Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi :,(... reniflement tristounet, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic
JET DE PIERRE DANS UN LAC
"Changer une petite chose... peut tout changer."
Chapitre 1 – l'archer et le médaillon
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C'était une douce nuit de Rivendell. L'air qui avait longtemps été moite et chaud, s'était agréablement rafraîchit, et le jeune Estel savourait cet instant de paix avec l'insouciance des enfants, toujours préoccupés seulement par le présent, et ne craignant pas les démons du lendemain.
Il perçut soudain un mouvement dans sa chambre, mais se força au silence et à l'immobilité parfaite, observant la pièce au travers de ses longs cils noirs. Près de la porte d'entrée, se trouvaient deux grands êtres. Il était presque certain, sans savoir comment, que l'un d'eux était le seigneur Elrond. Il ouvrit les yeux de manière presque imperceptible, juste assez pour lui permettre de distinguer l'autre être accompagnant son père adoptif.
A la faible lueur venant des brûleurs extérieurs, et dont la lumière dorée et ténue passait au travers des longs voiles clairs pendants devant sa fenêtre, il distinguait à peine cette deuxième silhouette, immobile sur le seuil de la porte de sa chambre, un pas en retrait du seigneur Elrond. L'elfe avait des cheveux pâles, mi-longs. Ses yeux semblaient clairs et ardents, captant la moindre variation de lumière et la réfléchissant. Un lourd drapé semblait tomber depuis ses épaules sur le sol. C'était un elfe, il ne faisait aucun doute. Et pourtant, Estel était certain qu'il ne l'avait jamais aperçu dans le domaine de Rivendell. Il se tenait, droit et solide, mais néanmoins, il ne dégageait pas la même impression de force calme que le grand elfe à sa droite. On aurait presque dit un fantôme... Mais il ressentait de la curiosité émanant de cet être.
« N'est-il pas un peu petit pour son âge, Seigneur Elrond ? », finit par dire cet être étrange. Sa voix semblait un doux murmure, laissant la même impression que des plumes d'oiseaux caressant doucement la joue. La voix basse et chaude du seigneur elfe lui répondit doucement: « Il est bien connu que chez les Numénors, la croissance est tardive, jeune prince. »
Un prince ? Estel n'avait pas de souvenir d'une présence royale à Rivendell par le passé. Il n'y avait pas de roi à Rivendell. Juste le seigneur elfe. D'où cet être pouvait-il venir ? Le seigneur Elrond ne s'adressait d'ailleurs pas à lui avec la révérence due aux monarques. Il lui semblait détecter une pointe de tendresse presque paternelle dans le ton de sa voix.
« J'avais entendu ces dires, seigneur Elrond », souffla le prince. « Pourtant, il a déjà cinq ans... »
« Il est éveillé et nous écoute », la voix du seigneur Elrond n'était plus un murmure. Son ton était plus tranchant, plus dur. Nul besoin désormais d'éviter de réveiller l'enfant. Estel entendit un rire étouffé qui n'était pas celui du seigneur de Rivendell. « Rusé comme un renard... », dit la douce voix inconnue.
« Ceux de sa race ont besoin de ruse... Comme de beaucoup d'autres enseignements », reprit Elrond sur un volume de voix normal. « S'il est réellement celui que nous attendons, il aura besoin de cet enseignement tout autant qu'un autre pour survivre... »
Estel sentait une pointe de regret dans la voix de son père adoptif, comme s'il voulait lui éviter ce futur qui semblait s'étendre devant lui.
« Dors bien, jeune Estel », dit alors Elrond. « Demain, ton entraînement commence. »
Et aussi furtivement qu'ils étaient entrés dans sa chambre, les deux elfes disparurent dans l'obscurité au-delà de la porte, laissant l'enfant seul dans son lit, à ressasser les paroles qu'il avait entendue, et à essayer d'en comprendre les significations voilées qu'il y percevait.
