Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi :,(... (reniflement tristounet), mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic
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JET DE PIERRE DANS UN LAC
"Changer une petite chose... peut tout changer."
Chapitre 4 – les chemins sombres de l'avenir
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L'air était stagnant dans la salle des soins. Le soleil se couchait lentement par delà les arbres entourant ce petit bâtiment à l'écart de la grande bâtisse. Le regard d'Elrond se porta sur les taches d'ombre et de lumière qui couraient sur les murs pâles. Il recherchait vainement une source de paix, quelque chose pour l'isoler un moment du tourment qui le hantait. Il avait espéré que le décor de la salle des soins, avec ses longs voiles clairs voltigeant dans le vent, et le doux murmure de la rivière non loin, l'apaiserait et lui enlèverait le poids posé sur son cœur. En vain.
Il posa ses mains à plat contre ses tempes, le long de ses oreilles, et pressa doucement. Chacun de ses doigts ressentait sa tension intérieure. La tension et la lassitude… De plus en plus ces derniers temps, il se disait qu'il finirait par ne plus voir en Glorfindel qu'un noir corbeau amenant de sombres présages. Il ferma les yeux et se plongea en transe de relaxation. Ses mains contre sa tête demeurèrent son seul foyer de perception sensorielle.
Cent quarante quatre battements de cœur…
Elrond avait l'habitude de faire cet exercice. Depuis son plus jeune âge, à l'époque où son frère n'avait pas encore choisit la voix des mortels, c'était une des premières choses que sa mère, grande guérisseuse, lui avait apprise. Exactement cent quarante quatre battements. Après tous ces millénaires d'entraînement, il n'avait plus réellement besoin de les compter. Son esprit faisait inconsciemment office de métronome. Quand il rouvrit les yeux, il se sentait presque mieux.
Presque.
Durant toute sa vie, ces séances de cent quarante quatre battements lui avaient permis de regagner un contrôle de soi sans faille. Ce soir cependant, ses pensées avaient dérivé loin en arrière dans la spirale du temps. La lignée d'Isildur.
Combien de générations Galadrielle et lui-même n'avaient-ils pas surveillées de loin ? Quand ils avaient pressenti l'affaiblissement du sang de numénor, ils étaient intervenus, arrangeant certains mariages plutôt que d'autres, afin de renforcer le sang. Il fallait que tôt ou tard, la race des numénors puisse ressortir des ténèbres, forte de son potentiel d'antan. Toute trace de faiblesse devait être écartée, ou atténuée au possible.
Elrond fronça involontairement les sourcils au souvenir d'Arathorn. Quand il avait rencontré Gilraen il y avait maintenant quelques années, le seigneur elfe n'avait rien décelé de mauvais chez cette humaine. Elle avait été de nombreuses années en contact avec les elfes et connaissaient leurs us et coutumes. Cela paraissait un bon choix pour Arathorn. Et comme l'humain semblait être profondément attaché à elle, Elrond n'avait rien fait pour empêcher leur union.
Après quelques années, Elrond avait observé un comportement légèrement étrange chez la femme humaine mais il avait tout d'abord attribué ces troubles au stress auquel elle devait faire face – le destin de la lignée d'Isildur était toujours lourd, et souvent atroce. Seulement, maintenant, alors qu'il n'avait aucune source de tension semblable à ce que sa mère avait traversé, Aragorn manifestait lui aussi des symptômes similaires…
Elrond sentait la peur s'immiscer en lui. Tout se passait comme s'il n'avait vu que la surface d'un fleuve aux eaux tumultueuses, pour être ensuite plongé par Glorfindel dans ses formidables remous intérieurs. Il se sentait ballotté en tout sens, à la recherche de repères. Il se concentra pour tenter d'imposer le calme à son esprit. Le prince de Mirkwood allait arriver sous peu, et il fallait qu'il soit en pleine possession de ses moyens mentaux pour l'entretien qui allait suivre.
Car dans un cas comme dans l'autre, il allait se retrouver face à une route qu'il ne voudrait pas prendre. Seulement, le point de non retour avait déjà été passé, et il savait qu'il était impossible maintenant de faire marche arrière.
