde mon jeune homme !

- Pour une fois la vieille à raison le Moyashi, c'est à ce Quatorzième qu'il faut en vouloir. S'acharner sur les mauvaises personnes n'apportent rien, lança Kanda derrière lui.

- Je m'excuse quand même… murmura-t-il.

- Tu te laisse abattre, c'est-ce qu'il veut.

- Il a raison Allen. Reprend-toi tout n'est pas fini.

Allen hocha la tête. Un sentiment de mal aise tordait ses entrailles.

- Terminé !

Marta balaya du dos de sa main les derniers cheveux traînants encore sur les épaules d'Allen. Une tension se retira de celle-ci, au moins il avait retrouvé sa coupe d'origine.

- Pas la peine de me remercier, ça me fait plaisir de rendre service, dit Marta.

Elle s'éloigna ensuite d'eux sans laisser le temps à Allen pour protester et rejoignit son mari dans la cuisine.

- Nous partirons demain à la première heure, annonça Kanda.

- Ce soir.

Lenalee leva un sourcil surpris devant le ton tranchant d'Allen, Kanda quant à lui se contenta de le fusiller du regard.

- J'ai un mauvais pressentiment-

- On a tous besoin d'une bonne nuit de sommeil, partir alors que la nuit tombe ne serait pas judicieux.

- Ecoute Kanda je sais que-

Une nouvelle fois coupé dans son élan, une nouvelle fois Mugen sous sa gorge. Son sang bouillonnait, il n'était une cible d'entraînement !

- Range-la tout de suite, siffla Allen.

- Sinon quoi ? Tu vas me tuer ?

- Ça suffit les garçons !

Lenalee asséna un coup de poing au sommet des crânes des deux exorcistes.

- Bien, bien, bien et si nous jouions à un jeu ?

Tous sursautèrent. Jean se tenait près d'eux, un jeu de carte dans la main.

- Vous connaissez le poker j'espère ? Ma femme et moi adorons y jouer depuis que Marc nous a appri les règles.

Ils le regardèrent interdis. Les paroles de Jean mirent un certain temps avant d'être assimilé tellement l'incongruité du moment les laissaient sans voix.

- Poker ? répéta Kanda tout en frissonnant.

Dur lui était d'admettre que le Moyashi pouvait être réellement dangereux avec un jeu de carte en main cependant ledit Moyashi regardait le paquet d'un air mélancolique et non plus son regard enflammé et diabolique lorsqu'il s'agissait de déplumer des personnes.

- Tyki…

Il fut prononcé si bas que Kanda pensait l'avoir imaginé.

Cris.

Kanda se tourna vers Allen.

Il recula de plusieurs pas. Sa main pourtant si fermement serrée sur la garde de Mugen se mit à trembler.

Lenalee craqua. Des flots de larmes glissèrent sur ses joues. Elle secouait la tête ne voulant pas voir la réalité et les conséquences qui allaient en découler.

Jean n'esquissa pas le moindre mouvement. Marta sortit en trompe de la cuisine puis se figea elle aussi.

- Le Quatorzième.

- Nea je te pris Kanda, appelle-moi Nea.

Il n'y avait plus d'Allen, il n'y avait plus le corps d'Allen. Allen Walker avait disparu en une malheureuse unique seconde. Seul restait Nea. Nea qui ressemblait physiquement beaucoup trop à Tyki pour que cela soit une simple coïncidence. Nea qui les regardait comme s'il hésitait qui il devait tuer en premier. Nea qui étouffait la pièce de son aura imposante.

Les habilles qui étaient auparavant trop grands se révélèrent trop petits, les cheveux d'un noir de jais tombaient sur ses épaules légèrement ondulé de manière désordonnée et bien qu'ayant toujours des mèches sur le front ils voyaient tous clairement les stigmates sur celui-ci ainsi que son regard doré. Sa peau se révélait sans aucune blessure ou bien cicatrices, lisse telle une peu d'enfant et basanée.

- Tu n'est pas de taille à m'affronter alors range ton arme Kanda dit le Noah doucement. Nous n'avons pas beaucoup de temps, elle arrive. Tymcampy !

Le golem brisa l'une de fenêtre de la maison pour entrée et voleta au niveau du visage de Nea. Il avait retrouvé sa taille normale et semblait heureux. Étrangement trop heureux. Nea lui caressa la tête puis Tim alla se loger dans son cou comme s'il retrouvait sa place d'origine.

- Je t'ai dit de ranger ton arme.

- Qui arrive ?

- Allen… Allen… Où est Allen ?! cria hystériquement Lenalee.

Elle se jeta sur lui mais fut projetée contre le mur avant d'avoir atteint sa cible.

- Sennen ko ha sagashiteru, daijina hatto sagashiteru, anata ha atari tashikameyo ~

La température de la pièce chuta brusquement. Des cristaux de glace se formèrent et en un battement de cil Jean et Marta se retrouvèrent complètement gelés.

Lenalee se releva difficilement, se précipita vers leurs hôtes malheureusement dans sa hâte elle renversa Jean qui tomba à son tour sur Marta. Explosèrent en mille morceaux au contacte du sol. Elle ramassa tremblante un fragment de ce qui fut quelques instants plutôt le sourire éclatant de Marta.

Kanda raffermit sa prise du Mugen, menaçant à nouveau le Noah.

- Trop tard elle est déjà là.

- Qui ?!

- Voyons ne me dit pas que tu ne l'as pas reconnue.

- Tu ne nous offres pas à boire Nea ? Après tout ce chemin que nous avons fait…

L'interpellé releva la tête.

- Ma pauvre petite, j'avais oublié à quel point courir dans tout les sens pouvait t'affaiblir. Tu ne t'ais pas casé un ongle j'espère ?

