Titre : Vent d'Est

Auteur : Mokoshna

Manga : Naruto

Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto.

Avertissements : Cette fic est un complément à «Vent d'Est». Elle reprend des événements qui se sont déroulés peu avant l'examen chûnin. Du coup, c'est un AU avec un brin de Yaoi.

Blabla de l'auteur : On continue sur la lancée avec le point de vue de Hinata qui a quand même un rôle même si elle n'est pas très présente dans « Vent d'Est ».

Bonne lecture !


Chapitre 2 :

La chambre close

Ce que Hinata trouva à six ans dans la chambre close au bout du couloir, elle ne put en parler à personne.

La vieille dame était blanche et froide. Elle portait des vêtements simples mais leur aspect changeant la troubla. Assise dans un mortier de taille respectable, elle battait du pilon sur le sol en faisant une affreuse grimace. Ses traits tordus lui faisaient penser à une vieille sorcière de conte, ses cheveux hirsutes voletaient au-dessus de ses épaules comme si un vent violent les agitait. Il n'y avait aucun souffle, à l'intérieur.

Blanche était sa crinière, noueuses étaient ses mains. La sorcière battit encore du pilon, boum-boum. Hinata sursauta mais ne bougea pas du pas de la porte. L'interstice par lequel elle regardait était tout petit, tout petit. Il régnait un froid glacial.

— Je ne plierai pas, dit son père, debout devant la sorcière. Ma famille a coupé les ponts depuis longtemps. Ne comptez pas sur moi pour vous donner Hikaru.

La sorcière bougea ses lèvres sèches mais Hinata n'entendit pas un son sortir de sa bouche. Hiashi serra les poings.

— Jamais ! Laissez-nous en paix. Nous n'aspirons qu'à servir ce pays.

La sorcière ricana, battit du pilon. Ses cheveux d'un blanc éclatant dansaient sans s'arrêter. Ses yeux blancs se fixèrent sur Hiashi qui fut soudain pris d'un spasme. Hinata le vit se prendre le cou, comme s'il suffoquait. La sorcière riait.

— Ne faites pas de mal à mon père ! cria Hinata.

Sans qu'elle sût comment, elle réussit à entrer pour se mettre entre cette sorcière et Hiashi. Ses genoux tremblaient, elle avait si froid qu'elle pensait que ses membres étaient faits de glace, pourtant le regard qu'elle jeta à la sorcière était empreint de tout l'amour qu'elle avait pour son père. Ne pas plier, se disait-elle. Elle était une princesse de la Sôke, l'héritière des Hyûga. Ne pas pleurer.

La sorcière dit quelque chose qu'elle n'entendit pas. Une paire de bras puissants saisit Hinata et la tira en arrière.

— Petite sotte ! hurla Hiashi à son oreille. Ne reste pas là !

La sorcière avait les yeux rivés sur elle.

— Non ! Ce n'est qu'une enfant, elle ne sait pas ce qu'elle fait. Elle ne vous entend même pas !

— Mon oncle ? fit une voix à la porte, à l'opposé de celle par laquelle était arrivée Hinata.

— Reste où tu es !

Hiashi serra Hinata dans ses bras. Jamais encore il n'avait été aussi proche d'elle.

— Ne bouge pas, lui chuchota-t-il.

Puis il couvrit ses yeux avec sa main.

Dix, quinze minutes passèrent ainsi. Une bise glacée soufflait dans la pièce. À un moment, Hinata crut entendre un bruit de combat, des cris de rage. La peur la paralysait sur place.

Hiashi la posa par terre, et elle eut enfin le droit d'ouvrir les yeux. La chambre était vide. Il n'y avait plus que son père et elle.

— Oublie ce que tu as vu et entendu aujourd'hui, lui dit-il d'une voix dure.

Et Hinata oublia.

o-o-o

Le retour de Hikaru Hyûga fut célébré dans les honneurs et la dignité. Hinata fut parée de son plus beau kimono, celui que sa mère avait fait venir exprès de Cathay. Akari passa bien une heure à l'habiller, à la maquiller et à la parer des bijoux traditionnels que l'on offrait aux vierges du clan. Quand elle fut enfin prête, Hinata se sentait si lourdement attifée qu'elle n'osait pas bouger plus que nécessaire de peur de faire un faux pas qui l'aurait fait tomber. Que ces habits étaient différents de la grosse veste qu'elle se plaisait à porter pour aller travailler !

