Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi :,(... (reniflement tristounet)… mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic

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JET DE PIERRE DANS UN LAC
"Changer une petite chose... peut tout changer."

Chapitre 8 – Assassins' Creed

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« Quelle virilité dans le poignet ! Vous devez faire le bonheur de votre mari ! »

Glorfindel serra les dents sous l'insulte à peine voilée, mais ne relâcha pas pour autant la main d'Odùrin même après que la salutation d'usage fut terminée. Il décida qu'il ne savait pas lequel des deux frères il détestait le plus. Il prit une profonde respiration et se pencha légèrement en avant avec un sourire figé.

« Ecoute-moi bien, assassin de mes fesses, je vais te briser l'ego en tellement de petits morceaux, que ma grand-mère, qui peut en touillant le potage d'une main, assembler en moins d'une heure le puzzle de trois mille pièces d'un ciel bleu azur, ne pourra jamais, même en dix mille ans, terminer de te recoller, même si les valars lui redonnaient la vue qu'elle avait à deux cents ans. »

L'air de rien, il essaya ensuite de reprendre discrètement sa respiration alors qu'Odùrin le regardait avec un sourire calme qui cachait une épaisse couche de glace. « Oh, je vois, votre spécialité ici à Rivendell est donc la parole. Heureusement que les orcs n'atteignent pas vos terres… »

Glorfindel lui rendit son sourire, serrant toujours la main du frère de Legolas. « Une petite devinette. Qu'est-ce qui a deux pouces et qui se contrefout de ce que tu penses ? ». Odùrin fronça légèrement les sourcils, mais ne se départit pas de son sourire. Après un moment, le lieutenant relâcha la main d'Odùrin et se désigna lui-même avec les pouces de ses mains. « Glorfindel. Enchanté ! ».

Elrond s'avança vers la délégation de Mirkwood. « Bon. Maintenant que tout le monde a fait connaissance, peut-être pouvons nous aller discuter autour de quelques rafraichissements ? Vous devez être exténués par le voyage entrepris depuis si loin. »

Elrond avait déjà entendu des humains parler de « marcher sur des œufs ». L'expression l'avait rendu perplexe au début, mais aujourd'hui il en comprenait toute la signification. Et avoir ces cinq nouveaux assassins sur son domaine était comme de se balader dans un champ de maïs sec en pleine nuit avec une torche enflammée. Vous ne saviez jamais ce qui pouvait vous tomber dessus depuis les zones d'ombre, mais le moindre faux mouvement risquerait de tout embraser. Avec vous au milieu pour profiter pleinement du spectacle !

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Elrond, Glorfindel et les cinq envoyés de Mirkwood prirent place dans une petite pièce circulaire aux murs s'incurvant sur le haut pour rejoindre un toit en coupole. De longs pans de tissus semi-transparents flottaient dans le vent et diffusaient doucement la lumière extérieure de cette fin d'après midi. Le centre de la pièce était occupé par une table basse de bois clair et finement sculpté pour rappeler les ramures des arbres. Des sièges confortables mais simples étaient disposés tout autour. L'endroit était censé inspirer la paix et le repos de l'esprit, et guider des conseils vers des solutions sereines. Elrond venait parfois y prendre un frugal petit déjeuner après une nuit tourmentée.

Mais cette fois-ci, Elrond se disait que la seule paix que l'endroit pourrait inspirer ne serait qu'une paix de façade. Peut-être que s'il s'était isolé avec Odùrin, il aurait été plus à l'aise. Odùrin connaissait et respectait le protocole, et une conversation posée aurait pu s'installer entre eux. Avec quatre autres assassins à ses côtés, Odùrin était en position de force au cas où il lui viendrait l'idée de balancer le protocole dans les latrines. Il fallait ajouter à cela la présence de Glorfindel qui malgré son sourire, ressemblait à un volcan sur le point d'exploser et d'envoyer de la lave et des cendres un peu partout. Elrond pouvait presque voir les rouages de la paranoïa tourner à pleine vitesse dans son cerveau. Nul doute que sous son apparence calme, son lieutenant était en train d'imaginer tous les scénarios catastrophes possibles.

'Si les Mirkwoodiens s'éternisent trop ici, il sera mur pour une crise cardiaque'.

