Bonjour à tous!

Houlà, deux mois depuis le dernier chapitre ça nous pousse ^^ Bref, voilà donc le troisième chapitre qui suit logiquement les deux précédents (ce n'est donc plus un one-shot heeemm -"). Je m'excuse d'avoir mis tant de temps à poster car il a fallu que je l'écrive d (ou de Il... à ...fils pour être précis). A partir de maintenant j'ai 3 chapitres déjà écrits qui ne demandent qu'à être retravaillés. Le rythme de publication sera donc un peu plus rapide ( tous les 10 jours/2 semaines dans l'idéal) vu que je n'ai pas à créer entièrement les chapitres à partir d'une vague idée à demi effacée ^^

Encore une fois, vos commentaires et remarques sont bienvenus. Je prends tout : positif, négatif, constructif, etc... Ce chapitre fait 6000 mots donc c'est un peu moins que le premier chapitre mais plus que le dernier en date... Désolé si vous trouvez ça trop long et indigeste, j'ai vraiment du mal à faire plus court ^^ J'aime mettre en place le cadre, donner des informations de background tout ça tout ça...

Sinon, l'univers de The Elder Scrolls ne m'appartient pas. Les lieux géographiques, races et évènements historiques d'arrière-plan tout ça c'est à eux. Les personnages et l'intrigue m'appartiennent cependant. Si jamais des experts de l'univers de TES passent par ici, j'espère qu'ils excuseront les libertés que j'ai prises pour imaginer le mode de vie de la petite noblesse brétonne. J'ai honnêtement fait des recherches approfondies sur l'univers du jeu mais il n'y a pas grand chose sur ce sujet ^^. J'ai du broder en m'inspirant des noblesses médiévales d'Europe Occidentale (France et Angleterre principalement) dont est tirée la race des brétons.

Bonne lecture à tous et à bientôt,

Littérairement votre,

Altenos


Il faisait resplendissant sur la baie d'Illiaque. Le Soleil se reflétait glorieusement sur les vagues scintillantes qui venaient s'écraser sur les plages. Le vent océanique charriait la puissante odeur des embruns et l'emportait jusque loin dans les terres. Par un temps pareil, on pouvait respirer des bouffées de vents marins pendant plusieurs lieux en s'éloignant des côtes. Et, comme en réponse à cette invitation marine, la population des bourgs côtiers et les familles des seigneurs de la pointe de la Brétonnie venaient en grand nombre sur le rivage. En quelques heures à peine, les eaux se couvraient d'embarcations, allant de simples barques et canots aux barges à grandes voiles colorées. Quelques navires d'apparat richement décorées de puissants mages en villégiature se joignaient parfois même à la masse de brétons joyeux. En fond, seuls de nombreux navires de commerce trahissaient l'importance de la baie pour le commerce du continent tout entier. File interminable et continuelle de lourds bateaux aux cales larges et profondes, ils transportaient des richesses et des biens venus des quatre coins de Tamriel. Certains atteindraient bientôt leur destination en déchargeant leurs cargaisons dans les ports du royaume de Daguefilante. D'autres iraient de l'autre côté de la baie et accosteraient directement dans la grande cité rougegarde de Sentinelle. Ceux qui resteraient iraient sans nuls doute jusqu'au fond de la baie, à l'embouchure du fleuve Bjoulsae, jusqu'à la riche cité de Refuge. Malgré le recensement de plusieurs actes de petite piraterie côtière dans la région de l'embouchure, les navires continuaient d'affluer à Refuge. Il en faudrait bien plus pour porter préjudice à cette plaque tournante du commerce de Tamriel.

Accoudée à la rambarde de bois du ponton, Elegnan ne se lassait pas du spectacle. En communion avec la nature autour d'elle, elle se laissa lentement transporter par le bruit des vagues et la riche senteur mêlée des embruns et de la pinède derrière elle. Ses yeux perdus dans le paysage glissaient le long de la file de bateaux pour revenir constamment à une grande voile rouge au milieu des embarcations de paysans oisifs. Elle avait hâte que vienne l'heure de monter elle aussi dans sa barge pour admirer le Soleil couchant. C'était un spectacle dont elle ne se lasserait jamais. S'appuyant de tout son poids contre la rambarde, elle respira profondément en contemplant un banc de petits poissons argentés entre les piles du ponton. Ce n'était définitivement pas une journée pour travailler, le nez plongé dans des livres de compte.

