Bonjour/Bonsoir !

Alors. Je m'excuse pour le retard, j'en ai peut-être inquiété certain(e)s et j'en suis vraiment désolée... Mais j'ai eu un boulot monstre, j'ai un bac blanc demain, et je ne voulais pas publier un chapitre qui ne me convenait pas car baclé pour vite le sortir. Je sais, c'est dans longtemps, mais Noël arrive et je vais devoir m'occuper de cadeaux en tout genre. Et puis, avouons-le, les profs s'enjaillent à propos des devoirs toujours juste avant les vacances.

Bon, j'arrête de raconter ma vie, déjà c'est pas intéressant, et puis vous avez plus envie de lire le chapitre que de m'écouter me plaindre de ce que tout le monde traverse un jour dans sa vie.

Disclaimer : Je ne bénéficie point des droits du manga intitulé Shingeki no Kyojin, ma foi très divertissant.

Bonne lecture !


« Armin, Mikasa… Maman, papa… Souhaitez-moi bonne chance. »

Je me gonfle du courage que les sourires encourageants de ma famille me procurent et passe le portail.

Aujourd'hui est un grand jour.

Je passe mon bac.

Et oui, il faut bien que je le fasse à un moment ou à un autre, tout de même. Je dois subir le stress de l'examen et du silence de l'horloge qui tourne, les stylos qui grattent les copies, le surveillant qui lutte pour rester éveillé.

Je ne vais pas rester toute ma vie au chômage à attendre que mes parents me fournissent abri, nourriture, électricité – et connexion internet – sans leur rendre la pareille. Et puis ce serait un peu chiant, une vie de chômage. Je compte bien faire des études – même tardives – et me trouver un boulot, malgré mes dix-neuf ans passés.

Revenons-en au jour fatidique de mon bac. Et plus précisément, de mon bac de maths. Le pire, donc.

Quelques regards se tournent vers moi alors que j'avance dans le lycée où je n'ai jamais mis les pieds. Je sors du lot : je suis plutôt grand, et une seule année sortie de la puberté ingrate peut changer une gueule assez facilement. Donc ils jalousent tous ma peau à peu près non boutonneuse et mon mètre quatre-vingt-quatre.

Je pénètre dans le bâtiment A, comme l'indique le plan que ma mère a tenu à imprimer pour que je ne me perde pas. Je patiente dans le couloir, écouteurs dans les oreilles pour me couper du monde.

Beaucoup se connaissent, discutent déjà, essaient d'oublier l'examen qui déterminera leurs études, d'autres se rongent les ongles, tapotent des doigts sur leurs cuisses, se mordent les lèvres : ce sont les angoissés. Moi, je fais partie du groupe assez rare des rescapés de coma long de plusieurs années, qui ont pu travailler tout leur programme de lycée pendant qu'ils roupillaient. Je devrais être stressé, comme tout le monde, même ceux qui le camouflent en riant déjà à gorge déployée. Mais disons que… après ma survie en milieu hostile, j'ai connu pire. Et j'ai juste hâte que l'examen se déroule et que je sorte de la salle pour rejoindre mes proches.

Finalement le bac de maths s'est plutôt bien passé. Je suis actuellement en train de sortir du lycée et je suis sensé retrouver ma mère qui a l'après-midi libre, contrairement aux trois autres qui doivent travailler. Mais elle ne se montre pas. Merde. J'avais oublié sa ponctualité un peu spéciale.

Je m'adosse au mur de béton qui ceinture le lycée et sors mon téléphone pour écouter de nouveau de la musique. À chaque fois que je dois attendre, je fais ça. Et puis l'icône des messages m'attire.

Est-ce que je le fais ?

Allez.
J'ouvre l'application des messages et compose le numéro que Levi m'a donné quand j'étais encore à Berlin. C'était déjà il y a une semaine. Le temps passe vite quand on passe ses journées à réviser.

J'hésite. Je ne sais pas trop quoi lui envoyer. Mais je ne veux pas qu'il m'oublie maintenant.

Merde. Mauvais choix de mots.

« Bonjour !

Je n'ai pas eu le temps de te contacter, je révisais mon bac. J'aimerais beaucoup parler plus souvent avec toi.

Enfin, je ne vais pas te harceler. Mais j'aime bien te parler.

Et... je deviens complètement ridicule.

Bon, bosse bien, le bureaucrate. »

J'appuie sur « Envoyer » et le message part loin, par-delà la frontière qui sépare nos deux pays. J'ai envie de voir Levi. J'ai envie de le serrer dans mes bras comme il m'autorisait parfois à le faire. Il me manque tellement.

Un klaxon me sort de mes pensées et j'aperçois ma mère qui vient d'arriver à mon niveau. Je range mon portable et monte dans la voiture.

« Je suis désolée, il y avait énormément d'embouteillages, s'excuse-t-elle.

– C'est pas grave. Déjà, tu m'évites le bus. »

Elle me sourit et redémarre. Nous rentrons à la maison.

Pendant le trajet, je sens mon téléphone vibrer. Je ne veux pas ouvrir le supposé message de Levi devant ma mère, on ne sait jamais. Je pourrais devenir complètement fou.

