Bonjour, bonsoir,
Voilà donc un nouveau chapitre, merci au lecteur.
Bonne lecture.
Mes couteaux volaient et se fichaient avec précision dans les cibles. Anderson gesticulait autour de moi, pourquoi avait-il fallu que je sois nommé mentor pour les prochains Hunger games et que je doive par la même me coltiner cette espèce d'insupportable chiot qui s'extasie devant tout ce que je fais, qui a un humour des plus désagréables et un enthousiasme à toute épreuve ? Il fallait que mon future tribu soit ce garçon qui n'en manquait pas une et qui avait la fâcheuse manie de toujours être de bonne humeur.
Heureusement pour ma santé mentale, il était excellent, et il ne tarda pas à propulser son propre couteau au milieu de la cible, il était bon, mais moins bon que moi à son âge. Il n'avait d'ailleurs pas suivi l'entrainement poussé que j'avais moi-même suivi. Je ne pense pas avoir à préciser que j'ai une terrible envie de lui planter un couteau dans l'estomac pour pouvoir constater de mes propres yeux s'il va continuerait de sourire débilement.
« T'as vu comment je l'ai envoyé, c'était beau !
-Magnifique, ironisai-je. »
Il riait en me regardant, l'air de dire « ah t'es un comique, toi. » le regard que je lui lançais aurait suffi à faire fuir plus d'un, mais lui, il continuait à rire.
« Oh, allez dérides-toi, un peu ! je ne sais pas moi, prend du crack. »
Je levais les yeux au ciel et sur le ton de la confidence, il continua :
« On dit plein de truc sur la drogue, mais c'est pas si mal que ça, si t'en veux j'peux t'en procurer facilement, par contre faut payer, hein, je ne vais pas te filler du crack gratos en plus ça paye bien d'être vainqueur ! »
Et c'était ça toute la journée, sans le moindre arrêt, ni temps mort. Il ne s'arrêtait sous aucun prétexte de parler. Je le fis tomber d'un geste brusque et je lui disais :
« Me fais pas chier avec ta daube, tous ce que je fais, c'est t'aider à t'entraîner pour que je ne sois pas le mentor d'un mort. »
Et au sol-je dois tout de même reconnaître la bonne volonté- il explosa de rire. Je lui donnais un coup de pieds dans l'estomac, il encaissa, sans se dérider. Insupportable. Voilà ce qu'il était, insupportable et d'ailleurs je ne le supportais pas.
Je grinçai des dents en le voyant rire et se relever tranquillement. Je me saisissais d'un couteau et le soupesais pour évaluer la trajectoire. Il fit de même sans se défaire de son sourire lumineux.
« Je vais finir par t'éviscérer si tu n'arrêtes pas de sourire.
-J'espère que je serais conscient, j'ai toujours voulu voir si c'était aussi beau à l'intérieur qu'à l'extérieur.
-Mets-toi devant la cible. »
Il inclina la tête sur le côté comme le font les chiens quand ils ne comprennent pas un mot, et il me répondit d'un air légèrement moins enthousiaste que quelques secondes auparavant :
« Pourquoi ?
-Pour travailler ta maîtrise de toi.
-Tu veux dire la tienne ! »
Mais il posa le couteau et trottina jusqu'à la cible. Il se mit face à moi en me souriant.
« C'est quand tu veux ! »
La mâchoire crispée, je lançais le premier couteau. Il lui frôla le flanc et le jeune homme ne sourcilla pas, il resta là, parfaitement immobile et le souffle coupé. Mon deuxième couteau se planta un peu au-dessus de sa tête, il frémit légèrement mais resta tout de même bien droit. Je lançais le troisième couteau un peu moins fort que les précédents, il se planta dans sa cuisse et il cria en me lançant :
« Nan, mais ça va pas ! T'es taré, franchement faut que tu prennes des calmants ! Putain, ça fais un mal de chien cette merde ! »
Je le regardai s'assoir sur le sol les yeux baissés sur la lame. Je trottinais vers lui, souriant. Il n'était pas aussi idiot que je ne le pensais, il avait tout de suite compris que je l'avais fait exprès.