Des sons de cor et les aboiements féroces de plusieurs chiens lui firent détourner les yeux vers la gauche, par-delà une petite crique aux eaux calmes. Repoussant une mèche de cheveux noirs derrière son oreille, elle tenta de discerner à travers les arbres le miroitement des armures des chasseurs. Son mari était là-bas. Elle sourit en l'imaginant complètement absorbé par sa chasse, arc en main, les yeux scrutant la forêt à la recherche de la bête à abattre. C'était un excellent pisteur et un très bon archer. La forêt était son terrain de jeu. L'animal, aussi féroce ou agile soit-il, n'avait aucune chance. Elle se concentra sur l'éperon rocheux au-dessus des eaux sur lequel se finissait la forêt. Parfois, c'était là que Gorchalas venait faire un détour pour la saluer, elle, sa femme. Elle souriait toujours à cette pensée. Ils s'étaient mariés devant Mara se jurant un amour éternel et elle ne pouvait s'empêcher de trembler devant le poids de cette promesse. Cependant, elle n'avait pas hésité à lier leurs deux vies dans l'un des plus sacrés des serments. Pour elle leur lien dépassait le cadre du mariage, aussi divine que soit cette institution. Ils étaient plus que des époux, ils étaient des amis, des amants, des âmes sœurs… Il était presque sur de la trouver sur le ponton du coup, quand la chasse n'était pas trop intense, il s'échappait quelques instants pour venir lui faire un signe. C'était une de leurs habitudes, un accord tacite qui faisait rester Elegnan plus longtemps lors de chaque chasse pour espérer voir son mari. A la belle saison, ces rendez-vous étaient presque quotidiens. Passé une certaine heure, elle savait que la chasse se déportait plus au fond de la pinède et alors elle repartait qu'il soit paru ou pas. Après tout, elle aussi avait été une chasseresse.

Le terrain de chasse était une bénédiction pour eux. Ils l'avaient acheté à un nobliau désargenté de Haute-Roche peu de temps après avoir fini de faire construire la maison sur un terrain acheté, lui, à un mage qui n'en avait pas l'utilité. Le sorcier n'y était jamais allé et avait vendu la large parcelle en bord de mer pour un prix assez faible tant elle était éloignée des grandes cités. Elegnan ne le remercierait jamais assez de sa stupidité et de sa fatuité… Ils avaient remarqué la pinède à la limite de leur propriété et s'étaient renseignés auprès des paysans. Le vieillard qui possédait officiellement le terrain avait un peu rechigné au début mais avait très vite changé d'attitude vu la somme d'or qu'ils proposaient. Avec cet argent il pourrait restaurer son domine croulant et redorer son blason. L'accord avait été conclu dans la soirée…

Le couple avait exploré le terrain plusieurs jours coupés du monde, arc au poing et dormant sous la tente. Ils étaient revenus ravis, et étonnés d'y trouver tant de gibier. C'est ce qui avait définitivement avorté leur projet de retourner au Val-Boisé. Elegnan avait découvert une douceur de vivre qu'elle n'avait jamais connue et n'aurait pour rien au monde abandonner les petits plaisirs auxquels elle s'était accoutumée. Comme marcher pieds nus sur les tapis d'aiguilles de pin, ou savourer un pignon parfumé fraichement tombé de l'arbre. Ou de se retrouver au clair de lune, au cœur de leur forêt, avec son nouvel époux… Gorchalas avait lui appris de l'ancien propriétaire que la pinède avait toujours eu cette vocation et que depuis des siècles les nobles de la région venaient y chasser. Avec la disparition de plusieurs petits royaumes au profit de Daguefilante lors du Voile de l'Ouest, la région avait perdu de son importance. Entre l'extinction de plusieurs lignées, de nombreux départs pour Daguefillante, et récemment la Grande Guerre, la forêt s'était étendue et les animaux s'étaient multipliés. Les sangliers trop nombreux commençaient même à nuire à l'agriculture des fiefs avoisinants. Les terres autrefois réputés pour être giboyeuses étaient aujourd'hui redevenue un domaine inviolé dominé par les animaux. C'était une réserve quasi-infinie de nourriture.

Là, Gorchalas avait eu une idée brillante qui leur avait permis de lancer leur commerce et d'établir leur réputation. C'était tout de même la raison première de leur installation ici, en Hauteroche. Ils avaient longtemps hésité entre retourner au Val-Boisé, leur terre d'origine, ou s'installer autre part. Ils ne savaient pas non plus quoi faire de leur vie. Gorchalas rêvait de devenir marchand depuis longtemps et de s'installer pour mettre fin à ses années d'errance. Elle avait eu peur de perdre sa liberté en s'établissant. Elle n'avait été toute sa vie qu'archère, éclaireuse, informatrice ou chasseresse pour différentes compagnies de mercenaires. Voire pire durant certaines périodes de sa vie qu'elle espérait ne jamais revivre même si elle ne souhaitait pas les occulter pour autant. Elle assumait ce qu'elle était. Elle avait fini par accepter la proposition de son mari après quelques mois durant lesquels ils avaient découvert, tous les deux, la région de la pointe de Hauteroche. Elle avait posé pour seule condition de s'installer au bord de la mer dont elle était tombée amoureuse. Pour se faire accepter par la petite noblesse de la région qui avait très mal vu l'installation d'arrivants étrangers arrivants apparemment plus riches qu'eux tous réunis de surcroit Gorchalas avait invité tous les nobliaux des alentours à une partie de chasse pour l'inauguration de leur demeure. Malgré leur réticence ils avaient fini par venir, à la fois attirés par la curiosité et l'envie de retrouver de leur panache perdu. Tandis que Gorchalas menait les hommes à travers la pinède pour une chasse gigantesque, Elegnan s'était occupée des dames en leur servant des produits raffinés et chers sous un kiosque devant la mer. Ces femmes de la petite noblesse qui n'avaient pas revu un tel luxe et une telle mondanité depuis leurs mariages avaient étées très impressionnées. Elles avaient enfin pu se conduire comme ce que leur classe sociale suggérait et se différencier de leurs serfs. Devant tant de promesses de prospérité, le couple avait été accueilli à bras ouvert dans la société locale. Les parties de chasse étaient devenus chose courante et c'était un rendez-vous à ne pas manquer pour toute la région. Certaines familles s'étaient détournées du jeune couple après en avoir appris un peu plus sur leur passé de mercenaires mais un solide cercle d'habitués s'était formé. Des nobles plus opulents ou plus éloignés avaient mêmes pris contact avec eux en les invitant sur leurs terres, espérant des invitations aux parties de chasse en échange. Gorchalas avait ainsi obtenu des contacts intéressants qui lui avaient permis de s'incruster facilement dans le paysage financier de Daguefilante. Leur enseigne était reconnu et leur signature mettait en confiance vendeurs et acheteurs. Ils avaient même ouvert une succursale à Refuge. Leur affaire était solide. Tout leur souriait.

