Bonjour/Bonsoir !

Je m'excuse platement de ne pas avoir tenu mes engagements... Et avec la rentrée qui arrive, je ne suis pas sûre non plus de pouvoir publier la semaine prochaine. Je prévois donc plutôt le chapitre 8 pour dans deux semaines, et j'espère pouvoir tenir ma parole :/

Et je remercie énormément tous les lecteurs de ma fanfiction, que ce soit la minorité à reviews géniales et toujours fidèles, ou la majorité silencieuse. J'ai récemment fait un tour sur mes stats et j'en suis tombée sur le cul. Je pensais vraiment pas qu'autant de gens me lisaient. Alors, merci beaucoup. u.u

On se retrouve en bas, j'expliquerai mon retard (piteusement, notons-le).

Disclaimer : Jamais.

Bonne lecture !


Ces trois mots furent les premiers d'une longue lignée. Je les murmurais à Levi tous les soirs, quand on s'appelait au téléphone. Il les grommelait le samedi matin, entre une tasse de café et un bâillement endormi, les quelques week-ends où je pouvais me permettre de prendre le train et de dormir chez lui. Je le lui disais quand on sortait le soir, pendant nos congés, quand on allait boire un verre avec ses amis que je connaissais de mieux en mieux, et que sa main trouvait la mienne alors qu'on marchait. Il me les susurrait à l'oreille quand ni lui ni moi ne pouvions nous retenir de nous jeter l'un sur l'autre.

Notre relation était à mes yeux la plus belle chose qui m'était arrivée dans toute ma vie. J'étais fou de Levi. Lui, en retour, se réchauffait de plus en plus à mon contact et mes paroles, s'autorisait beaucoup plus de sourires et j'ai pu entendre son rire assez de fois pour vouloir protéger ce son et le garder pour moi seul, comme un dragon garde un trésor. Et même avec ses amis – surtout Erwin et Hanji –, il leur balançait moins de répliques acerbes et se ramollissait parfois. Tous ceux qui le connaissaient ont commencé à m'aduler. Un soir, Levi m'a même avoué avec un petit sourire que ses parents le harcelaient pour savoir s'il se droguait.

« Tu as tant changé de comportement que ça ? me suis-je esclaffé.

– Ils n'ont pas tort, Eren.

– Quoi, tu te drogues ? ai-je continué en riant.

Tu es ma drogue. »

Si j'ai réussi à ne pas me tortiller sur mon lit en rougissant comme la demoiselle en détresse que j'incarnais désormais souvent, j'ai suffisamment senti mon cœur s'accélérer pour me demander si je n'allais pas faire une crise cardiaque.

« Apparemment, cette drogue dont tu es addictif te permet d'entrer officiellement dans la catégorie des mecs qui collectionnent les phrases d'accroche les plus moisies.

– Va te faire foutre, Eren.

– J'aimerais bien, mais tu es loin. »

Levi n'a pas pu contenir son sourire qui reflétait quelques accents timides. Si lui parvenait à me faire fondre à chacune des paroles qu'il prononçait de sa voix grave et basse, je parvenais de plus en plus à le rendre aussi mou qu'un marshmallow – rose pâle, de préférence.

Je poursuivais mes études, lui se tuait au travail. Je m'inquiétais énormément pour lui ; visiblement, son boulot ne lui plaisait plus – s'il lui avait déjà plu – et devoir supporter des gens toute la journée le minait. Il me parlait de son quotidien avec lassitude et j'essayais de l'égayer du mieux que je le pouvais, mais je ne pouvais pas vraiment faire grand-chose.

En janvier, alors que je suis en train de m'extasier sur le premier émoticone cœur que Levi m'a jamais envoyé, on frappe à la porte de ma chambre. Je vais ouvrir et tombe sur Mikasa.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je en fronçant les sourcils.

– Est-ce que je peux te parler ?

– Oui, oui, bien sûr. Viens. »

Elle s'assoit sur le lit et fixe le sol en essayant de chercher ses mots. Je m'installe à côté d'elle et attends patiemment.

« Eren, est-ce que…

– Dis-moi tout.

– Est-ce que tu es vraiment heureux avec ce type ? murmure-t-elle sans relever son visage.

– Tu parles de Levi ?

– Ouais.
– Qu'est-ce qui te fait penser que je suis malheureux avec lui ?

– C'est que… Tu nous a annoncé juste après ton réveil que tu étais gay, et j'ai aucun problème avec ça, mais ensuite tu nous dis que tu sors avec ce mec qui est si vieux… Je sais pas, j'ai l'impression que quelque chose ne colle pas.

– Il est pas si vieux, Mikasa. Tu t'imagines quoi ?