Son entraînement commençait demain ? Mais à quel entraînement le seigneur Elrond faisait-il allusion ? Il apprenait les anciennes langues elfes, mêmes les anciennes variantes, abandonnées depuis longtemps. Il suivait assidûment les leçons d'art et de musique il avait également quelques notions de base en matière de combat... Mais au ton qu'Elrond avait utilisé, on aurait dit que le seigneur elfe était persuadé que ce nouvel entraînement lui plairait énormément... Mais qu'il en aurait jusqu'à plus soif ! Et même au-delà...
Et sur ces pensées, le jeune Estel finit par sombrer dans un sommeil hanté d'un rêve étrange dont le seul souvenir qu'il garda au réveil fut celui d'une pierre qui tombait dans une marre avec un bruit assourdissant.
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L'elfe passa sous une arche de pierre finement sculptée et entra dans la partie des jardins de Rivendell qu'on lui avait désigné.
La lignée d'Isildur..., songea-t-il, celui qui a plongé notre monde dans le chaos.
Sur un petit muret, au pied d'un jeune saule, se trouvait le jeune garçon numénorien, penché sur ce qui devait être un livre. Le prince sentit un élan de rage éclater en son esprit.
Je pensais que les gens d'Elrond lui auraient au moins appris à ne jamais tourner le dos à tout ouverture d'où pourrait venir un ennemi ! L'elfe soupira intérieurement. Il devrait apprendre bien plus de choses à cet humain qu'il ne l'avait songé initialement. Puis il se ravisa un peu, se souvenant que cet endroit n'était pas en guerre constante comme son pays natal, et qu'une telle parano n'avait pas sa place ici.
« Je vous ai entendu arriver quand vous avez descendu les marches de pierre vers les jardins, jeune prince », dit doucement le garçon sans se retourner. « J'avais d'abord reconnu votre pas dans le hall. »
L'elfe serra les mâchoires. « Ces sons, auraient pu être imités !». Il avait du mal à ne rien laisser filtrer de la colère qui montait en lui.
« J'aurais pu faire la différence », dit simplement l'enfant d'une voix claire, en posant le livre à côté de lui et en tournant un visage souriant vers l'elfe.
Il m'a juste entendu marcher hier soir près de sa chambre. Aurait-il réellement pu se souvenir du son ? Ou est-il en train de me bluffer ?
Estel pouvait enfin voir cet elfe étrange en plein jour. Ses cheveux blond pâle étaient tressés sur ses tempes et retombaient légèrement en dessous de ses épaules. Il était rare à Rivendell de voir des elfes avec des cheveux aussi courts. Mais ce ne fut pas ce qui piqua la curiosité d'Estel. L'elfe portait un arc long dans son dos, et des flèches à empennage clair dépassaient de son dos. Il tenait un sac de cuir foncé, long et plat, sur son côt il était vêtu d'une tunique courte, dont les couleurs semblaient ternes en comparaison avec les drapés majestueux et colorés des résidents de Rivendell. C'était les couleur de la terre et des arbres, réalisa ensuite Estel. Il comprit instantanément pourquoi cet être était ici.
C'est un guerrier. Il est là pour m'apprendre les arts du combat.
Il se sentait excité à cette idée. Il avait déjà eu des bases d'entraînement avec des elfes locaux, mais le fait qu'on ait fait venir de l'extérieur quelqu'un dont la guerre semblait le quotidien, présageait un entraînement dont il se délectait à l'avance !
« Je me nomme Estel Ellessar», dit l'enfant d'une voix claire, « fils d'adoption du seigneur Elrond du domaine sacré de Rivendell ».
L'elfe face à lui souleva légèrement un sourcil. L'enfant avait-il réellement voulu crâner, pour se montrer à la hauteur du rang de la personne face à lui ? Il prit une profonde respiration et répliqua sur le même ton.
« Je me nomme Legolas Greenleaf, fils du Roi Thranduil du royaume sylvain de Mirkwood ». Et ironie du sors, c'est à moi qu'on demande de former un humain. Et un descendant d'Isildur qui plus est !
