Chapitre 7 - Changement de destinée(s) (fin alternative)
Les douze coups de minuit viennent à présent de sonner. La fin approche, ils le savent tous deux. Elle sent ses organes se contracter et sa vue commence à se troubler. Ses forces la quittent. Elle n'a pas mal, elle n'a même pas peur. Elle ferme les yeux un instant pour savourer la paix qui entre en elle. Severus se raidit en la voyant ainsi. Voir son Eléa presque morte lui déchire l'âme en deux. Il pense à tout ce qu'il aurait pu faire pour éviter ça.
« Tes paupières délicatement fermées
Me font déjà tout regretter
Mon ange(1) »
Severus sait que dans quelques instants elle ne sera plus là. Pour toujours. Que va-t-il devenir sans elle ? Il n'a qu'elle. Elle était son petit diamant. Si précieuse à côté de ces conneries de magie. Il n'a pas su la préserver. Sans elle, il sera orphelin. Il est perdu. Il est malheureux comme personne ne l'a jamais été. Les larmes inondent son visage. Eléa rouvre les yeux mais elle respire très faiblement.
-Mon ange, ne m'abandonne pas. Je t'en supplie…
Eléa lui sourit. Il donnerait tous les gallions du monde et même toute son âme pour qu'elle puisse continuer à lui sourire ainsi de longues années. A rire. A vivre.
-Je serai toujours là Severus, murmure-t-elle. Dans ton cœur. Ton petit ange gardien.
-Je t'aime ma Elie chérie…
-Je t'aime aussi.
Il la prend contre lui, la couvre de baisers mouillés, la serre de toutes ses forces. Eléa regarde la lune. Cette fois ça y est. Son cœur rate un battement. Puis il repart. Rate encore un battement. Repart.
-Pardonne-moi Severus, souffle-t-elle
Elle dépose un baiser sur la joue de ce frère qu'elle aime tant. Le seul homme qui ne l'a jamais trahie. Son coeur s'arrête. Ne repart pas. Eléa s'enfonce doucement. C'est à ce moment-là qu'un éclair se forme dans le ciel. Une boule de plumes fonce vers eux. Severus reconnaît Fumseck, le phénix de Dumbledore, qu'il a déjà eu l'occasion d'apercevoir dans son bureau. Le bel oiseau se pose sur son épaule. Il approche sa tête du visage d'Eléa, caresse les paupières closes avec son plumage. Il se penche vers ses lèvres entrouvertes, verse quelques larmes. Severus sent le cœur d'Eléa repartir. Le phénix est arrivé juste à temps. C'est sûrement Dumbledore qui l'a envoyé. Le Serpentard se demande comment leur directeur a deviné ce qu'il se passait. Mais ses interrogations durent peu car sa sœur ouvre les yeux.
-Sev…Je suis morte ?
-Non princesse, le phénix t'as sauvée.
Le jeune homme pleure toujours, mais ce sont des larmes de bonheur qui glissent le long de ses joues. C'est une chance inespérée pour eux, pour elle. Il va pouvoir prendre soin d'elle, la soutenir. Il va pouvoir tenir son rôle de frère, lui redonner le goût de la vie. Mais Eléa se débat entre ses bras.
-Non je ne veux pas ! Je n'ai plus la force, je veux du repos…
Severus l'écarte de lui pour la regarder et voit des larmes de détresse rouler sur les joues de sa sœur. Elle se sent perdue. Elle croyait atteindre enfin la paix et la voilà de nouveau obligée d'affronter ses tristesses, ses blessures, sa solitude. Mais elle n'est peut-être pas aussi seule qu'elle l'aurait cru. Son frère la regarde et elle peut lire dans ses yeux qu'il ne l'abandonnera jamais. En levant les yeux, elle voit que Sirius est là également. Elle se sent bouillir de colère. Ce sale menteur…
Elle ne sait pas. Elle ne sait pas ce qui s'est vraiment passé ce midi-là. Elle ne sait pas que si elle était arrivée deux minutes plus tard dans le parc, elle aurait vu une toute autre scène. Elle aurait vu Sirius repousser Girolla et la regarder avec mépris.