Le toit avait disparu et laissait sa place à un ciel déjà plus sombre. Road se tenait aux centre, assise sur Lero, son coude sur son genou et sa tête dans le creux de sa main. Une armée de bougies coniques l'entourant pointait vers eux. Le feux des bougies dansait sur son corps et accentuait la folie présente dans les yeux du Noah. Les exorcistes détaillaient la bouche entrouverte de surprise les changements qu'avaient subit Road, ils avaient du mal à croire que la fillette sadique était devenu un adulte.

- Je me vengerai pour ce que Joyd m'a fait subir puis viendra ton temps, ne t'inquiète pas.

- Oh ? J'aurais adoré voir la correction qu'il t'a mis !

- Ningen ! Hakka Tourou !

Road évita avec aisance l'attaque de Kanda comme si c'était de vulgaires insectes.

- Pathétique.

D'un signe de la main une pluie de cire s'abattit sur eux et profitant de la détresse de la Chinoise, Road lui envoya en plein cœur une de ses bougies. Cependant Lenalee parvint à temps à bouger et l'attaqua à son tour. Nea se déplaça sur le côté permettant aux deux exorcistes de se défouler sur Road bien qu'elle et lui savaient pertinemment qu'ils ne faisaient pas le poids. Était-ce cruel de laisser ces deux jeunes gens épuiser leur force pour rien ? Probablement. Certainement. Kanda et Lenalee enchaînaient coups sur coups, cris sur cris, larmes sur larmes. Road se moquait allégrement d'eux. Ils pouvaient donner toute la puissance qu'ils voulaient, jamais ils n'arriverait à la battre. Les Noah avaient acquis au court du temps aussi de puissance pour rivaliser contre n'importe quel humain. Seul un Noah pouvait venir à bout d'un autre Noah. Nea soupira, cinq minutes de plus ou de moins de changerai pas beaucoup à leur situation.

- Crown Clown, clown belt, susurra le Quatorzième. L'apéritif est fini, Road, débutons le plat de résistance veux-tu ?

Nea envoya les deux blessés hors des ruines de la maison sans ménagement.

- Tim, surveille-les.

Road mit pied à terre et se positionna pour le combat qui allait suivre. Nea fit de même.

L'air était de plus en plus lourd. L'odeur de la cire les étouffait. Une flamme mourut, ce fut le signal.

Ils utilisaient aussi bien leur force brute que leurs pouvoirs respectifs. Ils n'y avaient aucune paroles échangées.

Fulminant de leur défaite et de leur inutilité Kanda et Lenalee ne pouvait que regardait le spectacle sous leur yeux. Car c'était cela, un spectacle envoutant. Une danse mortelle, un chant d'explosions et de chaire tranchée.

Ils semblaient être à égalité. Aucun ne s'avouait vaincu. Les restes de la maison disparaissaient à chaque attaque. Le sol se retrouvait mutilé sur plusieurs mètres. Un mur de poussière et de cendre enveloppait petit à petit les combattants. Quelques flammes se perdaient et embrassaient l'herbe. La terre tremblait de plus en plus fort. Puis un cris assourdissant retentit et la terre retrouva son calme. Le vent balaya la scène.

Une épée de cire dans le corps de Nea.

Une épée d'innocence dans le corps de Road.

Tout deux continuait d'arborer son sourire carnassier. Et lentement de sourire de Road flancha, son regard devint vitreux. Nea tourna son épée, agrandissant la plaie dans l'estomac de Road. Dans des « plocs » sinistres de grosses masses rouges sombras tombèrent aux pieds de la femme.

- Je vous battrai, tout les deux. J'apporterai vos tête à père ! siffla-t-elle.

- Toute seule tu n'y arriveras jamais, ne comprends-tu donc jamais de tes erreurs ?

- Tu crois ça ? Je les ais aussi réveillé. Tous. Ça sera vous deux contre nous. Alors qui va gagner d'après toi ?

- Les jumeaux ne pourront jamais se réveillé.

- J'en suis pas si sûre, à l'heure qu'il est Cross Marianne est mort ainsi que son ami le blondinet, devine qui en est la cause et de ce qu'ils ont appris par rapport à leur troisième morceau ? Dans quelques heures tout aux plus ils ne feront plus qu'un et tous les Noah seront là.

- Venez, nous vous tueront un à un.

Nea dégagea son épée ensanglantée. Road tomba au sol telle une poupée de chiffons. Titubant il retourna vers les exorcistes tout en prenant garde à ce qu'il ne se vide pas de son sang.

- Dans deux jours….

Le vent porta à leurs oreilles les paroles de Road avant qu'elle ne disparaissant dans un paquet cadeau.

- Toujours à faire dans le symbolisme, p'tite sœur, grogna Nea.

Kanda s'apprêta à l'attaquer cependant il lui restait encore assez de force pour renvoyer au sol le Japonais.

- Tu veux une autre défaite cuisante ? Vous, humains, êtes faible, terriblement faible. Toutefois vous arrivez à faire de grandes choses, murmura-t-il pour lui-même.

Il s'empara de l'épaule des deux exorcistes et tout les quatre -Tim s'étant à nouveau installé dans le creux du coup de Nea- basculèrent dans l'Arche.


Lavi sentait de moins en moins son corps. Il marchait comme un automatisme. La barre de fer qui lui servait de canne devint partie intégrante de son corps. Il arrivait à garder une bonne allure malgré tout. S'habituer en toute circonstance, une des nombreuses capacités que les Bookmen doivent avoir. Il se repassait sa discutions avec le Noah.

- Cela prend des proportions que tu n'avais pas envisagé, n'est-ce pas ?

La question de Joyd le sortit de sa torpeur. Il releva sa tête et regarda le dos en face de lui. Les épaules tremblaient. Il sentait qu'il ne pourrait plus tenir encore longtemps son emprise sur Tyki. Les sentiments et les souvenirs d'eux deux se mélangeait. Joyd ignorait ce qu'il allait se produire, il bafouait l'ordre « naturel » de la prise de pouvoir du Noah sur son hôte. Au mieux ils finiraient fous, au pire ils mourront. L'hôte devait se prendre pour le Noah puis lentement ou sous un choc brutal le Noah prenait le contrôle intégral du corps et détruisait la conscience de l'autre à proprement parlé. Jamais l'hôte n'avait conscience du Noah. Il eu une pensée pour Nea et Allen.