Elegnan arrêta de contempler l'éperon rocheux et se retourna dos à la mer. Gorchalas ne viendrait plus maintenant. Un cri la fit revenir à la réalité. Au bout de la jetée, Callia Fralinie, lui faisait de grands signes. A son grand étonnement, la jeune brétonne s'avança sur le ponton et vint la rejoindre face à la mer. D'habitude c'était Elegnan qui quittait son repaire.

« Il n'est pas venue cette fois ? » demanda-t-elle.

« Non. » répondit Elegnan. Elle aurait bien aimé le voir c'est vrai, mais elle n'allait pas se sentir mal à cause de son absence. C'était juste un bonus. En tout cas, quelque chose devait tout de même transparaitre sur son visage puisque la jeune brétonne devinait à chaque fois si oui ou non Gorchalas avait paru.

« Ces hommes tous des ingrats. » reprit Callia en riant. « J'ai hâte de monter sur la barge pas vous ? ».

Elegnan sourit. La jeune femme savait toujours quoi dire. Elle se souvenait de la première fois qu'elle l'avait rejointe sur le ponton. C'était lors des premières parties de chasse. Les Fralinie avaient étés parmi les premiers habitués à fréquenter le jeune couple, faisant fi de leurs origines. Alors qu'Elegnan s'était excusée auprès de ses invitées pour courir sur le ponton, la jeune Callia l'avait suivie. Elle l'avait rejointe au bout de la jetée en lui demandant ce qu'elle faisait là. Elegnan se souvenait très bien de la scène qui avait posé les fondements de leur amitié.

« Vous allez bien ? » avait demandé la jeune brétonne.

Prise au dépourvu, elle s'était retournée et avait répondue violement « Oui pourquoi ? ». Elle avait tant voulu voir Gorchalas qu'elle n'avait plus prêté attention à rien. Même cette vulgaire brétonne avait pu l'approcher sans pourtant faire preuve de discrétion et elle, une chasseresse n'avait rien entendue. Elle se maudissait de son imprudence. Si un agent du Talmor avait voulu l'assassiner, elle n'aurait rien pu faire.

Effrayée, Callia avait tout de même répondue « Pour rien désolée. Lorsque vous vous êtes excusée j'ai cru à un problème … Intime… Je ne m'attendais pas à vous voir courir sur le ponton. Alors je me renseignais. Je voulais juste être agréable. »

La mine déconfite de son invitée avait fait culpabiliser Elegnan. Elle s'était aussitôt excusée et avait répondu : « Désolée … Callia n'est-ce-pas ? Je ne voulais pas vous être désagréable. Je voulais juste voir Gorcha… Mon mari. Il vient parfois sur le rocher en face. » en pointant l'éperon rocheux de l'autre côté de la crique.

Souriant timidement, Callia lui avait demandé « Vous l'aimez beaucoup Gorchalas ? »

Du tac au tac Elegnan avait répondu oui.

« Alors je suis contente pour vous » avait conclu Callia en repartant.

Elegnan lui avait rattrapée par le bras sans trop savoir pourquoi et ramené à ses côtés sur le ponton.

« C'est très gentil à vous d'être venu. Je vous en suis très reconnaissante, vraiment. Les autres ont dû trouver ça terriblement déplacé non ? Je vais devoir leur donner des explications. »

« Non ce n'est pas la peine. Je suis sorti prendre l'air et c'est du kiosque que je vous ai vu. Les autres sont gentilles mais je suis plus jeune que la grande majorité des dames là-bas. Après tout je suis une jeune mariée, même pas encore enceinte. Je ne me sens pas très à l'aise. Un peu comme vous. » l'avait-elle taquinée. En voyant un sourire se dessiner sur le visage de son hôtesse elle avait continué : « Elles ont toutes pensé comme moi. De toute façon tout est tellement beau chez vous que personne ne vous tiendra rigueur pour votre absence. La seule pièce où nous discutons toutes pourrait servir de sujet de conversation pour toute l'après-midi. Aucune chance qu'elles aient remarquée ou vous alliez. Elles ne s'ennuieront pas croyez moi ni sans vous, ni sans moi. »

