Trahison. C'est ce qui arrive parfois. Pas pour tout le monde. Mais cette fois, c'est pour moi. Je ne sais pas comment ça s'est passé. Ni pourquoi. Je n'ai rien vu venir. Et pourtant, tout était là. Mon meilleur ami, naguère heureux, puis malheureux, était redevenu heureux. Ma fiancée, en qui j'avais toute confiance, était un peu plus distante. C'était logique. Bon nombre de couple finit de cette manière. Bon nombre d'hommes se laissent berner et ne voient pas ce qui saute aux yeux. J'en fais partie. Je suis naïf ! Mais comment ai-je pu être aussi stupide ?! J'étais tellement obnubilé par ma carrière que je ne me suis aperçu de rien ! Ou alors, j'ai préféré ne m'apercevoir de rien.
Il est midi. Une grande table est dressée sur le bord de la scène pour que nous, les artistes, puissions manger. Mais je n'ai pas faim. Du moins, la nourriture me dégoûte. Tout me dégoûte maintenant. Je ne peux pas dire que je ne sais pas pourquoi parce que j'en connais exactement la raison. Mes amis me regardent. Mais je n'ai pas du tout l'intention de me forcer à manger pour leur faire plaisir. Et je sais qu'ils veulent savoir ce que j'ai. Mais je ne leur dirai pas parce que ça ne les concerne pas. L'un d'entre eux est au courant, c'est suffisant. Et pour cause, il en est à moitié le responsable.
C'est depuis ce jour. J'étais heureux. J'allais bien. J'allais retrouver dans ma loge ma jolie petite amie, qui venait d'arriver pour me rendre visite. Il n'y avait pas à se plaindre. Mes amis, c'est à dire le reste de la troupe, l'appréciaient beaucoup. Elle était douce et gentille, belle et sensuelle, honnête et directe. Avant, bien sûr. Alors que j'entrais dans la pièce qui m'était réservée pour l'attendre, j'entendis des bruits de discutions juste à côté. Et surtout, je reconnus l'une des voix. C'était elle. Ce qui m'étonna. Je ne l'attendais pas avant une petite heure. Elle venait tout juste de m'envoyer un message pour me dire que le train venait de partir et qu'elle en aurait pour quarante-cinq minutes. Alors je ne compris pas, sur le coup. Je me dirigeai vers la pièce voisine pour savoir ce qu'elle faisait et avec qui elle était. Car c'était sûr, Anne n'était pas seule. J'ouvris la porte, loin d'être discret pour avoir la vue la plus insoutenable de ma vie.
- Anne ? M'étonnai-je. Mais ... Mais ... Je croyais que je pouvais avoir confiance en toi ! Et toi, tu me trahis !
Elle se releva de sur les genoux de Mikelangelo et se sépara de ses lèvres. Elle me regarda et là, je crus que j'allais m'évanouir. Elle n'avait pas de remords. Elle souriait. Elle semblait heureuse de ce qu'elle venait de faire. Mon cœur se serra de lui-même. Elle continua de me fixer et je consultai mon ami. Lui aussi souriait. Je commençai à me sentir très mal. Comment ma vie avait pu basculer comme ça ? Qu'avais-je pu faire ? Elle se mit à rire, il se leva et la prit dans ses bras.
- Tu tombe mal et bien à la fois, Flow'. On avait un truc à te dire, commença Mikele.
- Oui. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je te quitte. Je suis amoureuse de lui et je veux vivre mon histoire au grand jour. On n'allait pas tarder à te le dire, de toute façon.
- Maintenant, tu es au courant.
- Et ... Et c'est tout ce que ça vous fait de me dire ça ? Ma fiancé me plaque, et de plus, alors qu'elle est dans les bras de mon meilleur ami, et ça ne vous fait ni chaud ni froid ?!
- Bah ... Ca devrait ? Demanda Anne. Tu devrais être heureux pour nous, puisque tu nous aimes ! Mais voyons, Florent, c'est à toi que ça ne fait rien !
- Mais si ... Moi, ça me fait du mal !
Je refusai de pleurer devant eux. Je refusais de pleurer tout court, d'ailleurs. Mais c'était quand même douloureux. Je ne les comprenais plus du tout. Ils avaient un comportement totalement inhumain. Je les insultai une dernière fois avant de repartir dans ma loge pour m'y enfermer. Fort heureusement, nous avions tous quatre jours de pause. Je comptais en profiter pour faire le point. Je saisis mon sac le plus vite possible pour y entasser mes affaires. Au final, je déposai ma bague de fiançailles sur le bord d'un meuble de la pièce et m'enfuis pour retourner à mon appartement. J'étais malheureux.
Je suis toujours malheureux. A cette table. Dans cette pièce. Tout le temps depuis ce moment, je suis malheureux. Ils ont trahi ma confiance. Je pensais que l'humanité pouvait être sauvée, mais je me trompais. Maintenant, je sais. Je sais qu'il n'y a pas de seconde chance pour personne. Et encore moins pour moi. Je regarde mes amis un à un. Mon regard se fixe finalement sur l'Italien. Lui aussi me regarde. Il me sourit timidement. Comme pour m'encourager à manger un petit quelque chose. Mais je m'en fiche. Lui aussi est malheureux, maintenant. C'est bien fait.
Que je vous explique. Il y a deux mois encore, j'étais bien. Fiancé à Anne, j'étais comblé. Quand à Mikele, c'était différent. Avant que je ne sois avec elle, il était heureux aussi. On était les meilleurs potes, on faisait les quatre-cent coups ensemble. C'était lui dont j'étais le plus proche. Mais quand j'ai commencé à fréquenter mon ex-petite amie, il a peu à peu déchanté. Normal, aussi. Je me suis éloigné de lui pour me rapprocher d'elle. Je l'ai un peu négligé. Puis un jour, il a retrouvé sa bonne humeur. Sur le coup, j'ai supposé que c'était parce qu'il venait de se faire une raison sur ma relation avec elle. Je ne l'abandonnais pas. Je restais son ami. C'est jute qu'elle était une autre priorité pour moi. Priorité qui passait avant lui, évidement. Pour moi, il avait enfin accepté cette évidence. Mais je m'étais trompé sur son compte. Je m'étais trompé sur les deux. Ils n'avaient pas hésité à me planter un poignard dans le dos, puis à le remuer lentement pour que je ne m'en aperçoive que quand il était trop tard. Mais depuis, ils ont rompu. Ca n'a pas duré bien longtemps entre eux après ma découverte. Ils n'ont même pas mis les autres au courant, eux qui parlaient de ne plus se cacher. Ils ont fait ça en secret. Et au final, elle a lâché mon ancien ami comme elle l'a fait avec moi juste avant. Et j'en suis content. Il souffre également. Mais je lui en veux toujours. Pour moi, ce n'est plus qu'un collègue. Un bâtard ! Il a trahi ma confiance au moment où j'avais le plus besoin de lui. Au moment où son amitié était importante à mes yeux. Il aurait du être mon témoin.
Je ris jaune, tout seul dans mon coin, devant mon assiette encore pleine. J'y repense. Je suis content. Il a perdu mon amitié et son amour. Tout comme j'ai perdu son amitié et l'amour d'Anne. Chacun son tour. Et personne ne le sait, il ne peut pas se confier. Il en souffre plus que moi car nous n'avons pas le même caractère. Et ça dure depuis deux mois. Les autres savent que nous ne nous parlons plus, ils ne savent juste pas pourquoi.