– Je sais pas trop… Mais là n'est pas la question. Je m'inquiète pour toi. J'ai l'impression que peut-être tu n'es pas avec lui parce que tu l'aimes... Je te vois bien, tout excité à chaque fois que tu reçois un message de lui. Mais… Oh, je sais pas. Tu dois penser que je m'imagine des choses débiles. »

Je la fixe avec attention. Je comprends enfin les ombres qui avaient envahi ses yeux lorsque j'avais fait mon coming-out à ma famille. Elle s'inquiète pour moi, à cause de ma prétendue naïveté que je suis sensé avoir gardée. Mikasa a toujours été extrêmement protectrice envers moi – et Armin. Elle ne veut pas que je me retrouve blessé à cause d'une relation malsaine avec un « mec qui est si vieux ».

« Écoute-moi bien, Mikasa. »

Elle plonge ses iris noirs dans les miens.

« Je peux t'assurer que j'ai jamais été plus sûr de ma vie à propos de quelque chose. J'aime Levi à un point qu'il m'est difficile d'imaginer perdre ce sentiment un jour. Tout peut arriver, évidemment, mais tu dois comprendre que je suis un adulte au même titre que toi et que je dois faire mes propres choix, et ce même si je fais des erreurs. Mais fais-moi confiance. Je l'aime plus que tout et je sais que lui aussi.

– Ok. Mais j'espère que tu nous le présenteras bientôt. Je te fais confiance, Eren. C'est en lui que je ne fais pas confiance. On n'a jamais vu son visage et il est bien plus vieux que toi.

– Encore une fois, il n'a qu'un peu plus de 30 ans. Mais je vais te dire une chose : je prévois de l'inviter à mon anniversaire. Donc dans deux mois, tu rencontreras celui qui t'inquiète tant.

– Je vais attendre patiemment. Mais je te jure que s'il ne me plaît pas, s'il fait le moindre faux pas, je lui casse la gueule. »

Le soir même, j'ai raconté ça à Levi. On se parlait par Skype, j'étais dans mon lit et lui se cuisinait son repas. Il a laissé échapper un petit rire à la fois sardonique et réellement amusé. Il a toutefois froncé les sourcils quand j'ai mentionné l'obsession de Mikasa pour son âge avancé.

Les semaines se sont égrenées. La relation longue-distance que je maintenais avec Levi ne s'étiolait pas, mais tous les deux avions de plus en plus de mal à ne pas bondir dans un train dès le week-end venu. Je voulais tellement le voir que c'en devenait douloureux. Il me répétait tous les soirs à quel point je lui manquais. Bon, parfois, c'était moins romantique et il grognait qu'à chaque fois qu'il voyait une surface plane, il s'imaginait m'y baiser violemment. Charmant, chéri.

La date fatidique de mon anniversaire est arrivée. J'ai annoncé au reste de ma famille que Levi serait de la partie, et tous ont paru devoir faire des efforts surhumains pour ne pas sauter comme des puces – pas mon père, hein.

Le 30 mars tombait pile un samedi. Levi a donc pris un train le vendredi soir et devait rester dans un hôtel pas trop loin de la maison. Il m'a envoyé un message quand il est arrivé à la gare, comme convenu. Il était sensé prendre le bus pour se rendre à l'hôtel, et je passais le chercher le lendemain matin.

Donc quand j'ai reçu le message de Levi, je lui ai écrit un expéditif « Attends-moi. », me suis précipité sur mon manteau et mes clés de voiture et ai sauté dans le véhicule. J'ai conduit aussi fébrilement que si j'allais rencontrer tous mes artistes préférés en un seul coup et ai brûlé quelques feux rouges. Mais tout ce à quoi je pouvais penser était la sensation de Levi dans mes bras que j'allais bientôt ressentir.

J'arrive donc à la gare et cherche Levi, assez désespérément pour qu'une jeune femme s'approche de moi et me demande poliment si je me sens bien. Je l'ignore de façon très malpolie et commence à paniquer doucement. J'ai tellement besoin de lui que son manque se fait trop douloureux.

Des bras m'entourent brusquement et me serrent aussi fort qu'un naufragé agrippe une bouée de sauvetage. Mon cœur qui battait follement prend un rythme puissant et rapide mais familier. Je respire de nouveau normalement et prends dans mes mains les siennes serrées sur mon torse. Quand il me lâche enfin, je peux me tourner. Levi a les cheveux désordonnés et son manteau est mal mis, lui qui fait toujours très attention à ce genre de détails. Je le prends dans mes bras avec un soulagement qu'il transmet lui aussi dans ses gestes silencieux mais hâtifs. Je me comble de la sensation de plénitude qui m'a envahi, ce sentiment d'être entier que je ressens seulement quand il est là.