Un court silence s'était installé. Callia avait fini par reprendre : « Cet endroit est magnifique. Si seulement nous vivions face à la mer. Vous disiez que Gorchalas venait sur le rocher en face n'est-ce pas ? Comment faites-vous pour le voir ? C'est si loin ! Et même si vous le voyez, comment être sure que c'est lui ? »

« C'est facile » avait répondu Elegnan, « nous sommes des bosmers. »

Callia était restée bouche-bée. Elle finit par balbutier « Gorchalas c'était… oui bien sûr… ça se voyait je veux dire… Mais vous je n'aurais jamais pensé… Je vous croyais impériale… Ça ne m'avait jamais effleuré l'esprit que … »

Elegnan l'avait coupée pour mettre fin à son embarras. La brétonne l'amusait et elle ne voulait pas que la charmante teinte de rouge qui colorait son visage y reste à jamais imprégnée. « Je viens du nord du Val-Boisé, à la frontière avec Cyrodiil. Même si mes deux parents sont bosmers, il y a beaucoup de sang impérial dans leurs familles. Il faut croire que chez moi, ce sang à supplanter le reste. En plus j'ai été espionne, chasseresse et je suis sans me vanter une excellente archère donc oui, ma vue est affutée. Je pourrais après quelques échauffements vous abattre un cerf qui viendrait sur ce rocher. Sans aucun problème. »

Là, Callia avait eu LA réaction qu'espérait Elegnan. Elle avait été admirative. Elles étaient repartie bras dessus-bras dessous et depuis avaient noué une amitié privilégiée. Elles s'étaient découvertes et Elegnan avait enfin connu le plaisir simple de l'amitié. Pour rien au monde elle ne regrettait d'avoir rencontré la brétonne. Une seule de ses paroles valait dix fois les critiques acerbes que lui avaient faits de vieilles carnes traditionalistes en découvrant son passé de mercenaire. Callia était bien plus ouverte d'esprit. Elle avait un esprit pur, poétique, amoureux de grands espaces et de paysages. Elle adorait apprendre, que ce soit les chants à la mode de Daguefillante ou les techniques de défense d'Elegnan. Elle était adorable et deux ans d'amitié avec la bosmer lui avaient donné la confiance en elle qui lui manquait. Entre la dague cachée dans sa manche ou sa compréhension des conflits politiques et économiques, elle avait lié un intellect brillant et affuté à son esprit candide. Elle était admirable en somme, du moins pour Elegnan, Gorchalas qui l'avait prise en amitié, et son mari qui n'en revenait pas de tant de félicités dans sa vie, de beauté chez sa femme et de gibier dans ses celliers.

Elegnan sortit de sa rêverie et revint à la réalité. Entrainée par Callia, elle marchait à travers le jardin. Elle observa un moment le soleil jouer dans les magnifiques boucles auburn de la jeune femme. Puis, se baladant entre de grands buissons fleuris, elles babillèrent en suivant les allées. Sans s'en rendre compte, elles atteignirent les terrasses supérieurs du jardin, construites à flanc de rocher. A peu près à la hauteur du toit de la maison, elles virent le Soleil commencer à descendre, lançant ses premiers traits orange à travers le ciel. Elles restèrent là en silence jusqu'à ce qu'une barge à la grande voile rouge passe dans leur champ de vision. Avec un sourire malicieux, Callia partit en courant dans les escaliers, riant comme une enfant. Le coucher de Soleil serait magnifique ce soir. Elegnan la suivit et, dès la sortie du jardin ordonna que l'on prépare la barge. Si les hommes ne rentraient pas dans les prochaines minutes, on partirait sans eux, tant pis.

Tandis qu'elle se dirigeait vers l'embarcadère, elle vit la foule de ses invitées sortir de la maison entrainées par Callia. Tout sourire, Elegnan respira à grands coups l'air de la mer. Ils avaient bien fait de ne jamais rentrer au Val-Boisé. Pour rien au monde elle ne voudrait changer de vie. Et de tout son cœur, elle priait les Divins que rien ne vienne bouleverser ce paradis terrestre qui lui servait de logis.


Du revers de la main, Elegnan essuya les gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Elle voulut remettre derrière ses oreilles les mèches folles qui lui tombaient sur les yeux mais se ravisa en voyant ses mains pleines de terre. Quelle idée étrange de planter des lavandes ! Mais bon, elle refusait tout nette de devenir la maitresse de maison inactive. Certes elle était heureuse de s'épargner le nettoyage de la demeure ou les lessives mais vider les animaux ou planter dans son jardin elle en était capable. Et elle en serait encore capable pour quelques siècles si tout allait bien. Après quelques minutes, elle se releva enfin et s'essuya sans ménagement sur son tablier.