S'il trouvait des cicatrices sur le corps de Legolas, cela pouvait être un poison à retardement dans l'esprit du jeune elfe. Selon la suggestion de Glorfindel, le prince serait envoyé à Lothlórien sous la garde de dame Galadrielle qui essayerait de guérir son esprit autant que son corps, mais jamais le prince ne reverrait les siens. Elrond serra ses lèvres minces. Legolas avait tellement l'habitude de cacher ses blessures physiques autant que morales, il pouvait déjà être gravement atteint sans que rien du processus mortel ne fut visible à l'extérieur. Il se pourrait bien que la seule manière dont Galadrielle puisse le sauver de la mort, soit de rendre son esprit complètement vide de toute inquiétude et souvenirs… Aussi réactif qu'une plante.
De toute manière, une enquête serait menée contre le roi de Mirkwood afin de vérifier son implication dans l'état de Legolas, et Thandruil serait destitué de ses titres et de ses droits s'il s'avérait qu'il avait réellement battu son fils. Les elfes acceptaient difficilement le meurtre d'un elfe par un autre, mais les tortures gratuites? Jamais.
Bien sur, il y avait toujours la possibilité que Legolas lui-même se soit infligé ces blessures, et le seigneur de Rivendell savait pertinemment que le caractère secret et silencieux du prince jouerait contre lui si Thranduil venait à nier. Galadrielle pourrait toujours faire office de diseuse de vérité au cas échéant, mais Elrond connaissait les conséquences de l'enquête en elle-même : le climat - déjà tendu entre les deux Maisons - se transformerait en guerre froide.
De toute façon, si Thranduil avait vent de l'examen qu'Elrond s'apprêtait à faire et surtout des raisons qui le poussaient à le faire, il pourrait déposer une plainte au Haut Conseil des elfes pour attaque contre son intégrité et son honneur. Elrond voyait l'avenir comme un ciel où s'assemblaient de nombreux nuages lourds et noirs.
Il était évident également que Legolas serait séparé d'Estel. Pour les révélations si graphiques que le prince aurait fait à un enfant si jeune, l'elfe serait jugé comme irresponsable. Les circonstances pourraient légèrement jouer en sa faveur, mais …
Ses pensées prirent alors l'autre chemin.
Mais que se passerait-il si Legolas n'avait aucune cicatrice sur le corps ?
Aragorn était le dernier descendant d'Isildur, dans tous les sens du terme. Les elfes n'avaient pas été les seuls à surveiller cette lignée. Les forces sombres y avaient aussi prêté attention, et chaque membre de cette famille avait été traqué et massacré sans hésitation. Il semblait important pour Sauron d'éradiquer toute trace de son ennemi, quitte à détruire tous les nids Dunedains, histoire d'en être bien sur.
Quand Gilraen s'était réfugiée en Rivendell après la mort d'Arathorn, elle l'avait fait pour que son fils soit à l'abri des fléaux du monde. Peu de temps après, elle avait été envoyée en Lothlórien. Officiellement, cela avait été pour rendre leur localisation plus ardue pour leurs ennemis en les séparant. Mais en réalité, Elrond avait jugé bon d'écarter la femme humaine après que son état eut été jugé instable, voire même dangereux.
Et voici qu'aujourd'hui, l'unique survivant de la famille d'Isildur - le seul qui pourrait clamer le trône du Gondor et rallier tous les humains si la guerre venait à éclater - commençait à manifester des symptômes étrangement similaires à ceux de sa mère. Elrond se maudit intérieurement : avait-il fait un mauvais choix quand il avait accepté l'union d'Arathorn et de Gilraen ? Cette femme qu'il avait jugée prometteuse pour la lignée, portait-elle en elle une tare qui maintenant s'était mélangé au sang des numénors ?
Le seigneur de Rivendell commençait à partager les craintes de son lieutenant. Si Legolas n'avait aucune marque sur le corps, cela voudrait dire qu'Aragorn avait tout inventé. Mais s'il ne se souvenait réellement de rien, cela pouvait signifier un cas de schizophrénie comme il avait diagnostiqué chez sa mère, quelques années plus tôt.
Elrond se massa les tempes inconsciemment.
Qu'est-ce qui serait le mieux ? Quel est le moindre des maux entre une guerre entre toutes les Maisons elfes, et la probabilité qu'aucun humain de la lignée d'Isildur ne soit désormais apte à reprendre les rennes des hommes contre les armées de Sauron ?