« T'es content en plus de ça ! Oh, putain, j'y crois pas !
-Tu vas arrêter tes jérémiades, ce n'est qu'une égratignure. Il fallait bien que je vois comment tu réagis à la douleur. Il va d'ailleurs falloir remédier à ça. Et puis, c'était pour illustrer ce que je t'ai dit l'autre jour, ne jamais avoir confiance en personne.
-En fait, c'était juste pour te défouler.
-Crois-moi, lancer un couteau dans une cuisse est loin de me défouler. Bon va à l'infirmerie. »
Il me regarda avec de grands yeux humides et il gémit :
« Mais j'ai un couteau dans la jambe.
-J't'enverrai pas à l'infirmerie si t'avais rien. »
Il se saisit du manche et serra les dents. Je l'arrêtai :
« J'te déconseille de faire ça. »
Il leva un regard peiné vers moi. Pas la peine de me regarder comme ça, ça ne va pas améliorer ton cas pour autant.
« Tu vas perdre beaucoup de sang si tu l'enlève et ça fera tout aussi mal. Mais tu pourras plus marcher et donc plus aller à l'infirmerie.
-Tu peux m'aider à me lever ?
-Nan, je ne serais pas là dans l'arène et si tu réagis comme ça au jeu tu vas te faire tuer, alors debout ! »
Il grimaça en se redressant et commença à se lever. Il se tint debout, fier de lui. Il fit quelques pas et trébucha sur une pierre imaginaire, il s'étala en criant. Je levais les yeux au ciel et me penchais sur lui.
« Imagine ça t'arrive dans l'arène, tu fais quoi ? »
Il me regarda les yeux vitreux et je soupirais, dans trois mois, il se porterait volontaire. Il fallait qu'il y soit préparé. Et on m'avait chargé de l'y préparer, c'était mon rôle.
« Je fais un garrot et je cautérise la plaie avec un métal chaud. Après je défais le garrot et c'est reparti.
-Tu connais ta leçon, c'est bien, mais maintenant imagine que ton adversaire est en face de toi. »
Il déglutit et répondit :
« On est obligé de faire ça maintenant ?
-Tu crois que ton adversaire va attendre ? »
Il me regarda et soupira.
« Je le fais tomber au sol et comme ça pas besoin de me lever. Après, j'enlève le couteau de la plaie et je lui enfonce à travers la gorge. Je lui prends sa ceinture, je fais un garrot et je fais un feu pour cautériser.
-Bien, ça pourrait marcher, mais ta jambe pourrait y rester. Et il faudrait aussi que t'arrive à te relever.
-J'fais quoi alors ?
-Tu y réfléchiras sur la route de l'infirmerie. »
Sur ces mots, je l'aidais à se relever et le traînais jusqu'à l'infirmerie. Je ne pense pas qu'il ait réfléchi une seule seconde car il parla tout du long, mais avec un couteau dans la cuisse je pouvais bien le lui pardonner.
oxOxo
Je souriais en regardant Nina, c'était bien la première fois que je faisais quelque chose comme ça. Il y a huit mois j'aurais trouvé ça idiot et confondant de niaiserie, mais comme on le disait les hunger games changeaient les hommes et j'étais peut-être le seul dont le changement était positif. Ça me paraissait toujours idiot.
Je me trouvais dans un bar « branché » en compagnie de Nina. Mais-comme vous devez vous en doutez- ce n'était pas mon idée. C'était l'une des brillantes idées de mon très cher apprenti qui était en ce moment sur la piste en train de faire du karaoké et je ne serais pas en mesure de dire qu'elle chanson il prétendait interpréter. Il couronna son spectacle d'un baiser envoyé à sa copine du moment, il changeait de copine à peu près une fois par semaine et me racontait chaque détail de sa vie, j'avais beau lui dire que je n'en avais rien à secouer, il continuait inlassablement à me dire que cette fille lui avait fait des avances et que cette autre fille lui avait dit qu'ils avaient tous deux des modes de vie très différent et j'avais la terrible impression d'être son meilleur ami… ce que je n'étais absolument pas ! Il se bornait cependant à me considérer comme tel et j'étais donc bien malgré moi le confident de ce jeune homme. Mais si encore ça s'arrêtait là, mais non il fallait qu'il se mette dans l'esprit de faire un « double rendez-vous » et qu'ensuite il se débrouille pour faire venir Nina.