Cette journée avait démarré dans la tension, avec embrayé sur la catastrophe d'un incident diplomatique, et empruntait désormais le chemin du chaos total. Et il y avait encore la soirée à venir qui pouvait être riche en moments d'apocalypse. Elrond n'avait pas convoqué Legolas à cette petite réunion et se demandait combien de temps s'écoulerait avant qu'Odùrin ne s'interroge sur son absence.

'Patience…', Elrond se souvint d'un dicton de Mirkwood tout à fait approprié. 'Tout vient à mal à qui sait attendre'. Il posa un instant les yeux sur le frère ainé de Legolas afin de juger à quelle distance la tempête se trouvait. D'une certaine manière, Odùrin était beau. Mais beau comme un incendie de forêt. Du genre à admirer de loin, mais à ne pas s'en approcher. Si Legolas tenait plutôt de sa mère telle qu'Elrond se souvenait d'elle quand elle était encore en vie, Odùrin tenait quasi uniquement de son père Thranduil. Il avait d'ailleurs très certainement hérité du caractère irascible du Roi de Mirkwood. Elrond jeta un coup d'œil au Mirkwoodien à la droite d'Odùrin, Galdor. Pour une raison qu'il ne comprit pas tout de suite, cet elfe lui rappela un peu Glorfindel. Il réalisa plus tard que c'était l'air constipé de Galdor qui avait du frapper son esprit.

Chacun des elfes présents conserva le silence pendant qu'Elladan, un des fils jumeaux d'Elrond, apportait un thé léger et remplissait délicatement chacune des tasses fines avant de se retirer. Elrond prit la première et la leva face à lui, saluant chacun des elfes de Mirkwood, puis prit une gorgée du liquide ambré et brûlant.

Le message était clair : « Le liquide n'est pas empoisonné, je viens d'en boire pour preuve ».

Cette tradition remontait à des temps immémoriaux. A l'époque où les rapports entre les clans elfes étaient suffisamment tendus pour qu'ils montent parfois en guerre les uns contre les autres. Depuis longtemps, il n'y avait plus de conflit ouvert entre les Maisons Elfes, mais Elrond avait le sentiment que chez les Mirkwoodiens, cette paix était acceptée parce qu'elle les arrangeait bien, d'une certaine manière. Ils ne voulaient probablement pas se retrouver pris entre deux feux, un tas d'orcs moches et infréquentables d'un côté, et un tas d'elfes propres sur eux mais hargneux de l'autre.

Elrond se souvint brièvement des paroles de Legolas dans le bureau lors de son altercation mineure avec Glorfindel. Il n'avait pas vraiment tort. Cela n'avait jamais été admis publiquement, mais les grandes Maisons elfes étaient assez satisfaites que les guerriers les plus durs - et passablement les plus psychopathes - fassent écran entre eux et les forces de Sauron. Et les Mirkwoodiens savaient que malgré leurs mœurs parfois contestables et souvent brutales, tant qu'ils feraient le sale boulot, aucune Maison elfe n'irait ouvertement leur chercher querelle.

A ce moment précis, une information de douleur intense atteignit le cerveau d'Elrond, et le seigneur elfique se rendit compte que, quand il avait demandé à Elladan de préparer un thé brulant, ce dernier avait décidé de ne pas y aller par quatre chemins. Probablement une blague classique des jumeaux mais qui risquait de coûter très cher à Rivendell. Elrond vit sa vie défiler devant ses yeux et au prix d'un effort intense de concentration, il parvint à ne rien laisser transparaître ni dans son regard, ni dans l'expression de son visage. Il savait que les cinq assassins de Mirkwood l'observaient, et qu'à la moindre alerte, ils bondiraient sur leurs pieds avec une phrase bien sentie du style « Maudite soit cette maison elfe aux attaques sournoises ! ». Et ensuite, il y aurait du sport à Rivendell…

Il reposa sa tasse et annonça d'un ton calme et posé : « … mieux vaut laisser refroidir un peu ce breuvage afin de mieux le savourer… ». Le mince sourire amusé qui apparut sur les lèvres d'un des accompagnateurs d'Odùrin - un rouquin nommé Lyrandael si les souvenirs d'Elrond étaient exacts - lui en apprit beaucoup sur l'étrange accent qu'il avait du avoir en prononçant ces paroles. Il avait peut-être l'air ridicule, mais il valait mieux ça, que de voir se dresser sur leurs pieds cinq assassins de Mirkwood avec une phrase bien sentie du style « Mautite foit fette maivon elfe aux vattaques fournoizzfff !!! ». Le ridicule au moins ne tue pas… Des maître-assassins ébouillantés, si.

