Mathieu ère dans la rue, coiffé de son éternel chapeau noir, en tee shirt, sous l'orage, la tête baissée, perdu dans ses pensées.
Pensées qui ne refusaient de quitter Antoine.
Rien d'amoureux, strictement rien. Enfin. Il croit. Non, non, rien d'amoureux. Juste… Une profonde affection, et un attachement très fort. La peur de le perdre à nouveau l'étraignait sans cesse depuis qu'ils se sont quittés.
Soudain, un cri hystérique le fait se retourner.
« -MATHIEU SOMMET ?! »
Mathieu se retourne, son visage entièrement changé. Il avait bien compris à l'intonnation de la voix qu'il s'agissait encore d'une de ses fans girls de treize ans qui devenait toutes rouges à sa vue et qui ne parvenaient qu'à bafouiller des futilités. C'est un spectacle souvent touchant, et puis elles ne sont pas méchantes, bien au contraires, elles sont mêmes plutôt attachantes. Mais il y a vraiment certains moments où il se passerait bien d'elles.
« - C'est moi même. À qui ai-je l'honneur ? » Dit-il un peu hypocrisement, avec un immense sourire, tout en détaillant la jeune femme qui se trouvait devant lui.
Dans les 20 ans, blonde. Assez grande, un sourire lumineux, et une certaine lueur étrange et mystérieuse au fond de ses yeux verts. Une clope à la main, elle est habillée assez légerement.
Quelque chose se réveille dans l'esprit de Mathieu, un instinct, un sentiment étrange et un peu malsain.
« Alexandra. Mais appelle moi Alex.
-Alex ? Alex… »
Mathieu s'approche d'elle dangereusement, prend son visage entre ses mains, puis l'embrasse à pleine bouche.
Bien qu'un peu surprise, Alex lui rend son baiser.
« - Ravi d'avoir fait ta connaissance Alex. Tu embrasses comme une déesse. »
Après ça, Mathieu part, sans même se retourner.
Antoine était assis dans un de ces sièges terriblements inconfortables du métro parisien.
Le train s'arrête. Les portes s'ouvrent. Une femme entre. Elle aurait été très mignonne si ses cheveux blonds n'étaient pas emmelés comme ça et si son maquillage n'avait pas autant coulé sous ses yeux, traçant de longues coulées de noir sous ses yeux.
Elle s'approche de lui, et s'assois juste en face.
« -Antoine… Antoine Daniel ?
- Hum… Oui, c'est bien moi.
-Décidemment, c'est bien ma soirée…»
Elle le regarde quelques instants, et fond en larmes dans ses bras. Il l'entoure alors d'un bras chaleureux, bien qu'il ne la connaisse absolument pas. Il connaît trop bien la douleur de la solitude pour l'ignorer et la laisser pleurer sans rien faire.
Son arrêt est dans deux stations, et il n'ose pas la repousser.
Il rate finalement son arrêt.
Et puis le suivant.
Et puis encore celui d'après.
Il est terriblement mal à l'aise, et ne sais absolument pas comment réagir. Il se contente alors de lui tapoter l'épaule en lui chuchotant des paroles rassurantes à l'oreille.
Au bout de six stations, elle se décolle de lui, et part sans dire un mot. Mais ses yeux parlent pour elle, et ils lui disent merci.
Il reste sonné, un instant, et finit par descendre à son tour avant que les portes ne se referment.
Il descend, et se perd dans Paris.
Lui non plus n'est pas dans son état normal, il a une forte envie inexplicable de pleurer également. Il finit par se diriger vers une boîte de nuit lugubre et délabrée.
Il ne sait même pas pourquoi il est venu ici, il déteste ces espaces clos, puant de transpiration et d'alcool, et hantés de jeunes femmes qui désespèrent de plaire à quelqu'un et qui cherchent un quelconque réconfort auprès de vieux gars dégageant une forte odeur mêlant alcool et cigarette.
Mais il sent la musique résonner dans ses veines, et une poussée d'adrénaline le pousse à s'élancer sur la piste de danse.
Après de longues minutes à danser (enfin si on peut appeler ça danser…) il se décide à aller au bar. Il se sent finalement étrangement bien et libre, personne ne fait attention à lui, il fait ce qu'il veut, comme il veut. Cette sensation est étrangement grisante.
Un homme s'approche de lui sans qu'il ne le voie.
« - Salut. Je peux t'offrir quelque chose ? Je t'observe depuis tout à l'heure et j'aime beaucoup ce que tu dégages… Un mélange de souffrance et d'abandon. Et aussi t'as un très très beau cul. »
La soirée avance, et ce qui devait arriver arriva. Ce ne sera qu'une fois de plus me direz vous.
Ils appellent un taxi.