Et comme je ne la voyais pas souvent je fus bien obligé de venir. Et ça doit bientôt faire une heure qu'il nous raconte sa vie en embrassant sa copine toute les dix minutes. Mais le plus dur est sans doute que je devais me rendre à l'évidence, aussi énervant soit ce jeune homme, il était sûrement la personne qui ressemblait le plus à un frère pour moi et je l'appréciais-à mon plus grand drame-. Voilà, c'est dit au bout de six mois à le supporter dix heures sur vingt-quatre, il avait fini par me faire l'apprécier.
Mais que je l'apprécie n'allait certainement pas changer le fait qu'il m'énervait. Je le laissais donc revenir à la table sans plus me préoccuper de lui et je continuais ma discussion autrement plus importante qu'Anderson.
Bien évidemment on ne voulait pas que je passe une bonne soirée… Une bagarre éclata au moment où l'abruti regagna sa place. Deux mecs plutôt baraqués se battaient pour une raison qui puait l'alcool à plein nez.
Ils se battaient n'importe comment, aucune classe, ni technique. Oui ils se battaient comme des bambins et encore si Nina et moi on en vient, pour on ne sait quelle raison, à avoir des gosses, je suis sûr qu'ils seront bien plus doués. Un regard du côté de Nina me confirma qu'elle pensait la même chose, elle les observait de son œil tranquille en portant à ses lèvres son mojito.
L'un donna un coup bien placé à l'autre qui bouscula la serveuse et celle-ci s'écroula sur moi, renversant par la même occasion les différents breuvages qu'elle portait. Je me levais d'un bond à son contact et je baissais le regard sur ma chemise, trempée et je n'osais pas deviner quel alcool mal odorant était venu parfumer ma chemise. Presque aussitôt la serveuse se confondit en excuse.
Mon sang ne fit qu'un tour, ces deux enculés venaient de détruire une de mes chemises. Et ils allaient vite se rendre compte que leur petite bagarre n'avait pas sa place dans ce bar. Je retirais rapidement ma chemise, elle était suffisamment abîmée comme ça et me retrouvait donc en T-shirt à manche courte blanc. Je m'interposais entre les deux et je donnais un coup de coude dans le nez du premier et il s'écroula sur le sol, le deuxième se précipita sur moi après avoir craché au sol, je m'écartais simplement en lui faisant un croche pied, on ne peut plus simple de mettre au tapis des mecs légèrement éméchés.
Puis je les traînais tous deux dehors, sans un mot et sans un regard je refermais la porte.
Nina me regardait en riant, suivi d'un Anderson écroulé sur la table, je n'attendais qu'une chose qu'il en tombe de la chaise. La salle régnait dans un silence rompu seulement par le rire de mes deux camarades. Je n'avais pourtant rien fait d'extraordinaires, j'avais à peine touché ses types.
OxoxO
Dire que je déteste le jour de la moisson n'est absolument pas une exagération. Vous allez dire que les choses que j'aime peuvent tenir sur les doigts de la main, soit, je déteste beaucoup de choses, mais il y en a certaines qui me donne des envies de faire un massacre. Oui, je hais ce jour, il y a trop de monde, les filles et les garçons sont à deux doigts de se pisser dessus et je sais pertinemment qui va se porter volontaire, puisque j'ai formé l'un d'entre eux et que j'ai vu plus d'une fois l'autre.
Le capitole a changé notre hôte, je me demande bien pourquoi. Maintenant on a une jeune femme aux cheveux incroyablement rose qui me donne des envies de suicide, Mallaan, qu'elle s'appelle. Sérieusement, pourquoi les habitants du capitole ont cette affreuse manie de se teindre les cheveux de toute les couleurs de l'arc en ciel ? C'était tout simplement hideux.