- Tu ne manges encore pas ? S'inquiète Maeva. Tu sais, tu vas finir par avoir des problèmes si tu continues comme ça ...
- M'en fiche, me défendis-je en murmurant. Pas faim.
- Je te conseille ...
- Tu ne me forceras pas, conclus-je. Si je ne veux pas manger, je ne mange pas.
Je repousse mon assiette devant moi pour bien faire comprendre ce que je viens d'affirmer. Diane me regarde douloureusement. Ca fait tellement longtemps que je n'ai pas souris véritablement ! Tellement longtemps que je ne leur ai pas parlé de mes projets futurs, que je n'ai pas ris avec eux. Ca me manque parfois. Puis je me souviens que quand je faisais tout ça, j'étais avec mes six amis. C'est révolu. Il me reste Solal, Merwan, Mélissa, Maeva et Diane. Et en tout, ça fait cinq. Pas six. Je ne me lève pas de table pour rester un peu avec eux, mais ils savent que l'envie me tenaille. C'est comme ça tous les jours, tout le temps. Pendant les repas, pendant les répétitions. Il n'y a que pendant les représentations que je suis bien. Parce que sur scène, je suis Antonio Salieri, et pas Florent Mothe. Là-bas, je le déteste, ce blond coureur de jupons. Parce qu'à la fin, même, il meurt, il souffre, il me supplie de lui venir en aide. Et là, je me sens bien. Le meilleur, je crois, c'est cette lueur dans ses yeux. Elle est réelle quand il me demande de l'aider. Chaque fois qu'il me regarde, c'est pour m'implorer le pardon. Et pendant le spectacle, je peux le regarder droit dans les yeux et rester impassible, lui faire comprendre qu'il ne représente plus rien d'autre pour moi que quelqu'un avec qui je suis amené à travailler.
- D'accord, comme tu voudras, me dit doucement Solal, un peu protecteur. Tu veux faire quoi ?
- Mourir ... répondis-je inaudiblement. Je veux en finir avec tout ça ...
- Comment ?
- Rien. Je n'ai rien dit. Je ne veux rien.
- Oui.
Je me referme de nouveau sur moi-même pour penser. Je rumine sans cesse mes idées noires, je n'arrive pas à faire autrement. Je ne parviens pas à oublier après ce temps passé, parce qu'il est toujours sous mon nez. Nous ne sommes plus dans la même loge, ni dans la même chambre d'hôtel, mais il est quand même toujours là, présent, derrière moi. Je sens son regard chargé de remords. Ca me pèse et me fait du bien en même temps. C'est contradictoire, je sais, mais c'est comme ça. Il leur faut une vingtaine de minutes pour finir le repas et je suis enfin libéré. J'ai quelques heures pour faire des exercices avec ma voix, me reposer un peu et me préparer. A dix-huit heures trente, on a une représentation. Donc j'ai toute l'après-midi, en somme.
Je commence par dormir un peu, je suis obligé de faire une sieste dans la journée. Je dors tellement peu la nuit que je rattrape tout au long du jour pour tenir le choc. Après une petite heure, je me réveille en sueur à cause d'un mauvais rêve. C'est habituel, maintenant. Ensuite, je m'isole dans une autre salle pour chanter un peu. Depuis tout ce temps, je n'ai même plus retrouvé l'envie de composer. J'ai écris quelques phrases comme ça, oui, mais c'est triste et dépressif. Ce n'est pas ce que j'étais auparavant. Finalement, je récupère mon costume, me change et passe à la coiffure et au maquillage. Je rentre dans la peau de mon personnage. Pas difficile. Salieri était torturé à cause de Mozart. Je le suis à cause de Mikele. Je n'ai jamais été aussi réaliste que maintenant.
- Allez, en piste. Je veux Maeva et Solal dans deux minutes sur scène, c'est bientôt le lever de rideau ! Crie Dove à travers le moniteur alors que je viens de mettre mon oreillette.
Les tableaux s'enchaînent. Puis arrive la dernière chanson du premier acte. Quand Aloysia repousse Wolfgang. Il souffre, il a mal, parce qu'elle l'abandonne. Je regarde toujours ce tableau parce que Mikele rend une émotion très juste. Lui aussi encore plus depuis que nous ne nous parlons plus. Cette chanson sonne très juste pour lui. Tout simplement parce qu'il a également été rejeté par des gens qui comptaient pour lui. Après, c'est l'entracte. Je me concentre. Dans peu de temps, c'est à moi. J'assume le Bien qui fait Mal. Je cartonne sur l'Assasymphonie. Puis ma tête commence à me tourner. Victime de ma Victoire démarre. Mais je n'y arrive pas. J'ai un vertige. Et je m'évanouis. Il me reste seulement en tête les cris des fans et ceux de la troupe. J'entrouvre les yeux de temps en temps alors que les secours arrivent. Je suis dans la loge que je partage avec Solal, dans le canapé. Il est là, à me regarder, anxieux. J'entends les voix de Merwan, Diane et Mélissa en train de discuter plus loin. Maeva est assise par terre au pied du canapé et me tient une main. Mon autre main est également prise, mais pas par elle. Je bats faiblement des paupières mais me rendors aussitôt. Je ne sais pas qui ça peut être.
Je me réveille de nouveau, mais je ne suis plus dans la loge. Je me sens mieux et il ne me faut pas beaucoup de temps pour comprendre que je suis dans une chambre d'hôpital. Je ne me demande même pas ce que j'y fais, je le sais parfaitement. Je suis seul. Au bout de quelques minutes passées dans le silence, une infirmière vient me rendre visite. Elle commence à me parler.
- Bonjour, Monsieur Mothe. Vous avez eu de la chance. Vous ne mangez ni ne dormez pas assez, c'est pour ça que vous êtes ici. Vous êtes un chanceux. Il va falloir changer ces habitudes et vous nourrir un peu mieux, surtout avec le travail que vous faites ...
- Je sais ...
- Vous avez des amis très fidèles, en tous cas. Ils ont passé la journée d'hier à votre chevet et ne sont repartis qu'à la tombée de la nuit, sauf l'un d'eux qui est parti plus tard. Ils sont fidèles envers vous, Monsieur.
- Depuis combien de temps suis-je là ?
- Vous êtes arrivé dans la soirée d'avant-hier soir. Ils sont restés, je crois même qu'ils n'ont quitté votre chambre qu'hier soir. Ils vous ont veillé pendant longtemps, vous savez. Vous avez la chance de votre côté.
Je me perds dans mes pensées et ne l'écoute que d'une oreille distraite. Mais bientôt, ses paroles me ramènent à la réalité.
- Vous avez vraiment de la chance, Monsieur. Avoir six amis aussi dévoués pour vous ... Il a l'air de beaucoup vous aimer, votre ami. Vous voyez, le blond, celui qui est Italien et incarne Mozart. Je ne me rappelle pas de son prénom. Lui, il n'a quitté l'hôpital qu'à quatre heures du matin. Il n'arrêtait pas de s'inquiéter pour vous à chaque geste de votre part. Il a beaucoup pleuré pour vous.