Cette tare serait-elle transmise aux enfants d'Aragorn si jamais il en avait ? Existait-il une femme dans ce monde qui pourrait contrebalancer les effets de ce vice héréditaire ?
Il avait commis une erreur en acceptant Gilraen dans leurs plans génétiques. Il aurait du consulter Galadrielle, comme à chaque fois. Elle aurait pu lui dire qu'il y avait quelque chose d'anormal. Mais il avait suivit le cœur d'Arathorn, et désormais, il faudrait peut-être qu'ils en paient tous le prix. Il réalisa avec horreur que la vue du corps mutilé du prince de Mirkwood serait peut-être une bonne nouvelle en soi.
Il remarqua aux mouvements des taches d'ombres sur le mur que le soleil atteignait la ligne d'horizon. La nuit viendrait bientôt. La nuit est un tunnel, se dit-il. Un trou dans l'avenir… si nous avons encore un avenir. Il se massa à nouveau les tempes. Pourquoi suis-je aussi morbide ? Où donc est passé mon calme légendaire?
Il interrompit le fil de ses pensées en entendant un bruit de pas qui se rapprochait de la salle des soins, déserte en ce moment. Au rythme de la marche, il aurait instantanément reconnu Legolas, même s'il n'avait pas été au courant de sa venue.
Il soupira intérieurement. Le jeune prince avait pu laisser tomber sa garde et se montrer fraternel envers Estel, il gardait ses réflexes mirkwoodiens dès qu'il se trouvait en situation inconnue – comme être convoqué sans explication dans la salle des soins par le seigneur des lieux : une démarche furtive et arythmique, fruit d'années d'apprentissage à se déplacer dans une forêt où de gigantesques araignées se fiaient aux sons et au vibrations du sol pour repérer une proie. Lors de ses rares passages à Mirkwood, Elrond avait toujours été ébahis par la manière dont ces elfes se déplaçaient. Un pas… arrêt. Un pas, un autre plus lent… Un glissement, une pause… Il avait comprit. Ils devaient émettre les mêmes bruits que les feuilles dans leurs chutes naturelles, sous l'effet du vent. Rien dans leur progression n'émettait le moindre rythme qui eut pu révéler à une araignée géante la présence de quelque chose de vivant et de comestible…
Elrond eut un sourire amer. Même ici, dans cet endroit de paix, l'archer demeurait sur ses gardes. Avait-il jamais connu un moment de paix dans son monde ? Se rendait-il seulement compte de la manière dont il se déplaçait ? Ou voyait-il des ennemis cachés parmi les elfes du domaine ? Etait-il à sa manière aussi paranoïaque que Glorfindel ?
Le voile à l'entrée de la salle s'écarta, révélant le prince dont le regard fit le tour de la pièce avant de s'arrêter sur Elrond.
Que craint-il ?, se demanda l'aîné. Son regard reflétait l'innocence de sa jeunesse, mais aussi une certaine âpre dureté, donnant à ses yeux l'éclat de la glace qui se forme sur la rivière. Puis à nouveau, une pensée le frappa. Il ne connaît que la guerre. Les orcs, ces êtres de fiente à l'âme mesquine, l'ont pourchassé, l'ont tourmenté, et l'ont traqué, lui et les siens. Il doit assurer sa survie avec l'œil autant qu'avec les armes. Il songea qu'il était bien dommage que l'esprit, habitué longtemps à suivre certain sillon, ne pût le quitter. Comme il a mûrit durant ces dernières siècles… Quel gâchis ! Quel triste gâchis !
Elrond détailla Legolas comme s'il le voyait pour la première fois. De sa mère défunte, il tenait ses cheveux pâles et son visage ovale, mais avec une ossature plus forte. Ses sourcils étaient noirs, comme ceux de son père il avait les lèvres fines, le nez droit, et ses yeux bleus avaient le regard direct de son grand père paternel. Il avait changé sa tenue de combat bleu claire pour une légère tunique de soie blanche au dessus d'un pantalon gris, tenue habituelle pour les habitants de Rivendell.
Un vent léger souleva le voile que le prince maintenait de sa main gauche, et fit voltiger une fine mèche de cheveux devant ses yeux. Il l'écarta d'une main, puis s'éclaircit la gorge. «Vous avez demandé à me voir, Seigneur ? ». Sa voix était jeune, mais ferme, et on devinait aisément qu'elle était habituée à émettre des ordres vifs.
