Bonsoir à tous,

Je m'excuse d'avoir mis si longtemps à publier ce 2e chapitre ( presque 6 semaines :( j'ai honte ). En tout cas pour ceux qui l'attendaient (peut-être, on ne sait jamais, sur un quiproquo ou si vous vous appelez Lucasz ;) ) et ceux qui tomberont dessus par hasard ( la majorité d'entre vous lecteurs, membres de ce fandom ou simplement êtres humains ) le voici! ( TADAM trompette et confettis)

Encore une fois, n'hésitez pas à me souligner mes erreurs quelles qu'elles soient ou à me laisser votre avis en commentaire ça ne pourra que m'être bénéfique :). J'ai par contre veillé à ne pas mettre de points virgule dans ce chapitre car apparament ne les accepte pas. Ca me permetra de ne pas avoir 20 phrases honteusement sabotés et incompréhensibles comme dans le précédent chapitre ( les chiffres sont imprésionnant je sais, j'aime les points virgule que voulez-vous :P ). Cette fois-ci le chapitre est moins long. Il dépasse à peine les 5000 mots il me semble là ou le précédent dépassait les 7000. Ca reste conséquent mais un peu plus digeste ^^".

Ah oui, ne pas oublier le "disclaimer" comme la dernière fois. Donc l'univers de The Elder Scrolls ne m'appartient pas comme vous vous en doutez ( Petits futés ;) J'en ai une de ces chances d'avoir un lectorat si vif :) ). Il me semble qu'il appartient à Bethesda donc on applaudit tous Bethesda pour l'univers génial qu'ils ont créé ( clap clap clap). Les cités de Daguefillante, Camlorn et les races auxquelles je fais référence ne m'appartiennent donc pas (plus sans doute d'autres trucs). En soit, je ne possède que la trame de l'histoire et les personnages qui y font des apparitions. Bon j'admets que les prostituées, les ivrognes et les bandits ne sont pas d'une créativité folle mais les personnages d'Aïcha, Keerava, Durgash et des quelques prostituées nommées sont de ma création.

Pour ce qui est de l'histoire, ce n'est pas un chapitre contenant beaucoup d' "action". Il vous narre les tribulations de notre nourrice argonienne dans le quartier des bouges de la capitale brétonne. Il y a je pense une part qu'on peut qualifier de "psychologique" et des informations sur le background des personnages. Pas de batailles, de duels de magie ou d'assassinats en somme. J'espère que vous aprécierez à la lecture autant que moi à l'écriture ( je ne sais pas, écrire sur des catins, ça m'inspire... hem) car ce chapitre s'est vraiment imposé à moi. J'incluerai plus d'action dans le prochain si vous le désirez. Bon voila voila vous verrez quoi...

Bref, même si j'adore discuter avec vous il va falloir m'arréter là je pense. Retenez vos larmes et soyez courageux! Je reviendrai bientôt pour vous servir, et converser avec vous!

Litérairement votre,

Altenos


Keerava marcha sans se retourner le long de la ruelle, s'éloignant le plus possible de l'eau. Elle ne savait pas si l'archer pouvait l'atteindre depuis l'autre rive et s'il s'y risquerait devant témoins. Elle ne savait pas non plus s'il pouvait la voir en fait, ni s'il allait tenter de traverser pour poursuivre la chasse. Dans tous les cas, elle avait bien plus de chances de lui échapper en se fondant dans la masse populaire du quartier des tripots… Plus de chances que seule, fuyant un manoir assiégé, dans un quartier infesté de bandits et d'assassins…