Le prince fut légèrement surpris en voyant Estel effectuer le salut réservé à ce genre de rencontre : la main sur le front, les doigts serrés, trois d'entre eux touchant réellement la peau, puis le bras descendant, le poignet au milieu de la poitrine, le poing serré légèrement serré d'abord, puis la paume s'ouvrant vers le ciel. L'enfant avait fait ce geste avec une profonde gravité qui arracha un doux sourire à l'elfe.
Au moins, ils lui ont donné les enseignements de base.
Legolas se prit à considérer cet humain qui se conduisait comme un elfe. Puis il se souvint de ce que le seigneur Elrond lui avait dit : cet humain de Numénor avait du sang elfe dans les veines. Cela pouvait expliquer pas mal de choses. Pourrait-il apprendre le combat comme un véritable elfe ? Cela restait encore à vérifier. Il posa le sac de peau à côté de lui.
Estel en vit sortir diverses armes, mais celle qui capta le plus son attention et qui faillit lui arracher un cri de joie, fut un arc sylvain clair finement courbé, dont la corde semblait argentée...
Et dont la taille était parfaite pour lui.
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Le soleil commençait à se rapprocher de l'horizon, teintant le ciel de lueurs rosées, dorées et pourpres. Elrond s'avança lentement sur un pont de bois aux branchages torsadées et regarda l'allée d'arbres en bas. Il ne put empêcher un sourire de se peindre sur ses traits face au spectacle qui s'y déroulait : le prince Legolas, un des maîtres-assassins de Mirkwood, baissant sa garde afin de transmettre à un enfant humain son savoir. Ce qui plaisait en réalité à Elrond, c'était de voir que le prince pouvait sourire. Lui qui était toujours de mine si grave, et qui ne desserrait habituellement les mâchoires que pour parler stratégie de combat, découvrait un autre côté de lui-même. Et Estel devrait peut-être freiner son côté turbulent pour ne pas s'attirer les foudres de son instructeur. Quelque part au fond de lui, son instant avait certainement du lui faire comprendre le danger potentiel qui pouvait émaner de cet elfe. Elrond en était certain.Le seigneur elfe était assez fier de lui. Il avait l'habitude de tenter ce genre d'expériences, et mettre des opposés dans la même équipe pour voir la chimie qui pouvait s'opérer mais jusqu'à l'arrivée de Legolas dans le domaine de Rivendell la veille, il n'aurait jamais songé à mélanger ces extrêmes : un enfant humain turbulent et débordant d'énergie – généralement doué pour les mauvaises blagues - et un elfe guerrier n'ayant apparemment pas une once d'humour, et qui de surcroît avait grandit dans le mépris et la haine de l'humain.
Bien sur, le début de leur rencontre s'était fait sous une surveillance discrète mais renforcée. Puis quand il s'était avéré que Legolas n'essayerait pas de tuer Estel – bien qu'Elrond se disait avec le recul que si Legolas avait réellement voulu tuer Estel, aucun elfe de Rivendell n'aurait pu intervenir à temps – le professeur et l'élève avaient été laissés à eux-mêmes.
Et depuis son pont d'observatoire, Elrond avait du mal à croire ce qu'il voyait, surtout la rapidité avec laquelle Legolas avait baissé sa garde, même si cette garde n'était pas encore complètement baissée. Au regard qu'Estel levait vers lui, il était clair que l'humain adorait cet elfe.
Et les voyant dans ce mélange d'entraînement et de jeu, Elrond se dit que petit à petit, pierre par pierre, l'édifice de haine entre les races pouvaient être détruits, avec l'arme de l'espoir.
Legolas se sentait heureux comme il ne l'avait pas été depuis longtemps. Il se rendait compte que ces moments de simple joie étaient si rares d'où il venait, qu'il pouvait les reconnaître et les savourer dès qu'ils les retrouvaient sur son chemin. Il les savourait comme seul quelqu'un ayant toujours connu la guerre peut tomber en extase face la vue d'une plaine fleurie sous un soleil de printemps.