-Qu'est-ce que tu crois pauvre gourde ? Il ne suffit pas que tu m'embrasses pour que je me laisse piéger. C'est fini tout ça.
-Ah oui ? avait-elle questionné d'un air très sûre d'elle. Pourtant jusqu'à maintenant tu n'as jamais eu le courage de te dresser contre tes pauvres petites hormones. Pourquoi torturer ton corps de rêve en ne lui obéissant pas ?
-Parce que je suis amoureux d'Eléa, comme je te l'ai dit avant que tu ne te jettes sur moi. L'amour, le vrai. Un truc que tu ne connais pas, lui avait-il asséné avec un rire froid. Ce qui signifie qu'il n'y a rien d'autre qu'elle qui compte. Il n'y aura plus jamais rien d'autre.
Girolla avait éclaté de rire.
-Tu es vraiment amoureux de la Miss poussiéreuse de Serdaigle ?! Tu m'étonneras toujours Sirius. Mais j'aime bien les défis.
-Il n'y a pas de défi. Retourne donc exercer tes talents de manipulatrice sur ce sale serpent de Malefoy.
-Tu es jaloux ?
-Jamais de la vie. Je veux juste que tu me fiches la paix. A partir de maintenant tu n'existes plus pour moi.
-Tu te lasseras vite d'elle. Cette fille n'a rien pour elle. Elle n'est même pas belle. Elle n'a aucun caractère.
-Elle n'est pas comme toi, ce n'est pas une enveloppe vide. Elle est bien plus belle que toi et sa personnalité est mille fois plus intéressante que la tienne. Tu n'es qu'une allumeuse.
-Oui mais je suis une allumeuse douée, s'était rengorgée la blonde. Tu reviendras. Miss poussière ne pourra pas te supporter bien longtemps. Contrairement à moi.
-Tu me dégoûtes, avait-il murmuré avant de tourner les talons.
-TU LE REGRETTERAS SIRIUS BLACK ! TU RAMPERAS DEVANT MOI ! avait-elle hurlé.
Sirius n'y avait pas fait attention et avait poursuivi son chemin. Il n'avait pas remarqué la lueur dangereuse dans les yeux de Girolla. Car cette dernière avait vu l'expression d'horreur d'Eléa pendant qu'elle l'embrassait. Elle savait que la Serdaigle ne le supporterait pas et que d'ici peu, elle récupérerait Sirius Black en morceaux. Elle jubilait.
Mais Sirius est toujours en un seul morceau, et il observe le frère et la sœur. Il se demande ce qu'il se passe. Il est venu pour dire encore à Eléa à quel point il l'aime, à quel point elle lui a manqué pendant la journée.
Severus sent que sa sœur s'est raidie et il tourne la tête pour en voir la cause. Que fait Black ici à cette heure de la nuit ? Le Serpentard scrute le petit visage crispé de sa sœur. Eléa sent la haine déferler dans ses veines. Comment Sirius ose-t-il se montrer devant elle ? Au fur et à mesure que le Gryffondor s'approche elle peut voir ses yeux remplis d'amour. Quel comédien… Et soudain tout explose en elle. Si la mort ne veut pas venir la soulager, elle utilisera un autre moyen. Elle desserre doucement l'étreinte de son frère et fonce vers Sirius. Elle lui assène une gifle retentissante. Puis une deuxième. Elle ne se sent pas mieux pour autant. Sirius la regarde et ne semble pas comprendre. Combien de temps va-t-il encore faire semblant ? De plus, Eléa se dit que s'il n'avait rien à se reprocher, il se défendrait. Eléa le gifle, encore et encore. Son silence l'énerve, elle veut qu'il réagisse, qu'il avoue, qu'il demande pardon.
Sur son banc, Severus a reçu un électrochoc. Celui qui a fait du mal à sa sœur, qui l'a brisée au point qu'elle veuille mourir, c'est Black ! Le Serpentard réfléchit, le puzzle se met en place dans sa tête. Comment a-t-il pu ne pas s'en douter avant ? Il se rappelle les lapsus d'Eléa qui l'appelait parfois Sirius. Il comprend la signification du bracelet qu'elle porte depuis quelques mois. Il se lève pour frapper à son tour cette ordure. Il aurait du lui régler son compte dès le premier jour qu'il avait passé à Poudlard.