Un violent coup d'épaules la ramena à la réalité et ses yeux se détournèrent du spectre des tueurs sur l'autre rive pour voir enfin ce qui se passait devant elle. Elle tourna vaguement la tête vers le soudard qui venait de la bousculer mais dut bien vite se reconcentrer sur le chemin devant elle pour ne pas être percutée à nouveau. Instinctivement, elle resserra encore plus son étreinte sur le paquet trempé qu'elle tenait écrasé contre sa poitrine. Un petit gémissement lui parvient et, farfouillant dans les épaisseurs de tissu brun, Keerava mit à jour le visage bleui d'Aïcha. Elle dut rassembler tout son bon sens de guérisseuse pour ne pas se mettre à agiter frénétiquement le petit corps dans tous les sens. Maintenant son doigt osseux contre la poitrine de l'enfant, Keerava vérifia pour la seconde fois en quelques instants si la petite respirait encore. Puis, l'extirpant de la lourde laine humide, Keerava tenta de faire vomir l'enfant. Cependant, Aïcha resta résolument bouche close et refusa de rejeter du liquide. Cela parvint à rassurer un peu la nourrice.

Malgré ses années d'expérience, Keerava n'aurait su dire si la petite allait bien. Aïcha n'était pas une enfant faiblarde et chétive loin de là, elle était même pleine de vie et très éveillée pour son âge, mais elle n'était pas très robuste pour autant. Elle avait subi en une soirée plus d'agressions et de traumatismes physiques et psychologiques que dans tout le reste de sa courte existence. Keerava ne pouvait dire si elle en garderait des séquelles. Elle ne savait pas si la potion de respiration aquatique avait correctement fonctionné ou si un des ingrédients était potentiellement dangereux pour un nourrisson. Keerava tenta de se remémorer la préparation de la potion. Mais non, ça faisait bien trop longtemps, plusieurs semaines déjà. Elle l'avait faite pour se moquer des alchimistes pédants du marché qui la croyaient incapable de fabriquer de vrais élixirs. Elle avait plus d'expérience qu'eux tous réunis ! Elle avait pratiqué l'alchimie à des niveaux bien supérieurs aux leurs et dans des conditions bien plus difficiles. Elle avait manipulé les ingrédients les plus rares et rencontrés les maîtres de cet art ! Et pourtant elle paniquait… Il suffisait d'un rien pour changer un remède en poison… Un mauvais dosage, la main un peu trop lourde sur un ingrédient, une distillation trop longue ou quelques secondes d'inattention… Elle aurait pu ne commettre aucune de ces erreurs mais qu'est ce qui lui assurait qu'elle n'avait pas fait tomber dans la potion, d'un revers de manche malheureux, un peu de laurier rose... Ou de la belladone, ce serait encore pire ! Ou bien l'eau du fleuve qu'elles venaient de franchir ! Oui ça pourrait être ça ! Il devait être pollué bien plus que de raison avec tous les tripots et commerces donnant dessus. Il n'en fallait pas beaucoup plus pour emporter un nourrisson tout droit chez Arkaï… Si par malheur une seule de ces choses ét…

Un cri suraigu lui parvient et Keerava, arraché de ses pensées morbides, retourna tout son attention sur Aïcha, s'attendant à la voir vomir tout ce qu'elle contenait. C'est seulement là qu'elle remarqua qu'elle s'agrippait à l'enfant comme une possédée : c'était à cause d'elle que l'enfant pleurait. La callant contre sa poitrine, Keerava ausculta le corps de l'enfant et y découvrit des égratignures. En relevant un peu plus le vêtement, elle vit de larges bleus se former sur le thorax de la petite. De culpabilité, Keerava se mordait la lèvre jusqu'au sang. Lorsque le gout métallique emplit sa bouche, elle se secoua et tata du bout de la langue les entailles sur sa lèvre puis, crachant du sang, elle reprit sa marche plus vivement. Il fallait qu'elles se reposent toutes les deux, et qu'elles se soignent, et dans un endroit sure si ces endroits existaient encore. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle remarqua combien la rue s'était remplie. Tous les occupants des auberges sur les rives sortaient en courant pour venir voir, depuis la berge, l'incendie du Manoir des cinq Voies. Sortant à peine des eaux, Keerava se trouvait au cœur des attroupements. Slalomant entre un videur et un ivrogne, elle se retrouva nez à nez avec un groupe de prostituées aux maquillages criards. Serrant Aïcha, Keearava passa entre elles et atteignit enfin un espace dégagé. Elle reprit sa respiration en observant des joueurs de cartes. L'un d'eux, profitant du peu d'attention des autres rafla la moitié de la mise au centre de la table. En relevant les yeux, il croisa ceux de l'argonienne. Keerava secoua aussitôt la tête et s'éloigna pour ne pas être inquiétée, le laissant avec son méfait et son or. Il ne manquerait plus qu'elle soit menacée et prise à partie par un tricheur dans une ruelle sombre… Elle avait assez d'ennuis comme ça et puis, elle en avait assez d'être menacée par des hommes cette nuit. Elle frémit en repensant au bandit qui devait gésir dans la ruelle du quartier des pilotis, la dague dwemmer en travers de la gorge. Et l'autre qu'elle avait blessé d'un coup de stylet empoisonné, il ne devait pas aller bien non plus à l'heure actuelle voire pas bien du tout…