- Moi aussi, chaque fois que je me réveille.

La voix sembla triste aux oreilles de l'exorciste. Il brûlait de lui hurler au visage des répliques cinglantes. Il l'haïssait même après ce que Bookman lui avait révélé.

- L'histoire a modifié les liens, les a détruits, les a crées, ce que tu crois actuellement ainsi que les Noah est faux… tout est faux… Et les Noah se confortent dans leurs mensonges.

- Bookman m'a tenu au courant, merci.

- Les grandes lignes je présume.

- Au moins assez pour savoir que toute la petite famille est complètement folle. Mais ça c'était pas nouveau.

- Nous y voilà.

Joyd se déplaça légèrement sur le côté et laissa apercevoir l'entrée d'une petite salle.

- On va faire une petite pause puis on reprend la route.

Ils y entrèrent, Lavi s'adossa au mur froid puis glissa le long de celui-ci tandis que Joyd fouillait les étagères taillées dans la roche. La salle était assez large et longue pour leur permettre de s'allonger au sol mais guère plus, elle avait la même taille en hauteur. Au fond une porte patinée par les âges les regardait et la poignée rouillée luisait sous la faible lumière. De la fraîcheur émanait d'elle. Elle laissait filtrer les murmures d'une eau s'écoulant. D'où pouvait-elle provenir ? Il n'y avait pas de courant dans la région enneigée. Probablement un des nombreux courants souterrains qui ne cesse d'être découvert les uns après les autres. Il constata alors que le mur contre lequel il était adossé était humide et l'odeur de moisissure l'étouffa presque.

Joyd eu un petit sourire amusé devant la scène. Il devrait installer une bouche d'aération mais ils n'avaient pas eu le temps de la construire. Bien que Nea et Joyd aient vécu des siècles et des siècles, entendu par de nombreuses personnes que le temps leur appartenait, ils n'avaient jamais eu cette impression. C'était plus une course effrénée pour l'arrêter dans l'unique but de profiter simplement d'une seconde. Ils avaient une fois de plus perdu cette course. Il sortit de petites jarres de l'étagère et ce qu'il paraissait être du tissu. Il s'assit à côté de Lavi et prit son moignon qu'il posa sur ses jambes repliées.

- Ça serait idiot que tu meures suite à une infection.

- Tellement, murmura Lavi.

Il détourna le regard pendant que Joyd défit le bandage. Le tissu arracha les croûtes qui venait de se former et les morceaux de peau les entourant. Son emprise sur la barre de fer se fit plus forte. Quelques morceaux de peau calciné tombèrent entre les doigts de Joyd. Il sentit un liquide être versé sur sa plaie. Il se mordait la lèvre pour ne pas crier mais quelques larmes de douleurs coulèrent. Puis un onguent fut déposé et badigeonné sur toute la chaire à vif. Et sans prévenir Joyd planta une aiguille dans la chaire meurtrie, il commença alors à recoudre la blessure ou du moins ce qui pouvait être recousu. Il avait le visage impassible des personnes ayant fait cela de nombreuses fois.

L'exorciste devrait s'estimer extrêmement chanceux, le froid a engourdi la plaie et a ralenti le saignement mais l'œuvre n'en reste pas moins barbare, qu'il soit encore en vie et conscient revient du miracle.

Une fois finie il remit une couche d'onguent qu'il appliqua généreusement au point que le moignon de Lavi disparaissait sous la texture verdâtre. Ensuite il enveloppa le tout dans un nouveau bandage.

- Toujours pas mort ?

- Crève binoclard.

- Parfait, l'onguent va quelque peu durcir donc tu sentiras comme un poids. Quand toute cette histoire sera terminé tu iras faire un long séjour à l'hôpital. Enfin ce qui restera de toi…

Il reçut pour toute réponse un grognement. Il se décala et s'adossa à son tour contre la paroi rocheuse. D'une main tremblante il déboutonna sa chemise et révéla aux yeux de Lavi de nombreuses blessures ; sa peau blanchâtre était brûlée à certains endroits, à d'autres de longues bouches béantes crachaient du sang par intermittence. Sur son flanc gauche il voyait un tissu noir enfoncé dans un trou de la taille de son point, un liseré blanc que Lavi identifia comme étant de la cire l'entourait. Il lui rappelait les siennes après son combat contre Road dans l'arche. Brûlure, blessure et cire. Depuis ce jour il ne pouvait voir une bougie sans que ces souvenirs ne remontent. Brusquement, alors que Joyd se recousait ses propres plaies avec un visage toujours aussi impassible, il se tordit de douleur et s'écroula au sol en position fœtale.

- Hé ! Qu'est-ce qui se passe ?

Joyd se tint la gorge et cracha du sang.

- R-r-rien…

Tu vas me rendre mon corps oui ?!

La ferme ! Si tu continues ainsi on va tout les deux y passer !

Alors on y passera tout les deux.

Tyki !

Lavi se déplaça tant bien que mal vers Joyd. Ses yeux étaient exorbités. Sa respiration était difficile et malgré tout il murmurait à voix basse et rapide une multitude de mots dans une langue étrangère au Bookman. Et aussi soudainement que la crise était apparue elle disparut.

- C'était quoi ça ?!

- Rien, répondit-il à nouveau, toujours allongé au sol.

- Et moi je suis la Reine d'Angleterre.

- Mêle-toi de ce qui te regarde.

- Tch, je me mêle de ce que je veux, je ne suis pas Bookman pour rien.

- J'ai contraint Tyki à rester encore un peu en rentrait ça te va ? Stupide lapin.