Il regardait Estel armer à nouveau son petit arc. Ils s'étaient entraînés toute la journée, et l'enfant humain ne semblait pas se lasser. Il voulait continuellement recommencer, encore et encore, pour améliorer sa précision de tir, ou la distance à laquelle il pouvait envoyer ses flèches. L'elfe sylvain avait bien remarqué que depuis quelques heures, cette distance diminuait sensiblement, trahissant la fatigue de l'enfant, mais jamais Estel ne voulait arrêter. Pourtant il remarquait bien qu'il s'affaiblissait et que son tir, s'il était plus précis que ce matin, était également moins puissant... L'enfant rageait intérieurement, Legolas pouvait le sentir, et il devait méprendre sa colère pour de la force. Il dormirait bien cette nuit, se dit l'elfe en souriant, et ses bras le feraient souffrir pendant les jours à venir. Une autre leçon qu'il tirerait de cette première journée.
Estel sentait la fatigue le gagner, mais il craignait moins la fatigue en elle-même que la lassitude. Pourtant, elle aussi menaçait de poindre le bout de son nez. Il voulait continuer à tirer encore et encore, mais sentait l'ennui qui commençait à le chatouiller. Et puis, sa fierté était à rude épreuve : il voulait prouver à Legolas qu'il était un très bon élève. Il voulait que l'elfe puisse être fier de lui. Il fallait qu'il trouve quelque chose d'autre que l'habituel tir sur cible de paille.
Et puis son regard fut attiré par un mouvement dans les branches du chêne sur la gauche du rocher où sa cible était appuyée. Il leva les yeux et vit deux colombes à ramures claire qui s'étaient rassemblées l'une contre l'autre, comme pour s'abriter de la fraîcheur de la soirée qui allait tombait. Elles observaient paresseusement l'activité en bas, et semblaient parfois sur le point de somnoler. Estel se dit que cela pourrait faire une cible intéressante. Elles n'étaient pas loin, mais étaient plus petites que sa cible habituelle.
S'il parvenait à en toucher une, peut-être que Legolas serait fier de lui...
Il tendit la main vers une flèche dans le carquois qui reposait sur son côté...
Et l'instant d'après, il heurtait la terre brutalement, sentant ensuite l'impact d'un autre corps contre le sien. Il eut sa respiration coupée et cligna plusieurs fois des yeux pour s'orienter. Il regarda sur sa droite, et vit que Legolas était également au sol.
Il sentit un froid glacial l'envahir alors qu'il tentait de comprendre ce qui s'était passé. Il se sentait coupable, sans savoir exactement de quoi.
Une fraction de seconde plus tard, Legolas roula sur lui-même et se redressa à demi, un genou en terre, et la main droite fermement serrée autour du bois d'une flèche. « Tu ne dois pas tuer gratuitement, jeune inconscient! ». La voix de Legolas était sévère, mais pas aussi ferme qu'il ne l'aurait voulu. Estel sentait qu'il devait maîtriser une colère qui avait une source autre que ce qui venait de se passer.
Mais que s'est-il passé, à propos ? La dernière chose dont je me souvienne, c'est d'avoir voulu prendre une flèche dans mon carquois... Legolas a-t-il deviné ce que j'avais en tête ? Mais il n'avait pas besoin de me jeter au sol de cette manière. N'aurait-il pas simplement pu me parler ? Les elfes sylvains sont-ils tous fous ?!
Il sentait une colère monter en lui face à tant d'injustice, et voulu rétorquer à Legolas, quand ses yeux se portèrent sur la main qui tenait la flèche. Sa flèche, remarqua-t-il. Un fin filet de sang s'écoulait entre les doigts pâles de l'elfe. L'enfant oublié la douleur sourde de sa propre épaule meurtrie par la chute, et leva un regard horrifié vers l'elfe. Il vit alors que ce dernier avait récupéré la presque totalité de son calme.
Legolas s'agenouilla près de lui. « Tu ne dois jamais tuer qu'un ennemi », commença-t-il d'une voix plus douce, mais ferme, comme un professeur apprenant pour la énième fois une leçon à un élève peu doué, « ou si tu dois te nourrir de ta cible. Vois-tu ces colombes ? », il les montra de sa main gauche. Estel vit qu'elles n'avaient pas bougé, juste un peu moins somnolentes qu'avant, observant la scène se déroulant sous yeux d'un air nonchalant. « Elles forment un seul couple, pour toute leur vie. Si tu avais tué l'une d'elle, tu aurais condamné l'autre à mourir de solitude et de tristesse... Comme les elfes », ajouta-t-il après un moment.