Une petite voix dans la tête de l'argonienne pris le relais « Tu sais très bien qu'il ne va plus… Qu'il ne vit plus… Comme tu sais très bien qu'il n'y a aucune chance que tes potions aient ratée, que ton poison l'ait laissé en vie. Ahah ta fausse modestie Keerava, je te connais mieux que toi-même. Tu ne veux juste pas admettre que toi, une simple nourrice-guérisseuse puisse être une grande alchimiste ou ait pu tuer un homme. Et pourtant, ce n'est pas ton premier… Ca fait juste un peu longtemps, tu as perdu l'habitude. Durgash ne serait pas aussi traumatisé lui. D'ailleurs il aurait pu sauver les Bellamont lui ! Parce qu'au fond tu sais très bien qu'ils sont MORTS à l'heure qu'il est ! »

« TAIS-TOI ! » hurla Keerava

Même dans le quartier des tripots et au plein cœur de la nuit, on remarque les individus un peu inhabituels ne serait-ce que pour les oublier ensuite. Une nourrice argonienne crasseuse avec une gamine ce n'est pas commun mais ça ne fait pas lever les foules non plus. Mais par contre, faites hurler la nourrice comme une démente en pleine rue et là vous touchez le jackpot…

Keerava éloigna sa main droite de son crâne en tremblant et releva les yeux. Dans la petite rue, tous s'étaient arrêtés et la dévisageaient. Même si la grande majorité des passants étaient trop ivres pour se souvenir de quoi que ce soit le lendemain, la nourrice paniqua. Elle ne devait PAS être remarquée, ne le POUVAIT PAS ! Elle ne pouvait pas mettre Aïcha en danger plus qu'elle ne l'était déjà. Prenant ses jambes à son cou, Keerava s'enfuit sans regarder ou elle allait. La seule chose qu'elle ressentait était la pulsion du cœur d'Aïcha contre le sien. Elle devait la mettre à l'abri, c'était sa mission et elle avait juré de l'accomplir. Tant pis pour elle si elle y passait, Aïcha devait grandir et perpétuer le nom des Bellamont ! Le sacrifice d'Ancus et Isabeau ne pouvait pas être vain…

Le temps s'arrêta autour de Keerava et elle crut que le ciel l'écrasait sous sa masse. Elle s'effondra au sol près d'un brasero et suffoqua. Si même elle admettait qu'ils étaient morts… Elle ne voulait pas le croire, elle ne pouvait pas le croire. Au fond elle n'en savait rien s'ils étaient morts ou pas. La bataille pouvait très bien toujours faire rage à l'intérieur du Manoir… Le feu se refléta dans ses yeux vides quelques instants puis elle fondit en larmes. Elle pleura de longues minutes, seule et dans la boue. Pour les passants, la pleureuse argonienne devait être à court de skooma, rien de bien exceptionnel…