Pendant tout le trajet, ils se pelotent sauvagement, sous les yeux du conducteurs (qui, soit dit en passant, avait l'air de s'en foutre comme de son premier radis), le désir entre les deux hommes étant déculpé par les effets de l'alcool.
Ils arrivent devant l'appartement d'Antoine. La tension est de plus en plus forte, ils ne parviennent plus à se maîtriser. À peine la porte fermée, n'en tenant plus, ils se déshabillent et Antoine entraîne son compagnon de nuit vers sa chambre. Il le pousse sur le lit, éteind la lumière et ferme la porte. (Ben oui, un minimum d'intimité quand même.)
Mathieu, après plusieurs heures de marche, arrive chez lui. Il a terriblement mal à la tête.
Il ouvre la porte doucement, il est, quoi, 4h du matin ? Heureusement que Margaux n'est pas là. Elle l'aurait tué.
Il s'avance vers la cuisine sans même prendre la peine d'allumer la lumière, prend la bouteille de jus d'orange et la vide. La boisson fraîche et sucrée lui fait du bien. Il meurt de soif.
Il se dirige ensuite vers sa chambre et s'étale de tout son long sur le lit. Il s'endort sans même prendre la peine de se changer.
« -Ça va Mathieu ? Tu t'es bien amusé ?
- Mais… Mais t'es qui toi ? Tu veux pas me laisser dormir ? Reviens demain, t'es gentil.
- Je suis ta conscience. Tu vis bien le fait d'être un connard ou ça t'es égal ?
- Attend attend, de quoi tu parles ? Oh et laisse moi tranquille. Je suis fatigué là.
- Oh non, je ne compte pas te laisser tranquille, pas avant que tu comprennes. Alex. Margaux. Antoine. C'est juste ce que tu leur fait ? Margaux : tu lui jures l'amour éternel, et quelques mois à peine avant le mariage, tu embrasses une inconnue dans la rue et tu te conduis de manière terriblement gay pendant toute la soirée. T-t-t-t-t. Ne cherche pas à nier, je suis toi. T'as eu envie de l'exciter hein ? Antoine je veux dire. Laisse moi te dire que c'est réussi. C'est gentil ça, aussi, pour lui. De lui donner tout ces espoirs. Tu le sais très bien qu'il t'aime encore ! Faut vraiment que ce soit moi qui vienne et qui te le dise pour que tu t'en rendes compte ? Ben dis donc mon coco, t'es pas sorti de l'auberge. Ensuite, Alex. Tu l'embrasses comme ça. Au calme, si je puis dire. Et tu la laisses en plan, comme ça. Pas de 'au revoir', pas de numero de téléphone, même pas une adresse, rien. Aucun moyen pour elle de te re-contacter. Tu n'imagines même pas la douleur qu'elle a pu ressentir. Tiens regarde ça. »
Une image se fixe dans l'esprit de Mathieu. Il reconnaît la ruelle. Il n'y a personne. Il voit Alex sortir et allumer sa fameuse cigarette. Il se voit, lui, passer à côté d'elle, tête
baissée. Il regarde la scène, les paroles échangées, le baiser. Il se voit partir. Et puis il voit Alex, des étoiles dans les yeux, le regarder partir. Elle laisse passer quinze secondes, trente secondes, une minutes, deux minutes, trois minutes, espérant que tu reviennes. Mais non. Elle sent alors les larmes monter, et lâche un petit « Au revoir… ?». Il la voit s'asseoir au bord du trottoir et se mettre à pleurer. Il voit ses amies arriver, la relever. Il la voit sangloter encore, puis s'arrêter. Il la voit ensuite s'excuser auprès de ses amies, puis prendre le métro. Il la voit pleurer dans les bras d'un mec dans le métro. D'un mec avec une touffe de cheveux impressionnante. D'un mec qui ressemblait trop, beaucoup trop à Antoine. Il le voit gêné, mais toutefois chaleureux et débordant de gentillesse. Son esprit alors ne se concentre plus sur la jeune fille mais sur Antoine.
Il le voit se diriger malheureusement vers une boîte de nuit délabrée. Il voit toute la scène, Antoine se lâcher sur la piste au son de la musique, les avances du jeune homme, Antoine qui cède, les baisers pleins d'ardeur dans le taxi, la violence et le désespoir de son ami dans ses actes et dans ses baisers. Et puis plus rien.
Sa conscience reprend la parole.
« -Alors ? Ça t'éclaires un peu plus sur le mal que tu sèmes sur ton passage ? Les gens t'aiment, Mathieu. Tu devrais prendre plus soin d'eux. Je te laisse dormir et y réfléchir. Mais crois moi, si tu ne changes pas, je reviendrai souvent. Très souvent. Allez, bonne nuit quand même. »
17 Juillet 2012
Quand Antoine se réveille, un immense frisson parcourt sa colonne vertébrale.