Joyd ressentit l'esprit de Tyki se débattre fortement entre les barrières mentales qu'il avait posées. C'était une technique qu'il avait mise au point contre Wisely, il n'aurait jamais cru l'utiliser dans de telles circonstances. Elle ne tenait cependant pas longtemps et demandait beaucoup d'énergie, elle était à utiliser qu'en cas d'urgence.

Maintenant tu restes là et tu ne bouges pas.

Tu avais dit que tu me rendais mon corps, au lieu que ça je ferme les yeux deux secondes et tu reprends le contrôle. Et par-dessus tout tu discutes tranquillement avec un exorciste !

J'aurais pourtant pensé que tu comprenais la situation… même si tu fais des mélanges entre moi et toi.

Je la comprend. Les dernières pièces s'assemblent.

Alors agit en conséquence, sale gamin.

Tu es mal placé pour me le dire.

Lavi eu un rire nerveux. Il ne savait qui il préférait avoir comme geôlier entre les deux. Le combat semblait acharné dans l'esprit du Noah. Joyd de releva difficilement et essuya le coin de ses lèvres du revers de sa main. Il reprit nonchalamment le soin de ses blessures tandis que Lavi reprit sa position initiale, le regard détourné, il avait vu assez de sang pour la journée. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes dans le silence. Joyd coupa le dernier fil avec ses dents et observa son travail d'un regard plutôt satisfait. Les points de suture maintiendraient fermer les plaies le temps qu'il faudra. Il pourrait même espérer qu'elles cicatrisent sans qu'il n'ait à refaire son travail. Il enfila à nouveau sa chemise durcit par le sang ainsi que sa veste. Quelle sensation désagréable.

- Est-ce que…est-ce que tu sais ce qu'il se passe ? Comment vont les autres ? parvint à demander Lavi.

Son inquiétude se peignait sur son visage. De larges cernes marquaient ses yeux verts qui autre fois brillait de vie. Il avait le regard terme. Joyd le savait à bout de force.

- Pas grand-chose. Et les autres sont en vie.

- Ah… sa voix se fit plus faible.

Joyd se releva et chercha trois couvertures, une pour lui et deux pour Lavi. Il en sortit aussi une lanterne qu'il alluma avec sa torche. C'était tout ce qu'il restait des anciennes provisions. Le Noah se désola devant l'était minable des vêtements de secours et des vivres. Totalement inutilisable. Une fois bien enveloppé il empoigna l'exorciste par le bras pour le mettre sur son pied.

- Si Allen te voyais ainsi il te crierait dessus.

- Si on m'avait un jour que j'en serai là…

Quand il fut sûr que Lavi ne tomberait pas il s'éloigna de lui et se tourna vers la porte. Il était aussi inquiet. Par moment il parvenait à avoir accès à l'esprit de Nea. Il rencontrait lui aussi une vive résistance. Mais qui ne résisterait pas dans ces circonstances ? Il s'en voulait. Pour survivre il détruisait une vie. Par égoïsme il tuait. Mais il devait réparer les tords causés, il y aurait bien plus de souffrance et de douleur s'il n'agissait pas. Personne d'autre que lui et Nea pouvait le faire. Tout ces maux pour une chose aussi absurde, il en avait la nausée. Être si proche l'un de l'autre mais sans pouvoir agir, avoir le dessus sur leur hôte mais ne pouvoir profiter du temps passer ensemble parce que forcément d'autres Noah se réveillaient avec et engendrer un bain de sang. Et même sans être réveillé un nombre bien trop grand de têtes roulaient sur l'escalier de la désolation qu'ils avaient construit.

- Il est temps de rejoindre les autres pour le dernier acte.

Il ouvrit la porte qui eu l'effet d'un appel d'air, leurs torches s'éteignirent et seul subsista la lumière de la lanterne. Le bruit de l'eau alors étouffé retentissait plus fort encore. L'air se rafraîchit considérablement. Lavi s'avança ébahit par la scène.

- C'est une plaisanterie j'espère ? cria-t-il pour couvrir le son assourdissant que produisait l'eau qui se déversait continuellement.

Derrière la porte se continuait encore le sol sur cinq mètres puis un courant d'eau vive le traversa. Une barque était solidement attachée par une chaîne en fer à un rocher. Le dénivelé avec la force du courant menaçaient d'emporter à tout jamais l'embarcation. Des moisissures recouvraient chaque parcelle de roche d'une couche noirâtre. L'odeur était insoutenable, l'humidité était telle qu'il avait l'impression de respirer de l'eau. Lavi remonta un pan de la couverture devant sa bouche et son nez.

-Voyons j'ai un sens de l'humour plus développé que ça. On va prendre la barque et descendre jusqu'à Constantinople. Trajet direct. J'ai déjà fait ce chemin plusieurs fois, c'est sans danger. On a découvert cette rivière en creusant le passage, on ignorait tous son existence. Elle ne s'écoule que dans la terre, il y a juste à de rare endroit que le courant remonte à la surface et quand elle est à l'aire libre elle est cachée à la vue de tous. Plus personne ne connaît son existence. Même Constantinople qui est une ville aussi active le jour que la nuit ignore un tel passage.

- Vous êtes complètement tarés, lâcha Lavi. Il y a encore d'autres trucs du genre que je ne connais pas ?

- Tellement… Joyd poussa Lavi à s'avancer vers la barque. Une nouvelle expérience à mettre à ton actif.

Joyd ferma la porte puis le contourna. Il parcouru les cinq mètres à grandes enjambées, arrivée à la chaîne il posa la lanterne au sol et tira de toute ses forces dessus. La barque monta sur le sol rocheux en un grincement inquiétant.

- Tu montes ?

Lavi était partagé entre son envie de rebrousser chemin le plus rapidement possible et de sauter dans barque.

On ne vie qu'une fois !