Puis Keerava se redressa. Plus forte ? Sans doute pas. Plus déterminée ? Elle pouvait en effet difficilement l'être moins. Calmée, elle frotta vaguement une tache de sang sur sa tunique déchirée puis se releva en prenant Aïcha dans ses bras. De son bras libre, elle jeta la couverture brune au feu, comme une mue. La laine humide se mit à bruler en dégageant une forte fumée mais déjà Keerava repartait en arrière vers Le Cercle des Ivresses. Dans son empressement elle avait manqué la rue. De son esprit fatigué et déserté par l'adrénaline, Keerava recommença à assembler quelques réflexions. Aïcha était bien plus légère sans cette tonne de laine trempée sur les épaules. Sa blessure au dos était très douloureuse par contre. L'adrénaline avait eu le mérite de calmer la douleur mais l'avait fait déraper dans des pensées névrosées. Sans cette excitation, la plaie faisait plus mal mais la douleur maintenait Keerava dans le monde sensible et empêchait son esprit de dérouter. Anxieusement, elle se mit à réfléchir à des sujets plus sérieux et l'image des Bellamont s'imposa à elle. C'est vrai qu'elle ne savait pas s'ils étaient vivants ou morts. Elle ne savait pas si elle reverrait ses amis de toujours et la maison ou elle avait passé la dernière décennie. Elle ne savait pas si des tueurs étaient oui ou non à ses trousses. Elle ne savait presque rien, si ce n'est qu'elle devait protéger la petite et qu'elle se dirigeait vers la personne la plus apte à l'aider pour ça. Elle n'était certaine que d'une autre chose, qu'Aïcha vivrait.


La chaleur était étouffante à l'intérieur de la maison close. La tenancière, suffoquant dans sa robe échancrée, monta sur la terrasse. De là, elle avait une vue dominante sur le quartier des tripots et, par-delà l'eau, sur celui des pilotis. D'habitude, ce n'était pas par là que se portaient ses regards, le quartier de petits bourgeois ne l'intéressant guère à part pour la haute silhouette du Manoir des cinq Voies à l'arrière-plan. Que ce soit pour le paysage ou pour les affaires, le quartier sur pilotis était un poids mort. A peine une poignée de clients irréguliers en provenaient. A croire que tous ces ménages vivaient heureux… Cependant ce soir-là, le quartier était la chose la plus intéressante à voir sur tout Daguefillante. Même une intrigue de Cour des plus croustillantes n'aurait pu détourner la tenancière de l'immense brasier qu'était le manoir des cinq Voies. Elle n'en revenait pas. La sirène d'incendie avait en effet carillonné sur la ville entière il y a une demi-heure mais c'était chose courante qu'un entrepôt, une boulangerie, une maison ou un bouge s'enflamme en pleine nuit. Que ce soit un criminel éliminant son rival commercial ou un apprenti en destruction maladroit, le résultat était le même et la sirène carillonnait, laissant la majorité de la ville indifférente. Cependant que ce soit le Manoir lui-même qui soit changé en torchère géante… La tenancière n'en croyait pas ses yeux. Entre les toitures, elle voyait nettement les mouvements de foule se presser vers la rive pour apercevoir le spectacle. Aux premières loges, elle regarda les flammes monter toujours plus haut puis, dans un ronflement terrible, un morceau de toiture s'effondra dans l'édifice. Elle trouva d'une beauté fascinante la floraison de braises se dispersant dans le ciel et resta à écouter le concert de cris montant des badauds dans la rue. Sa contemplation fut interrompue lorsque le grincement de la porte se fit entendre. Un pas agité frotta le sol de la terrasse et enfin une voix monta, essoufflée « Madame … »

D'habitude, la tenancière aurait pris en compte ses détails et aurait voulu être informé de l'évènement troublant les réjouissances de son établissement. Mais là face au Manoir en pleine embrasement, tout passait au second plan.

« Quoi Trishna ? » coupa-t-elle cependant. Elle avait reconnu la voix de l'hôtesse de la maison. D'habitude, Trishna n'avait besoin d'aide que pour gérer l'arrivée de clients importants et il y en avait toujours un à cajoler particulièrement dans l'établissement. Le Cercle des Ivresses avait quand même la réputation d'être le meilleur bordel de Daguefillante ! Pardon, maison close… Mais là, elle avait intérêt à ce que l'arrivant soit de tout premier ordre parce qu'elle ne quitterait pas la terrasse pour un simple financier rougegarde ou un sorcier de Camlorn.