Je n'y arrive plus. Mes larmes coulent d'elles-mêmes alors qu'elle évoque cet homme. Comment ? Comment ose-t-il ? Après tout ce qu'il m'a fait subir, comment ose-t-il prétendre s'inquiéter pour moi ? Je ferme les yeux pour contenir mes larmes.
- Ca ne va pas, Monsieur Mothe ? Vous souffrez ?
- Je ... J'ai ... froid !
- Je vais vous chercher une couverture, mais laissez-moi finir de changer votre perfusion. C'est ça qui vous maintient en vie.
- D'accord.
Je l'entends s'éloigner et j'en profite pour observer ce qui m'entoure. En effet, un tuyau est planté dans mon bras, c'est lui qui m'apporte tout ce dont mon corps a besoin. Elle ne tarde pas à revenir et me couvre.
- Ca va mieux comme ça ?
- Merci.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas ...
- Madame, quelle heure est-il ?
- Presque dix heures.
- D'accord. Vous pouvez y aller ?
- Oui.
Elle sort de la chambre mais ne referme pas la porte entièrement. Elle reste à l'entrée, face à une silhouette masculine.
- Ah, Monsieur Loconte ! Vous avez de la chance, ça ne fait pas dix minutes qu'il est éveillé !
- Vous êtes sûr ? S'inquiète la voix de Mikele. Il ne s'est pas rendormi ?
- Je ne crois pas, non. Mais il est fatigué, ne le surmenez pas.
- Je ... Je dois y aller. Ne lui dites pas que je suis passé. Je veux lui faire ... lui faire la surprise ...
- Mais attendez, il va bien !
- Au revoir.
Il disparaît et elle reste interdite sur le pas de la porte. Elle fait demi-tour et je ferme les yeux pour faire croire que je me suis assoupi.
- Monsieur ? Monsieur ! Et puis il s'est rendormi, en plus ... Je ne comprendrai jamais les artistes ...
Elle ressort aussi vite et je reste ainsi. La fatigue m'emporte. Je suis réveille une demi heure plus tard lorsque Merwan frappe timidement à la porte. Il entre doucement et je fais un faible sourire. Il me fait un signe de la main pour signifier que ce n'est pas grave et s'installe juste à côté de moi, sur une chaise. Nous restons silencieux durant un long moment. Je n'ose pas m'excuser oralement, et lui cherche les mots pour me parler. Finalement, il inspire profondément et brise le silence.
- Tu nous as fait peur. Constate-t-il.
- Pardon …
- C'est pas la peine de t'excuser. Je sais que ce n'est pas de ta faute, tu te sens juste mal, je suppose.
- Je …
- Je ne te force pas à me dire ce qui ne va pas, Florent. Je voudrais juste que tu te battes sans te laisser dépérir. On a encore besoin de toi. Tous, contrairement à ce que tu pourrais croire.
- Merwan …
- Repose-toi au lieu de vouloir me contredire, me conseille-t-il doucement. Mais essais de manger ton prochain repas, s'il te plaît.
Il se lève pour s'en aller mais je lui attrape le bras avant qu'il ne soit loin de moi. Je veux lui parler. Je veux enfin me délivrer de ce poids. Il dit qu'il ne me force pas, mais moi, j'en ai envie. Je ne serai plus seul. D'une pression, je l'incite à se rassoir et prends, à mon tour, une inspiration. Pour me donner du courage.
- Tu sais … Je ne voulais pas vous faire du mal.
- Oui, je sais.
- Laisse-moi finir jusqu'au bout, je t'en prie. Comprends-moi …
Il hoche la tête pour consentir à ma requête. Dans ma tête, je cherche les mots que je veux employer. C'est si difficile d'expliquer ce que je ressens.
- Ca commence avec Anne, avoué-je finalement. Je … j'ai été idiot. Je n'ai pas remarqué que quelque chose n'était pas normal. Je n'ai rien vu dans leur comportement. Jusqu'au jour où …
Les larmes s'immiscent peu à peu dans mes prunelles sans que je ne puisse lutter contre elles. Mon ami me prend la main pour m'aider à parler tout en me regardant. Il ne m'interrompt pas, ce que je trouve gentil de sa part.
- Jusqu'au jour où je les ai surpris ensembles. Ils m'ont annoncé la nouvelle comme si ça tombait sous le sens. Ils étaient même étonnés de voir à quel point cette nouvelle ne me réjouissait pas. J'ai perdu mes repères, ce jour-là, Merwan. Comment des gens en qui je croyais pouvaient me dire une telle chose et penser que j'en serais heureux ?
Je fais de nouveau une pause pour réfléchir et respirer. Je me remémore ces souvenirs douloureux.
- Il y a deux mois … Deux mois que je n'adresse plus la parole à Mikele parce qu'il est sorti avec ma fiancée dans mon dos. Voilà, c'est ça qui ne va pas. Il a osé me trahir de cette façon. Je l'adorais, pourtant ! Mais il n'a pas été honnête avec moi ! Je ne comprends plus …
Je m'arrête là. Je ferme les yeux pour penser à autre chose. J'aimerais oublier pourquoi je suis fâché avec lui. J'aimerais même ne pas être fâché avec lui. Ca voudrait dire que jamais Anne ne m'aurait quitté pour lui. J'aurais été heureux, avec elle. Nous nous serions mariés, comme prévu depuis le début. Nous aurions fondé une famille. J'aurais atteins le but de l'existence humaine. Merwan se rapproche de moi pour me prendre dans ses bras.
- Je ne savais pas. Je suis désolé …
Il finit par me relâcher et je me recale bien dans le lit. Je me calme peu à peu et finis par m'endormir. Pour une fois, mon sommeil est léger, mon esprit n'imagine pas de choses affreuses. Souvent, j'ai droit à Anne dans les bras d'un autre. Tantôt ceux de mon ancien ami, tantôt ceux d'un étranger. Mais aujourd'hui, comme l'a si bien dit l'infirmière, la chance est de mon côté.
Mais ce bonheur ne dure pas très longtemps. La voix de mon ami me réveille en plein néant paisible. Il est au téléphone avec quelqu'un. J'entends la voix de son interlocuteur sans parvenir à comprendre ses paroles.
- Il va bien, ne t'en fais pas.
- …
- Non, il s'est rendormi. Il est toujours affaibli.
- …
- Je reste avec lui pour le repas, histoire de surveiller ce qu'il mange, mais je vais devoir m'en aller en début d'après midi. Tu pourrais prendre le relais ?
- …
- Quoi ?! Mais pourquoi n'es-tu pas entré dans sa chambre ?
- …
- Tu crois pas qu'il serait temps de t'expliquer avec lui ? Il m'a raconté ce qu'il s'est passé …
- …
- Arrête-toi, je ne te juge pas ! Mais sois franc avec lui et dis-lui au moins ce qui t'a poussé à faire ça. Je sais pas, moi, tu regrettes ?
- …
- Alors dis-le-lui ! Excuse-toi si tu en as besoin, mais ne laisse pas la situation s'aggraver !
- …
- Avoir peur ne sert à rien ! Mais bon sang, il est en train de se laisser mourir ! Mikele, je ne te le dirai pas une seconde fois : fais quelque chose ! S'il lui arrive malheur, je te jure que je me venge sur toi !