Il s'approcha de la barque avec une démarche moins clopinante qu'auparavant. L'onguent durci alourdit le moignon de Lavi ce qui lui donna l'impression d'avoir encore sa jambe. Mais rien ne pourrait remplacer son membre manquant. Il constata que la barque était plus profonde qu'elle ne le laissait paraître, les parois plus élevaient protégeait l'intérieur des éclaboussures. Lavi passa sa cane pardessus bord, il s'appuya dessus et sur la paroi pour se hisser à son tour à l'intérieur. Joyd lui tendit la lanterne, détacha la chaîne, poussa la barque à l'eau sous le cri surpris du rouquin et grimpa de justesse avant qu'elle ne soit aspirée par le courant. Lavi se tenait tant bien que mal aux parois et réprima ses haut-le-cœur. Il ne voyait plus le plafond tellement ils allaient vite.

- Nea nous fera une petite crise de jalousie quant il apprendra qu'on a pris ce chemin.

- Il n'a qu'à pas l'apprendre, dit Lavi se demandant très sérieusement ce que le Noah pouvait apprécier là-dedans.

- Nea sait tout, répondit mystérieusement Joyd.

Le regard de Joyd se faisait lointain, attiré par des souvenirs joyeux. Il avait le regard d'une personne amoureuse. Lavi se contenta de l'observer en silence.

- Quel genre homme est-il ?

Il voulait savoir. Cette curiosité naissante le brûlait. Il devait savoir quels hommes étaient ceux qui avaient plongé le monde dans ce cercle infini de souffrance, l'homme qui torturait son ami, l'homme qu'il tuerait s'il le fallait.

- Accroche-toi bien on va être en chute libre.

- Que, QUOI ?! hurla Lavi.


Il y a sept mille ans…

Sous le Soleil cuisant les dunes de sable se métamorphosaient en dune de verre aveuglantes, des oasis éphémères naissaient et périssaient. Ses pieds s'enfoncèrent entre les grains brûlant. La sueur coulait sur ses yeux et l'empêchait de voir correctement entre les mirages et la réalité dans cet enfer. Malgré son foulard ses lèvres se fendillaient et les nombreuses crevasses se remplissaient de sang. L'air était lourd, assommant, il invitait les voyageurs à un sommeil mortel. Seul le cri effroyable des charognes troublait la fournaise. Les rares végétaux qui résistaient vaillamment contre l'aridité du désert flambaient d'un seul coup. Ils rejoignirent les innombrables cadavres jonchant ce royaume. Le temps n'influençait plus dans ces lieux où les jours se succédaient les uns après les autres sans aucun changement. Le sable enfermé dans les sabliers ne coulait plus, les grains du temps ne tombaient plus au fond de leur prison. Nea essuya son front calciné avec la manche de son dishdash puis il se retourna et tira sur la longe du dromadaire. Celui-ci blatéra et recula.

- Arh j'en peux plus j'abandonne ! cria-t-il au dromadaire, malheureusement sa voix rendue roque par la sécheresse ne semblait plus qu'à un doux glapissement.

- Surveille ton langage mon frère, puis nous sommes bientôt arrivés chez père.

- Père, père ! Il ne me considère plus comme son fils ! cracha Nea à Joyd après avoir bu une maigre gorgée d'eau.

Joyd s'approcha d'un pas quiet. La chaleur ne semblait avoir aucune emprise sur lui. Derrière lui sa jument le suivait docilement.

- Modère tes propos Nea, dit-il doucement. Le vent porte aux mauvaises oreilles les paroles regrettables. Une fois arrivés nous nous arrangerons avec père. Cette vieille coutume n'a plus de raison d'exister, nous lui demanderons, alors qu'il ne l'avait jusqu'à lors pas appliquée, pourquoi maintenant. Reste calme et tout reviendra dans l'ordre.

Nea marmonna quelques injures et reprit sa marche. Joyd regardait son frère jumeau s'avancer en piétinant rageusement le sable. De leur point commun il n'y avait seulement le jour de leur naissance et leurs parents, aussi bien physiquement que moralement ils ne se ressemblaient pas. Ils étaient aussi opposés que la Lune et le Soleil. L'un avait les cheveux longs l'autre les avait courts, l'un avait les pommettes saillantes mais pas l'autre, l'un était plus grand que l'autre, l'un était plus fort que l'autre, l'un gardait une physionomie juvénile l'autre semblait à un homme dans la force de l'âge… Contrairement à Joyd Nea ne maîtrisait pas ou peu ses émotions. Il était un livre ouvert attendant qu'on le lise. Pour certains il était uniquement dominé par la colère pour d'autre il était un homme de bien. Joyd quant à lui était un livre qui ne voulait pas s'ouvrir à moins de forcer un peu.

Joyd soupira et appela son frère.

- Quoi ?

- Rien.

Joyd le tira vers lui et l'embrassa tendrement. Un goût de sable et de sang. Mais aussi opposé furent-il l'un complétait l'autre en une parfaite symbiose. Nea détourna légèrement les yeux, ses joues se tintèrent légèrement de rouge.

- Je croyais que les dunes avaient des oreilles et des yeux.

- Sauf quand je décide du contraire. Ne nous attardons pas, plusieurs heures de marche nous attendent encore.

- A vos ordres futur chef de famille…

xXx

Une fois lavé et restauré les deux frères entrèrent dans le patio. Ils furent accueillis par le clapotis de l'eau et le chant des oiseaux. Les canaux formaient de complexes figures géométriques au sol, quelques pétales de roses se laissaient bercer en leur sein. Les murs étaient revêtus de stucs que les artistes avaient soigneusement peints du bas vers le haut d'un dégradé de couleurs, passant du bleu clair au rouge chaleureux. La lumière baignait l'espace d'une douce chaleur et était diffractée par la fontaine au centre du patio. Une multitude arc-en-ciel illuminait le sol ocre. Ils s'installèrent sur les tapis à l'ombre d'un palmier où une théière encore fumante les attendait. Ils étaient seuls quand soudainement ils entendirent des pas rapides provenant d'un des couloirs.

- Road ne cours pas ! C'est indigne d'une personne de ton rang !

- Oui, oui Mana.