Je m'écarte légèrement de lui, mais pas assez pour ne pas sentir sa respiration hachée et son cœur aussi taré que le mien. Je l'embrasse enfin, après tout ce temps où nos lèvres ne pouvaient se rejoindre. Je me fous du reste du monde, là, je suis avec Levi et c'est tout ce qui compte. Ses bras entourent ma taille alors que notre baiser s'approfondit. À bout de souffle, je sépare nos bouches et plonge mes yeux dans les siens, dans lesquels je peux enfin percevoir tout l'émotion qui y luit.

« Putain ce que tu m'as manqué », souffle Levi d'une voix rauque.

« Levi. » est tout ce qui parvient à franchir mes lèvres fébriles.

Je remarque finalement tous les gens qui nous fixent. Mais je m'en fous complètement. Qu'ils nous jugent, si ça leur fait plaisir. Quand je suis avec Levi, rien ne peut m'atteindre.

La femme qui voulait m'aider quelques minutes plus tôt nous regarde toujours, et alors que tout le monde retourne à ses occupations, elle lève ses deux pouces en l'air et arbore un grand sourire. Je lui rends le geste et Levi et moi sortons de la gare les mains liées, aussi proche qu'il est possible de l'être sans se gêner.

J'envoie un message à ma mère qui s'était inquiétée de me voir filer aussi vite sans un mot, seulement équipé d'un sac. Je lui dis que je vais passer la nuit à la chambre que Levi a louée pour rester. Elle propose bien sûr de nous loger tous les deux à la maison, mais connaissant Levi, je refuse. Sous ses airs de grincheux et de vulgaire petit homme, il est stressé de l'imminente rencontre avec mes parents.

Pendant le trajet en voiture, Levi pose sa main sur la mienne, et si passer les vitesses est quelque peu compliqué, sentir la chaleur de sa paume et la pression de ses doigts fins sur les miens vaut bien ce petit embarras.

On rentre dans l'hôtel, incapables de nous détacher l'un de l'autre. Nos bras se frôlent, nos épaules s'effleurent, nos mains restent serrées et on maintient nos doigts entrelacés. Le parfum de Levi, toujours aussi enivrant, toujours aussi puissant mais subtil, caresse mes narines et me donne envie de plonger mon nez dans son cou pour y respirer son odeur. Le profil que j'ai de lui au moment où on parcourt les couloirs du bâtiment à la recherche de notre chambre me coupe le souffle à un point très différent de mon asthme mais en quelque sorte presque semblable. La ligne de sa mâchoire, son nez fin, la pointe extérieure de ses yeux, ses iris sombres, les mèches noires qui retombent sur son front… Tout est là pour me pousser à arracher mon cœur et à l'offrir à Levi en me mettant à genoux à ses pieds. Et j'exagère à peine.

Aussitôt le claquement sec de la porte retentit que des lèvres s'emparent des miennes. La pénombre règne mais la faible lueur de la ville qui passe par les fenêtres me permet de distinguer l'éclat brillant dans les yeux de Levi. Je sens une vague de chaleur se répandre dans mon estomac et j'entrouvre un peu plus ma bouche pour y laisser passer sa langue avide. J'essaie fébrilement de déboutonner la chemise de Levi mais mes doigts semblent ne pas vouloir se poser quelque part. Levi comprend mon incapacité à retirer le vêtement et nos bouches se séparent – ç'a été si difficile que j'ai cru qu'elles étaient aimantées. Il essaie lui aussi, mais ses mains tremblent autant, voire plus que les miennes. Nos souffles s'entremêlent, nos nez se touchent presque, nos fronts sont si proches… Je le regarde droit dans les yeux. Nos bras sont ballants et la chemise de Levi est toute froissée.

On éclate de rire en même temps, nos dents scintillant dans la quasi-obscurité, notre hilarité complètement hors de propos. Il me prend dans ses bras avec une tendresse infinie, toujours secoué de hoquets de rire, moi m'esclaffant sur son épaule – mais complètement subjugué par le rire de Levi dont je me souviendrais désormais comme l'une de mes choses préférées.

On doit rester quelques minutes comme ça, nos rires s'atténuant, leur fantôme toujours ancré dans notre ventre et notre poitrine. Je m'écarte un peu de lui, un sourire amoureux sur nos deux visages – qui aurait fait fondre un dictateur tant il était niais –, je déboutonne lentement sa chemise et la retire en attardant mes doigts sur sa peau si pâle. Alors que j'embrasse chaque parcelle de son cou et de sa clavicule, descendant peu à peu, lui me déshabille aussi. Avant que j'ai pu amplifier les souffles saccadées qui jaillissent de la bouche de Levi, il me prends dans ses bras en position princesse – et ouais. –, se foutant copieusement de ma gueule dans son petit sourire en coin qui est toutefois aussi sincère que celui d'un enfant, et il me transporte jusqu'au lit.