- …
- Mais arrête un peu ! Bouge-toi le cul si tu veux faire avancer les choses ! Je te laisse réfléchir calmement. J'ai pas envie de le réveiller. Mais prends une décision rapidement, il en va de sa santé.
Il raccroche et soupir audiblement. Je n'ai toujours pas ouvert les yeux, choqué par la conversation que je viens de surprendre. Je ne parviens pas à tout comprendre. Qui a appelé l'autre ? Si l'on résume, il s'inquiète pour moi. Ça, je le savais. Il a peur de s'expliquer avec moi. Pourtant, Merwan n'a pas tord : il me doit cette discussion. Que je puisse enfin savoir. Pardonner, je n'en sais rien. Peut-être avec le temps. Mais si je suis si triste, c'est peut-être parce qu'il n'a jamais pris la peine de me raconter ce qui s'était passé. Je tente de prendre une respiration régulière pour qu'il croie que je suis toujours au pays des songes.
- Florent ? Je sais que tu es réveillé. Pas la peine de faire semblant. Je sais aussi que tu as tout entendu.
J'ouvre les yeux pour voir un sourire se dessiner sur son visage. En plus, ça l'amuse !
- Désolé, je voulais pas espionner.
- C'est de ma faute, j'aurais du sortir pour te laisser dormir. Me rassure mon ami.
- C'est toi qui l'as appelé ?
- Oui. Il me l'avait demandé hier, quand je suis parti. Il a dit qu'il ne reviendrait pas avant un moment et qu'il voulait de tes nouvelles quand je viendrais te voir.
- Je vois, répondis-je platement.
- Tu sais, il se fait vraiment du souci pour toi. Je crois qu'il s'en veut terriblement !
- Je m'en fiche. Il aurait du m'en parler avant. Lui-même.
- Ne sois pas si dur avec lui. Ça n'a pas été facile pour lui non plus, on l'a tous vu. Même toi, je suppose ?
- Oui, mais ça me fait du bien que ça lui fasse du mal. Je lui en veux toujours.
- Allez, tu réfléchiras calmement à tout ça plus tard. Je n'ai pas envie de me fâcher avec toi moi aussi.
Le reste de la matinée se passe en discussions variées. Il me raconte notamment ce qui s'est passé après que je sois tombé dans les pommes. Le public, comme à mon souvenir, a été très choqué et s'est tout de suite inquiété. Les artistes sur scène se sont dépêchés de me faire sortir et de m'emmener dans ma loge pour que j'y sois tranquille. Après ça, ils ont appelé le médecin de la Comédie et j'ai été transporté à l'hôpital. En attendant, le public a du être évacué et je pense que tout le monde était très déçu. En gros, voilà un résumé des évènements. Je doute qu'il m'ait tout dit, je sais déjà qu'il a omis tout ce qui concernait Mikelangelo.
Le repas arrive bien trop vite et je me force à avaler un malheureux tiers de mon plateau. Merwan n'en est pas complètement satisfait, mais comme il dit si bien, c'est déjà mieux que de ne pas manger du tout. Pas longtemps après, il est temps pour lui de me quitter, il a je ne sais quoi à faire. Les représentations ont été annulées pour quelques jours, mais les répétitions reprennent dès demain. De plus, il doit fournir plus de travail car je suis incapable de remonter sur scène. C'est donc à lui de me remplacer. Je m'en veux un peu. Mais qu'est-ce que je dis ?! Je m'en veux énormément ! Qu'est-ce qui m'a pris ? Je sais très bien pourquoi j'en suis arrivé là, mais pas comment j'ai pu faire pour me laisser aller de la sorte. Ce n'est pourtant pas dans mon habitude de me laisser abattre comme je l'ai fait.
Le reste de l'après-midi, je le passe à dormir. Le soir, je mange un peu plus que ce midi. Mes autres amis ne sont pas venus me voir. Peut-être ont-ils un empêchement ? D'ailleurs, je comprends parfaitement. Je ne suis pas le centre de leur monde. Avec le spectacle et tout le reste, c'est normal qu'ils m'en veuillent et qu'ils ne souhaitent pas me voir. Tout ça m'a épuisé. C'est donc une merveilleuse nuit que je passe. Mais plusieurs fois, j'ai une sensation étrange. Je fais un mauvais rêve et je suis donc agité dans mon lit. A mainte reprises, je sens quelqu'un saisir ma main et me caresser le front pour me calmer. Je pense que ça doit être une infirmière qui tente de me faire dormir normalement. C'est agréable de savoir qu'avec les bêtises que j'ai fait, il y a encore une personne pour me soutenir en plus de Merwan.
J'ouvre doucement les yeux vers neuf heures du matin. J'ai bien sommeillé. Ça m'a fait du bien. Etonnement, je ressens presque un vide auprès de moi. Je regarde la chaise à côté de moi sans comprendre ce sentiment étrange. J'aimerais les voir. Mais pour l'instant, je ne peux pas. Quelques minutes après mon réveil, une femme médecin vient faire un bilan avec moi.
- Bonjour Monsieur Mothe, ma salut-elle.
- Bonjour.
- Vous avez passé une bonne nuit ?
- Grâce à l'une des infirmières qui m'a veillé durant la nuit, j'ai passé une très bonne nuit, en effet.
- Tant mieux, c'est ce qui importe. Je suppose que vous savez pourquoi je suis dans votre chambre ?
- Pour me dire pourquoi je me suis évanoui sur scène.
- Et vous savez également quelle est la réponse à cette question, n'est-ce pas ?
- Je pense.
- Monsieur, vous êtes arrivé en hypoglycémie. Depuis combien de temps avez-vous arrêté de vous nourrir et de vous reposer correctement ?
- Je ne sais plus.
- Vous devez rester ici le temps de vous remettre sur pied. Mais croyez-moi, ne pas manger n'est pas une solution.
- Je n'ai jamais arrêté de manger volontairement ! Me défendis-je.
- Si vous voulez que quelqu'un vous aide pour savoir pourquoi vous allez si mal, dites-le. Les professionnels sont là pour vous. En attendant, nous vous gardons trois semaines, sauf si vous allez beaucoup mieux avant.
- Merci.
- Passez une bonne journée. Ah, au fait, ajoute-t-elle juste avant de sortir. Votre portable est dans la table de chevet à côté de vous. Si vous voulez appeler vos amis …
Elle sort avec un sourire. Mon moral est un peu remonté. A l'heure qu'il est, je pense qu'ils sont déjà au boulot. Je vais en profiter pour leur passer un coup de fil. A tous les coups, le portable de Dove n'est pas éteint. C'est donc son numéro que je compose. Il ne lui faut pas longtemps pour me répondre. Au départ, il m'engueule, puis m'avoue être soulagé que je m'en sorte si bien. J'entends Les Solos sous les Draps derrière lui. J'ai presque envie de me joindre à eux. Même si ça implique le fait de devoir supporter Mikelangelo. Sans trop comprendre, je me retrouve avec Solal au bout du fil, puis avec Merwan et enfin avec Maeva. Je croyais qu'ils étaient sur cette chanson ? A bien y réfléchir, la chanson a changé, et c'est maintenant Tatoue-Moi que j'ai en bruit de fond. Je ne sais pas si Merwan en a parlé aux autres, ni s'il a eu le temps de discuter avec l'Italien. Je finis par raccrocher pour les laisser travailler. Mais c'est vraiment à contrecœur. Au final, je passe ma journée à regarder la télévision, ne rien faire et dormir.