Elrond se demanda alors si la présence de cinq assassins en une fois était juste une précaution de voyage, ou avait un but déterminé à Rivendell. Après tout, Legolas avait voyagé seul pour parvenir jusqu'à cette humble demeure. Mais il n'était qu'un prince mineur, et pas le fils héritier du trône de Thranduil. Odùrin pouvait avoir droit à un protocole particulier en termes d'escorte…

A moins que la présence de six assassins ait été jugées nécessaire pour une action particulière à Rivendell. Et si Legolas avait envoyé une missive chez lui demandant du renfort, bien avant que Gilraen n'annonce son retour à Rivendell ?

Elrond s'était demandé plus tôt pourquoi elle était revenue si brusquement. Cela faisait-il aussi partie du plan mirkwoodien? Rassembler les derniers membres de la famille d'Isildur au même endroit pour frapper plus aisément? Elrond secoua la tête mentalement. Comment ceux de Mirkwood auraient-ils pu persuader ceux de Lothlórien de faire revenir Gilraen en Rivendell ? Mirkwood et Lothlórien n'étaient pas en guerre, certes, mais les deux peuples ne se côtoyaient guère non plus, ayant plutôt l'habitude de s'observer mutuellement comme des chats par delà le fleuve Anduin. Cette voie navigable entre les deux royaumes elfiques, qui servait à la fois de décoration, de moyen de transport, et parfois de morgue.

« Nous n'avons reçu aucun message de Mirkwood nous annonçant votre venue », commença Glorfindel. « J'ai honte que la surprise ne m'ait pas permis de vous accueillir comme il se doit ».

Elrond pensa au double sens de la phrase de Glorfindel et se demanda si Odùrin l'avait perçue aussi. Probablement.

Mais le fils de Thranduil se contenta de se pencher vers la table basse et de prendre une des délicates tasses de ses mains fines. Etrange d'imaginer que de telles mains aient pu tuer autant d'ennemis.

« Pour tout dire, je n'avais pas prévu de passer à Rivendell », commença-t-il en approchant la tasse de ses lèvres. « Mais à quelques jours de cheval d'ici, il m'est revenu aux oreilles d'étranges rumeurs concernant mon petit frère, et je tenais à m'en assurer par moi-même ». Odùrin termina sa phrase en prenant une grande gorgée du thé ambré. Son regard ne vacilla pas. Il ne manifesta aucune douleur. Et quand il déglutit, le regard qu'il adressa aux elfes de Rivendell aurait pu dire 'Vous voyez ? Il nous en faut plus pour nous abattre, nous les Mirkwoodiens !'.

Elrond repassa en mémoire ce que venait de dire Odùrin. D'étranges rumeurs ? A quelques jours de cheval d'ici ? S'il disait la vérité, il était impossible qu'il fasse référence à Gilraen. Il ne se sentit pas rassuré pour autant.

Odùrin continua : « Il semblerait que sa visite se prolonge plus que nécessaire chez vous depuis qu'il serait devenu… maître d'arme ? ». Elrond ne répondit pas, se contentant d'acquiescer. Odùrin poursuivit après un moment : « … d'un enfant humain ? »

Le seigneur de Rivendell souleva un sourcil, essayant de cacher sa nervosité, il savait exactement où Odùrin voulait l'entrainer. « Oui, et… ? Je n'ai pas le souvenir que les Lois elfes l'interdisent ».

Odùrin parut un instant décontenancé, mais se reprit vite avec un sourire. « Bien sur que non… Je suis juste… surpris. Vous confirmez donc que mon frère Legolas entraîne au maniement des armes un enfant humain ? ». La manière dont il avait prononcé ce mot était assez particulière. Dans un futur lointain, un Yankee dirait « salopard de sudiste » sur le même ton.