Si j'arrive à lui inculquer des valeurs de base, pour qu'il ne devienne pas un tueur d'elfe, j'aurai déjà amélioré la situation, pensa-t-il alors.
« Legolas... », commença Estel d'une voix tremblante, « ta main... ». Legolas abaissa son regard et vit le fin filet de sang qui s'écoulait entre ses doigts. Il ouvrit la main et vit l'écorchure sur sa paume. Il secoua les épaules et regarda à nouveau Estel. « Ce n'est qu'une égratignure », dit-il d'un ton désinvolte, comme s'il n'y songeait déjà plus, « elle cicatrisera vite. »
Estel fronça les sourcils. « Vous ne pouvez pas mourir, c'est ça ? »
Legolas lui jeta un regard en bied. « En combat, il nous en faut beaucoup, c'est vrai, mais... », et il redésigna les deux colombes qui s'étaient à nouveau laissé gagner par la somnolence, « ce qui aurait pu tuer la deuxième colombe, tuerait certainement un elfe. »
« L'amour peut vous tuer ? », Estel avait presque oublié le fait qu'il ne parvenait pas à se souvenir de ce qu'il s'était passé entre le moment où il avait voulu prendre la flèche et le moment où Legolas l'avait poussé sur le sol, tant l'enseignement que l'elfe lui apportait maintenant lui semblait intéressant.
« La perte... », dit doucement Legolas, tout en se maudissant intérieurement après coup de révéler un tel point faible – leur plus grand point faible – à un humain qui avait autant la possibilité de devenir leur pire ennemi en grandissant, que leur meilleur allié contre les forces de Sauron.
« Et toi, Legolas », reprit Estel, « Es-tu amoureux ? ». Legolas souleva des sourcils surpris, et demeura un instant abasourdi par la question, puis son visage se vida lentement d'expression. « Non. Et je ne le serai jamais, je pense.», ajouta-t-il un peu amer.
« C'est super ! », s'écria Estel. A nouveau, Legolas souleva des sourcils interrogatifs. Estel lui fit un large sourire. « Comme ça, ça voudra dire que tu ne mourras jamais, et qu'on pourra être toujours amis ! ».
Legolas fut à nouveau abasourdi par la réflexion d'Estel. Cet enfant ne connaissait ni vraiment l'amour, ni vraiment la mort, et pourtant d'une phrase simple, il avait trouvé la réponse à la question de l'existence que se posait le prince : L'amour donnait le goût à la vie. Mais si on ne vivait pas, on ne pouvait pas mourir.
Bien sur l'enfant n'avait pas formulé cette idée en ces termes, mais c'est ainsi que Legolas la comprit. Il s'assit lentement en tailleur face à l'enfant humain. Pendant un moment il fixa le sol entre eux, puis redressa un triste sourire vers Estel. « Je ne pense pas que tu comprennes tout ce que tu viens de me dire, jeune Estel », commença-t-il avant de faire quelque chose qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir accomplir un jour. Il leva une main vers les cheveux de l'humain et les ébouriffa affectueusement. « ... mais tu es assez perspicace... ».
« Alors, on va rester ami pour toujours ? », demanda l'enfant, les yeux larges et pétillants de joie.
Legolas considéra un instant la situation. La veille, Elrond était venu le trouver pour lui demander s'il voulait bien faire fit de sa haine de l'humain et entraîner l'héritier d'Isildur et aujourd'hui, cet enfant qu'il aurait du haïr, avait brisé sa garde sans qu'il s'en rende compte. Legolas réalisa qu'il n'avait plus parlé aussi librement avec quelqu'un depuis des centaines d'années. Peut-être même des millénaires. Il sourit devant l'absurdité de la situation. Cet enfant qu'il aurait pu tuer en toute légitimité, lui tendait la main, quémandant – et lui offrant - quelque chose qu'il pensait avoir oublié.