-Ne t'en mêle pas Sev, le stoppe Eléa.
Elle ferme le poing et lève le bras comme pour en marteler Sirius. Mais son bras retombe et les deux jeunes hommes souffrent en voyant Eléa secouée de sanglots. Elle se sent si faible… La potion qu'elle a bue est toujours présente dans son corps, même si le phénix en a éteint les propriétés mortelles. Tout tourne dans sa tête et elle ne sait plus bien où elle en est. Elle n'est plus si sûre que ça que Sirius joue avec elle.
Elle voit alors Fumseck voleter vers elle et remarque qu'il a un morceau de parchemin accroché à la patte. Elle tend une main encore tremblante pour défaire le bout de papier et le lire.
Je vous attends dans mon bureau Miss Rogue. Le mot de passe est « tartelette ». Dumbledore.
Eléa décide d'obéir même si ça risque d'être pénible. Dumbledore va exiger des explications. Mais elle sait que quoi qu'il arrive elle trouvera du réconfort chez son directeur. Elle se détourne de Sirius sans un mot. Elle montre le parchemin à son jumeau.
-Sev ne t'en prend pas à Sirius.
-Il t'a fait du mal, je vais le massacrer.
-C'est à moi d'en décider. S'il te plaît, supplia-t-elle en plongeant ses yeux encore humides dans les siens.
Le Serpentard hoche la tête, à contrecoeur. Il ne veut absolument pas contrarier sa sœur, et en cet instant, il serait capable de vouer un culte à Potter si elle le lui demandait. L'amour qu'il éprouve pour Eléa dépasse tout ce qu'il est possible d'imaginer. Il la serre dans ses bras jusqu'à l'étouffer, dépose quelques baisers dans le creux de son cou pour lui donner du courage et l'assurer de son soutien. Quand elle s'éloigne, il part également de son côté. Sirius reste seul, s'assoit sur le banc et se prend la tête dans les mains. Il ne comprend pas, mais il sent qu'une chose grave s'est produite. L'hostilité et la détresse d'Eléa l'ont terrassé.
Eléa est dans l'entrée du bureau de Dumbledore. Elle a prononcé le mot de passe mais hésite à s'avancer. Le directeur l'encourage du regard.
-Asseyez-vous, lui demande-t-il doucement. Et buvez ceci, ajoute-t-il en lui désignant un bol remplit d'un liquide fumant. Cela réchauffera quelque peu votre corps et votre cœur.
La jeune fille est glacée. Elle pose ses mains sur le bol brûlant et boit une longue gorgée. Elle lance un regard reconnaissant au vieux sorcier. Mais son bien-être ne dure que quelques secondes. Elle pose la question qui lui brûle les lèvres.
-Pourquoi avez-vous envoyé le phénix ? Comment avez-vous su ?
-Je sais beaucoup plus de choses que vous ne pouvez l'imaginer.
-Vous n'auriez pas du…
-Croyez-vous que j'aurai pu vivre avec ma conscience en laissant mourir une élève ? interroge-t-il d'un ton ou perçait malgré lui des reproches.
-Vous ne comprenez pas…murmure-t-elle en se remettant à pleurer. Je n'en peux plus. Pour moi la mort ce n'était pas mauvais.
Elle voit de la douleur dans les yeux de son directeur quand elle prononce ces paroles. Mais il ne l'interrompt pas, il sent qu'Eléa a besoin d'exprimer ses blessures.
-Je me sens si seule… Severus est sous l'influence de Malefoy et je sens que je vais le perdre, je n'existe presque plus pour mes deux meilleurs amis et…
Sa voix se brise. Que ces paroles sont difficiles à prononcer, comme elle aurait voulu que tout soit différent…
-…et celui à qui j'ai offert mon cœur se moque de moi. Il n'y a rien dans ma vie qui vaille le coup…
-Je sais tout ça. Mais vous avez tort Eléa. Votre frère vous aime et il a besoin de vous. C'est vous qui le retenez, qui l'empêchez de sombrer dans les forces du mal. Tant que vous serez à ses côtés il vous suivra. Et vos amis auraient été fous de chagrin si vous aviez réussi votre suicide. Vous leur auriez mis une terrible culpabilité sur les épaules.