Je me dandine tellement d'impatience que j'ai droit à un classique « Tu fais quoi, Eren ? Tu as envie d'aller aux toilettes ? » de ma mère.

Aussitôt arrivé, je fonce dans ma chambre et m'assois sur le lit pour enfin lire le message.

« Salut, gamin. T'es pitoyable, tu le sais ? Et ça me saoule de te répondre. Mais si tu veux m'envoyer des messages, je ferai l'effort de pondre quelques mots pour que tu sois content. Non pas que ton bonheur m'importe. »

Mon sourire est si large qu'il pourrait littéralement monter jusqu'à mes oreilles. Mon Levi est si plein de contradictions, à m'insulter – gentiment – puis laisser quelques traces de sympathie… J'ai une envie si pressante de le revoir que je suis obligé de plonger sous ma couette pour étouffer mes couinements de frustration. Putain, j'ai jamais été comme ça. En plus, il ne sait pas que je suis son Eren, son « gamin », celui qui a vécu seul avec lui pendant longtemps. Mais mon cœur bat si vite et si fort qu'il va casser ma poitrine. Et le pire, c'est que je ne peux pas m'en empêcher.

Foutu Levi.

Et le lendemain, autre épreuve de bac.

Et ainsi de suite.

Et je finis par être libre comme l'air, attendant simplement les résultats si angoissants. Je passe tout mon temps libre à parler à un Levi qui met autant de temps à me répondre qu'à sortir d'un coma, et je tiens de longues conversations angoissées quant à mon avenir incertain avec les membres de ma famille. Je ne sais absolument pas ce que je veux faire. Je suis presque sûr de réussir mon bac du premier coup, alors mon choix d'études devra se faire assez rapidement.

J'obtiens les résultats quelque temps plus tard, avec un score assez impressionnant – mais moins que celui d'Armin, apparemment. Pas trop étonnant. Les vacances d'été alourdissent l'air de leurs chaudes températures mais allègent le cœur et l'esprit des gens. Je décide d'aller à Berlin : Levi ne me répond pas assez, et même si je me répète qu'il est sans doute trop occupé, je ne fais que revoir le visage de Petra dans ma tête et pique d'immondes crises de jalousie à toute heure de la journée ou de la nuit. En effet, je ne dors pas très bien. Certaines personnes rêvent de se retrouver à poil au lycée, moi je me souviens de chaque détail de ma lente agonie, qui se répète en boucle comme une torture durant mes quelques heures de sommeil. Et l'absence du Levi que j'ai connu me pèse si lourd… si lourd.

Ma mère insiste pour venir avec moi à Berlin. Elle sait que quelque chose se passe, mais n'arrive pas à trouver quoi. Alors elle essaie de découvrir la raison de mon obsession pour la capitale de l'Allemagne. Au moins, je serai bien logé et nourri, si ma mère est là. Je me rends compte que j'ai parfois des pensées d'enfant. De l'enfant que j'aurais été il y a quelques années si je n'avais pas été séparé de tous à l'âge de douze ans.

Le trajet en train se fait trop lentement. Je n'ai qu'une envie, arriver à la gare pour plonger dans la ville et retrouver Levi. Je lui ai dit que je venais. S'il était content, il n'en a rien montré. Tout ce qu'il a répondu était « Ok. ». Difficile de ne pas être déçu après ça.

Je me suis habitué à ma jambe. Je sais quels mouvements je dois faire pour marcher plus vite, pour monter les escaliers, pour la reposer tout en restant debout. Ma mère est en train de faire la procédure pour que j'obtienne un certificat de handicap, malgré mes nombreux refus. Elle s'inquiète trop pour moi. Mais ça fait du bien.

On arrive finalement à la gare. Je contiens mon impatience jusqu'à l'appartement que ma mère loue pour nous deux le temps de notre séjour – une semaine. Là, je pose mes bagages et lui demande aussitôt si je peux ressortir pour me promener dans la ville. Elle est extrêmement suspicieuse – forcément : j'ai déjà visité la ville et elle le sait – mais me laisse partir avec un soupir et la promesse de revenir pour le dîner.

Je fonce déjà au café où Levi et moi étions allés, pour notre première rencontre officielle. Il m'a demandé de le retrouver là. Bizarrement, il ne veut pas qu'on aille chez lui. Enfin, ce n'est pas bizarre, pour moi. Je sais qu'il n'aime pas que les inconnus s'introduisent dans ce qui se rapproche de près ou de loin à sa vie privée. Je ressens le pincement – écartèlement – au cœur habituel lorsque je songe que je ne suis qu'un gamin un peu sympa, pour lui.

Au café, je cherche son visage avec une excitation qui ne devrait pas pouvoir être contenue dans un être humain. Et je le vois. Là, au fond, assis sur une banquette, ses yeux rivés sur son café fumant. Et putain de cœur, si tu continues de te débattre comme ça, je te promets que je t'arrache de ma poitrine et que je te laisse mendier sur le bord de la route.

Je tente de me calmer un peu et j'avance vers Levi. Il est complètement absorbé dans ses pensées et ne m'a pas vu. Je me demande à quoi il pense. Ou à qui ?

« Levi ! »

Il lève la tête et me fait un signe de la tête. Je lui renvoie mon sourire le plus joyeux et m'assois en face de lui.