« Comment se passe l'évolution du jeune Estel ? », demanda Elrond d'une voix douce et rassurante. A l'éclat qui passa dans le regard du prince, le seigneur sut que sa tentative pour détourner la conversation avait été repérée. Néanmoins, Legolas esquissa un sourire, jouant le jeu. Il s'avança lentement vers le maître des lieux tout en ressentant comme à chaque fois la présence qui émettait de lui. Le seigneur de Rivendell était de haute taille, sa peau avait un teint olivâtre. Les angles durs de son visage n'étaient adoucis que par la profondeur de ses yeux gris. Ses longs cheveux sombres étaient tirés en arrière par quelques tresses filiformes, et maintenus en place par la fine couronne de feuilles argentée qui ne suffisait pas à cacher le pli inquiet de son front. Legolas s'arrêta sur ce détail.
« Il a encore beaucoup à apprendre », commença le prince, en faisant quelques pas pour se placer face au seigneur, tout en gardant une ouverture vers la sortie. Elrond nota cette attitude. « Mais ce qu'il reçoit comme enseignement, il le mémorise vite ! », continua l'elfe plus jeune. Il semblait clair qu'il était en train de réviser son jugement sur ces faibles humains.
« Et comment va ta main ? »
Legolas eut l'air surpris pendant un bref instant, puis éclata d'un rire léger. Il leva la main près de son visage, pliant et dépliant ses longs doigts, montrant une peau claire exempte de tout défaut. « Cela fait plus de quatre semaines, seigneur ! Je doute que le guérisseur que vous êtes ait oublié la vitesse à laquelle nous guérissons, nous les elfes ! »
Elrond comprit la remarque non dite : 'A force de côtoyer les humains, vous devenez trop inquiet'. Il ne put empêcher un faible sourire de se peindre sur ses traits. La paranoïa, n'était-ce point strictement réservé à Glorfindel...?
Legolas dut remarquer un changement dans l'expression d'Elrond, car son sourire disparut et sa main se rabaissa lentement. « Mais ce n'est pas pour cela que vous m'avez fait venir, n'est-ce pas ? »
Elrond leva les yeux brièvement vers l'autre elfe. Tout dans l'attitude de Legolas, de son expression au tremblement presque imperceptible de sa voix, tout dénotait la perplexité prudente. 'Pour l'instant, tout va bien', se dit l'aîné, bien qu'il redoutait le moment où il lui faudrait poser la question cruciale.
« Pourquoi ici dans la salle des soins ? », demanda Legolas, tout en redoutant la réponse que le seigneur allait lui apporter. Il avait beau fouiller sa mémoire, il ne trouvait aucun élément justifiant sa présence en cet endroit.
Elrond prit une légère inspiration. Peu d'elfes avaient le pouvoir de discerner la véracité des paroles, comme Galadrielle pourtant, à chaque fois qu'il devait mentir, Elrond préférait être le plus proche possible de la vérité, aussi longtemps qu'il le pouvait : C'était plus sûr.
« Tu n'es pas le seul à avoir été convoqué ici », dit-il en soulevant un sourcil. Et techniquement parlant, ce n'était que la stricte vérité. Le visage de Legolas demeurait sans expression mais son regard était confus. Elrond posa lentement ses mains à plat sur la table qui les séparait. « J'ai eu vent de rumeurs concernant des états de santé à vérifier ». Cela aussi, c'était la vérité. Il espérait juste que Legolas ne voudrait pas trop entrer dans les détails. « Et si ça peut te rassurer, d'autres sont venus avant toi, et d'autres viendront après toi ». C'était également une vérité, même si la dernière fois qu'un elfe était venu en ces lieux remontait à plusieurs mois, et surtout pas pour les mêmes raisons, mais il jugea bon de ne point préciser cela à l'impulsif prince de Mirkwood.
« Puis-je savoir en quoi ces rumeurs me concernent? ». Le prince demeurait sceptique et prudent, le regard perçant.