-Mais Sirius…
-A-t-il dit qu'il vous aimait ?
-Oui mais…
-Il ne ment pas.
-Mais je l'ai vu ! s'exclame Eléa, sanglotant de plus belle. Avec cette Girolla….
-Vous avez cru les voir miss. C'est totalement différent. Etes-vous sûre d'avoir bien vu ou n'avez-vous suivi que votre instinct, votre peur de le perdre ? Avez-vous demandé des explications ?
Les mots de son directeur résonnent étrangement dans la tête de la Serdaigle. En quelques phrases Dumbledore a réussi l'impossible : lui rendre un infime espoir. Tout à coup elle se sent terriblement idiote. Elle a agi sous le coup de la douleur, elle a fait abstraction de la nuit qu'elle avait passée avec Sirius, de leurs promesses. Elle ne lui a pas fait confiance. Et quand bien même Sirius se fichait d'elle, elle n'aurait pas du abandonner Severus. La culpabilité submerge Eléa. Elle oublie tout sens des conventions pour faire le tour du bureau et se jeter dans les bras de son directeur.
-Pardon pardon…
-Tout va s'arranger maintenant, vous n'êtes plus toute seule, souffle-t-il en caressant les cheveux noirs d'une main apaisante.
Dumbledore sent qu'elle est repassée de l'autre côté de la barrière, qu'elle va de nouveau s'accrocher à la vie. Il espère seulement qu'elle fera mieux que survivre.
En regagnant son dortoir, Eléa voit que Severus l'attend. Il est anxieux, elle le sent. Il a peur qu'elle recommence, qu'elle essaye encore de mettre fin à sa vie. Mais Dumbledore a réussi à lui redonner un peu d'énergie pour se battre, essayer de trouver une raison de vivre. Elle ne tiendra pas bien longtemps comme ça mais qui sait, peut-être que quelques jours suffiront pour que sa vie devienne meilleure. Peut-être que la chance va tourner. Ou peut-être pas. Mais pour l'instant elle a à nouveau envie d'essayer. Elle sait qu'elle peut compter sur son frère. Elle lui adresse, un petit sourire, elle ne peut pas faire mieux pour l'instant. Mais cela suffit pour que Severus se détende un peu. Eléa se blottit contre lui, l'enserre de ses bras aussi fort qu'elle le peut. Son frère lui répond avec la même force, la même détresse. Il a eu si peur. Elle le fait entrer dans le dortoir et ils partagent le même lit, comme quand elle était petite. Ils sont couchés sur le côté et se font face. Eléa caresse le visage de son jumeau.
-Pardon Sev…Je ne voulais pas t'abandonner. J'ai été égoïste.
-Non, objecta Severus en lui embrassant le bout des doigts. Tu souffres, je peux le comprendre. Mais n'oublie pas que les épreuves, on les a toujours traversées tous les deux.
S'ensuivent des moments de silence. Le frère et la sœur n'ont pas besoin de mots pour se comprendre. Leur complicité va bien au-delà. Ils sentent le lien qui les relie et savent qu'ils ne se lâcheront plus. Mais le Serpentard ne peut s'empêcher de poser la question qui le taraude.
-Que t'a fait Black ? Ne me réponds que si tu en as envie, ajoute-t-il en voyant qu'elle se remet à trembler.
Il se rapproche d'elle pour la prendre dans ses bras, la rassurer. Il veut lui montrer que même si tous les hommes de la terre la font souffrir, il sera toujours là, lui, pour la consoler.