Devant le silence de l'autre femme, la tenancière se retourna irritée et la vit perdue dans la contemplation du brasier. Elle hésita à la gifler mais choisit finalement d'hausser le ton.

« TRISHNA ! »

Apeurée, l'hôtesse se concentra tant bien que mal et finit par articuler, les yeux sautant de la tenancière au brasier en arrière-plan, « Y a quelqu'un dont je ne sais pas quoi faire à l'entrée et … »

« Je t'ai montré comment t'occuper des vieux sorciers la semaine dernière. Envoie leur une de nos kahjits ou nos danseuses de Lenclume et sers-leur à boire même si ils n'en demandent pas. Ils finiront par être assez ivre pour ne pas remarquer qu'ils sautent une fille différente de celle qu'ils pensent avoir. Ça marche aussi pour les marchands rougegardes qui ont le mal du pays. Je t'autorise même à verser du skooma non dilué dans leurs coupes pour accélérer le processus si nous avons plusieurs clients importants ce soir.»

« C'est pas ça Madame, c'est… »

« Ce sont vraiment des clients très riches ? » coupa encore la patronne exaspérée.

« Non, elle l'est pas. Elle est … »

« Comment ça elle ? »

« Bah l'argonienne qui attends en bas ! Je sais pas quoi en faire moi Madame ! »

« C'est une clientèle pour le moins … inhabituelle. Elle est riche tu dis ? »

« Mais justement non ! Elle est couverte de crasse avec une gamine dans les bras, l'en faut de peu pour qu'elle propage la peste avec elle ! »

Imaginant le tableau, la patronne frémit et finit par craché, ulcérée « Et qu'est ce qu'elle fait là ? Pourquoi tu ne l'as pas éjectée ? Si on la voit dans notre hall personne ne voudra passer le seuil ! Imbécile, c'est comme faire plaquer une pancarte avec écrit Ici, maladie vénérienne !» finit-elle en hurlant. Elle enchaîna « Pas besoin de sonner Durgash, prends deux filles avec toi et jetez la hors de la maison ! Au pire servez-vous du môme pour faire pression. Vous aurez une bourse chacune si vous me faites ça rapidement malgré les risques de maladie. »

Trishna, réussissant enfin à parler, intervint « Justement elle veut le voir Durgash. J'ai bien regardé et la gamine, elle est brétonne. C'est pas sa fille à lui ni à elle. Par contre si je suis monté c'est qu'elle a bien dit son nom complet Durgash gro-Luzgan. Et vous savez que Durgash veut toujours qu'on lui amène ceux qui disent son nom complet. Alors vu qu'elle fait quand même tâche et qu'en plus il est avec des filles… Je sais pas quoi faire… »

Devant la masse d'informations, la tenancière cligna des yeux puis en arriva à la conclusion qu'elle redoutait « Cas insolvable par mes idiotes de subordonnées. Nécessite ma présence personnelle de façon urgente ». Troublée, elle se dirigea vers l'escalier en ruminant. Elle ne remarqua même pas que Trishna ne la suivait pas et restait, à regarder les flammes.

Pendant sa descente, elle analysa la situation. Elle voulait faire partir la gueuse au plus vite et l'amener à Durgash dans les profondeurs de l'établissement n'était pas du tout le chemin le plus court vers la sortie. D'un autre côté, même elle n'osait pas s'opposer aux demandes de l'orque. S'il avait été un orque normal, elle aurait pu faire taire ses exigences mais Durgash n'était pas un orque normal. C'était un colosse ! Il dépassait très largement la taille de la population brétonne et, même pour les normes de sa race c'était un cas à part. C'était d'ailleurs pour ça qu'elle l'avait engagé comme videur il y a quelques années. Sa carrure en imposait même aux pires soudards et il pouvait régler la moindre bagarre dans l'établissement en quelques instants. En plus, il se contentait d'un salaire moindre contre le droit de se servir à volonté dans la réserve d'alcool et parmi les pensionnaires. Cependant, il n'en avait jamais forcé une seule. Et d'après les dires de celles qui avaient fini par visiter sa couche, il n'y avait pas que sa taille et sa carrure qui soit impressionnante… Il avait autre chose d'hors-norme et les filles ne parlaient sans doute pas de ses biceps ou de ses cicatrices… Même s'il n'avait jamais fait acte de plus de violence que nécessaire avec les ivrognes, la tenancière ne doutait pas qu'il en ait bien plus en réserve… Et pour sa sureté et celle de son établissement, et ne voulait pas être la cause d'un déchainement de fureur s'il apprenait qu'on avait chassé une personne connaissant son nom complet. C'était une des seules conditions qu'il imposait et elle n'allait pas perdre le meilleur videur de la baie d'Illiaque pour un rien. Alors qu'elle posait le pied sur le palier du rez-de-chaussée, elle avait déjà pris sa décision. Cependant, cela ne la garda pas du choc que représentait l'argonienne.