« Je suis super content d'être ici ! J'attendais ça depuis le moment où je suis retourné en France !

– Ouais. »

Je plisse les yeux.

« Dis-moi ce qui ne va pas », lui demandé-je avec attention.

Il fixe brusquement son regard dans le mien et je sens des frissons me parcourir.

« J'ai l'air si mort que ça ?

– T'as vraiment l'air fatigué… »

Il préfère toujours l'honnêteté, je le sais. Il grogne mais a l'air de renoncer à se contenir et passe une main sur son visage lassé.

« Je suis paumé. »

Quoi ? Levi, paumé ? Et il me l'avoue, à moi ?

Je fronce les sourcils et me penche vers lui, à l'écoute.

« Raconte-moi.

– Pour commencer, je suis plus avec Petra. C'était ma compagne.

– Oui, je sais. Et depuis quand ?

– Depuis que je t'ai rencontré, en fait.

– Pourquoi ?

– Elle pensait que je me réveillerais pas, et elle est partie du principe qu'elle pouvait refaire sa vie, malgré son chagrin. Et bizarrement, quand je suis sorti du coma… je l'aimais plus. Alors on s'est mis d'accord pour se séparer.

– Levi… je peux te demander quelque chose ?

– Aie des couilles et dis-le-moi directement au lieu de minauder parce que t'as peur.

– Et toi, arrête d'être la copie conforme de Grincheux. »

Il serre visiblement les dents et me fusille du regard, mais je souris de plus belle. Ce sont ces réactions-là qui ont fini par m'amuser, chez Levi. Je me force à redevenir sérieux – alors que clairement, mes émotions ne sont pas très calmes dès que je suis à côté de lui.

« Bon. Je voulais te demander pourquoi tu te confiais à moi comme ça. Ça me fait super plaisir, hein, mais… on se connaît pas si bien que ça, si ?

– Ouais. Ben, c'est ça l'autre truc. J'ai l'impression que… Non, laisse tomber.

– Mais dis-moi ! Je promets que je me moquerai pas.

– Non, c'est trop con. »

Je pose une main hésitante sur ses doigts réchauffés par la tasse de café et ignore la réaction de rejet qu'il a en premier lieu. Comme lorsque j'avais fait ce geste la première fois. Ça me semble si loin, presque irréel. Notre histoire se répète. Espérons que je ne meure pas à la fin.

« Tu peux tout me dire, Levi. Je serai toujours là pour t'écouter. »

Il paraît extrêmement suspicieux et ses traits sont animés par un fond de raillerie. Je m'en fous complètement. Qu'il se moque de moi, s'il veut. Au moins, il sait qu'il n'est pas tout seul.

« Ok. C'est bizarre, je te préviens. On se connaît à peine, comme tu l'as si bien fait remarquer. Mais j'ai l'impression que je te connais depuis toujours. Que je pourrais tout te confier. Et je déteste ça. Ça me ressemble pas du tout. »

J'ai envie de sauter de joie. Car s'il ne se souvient toujours pas de moi, il a en lui une marque profonde de l'affection qui m'était adressée et se souvient inconsciemment de notre lien.

« Moi aussi je ressens ça », chuchoté-je en souriant et en resserrant ma main sur la sienne.

Levi me regarde un peu bizarrement, ses yeux perçants paraissant me sonder pour découvrir les secrets se cachant sous ma cervelle. Il jette un coup d'œil furtif à nos mains jointes, trop rapide pour quelqu'un qui ne le connaîtrait pas. Mais je le connais. Alors je le remarque.

« Je préfère te prévenir, gamin, marmonne-t-il en entrecoupant ses mots de gorgées de café devenu tiède. Je suis pas le genre de personne à m'attacher. Ni beaucoup, ni longtemps. »

Je le fixe. Qu'est-ce qu'il cherche à dire ?

« Et ? le relancé-je.

– Et donc, je veux bien essayer de te connaître mieux. Mais je promets rien. »

Mon bonheur immense doit se voir sur mon visage car Levi remue légèrement un coin de sa bouche fine. Puis, je réalise autre chose. Est-ce qu'il veut dire la même chose que moi ?

« Euh… Levi ?

– Quoi.

– Je ne te vois pas seulement comme un potentiel ami… »

Ses paupières tombent sur ses yeux sombres alors qu'il a l'air de me répudier de son regard.

« Est-ce que tu crois que je suis un putain d'idiot ? grommelle-t-il en retirant sa main.

– Euh… non ?

– Bien sûr que non. Tu croyais que je te voulais quoi, alors ?

– Bah… Je…

– Pas très concluant, ton merdier.

– Mais… Tu étais en couple avec une femme… Alors, je pensais que…

– Est-ce que tu vivais dans une grotte depuis ta naissance ou tu connais l'existence des bi ? »

Oh. Mon. Dieu. Enterre-toi vite, Eren. Vite, vite, vite. Ou noie-toi dans ta honte. Ou plonge sous la table et cache-toi très, très longtemps.

« Oh.

– T'es con.

– Je… Ouais. »

Levi a l'air de ressentir une infime particule de pitié pour moi et soupire.

« Allez, je paie et on sort. »

Je hoche la tête et me précipite à l'extérieur. Je respire un peu, juste de quoi ne pas mourir.