Et après, et ben… Tout ce que je peux dire, c'est qu'on a pas fait des coloriages. Voilà. Je laisse cette information là.

Pendant la nuit, je me lève avec le sentiment de malaise qui m'étreint habituellement. Je soupire en me rappelant que je n'ai pas pris mes somnifères, dans notre hâte. Je parviens à ne pas réveiller Levi puis me rendors contre lui, priant de tout mon cœur pour que les ténèbres me laissent en paix.

Le lendemain, on s'est réveillé lentement, tranquillement. Dès que j'ai ouvert les yeux, le visage un peu endormi de Levi me faisait face. Je lui ai souri, et il m'a murmuré « Bon anniv, Eren. » Puis, on s'est rendus compte que le réveil n'avait pas sonné en regardant l'heure, et on s'est brusquement levés pour se préparer à toute vitesse. On s'est lavés ensemble, le son de la douche entrecoupé de « putain, Eren, passe-moi le savon », « Levi, j'aime beaucoup ton cul mais il prend toute la place » ou encore le fameux « Mais qu'est-ce que tu fous avec le réglage de température ? Tu l'as rendu bipolaire ou quoi ?! ».

Je me suis habillé avec le premier truc qui sortait de mon sac, et ça a pas fini trop mal, mais Levi a choisi pendant au moins quinze bonnes minutes ce qu'il allait mettre entre deux ensembles.

« Levi, calme-toi. Mes parents ne vont pas te manger. Armin va t'accepter direct, et je suis sûr que tu vas tous les apprécier. Alors, respire. Tout va bien. »

Levi m'a fixé quelques secondes, puis a choisi une troisième tenue dans sa valise. Bon, ok.

On part de l'hôtel et le trajet en voiture se constitue principalement de moi faisant des blagues nulles pour essayer de le détendre. Si il reste aussi droit et impassible qu'il l'était avant, je remarque tout de même le coin de sa bouche qui se plisse quelquefois vers le haut.

Quand je gare la voiture devant la maison, je ne sors pas tout de suite. Je me tourne vers Levi et pose mes mains sur la sienne.

« Levi, regarde-moi. »

Il s'exécute, contrairement à d'habitude où il aime grommeler. Mais je ne fais aucun commentaire. Aujourd'hui, le fier homme qui se cache sous des tonnes d'insultes est angoissé. Il n'a pas besoin de me le dire, je le sais. Et bien, soit. Il en a tout à fait le droit. Et le fait qu'il stresse autant prouve qu'il est vraiment impliqué dans cette rencontre. Ça me fait plaisir.

« Je sais que tu est stressé de rencontrer mes parents. Si ça peut te rassurer, moi aussi je le suis. Mais pas parce que j'ai peur que tu ne leur plaise pas. J'ai tellement d'excitation à l'idée qu'ils te voient… Ce sont des personnes que j'aime énormément. Je t'aime. Alors ils t'aimeront. »

Levi esquisse un petit sourire et hoche la tête.

« Et je vais te dire un truc. Moi aussi, j'ai dû apprendre à les connaître. Tu as toi aussi été dans le coma, donc tu comprends. J'ai été sept ans bloqué dans ce corps qui s'était endormi, et ils continuaient leur vie là-dehors. Ils avaient tous beaucoup changé à mon réveil. Et même s'ils sont ma famille et qu'ils m'avaient déjà aimé dans le passé, c'était difficile. Et moi aussi, j'étais différent. Mais ils m'ont offert toute l'affection dont je pouvais rêver. Alors ne t'inquiète pas, Levi. Tout va bien. Et je suis avec toi, je ne te quitte pas d'une semelle.

– Ok. Merci, Eren.

– De rien. Je suis là pour ça », réponds-je avec un sourire.

Il se penche vers moi et dépose un léger baiser sur ma joue. Les trois mots qu'il me souffle à l'oreille me font toujours autant d'effet et je rosis. La vision de mes joues colorées a au moins le mérite de le réconforter, car après avoir vu mon visage, il laisse échapper un petit rire à moitié sardonique et sent soudain le courage de sortir de la voiture. Je soupire. Cet homme est vraiment un imbécile.

Je le rejoins et sonne à la porte.

C'est ma mère qui nous ouvre. Dès qu'elle voit Levi, ses yeux s'agrandissent et ses lèvres frémissent d'un sourire incontrôlable qui n'est franchement pas discret.

« Bonjour maman ! la salué-je.

– Bon anniversaire, mon cœur !

– Enchanté, sourit Levi en essayant de paraître le moins tendu possible.

– Entrez, entrez, je vous en prie ! » nous accueille-t-elle en nous laissant passer.

Dans le salon, des voix fusent et je sens Levi se crisper un peu plus sans même avoir à le regarder. J'effleure son coude pour l'encourager et on avance dans la grande pièce, ma mère sur nos talons.