Dès qu'elle la vit, elle eut un mouvement de recul. Elle était immonde ! Elle n'avait pour tout vêtement qu'une tunique dont les deux tiers inférieurs étaient tâchés de boue et de sang, ainsi qu'un plastron de cuir déchiré dans le dos qui pendait lâche sur sa poitrine inexistante. Une besace bourrée terminait l'ensemble avec un large ceinturon de cuir… Prudente, la tenancière y remarqua tout de même une dague et deux stylets ainsi qu'un ensemble de fioles. L'argonienne n'était pas aussi inoffensive qu'elle semblait être, une dealeuse de skooma peut-être… Dans tous les cas elle ne semblait pas avoir trainé dans les lieux les plus fréquentables de Daguefillante…

L'argonienne se retourna pour faire face à l'arrivante mais la tenancière leva la mais pour lui intimer le silence. Elle prit tout son temps pour la dévisager, se délecter du spectacle vivant en face d'elle. Elle la déshabilla du regard, pleine de mépris et de dégout.

La lézarde était vieille ! Pas une grand-mère certes mais c'était une femme mûre qui devait approcher de plus en plus de la cinquantaine. Un vrai repoussoir ! La tenancière comprit le désarroi de Trishna en voyant rentrer cette … chose … par la grande entrée de la maison. Elle devait s'être flétrie et être toute desséchée à l'intérieur. Et en plus elle se trainait un môme tout aussi crasseux qu'elle. La tenancière sentit comme une vague d'hilarité poindre en elle. C'était trop drôle ! Tellement déplacé ! Dans le hall du bordel le plus chic de Daguefillante se tenait une injure vivante à la féminité, une lézarde pouilleuse avec une enfant dégoutante ! C'était trop !

Abaissant la main, la tenancière prit la parole et eu du mal à ne pas rire en disant un simple « Suivez-moi ». Si elle tenait temps à voire Durgash elle allait le voir son orque ! Mais rien n'empêchait de s'amuser un peu avant… Elle n'allait pas la cacher dans les caves en attendant que Durgash finisse ses ébats multiples. Non, elle allait l'y conduire tout de suite et quel que soit le lien inconcevable qui existasse entre les deux, il avait intérêt à être solide pour ne pas que l'argonienne soit éjectée de la chambre à coucher !


Keerava était très mal à l'aise… Elle n'avait jamais fréquenté un bordel de sa vie et les avait même évités, par souci de morale et de respectabilité. C'était un milieu qu'elle ne connaissait pas et où elle n'aurait pas été à sa place même dans un état correct. Alors vu sa condition actuelle…

Elle avait très vite compris que cette épreuve allait être particulièrement pénible en voyant les yeux éberlués de l'hôtesse à l'entrée. La fille l'avait dévisagée, plus choquée par sa saleté qu'autre chose semblait-il. Elle avait tout de même voulu la faire sortir mais s'était figé au nom de Durgash. Elle avait ensuite disparue par une porte dérobée en lui disant d'attendre. Keerava n'avait pas osé bouger au début puis elle avait fini par faire le tour de la pièce en faisant tressauter Aïcha dans ses bras. La petite observait tout avec ses grands yeux, découvrant l'ambiance tamisée et secrète des maisons de passe. Des miroirs ciselés aux grandes tentures de velours épais, en passant par les murs peints de couleurs vives, l'enfant était allée de surprises en surprises. Keerava avait tout de même veillé à ne pas passer devant l'entrée de la grande salle, à la fois pour ne rien voir et ne pas être vue. Finalement, de retour à son emplacement initial, elle avait attendu quelques minutes avant de se retourner vers la personne qui venait d'arriver.