Est-ce que Levi vient de me confirmer que j'avais une chance de sortir avec lui ?

Est-ce que je peux maintenant mourir heureux ?

Non, allez, ressaisis-toi, Eren. Tout va bi – aaaaaahhh.

Heureusement que je suis adossé à un mur, sinon je me serais déjà écroulé.

Il faut que je contrôle un peu plus mes émotions. Je vais pouvoir tenter ma chance avec Levi. Dans la réalité, il ne m'a jamais rejeté. Je peux avoir une relation amoureuse avec lui.

Est-ce que je vais un jour pouvoir marcher simplement dans la rue avec sa main dans la mienne ?

Levi me rejoint et un silence assez embarrassant s'installe. J'essaie de lancer une conversation, sachant très pertinemment qu'il ne se lancera jamais. Alors je lui pose les questions basiques que je suis sensé ne pas connaître. Je réécoute Levi parler du bout des lèvres de ses quelques amis, je le réentends se plaindre du monde entier, je le regarde à nouveau grimacer et ronchonner en parlant de sa vie en général. Et je me rends compte que je tombe encore plus amoureux de Levi que je ne le suis déjà. J'ai atteint un point de non-retour.

Je lui propose d'aller marcher dans un parc que j'apprécie et manque de verser une larme en réalisant que je me promène actuellement avec Levi dans un endroit qui n'appartenait autrefois qu'à nous deux. Mon cœur s'étouffe quand il marmonne qu'il ne connaissait pas ce lieu.

Nous parlons beaucoup – je parle beaucoup. Mais j'aime revoir peu à peu les expressions qu'il me laissait entrevoir. Il doit vraiment bien se sentir avec moi, car ce qu'il avait mis plusieurs mois à me montrer m'apparaît entre deux insultes aujourd'hui. Ou bien je le connais tellement que ses traits n'ont plus aucun secret pour moi.

Quelquefois, je manque de faire une crise cardiaque à cause de son avant-bras qui m'effleure un peu trop ou son regard vif qui me transperce trop ardemment. Me retenir pour me jeter à son cou et l'embrasser est le truc le plus difficile qu'il m'ait été donné de faire. Enfin, non. N'exagérons pas. J'ai dû vivre seul pendant cinq ans. Mais ne pas devoir embrasser Levi vient en seconde place.

Et notre premier rendez-vous se termine lorsque je lui annonce devoir rentrer pour manger. Je lui promets de se revoir le lendemain, et j'ai droit à une grimace un peu enjouée. Ma mère me pose quelques questions. Je lui réponds que je lui expliquerai tout. Elle réussit néanmoins à m'extirper une information capitale qui, pour elle, est la seule raison de mon comportement étrange – et à raison – : je suis amoureux. Et à chaque fois que je rentre à l'appartement pour manger avec ma mère pendant cette semaine à Berlin, j'ai droit aux remarques peu subtiles de tout parent excité par ce genre d'événement comme un enfant par un nouveau jouet. Enfin, j'espère que ces bons sentiments ne s'arrêteront pas à l'annonce que je ferai plus tard : non, Levi n'est pas un surnom de prénom allemand féminin. Et oui, c'est bien ce qu'a cru ma mère quand le nom m'a échappé.

Je vois Levi presque tous les jours. Notre relation évolue beaucoup plus vite que ce à quoi je m'attendais. Moi qui ai dû attendre des mois pour qu'il s'ouvre à moi pendant notre coma, dans la réalité il me confie déjà quelques manies hygiéniques pas très sexy – que j'adore.

Est-ce parce qu'il ressent cet attachement fantôme assez fort pour qu'il s'ouvre ainsi ? Ou m'apprécie-t-il réellement beaucoup, à tel point qu'il change ses habitudes sociales ?

Mais l'important est que je dois finalement retourner en France. Ma mère doit retourner à ses obligations, et moi je dois découvrir ce que je veux faire de ma vie.

Et c'est Levi qui m'en donne l'idée. On sortait du cinéma, après avoir vu un film à chier selon mon grincheux bien-aimé, regardable selon moi. Voici ce qu'il a dit :

« Au fait, t'as déjà pensé à des théories pour expliquer pourquoi tu étais tombé dans le coma ? »

Et voilà. Je voulais désormais étudier la psychologie et me spécialiser dans l'inconscient de l'esprit. Et trouver la solution à ce qui avait causé mon malheur et mon bonheur. Je savais que je voulais faire ça de ma vie, et que c'était ma voie. Je n'en ai plus douté un seul instant.

Je suis rentré en France. J'ai annoncé à tout le monde l'une des plus grandes décisions de mon existence. Armin ne s'est pas étonné. Les autres, pas tellement non plus. C'était plutôt logique pour un mec qui était resté sept ans dans le coma de vouloir comprendre le phénomène.

Je me suis inscrit dans une très bonne prépa, grâce à mes résultats de bac, de ma mention très bien et du nombre de langues que je pouvais parler. La première année de mes études a commencé.

Ceux qui ont déjà été en prépa le savent. Si on n'a pas l'esprit pour tenir jusqu'au bout, on est brisé aussitôt. Moi, j'avais connu pire. J'avais connu pire que des profs qui cassent ton espoir et te rabaissent. J'avais connu pire que la compétition maladive de certains, qui rend l'ambiance générale trop tendue. Donc j'ai pu survivre. Mais c'était dur.