Hikaru était un homme de fière allure au regard rieur. Hinata le prit tout de suite en amitié. Il passa la nuit à leur raconter des blagues et des anecdotes qui arrachèrent rires et soupirs aux personnes qui l'écoutaient. Plusieurs fois pourtant, Hinata remarqua que son regard s'attardait vers le bas de l'estrade, du côté de la Bunke. Y avait-il quelqu'un à qui il voulait parler ?

— Le pays se porte bien, ça s'entend ? dit Jiraiya en tapant dans le dos de Hikaru.

C'était la première fois que le Hokage lui parlait depuis qu'il était arrivé avec Gai Maito et les Yamanaka. Hinata ne savait que penser de Jiraiya. Elle le trouvait un peu effrayant avec ses habitudes perverses et son expansivité naturelle mais quelque part, elle ne pouvait s'empêcher de l'admirer, juste un peu. Cet homme était tout ce qu'elle n'était pas : bruyant, ouvert aux autres, amical quand il le fallait. Elle savait que son père et tous les membres de la Sôke le méprisaient, car il avait bien fait comprendre à son arrivée au pouvoir qu'il n'était pas l'esclave de ses préjugés. Jiraiya aimait les habitants d'extraction étrangère et ne faisait rien pour le cacher. Cela en énervait plus d'un mais sa position en tant que Hokage empêchait les plus mécontents de s'exprimer avec trop de hargne.

— Je suis content de mon sort et mes hôtes aussi, dit Hikaru sans se démonter. Comment allez-vous, Hokage ?

— Bah, tu sais ce que c'est, l'âge ! Mes cheveux sont un peu plus blancs chaque jour et mon souffle un peu plus froid, que Dame Hiver me donne un coup de pilon !

Les yeux de Hikaru pétillèrent. Autour d'eux, les Sôke qui avaient entendu Jiraiya le regardaient comme si une deuxième tête lui avait poussé tout d'un coup.

— Le souffle de l'hiver se tarit au printemps, dit Hikaru. C'est pour ça que Konoha est si belle.

Jiraiya éclata de rire.

— Il est vrai qu'avec notre printemps éternel, ce n'est pas cette sorcière qui irait nous voir, hein ? Comment vas-tu, mon garçon ? Dame Saska est-elle encore vaillante ?

— Toujours. Elle vous envoie le bonjour, d'ailleurs.

— Faites-lui confiance pour savoir où me trouver ! T'es là à cause d'elle ?

— Oui et non. L'hiver arrive et elle voulait être sûre que nous avions fait nos provisions.

— L'hiver, hein ?

Jiraiya fit signe à son fils qui alla s'installer sur ses genoux, devant les regards indignés des gens autour d'eux. Hinata rougit mais comme les autres, elle ne fit pas un commentaire. Tout le monde au village savait que Jiraiya et son fils partageaient une étrange relation depuis son arrivée à Konoha trois ans plus tôt. Sai s'appuya contre la poitrine de Jiraiya, arrachant un soupir à son père qui entoura ses épaules avec ses bras, tendrement.

— Ce gosse me rend la vie impossible, mais c'est un brave garçon. Dame Saska a-t-elle parlé de lui ?

— Pas que je sache, dit Hikaru. Sauf s'il est le...

Il se tut, l'air troublé, et baissa les yeux.

— La nuit est si belle, dit-il enfin.

— Comme la plus belle des estampes, dit Jiraiya.

La discussion en resta là. Hinata ne comprenait rien.

Quand le banquet fut fini et qu'il fut temps de regagner ses quartiers, elle resta longtemps à réfléchir sur ce qu'elle avait entendu.

o-o-o

Le départ de Hikaru était prévu pour le lendemain au lever du jour. Hinata arriva en retard et alla immédiatement se mettre aux côtés de sa mère et de sa soeur. Elle avait passé tellement de temps à penser à l'étrange discussion qu'elle avait surprise entre Jiraiya et Hikaru qu'elle n'avait pas entendu le réveil.