En rentrant dans les cuisines, elle sourit à Gorchalas qui, assit sur le seuil, participait au vidage des animaux tués la veille. Elle se lava les mains et, joignant la pièce d'apparat, trouva leurs invités les plus matinaux levés. Après les chasses, quelques couple restaient dormir et ne repartaient que le lendemain. C'était souvent des habitués ou alors des seigneurs qui venaient de loin. Ils mangeaient et discutaient dans une ambiance bonne enfant. Plus de faste et de manières, on était entre amis. D'ailleurs les serviteurs, couverts de tâches primordiales comme le récurage du parquet ou le salage du gibier, n'hésitaient pas à demander aux invités de changer de salle si sonnait l'heure du nettoyage. Evidemment, les Fralinie partaient toujours les derniers.

Sans surprise, Callia était levée. Lisant distraitement un livre près de la fenêtre, elle discutait gaiement avec un associé de Gorchalas qui faisait preuve des plus grandes amabilités. Lorsqu'Elegnan entra suivit de la femme du commerçant, Callia sourit et il ne fut plus question que de remerciements pendant plusieurs minutes.

La salle se remplit de nouveaux arrivants et Callia, muette depuis quelques minutes, tira Elegnan à la fenêtre. A leur grand étonnement, une carriole défoncée arrivait depuis la route, soulevant un épais nuage de poussière. S'échappant discrètement vers la porte, Elegnan commença à s'inquiéter. Des visites à l'improviste ils en avaient mais jamais dans un tel attelage. Par une autre fenêtre, elle aperçut une silhouette gigantesque bondir hors de la carriole à peine arrêtée. Une silhouette qui dépassait largement de la tête et des épaules le garrot des chevaux. Un frisson lui parcourut l'échine. Se retournant elle aperçut Callia arrivant derrière elle. Son regard inquiet n'exprimait qu'une chose, aider Elegnan. Il suffit d'un hochement de tête de la bosmer et, feignant à la perfection un engouement enfantin, la brétonne entraina tous les invités vers le jardin, loin, très loin de l'entrée. Tandis que le petit groupe de nobles suivait Callia, jetant tout de même des coups d'œil intrigués vers la porte, Elegnan respira un grand coup et sortit discrètement la dague cachée dans une paire de bottes derrière la porte. Puis, un sourire de façade plaqué sur le visage elle ouvrit grand la porte :

« Keerava ! » cria-t-elle très haut. « Comme je suis contente de te voir ! J'avais oublié que vous arriviez ce matin. Par les Divins je peux être d'une bêtise ! »

Le ton enjoué rassura les invités trop curieux qui quittèrent les lieux et rejoignirent le groupe sans même se soucier d'apercevoir la dite Keerava. Une autre bataille commençait maintenant. Continuant sur sa lancée, Elegnan reprit : « Et tu as Aïcha avec toi ! Qu'est-ce qu'elle a grandi ! Elle est ravissante. Et elle a les cheveux de son père ! ». Puis se tournant vers l'orque gigantesque : « Et Durgash ! C'est si gentil à toi de les avoir accompagnés ! Je sais que tu es très occupé mais c'est gentil de passer nous voir. » Se dressant sur la pointe des pieds elle lui plaça un baiser sur la joue. « Ancus et Isabeau nous rejoignent bien dans 3 jours ? Ah ce que je suis heureuse ! ».

Leur libérant le passage, elle laissa retomber la dague dans la botte.

« Ta robe est magnifique Keerava ! Ce tissu vert est incroyable ! On trouve les meilleurs couturiers à Daguefilante pour sure ! ». Elle devait faire comme si tout était normal. Ne RIEN laisser suspecter ! Passant rapidement devant les différentes pièces, elle continua « Je sais que vous devez être éreintés mais s'il vous plait venez voir mes lavandes ! Elles sont splendides ! Ma fierté ! »

Ah elle était là ! Elegnan remarqua tout de suite que la servante altmer n'était pas naturelle. Elle non plus d'ailleurs. Elles étaient deux tiens ! « Nerussa vous serez gentille de courir me chercher Gorchalas. Accompagnez le jusqu'à mes lavandes d'accord ? ». En regardant mieux, Elegnan vit le balais et le seau d'eau pour nettoyer le sol à l'autre bout de la pièce. Nerussa ne pouvait pas avoir innocemment choisi de passer un coup de plumeau sur un meuble juste devant la porte...

« Tout de suite madame » répondit la servante en s'esquivant. Elle laissa tout de même son regard trainer longtemps sur l'argonienne et l'orque et enfin sur le bébé avant de continuer son chemin vers les cuisines.

Dès qu'elle eut disparut, Elegnan ouvrit la porte à la volée et entraina tout le monde dans le jardin. A peine arrivée aux lavandes elle les interpella : « Qu'est ce qui ne va pas ? » Elle était hystérique.

Keerava voulut ouvrir la bouche mais Durgash la coupa, la voix dur et déterminée : « Ancus et Isabeau sont morts. Le manoir a été attaqué par des assassins expérimentés. Quelqu'un nous en veut vraiment et à décider de passer à l'action. Ils veulent se débarrasser de nous. Du moins de ceux qui étaient activement contre lui si comme je le pense c'est un coup du Talmor. »

Choquée, Elegnan s'effondra sur un banc de pierre. Remontant les yeux elle vit Aïcha : « Et … Et Aïcha ? »

« Sauvée grâce à Keerava. Mais il s'en est fallu de peu. Tu l'as remarqué tout à l'heure. Sinon tu n'aurais pas commenté la robe. »

Se retournant, Keerava montra le tissu imbibé de sang autour de sa plaie rouverte.