« Bon… », le seigneur elfe poussa un profond soupire avant de lever à nouveau les yeux, « je te le révèle à toi pour ne point créer d'incident diplomatique et pour ne point que tu t'inquiètes… Mais ne le répète à quiconque. Pas avant que je n'en donne le signal, du moins », dit-il doucement. « Je ne veux pas d'un mouvement de panique, peut-être non fondé.» Instaurer un sentiment de complicité et de confiance, cela pourrait peut-être lui faciliter la tâche et le faire entrer dans les défenses du prince. Legolas hocha la tête, d'un air très sérieux. Elrond sourit intérieurement, et à ce moment précis, il quitta le chemin de la vérité pour une explication que son lieutenant lui avait proposé. « Certains font état d'un poison qui aurait été mélangé dans la nourriture, ici même, à Rivendell », ajouta-t-il, comme si l'idée de tels complots était typiquement humaine, et complètement déplacée en ces lieux.
L'effet désiré fut obtenu. Le prince sylvain ouvrit les yeux en une expression oscillant entre l'incrédulité et la peur. La brève lueur de fatalité qu'y lut Elrond, lui enseigna plus qu'il n'en aurait réellement voulu sur les manigances ayant cours au palais du roi.
« Dans toute la nourriture ? », la voix du jeune elfe était mal assurée, avec une pointe de colère. Elrond leva une main qui se voulait apaisante. « Apparemment non. Mais on m'a expliqué les symptômes de cet empoisonnement, et je me dois de vérifier chez tous s'ils manifestent ces traces ou non. »
La respiration du prince était tendue, son visage était livide. Il avait tant espéré trouver un royaume elfique de paix, mais il semblait que les troubles de Mirkwood l'avaient suivi jusqu'ici. Et à ce moment, une autre idée s'imposa à son esprit, par sa logique implacable. « Vous pensez que l'instigateur vient de Mirkwood, c'est ça ? »
Elrond ne put empêcher son regard de se perdre un instant. Quelle rapidité d'analyse ! Le prince était allé au-delà de ce que Glorfindel avait prévu. Il était très différent de l'amusant Legolas qui formait Estel aux joutes de l'esprit et des armes. Eru savait combien d'autres masques le prince avait en réserve autant de visages qu'il revêtait suivant les circonstances. S'il n'avait pas su dès le début que cette histoire de poison n'était qu'un mensonge destiné à forcer Legolas à se faire examiner, Elrond aurait trouvé l'attitude du prince plutôt suspecte.
« Je n'ai encore cité personne », dit doucement le seigneur sans se démonter. « Je dois d'abord vérifier que cette rumeur est fondée, et non une plaisanterie de mauvais goût destinée à semer la zizanie entre nous. » Legolas demeura impassible, tout en repassant en mémoire les dernières paroles du guérisseur. Ainsi, le grand elfe soupçonnait bien que cet incident soit lié à la délégation de Mirkwood, mais il ne semblait pas écarter la possibilité que cet incident ait été provoqué par quelqu'un d'autre, afin de faire paraître les gens du roi Thranduil comme coupables.
« Si les symptômes recherchés sont découverts », reprit Elrond d'une ton soutenu, essayant de cacher son dégoût pour cette comédie, « une enquête sera menée, et les coupables seront châtiés ! ». Sa voix autoritaire ne semblait laisser aucun doute sur la disgrâce qui tomberait sur le coupable. Legolas ne put s'empêcher de frémir, même s'il se savait personnellement innocent sur cette affaire. Il s'humecta les lèvres soudainement sèches, et posa une question qui le torturait.
« Quel est le degré de danger de ce poison ? ».
Elrond essaya d'avoir un geste désinvolte pour balayer ces craintes. « C'est un poison que je suis capable de soigner et d'éliminer. Mais il me faut d'abord savoir s'il a réellement affecté des résidents de Rivendell ou non ». Il fit une pause, puis reprit avec un faible sourire : « Si tout ceci n'est qu'une farce – même si je préfère cela, à l'alternative, son créateur encourra la même colère de ma part ! »
Il se leva lentement, le bout de ses doigts effleurant le bois de la table. « Je dois maintenant t'examiner, Legolas ». Le jeune elfe le regarda se déplacer lentement vers lui, sans esquisser le moindre geste. « Vous cherchez quoi exactement ? Je pourrais vous renseigner directement…»
Veut-il cacher certaines marques qui ne seraient pas très naturelle ? Elrond serra imperceptiblement les mâchoires, se souvenant des deux futurs possibles et surtout que ni l'un ni l'autre n'étaient bons…
Puis il lui vint à l'esprit que les deux futurs pouvaient se produire en même temps : les souffrances réelles que Legolas aurait rencontrées, n'effaceraient pas le fait qu'Estel avait eu des moments d'absence relativement sérieux.