Joyd et Nea s'échangèrent un regard, leurs lèvres dessinèrent un sourire. Une jeune fille entra essoufflée dans le patio. Ses longs cheveux noirs cachaient son visage mais ils reconnurent sans peine leur sœur cadette. Elle portait une tunique blanche légère qui contrastait avec son teint basané. Puis quelques instants plus tard apparut Mana, le dernier de la fratrie. Sa peau était tendue sur ses os et il sembla aux frères qu'il avait perdu du poids.

- Ma chère Road, tu devrais écouter notre frère. Tu vas bientôt te fiancer, il serait fort regrettable que tes noces soient, de nouveau, rompues suite à ton comportement, gronda Joyd.

Road rit aux éclats et s'approcha d'eux. Sa robe virevolta à chacun de ses pas, elle semblait à un oiseau près à s'envoler.

- De toute façon je n'épouserai que Nea, dit-elle en chantonnant. Personne d'autre ne me convient.

- Ce n'est pas possible, Road, depuis plusieurs années maintenant nous te le répétons. C'est déjà bien assez dur de te trouver un époux à ton âge, tu as dépassé les vingt ans ! C'en est presque une honte à notre famille !

- Mana, laisse-là rêver. De toute façon la réalité la rattrapera bien assez rapidement et bien assez violemment.

- Tu es bien cruel mon Nea, ajouta Road en s'asseyant avec eux. Viens avec nous Mana ! Alors racontez-moi votre voyage ! Pourquoi êtes-vous revenus si tôt ? Vous avez eu des problèmes ?

Mana s'installa avec eux, le bruit de son étoffe se froissant combla le vide laissé par les souvenirs silencieux des jumeaux. Un oiseau cria au loin. Road s'impatienta, elle voulait tout savoir.

- Les accords avec les autres clans se sont bien déroulés, vous n'avez pas à vous inquiéter.

- Bien, avec le mariage de Road notre famille contrôlera pratiquement toute la région au nord-est ainsi nous aurons sous notre nom la totalité des terres méridionales et orientales, soupira de soulagement Mana. Les guerres vont pouvoir enfin s'achever dans la paix.

- Les guerres… les yeux de Joyd se voilèrent un instant.

- Elles dévorent de plus en plus de vies innocentes et se propagent tel un fléau que l'on peut combattre. Les cœurs des hommes pourrissent avant même de mourir. L'odeur de la mort imprègne des cités entières et le sang coule plus que l'eau des fleuves. Les larmes des mères…

Road serra la main de Nea. Le silence se fit à nouveau, pesant. Joyd se servit du thé puis remplis la tasse de ses frères et de sa sœur. Il but une gorgée, inspira et continua :

- Père nous a envoyé une lettre, c'est la raison de notre retour si précoce.

- Que disait-elle ? demandèrent en cœur Mana et Road.

- Il veut appliquer la loi concernant les jumeaux.

- Quoi ?! s'insurgea Road. Pourquoi maintenant ?! Pourquoi après vous avoir élevé et vous avoir vu grandir ?! Comment peut-il ?

- Road ! la langue de Mana claqua comme un fouet. Il doit bien y avoir une raison.

- Une raison ?! Quelle pourrait-elle être ? Dis-moi, qu'elle raison justifie de renier son fils ? Road se leva d'un bon. Il n'y a aucune raison, sauf une loi absurde dictée par de vieux séniles ! Une telle abomination ne devrait même pas exister !

- La loi est la loi. Lorsque des jumeaux naissent le second à être sorti du ventre maternel doit être rejeté de la famille, déclara une voix grave et puissante. Il en a toujours été ainsi dans nos contrées.

Ils se retournèrent en sursaut et, voyant leur père au près d'une des nombreuses colonnes du patio, ils se prosternèrent devant lui.

- Notre monde est au bord du gouffre mes enfants, et plus qu'autre chose les lois doivent être appliquées pour le bon maintient de l'ordre. Si, moi Adam celui qui guide les âmes en peine, ne respecte par les lois de nos ancêtres qui le fera ?

- Mais père-

- Suffit Road ! Joyd et Nea vous êtes mes fils, le sang de mon sang et la chaire de ma chaire. J'ai enfreins les lois trop longtemps et je regrette de vous causer en ces temps difficiles cette lourde peine mais la loi est la loi. Maintenant Joyd sera mon unique successeur, Nea tu ne fais plus parti de la famille, quitte cette demeure.

- Monstre ! cria la sœur cadette le visage toujours au sol. Comment osez-vous !

- Quant à toi Road, tu te marieras et tu seras une bonne épouse. Tu dois faire honneur à notre famille. Mana tu seras envoyé avec elle, elle aura besoin d'aide pour gérer le domaine et prendre en main les serviteurs. Avec son caractère elle sera la risée du clan.

Nea releva son visage placide et défia du regard celui qu'il appelait autrefois « père ».

- Quel est la raison de ce revirement ? Alors que vous nous disiez lorsque nous étions enfants que jamais nous serions séparé, alors que vous nous appelez avec affection « mes enfants », alors que vous avez puni tout ceux qui parlait de cette loi devant nous ou vous ?

Le chef de famille planta son regarda dans les yeux haineux de Nea. Ce dernier sentit son corps défaillir, en un simple contacte il avait perdu toute sa volonté. Le regard d'Adam était froid, aussi froid que la nuit s'abattant dans les déserts arides. Il était privé du moindre sentiment. Comme le regard d'un humain sur un insecte avant de le tuer. Était-il devenu pour lui qu'un simple insecte ? Adam semblait un instant pensif. Il ouvrit ses lèvres dans l'amorce d'une phrase mais se ravisa, et il se retourna pour partir. Au loin le cri d'agonie d'un oiseau perça les cieux. Il portait en lui les sentiments des frères et de la sœur.