Les conversations s'arrêtent et trois paires d'yeux nous fixent.

« Euh… Tout le monde, voici Levi » le présenté-je, un peu gêné par leurs regards.

Mes paroles semblent débloquer tout le monde et c'est Armin qui se lève du canapé le premier et vient à notre rencontre. Il sourit largement, et parvient du premier coup à se tenir de la bonne façon en face de Levi – pas trop baissé pour ne pas le vexer, et pas trop droit non plus pour ne pas le fixer hautainement.

« Enfin, je te rencontre ! Eren m'a tellement parlé de toi ! »

Je rougis un peu, en repensant à toutes les soirées que je passais à douter au téléphone avec un Armin toujours patient, à me demander si Levi m'aimerait dans la réalité.

« Je vois. Et que t'a-t-il dit ? sourit narquoisement celui qui occupe mes pensées.

– Il te décrivait, me disait combien il te trouvait sex…

– Oh, Armin ! » l'interromps-je.

Je dois probablement avoir les joues très rouges car Armin se retient visiblement d'éclater de rire – le vicieux, il savait quelle serait ma réaction ! – et Levi, lui, pince très fort les lèvres et ses yeux luisent de son rire contenu. Je râle pour la forme et frappe gentiment son bras, toujours en bougonnant un peu trop exagérément. Mais au moment où mon père invite Levi à boire quelque chose et que tout le monde se dirige vers le centre du salon, je saisis au passage ses yeux attendris et les plis joyeux de ses lèvres.

On s'assoit tous les deux à côté, ma mère et mon père en face de nous, Armin non loin de Levi et Mikasa à ma droite. Et la conversation gênante commence.

« Alors, comment vous vous êtes rencontrés, tout les deux ? demande mon père en servant un verre de vin à Levi.

– Hé bien… commencé-je. C'était à Berlin.

– Dans l'hôpital où j'étais, précise Levi en remerciant la boisson servie d'un hochement de tête. On s'est rencontrés dans la cafétéria. »

Est-ce que mon propre mensonge allait me rattraper ? J'avais dit à ma mère que j'allais à Berlin pour « faire quelque chose », et elle avait compris dès le début que je voyais quelqu'un. J'espérais qu'elle ne poserait pas de questions, ou bien après, pour ne pas mettre Levi dans une situation embarrassante.

« Oh, je vois, acquiesce mon père. Comme quoi, du bon peut naître dans un endroit triste. »

Je souris et sirote tranquillement mon sirop à la menthe, en écoutant ma famille poser des questions à Levi. Je capte le regard de Mikasa et lui demande silencieusement si ça va. Elle hoche la tête, et me voyant peu rassuré, m'offre un petit sourire. Je sais qu'elle n'aime pas me voir m'éloigner autant et être en couple avec un homme plus âgé. Mais elle ne le déteste pas, ce qui est déjà pas mal. Et puis, elle ne pourra jamais me convaincre de lâcher Levi. Je suis amoureux de lui, et c'est bien parti pour durer longtemps.

« Et sinon, tu préfères toujours les partenaires plus jeunes ou Eren est une exception ? »

Je recrache mon sirop et m'étouffant un peu et Levi tapote doucement mon dos en maintenant son masque blasé. Mais je sais que la question l'a autant surpris que moi.

« Maman, enfin ! protesté-je quand je peux finalement respirer.

– Ben quoi ! Je me demande, c'est tout !

– Tu peux te demander ça en silence !

– En fait, Eren est une exception à beaucoup de choses, lâche calmement Levi.

– Oh, je vois tout à fait ce que tu veux dire, confirme ma mère, soudain complice du nain grincheux qui me sert de copain. Ce garçon est toujours un enfant, c'est fou !

– Il n'y a pas que ça, insiste-t-il en souriant légèrement, les yeux posés sur moi. En fait, je trouve qu'il est très mature pour son âge. »

Ma mère fixe Levi avec de grands yeux et mon père fait passer son étonnement par une petite toux discrète.

« Oh, ça va, bougonné-je. On dirait que ça vous étonne.

– En même temps, Eren… »

Mikasa et ma mère hochent la tête dans un même geste, celui de la surprotection. On dirait qu'elles m'ont étudié dans mon habitat naturel et parlent de moi comme d'un animal sauvage et très rare. Mon père hausse les épaules, avant de replonger son nez dans son verre de vin qui lui semble visiblement plus intéressant que nous – ou moins préoccupant. Et Armin me fait une moue d'excuses, l'air de dire « Désolé, mec, cette fois, je peux rien dire. »

Je soupire et balaie l'air de la main.

« Ça va, ça va, j'ai compris. »

Je fixe un instant mon verre presque fini de sirop à la menthe, entouré des verres d'alcool du reste de ma famille.