« Assieds-toi Keerava, ils vont arriver. Nerussa ne doit pas voir que tu saignes. Elle et au service du Talmor. Sois toujours face à elle. »

Choqué, Durgash éructa : « Pourquoi est-elle chez vous ? ». Il porta la main à la poignée de l'espadon au travers de son dos. « Je te préviens Elegnan, c'est Aïcha avant vous ! »

Elegnan eut peur. Déjà elle apprenait que ses vieux amis venaient d'être sauvagement assassinés et en plus ses supposés alliés la menaçaient de mort.

Keerava prit alors la parole : « Tais-toi Durgash. C'est malin d'avoir cette soubrette chez eux. Le Talmor croit les avoir sous surveillance et ne déploie pas de moyens supplémentaires puisque leur espionne n'est pas découverte. Si jamais cette altmer vient à mourir ou disparaitre je ne doute pas que le Talmor se fera plus insistant pour découvrir les secrets de nos amis. Je suis certaine qu'Elegnan et Gorchalas ne lui laissent découvrir et transmettre que des choses inoffensives. Voir même interceptent les messages s'il le faut. C'est une sorte de protection et particulièrement ingénieuse si tu veux mon avis. Les derniers qui se sont opposés au Talmor complètement ont mal fini malgré un système de défense à toute épreuve. Je le sais, j'y étais… » conclut-elle en murmurant, les yeux rivés sur le petit corps d'Aïcha.

Gorchalas arriva enfin, talonné par Nerussa.

« Mes amis je suis ravi de vous voir ! » annonça-t-il bien plus naturellement qu'Elegnan. Il serra Durgash dans ses bras puis se pencha pour embrasser Keerava.

« Merci beaucoup de m'avoir prévenu Nerussa ! Vous ne m'annoncez que des bonnes nouvelles vraiment je ne sais ce que cette maisonnée ferrait sans vous. Vous êtes une perle. »

Toute confuse la servante bafouilla des remerciements.

« Nos amis resteront plusieurs jours, pouvez-vous aller préparer des chambres ? » demanda Elegnan.

« Bien sure » répondit l'altmer avant de s'éloigner lentement.

Gorchalas reprit haut mais toujours très naturellement « Ces deux semaines avec vous vont être magnifiques je le sens ! J'ai prévu tant de choses à faire ! Nous avions une partie de chasse hier mais je compte bien en réorganiser une durant votre séjour. Vous devez voir ça ! D'ailleurs vous pourriez discuter avec nos invités. Callia, l'ami d'Elegnan à une voix en or ! Les oiseaux se taisent pour l'écouter, c'est impressionnant ! Je dois juste allez vider une biche je vous retrouve au déjeuner. » et il s'éloigna.

Nerussa disparut dans la maison juste après le départ de Gorchalas.

Soulagée, Elegnan souffla : « Il a compris. Il sera à l'affut et il tuera l'oiseau que cette espionne enverra. Cet oiseau-là se taira à jamais. Et Nerussa sera convaincue d'avoir envoyée son message. »

Impressionnée, Keerava voulut complimenter Elegnan sur cette organisation mais elle ne put aller plus loin qu'un sifflement admiratif.

Durgash la coupa : « Bien joué c'est vrai. Mais même si le Talmor est pour le moment dérouté on ne peut être sure que ce soit lui qui ait payé les assassins. Et on ne sait pas s'ils ont abandonné la chasse ou non. Si ça se trouve ils sont en train de torturer un de mes contacts à Daguefilante et ils savent que nous nous sommes dirigés vers la pointe de la Brétonnie. Or il n'y a que vous que je connaisse dans la région. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne trouvent notre trace. On ne peut pas rester cachés. Nous devons partir et vite. Il n'y a qu'à Lenclume que Keerava et Aïcha seront en sécurité. Entre l'indépendance du pays et les réseaux de Shamar et Azzan dans l'alik'r, personne ne pourra les atteindre une fois là-bas. »

Il avait à peine repris son souffle, ne jetant que des regards au bébé gigotant et à la bosmer face à lui. Keerava résignée se contentait de jouer avec l'enfant.

Pensive, Elegnan finit par dire « Nous devons donc vous faire traverser la baie… Et je suppose que si tu n'as pas pris directement un navire à Daguefilante c'est qu'il y avait des raisons suffisantes… »

Un silence s'installa.

« Vous partirez… Ou vous attendez qu'un de nos navires de commerce fasse un crochet par ici pour monter dedans ou… Ou vous prenez la barge. Dès ce soir. » conclut-elle.

Durgash acquiesça content. Keerava intervint : « Tu es certaine Elegnan ? Je sais que tu tiens à ce bateau… Et, si nous prenons la barge, vous ne pourrez pas prétendre ne pas être impliqués… Alors que sur un bateau de commerce nous pourrions nous cacher.»