Ils se tenaient toujours prosternés, le visage enfoui entre les fils colorés des tapis. Ils tremblaient. Chaque pas de leur père leur provoquait une nouvelle secousse. Ils avaient peur. L'espace d'un instant ils avaient senti une aura meurtrière. Elle était si forte, si puissante, elle les écrasait et étouffait en eux toutes formes de rébellion. Leurs larmes dévalèrent leurs joues silencieusement. Ils se mordirent les lèvres jusqu'au sang.

Nea écarquillait les yeux. Durant toutes ces années… et maintenant… Son monde venait de s'effondrer. Il voulait lui demander si ce n'était pas qu'une affreuse méprise, une plaisanterie de mauvais goût, peut-être avait-il été influencé par une personne aux sombres desseins ? Non tout cela était bien réel, personne n'influençait cet homme. Il était juste le jouet de son père. Un jouet dont il n'avait plus l'utilité. Il ressembla ces forces et demanda une dernière chose :

- M'accorderais-tu une dernière faveur, celle de dormir encore une fois ici ? Ou bien me rejetteras-tu comme un pestiféré alors que la nuit tombe ?

Adam ne prononça aucune parole. Une fois revenu à l'ombre du péristyle des gardes le rejoignirent et fermèrent sa marche.

Nea sentit alors un poids sur son dos, c'était Road. Il lui caressa la tête.

- Allons, allons ne pleure pas.

- Mais…mais…, elle enfouit sa tête dans le creux de son cou.

Joyd posa une main sur l'épaule de son jumeau et la serra fortement. Le cœur lourd Nea la recouvrit de la sienne. Mana s'approcha et les encercla de ses bras. L'honneur, l'obéissance absolu, le respect des règles. Il avait été élevé dans ce monde.

- Ne vous inquiétez pas, un jour il reviendra à la raison et ce jour-là je serais présent. Je serai toujours à vos côtés, personne ne peut nous séparer, murmura Nea.

xXx

Adam regagna la salle à manger. Elle était vide. Conformément à ses instructions la table avait été dressée correctement. La table ronde en ébène semblait absorber toute lumière, les treize chaises attendaient impatiemment les personnes qui s'assiéraient sur elles. Lui aussi était impatient, les préparatifs se terminaient. Il caressa la surface polie du bois. Demain était un jour nouveau, demain était l'aube d'une nouvelle ère. Il frémissait. Joyd, Road, Mana, Bondomu, Wrath, Lustul, Desires, Wisely, Tryde, Fiddler, Mercym, Mightra et lui. Le clan Noah en entier. Ils accompliraient la volonté du tout puissant. Ils étaient les élus, ils rétabliraient la paix sur Terre. Il n'était pas le seul à attendre ce moment. Il sortit d'un des replis de sa tunique un cube qui battait dans le creux de sa main. Demain il serait divisé comme il se devait en cent-huit morceaux qui seraient répartis entre les différents membres du clan qui les redistribueraient à d'autres personnes de confiance ensuite le cent-neuvième morceaux -le cœur- serrait partagé entre les membres du clan. Il avait voulu d'abord le prendre rien que pour lui cependant il était trop puissant pour lui et sa force le tuerait. Il pesta mais il en était ainsi. Il posa le cube au centre de la table. Personne ne le déroberait, il n'avait pas d'inquiétude. Il eu un sourire carnassier, il savait que le cube se défendait à sa manière lorsqu'il était en danger. Dommage pour les gardes…

xXx

Joyd contemplait le visage endormi de son frère. Ses traits étaient détendus, il serrait les poings comme un nourrisson. Séparés. Ils allaient être séparé. Sans doute pour toujours. Il se sentait nauséeux. Il ne pouvait pas vivre sans lui. Il avait besoin de le savoir à ces côtés. C'était son jugement divin. Ils avaient enfreint l'interdit. Ils s'aimaient, c'était des hommes, ils étaient frères jumeaux. Ils méritaient la plus atroce des exécutions selon les lois mais pourtant cela ne les avait pas arrêtés. Alors Joyd pensa tristement que cette séparation était peut-être bien le châtiment le moins cruel. Ils pourraient se revoir en dehors de la maison… comme des parias. Pourquoi devaient-ils se cacher ? Ils étaient ignobles… Des abominations de la nature… Non…. Non… Il savait que cela ne tourmentait pas Nea pourtant lui si, seul le sourire confiant de celui-ci le faisait oublier l'éthique.

Il se pencha vers son amant et lui remonta le tissu fin qui leur servait de couverture. Nea bougea et dans son sommeil se colla au torse de Joyd. Par habitude. L'aîné lui embrassa le sommet du crâne. Il reçut un grognement comme réponse.

- Je croyais que tu dormais.

- Comment veux-tu que je dorme ? C'est notre dernière nuit. Il faut que je profite au maximum de ta présence, dit d'une voix ensommeillée Nea.

- Exacte, sa main glissa le long du dos de son frère, je me rappelle de ces nuits où apeuré par les tonnerres tu te blottissais contre moi. Il reçut un coup de poing contre sa poitrine. Ahahah ! Allons t'as passé l'âge !

- Dois-je te rappeler que toi aussi tu tremblais comme une feuille sous la tempête ? Enfin cette époque est bien loin… pourquoi l'évoquer ?

- Nous étions encore purs et innocents… Quand est-ce que nous avions-

La fin de sa phrase mourut au contacte des lèvres de Nea sur les siennes.

- Chute, Nea se releva en partie, appuyé sur son coude. Si je le tue, tu deviendras le chef et personne ne contestera tes décisions alors nous n'aurions plus à nous cacher.

- Nea ! s'offusqua Joyd. Tu n'oserais quand même pas !

Cependant son esprit entrevit là une possibilité. Il savait son frère capable de commettre un tel acte et il n'était pas vraiment contre. Il secoua la tête. Il ne pouvait pas, il ne devait pas y songer. Quel fils ignoble…

- J'oserai ce qu'il faudra oser, nous sommes déjà bien assez dans l'immoral alors un pas de plus ou de moins ne changera pas notre position.

- C'est notre père !