« Ouais. Bon. »

Je relève ma mine dépitée, soudain plus enjoué – et c'est pas du tout grâce à la main de Levi qui s'est glissée dans le bas de mon dos et parcourt des va-et-vient très relaxants et pleins de tendresse.

« Bon, tout le monde a finit l'apéro ? On va manger ? »

On se lève et le repas commence. Ma mère – et mon père, précise-t-elle – a préparé un festin délicieusement copieux. Pendant le déjeuner, Armin me lance quelques regards pleins de sous-entendus, et je rougis énormément mais ne retire pas ma main de la cuisse de Levi. J'admire vraiment celui-ci pour avoir pu garder un visage parfait, souriant bien plus que je ne l'aurais imaginé, répondant aux nombreuses questions gênantes de ma mère, alors que je sentais clairement les muscles de sa jambe se tendre quand ma main y passait. Un vrai maître du self-control, celui-là.

Il est finalement temps du dessert et les lumières s'éteignent brusquement. Je souris à la vieille tradition lorsque le gâteau arrive, surmonté de vingt bougies, la chanson d'anniversaire chantée plus – Armin, Levi, ma mère – ou moins – Mikasa, mon père – bien. Je n'avais jamais entendu Levi chanter, et c'est juste merveilleux. Il ne fait pas porter sa voix, peut-être un peu réticent à fredonner ainsi, mais elle est grave et sonne juste. Après, je ne suis pas très objectif. Chez Levi, tout me sonne juste.

Évidemment, ma mère a fait un gâteau au chocolat. Ce que je préférais, quand j'étais un pré-ado surexcité. Je souffle les bougies du premier coup, et comme un gamin, je me sens joyeux quand tout le monde m'applaudit. C'est le premier vrai anniversaire que je fête avec ma famille.

Des flashs de maison sombre, de solitude, du feu qui fait craquer le bois dans la cheminée. De miroir brisé, de pilules avalées, d'immeuble au toit jonché de bouteilles de bière, d'une écharpe rouge, le sentiment écrasant de désespoir et de l'envie de sauter.

Je respire soudain plus difficilement, et ferme les yeux quelques secondes.
« Eren, ça va ? »

Je rouvre les yeux et souris.

« Je faisais un vœu. »

Des regards attendris me sont renvoyés et je dissimule mon malaise sous mon entrain à couper le gâteau et servir tout le monde.

On mange en poursuivant la conversation. Je m'excuse et explique que je dois faire un saut aux toilettes. Personne n'y prête vraiment attention, mon comportement est normal, après tout.

Je ferme la porte à clé et m'écroule aussitôt, assis par terre. J'ai la nausée, j'ai l'impression qu'une balle de golf s'est coincée dans ma gorge et mon estomac est si contracté que j'en souffre. Je m'oblige à respirer lentement, calmement ; déclencher une crise d'asthme n'est vraiment pas une chose bienvenue. Je passe mes mains sur mon visage, essaie de reprendre contenance. Mais je ressens toujours ce mal-être oppressant. Ça ne m'était jamais arrivé en pleine journée.

J'attends quelques minutes, puis je sors, pour éviter qu'on me demande ce que je faisais. Quand je reviens, tout le monde est toujours plongé dans la conversation, mais je reçois quelques regards interrogateurs auxquels je réponds d'un sourire. J'évite de façon un peu trop flagrante les regards de Mikasa, scrutatrice comme un aigle traque sa proie, et de Levi, qui essaie d'attirer mon attention par des petits gestes mais que j'ignore comme si j'étais soudainement devenu aveugle. Je n'ai pas envie de répondre à leurs questions. Mais surtout, je n'ai pas envie de leur mentir.

Finalement, les cadeaux arrivent. Je suis un peu dans un état second, et je reçois les présents avec des sourires enjoués que j'avais autrefois appris à plaquer sur mes lèvres, lorsque j'avais rencontré Levi, dans notre monde. Je remarque que je reçois quelques vêtements, des objets utiles pour mon futur chez-moi – il faut bien te fournir un jour, dit ma mère –, des livres. Levi s'excuse en disant que son cadeau n'est pas encore arrivé. Je prends sa main posée sur la table et la serre tendrement pour lui signifier que ça importe peu.

Armin et Mikasa s'excusent car ils doivent rentrer chez eux, probablement pour travailler encore davantage, et au moment de partir, mon ami blond me glisse à l'oreille « J'apprécie beaucoup Levi. » avant de m'adresser un clin d'œil.

Il est décidé par beaucoup d'insistance de ma mère que Levi logerait ici le temps de son séjour.

« Eren, Levi, vous voulez dormir dans la chambre d'amis ? C'est la chambre la plus éloignée des autres…

– Maman ! » fais-je, scandalisé, pour une énième fois aujourd'hui.