Ma famille m'a soutenu dans mon parcours. À la fin du premier trimestre, mon anxiété et mon angoisse quotidienne se rajoutaient au petit fond de stress post-traumatique et de dépression qui me restaient de mon expérience trop douloureuse. Je trouvais énormément de réconfort chez mes proches, chez ceux que j'avais autrefois seulement imaginé dans les moments les plus difficiles, et que je pouvais aujourd'hui voir dès que je le voulais.

Levi et moi nous parlions énormément par message. Lui râlait à propos de son boulot qu'il supportait de moins en moins. Moi, je me plaignais de mes cours intensifs et des longues études qui m'attendaient. J'allais parfois en Allemagne le voir, et lui visitait aussi la France pendant ses congés, passant bizarrement par le quartier où j'habitais. Lui confier des choses me faisait énormément de bien, et même si je ne lui disais pas ce que j'avais vécu, je parvenais parfois à lui parler de moments difficiles qui revenaient souvent me hanter. Dans ces instants précieux, je tenais mon téléphone aussi fort que je le pouvais et écoutait la voix de Levi, qui savait dès le départ décrypter mes messages et savait quand appeler pour me réconforter. Non, il ne faisait pas trop la conversation. Mais l'entendre me répéter qu'il était là, l'écouter respirer et m'imaginer qu'il était près de moi me consolait.

Le soir de son anniversaire, je l'ai amené au restaurant. C'était bizarre. Pourtant, il s'est bien retrouvé en face de moi, avec un plat élégamment décoré sur la table. Sa chemise noire et sa veste sombre ont dû me faire trop d'effet. Au retour, je lui ai sauté dessus dès qu'on est rentrés dans la chambre d'hôtel qu'il louait.

Il m'a embrassé comme s'il attendait ça depuis des millénaires. Sur son visage ne pouvait pas vraiment se lire ses émotions, mais l'urgence qu'il mettait dans ses gestes voulait tout dire. Nos lèvres se sont rejointes, puis séparées quelques centièmes de seconde, le moins possible, pour aussitôt replonger dans un baiser long et faisant flamber dans mon ventre un incendie de désir. J'ai redécouvert avec ma langue les goûts du café du matin et de dentifrice frais qui inondaient sa bouche. J'ai reniflé le plus souvent possible son parfum enivrant, trop bon pour mon pauvre esprit dépassé. Ses cheveux sombres chatouillaient mes pommettes et ses bras se serraient autour de mon corps. Ses baisers humides et brûlants parsemaient mon visage et mon cou.

L'émotion m'a écrasé tout d'un coup et j'ai commencé à émettre des reniflements étouffés dans la nuque de Levi. Il s'est arrêté dans sa besogne, visiblement mécontent. Je souriais et pleurais à la fois, la joie et l'amour se mêlant au soulagement et au larmes de bonheur.

Et il m'a offert son premier vrai sourire.

J'ai embrassé ce sourire avec tout l'amour que j'avais pour lui.

On s'est endormis sur le canapé un peu trop dur, nos chemises à moitié retirées, mes yeux coulant toujours jusqu'à mouiller mes tempes, la tête de Levi enfouie au niveau de ma clavicule.

Il est retourné en Allemagne et j'ai dû annoncer la chose à ma mère, mon père, Armin et Mikasa.

Je les ai regroupés dans le salon et me suis assis en face d'eux. Si l'angoisse d'annoncer être gay comme un phoque et d'être en couple avec un mec plus vieux pouvait tuer, je serais mort autant de fois que j'ai failli faire des crises de panique. À peu près 4 872 fois.

Ça s'est déroulé comme ça :

« Bon, alors… j'ai un truc à vous annoncer. Je sors avec quelqu'un. »

Ma mère : sourire vainqueur. Mon père : complètement consterné. Armin : une petite bouche qui se plisse de malice. Mikasa : regard qui devient sombre.

« Mais c'est génial ! a fait ma mère en se levant pour me prendre dans ses bras. Comment elle s'appelle ? »

J'ai jeté un coup d'œil à Armin qui se retenait d'exploser de rire avec brio.

« Ben, c'est ça, le truc à annoncer. Je… Je sors avec un homme. »

Mon père a froncé les sourcils et est resté silencieux. Ma mère a paru voir la fin du monde devant ses yeux et a pâli.

« Oh non… a-t-elle murmuré.

– Je suis désolé si ça vous convient pas, ai-je répliqué, un peu déçu et vexé qu'ils aient une telle réaction.

– Oh mon Dieu, non, Eren ! s'est écriée ma mère. C'est juste que… Je viens de réaliser que je n'aurai jamais de petits-enfants…

– L'adoption existe, tu sais… Et puis il y a Mikasa, non ? »

Ma mère a jeté un regard vers ma sœur adoptive, toujours aussi ténébreuse.

« Tu crois vraiment ?

– Ouais. Peut-être pas. »

En fin de compte, tout le monde a été très heureux pour moi. Enfin, Armin et ma mère. Mikasa est restée plongée dans ses pensées et mon père n'a plus dit un mot. J'imagine que c'est mieux que de se faire insulter ou moquer.