- Je suis son fils ! Du moins je l'étais. Je n'ai pas envie de passer toute ma vie à me cacher et à vivre loin de toi.

- Il suffit d'attendre, je hais l'admettre mais il mourra un jour ou l'autre comme tout humain.

- Joyd, souffla Nea, lorsque je l'ai regardé… il n'avait rien d'humain… Tu l'as aussi senti, il a changé. Rien de ce qui se passe n'est normal. Rien. Joyd, nous n'avions même pas la force de lui tenir tête. Même maintenant je tremble encore. Qui sait ce qu'il pourrait me faire ? Cette idée, cette question, jamais, jamais tu m'entends nous nous l'étions posés ! Parce que nous savions qu'il nous ferait jamais de mal à nous comme à Road ou Mana. Pourtant à ce moment… Il prépare quelque chose. Il me bannis, il envoie sa fille adorée à l'autre bout de la région épouser un homme et il la fait accompagner de notre frère… Joyd tu sais aussi bien que moi que secrètement il repoussait la date des épousailles et qu'il brisait celles qui ne lui convenait pas alors qu'il les avait approuvées. Et à présent il ne le fait plus. Tu resteras seul avec lui ici, ou bien même il t'enverra au loin sans que je ne le sache !

- Calme-toi ! Joyd agrippa les bras de Nea. Ton esprit te joue des tours.

- Dis-moi alors pourquoi n'avoir renié le jour précédant l'arrivée de nos oncles. Tout le clan se réunit demain dans la soirée.

- Plait-il ?!

- Tu m'as bien entendu. Je l'ai découvert il y a de ça plusieurs semaines, un messager qui transportait les lettres et qui une fois… je ne les ais pas ouvertes je te le jure j'ai juste regardé à qui elles étaient destinées… et peut-être survolé légèrement… Mais là n'est pas le problème. Je ne t'en avais pas parlé puisque je pensais que… qu'il le ferait mais visiblement il ne l'a pas encore fait.

- Tout le clan… répéta d'une voix blanche Joyd.

Cela représentait uniquement les personnes liées directement par le sang à la branche principale toutes les autres personnes étaient exclues de la réunion soit treize personnes actuellement avec le bannissement de Nea. Ils ne se réunissaient que très rarement ; eux-mêmes ils n'y avaient participés qu'une seule fois, cette réunion devait déterminer la politique du clan sur les décennies suivantes et il advient que Joyd, Nea et Mana ne se marieraient qu'en dernier recourt pour annexer un territoire, la situation était encore top instable pour s'allier de cette manière. Les décisions politiques et économiques de grandes envergures se prenait durant ces réunions. Le clan Noah avait suffisamment d'influence pour déjouer le cour naturel des évènements, il représentait le pouvoir « absolu ». Cependant toutes les questions avaient été réglées à la dernière assemblée -ils avait été convenus que la prochaine réunion ne se tiendrait que dans dix ans- et tout se déroulait suivant les plans, il n'y avait aucune raison valable de le convoquer sauf si une guerre se préparait. Mais là aussi les stratégies avaient été mises en place de sorte à ce que tout ce mette en place dans les minutes et les heures suivant une attaque. Tout était agencé, tout était programmé.

La faible lumière de la lampe à huile balayait le visage de Nea. Peu de personne connaissait Nea comme il le connaissait. Beaucoup se contentait que de la surface de l'homme qu'il était et de ce faite beaucoup se méprenait sur lui. Ils le prenaient pour un simple d'esprit pourtant il était la personne la plus calculatrice qu'il connaissait. Comme une pièce de monnaie il avait deux facettes, l'une que tout le monde connaissait et celle qu'il souhaitait qu'ils voient et l'autre. Beaucoup plus dangereuse, terriblement plus dangereuse.

Nea… si tu savais à quel point père te ressemblait lorsqu'il nous annonça la nouvelle…. Et encore il ne t'arrivait pas à la cheville… Il devait te considérer comme une nuisance qu'il fallait le plus vite détruire, il aurait put profiter des tes talents mais il ne le voulait pas, représentes-tu vraiment un si grand danger pour lui ? Que projette-t-il ?

- Ecoute quand le soleil sera levé, quand il faudra que tu partes demande à l'un des serviteurs -notre nourrice conviendra parfaitement elle nous est dévouée- de prendre ta place. Ensuite tu iras te dissimuler dans la maison tu n'auras pas de problème je présume.

Nea eu un sourire en coin. Encore à présent lorsque Road prise d'une envie subite de retrouver son âme d'enfant les obliger à se cacher pour qu'elle les retrouve il gagnait toujours. Personne n'arrivait à savoir où il se cachait même les gardes et serviteurs s'avouaient vaincus. Cette capacité aida leur père qui disait que si Nea parvenait à se dissimulait sans que personne ne puisse le retrouver alors il pouvait aller de même avec un assassin, ainsi devait-il dire ses cachettes mais il en gardait cependant quelques unes secrètes.

- Puis tu écouteras si tu le peux la réunion. Tu verras ainsi qu'il n'y a rien à craindre. Et après…

Je partirais…

- Tu me dis ça néanmoins lorsque je te l'ai annoncé tu as eu un air inquiet.

Joyd soupira. Ils ne devaient pas se laisser abattre. Il lui prit les joues et les tira.

- Aïe ! Franchement c'est toi le plus puéril entre nous deux ! Mais lâche-moi mes joues maintenant !

- On fait honte à notre clan dans tout les sens du terme.

- Tu fais honte, le repris Nea.

- Oh ?

Joyd le poussa en arrière et ils tombèrent tout les deux. Il tenait à présent au dessus de Nea. Ils se sourirent mutuellement.

La flamme bien chaste s'éteignit lentement et laissa la lune seule spectatrice du ballet sensuel se jouant entre deux corps brûlants de désir.

Malheureusement une tierce personne les vit.


Un nouveau chapitre se termine, prions pour que le suivant ne prenne pas lui aussi plus d'un an !

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