Ça ne pouvait être que la tenancière. Plus âgée, dans une robe très proche du corps et flottant dans un nuage épais de parfum, elle avait levé une main ou scintillait de grosses bagues avant de déshabiller Keerava du regard pendant de longues minutes. Elle se doutait bien de ce qu'elle devait se dire : sale, vieille, laide, avec un enfant et sans doute une odeur assez forte… C'était tout de même assez vexant et il lui fallut tout son sang-froid pour rester calme. Surtout que Keerava ne doutait pas que les adjectifs soient plus piquants et insultants… Lorsque, une hilarité à peine voilée dans la voix, la tenancière lui avait ordonnée de la suivre, elle avait serré assez fort Aïcha pour évacuer sa frustration.

Elle aussi pouvait dire ce qu'elle pensait de la femme face à elle. Même si elle était sur son domaine elle n'était pas beaucoup mieux dans l'absolue. Keerava passa sa frustration en détaillant tous les défauts de la matrone face à elle. Elle remarqua les cheveux gris hâtivement cachés dans le chignon. D'ailleurs ce ne devait pas être les premiers car Keerava aurait pu jurer remarquer des différences de couleurs de cheveux causées par l'usage trop fréquent de teintures bon marché. Elle vit aussi le corset très serré pour maintenir la poitrine et le ventre. Elle n'était pas grosse mais elle voulait faire disparaitre quelques petits bourrelets malvenus. Et pour les seins, le corset était le dernier rempart pour empêcher la gravité de reprendre ses droits… Keerava vit aussi le balancement exagéré des hanches, la cambrure forcée du dos… Quand on devient maquerelle c'est qu'on a réussi certes, mais bien souvent on ne fréquente plus le lit des clients... Ils veulent de la chair fraîche et ce n'est qu'à grand renfort d'artifices qu'on leur donne l'illusion d'avoir une décade de moins… Contente de son inspection, Keerava se calma un petit peu et cracha un peu moins de son fiel silencieux sur le nuage de parfum, la montagne de cosmétiques et de pommades et surtout les bijoux clinquants, sans doute en verroteries pour la plupart. D'ailleurs à propos de pommades, elle devait en utiliser une pour se blanchir le teint, sans doute à la céruse de plomb ou à l'arsenic… Grossière erreur qui lui coutera la jeunesse de son épiderme en y creusant bientôt des sillons incomblables… Elle ferait bien mieux de consulter un vrai apothicaire et pas ces marchands de cosmétiques à la mode qui fleurissent sur les quais et sur le marché noir…


La critique silencieuse de Keerava s'arrêta en même temps que les pas de la tenancière. En se retournant, elle ne comprit pas pourquoi un sourire narquois éclairait le visage de l'argonienne en dévoilant ses dents blanches. Mal à l'aise à son tour, la matrone passa la main dans son cou et redressa son chignon.

« C'est ici ! » dit-elle d'une voix sèche. Au même moment, des rires et des gloussements leurs parvinrent depuis l'autre côté de la lourde porte en bois. Retournant sur ses pas, la tenancière laissa l'argonienne indécise face à la porte. En tournant en bout du couloir, elle se mit à ricaner et bientôt à rire bruyamment jusqu'à en perdre haleine.