J'ai raconté l'aventure à Levi par Skype, qui a eut un petit sourire de triomphe. « Je vais pouvoir m'incruster dans votre petite famille et choquer tout le monde avec mon comportement », semblait dire son regard.

Noël est passé. J'ai offert un appareil polaroid à Levi. Il m'a demandé de prendre notre première photo. Je garde le petit papier glacé dans mon porte-feuille et l'observe dès que je peux. Je suis un peu pitoyable, je crois. Et je doute parfois de la volonté de Levi de s'investir dans notre relation, à cause de la distance et de son caractère que j'aime plus que tout mais qui, parfois, rend les choses bien plus difficiles.

Je ravale aussitôt tous mes doutes le jour du Nouvel An.

Il me fait la surprise de venir en France et m'ordonne de faire un sac pour quelques jours. Je n'avais heureusement aucun plan pour le soir, car il ne m'aurait pas écouté une seule seconde. Je préviens vite mes parents et évite ma mère qui veut me pousser à bout pour entrevoir le visage de Levi. Tous les deux prenons le train pour Berlin.

Pendant le voyage, je pose ma tête sur son épaule avec tendresse et je sens mon cœur cogner contre ma poitrine lorsqu'il commence à doucement caresser mes cheveux de ses mains si fines et délicates. Trop, pour un mec vulgaire comme lui.

Nous arrivons et j'obéis à Levi en me changeant vite dans les toilettes de la gare. Je mets une chemise et un pantalon noir assez près du corps sans pour autant mouler, ce qui n'empêche pas Levi d'orner sa bouche d'un sourire appréciateur et d'effleurer mes fesses trop souvent pour qu'il soit subtil. Lui s'est habillé magnifiquement, comme toujours. De toute façon, même en poncho et legging arc-en-ciel moulant il serait beau comme un dieu. Même si j'ai plus envie de lui retirer tout ce qu'il porte que de l'admirer.

Malgré le nombre incalculable de fois que je lui demande où on allait et ce qu'on allait faire, il grommelle et ne me laisse pas une seule miette d'information. Je note plusieurs personnes qui se retournent sur nous dans la rue alors que nous allons à la destination mystère et que le soleil sombre. Je pense que leur cœur rate un battement à chaque fois qu'ils croisent Levi.

« T'as vu, tout le monde te trouve trop sexy, raille soudainement Levi qui passe un bras autour de mes épaules et me rapproche de lui. Mais t'es à moi. Dommage pour eux. »

Je rougis comme si un fer à repasser m'avait été appliqué longuement sur le visage et tente de protester, mais ma voix est devenue trop fébrile. Pourquoi est-ce que je deviens une jeune jouvencelle dès que Levi me dit des trucs comme ça ?

On arrive finalement devant une grande bâtisse en pierre parfaitement entretenue, et Levi appuie sur la sonnette avant d'inspirer puis d'expirer en fermant les yeux comme s'il se préparait à subir la pire épreuve de sa vie.

Et je comprends enfin. On va passer le Nouvel An avec les amis de Levi. Ceux dont il m'a tant parlé, dont il s'est tant plaint avec de la nostalgie que je parvenais à lire, à la fin.

La porte s'ouvre et un homme immense nous plonge dans son ombre.

Il est blond et a des yeux bleus perçants, avec quelques rides à la base de ses sourcils, qui sont d'ailleurs formidablement magistraux. Mais qui a des sourcils pareils, putain ?

Oh. Mais c'est le blond de l'hôpital ! Le bon samaritain pas si bon que ça !

« Levi.

– Erwin. »

Les yeux de glace se fixent sur moi.

« Je te connais, toi.

– Je sais, vous m'avez harcelé pour savoir qui j'étais, à l'hôpital. »

Aussitôt le regard de Levi s'assombrit encore davantage et il fait le geste inconscient de se décaler vers moi, entre Erwin et ma petite personne.

« Tu m'expliques ça, le nazi ? »

Le nazi ?

« Ne t'excite pas trop, Levi. J'ai rien fait à ton protégé. »

Je déteste son ton supérieur.

« Je suis pas son protégé, en fait, interviens-je. Je suis son copain. »

Le visage de Levi se tend en un mélange de tension et d'une chose que je n'avais encore jamais vue dans un état aussi brut chez lui : l'amour possessif qui se reflète dans ses iris brillants, dans son minuscule sourire fier, dans sa poitrine qui se soulève à peine plus vite et que j'ai pourtant remarquée.

Contre toute attente, Erwin sourit à Levi et se décale pour nous laisser entrer. Au moment où Levi le dépasse, je l'entends chuchoter :

« Je l'apprécie bien, ton copain, Levi. »

Je frissonne dès que le grand blond prononce ce mot qui étiquette notre relation. Et moi qui réalise à peine tous les jours que je suis en couple avec la personne que j'aime depuis presque deux ans. Je suis bien parti pour m'accrocher à Levi pour le restant de mes jours. Et lui aussi, j'espère. Mais bien plus agressivement et avec des insultes bien senties en guise de petits mots doux. Mais c'est pour ça que je l'aime autant. Il ne ressemble à personne et il me rend heureux par le seul fait de me permettre de le connaître mieux que quiconque sur cette terre.