-Il m'a séduite, se lance-t-elle. Il m'a rendue totalement amoureuse. Il était tellement différent de l'image qu'il donne, tellement sensible et adorable. Il a pris soin de moi, je me suis sentie aimée, mise en valeur, presque exceptionnelle. Comme si j'avais trouvé ma place, ou l'être qui me correspondait. Mais il y a cette Serpentard, cette Girolla… Elle a une emprise totale sur lui et il ne peut pas lui résister. Alors je l'ai quitté. Mais la nuit dernière…
Eléa a du mal à continuer. Severus caresse son dos de ses longues mains, ce qu'il entend lui brise le cœur et le rend furieux. Comment Black peut-il préférer cette petite gamine égoïste trop gâtée de Girolla à sa sœur ?
-…la nuit dernière, reprend-elle, Sirius est venu me dire qu'il m'aimait. Je l'ai cru. J'étais si heureuse Severus… On a passé une nuit…magnifique. Mais ce matin, après notre dispute je l'ai vu embrasser Girolla. Je me suis sentie trahie et horriblement seule… Je n'arrivais plus à réfléchir.
-L'enfoiré…, fut le seul mot que pu prononcer Severus.
-Je ne sais pas. Je ne suis plus si sûre. Je voudrais m'expliquer avec lui. Je peux compter sur ton soutien ?
-Bien sûr Elie chérie. Pour toujours.
La Serdaigle ne sait toujours pas si elle sera un jour heureuse mais elle sait que Dumbledore a raison sur un point : elle n'est pas seule. Elle niche sa tête contre le cou de Severus, respire son odeur familière et s'endort presque paisiblement.
Le lendemain, Eléa insiste pour aller en cours. Quitte à poursuivre le cours de sa vie, autant commencer tout se suite. Son premier cours de la matinée est celui de potion. Slughorn la prend à part au début du cours. Il lui rend son manuel et brûle symboliquement le mot qu'elle lui avait laissé.
-En tant que professeur je ne devrais pas vous dire ça Eléa, mais je vous aime beaucoup. N'oubliez pas que c'est le cas de beaucoup de monde ici.
Le second cours est celui de botanique, et il a lieu en commun avec les Gryffondor. Sirius ne peut détacher son regard d'Eléa. Il est soulagé de voir qu'elle est là, inquiet de la voir détourner le regard quand leurs yeux se croisent. Il ne sait pas ce qu'il doit faire. Eléa aussi hésite. Elle n'est plus aussi sûre que ça de vouloir une explication. Elle a peur de se laisser de nouveau entraîner par le désir et l'amour qu'elle éprouve pour Sirius et de se trouver encore dans les incertitudes, les soupçons, les frustrations. Elle a peur qu'il soit bel et bien un menteur. Alors, à la fin du cours au lieu de l'attendre comme elle l'avait prévu, elle part en courant. Le plus loin possible, tout en haut de la tour d'astronomie. Elle cherche le calme dans le paysage. Les grandes montagnes apaisantes et le lac lisse sont des choses immuables, auxquelles on peut se raccrocher.
Au bord du lac elle aperçoit Sirius avec son habituelle petit bande. Il a la tête basse et semble silencieux. Sirius rumine ses idées noires. Il a peur. Il aime Eléa de tout son cœur. Dès qu'il l'avait remarquée, Eléa l'avait touché. Il avait admiré sa force de caractère. Puis il avait découvert sa fragilité, les failles qu'elle cache derrière son beau visage impassible. Ses doutes et ses souffrances l'avaient remué. Elle n'a rien des dindes qu'il s'amusait à séduire. La sensibilité de la jeune femme s'accorde à la sienne. Cette sensibilité qu'il laisse rarement paraître. Elle a aussi beaucoup d'humour et lui répond au tac o tac.
Tout cela l'avait séduit et lui avait donné des raisons de changer son comportement. Mettre fin à ses habitudes de séducteur. Mais pendant longtemps, il n'avait pas osé lui dire à quel point il tenait à elle. Pire, il restait enchaîné à Girolla. Parce qu'il avait peur, il le comprenait à présent. Il avait peur de s'attacher à Eléa et que leur histoire se termine. Peur d'avoir mal. Alors il se raccrochait à Girolla. Il savait qu'elle se servait de lui mais malgré tous ses coups bas, elle avait presque toujours été à ses côtés. Il la connaissait. Alors qu'avec Eléa c'était l'inconnu. Sirius avait compris la bêtise de son comportement lorsque Eléa l'avait quitté. Il avait réussi à mettre de côté ses peurs et à se donner à elle. Totalement. Enfin. Et pourtant elle semble souffrir et se méfier. Pire, il y avait depuis ce matin une rumeur prétendant qu'elle avait tenté de se suicider. Mais que peut-il faire de plus ? Que s'est-il passé ? Il doit savoir sinon il va en crever.