Keerava, la main sur la poignée, l'entendit s'éloigner et capta son rire à travers les murs capitonnés. Cette femme n'était pas comme la fille de l'entrée qui l'avait dévisagée de façon un peu insultante mais pas malsaine. Cette femme était mauvaise. Serrant les dents, Keerava se promit de revenir se venger un jour. Elle se retourna finalement vers la porte et respira un grand coup. Elle se doutait qu'elle allait ouvrir alors qu'à l'intérieur on ne voulait pas être déranger. Les gloussements le prouvaient assez bien… Avec un peu de chance ce serait Durgash et pas quelqu'un d'autre mais bon, elle ne savait pas comment réagirait l'orque si elle interrompait ses amusements avec une catin…

Elle ouvrit grand la porte et resta coite face au spectacle…


La porte s'ouvrit. Ça devait être Lilas qui venait se joindre à la fête. Depuis des jours qu'elle lui en parlait des soirées avec Durgash ! Alcool à flot, bonne nourriture, parfois du skooma et surtout l'orque gigantesque ! Certes c'était assez impressionnant au début mais après une ou deux coupes, on commençait à s'amuser un peu entre copines. Certains soirs l'orque était de la partie et d'autre ils regardaient les filles « s'amuser »… Ca permettait surtout de pas avoir la maquerelle sur le dos et ça, ça faisait venir de plus en plus de filles aux réunions nocturnes. Entre ça et un vieux mage dégoutant ou un chevalier aux phantasmes bizarres… Le choix était très vite vu ! L'orque était pas causant mais bon, il demandait juste du plaisir et était pas avare à en donner non plus… Bref, elles étaient déjà à trois avec lui et Lilas, si c'était elle, allait aider à pimenter un peu plus les choses.

Ce fut le hoquet étranglé de Lena qui alerta la catin. Elle veilla tout de même à ne pas renverser la coupe d'excellent rhum qu'elle venait de remplir mais le choc fut trop violent. Tandis que la coupe de bronze rebondissait en se déversant sur le sol, la prostituée observa l'argonienne ahurie sur le seuil.

Mais qu'est-ce qu'elle faisait là. Ce qu'elle était crasseuse ! Il y avait un animal dans ses bras en plus, ça bouge, qu'est-ce que ça peut bien être… Ah non c'est un gosse. Elle a un gosse en plus ?! Mais elle est rentrée dans le mauvais bâtiment c'est pas possible autrement. Et pour arriver ici elle a dû voir des filles et des clients ça aurait dû la faire partir… A moins que ce soit une mauvaise plaisanterie de la tenancière pour les forcer à moins fréquenter l'orque. C'est sure qu'avec une saleté pareille à son service, aucune fille ne voudra s'approcher de la chambre pour ne pas attraper de maladie… Elle gâche toute la soirée ! Au moins, elle est aussi ahurie que nous ! C'est drôle par contre ce regard de merlan frit ! Elle a pas dû en voir souvent des tableaux comme ça ! Lena complètement nue et couverte d'huile qui se frotte à Durgash, Thalise, à genoux entre les jambes de l'orque, occupée comme sa posture le laisse deviner… Et moi à verser de l'alcool au mâle dans la pièce quand il est bon ou à le répandre sur nous tous quand il est mauvais…

Et Durgash… Tiens Durgash, il réagit comment ? C'est bizarre, il aurait du gueuler déjà, à moins qu'il soit aussi choqué que nous… C'est bizarre, il a pas l'air de lui faire le regard de tueur. Il le fait d'habitude quand on le dérange, même la maquerelle bat en retraite. Non, il est vraiment éberlué… Mais d'où il peut bien la connaitre ! Il doit la connaitre sinon il l'aurait virée ! Et pourquoi ce silence qui se prolonge, c'est pesant… C'est gênant… Mais que CA CESSE !


Comme pour répondre aux implorations muettes de la catin brune, Aïcha s'agita hors des bras de Keerava. Elle se redressa de toute sa petite taille en prenant appui sur la poitrine de sa nourrice. Ses grands yeux observèrent intensément les personnes face à elle. Elle passa de la rousse nue et luisante à gauche puis à l'orque énorme et apeurant, descendit sur la blonde à genoux complètement échevelée et enfin glissa sur la brune ahurie. Se retournant, elle posa ses deux mains sur la poitrine de Keerava en se tordant le cou pour mieux la voir. Brisant le silence irréel, elle babilla « Vava ? »