Un brouhaha ambiant règne dans l'immense salon, tous ont un verre à la main, tous sont bien habillés, et je ne connais personne. Je sens une main se glisser en bas de mon dos et un souffle me réchauffer l'oreille :

« Reste près de moi, Eren. »

Je déglutis assez difficilement et parviens à attraper un verre inconnu encore rempli d'un liquide non identifié. Je l'avale d'une traite pour me donner le courage de résister à Levi toute la soirée dans son beau pantalon sombre qui arrondit si bien son joli petit c… Eren, stop. Bloque tes pensées, brûle tes neurones au chalumeau, fais quelque chose. Et pense à beaucoup de choses désagréables. La soupe au poireau. Les gens qui crachent par terre. Les vidéos ASMR de mastication de cornichons. Les écouteurs recouverts de cérumen jaunâtre.

Ouf. J'ai évité la catastrophe.

Une main se pose brusquement sur mon épaule et je me retourne vivement. Une personne qui pourrait être autant une femme qu'un homme au visage délicat me fixe en souriant largement, la lumière éclatante de la fête se reflétant dans ses lunettes.

« Euh… Bonjour ? fais-je, un peu confus.

– Oh mon Dieu ! C'est vraiment toi ! Tu es lui !

– Excusez-moi, vous devez vous tromper de personne…

– Non, non, je le sais ! Tu es celui que Levi se tap… »

Je lui plaque ma main sur sa bouche en prenant le plus de respirations possibles – j'ai entendu quelque part que l'air atténue les rougeurs qui apparaissent sur les joues lorsqu'on est embarrassé. Je ne sais même pas si c'est vrai, mais ça a au moins l'avantage de me tranquilliser et je me penche vers l'inconnu(e).

« Chut. Pas si fort.

– Mais enfin, pourquoi tu veux cacher ton exploit ? parvient à dire l'autre malgré ma main qui bloque sa bouche. T'es bien le seul à avoir réussi à adoucir notre petit Levi !

– Et j'en suis très heureux. Mais si vous le connaissez aussi bien que vous le laissez entendre, vous savez qu'il n'aimerait pas que tout le monde le sache. »

La personne dégage ma main de son visage et laisse découvrir un sourire si grand qu'il ne me paraît pas très sain. Ses yeux sont étirés par l'excitation et elle se dandine avec enthousiasme.

En regardant de plus près, sa figure me semble vaguement familière…

« Excusez-moi, qui êtes-vous ?

– Hanji, la seule et meilleure amie du nain grincheux ! »

Alors c'est elle ! La fameuse origine du porte-clés nain de jardin ! Si je pouvais tout lui avouer, je la remercierais mille fois d'avoir fait cette blague à Levi. L'une des meilleures – et plus nulles – faites à ce jour.

« Content de te rencontrer, alors, souris-je à une Hanji toujours aussi euphorique.

– Et moi donc ! Je comprends enfin pourquoi Levi n'arrêtait…

– Pourquoi je n'arrêtais pas quoi ? » fait une voix grave à ma droite.

Levi, toujours aussi beau, que j'aime toujours autant, qui apparaît toujours au bon endroit au bon moment. Mais Hanji n'a pas l'air d'avoir la moindre peur et se jette dans ses bras. Je me pince fortement l'intérieur du coude pour ne pas sauter sur la brune et la mettre en pièces pour avoir fait un câlin à mon Levi, et ce même si elle ne l'aime pas de façon romantique.

« Hanji, dégage.

– Leviiiiii ! Toujours aussi fringant ! Magnifiquement pimpant ! Délicieusement fougueux ! Sublimement ténébreux ! »

Je ne peux empêcher le sourire qui point sur mes lèvres et je plonge mes yeux morts de rire dans le regard exaspéré de Levi. Je vois pourquoi il se préparait à entrer dans la maison, à l'entrée. Ce n'est pas à cause d'Erwin, ni aucune autre personne de la fête. Simplement Hanji.

C'est d'ailleurs pour ça qu'il doit l'apprécier. Comme moi, elle le fait sortir de sa zone de confort, même si parfois il ne le montre pas et qu'il dit des insultes.

« Finis ta phrase, la binoclarde. Tu voulais dire quelque chose à Eren, je crois, grogne-t-il d'ailleurs en poussant sans délicatesse son amie.

– Oh, je lui disais simplement qu'en le voyant, je comprenais enfin pourquoi tu n'arrêtais pas de nous parler de lui ! Il a de ces yeux, Levi ! Ces yeux ! Je veux les observer de près et admirer toutes les nuances de bleu et de vert qui les parcourent ! Et puis, il est si jeune, si frais ! Je ne pensais pas que tu aimais les pousses vertes, mon petit ronchon ! »

Je vois la mâchoire de Levi se contracter, juste avant qu'il ne prenne brutalement Hanji par le col de sa veste et ne la pousse sur Erwin qui surveillait la scène. Je suis sûr et certain que Levi l'avait repéré, qui observait tout de ses yeux d'aigle, et qu'il se débarrasse ainsi de ses deux emmerdes d'une pierre deux coups.