« Non c'est parfait. La mer sera calme ce soir. Même une barge pourra joindre Lenclume sans encombre. » Elegnan se tut puis se relevant elle dit simplement « Le paradis a quitté la Terre » et s'éloigna.

Sombrement, Durgash partit vers les écuries sans un mot. Keerava elle partit tristement vers la maison. Elle avait honte d'elle-même. Elle se sentait comme un corbeau noires ailes, noires nouvelles. Derrière elle venait l'hiver. Derrière elle venaient les larmes, la peur, le sang, la mort et le sacrifice.


Nerussa se leva de bonne heure le lendemain matin. Elle voulait se renseigner sur les nouveaux arrivants. Cela intéresserait surement ses supérieurs au plus haut point. Déjà, le message de la veille avait dû leur parvenir et ils étaient aux aguets, attendant les suivants.

Cependant, elle ne trouva personne dans les chambres. Les lits étaient bien défaits mais ils n'étaient pas là. Courant aux cuisines, elle apprit que l'orque était parti chasser très tôt avec Gorchalas comme cela était prévu. Elegnan n'ayant pas paru non plus, on pensait qu'elle avait emmené l'argonienne et l'enfant se promener. Intriguée, Nerussa accomplit rapidement ses premières tâches et partit vers l'embarcadère. C'était là que devait se trouver Elegnan vu qu'elle ne l'avait pas vue au jardin en allant arroser les plantes. Encore une fois elle ne vit personne. Désert et vide, l'embarcadère semblait ne plus accueillir que les fantômes.

Nerussa commença à revenir sur ses pas puis brusquement se retourna. La barge ! Elle avait disparue ! Courant jusqu'à la demeure, elle se rua dans sa chambre pour écrire une note rapide. Dès qu'elle eut fini elle grimpa dans la volière. Elle devait prévenir son contact ! Elle le DEVAIT ! Pour la gloire du Domaine elle le devait ! Arrivant essoufflée haut des marches elle chercha un oiseau… Et n'en vit aucun…

Bouche bée, elle s'appuya contre le mur encore suintant de guano. Il y avait encore la veille une centaine de volatiles… Au sol, les cadavres de plusieurs pigeons et colombes trahissaient un massacre volontaire. Les autres oiseaux effrayés ne reviendraient plus ou pas avant très très longtemps.

Il fallait qu'elle aille au bourg le plus proche et qu'elle donne la lettre à un messager pour Daguefilante. Descendant les escaliers, elle courut vers les écuries. Il devait bien y avoir une charrette pour le bourg prévue ce matin ! Elle trouva les écuries en pleine effervescence. Ca criait de partout au vol et au criminel mais personne ne semblait vouloir partir pour le bourg.

A ce moment-là, une voix claire appela Nerussa. Entre les palefreniers, Callia Fralinie lui faisait de grands signes.

« Nerussa venez vite avec moi. Vous êtes attendus au chevet de votre maîtresse. »

« Quoi ?! » Elle ne comprenait plus rien. Elle qui pensait accuser ces sales bosmers de ce coup tordu. Elle les imaginait déjà ayant fui clandestinement à Lenclume avec leurs invités. Elle les voyait même massacrer sauvagement leurs propres oiseaux…

La brétonne continua « C'est incroyable ! Ils ont volé la barge d'Elegnan vous vous rendez compte ! Ce sale orque hideux et cette argonienne perfide ! Ils se disaient leurs amis et ils leur ont volé leur bien le plus précieux ! Et égorgé tous les oiseaux de leur volière je viens d'y aller… C'était… Immonde » et elle trembla de dégout.

Nerussa ne comprenait plus. Les bosmers étaient des victimes ?

« En tout cas Elegnan vous veut spécifiquement à son côté. Ainsi que moi. Ce n'est pas un ordre de maître à servante Nerussa. C'est une demande d'amie à amie. Ils vous estiment beaucoup vous savez. Le vol de sa barge et surtout la trahison de ces amis ont laissés Elegnan dévastée. Je crains le pire pour elle. Vous devez la soutenir. Etre présent comme moi à son chevet tant qu'elle n'est pas remise. C'est le seul moyen de préserver son esprit. S'il vous plait Nerussa ! Pour elle ! Pour Gorchalas aussi ! »

Nerussa était perdue. Si tout cela était vrai, les bosmers étaient des victimes. Et si elle refusait ce que lui demandait la Fralinie pour courir au bourg envoyer un message, elle perdrait une opportunité en or de se rapprocher du couple et d'avoir plus d'informations plus tard…

En poussant la porte de sa maîtresse, Nerussa fut choquée. Alitée, pâle, les yeux gonflés, Elegnan reposait comme un cadavre. Ce qui restait de ses cheveux noirs dévastées faisaient une crinière clairsemée sur l'oreiller. La majorité de la jadis splendide chevelure trainait en poignées épaisses sur le sol. La bosmer s'était littéralement arracher les cheveux.

« S'il vous plait, dites-moi que vous serez avec moi pour l'aider. » insista Callia.