Elrond confirma. Cela seul ne devrait pas poser trop de problèmes à Legolas. Une lueur amusée apparut dans les yeux du Mirkwoodien face à lui. « Etonnant... »

Glorfindel se pencha en avant. « En quoi cela est-il étonnant ? N'a-t-il jamais eu d'élève auparavant ? ». Elrond soupira intérieurement. Glorfindel avait beau être méfiant vis-à-vis des Mirkwoodiens, il ne maitrisait pas encore toute la finesse d'une guerre des mots menée par un Maître-Assassin. Odùrin allait très certainement l'entrainer dans une spirale de paranoïa, connaissant le caractère de son interlocuteur.

A moins que Glorfindel ne soit en train de chercher un prétexte pour éloigner définitivement Legolas d'Estel, avec une exclamation qu'il réserverait à son seigneur : 'Vous voyez ? Je vous l'avais bien dit !'

« Hé bien… », Odùrin s'appuya plus confortablement dans son siège. « … mon petit frère n'a pas connu la paix, comme ici. Il est né dans la guerre, il a grandit dans la guerre. Combattre et tuer sont les seules choses qu'il connaisse. C'est pas vraiment un poète… Au contraire de vous. »

Elrond se força à rester impassible face à l'insulte voilée ('vous qui êtes si bien protégés, grâce à nous !'). Il espéra que Glorfindel y arrivait de même, mais n'osa risquer un coup d'œil dans sa direction, cela n'aurait pas échappé à Odùrin. Il se demanda juste si Odùrin était aussi au courant pour les leçons de harpe et de chant que Legolas donnait à Estel…

« Nous avons tous ici présents connu la grande guerre contre Sauron », reprit Odùrin, en désignant les plus vieux parmi leur petit comité. « Mais pour certain d'entre nous, la guerre ne s'est pas arrêtée et nous continuons à affronter des engeances maléfiques et perdre les nôtres… tout simplement parce qu'il y a près de 3000 ans, un humain a refusé de faire le geste qui nous aurait tous libérés : jeter un vulgaire anneau dans de la lave ». Il fit une brève pause, plus pour le style que parce qu'il réfléchissait. « Et parce qu'un certain seigneur elfique n'a pas eu la brillante idée de jeter cet humain dans la lave en lui balançant dans le postérieur un grand coup de pied libérateur. Il aurait pu devenir un héro. Au lieu de cela, il est la disgrâce parmi les nôtres ».

Glorfindel bondit sur ses pieds. « IL SUFFIT ! ». Odùrin releva juste un regard calme vers lui. Elrond eut la certitude que le Mirkwoodien avait provoqué la réaction du lieutenant, qui poursuivit. « Vous êtes accueillis – non invités – par le Seigneur Elrond. Veuillez lui montrer le respect qu'il lui est du ! ».

Un masque de surprise et d'innocence se peignit sur les traits du Maître Assassin. « Je ne pense pas avoir cité quiconque de cette maison dans ma constatation». Elrond se demanda si c'était une invitation au calme et à la paix. Non, c'était probablement une tentative de renversement de situation, afin qu'ensuite il puisse dire qu'il avait été agressé, et avoir ainsi un prétexte pour demander réparation. Le seigneur de Rivendell sentit sa bonne vieille migraine revenir lui rendre une visite qui n'était pas de courtoisie.

Glorfindel demeura debout, mais radoucit son ton. « A Mirkwood, vous êtes très prompts à critiquer les humains… Mais cela me semble bien hypocrite, sachant que vous traitez avec les hommes de Dale et d'Esgaroth, sur le Long Lac, pour des livraisons de boissons alcoolisées il me semble».

Elrond vit une nouvelle expression apparaître fugitivement sur les traits d'Odùrin. Une moue presque boudeuse. Glorfindel avait du frapper là où cela faisait mal. Elrond se prit à redouter la conversation qui allait suivre. L'expression d'Odùrin disparût rapidement pour faire place à un sourire calme et amer. « Je ne suis pas obligé d'apprécier cet accord, mais c'est une manie que mon père affectionne. Comprenez-le, il y a peu de sources d'amusement à Mirkwood. Quand d'autres ici et à Lothlórien content des poèmes et jouent de la lyre, notre roi Thranduil se rabat sur une cuite de temps à autre au vin humain, histoire d'oublier l'espace d'un instant, les affres de la vie dans la Forêt Noire. Mais je dois dire qu'il n'a jamais eu une seule fois la gueule de bois sur les champs de bataille le lendemain», ajouta-t-il d'un ton presque de défi.