Mallaan nous fit signe de venir, Enobaria et moi. Nous avions tous les deux étés désigné mentor pour les futures tribus. Voyons le bon côté des choses, j'aurais pu finir avec Lyme, cette femme détestable qui a remporté ses propres hunger games et que je ne supporte pas. Elle est autoritaire à un tel point que cette abrutie serait capable de me donner des ordres, à moi ! Snow, passe encore, mais elle, alors là pas question !
Elle nous présenta avec beaucoup d'emphase, comme si une seule personne ne nous connaissait pas, puis on retourna nous asseoir.
Elle déclara le traditionnel « Puisse le sort vous être favorable ! » et le « Comme le veut la coutume les femmes d'abord. » et elle se pencha sur la boule en verre qui regroupait tous les noms et elle hurla celui d'une fille que tout le monde connaissait au district deux, la fille d'un vainqueur. Elle était une future carrière bien sûr, on était carrière de père en fils et de mère en fille dans la famille, mais elle n'était pas prête, elle n'avait que 12 ans, elle ne devait participer qu'au 75ème hunger games.
Elle monta sur la scène la tête haute, le regard dur. Son père de son côté fusillait du regard Mallaan. Les papiers étaient souvent truqués pour faire monter sur scène n'importe qui. J'ai d'ailleurs appris que ma compatriote durant les jeux était la fille d'un pacificateur qui avait démissionné pour passer plus de temps avec sa famille. Il fallait toucher les habitants du Capitole avec des enfants et se venger de ceux qui n'obéissaient pas dans les districts.
« Y a-t-il un volontaire ?
-Oui, répondit une fille du groupe des treize ans. »
Je regardai la fille s'avancer, mais c'est quoi ce bordel ? Ce n'était pas du tout la bonne personne ! Ce n'est qu'une gamine de treize ans qui n'a pas fini son apprentissage ! Pourquoi se porte-elle volontaire ? Les règles étaient simples, on s'entraînait jusqu'à ses dix-huit ans et là seulement on pouvait avoir son heure de gloire. Ce n'était pas bien compliqué quand même ? Maintenant elle avait empêché à la carrière entraînée d'avoir son combat final. Cette dernière était d'ailleurs choquée, la bouche entrouverte et une phrase au bord des lèvres.
Un regard en direction d'Enobaria me fit comprendre qu'elle n'était pas loin de penser comme moi. Elle ne serait pas le mentor de cette fille et on se concentrera essentiellement sur Anderson.
Le tribu masculin fut tiré au sort et Anderson ne laissa pas le temps à l'hôte de demander qui était volontaire. Il s'avança et il hurla qu'il était volontaire. C'était son combat et il était hors de question qu'un gamin de treize ans le lui vole.
« Il faut attendre que je demande pour se porter volontaire.
-Je sais, excusez-moi, je ne voulais pas quelqu'un d'autre se porte volontaire à ma place. »
Et Anderson monta sur l'estrade, on échangea un regard entendu et lorsqu'il sera la main de la jeune fille, il la compressa littéralement. La fille garda cet air dur et elle rompit le contact avec empressement.
On rentra dans l'hôtel de ville et on se dirigea vers un petit salon où nous attendait nos proches, des vainqueurs pour Enobaria, Nina pour moi et à ma plus grande surprise le gamin que j'avais sauvé à mes premiers hunger games. Je l'avais vu de temps en temps, il venait chez moi, au village des vainqueurs environ une à deux fois par mois et je lui donnais à manger et de l'argent. Il me montrait qu'il s'entraînait pour que je n'ai pas à avoir « honte » de lui. Comme si j'avais honte de quoi que ce soit, je me contrefichais bien de ce que pensait les autres. Ce gamin n'est pas croyable.
Je pris Nina dans mes bras et je l'embrassai, puis je me tournai vers l'autre abruti et je lui demandai :
« Qu'est-ce que tu fous là, gamin ? »
Il souriait de toutes ces dents et il se mit à rire.
« Je suis venu te dire au revoir. »
Je secouais la tête. Dans à peine un mois je serais de retour, quoi qu'il arrive.