La seconde nuit, j'ai la même impression que la première. Pourtant, les personnes de garde ne sont pas les mêmes. La troisième journée se passe de la même manière. Si ce n'est que Solal est passé me déposer mon ordinateur portable et que je peux avoir accès à internet. Du coup, je peux visionner leurs répétitions en direct, ils ont prit soin de laisser une webcam allumée pour moi. Je poste aussi un petit message à mes fans pour les rassurer.
Enfin, la troisième nuit est très différente. Comme d'habitude, je fais un cauchemar. Mais personne n'est là pour m'aider. Je ne sens aucune pression sur ma main. Alors je me réveille. Il me faut du temps pour m'habituer à l'obscurité. Enfin, j'aperçois une silhouette juste à côté de moi. Puis en me concentrant, j'entends une respiration régulière. C'est à ce moment-là que je réagis. Ça ne peut être une infirmière ! Elles ne s'endorment pas durant leur travail ! Alors, qui est-ce ?
- Merwan ? C'est toi ?
Pas de réponse. Aussi, pourquoi viendrait-il me voir la nuit plutôt que le jour ? Je croyais, du reste, que les visites étaient interdites à partir d'une certaine heure ? Alors pourquoi une personne que je ne crois pas connaître s'est-elle endormie dans ma chambre d'hôpital ? Je bouge un peu pour me préparer à je ne sais quoi. Je commence à avoir peur sans savoir quelle est la raison de ce sentiment.
- Qui … Qui êtes-vous ? Tenté-je plus fort pour le réveiller.
Toujours pas un son. Il –ou elle- n'a pas l'air de vouloir se réveiller. Je décide de prendre les choses en main. C'est-à-dire en haussant le ton.
- J'ai dit, repris-je. Qui êtes-vous ? Et que faites vous-là ?!
Enfin, le corps immobile quelques instants plus tôt reprend vie et je le vois sursauter.
- Hein ? Flow … ? Florent ?
C'est un homme. Il a une voix d'où la fatigue transparaît. Mais je ne reconnais pas son timbre. De plus, il sait qui je suis.
- Ca dépend de qui vous êtes, répondis-je froidement. Je vous préviens, si vous tentez de me faire du mal, vous n'y arriverez pas. J'ai donné tout ce que j'avais. On ne peut tuer une personne déjà morte.
Il se redresse pour me regarder. Je ne distingue pas son visage correctement, mais deux yeux couleur ambre me fixent tristement. Ils brillent comme si les larmes y avaient pris place. Je ne comprends pas. Mais qui est-il, à la fin ?!
- C'est bien toi, soupire-t-il soulagé et accablé à la fois.
- Je répète ma question : qui êtes-vous ? Je ne vous connais pas mais vous avez l'air de savoir parfaitement qui je suis.
- Mais enfin, tu ne te souviens pas de moi ? C'est Mikele !
A l'annonce de son prénom, mon sang se glace dans mon corps entier. J'aurais du m'en douter. Qui pouvait bien avoir l'idée de me voir en cachette, à un moment où je ne pouvais pas m'en rendre compte, si ce n'est lui ? Quelle est la raison de sa venue ? Je veux dire, je sais qu'il veut se faire pardonner. Mais venir m'observer la nuit est tout de même exagéré ! Je grogne de mécontentement pour lui faire comprendre ce que je pense de sa présence et me redresse un peu.
- Tu n'as rien à faire ici, lui reprochais-je.
- Pourquoi ça ?
- Parce que je ne veux pas de toi dans ma chambre. Je ne veux pas te voir. Jamais.
- Tu ne comprends pas, murmure-t-il.
Il se lève. J'ai gagné. Il s'en va. Mais au lieu de réaliser ce que je souhaite le plus en ce moment-même, il allume la lumière de la pièce. Je suis ébloui quelques secondes, le temps qu'il se réinstalle. Je prends malgré moi le temps de le détailler. Il a les traits tirés, confirmant ce que j'ai percé dans sa voix. Il me fixe intensément.
- C'est toi qui ne comprends pas ce que je te dis, répliqué-je finalement.
- Peut-être … admet-il.
- Alors va-t-en !
- Pas cette fois.
Il reste calme alors que je lui crache mes ordres au visage. Jamais je ne l'ai vu se comporter de cette manière avec moi. Comme s'il me couvait paisiblement. Je vois bien que mon rejet lui fait du mal. Mais dans son regard, il y a tant d'autres choses. De la peine. De la tendresse. De l'inquiétude. Du remord. De l'espoir. Et bien plus encore que je n'arrive pas à déchiffrer. C'est dur de discerner ce à quoi il pense en ce moment.
- Que veux-tu, dans ces cas-là ?
- Je voulais vérifier que tu allais bien.
- Ce n'est plus à toi de le faire. Tu as perdu ce droit quand tu m'as pris Anne.
- Tu m'en veux donc toujours ? Evidement que oui, moi aussi je m'en veux toujours. Alors pourquoi pas toi ... ?
- Bien sûr que je t'en veux toujours ! C'est pour ça que je te dis de dégager ! Je ne veux plus avoir à parler avec toi, Mikelangelo ! Tu me dégoûtes !
- Je sais, s'accable-t-il. Mais je veux te parler. Merwan a raison. Il m'a dit que je devais discuter avec toi. Si je viens toutes les nuits, c'est aussi pour me donner du courage. Mais dès que le jour se lève, je perds tout ce que j'ai récupéré les heures d'avant.
Il fait une pause et je détourne le regard pour ne pas avoir à faire à lui. Je n'ai même pas la force de le mettre moi-même dehors. Je sonde mes pensées un instant. Je découvre avec horreur que je n'ai pas l'envie d'appeler quelqu'un pour le faire à ma place. J'ai envie de l'entendre. Je veux savoir ce qui s'est passé, pourquoi il m'a fait tant de mal sans y prêter attention. Je veux comprendre ce qu'il l'a poussé à me cacher la vérité. C'est un besoin vital. Mais je n'arrive tout de même pas à lui répondre pour qu'il continue. Je ne sais plus comment réagir.
- Cette nuit, c'est trop tard. J'ai fini par céder à la fatigue qui me tenaille depuis ton malaise. Avoue-t-il. Je n'aurais pas dû. Je ne peux plus retourner en arrière, n'est-ce pas ? Pourtant, j'aimerais. Si je le pouvais, j'effacerais les deux derniers mois et je choisirais une autre voix pour te faire comprendre ce que je ressens. J'ai emprunté le mauvais chemin depuis longtemps.
- Que veux-tu dire par là ? Le questionné-je.
- Je n'ai pas adopté la bonne conduite. Pardonne-moi.
- Je ne comprends pas.
- Florent, crois-tu vraiment que je suis sorti avec elle juste pour le plaisir de te faire du mal ?! Bien sûr que non …
Je ne sais plus quoi lui dire. Au fond de moi, je trouve le courage de l'affronter en face. Les larmes baignent dans ses prunelles. Je ne sais pas comment réagir. Ça me fait mal de le voir comme ça en sachant que c'est de ma faute.
