11h23.

« J'aimerai faire l'amour à du fromage de chèvre, j'aimerai faire l'amour… À du fromage de che-

- Allo ?

- Salut mec.

- … ?

À cet instant précis, Antoine a la vague impression que son cerveau s'est cassé aux Bahamas avec tous ses potos les neurones.

Il reste muet 5 secondes, se rappelle que respirer, c'est le meilleur moyen de rester en vie, inspire, expire. Et reprend calmement.

« Salut Mathieu. »

Il est très troublé, et a du mal à cacher son émotion.

« - … Comment t'as réussi à avoir mon numéro?

- T'as pas changé de portable depuis tout ce temps, et je l'ai retrouvé dans mes contacts.

-Ah. Et que me vaut l'honneur de ton appel ?

- Tu le sais, pourquoi je t'appelle. Je me doute que tu connais l'existence de ma chaine Youtube comme moi de la tienne. Et au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, il y a une sorte de guéguerre entre tes abonnés et les miens. Faudrait peut être faire un truc non ?

- Ouaip. On fait quoi du coup ? On calme le jeu en leur disant que c'est rien ? Je pense qu'il vaut mieux leur faire croire qu'on ne s'est jamais connus, ça va faire des histoires après. Et j'ai pas TELLEMENT envie qu'on découvre mon homosexualité, si tu vois ce que je veux dire.

-Ok.

- On fait comme ça, alors.

- Super. Ben du coup... À plus.

- À pl…

Bip… Bip… Bip…»

Il n'arrive pas à y croire. Il reste scotché un instant, son portable à la main.

C'est fou comme il a été froid et odieux.

C'est dégueulasse. Dire qu'il l'a aimé.

Mais pour une fois, Antoine ne va pas s'apitoyer sur son sort et pleurer toutes les larmes de son corps. Il en a assez de jouer la victime. Il va se consacrer pleinement à l'écriture de son prochain épisode, et vivre pour ça.

Regarder des vidéos bizarres sur le net lui changera les idées…

Mathieu, lui, est étendu sur son lit. Il repense à la discussion qu'il vient d'avoir.

Il s'en veut d'avoir été aussi peu conciliant. Il ne sait pas ce qui lui a pris. Il n'a jamais été aussi cassant auparavant.

D'autant qu'il ne l'appellait même pas pour ça, à la base, mais bel et bien pour reprendre contact avec lui. Mais qu'est ce qu'il a foutu, Nom de Dieu ?

Pris soudainement d'une vague de remords, il saisit son portable et compose une nouvelle fois le numéro d'Antoine

« Biip… Biiip… Biiip… Salut, c'est Richard. Vous êtes bien sur le répondeur d'Antoine, il n'est pas là pour le moment parce qu'il se branle probablement sur des photos d'ornythorinques.. Alors patientez, allez cuisiner des cupcakes ou regardez des vidéos de chat trop mignons en attendant qu'il vous rappelle. …À la fin de votre message, si vous souhaitez le modifier, tapez dièse.

Biiiiip ! »

Mathieu raccroche sans laisser de message.

Puis rappelle.

Et rappelle encore.

Et continuera comme ça jusqu'à ce qu'il décroche.

Antoine baisse le regard sur son portable.

37 appels manqués ?

Mais c'est quoi ce bordel ? À tous les coups c'est quelqu'un qui a balancé son numéro sur un forum, et il est bon pour se faire harceler sans arrêt.

Il n'a pas le temps de voir qui est le fou qui l'appelle depuis tout à l'heure que son portable vibre de nouveaux.

« -Allo ?

-Antoine ?

-C'est toi qui m'appelle depuis tout à l'heure ? T'es un malade!

-Antoine !

-Oui ?

-Tu m'as manqué, mec.

-…

-Antoine ?

-…

-Antoine, t'es mort ?

-…

-Antoine…

-…

- Antoine, je viens de croiser un T-Rex rose fluo habillé d'une mini jupe léopard à Pigalle, il m'a fais des avances pour un plan à trois avec sa meilleure amie la carotte prostipatétipute aux yeux de poney albinos. Il m'a aussi demandé le numéro de ta mère parce qu'il la trouve super bonne. Ça te dérange pas que je lui donne?

-… Attend, quoi ?

-Hahaha t'es trop bête ! »

Mathieu éclate de rire.

Ça lui fait du bien de retrouver son ami.

Antoine, quand à lui, sent ses joues virer au cramoisi. Une sale habitude qu'il n'a pas perdue.

« -En même temps, ça va pas de me dire ça comme ça toi ? Laisse ma mère en dehors de tout ça, tu veux bien ?

- Hé, quoi, je te déstabilise, gamin ? Et puis, faut avouer, moi j'aime bien les cougars un peu chaudasse là…

- Putain mais c'est super flippant ta voix, comment tu fais ça toi ?

- Un magicien ne dévoile jamais ses trucs, jeune Padawan, tu devrais le savoir.

- Non mais je pensais que tu faisais ça avec un logiciel moi !

- On n'a pas besoin de logiciel, nous gamin. C'est 100% naturel.

- Non, par contre là, sil te plait, arrête. C'est glauque. »

Ils restent encore quelques temps au téléphone, puis raccrochent, le cœur léger.

16 Juillet 2012

Mathieu, alors qu'il traînait sans grande conviction sur Facebook, voit une fenêtre de discussion s'ouvrir.

Antoine Daniel : Salut le nain! Je suis de passage sur Paris et je ne fais rien ce soir, je me suis dis qu'on pouvait peut être se voir, boire un coup ?