L'amitié...
Legolas savait qu'il ne serait pas transformé d'assassin en agréable ami en un clin d'œil, mais il avait conscience de ce que l'enfant avait fait: mettre en place un processus de transformation que lui seul pouvait arrêter.
Voulait-il continuer à vivre dans la haine, ou la duret ? L'enfant lui avait en quelque sorte montré la porte, mais c'était à lui qu'il revenait de l'ouvrir.
Il porta les mains à son cou et ses doigts effleurèrent une chaîne, qu'il dégrafa. Estel le vit qui retirait de sa tunique un médaillon en forme de feuille verte, retenu par une fine chaîne. Legolas le maintint devant ses yeux un instant, laissant les souvenirs lié à ce médaillon s'écouler dans son esprit comme un fin ruisseau clair et frais. Puis après un moment, il sourit doucement et tendit les mains vers l'humain, passant le médaillon autour de son cou.
Estel regarda le médaillon à son cou sans comprendre au début. Legolas posa une main sur la feuille verte de métal, sentant sous ses doigts fins la délicate sculpture des elfes des bois. « C'était un cadeau de ma mère », dit- il doucement. « Cela symbolise mon nom... ». Il leva les yeux vers l'enfant et sourit. « Oui... Amis pour toujours... ».
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Elrond s'avança lentement jusqu'au lit où reposait Estel. Il avait glissé un bras sous la couverture de soie légère et ramené l'autre sur sa tête. Il semblait exténué aux yeux d'Elrond. Mais pas étonnant, se dit le seigneur elfe, après la journée d'entraînement qu'il avait eu. Bien qu'il se disait qu'entre le maître et l'élève, celui des deux qui avait vécu le plus grand changement et qui avait appris le plus, n'était pas qui on pouvait croire.
Il songea au prince de Mirkwood, avec son habituelle réserve et sa fierté. Se sentant sans cesse dans l'obligation de cacher toute faiblesse. Elrond avait du le forcer dans ses derniers retranchement pour qu'il accepte de lui montrer sa main blessée. Le seigneur elfe avait réalisé que le prince avait eu raison en disant à l'enfant que sa blessure cicatriserait vite. Mais il était un archer, et il avait besoin que ses bras et ses mains, soient en parfait état. On ne pouvait jamais savoir quand on aurait besoin de lui. On ne pouvait jamais certifier qu'il n'y aurait pas d'attaque d'orcs pendant la nuit...
Elrond avait froncé légèrement les sourcils en examinant la main de Legolas. Sous prétexte de devoir retirer un morceau de bois de la plaie, il avait du la rouvrir légèrement. Il y avait eu un fin filet de sang, qui s'était très vite tarit.
Coagulation ultra-rapide, s'était dit Elrond, surpris. Une drogue que les elfes sylvains utilisent pour limiter les hémorragies en combat et augmenter leur chance de survie ? Il faudrait qu'il enquête là-dessus.
Estel prit alors la parole, comme s'il avait lu les pensées du seigneur elfe.
« Comment va la main de Legolas ? ». Sa voix était traînante, et il était clair que soit il luttait contre le sommeil, soit il venait de sortir d'une phase de somnolence.
Elrond sourit doucement devant le lien qui s'était tissé si rapidement entre l'humain et l'elfe. « D'ici quelques jours, ce sera comme si elle n'était jamais arrivée... ».
Estel se redressa alors, portant un regard fatigué mais troublé sur le seigneur elfe. « Père... Au sujet de ce qui s'est passé... »
« C'est un incident », dit simplement Elrond pour essayer de le rassurer. « Tu as voulu viser les colombes et Legolas t'en a empêché. Mais il y a eu plus de peur que de mal », ajouta-t-il à nouveau sur le ton du professeur à l'élève. « Souviens toi de l'enseignement que Legolas t'a donné à ce sujet. »
« Non... », reprit Estel, mal à l'aise, et fronçant les sourcils. « C'est juste que... Je ne me souviens pas d'avoir visé les colombes. » Il entendit la respiration d'Elrond ralentir légèrement. « Que veux-tu dire ? », dit ce dernier sur un ton légèrement surpris.