Glorfindel haussa les épaules. « Oh, je suppose que la propension à l'alcool doit être quelque chose d'héréditaire chez vous. Vu qu'il parait que le premier mot que Legolas ait prononcé quand il était tout jeune a été 'encore' le jour où son père lui a fait tremper les lèvres dans du vin. Aaah, Papa Thranduil a du être TELLEMENT fier de sa progéniture !! », termina-t-il avait un grand sourire chaleureux.

Le seul signe qu'Odùrin était en train de bouillir intérieurement fut un pincement de ses lèvres et un durcissement de son regard, qu'il ramena ensuite sur Elrond. « Parlant de Legolas, je vois qu'il n'est toujours pas arrivé à notre petite réunion… », Odúrin du sentir l'ambiance se refroidir très rapidement, car il fronça les sourcils.

« Legolas n'est pas disponible pour l'instant. Il y a eu… », Elrond se racla la gorge, cherchant désespérément les termes les moins alarmants possible, « … un incident diplomatique aujourd'hui. C'est pour cela que nous sommes tous un peu à cran », s'empressa-t-il d'ajouter pour excuser le comportement de Glorfindel – ô combien justifié pourtant – et couper l'herbe sous les pieds d'Odùrin. Ce dernier fixait Elrond d'un regard soudainement porteur d'un intérêt sombre et dangereux.

Glorfindel trouva l'occasion trop belle de rabattre son caquet à ce prétentieux de Mirkwood. « Ton cher petit frère a juste tué une envoyée de Lothlórien ! ». Elrond lui jeta un coup d'œil ennuyé. Poussé à bout, Glorfindel pouvait être parfois trop enfantin. Heureusement Odùrin semblait à dix lieues de lui bondir dessus avec une des réparties dont il avait le secret. Pour la première fois depuis son arrivée à Rivendell, il avait l'air de ne plus diriger la conversation à son gré. Sur son visage, on lisait maintenant de la perplexité mélangée à de la colère. Elle ne semblait pas feinte, ce qui rassura un peu Elrond quant à un gros complot Mirkwoodien qui aurait prévu que Legolas tue la mère d'Estel. Si Legolas agissait selon un plan prévu, Odùrin n'était pas au courant. Ou alors, si un plan avait été prévu entre eux, à un moment donné, Legolas avait commencé à faire cavalier seul.

Comme lorsqu'il avait tiré une flèche au travers de la tête de Gilraen, par exemple...

« Et vous comptez rendre un jugement sur mon frère sans la présence des siens ? », s'enquit Odùrin, toute trace moqueuse ayant quitté sa voix. Elrond comprit qu'il allait devoir prendre une décision maintenant. Et que cette décision allait lui faire perdre sa neutralité face à une des deux Maisons elfe. Entre deux maux, il choisit le moindre. « Il ne sera pas jugé ». Il sentit plus qu'il ne vit Glorfindel tourner vers lui de grands yeux interrogatifs. Au bref coup d'œil d'Odùrin, il sut que cela n'avait pas échappé au Maître Assassin, qui fronça les sourcils de plus belle. Elrond s'était engagé sur un des deux chemins face à lui, trop tard pour faire demi-tour.

« Legolas a effectivement tué une envoyée de Lothlórien, mais dans le but de protéger l'enfant qu'il avait sous sa responsabilité ». Il adressa une prière silencieuse aux valars pour que Glorfindel ne rappelle pas l'interdiction d'approcher Estel dont Legolas faisait en réalité les frais au moment de l'incident. Interdiction qu'il avait bafouée pour justement protéger le descendant d'Isildur.

« Vous parlez de l'enfant humain ? », le froncement de sourcil n'avait pas quitté Odùrin. Une expression estomaquée s'affichait sur son visage alors qu'il tapotait nerveusement sur les accoudoirs de son siège. « Mon frère… a tué une envoyée de Lothlórien pour protéger un enfant humain ? Et vous n'allez pas le juger ? ». Sans un jugement rendu, le maître assassin devait déjà imaginer les représailles que Lothlórien ferait peser sur Mirkwood. A la lueur qui dansa dans ses yeux, Elrond devina ses pensées : il devait s'imaginer en train d'étriper Legolas, lentement, tout en prenant soin de le garder en vie, de sorte que lorsque les guerriers de Lothlórien traverseraient Anduin, ivres de vengeance, pour demander réparation, leur colère se radoucirait à la vue du coupable. S'il trainait trop, Odùrin allait bondir par une des nombreuses fenêtres et fondre sur son frère comme un oiseau de proie. Le souvenir du dessin d'Estel choisit ce moment précis pour revenir à son esprit. Il choisit ses mots avec précaution.