Il se redresse sur un coude, et remarque qu'il est tout seul dans son grand lit. Ses affaires sont pliées sur une chaise.
Un verre d'eau et une aspirine sont posés sur sa table de nuit.
Il se lève, enfile un caleçon et un tee shirt, avale d'une traite le contenu du verre, et se dirige vers la cuisine en passant une main dans ses cheveux pour les recoiffer vaguement. (chose strictement inutile : non mais serieux, vous avez vu sa touffe ?)
Il voit alors dans la cuisine un petit déjeuner déjà prêt, et son amant derrière la cuisinière en train de faire cuire du bacon et des oeufs. Lorsqu'il le voit entrer, il le salue et le gratiffie d'un immense sourire.
« -Ça va ? On a passé une sacrée nuit hier hein. Tu n'es pas trop fatigué ? Je t'ai préparé le petit déj'. Tu aimes le bacon hein ? Ah ce qu'il fait beau ce matin ! Tu as vu ce soleil ? J'adore l'été. C'est quoi ta saison préférée ? Non attend, laisse moi deviner. L'automne ? Ou… Le printemps ! Automne ou printemps ? Enfin quoiqu'il en soit, il faut toujours profiter des jours qu'on nous donne.»
Génial, se dit Antoine, sur tout les gays de la boîte il a fallu que je tombe sur le plus bavard. C'est bien ma veine.
« - Tu t'appelles comment, au juste ? »
Antoine vient de couper son 'ami' dans sa tirade.
« - Mathieu. Mais je t'en prie, appelle moi comme tu veux. Matt, Matthy, Matoune, tout me vas ! En fait mes parents m'ont appelés comme ça parce qu'ils sont fan de Mireille Mathieu (c'est d'ailleurs comme ça qu'ils se sont rencontrés.) Du coup ils ont dit : si on a une fille elle s'appellera Mireille et si c'est un garçon ça sera Mathieu. C'est drôle non ? Et toi ? Comment tu t'appelle ? »
Mathieu.
Mathieu.
Pas possible. Décidemment.
Il essaye de dissimuler sa surprise en répondant simplement :
« - Antoine. Mon meilleur ami s'appelle comme toi, c'est fou hein ? »
Ils passent encore quelques heures à parler. Bien qu'au début Antoine le trouvait un peu lourdeau, il s'est vite rendu compte que c'était dû à la gêne, et qu'il n'est pas du tout aussi bavard et futile que ça dans la vie de tout les jours.
Au fil du temps, Mathieu se détendait, et se montrait beaucoup plus naturel et interessant.
Et surtout, il avait un sourire magnifique.
Antoine, charmé, se fit en contrepartie plus bavard, et ils passèrent finalement toute la journée à parler. Il s'étaient découvert un nombre incroyable de points communs, et c'était très agréable de discuter avec lui.
« - Tu reste encore ici ce soir ou tu as des obligations ?
- Rien de prévu. Si tu as encore des bières en stock, ça sera sans problèmes ! »
Mais malgré l'effet que produisait Mathieu sur Antoine, celui ci gardait toujours l'autre Mathieu dans un coin de ses pensées. Il ne le quittait jamais.
Mathieu, lui a eu du mal à se lever.
À 14 heures, il sort du lit, titube, se rassois, calme sa tête qui lui tourne un peu, puis se dirige directement vers sa douche. Il empeste la sueur.
Il profite du contact de l'eau brûlante avec sa peau pour remettre ses idées au clair. Il repense à hier soir, à tout ce qu'il s'est passé, à ses retrouvailles avec Antoine, à Alex, et à son rêve étrange.
Il ferme les yeux un instant, s'adosse contre la paroi de sa douche, et s'endort, enveloppé par la vapeur tiède de l'eau chaude.
Quand il se réveille, il est allongé sur le lit, propre, en peignoir, les cheveux propres et brossés, Margaux à ses côtés.
Sans rien dire, il la prend dans ses bras et l'étreint longtemps, l'esprit toujours tourmenté par ce qu'il s'est passé la veille.
« - Il n'y aura plus d'eau chaude pour ce soir. Et tu risque d'être malade, quand je suis arrivée, tu étais sous l'eau froide. Essaye de faire attention chéri. On s'en sortira pas si tu épuise toute l'eau tout les jours. C'était bien ta soirée ? Tu as l'air crevé, tu es rentré à quelle heure ? »
Il se contente de grogner et de lui répondre :
« - Tard. J'étais content de le revoir. Il te plairait.
- Eh ben, tu n'as qu'à l'inviter un de ces quatres ! Ça pourrait être sympa.
-Mmh… »