Maintenant, il pouvait toujours s'imaginer le moins noir des scénarios : Si Legolas avait réellement été torturé par son père, et qu'il avait fait ces révélations à Estel… L'enfant avait pu faire un blocage face à tant d'horreur, et son inconscient avait simplement tracé cet atroce dessin sur le parchemin. Nouveau blocage dû au sujet, et Estel à nouveau ne se souvient pas d'avoir fait le dessin. Ce serait tellement plus simple que de s'imaginer que la tare de Gilraen était passée en son fils…
Mais il y aurait quand même enquête et jugement pour le roi de Mirkwood, avec la possibilité d'une guerre entre les grandes maisons, et ça, Elrond ne pouvait l'oublier.
Il se rendit compte au regard insistant de Legolas que ce dernier attendait toujours une réponse qui ne venait pas. Qu'avait-il demandé, déjà? Ah oui, les traces qu'il chercherait sur son corps… Elrond décida de jouer dans la subtilité.
« Des petites cicatrices… »
Legolas demeura silencieux un moment, les yeux indéchiffrables, puis il arbora un sourire rassuré. « Alors tu n'as aucune inquiétude à avoir pour moi ! Je ne porte pas ces marques sur le corps. » Elrond nota la manière dont Legolas tentait de se soustraire à cet examen. Bon sang ! Ce n'était pas comme s'il devait lui extraire une dent cassée sans l'avoir endormi localement ! L'attitude du prince était extrêmement suspecte, compte tenu les circonstances…
« T'es-tu observé depuis ce matin ? » demanda le guérisseur sans se démonter devant le refus de l'elfe à coopérer. « Je ne pense pas… Qui plus est, si ces cicatrices figurent sur ton dos, tu n'as pas pu les remarquer. Je te demande juste de retirer ta tunique, rien de plus… »
« Tout cela est ridicule », lança le prince, mal à l'aise, « je vais parfaitement bien ! »
« Laisse moi en juger directement », offrit Elrond d'une voix apaisante. « Si un seul elfe demeure non examiné, le doute planera toujours ». Il marqua une pause pour laisser à l'elfe le temps de comprendre sa responsabilité, puis reprit : « qui plus est, si tu as été empoisonné, et que je ne t'ai pas traité, le courroux de ton père sera sans précédent. ». Il sourit faiblement : « c'est quelque chose à éviter n'est-ce pas ? ». Il tentait de faire référence à un mauvais traitement éventuel que le roi aurait donné par le passé. Il pouvait sentir le malaise de Legolas d'où il était. L'elfe semblait réticent à se dévêtir, même partiellement. Mais derrière le trouble de l'elfe, Elrond pouvait sentir autre chose. De la peur…
Il se tut, observant un mutisme profond, attendant que Legolas s'exécute, ou ne se décide à faire certaines révélations. Il se souvint de la rapidité d'analyse dont l'elfe avait fait montre un peu plus tôt, et se dit que le prince devait déjà avoir comprit à quoi Elrond faisait réellement allusion, et que cette histoire de poison n'était qu'une comédie.
Pourtant, à sa grande surprise, l'elfe s'assit sur le rebord d'un des lits de la salle, tourné de trois-quarts par rapport au guérisseur, de manière que ce dernier ne puisse voir totalement l'expression de son visage. Mais il vit quand même la main de l'archer se diriger lentement vers la boucle argentée près de son col. Le regard du jeune fixait durement un des murs de la salle, ses mâchoires étaient serrées, et une colère sourde semblait bouillonner en lui. Elrond déplaça imperceptiblement ses pieds, de manière à pouvoir pallier à toute attaque éventuelle du fils de Thranduil.
« S'il s'avère que cette histoire de poison était une blague », la voix de Legolas était pareille au grondement d'avertissement d'une bête sauvage sur le point de mordre, « je m'occuperai personnellement de l'instigateur… ». Elrond se rendit compte qu'il avait du mal à déglutir. Comment pourrait-il avouer, maintenant, sans créer un incident encore plus grand ? Il remarqua que les gestes de Legolas étaient d'une lenteur qui semblait délibérée. Comme s'il espérait qu'un événement allait survenir et le sauver de cette obligation. Elrond fronça les sourcils. Il y avait une différence entre être pudique, et la phobie de s'exposer aux regards!