Ebahi, Nerussa hocha la tête. Elegnan ne pouvait pas jouer la comédie… Ce n'était juste pas possible…

« Pouvez-vous allez changer cette eau et ce chiffon s'il vous plait ? » lui demanda Callia « Ramenez de l'eau fraiche et un chiffon propre pour la rafraîchir »

« Tout… Tout de suite » dit Nerussa en sortant.

En parcourant la maison, Nerussa ne revoyait que le visage dévasté et cadavérique d'Elegnan. Les bosmers étaient forcément innocents… La situation était critique…

A la fontaine, elle jeta un regard implorant vers le ciel et pria de toutes ses forces « Pourvu que le premier oiseau soit arrivé ! »


Une fois Nerussa partit, Callia s'approcha doucement du lit d'Elegnan et s'assit à son côté. Les larmes aux yeux, elle embrassa le front de son amie.

« Tu étais obligée de faire ça ? » demanda-t-elle sanglotante.

Ouvrant ses yeux gonflés, Elegnan articula « Oui. C'est la meilleure solution… Pour tout le monde. Ils ont fui… Et nous sommes innocentés… Si pour nous sauver Gorchalas et moi il fallait tuer les oiseaux et perdre le bateau je suis prête à le faire. »

« Oui mais t'empoisonner ! Pourquoi ? »

Elegnan sourit « Tu es une des seule à qui j'ai parlée de ma période sombre… Quand j'étais un assassin… A l'époque je me suis mithridatisée contre la plupart des poisons. Et pour que Nerussa marche jusqu'au bout et qu'elle nous innocente… C'était nécessaire… J'ai beaucoup réfléchi avant de le faire… Mais l'occasion était parfaite… Keerava était une des seules personnes à avoir un poison assez puissant pour m'affecter… Normalement la dose n'était pas mortelle… Surtout pour quelqu'un en parti immunisée comme moi… Keerava est alchimiste, elle sait ce qu'elle fait… Enfin j'espère… »

« Tais-toi ! » cria Callia « Tais-toi ! Tais-toi ! Je ne veux pas savoir… » et elle fondit en larmes.


Excédé, Gorchalas balança la tête du sanglier dans la mer. Couvert de sang, il venait de passer sa rage sur la pauvre bête qu'il avait traqué toute la matinée. Seul sur son éperon rocheux, il avait besoin d'évacuer la tension. Sa femme était entre la vie et la mort… Sa FEMME ! Il avait juré devant Mara de l'aimer à jamais et pour des elfes cela avait une vraie signification ! Et il l'avait laissée s'empoisonner…

Contemplant la mer face à lui, il hurla… Si jamais elle mourrait il ne se le pardonnerait jamais… Et il se tuerait pour sure ! Il avalerait la même dose de poison qu'elle ! Il n'était pas immunisé lui ! Il mourrait de la même façon qu'elle… Mais avec bien plus de douleurs… Il se trainerait des heures au sol comme un chien ! C'était tout ce qu'il méritait… Unis jusque dans la mort…

Les yeux perdus dans le vague il repensa à Durgash et Keerava qui emmenaient Aïcha en sécurité à Lenclume… Tout ça pour les couvrir… Tuer les oiseaux passait encore mais le poison… Ils se devaient de le faire pour s'innocenter auprès de Nerussa, il ne cessait de se le répéter. Utiliser ses amis pour se protéger ne l'enchantait guère mais sinon Elegnan et lui suivraient de trop près la trace d'Ancus et Isabeau. Heureusement que Keerava était compréhensive. Elle avait même proposé discrètement de trouver une tactique pour les innocenter. Elle leur avait même proposé de partir avec eux. Durgash lui n'aurait jamais accepté qu'ils se protègent sur son dos. Si leurs morts faisaient gagner quelques minutes de vie à la petite, l'orque n'hésiterait pas à les sacrifier. Malheureusement, la seule solution que Keerava et Elegnan avaient trouvée était le poison. Lui n'en avait rien su. L'histoire de trahison ne tiendrait debout que si quelque chose convainquait l'espionne… Elegnan devait s'empoisonner pour feindre la dépression nerveuse… Heureusement l'argonienne savait à peu près ce qu'elle faisait en manipulant les poisons. Elegnan devait se remettre au bout d'une dizaine de jours. De quoi laisser les fugitifs atteindre la sécurité du palais d'Azzan…

Il se rappela leur rendez-vous sur l'embarcadère au cœur de la nuit. C'était lui qui avait décroché l'amarre pendant que là-bas Elegnan s'empoisonnait. Elle s'empoisonnait tandis la barge libérée glissait sous le ciel étoilé… Et lui, ignorant tout à ce moment faisait des grands signes à l'orque prêt à le tuer et à l'argonienne qui venait d'empoisonner sa femme.

Impuissant, il se demanda pourquoi jamais le bonheur ne durait. Tout s'était bien passé pendant plus de dix ans. Et il fallait que tout sombre à nouveau… Désespéré, il se demanda si c'était sa punition divine pour avoir quitté le Val-Boisé il y a près d'un siècle de ça… Ou bien pour avoir rompu le Pacte Vert… Ou celle pour n'avoir pas vu grandir son fils…