Elle me rend un simple sourire d'excuses, que je perçois comme étant à l'opposé du concept même du pardon.

Je finis par ignorer son comportement de petite gamine surexcitée – qui aurait pu deviner qu'elle cachait ça sous sa couche de mère poule patiente ? – et aide Levi à emmener ses affaires dans la chambre qu'on occupera ce soir. Tout est déjà préparé ; le lit est fait, la pièce est nettoyée et deux serviettes sont accrochées dans la salle de bains. Ma mère peut avoir un côté très attendrissant, parfois.

« Je peux te laisser te débrouiller quelques minutes ? demandé-je à Levi. Il faut que j'aille faire un truc.

– Si j'ai quelque chose en échange, d'accord. »

Le nain vicieux commence à se rapprocher de moi avec un petit sourire satisfait – que je ne vois que comme étant pervers –, pour finalement emprisonner ma taille de ses bras. Je lui souris et dépose un baiser sur ses lèvres, et je savoure le subtil goût de gâteau au chocolat qui est resté.

« Alors, comment t'as trouvé ma famille, au final ?

– Je les apprécie beaucoup. J'aime bien Armin. Mikasa avait l'air de vouloir me transpercer avec ses yeux. Et ta mère… l'idée de notre couple a l'air de lui plaire…

– Et c'est un euphémisme, soupiré-je, faussement désolé. Mais pour Mikasa, ajouté-je en redevenant sérieux, je pense qu'elle est la personne qui se comporte le plus comme toi.

– Je ressemble à ça quand je suis de mauvaise humeur ?

– Tu ressembles à ça quand tu socialises avec n'importe quelle personne qui ne fait pas partie de la catégorie « J'apprécie », mon choupinet.

– Tu m'as appelé comment ? »

Le fin sourire de Levi devient démoniaque. Peut-être qu'il va invoquer un démon, là, maintenant. Mais contre toute attente, il pose sa tête sur mon épaule, presque dans le creux de mon cou, et laisse échapper un gloussement.

Si mon cœur commence à envoyer des signaux paniqués, je ne peux m'empêcher de répondre à ce son comme un animal répondrait à l'appel de ses congénères. C'est peut-être pas la meilleure image, mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit.

Donc je finis par rire sans ouvrir la bouche, de ce rire qui dégringole dans la gorge et fait ressembler un éclat de rire à un grognement de porc.

« Pourquoi est-ce que tu dois toujours me faire passer de « humain à peu près normal » à « être vivant chauffé à 200°C dont le cœur est fait de compote trop cuite » ? me désespéré-je en essayant de me retenir à rire trop fort.

– À toi de me le dire » soupire Levi – ce qui fait que son souffle s'éteint sur mon cou et me fait frissonner.

Je caresse quelques instants les minuscules cheveux en bas de son crâne, au niveau de son undercut.

« Bon, je t'aime beaucoup, mais il faut que tu me libères. Ma mère m'a demandé de l'aider dès que j'aurais fini de nous installer. »

Levi embrasse mon cou avant de s'écarter de moi avec un grognement.

« Dépêche-toi. »

Je souris et sors de la chambre. Je rejoins ma mère qui est en train de finir de laver la vaisselle. Je me cale contre le plan de travail et la regarde essuyer la dernière assiette.

« Je suppose que tu voulais me parler de Levi ? » commencé-je.

Elle repose le torchon et me fait face.
« Il est très gentil, répond-elle. Un peu renfermé, mais c'est un homme bon.

– Si tu savais combien il était stressé de tous vous rencontrer. Mais il cache bien son jeu.

– Sauf au niveau de son amour pour toi. Ça crève plus les yeux qu'une fourchette.

– Hahaha. »

Elle lève les yeux au ciel avec un petit sourire avant de reprendre.
« Est-ce que je peux demander pourquoi il était à l'hôpital à votre rencontre ?

– Oh… En fait, il a vécu la même chose que moi. Il est subitement tombé dans le coma pendant plus de deux ans. »

Ma mère fronce les sourcils puis ses yeux s'agrandissent et ses traits se tirent par l'émotion qui l'a envahie.

« Oh mon Dieu, Eren ! Ça veut dire que…

– Maman, calme-toi, dis-je de ma voix la plus posée.

– Mais écoute-moi, un peu ! Ça veut dire que tu n'es pas un cas isolé ! Tu as peut-être une maladie ! Peut-être qu'elle laisse toujours des séquelles aujourd'hui !