Une à une, Legolas dégrafa les boucles maintenant sa tunique le vent qui soulevait les voiles autour de lui, ajoutait à l'atmosphère étrange qui avait envahi les lieux. Elrond ressentit la peur en son cœur: Il était face à une porte, et il devait l'ouvrir. Il n'avait plus la possibilité de faire demi-tour et d'ignorer sa présence. Il n'avait d'autre choix que de poser la main sur la poignée et de la tourner, même s'il redoutait les monstres qui surgiraient depuis l'autre côté.
Legolas dégrafa la dernière boucle, mais demeura immobile durant quelques longues secondes, sans retirer sa tunique, avant de porter les yeux légèrement dans la direction du maître des lieux - sans pour autant croiser son regard. Il espérait toujours que le seigneur de Rivendell renonce et le laisse partir.
Elrond essayait de ne rien laisser paraître du tourment qui faisait rage en lui face à l'hésitation de Legolas – l'horreur du dessin d'Estel était encore trop présente à son esprit. Il pensait s'être façonné un visage calme et avenant… Néanmoins si l'autre elfe avait tourné complètement le regard vers le Guérisseur, il aurait prit peur de l'expression qu'il y aurait lue.
« Pourquoi vous ne respirez pas ? », demanda le jeune prince d'une voix neutre. A ce moment seulement Elrond réalisa qu'il avait retenu sa respiration depuis que Legolas avait commencé à se déshabiller, dans la crainte de ce qu'il allait découvrir – ou ne pas découvrir. « Jusqu'à présent, je n'ai trouvé ces symptômes chez aucun elfe… Mais je crains toujours que le suivant ne les porte… ». C'était une vérité, en quelque sorte…
Legolas demeura un instant pensif, déglutissant avec difficulté. Puis, avec une lenteur exaspérante dans une ambiance tendue, il fit lentement glisser sa tunique vers le bas, révélant son dos au guérisseur. Elrond ne fit qu'un pas vers l'archer, avant de laisser s'échapper une exclamation.
« Mais qu'est-ce que--»
Il fut interrompu par un fracas assourdissant derrière lui.
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[A suivre]
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(sourire sadique) :-
Hé oui (évite un lancer de couteau de cuisine), une fois de plus, je termine sur cette petite note de suspens (évite un lancer de couteaux électrique).
J'ai mis une semaine de plus que prévu (ou une et demi? :O ) pour sortir ce chapitre, mais mes examens ont été plus rudes que prévu... Et j'ai été KO pendant une journée à cause de quelque chose qui a été mis dans la bouffe ou dans la boisson (comme quoi, ce chapitre-ci n'est pas entièrement fiction) ;-) Je sais que c'est dans la bouffe ou la boisson, car tout le monde a été stone le lendemain, incapables de faire deux pas sans se crouter par terre :p
BREF!
Merci beaucoup pour toutes vos reviews :) Merci à Elizabeth, Crynienna, Aelea Wood, Tari Miriel, Erika, Nefra-la-tarée-du-coin, Epimethée, Sugarhighsquirrel, Kotori, DarkNessy, et Enyo. :)))))
J'ai pu voir que beaucoup de vous détestaient Glorfindel... :D
(pause)
ECRASAAAANTE VICTOOOOOOIIRE!!! :D
(pause)
'Skusez ... Trop d'émotions.. ;-) C vrai que je l'ai rendu détestable... Et que ses fans vont peut-être vouloir-- (s'interrompt pour éviter un lancer de moutons explosifs) -)
Thranduil en gros saloppard une fois encore? Bouah, plus de 90% des fics le décrivent comme ça, et dans le bouquin Bilbo le Hobbit, c'est pas un tendre! ;-)
Je répondrai à toutes les reviews séparément lors du prochain chapitre... Ici, je suis à la bourre... Mon film sort demain et j'ai AAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH!!!! J'AI OUBLIE!!!!! j'ai encore mon dossier de défense à faire.... :-(((((
A pluche :)
(s'éclipse rapidement et évite ainsi un lancer de vaches africaines portant une noix de coco)