- Je voulais te faire réagir. Je voulais que tu arrêtes d'être indifférent à moi. Même si pour ça tu devais me détester … ou même me frapper ! J'aurais voulu provoquer une discussion avec toi, mais je n'ai pas réussi. Je t'ai juste détruit.
- Où veux-tu en venir ?
- Il fallait que je vide mon sac. Mais je n'osais pas prendre cette initiative tout seul. Alors j'ai eu une idée. Passer par un intermédiaire pour provoquer cette occasion. Anne a commencé à me faire des avances. Je ne dis pas ça pour t'enfoncer encore plus, hein … Désolé …
Il se tait un instant conscient de la connerie qu'il vient de me sortir. Il vient carrément de me dire que l'idée de m'être infidèle venait de mon ex-fiancée ! Je n'en reviens pas ! Mais je sens la sincérité dans sa voix, autant dans ses révélations que dans ses excuses. Alors je le laisse continuer sans rien dire.
- Au début, je … je ne voulais pas. Mais elle et moi avions un énorme point commun : toi. Sortant avec toi, elle savait tout à ton sujet. Et j'en ai profité. Je sais, je suis lamentable. Mais je ne savais plus comment t'approcher. J'étais invisible.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?! Tu as toujours été mon ami ! Et même avec la présence d'Anne, ça ne changeait rien. Je te considérais comme mon meilleur ami.
- Tu ne comprends pas ce que je veux t'expliquer … Ecoute, je ferais mieux de te laisser, tout compte fait. Peut-être qu'un jour tu voudras me parler de nouveau. Mais arrête de sombrer dans cette dépression. S'il y a un de nous deux qui doit être heureux, c'est bien toi. Je sacrifie mon bonheur pour le tien. Adieu, Florent.
Sans que je n'aie le temps de réagir, il embrasse délicatement ma joue et sort de ma chambre, me laissant très perplexe. Comment interpréter cette conversation ? Lui qui était si déterminé au départ a presque fui la fin de ses aveux. Du coup, je n'arrive pas à placer les dernières pièces du puzzle. Il ne me les a même pas données ! La fatigue arrive à m'emporter en pleine réflexion.
Le reste de la semaine se termine dans le calme. Les deux suivantes aussi. Vient enfin le jour où j'ai la permission de rentrer chez moi. C'est d'ailleurs un vrai soulagement. Je n'ai pas revu Mikelangelo dans ma chambre. Il n'est pas revenu. Pas même la nuit. Il me manque. Avant, je voulais qu'il s'en aille. Maintenant, je veux qu'il revienne. Mais je n'arrive pas à l'appeler. J'ai bien trop peur pour ça. Ses paroles ont fait leur chemin jusqu'à mon cœur, mais pas jusqu'à mon cerveau. Je n'ai toujours pas mis la main sur ce qu'il voulait me dire depuis si longtemps.
Je reprends enfin les répétitions. Ça aussi, ça m'avait manqué. Je suis heureux de remonter sur scène. Merwan m'a confié être aussi heureux que moi, il préférait son rôle que le mien. Et les fans attendent mon retour avec impatience. Pour me remettre dans le bain, j'ai déjà commencé à tout réviser dans ma chambre d'hôpital. Des fois aidé par les autres, mais pas toujours. Je me sens en forme. J'ai repris le poids que j'avais perdu. Je mange normalement. Je ne fais plus de cauchemars depuis cette nuit où j'ai surpris Mikele en train de me veiller. Et pour me souhaiter un bon retour parmi la troupe, la répétition est générale. Aujourd'hui, nous jouons comme si nous étions réellement devant les spectateurs. Les danseurs, les chanteurs, les costumes, tout y est. Et j'en suis content. Ce geste de la part de Dove et Albert est vraiment adorable.
Tout se passe merveilleusement bien. Même les scènes avec mon ami Italien. D'ailleurs, j'aimerais lui parler en privé. Ce n'est pas facile parce que je n'ai pas le courage de l'aborder. Finalement, le premier soir, je rentre seul chez moi. Et pour fêter cette victoire qu'est mon retour, j'ouvre une bouteille. Je bois un peu, mais pas suffisamment pour être saoul.
Les jours passent, nous reprenons les représentations. Je suis touché de voir à quel point je suis aimé. Chaque soir, pour me féliciter d'avoir surmonté cette épreuve, je m'accorde quelque chose. Des fois, un verre, d'autres, un cinéma, ça varie pas mal. Mais ce soir, c'est l'alcool. Malheureusement, je force un peu trop la dose et me retrouve bourré. Ça me fait du bien. Je ne réfléchis plus à ce que je fais. Mais cette boisson me donne le courage que je n'ai pas d'ordinaire. Je saisis mon téléphone pour composer un numéro que je connais par cœur. Il est près de trois heures du matin.
- Allo ? Me répond une voix rocailleuse.
- C'est bien toi au bout du fil ?
- Qui est le « toi » que tu cherches ?
- Mais si, c'est forcément toi ! Allez, dis-moi que c'est toi … !
- Si tu veux, c'est moi alors. Mais Florent, tu veux parler à qui ?
- Bah à toi !
- Tu es sûr ? S'inquiète Mikele.
- Et toi, tu es sûr d'être toi ?
- Dis, tu as bu ou je me trompe ?
- Ca ? Oh, c'est rien … Je suis moins lâche quand mes amis sont avec moi. Dis-moi, toi, tu en as des amis ?
- J'ai perdu le plus cher il y a de cela plus de trois mois. Ecoute, Flow, t'es chez toi ?
- Je … T'es bien chez toi ! Pourquoi je serais pas chez moi ?!
- Bouge pas, j'arrive tout de suite.
- Mais toi, reste chez toi ! Je voulais juste te parler ! A toi …
Il raccroche et je ris. Il n'a rien capté à ce que je viens de lui dire ! Comment je l'ai embrouillé ! Mais attendez, il arrive chez moi ? Je voulais lui parler à travers le téléphone. Au pire, je peux encore lui parler à travers la porte. Suffise que je ferme à clé et il ne peut plus renter ! Je ricane tout seul pour exécuter mon plan diabolique dans la bonne humeur. Je suis content, tout d'un coup. Une part de mon esprit, à peu près lucide, comprend qu'il était inquiet pour moi. La seconde part, elle, s'en félicite. C'est comme ça.
Quelques dix minutes plus tard, quelqu'un frappe à ma porte. Je m'étais assoupi un instant, donc ça me fait sursauter. Je me colle au battant de bois pour lancer un retentissant :
- Qui est-ce que c'est ?
- C'est moi … Mikele … Florent, je t'en supplie, ouvre-moi. Tu vois, tu voulais parler. Je suis là. Alors laisse-moi entrer.
- Ah non, c'est pas à toi que je voulais parler, en fait ! Je voulais parler au téléphone pour que celui-ci te dise ce que j'ai dit. C'est pas du tout la même chose !
- Flow … ! S'il te plaît, fais pas ton gamin …
- Mais je suis pas un enfant ! Me défendis-je. Et puis si tu veux rentrer, t'as qu'à l'ouvrir cette porte !
- Bien sûr ! Tu es un génie !