« L'envoyée de Lothlórien que Legolas a tué, était aussi une humaine ».

Il y eut un moment silence lourd au cours duquel la tension des Mirkwoodiens sembla diminuer de manière perceptible, avant qu'Elrond ne reprenne. « C'était la mère de l'enfant, justement. Et de base, nous n'étions pas très heureux de la voir ici ».

« On peut dire que cette journée a été riche en visiteurs indésirables », marmonna alors Glorfindel. Elrond lui jeta un coup d'œil ennuyé et vit que son lieutenant fixait les mains d'Odùrin. Le seigneur de Rivendell suivit son regard et se dit qu'il n'aimait pas non plus la façon dont Odùrin pianotait sur les accoudoirs de son siège. On aurait dit qu'alors qu'il parlait, il suivait le rythme d'une musique dans sa tête. A moins que… Elrond sentit naître un malaise en lui en réalisant que Lyrandael fixait aussi les mains du fils de Thranduil.

'C'est un code ! Odùrin leur donne des indications sur la marche à suivre !'

Il espéra que Glorfindel était arrivé à la même conclusion que lui, et concentra ses pensées vers Legolas. Il fallait impérativement trouver le moyen de le mettre en sureté sans éveiller les soupçons des Mirkwoodiens. Mais comment faire discrètement passer un message à l'extérieur de cette pièce ?

« Si vous ne me laissez pas voir mon frère tout de suite », dit alors froidement Odùrin, « il va y avoir un autre incident diplomatique d'ici peu. »

'Non, Glorfindel, ne sourit pas !', pensa Elrond, risquant un coup d'œil vers son lieutenant.

Trop tard, Glorfindel arborait un masque de victoire et un large sourire carnassier face à Odùrin. « Je t'en prie, voyons… Fais-moi plaisir… ». Il avait l'air aussi cinglé qu'un rat shooté à l'herbe.

« Hé bien », reprit calmement Odùrin, non sans avoir rapidement évalué la position de chaque potentiel adversaire, et les points d'évacuation si cela devait devenir nécessaire. « Vous détenez un prince de Mirkwood sans en avertir sa famille. Qui plus est, pour un incident diplomatique. Quand sa famille - représentée par moi - demande à le voir pour s'assurer qu'il va bien, vous refusez de nous mettre en contact. »

Elrond espéra que Glorfindel avait remarqué qu'Odùrin avait légèrement corrigé sa position dans son siège. Il devait se préparer à bondir sur ses adversaires. « En ce qui me concerne, dans la situation actuelle, je suis tout à fait en droit de penser que quel que soit votre beau discours, mon frère est peut-être en danger, voire déjà mort ».

La demande d'Odùrin était tout à fait justifiée, n'eût été le sombre présage qui serrait le cœur d'Elrond. Le Seigneur elfique comprit alors qu'il ne pouvait risquer que la fureur de Mirkwood tombe sur les siens. Il ne craignait pas vraiment Odùrin et ses accompagnateurs, car il savait qu'il en faudrait beaucoup pour que le fils de Thranduil porte la main sur lui. Mais il n'en était pas de même pour les autres habitants de Rivendell. Il devait juste espérer que Legolas tienne suffisamment longtemps face à son frère ainé, pour lui laisser le temps de ramener du renfort et éviter un bain de sang fratricide. Il soupira, s'avouant vaincu, et appela un des serviteurs. L'elfe qui entra dans la pièce de repos semblait un peu mal à l'aise. La rumeur des maîtres assassins de Mirkwood avait du se rependre comme un feu de prairie.