Mon sourire se transforme en éclat de rire et j'explose d'hilarité, sous l'œil toujours agacé de Levi. Je m'éloigne de quelques pas et me retourne seulement pour lui ordonner de me suivre d'un signe de la tête. Il me suit en silence, tous deux traversant la marée humaine pour nous frayer un chemin jusqu'à une terrasse que j'avais aperçue. Je sais qu'il est derrière, à quelques dizaines de centimètres de moi, et qu'il mate mon cul autant qu'il le peut. Foutu nain pervers.

Je sors dans l'air frais du soir et savoure le silence qui règne quand Levi referme la porte vitrée derrière lui. J'ai remarqué le couple qui s'embrasse dans le coin, mais ils ont l'air de faire attention à nous autant qu'à des mollusques sans intérêt.

Je m'appuie sur le rebord de la terrasse qui offre une vue pas très originale du patio intérieur de l'ensemble d'immeubles. Je sens Levi se glisser à côté de moi, et rester dans la même position alors que je l'entends respirer juste à côté demande un très grand effort de concentration. J'ai le cœur qui bat aussi vite que quand je suis tombé amoureux de lui la première fois. Est-ce que je vais devoir supporter ces émotions violentes à chaque fois que je suis avec lui, et ce jusqu'à la fin de nos jours ?

J'ai tellement envie de me retourner pour embrasser Levi que je dois fermer les yeux pour ne pas y céder. Je dois être un peu con, mais j'ai envie de rester maître de moi-même, pour une fois.

Tout doucement, lentement, une main se promène dans le bas de mon dos et les doigts fins viennent emprisonner ma taille. Je me tourne finalement face à l'homme qui me rend aussi fou qu'une drogue et observe chaque détail de son visage. Je me dis qu'ainsi, je ne l'oublierai jamais. Pas comme lui m'a oublié.

Le baiser qu'il me donne coupe court à mes pensées. C'est le premier aussi doux, tendre, amoureux. Mon cœur fond dans ma poitrine et toutes mes belles résolutions cèdent. Je le serre contre moi comme si je ne voulais jamais le lâcher. On s'embrasse longuement, savourant le goût de nos lèvres et respirant à pleins poumons nos parfums.

À un moment, le bout de son nez froid effleure ma joue et provoque une vague de frissons de chatouilles dans tout mon corps. Je coupe court à notre baiser et expire dans une grimace qui ne parvient pas à rester sérieuse. En voyant le regard mécontent et un peu boudeur de Levi, j'éclate de rire. La traite d'alcool ingérée plus tôt, l'euphorie causée par la présence de Levi et ces ultimes chatouilles m'ont achevé. Je plonge ma tête dans son cou et glousse ridiculement pendant quelques secondes, avant de remarquer que l'épaule sur laquelle je repose est elle aussi secouée de léger soubresauts.

Je relève la tête et enregistre dans ma tête l'un des meilleurs souvenirs de Levi que je puisse jamais garder.

Il sourit franchement, avec des plis jusqu'alors inconnus au coin de la bouche, des yeux plissés de rire et les sourcils très légèrement levés vers le haut. Je lui rends un sourire pas forcément très beau, avec toutes mes dents à l'air, prends sa tête entre mes mains et dépose un long baiser sur ses lèvres fines auquel il répond aussitôt. Je plaque plusieurs baisers sur ses belles joues pâles, sur le coin de ses lèvres qui ne cessent de remonter, sur les minuscules rides à l'extérieur de ses yeux.

Je l'aime tant que je vais imploser. Mon estomac doit penser que c'est le bon moment pour faire une rave géante car il se réchauffe toutes les secondes, se serre, se tord, me lance de frissons dans le bas du dos.

« Eren. »

Je m'arrête à sa voix qui est redevenue grave. Je m'écarte un peu, pour avoir son visage en face du mien. Ses traits redevenus sérieux me font froncer les sourcils.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Ses yeux me transpercent. Il baisse alors son regard, lentement, presque timidement, en caressant tendrement ma joue du bout du doigt.

« Je t'aime. »


Dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre ! Je sais que vous trouvez assez souvent que les relations vont trop vite, mais je trouvais ça peu intéressant de faire chaque jour de leur vie, surtout qu'ils passent assez peu de temps face à face. Et malheureusement, je ne suis pas en prépa de psychanalyse donc décrire les cours... un peu difficile.

Je préfère aussi prévenir tout de suite, au cas où certain(e)s attendraient ça depuis le début : il n'y aura pas de lemon. Je ne suis absolument pas douée pour faire ce genre de scènes, et je voudrais pas gâcher un chapitre avec un lemon écrit avec le cul - oouups c'est le cas de le dire. Si vous cherchez ça, il y a pleins de fanfictions où les lemons abondent, alors courez-y.

Au fait, j'aimerais préciser quelque chose sur ce chapitre : j'ai bien écrit qu'Eren reconnaissait vaguement Hanji. Si vous retrouvez où elle lui apparaît pour la première fois, c'est cool :) mais ça sert à rien donc ne vous cassez pas la tête. Je mettrai peut-être l'info quelque part, dans un futur chapitre.

Dis donc, je suis bavarde, moi, ce soir. Je vais pas vous retenir plus longtemps, alors portez-vous bien, je vous fais pleins de bisous de compensation pour excuser mon retard !

Renard~