« Je me souviens d'avoir voulu les viser... d'avoir voulu prendre la flèche dans le carquois... », l'enfant marqua une pause, « puis de m'être retrouvé au sol avec Legolas... Tout ce qui s'est passé entre, c'est le noir total. »
Elrond demeura silencieux un moment. Estel relevant les yeux sur lui, vit que son regard était orienté vers la fenêtre de sa chambre par laquelle les lueurs de la lune perçaient. Il semblait perdu dans ses pensées. « Peut- être que c'est du au choc... », finit-il par dire. « J'étais sur le pont, et j'ai tout vu. Legolas n'y a pas été de main morte quand il t'a poussé. Tu t'es peut-être cogné la tête un peu fort... ».
Qui est-ce que j'essaye de convaincre ? Cet enfant, ou moi-même ?
Estel eut un faible sourire. « Oui, peut-être... ». Puis rassuré par cette simple explication, il se rallongea à nouveau dans son lit douillet et s'endormit avant même qu'Elrond eut quitté la pièce.
Le seigneur elfe s'adossa doucement à la porte qu'il venait de refermer et ferma les yeux, perdu dans ses pensées. Après quelques instants, il les ouvrit et regarda la foret du dehors, baignée dans la nuit.
Non, ça n'est qu'une coïncidence... Rien d'autre...
Il secoua les épaules pour chasser son trouble et se dirigea vers son bureau, afin de prendre connaissance des derniers rapports de guerre que Glorfindel lui avait remis au sujet de Mirkwood.
Il ne resongerait plus à cet incident avant quelques semaines, quand d'autres incidents de ce genre se reproduiraient...
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A suivre
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Alors, contents tout le monde ? :) A peine 24 heures entre les deux chapitres ) Je ne sais pas si je pourrai continuer ce rythme là vu les examens qui commencent la semaine prochaine, mais j'essayerai au moins un par semaine )
Alors maintenant, les réponses aux questions dans les REVIEWS
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Luinil Azuretoile : Mh "l'effet pappillon" version Seigneur des Anneaux. Voilà qui promet d'être super intéressant !
attend sagement la suite
Roselyne : Et la gagnante est Luinil !!! :D
Alors, un dessin de ton choix, pour la peine ) (que je te ferai quand mes examens seront terminés ) )
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Aelea WoOd :
Hum je vois que tu connais l'effet papillon ...
Roselyne : C un de mes films favoris :D Je l'avais vu une dizaine de fois avant sa sortie ciné (vive les dixv et emule -) )
Aelea :
Je ne m'en suis aperçue qu'a la fin du chapitre quand il écrit sa lettre. Sa m'a un peu déçue. Car bon maintenant je sais un peu la trame de l'histoire, et le debut ma beaucoup intrigué.
Sa peut-etre une idée interessante pour la suite, mais sa serait dommage que tout soit copie du film, avec juste les persos du SDA qui changent.
Roselyne : Pas d'inquiétude à ce sujet ) Ce n'est pas la première fois que je mixe un film et LOTR... et refaire du transcript de base, ça me ferait ch(...) ) Non non, y aura des variantes je te rassure :D
(mais j'en dis pas plus sinon je pète le suspens, heu ! )
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Syl2Sy :Ca commence trop bien!
Vivement la suite!
Roselyne : Mirci Contente ? :)
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Lisandra : C'EST SUPER, CONTINUE, JE VEUX LA SUITE !
Roselyne : Ça va comme ça ? :)
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Elysabeth :
la suite?
c'est ça le mot magique?
Roselyne : LOLOLOLOLOL!!!!!!!!!!!!!!! :)))))))))))))))))) Non, mais c'est bien essay )
Mais c'est Luinil qui a gagn )
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Randomreviewer() :
Ca a l'air prometteur. TRES prometteur. T'as pa sintérêt à nous faire attendre trois mois pour la suite...
Roselyne : Rhoooo, tout de suite... Non mais, quelle réputation me fais-tu l ? sourire angélique O;-)