« Emmène Odùrin Thranduillion auprès de son frère », fut ses simples paroles. Mais le regard qu'il adressa au serviteur était porteur d'un autre message : 'et alerte nos gardes !'. L'elfe eut un petit hochement de tête et se dirigea vers la sortie, évitant de croiser le regard d'Odùrin. Elrond se tourna vers ce dernier : « Ainsi tu verras que ton frère se porte bien ». Il s'interrompit en se demandant ce qu'Odùrin penserait en voyant le coup au visage et la blessure à la gorge de son frère, puis reprit : « Je demande juste à ce qu'il n'y ait pas de bain de sang, ni d'idée de revanche. Legolas a sauvé Estel. Il va plutôt être vu comme un héro que comme un meurtrier ». Elrond avait parlé assez fort pour que le serviteur entende ces paroles et prévienne les autres elfes de Rivendell de la décision de leur seigneur, avant que de mauvaises paroles ne soient prononcées devant le Maître Assassin. Il porta le regard vers Glorfindel pour lui intimer le silence, et vit à la moue dégoûtée de ce dernier qu'il y aurait rapidement une discussion entre eux. Le lieutenant n'aimait pas être pris au dépourvu, surtout quand le jugement rendu allait en totale opposition avec ses conseils.

Odùrin sourit, et se leva de son siège. Aucun des quatre autres assassins ne fit mine de vouloir le suivre. Ou ils respectaient le côté privé des histoires de famille, ou ils pensaient qu'en cas de grabuge, leur chef était tout à fait capable de s'en sortir seul un moment. Probablement la dernière solution, se dit amèrement Elrond. Odùrin le dépassa et emboita le pas au serviteur. Il avait presque atteint la sortie quand il s'arrêta et se tourna à demi vers Elrond. « Comment s'appelait-elle ? ».

Elrond fut surpris par la question et ne la comprit pas tout de suite. Odùrin précisa : « La mère de l'enfant humain, celle que mon frère a tué… ».

« Gilraen ». Nul besoin de mentir ou de refuser de donner cette information. Le Mirkwoodien l'apprendrait bien assez rapidement par les bruits de couloir. Odùrin pivota pour faire face à la sortie, mais juste comme il entrait de la lumière de l'extérieur, Elrond le vit marquer une pause avant de reprendre son chemin. Cela s'était passé rapidement, presque de manière inaperçue. Mais Elrond l'avait vu. Et il sut alors que l'elfe venait de comprendre qui Estel était réellement.

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A suivre...

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Hé oui, seulement 4 jours entre deux chapitres, vous ne rêvez pas ! Ca change des mois/années avant un update, hein ? :-D (comment ça, je me fais pourrir sur facebook pour accélérer l'écriture ? -) ).

Je sais que ce chapitre a un ton un peu différent que les autres, mais hier, je me suis retrouvée en mode parodique, et pas moyen d'écrire du 100% sérieux. J'étais d'ailleurs tellement explosée de rire devant mon écran que mes voisins ont du se poser beaucoup de questions sur (ce qui restait de) ma santé mentale -)

Il faut savoir que dans le résumé de l'histoire, hier, c'était encore du :

GLORFINDEL : Connard de Mirkwoodien !

ODÚRIN : Planqué de Rivendell !

ELROND : Bon, maintenant que tout le monde a fini de se rouler des pelles, si on allait prendre une bonne tasse de thé ? ^__^;

Tout comme le passage où Odùrin boit le thé brulant, était d'abord formulé comme 'Vous voyez ? On n'est pas des tapettes, nous à Mirkwood !'

Merci à Emilie (qui m'a inspirée pour le premier mot prononcé par Legolas enfant :-p), Sirius08, Lyvvi et Camus qui ont pris le temps de venir jeter un œil au chapitre précédent :-)

L'effet Papillon : d'autres parmi vous l'ont remarqué (et cité) plus tôt. Je rappelle que oui, l'idée de base à la création de cette fic vient du film. Mais après, ça va bien dévier, dont ne vous attendez pas à une simple adaptation du film dans le monde de Tolkien ;-)

Glorfindel versus Odùrin : sur facebook, ce face-à-face était bien attendu, on dirait. Alors, content(e)s ? :D Glorfindel ne sait pas qui il déteste le plus entre Legolas et Odùrin, mais vous, qui détestez vous le plus entre Odùrin et Glorfindel ? :D

Quant au titre de ce chapitre, « Assassins' Creed »… C'est juste que j'adore le jeu vidéo, et je n'avais pas d'autres idées de titre en tête, alors… -) Ne cherchez aucun lien scénaristique avec le jeu, ceci dit :-)

Bon, je n'ai pas vraiment relu ce chapitre, alors j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes d'orthographe.

A tout bientôôôôt, gros bisous :-*

::Roselyne::