Je l'entends fouiller dans ses poches et une intuition m'oblige à me décaler. Un bruit dans la serrure confirme l'horreur. Il a la clé de mon appartement ! J'avais oublié que je la lui avais donné au cas où … ! Mon Dieu ! Quel cauchemar ! Je suis en train de me ridiculiser. Je fonce dans les toilettes à cause d'une nausée. Je vomis le peu que j'ai dans l'estomac alors que j'entends des bruits dans mon appartement. D'abord, la porte qui s'ouvre. Puis, cette même porte qui se ferme. Des pas vers moi. La pièce dans laquelle je suis n'est pas fermée. Il n'est pas compliqué pour lui de me retrouver.
- Florent ? Regarde dans quel état tu t'es mis … Ca va aller ?
- Mmmmhh …
- Tu vas encore vomir ?
- Je … crois … pas … !
- Allez viens, je vais te coucher.
J'acquiesce sans savoir pourquoi et je retrouve sa poigne ferme pour me relever. Je trébuche bien malgré moi mais je sais que je ne peux pas tomber. Il me maintient debout sans broncher, un air soucieux collé sur ses traits. Je suis le pire des amis ! Je le réveille en pleine nuit alors qu'il est surmené. Qui plus est, ça fait longtemps qu'il souffre à cause de moi, et je me retrouve plein comme une barrique sans savoir exécuter le moindre geste. Il est encore là pour moi. Je le regarde alors que nous avançons vers ma chambre. Il est concentré sur ce qu'il fait. Il n'est pas en colère, je le vois dans ses yeux. Juste triste et inquiet. Il ne m'en veut pas après tout ce que je lui ai fait subir ?! Certes, c'est lui qui a commencé à me détruire, mais ça ne me donnait pas le droit de me venger de cette manière ! Nous passons le seuil de ma chambre dans un silence quasi-total, brisé par mes gémissements de douleur. Je me sens mal, et pas uniquement parce que j'ai forcé sur la boisson. Je me sens mal vis-à-vis de mon ami. J'ai envie de faire la paix avec lui tout simplement parce que le voir sourire me manque. Il me manque.
- Ca va aller pour te coucher ? Me demande-t-il soudainement.
- Je ne … me sens … pas … pas bien …
Je tourne de l'œil un instant comme si mon corps voulais argumenter ce que je viens de déclarer. Il soupire –je ne sais pas quel sentiment trahit ce réflexe- et m'installe sur mon lit. Sans ajouter un mot, il me retire mon jean et rabat la couverture sur moi. Alors que sa main borde le drap près de moi, je l'attrape et refuse de la lâcher. Je préfère qu'il reste avec moi au moins le temps que je m'endorme. Je me décale avec peine pour lui laisser de la place et il s'assoit sur le bord du matelas. Je ne tarde pas à sombrer dans les bras de Morphée pour passer une nuit mouvementée. Mon cauchemar dure tout le temps de mon sommeil, et pour tourner en boucle. Dans celui-ci, je me réveille, Mikelangelo est là, je lui présente alors mes excuses. Il me regarde et sourit. Puis il se met à rire en se moquant de moi : « Comme si tu croyais que je pouvais pardonner un être aussi pitoyable que toi ! Franchement, regarde-toi ! Une vraie loque ! Florent, depuis le début, je te déteste. Rend-toi compte de la comédie que j'ai du jouer pour réduire ta vie en lambeaux ! Je suis un acteur de génie, tu n'y as vu que du feu … Pauvre pauvre petite créature meurtrie ! Ravi d'avoir contribué à ta fin, cher Ami … ». Il s'en va sur ces mots, me laissant abattu et vide de l'intérieur.
Au petit matin, je me réveille pour de bon. J'ai peur. Il n'est déjà plus avec moi, dans mon lit. Est-il resté un peu, au moins ? Est-il dans une autre pièce de mon appartement ? Je me lève finalement en redoutant ce qui va suivre. Mais je ne trouve personne. Je finis par la cuisine et je remarque immédiatement qu'il a déposé quelque chose sur la table. Il a acheté du pain et des croissants pour moi. Il a laissé un petit mot.
« J'espère que tu vas mieux. Passe une bonne journée. Si tu as un souci, tu connais mon numéro. Michele »
Je soupire de soulagement à la lecture de cette petite note. C'est donc vrai. Il ne m'en veut pas tant que ça. Silencieusement, je profite de ce petit-déjeuner exceptionnel. Il a un goût de renouveau. Bientôt, ma vie va redevenir normale. Je vais retrouver mon ami comme si nous ne nous étions jamais engueulés. Je me donnerai à fond pour mon public et tout mon entourage. Bientôt. Ma matinée se passe tranquille même si j'ai la migraine. Il faut que je l'appelle. Seulement, j'ai une peur bleue de tomber sur lui. J'aimerai lui laisser un message, mais pas lui parler. Il me terrifie. J'appréhende sa réaction tout de même. Mais à un moment, je me résous quand même à composer son numéro. Au moins pour le remercier.
- Oui ?
Je perds mes moyens quand j'entends sa voix et raccroche aussitôt. Je recommence plusieurs fois en psalmodiant des « Ne répond pas, ne répond pas … ».
Dix-septième appel.
- Florent ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Je recommence. Je ne veux pas abandonner si vite. Je lui dois ces remerciements et ces excuses. Je retape le numéro. Et cette fois, je tombe sur son répondeur. Soit il en a marre de me répondre pour ne pas m'entendre. Soit il est parti de chez lui pour me rejoindre. J'espère que c'est la première option. Je lui laisse alors le message que je voulais.
« C'est moi, Florent. Je pense que tu le savais. Désolé, c'est plus facile comme ça. Je voulais te dire … Mer … Merci pour tout. Et Pardon, aussi. Tu sais, je crois que sans … ».
Bip.
Mon récit est trop long, je n'ai pas le temps de finir. Je n'ai pas la force de recommencer, vidé de toute énergie. Je retourne alors me coucher en pensant à demain. Nous y retournons. Au boulot. Et c'est avec plaisir que je vais interpréter mon rôle.
Cette nouvelle journée arrive bien vite et je sors de mon cocon avec empressement. Je monte dans ma voiture et conduis jusqu'au point de rendez-vous. J'espère de toutes mes forces que Mikele a reçu mon message. Je ne suis pas le premier à arriver. Maeva est là ainsi que Mélissa. Je suis le premier homme à me présenter. Je leur fais la bise et nous papotons en attendant les autres. Ceux-ci arrivent un par un pour finir avec mon ami Italien. En même temps, on a l'habitude avec lui. Vient le moment de se dire bonjour. Pour la première fois depuis trois mois, il s'approche de moi pour me faire la bise et je ne le repousse pas. Nous ne prenons pas garde aux regards étonnés des autres. Même Merwan a arrêté de respirer en se demandant si j'allais le frapper. Finalement, Mikelangelo en profite pour me glisser à l'oreille :
- J'ai mis du temps à comprendre que tu ne voulais pas que je réponde au téléphone. J'ai eu ton message, mais il semblerait que la fin ait été coupée. On en parle plus tard ?