Il intercepte Eléa à la fin de son dernier cours, alors qu'elle se rend comme à son habitude à la bibliothèque. La jeune femme le voit apparaître brusquement devant elle au détour d'un couloir, et il l'entraîne dans une salle de classe vide avant qu'elle n'ait eu le temps de se débattre.
-Parle-moi Eléa. Je deviens fou. Il y a des rumeurs…
-Elles sont vraies, lui annonce-t-elle sans ménagement.
Sirius semble recevoir un doloris en pleine poitrine. Il lui lance un regard douloureux. Elle est effarée quand elle voit ses larmes couler. Il semble incapable de prononcer une parole. Ses yeux argentés sont remplis de « pourquoi ».
-Je n'avais plus la force de continuer Sirius. Je t'ai vu embrasser Girolla dans le parc. Après la nuit qu'on avait passée… Je ne pouvais pas le supporter. Je ne le peux toujours pas, ajouta-t-elle.
-Mais je l'ai repoussée, objecte Sirius. Je te le jure. Tu m'as libéré d'elle Eléa, je n'aime que toi.
Sirius tend la main pour lui caresser la joue. La Serdaigle ferme les yeux à ce contact, frotte sa tête contre la grande main du jeune homme. Puis elle rouvre les yeux et le fixe intensément, sans repousser sa main.
-Comment je peux en être sûre ? Qu'est-ce qui me prouve que tu ne te moques pas de moi depuis le début ?
-Fais-moi de la légilimancie, fais-moi boire du véritaserum. Je ferai le serment inviolable, je jetterai Girolla par-dessus les remparts du château. N'importe quoi pour que tu me croies.
La main de la jeune femme va à la rencontre de celle de Sirius, toujours posée sur sa joue. Les doigts se lient. Eléa a envie d'y croire mais cette fois elle se retient. Elle est totalement bloquée, incapable de le croire sur parole. Alors elle serre sa baguette dans son autre main et la pointe vers le Gryffondor.
-Légilimens !
Elle entre dans l'esprit de Sirius et les images affluent. Elle le voit en pleine beuverie avec James et Peter, enfant dans son grand manoir, elle revit leur premier baiser, le voit faire l'amour avec Girolla. Des larmes commencent à brouiller sa vue. Elle le voit en retenue avec Rusard, se disputer avec son frère Regulus… Enfin elle voit le parc. Elle voit Sirius repousser Girolla, elle voit la blonde hurler. Elle voit Sirius clamer qu'il l'aime. Elle abaisse sa baguette. Elle ne dit rien et garde la tête baissée. Elle se sent vaguement honteuse d'avoir ainsi pénétré ses pensées. Si elle n'arrive pas à lui faire confiance comment leur histoire pourrait-elle marcher ? Hébétée, elle sent Sirius l'attirer par les poignets et la serrer contre lui. Elle le sent déposer de petits baisers sur sa peau, comme pour la rassurer. Elle se laisse aller sur son épaule.
-Laisse-moi t'aimer mon ange. On va se construire une vraie histoire, sincère, fidèle. Je t'apprendrais à avoir confiance en moi. Je te jure que tu ne souffriras plus jamais à cause de moi.
Ces paroles rompent les dernières digues en Eléa. Sirius l'aime et veut se donner entièrement à elle, c'est tout ce qui compte. Ils peuvent prendre un nouveau départ. Elle lève la tête et leurs lèvres se rejoignent, dans le baiser le plus doux qu'ils n'aient jamais connu. A présent tout irait bien.