– S'il te plaît…

– Tu ne comprends pas, Eren ! On nous a répété pendant sept ans, sept ans, que personne ne pouvait rien pour toi et que ton cas était unique au monde ! On nous a pris pour des tarés, des menteurs ! »

Des larmes perlent aux yeux de ma mère au fur et à mesure qu'elle s'emballe et je ne suis même pas sûr qu'elle l'ait remarqué. Doucement, je la prends dans mes bras. Son hystérie s'arrête et pendant quelques instants, elle reste immobile, comme une statue. Puis ses bras entourent mon corps et je la sens poser sa tête contre mon torse, un peu fébrile.

« Tu peux pleurer, si tu veux » lui murmuré-je.

Elle commence soudainement à trembloter contre moi en hoquetant.

« Je suis désolée, je ne devrais pas…

– Maman. C'est bon. »

Je la laisse ainsi quelques minutes, puis elle s'écarte et va se moucher bruyamment. Je lui adresse un petit sourire.

« Tu veux bien me laisser m'expliquer, maintenant ? » demandé-je avec tranquillité pour ne pas la brusquer.

Elle hoche la tête.

« Bon. Tu te doutes bien que j'en ai un peu parlé avec Levi. Il était ouvert au fait de te le dire, à toi, mais aussi à papa, Armin et Mikasa. C'est moi qui ai voulu éviter le sujet. Je… »

Un miroir brisé et des mains en sang surviennent dans mon esprit puis s'estompent.

« Je… Je ne voulais pas repartir dans des recherches avec des médecins, d'autres hôpitaux, des expériences. Je suis fatigué. En fait… je ne suis pas tout à fait remis de mon coma.

– Tu as du mal à marcher ? C'est ta jambe ?

– Non, maman… C'est… mentalement.

– Explique-moi, Eren. Parle-moi.

– Il n'y a rien à expliquer. C'est juste difficile d'avoir raté tant d'années de ma vie. »

Je déteste lui mentir. J'ai bien vécu mes années de coma. La vérité, c'est que mes traumatismes refont surface. J'avais poussé mes pensées noires dans un coin de mon esprit, barricadées derrière une frontière qui restait solide. Je n'ai gardé que quelques restes la nuit, me réveillant en sueur à 3h du matin, embrouillé et le crâne bourdonnant de fantômes de souvenirs. J'avais fait attention à prendre des somnifères puissants lorsque je dormais avec Levi. Il s'est souvent moqué de mon incapacité à entendre la moindre chose pendant mon sommeil et que même un marteau piqueur à mon oreille ne me réveillerait pas. Tant mieux.

Mais la frontière s'est finalement fissurée. Et tout ce qui m'avait étouffé jusqu'à l'envie de mourir revient peu à peu empoisonner ma tête.


Des commentaires ? Des théories à quant à ce qui va se passer ? Des critiques ?

Alors, pour la petite explication foireuse. Il faut savoir que j'ai eu énormément de mal à écrire ce chapitre, entre les fêtes, la surcharge de boulot et mon humeur qui ne correspondait pas du tout à celle du chapitre. Au bout d'un moment, je me suis dit qu'essayer de forcer la panne était une mauvaise idée, alors j'ai pris mon temps. C'est probablement pitoyable, mais je me sentais réellement mal de ne pas avoir réussi à poster le chapitre au début des vacances. Je sais que beaucoup d'auteur(e)s de fanfictions prennent du retard, passent du temps à écrire un chapitre en particulier, et que je ne fais pas exception à la règle, mais j'ai tellement peur de vous décevoir que je me stressais toute seule à écrire. Et c'est con, je sais :D La célébrité ne m'irait pas... (ouh la Renard te prends pas la grosse tête O.o)

Bref, que du blabla. Mais le chapitre suivant devrait se calquer sur mon humeur et balancer de l'humour noir devrait me venir plus facilement que du fluff... ;)

J'espère que vous avez toutes et tous passé une bonne fin d'année, que la nuit du Nouvel An a été sympa avec vous et que votre famille vous a donné de l'amour :) à ceux qui ont déjà repris le boulot, ayez du courage ! à ceux qui reprennent lundi, les vacances furent agréables, mais le travail revient... Et c'est pas grave, on a qu'à attendre celles de février. Pour les autres, je suis désolée... Je pense à vous mais je ne connais pas vos dates de reprise :3

Et à tous ceux qui sont stressés, qui s'imaginent 24h/24 des scénarios improbables et qui doutent de tout, ceux qui traversent une mauvaise passe, rappelez-vous que vous n'êtes pas seul. Que ce soit vos parents, vos amis (nombreux ou non), votre petit frère, votre grande soeur, votre oncle, votre cousine, votre chien, votre chat ou votre rat d'égout, vous n'êtes pas seul. Et je souhaite que ce qui ne va pas dans votre vie relâche un peu la pression pour vous laisser respirer.

C'est tout pour moi, c'est un message inhabituel mais que je tenais à vous faire passer. Allez, à la prochaine !