Je hoche la tête affirmativement. Une discussion ne serait pas de refus. Depuis le temps qu'on l'attend tous les deux. Nous nous rendons aux répétitions tous ensembles en discutant bruyamment. Je ne me souviens même plus de la dernière fois où cette situation a eu lieu. C'est pour dire. Cette fois, nous révisons juste les dialogues et les chansons, rien de bien grandiose. C'est juste histoire de tout se remettre en mémoire. Une fois que tout est fini, je me retrouve seul dans ma loge, ce qui n'est pas une habitude. D'ordinaire, Solal veille à être avec moi pour que je ne fasse pas de bêtises. Surtout depuis mon malaise. Mais aujourd'hui, je ne l'ai pas vu, je sais seulement qu'il a filé je ne sais où. Sans grande surprise, quelqu'un frappe à ma porte. Je sais déjà qui me rend visite. Je lui indique d'entrer et m'affale dans un fauteuil, éreinté par ma journée.
- Ca va toujours ? Me demande Mikele.
- Fatigué. Et toi ?
- Ecoute …
Quelle belle façon d'éviter de répondre. On en est au même point tous les deux. Il s'installe en face de moi et me regarde intensément. Que veut-il me dire avec ses yeux ? J'ai l'impression qu'il veut me communiquer quelque chose, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.
- Je ne t'ai pas trop effrayé hier ?
- Non, pas trop. Je me suis juste demandé pourquoi tu ne parlais pas. Puis je t'ai entendu murmurer « Ne décroche pas » ou un truc du genre. J'ai compris ce que tu souhaitais.
- Oui … heu … désolé pour ça. J'avais un peu peur de ta réaction.
- T'inquiète, je comprends ce que c'est. Donc, tu n'as pas fini ta phrase. Tu voulais me dire quoi ?
Je réfléchis un instant à se question. J'en étais à « Tu sais, je crois que sans … ». J'ai du mal à me remémorer les mots que je voulais employer.
- Tu sais, je crois que sans ma stupidité, nous n'aurions pas eu tant de problèmes. C'est de ma faute.
- Ne dis pas ça ! Me défend-il. C'est moi qui ai franchi la limite. Je n'aurais jamais du …
- Mais c'est de ma faute ! Tu l'as même dit, c'est parce que je n'ai pas compris quelque chose ! Que je n'arrive toujours pas à comprendre. J'ai commencé par te faire du mal, tu t'es juste défendu. Je t'en ai voulu, mais plus maintenant. Pardonne-moi …
- Je te pardonnerai jamais quoi que ce soit, il n'y a rien de pardonnable dans ce que tu as fais.
- Pardon ?
- Je dis que tu n'as pas commis de faute. Rien qui n'exige un pardon de ma part. C'est plutôt le contraire.
- On repart à zéro, alors ? Demandé-je.
- Oui. A zéro.
Il s'approche de moi et me sert la main pour confirmer. Je ne peux m'empêcher de sourire à ça. Que c'est bon de passer l'éponge sur cette période sombre. Mettre ses soucis dans une boîte et la refermer à doubles tours. Ils sont toujours présents, oui, mais tenus au silence.
- Allez, je crois que nous devons faire des changements dans les loges, n'est-ce pas ? Comme avant ! S'égaille-t-il.
- Je suis d'accord avec toi. On y va.
Plus amis que jamais, nous allons exposer notre requête, acceptée sans soucis par notre patron.
Et les jours passent. Comme d'habitude. Pas le moindre incident. Jusqu'au moment où je me souviens. Je me remémore cette période pendant laquelle j'ai été malade. Puis quand Mikele et moi avons renoué. Il m'avait dit : « Je ne voulais pas te faire de mal. Je voulais que tu réagisses. Je voulais arrêter de passer inaperçu. Je voulais discuter avec toi, mais j'avais tellement peur de ça. Je ne voulais pas céder à Anne. Je voulais me rapprocher de toi. Tu dois être heureux, même si pour ça je dois être malheureux. » En tout cas, quelque chose du genre, je crois. Je n'arrive toujours pas à lire entre les lignes. C'est trop compliqué !
Ce soir, il dîne chez moi. Je viens de finir de préparer le festin et cogite de nouveau sur ses paroles. La clé m'apparaît alors toute seule ! Commet j'ai fait pour ne pas comprendre avant ! Je m'auto flagelle et reprend mes esprits. Comment faire ? Il me reste un peu moins d'une heure pour prendre une décision. Lui en parler et l'aider. Ou me taire jusqu'à ce qu'il m'en parle. Je réfléchis à toute vitesse et me rend à l'évidence. Oui, je sais quoi faire, maintenant.
Je finis de me préparer. Je me change, m'attache les cheveux, le cœur battant. Je suis content de pouvoir l'aider. Parce que j'en ai décidé ainsi. Tout rentrera dans l'ordre pour lui dès demain. Mais comment ai-je pu ne pas m'apercevoir qu'il y avait un problème pour lui ?
Il frappe à la porte. Je lui ouvre, sourire aux lèvres. Lui aussi est heureux qu'on se retrouve tous les deux comme ça. C'est un petit rituel pendant nos journées de pause. Se retrouver et parler de tout et de rien. Nous ne le faisions pas avant. Mais il en a eu l'idée, et je trouve qu'elle était bonne. Nous nous installons à table. Nous mangeons tranquillement en nous racontant nos vies, notre enfance, tout ce que l'on ne s'est pas encore raconté sur nous. Vient le dessert. Puis la fin du repas. Comme d'habitude, nous nous faisons quelques duos, nous adorons partager la musique tous les deux. Il se lève pour ranger sa guitare et me dire au revoir.
Seulement, je ne l'ai pas entendu de cette façon. Je saisis ses lèvres à la place de sa joue au moment de lui faire la bise. Il ne s'y oppose pas, j'ai donc vu juste. Je romps finalement le baiser et lui souffle tout bas :
- J'ai enfin compris. J'ai mis du temps. Mais j'ai compris.
Je l'embrasse de nouveau et cette fois, il ose me répondre. Anne avait laissé un vide dans mon corps. Mikele le comble, et je dois dire qu'il fait même plus. Son parfum et sa chaleur courent dans chacune de mes veines, il m'envahit et m'enivre. Je me sens bien. Il se sépare de ma bouche et me regarde dans les yeux.
- Tu es sûr de toi ? Ce n'est pas simplement pour me faire plaisir ?
- Je suis sûr de moi. N'ai pas peur. Je te jure de ne pas recommencer la même erreur qu'avec Anne. Il est hors de question que je laisse la personne qui m'est destinée m'échapper.
- C'est mignon quand tu dis ça …
- Ca faisait combien de temps, dis-moi ?
- Je ne sais pas. Une dizaine de mois tout au plus. Tu sais, je n'ai pas compris tout de suite, moi non plus. Puis j'ai nié. Mais comment … ?
- J'ai repensé à tes paroles et à ce regard que tu m'as lancé, dans cette chambre d'hôpital. J'ai eu du mal, mais j'ai réussi à analyser cette lueur qui brillait dans tes yeux ambre.
- Je rêve où tu me drague ?! S'amuse-t-il.
- Pas besoin, tu es déjà à moi !
Je capture ses lèvres de nouveau dans l'espoir de le convaincre. Et j'y réussi parfaitement. Il abandonne toute rébellion et se laisse aller dans mes bras. J'en suis sûr, maintenant, tous ces mois de souffrance n'ont pas servi à rien. J'ai enfin mis la main sur l'amour de ma vie.