En effet, tout ira bien pour Eléa et Sirius. Le jeune homme trouvera les mots et les actes pour lui prouver son amour, ses faux-pas ne seront que des fantômes du passé. Eléa aura droit à sa part de bonheur. Finis les doutes, la solitude, les questionnements. Sirius sera avec elle et elle sera avec lui, ce sera aussi simple que cela. Ils ne se quitteront plus. Après leur septième année ils s'installeront ensemble. Ils se marieront quelques années plusieurs tard et Eléa donnera naissance à une petite fille.
Mais il y aura mieux que cela. Eléa parviendra à partager son bonheur avec ceux qu'elle aime. Elle se rapprochera de nouveau de Gary et Xinitis, qui seront ravis pour elle. La petite Luna Lovegood et Romane Black deviendront des camarades de jeu inséparables. Severus acceptera également la relation entre Sirius et sa sœur. Il le fera à contrecoeur, seulement parce qu'elle le lui demandera. Puis il se rendra compte qu'elle est heureuse avec Sirius et que c'est le plus important. Il comprendra aussi que même si sa sœur est amoureuse, cela ne l'empêche pas d'être proche de lui. Les deux hommes n'auront jamais des relations amicales mais ils ne passeront pas les repas de famille à s'insulter ou se provoquer en duel.
Severus prendra un peu confiance en lui et deviendra un auror renommé. Il n'acceptera jamais les invitations de Lucius Malefoy aux réunions de Voldemort. Il ne deviendra pas un Mangemort. Ainsi, il n'entendra pas la prophétie sur celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres. Voldemort n'aura pas connaissance de cette prophétie. Elle ne se réalisera donc pas. Dumbledore, qui sait que les prophéties ne sont pas forcément dites pour être réalisées, prendra le parti (et le risque) de ne rien révéler. Le jeune Harry Potter grandira aux côtés de ses deux parents, qui lui donneront un frère et une sœur. Il vivra dans le danger certes, mais entouré d'amour.
Seulement, personne ne s'avérera capable de vaincre Voldemort. Comme tant d'autres, Sirius et Eléa se battront contre lui et les Mangemorts. Ils mourront ensemble, au combat, alors que leur fille Romane aura seize ans. Ils finiront liés pour l'éternité, retombant l'un sur l'autre, leur doigts ayant le temps de se lier avant que ce ne soit la fin. Cela fera cinq ans que Voldemort aura étendu son emprise sur le monde, répandant le chaos et la terreur.
Dumbledore sera rongé par la culpabilité, sachant qu'il est trop tard pour divulguer la prophétie. Il s'en voudra jusqu'à ce que Sibylle Trelawney lui livre une nouvelle prophétie, au lendemain de la mort de Sirius et Eléa. Une nouvelle prophétie qui désignera Romane Black pour libérer le monde de l'emprise de Voldemort. Emplie du désir de venger ses parents qu'elle aimait tant, elle ne flanchera pas, ira jusqu'au bout de sa tâche. Elle pourra bien sûr compter sur Dumbledore, mais son soutien le plus précieux, elle le trouvera en la personne de son parrain, Severus. Tout l'amour qu'il avait pour sa sœur, il le reportera sur sa nièce. Il accomplira son dernier acte d'amour pour Eléa en se sacrifiant, permettant à Romane de porter le coup fatal au Seigneur des Ténèbres. Il s'en ira l'esprit léger, sachant que leur sang à sa sœur et lui continuera de couler encore de longues années dans les veines d'une remarquable jeune femme. Sachant aussi qu'il ne la laisse pas seule et qu'elle pourra compter sur son petit ami, Harry Potter. Il recevra l'avada kedavra destiné à Romane par le mage noir sur le bras, à l'endroit précis ou bien des années plus tôt, il s'était entaillé le bras pour Eléa.
FIN
Voilà, cette fois c'est vraiment fini ! Cette fin alternative, c'est l'idée qu'il y a une contrepartie aux chances que nous donne la vie. Ici, la contrepartie du bonheur d'Eléa et Sirius, c'est des milliers de vies humaines prises par Voldemort, et la mort des trois personnages principaux. Alors quelle fin préférez-vous ? J'ai personnellement une préférence pour la première, mais vous êtes libres !
Merci encore de m'avoir lue, j'espère que ça vous a plu.