Mathieu Sommet : Ben... Pourquoi pas ? Je connais un café pas trop mal dans le coin, à Bastille ! Je t'envoie l'adresse par portable ce sera plus simple.

Antoine Daniel : Pas de problème ! Bon, je te quitte précipitamment, je dois aller fouetter d'adorables chatons et récupérer leur fourrure pour décorer les murs de mes toilettes. À + !

Mathieu souriait bêtement devant son écran d'ordinateur à la lecture de ce dernier message, avant de se reprendre et afficher un visage plus sérieux.

Il est 18 heures, il a encore une heure pour se préparer avant de partir.

« - Chérie ?

- Oui ?

- Je sors ce soir.

- Tu vas où ?

- Retrouver un ami d'enfance.

- Ok. Tu rentres à quelle heure ?

- Je sais pas vraiment, ça fait longtemps qu'on s'est pas vus.

- D'acc. De toute façon, ça fait longtemps que je voulais faire une soirée avec mes amies, c'est l'occasion !

- T'as raison ma puce. T'es la meilleure. »

Après lui avoir déposé un baiser sur le front, il part s'habiller.

Antoine stresse. Il ne connaît presque rien aux métros de Paris, bien qu'il y ait vécu deux ans, il n'a jamais pu s'habituer.

Après s'être trompé de ligne deux fois, puis de direction, il arrive à Bastille à 19h35.

D'après Google Maps, il a encore environ 10 minutes de marche pour arriver au point de rendez vous.

Antoine s'arrête, souffle.

Il regarde où il est, regarde son portable, re-regarde où il est, vérifie le nom de la rue, le numéro. Tout semble correspondre, il est bien à l'adresse que lui avait donnée Mathieu.

Alors pourquoi, POURQUOI est ce qu'il se trouve devant une sorte de salon de thé rempli de CHATS ?

Il hésite avant d'entrer, il est un peu complètement perdu, il regarde à droite, à gauche, cherche Mathieu du regard.

Il s'impatiente un peu, et finit par rentrer.

Mathieu, lui, est au coin de la rue et il hésite à tourner.

Ça fait vraiment longtemps qu'ils ne se sont pas vus, et puis, que pourraient-ils se dire ? Et si ils n'avaient plus aucune conversation ? Et si tout se passait mal ?

De toute façon, il n'y avait qu'une chance de le savoir… Il inspire, expire.

Il regarde sa main, quelques instants. Et enlève son alliance.

Il s'élance, et tourne le coin de la rue.

Il voit Antoine rentrer dans le café.

« -Bonjour Monsieur. Vous êtes seul ?

- Bonjour. Non, mon ami devrait arriver d'ici quelques minutes.

- Très bien. Vous connaissez un peu le règlement ?

-Euh… Non pas du tout. C'est la première fois que je viens ici, en fait.

- Aucun problème. Alors voilà, le désinfectant pour vous nettoyez les mains, vous avez le dorit de jouer avec les chats et de les caresser, mais nous vous prions de ne pas les reveiller pendant leur sieste et de ne surtout pas leur donner à manger. Voilà, vous pouvez vous installer à cette table au fond. Nous vous apportons la carte tout de suite.»

Il s'avance vers la table indiquée par le serveur.

À peine installé, il voit la porte s'ouvrir.

Un petit bonhomme, 1m65, avec un chapeau sur la tête. Un tout petit chaton s'élance alors vers lui et lui saute dessus. Le chapeau tombe, dévoilant ainsi les cheveux bruns en pagaille de l'homme.

Il le prend tendrement dans les bras et commence à lui faire des papouilles et à lui parler comme… Ben comme à un totu petit chaton trop mignon.

Il se relève, salue le serveur familièrement, se lave les mains.

Il scrute la salle et pose son regard sur le géant touffu qui le regarde, attendrit par le petit spectacle.

Un gigantesque sourire illumine le visage du petit homme, de même que Antoine se lève pour le saluer.

Mathieu (car, oui, c'était lui, quelle surprise !) se jette à son cou.

« - Putain, mec tu m'as tellement manqué ! Je suis trop content de te revoir. Comment ça va ? Tu vas voir, leur burger c'est une tuerie ! Bon par contre ça arrive de retrouver un poil de chat dans une assiette mais c'est pas trop grave c'est assez hygiénique t'inquiete pas !

-… T'as tes habitudes ici à ce que je vois !

-Oui, j'ai mes habitudes, je viens assez régulièrement ici avec Ma… Avec un pote. Tiens, tu vois ce chat là bas ? »

Il lui désigne la petite boule de poil qui lui a sauté dessus tout à l'heure.

« - C'est mon petit chaton à moi, il s'appelle Kiwi il est là depuis quelques mois, il est pas hyper mignon ? »

C'était un tout petit chat, au pelage blanc et beige et avec une petite tâche noire encerclant son œil gauche. Il était à croquer.

La journée continue, Mathieu l'entraîne dans quelques coins de la capitale qu'il connaît bien, ils finissent même la soirée dans un café assez branché.

C'est fou comme malgré toutes ses années, malgré toute la distance qui les a séparés, ils sont restés proches.

Ce fût très troublant pour Mathieu.

Il y repensait, une fois son ami parti. Il se sent tout gris sans son ami à ses côtés, c'est fou comme il se sent vide et fade quand il n'est plus là.

Il va retrouver sa femme, son chat, sa routine. Et cette pensée lui donnait mal au cœur. Il avait une boule au ventre, rien que d'y penser.

Bizarrement, il n'a pas envie de rentrer.

Il ne se sent pas au top, et au lieu de rentrer directement il décide de faire un tour encore un peu, seul, pour clarifier un minimum ses idées.