— Tu aurais au moins pu faire un effort pour t'habiller, lui reprocha Akari.

— Pardon, fit Hinata, toute penaude.

Elle n'avait eu le temps que de mettre ses vêtements de tous les jours, ceux choisis par Kurenai lorsqu'elle l'avait prise comme élève. Hinata les adorait car elle s'y sentait à l'aise, contrairement aux kimono guindés que les membres de la famille se devaient de porter en permanence pour signaler leur rang. Akari fronça les sourcils de mécontentement.

— Tu me fais honte, siffla-t-elle.

Hinata baissa les yeux et ne les releva que lorsque Hikaru passa devant elle. Depuis qu'elle avait six ans, sa mère mettait un point d'honneur à la forcer à se comporter comme une « bonne » Hyûga : obéir aux ordres donnés par ses supérieurs, aussi absurdes et contraignants fussent-ils, porter les habits traditionnels, rester à l'écart de tout conflit inutile et ne lever les yeux que lorsque la situation l'exigeait... la liste était sans fin. Hinata avait toujours fait ce qu'on lui disait sans se plaindre et sans faillir, même si souvent sa maladresse naturelle reprenait le dessus et lui faisait rater ce qu'elle entreprenait. Ce n'était que depuis qu'elle était devenue l'élève de Kurenai qu'elle pouvait se permettre quelques écarts : porter des vêtements plus confortables, sourire à qui elle voulait, leur parler quand elle en avait envie...

— Au revoir, cousine, dit Hikaru en lui baisant le front.

Hinata lui fit un sourire timide, celui qu'elle n'osait donner qu'aux membres de son équipe.

— Au revoir, dit-elle de sa petite voix flûtée. Fais un bon voyage.

— Je vais faire ça.

Un mouvement de surprise du côté d'Akari détourna leur attention. Neji était arrivé devant le portail et les fixait avec un regard terrible. Hinata recula, indécise, car son cousin lui faisait un peu peur. Depuis qu'ils étaient enfants, il ne faisait rien pour cacher qu'il la haïssait. Elle qui voulait tant pouvoir discuter avec lui comme avec un frère ! Son regard s'attarda sur le bandeau qu'il portait, sous lequel se trouvait, marque de sa malédiction, le sceau qui contraignait les Bunke à se plier aux Sôke.

— Que fais-tu là ? demanda Hiashi.

— Hikaru m'a dit qu'il souhaitait me voir avant de partir, fit Neji d'une voix tendue.

— Vraiment ?

— C'est la vérité, dit Hikaru. Me permettez-vous d'échanger quelques mots avec lui, mon oncle ?

— Je refuse. Tu n'as pas à te compromettre avec ce Bunke.

Hinata vit Neji serrer les poings de rage. Elle avait envie de pleurer.

— Bien, dit Neji en tournant les talons et en s'éloignant en direction des bâtiments de la Bunke.

— Euh... fit-elle d'une toute petite voix, cousin Hikaru, tu ne pars pas tout de suite, non ? Je peux peut-être te montrer ma collection de peignes comme tu me l'avais demandé hier ?

Hikaru la regarda d'un drôle d'air.

— J'ai le temps. Me le permettez-vous, mon oncle ?

— Pourquoi pas, dit Hiashi en leur jetant un regard dur. Mais ne le rend pas en retard, Hinata.

— Tout ira bien, dit Hikaru.

Tout en vérifiant qu'on ne les suivait pas, Hinata le mena par un chemin détourné qui débouchait sur l'entrée principale de la partie Bunke. Hikaru la suivait sans un mot, un étrange sourire sur les lèvres. D'épais buissons les cachaient de la route.

— Où me mènes-tu, cousine ?

Le visage de Hinata se couvrit de rouge.

— Pardon. Neji ne vient jamais de notre côté, alors... Je n'aurais pas dû ?

— Tu as bien fait. Maintenant, rattrapons-le avant que ton père ne se doute de quelque chose.

Ils virent Neji arriver à pas vifs sur le chemin, le visage contracté par la colère. Hikaru fit signe à Hinata de rester à l'écart tandis qu'il passait à travers un trou dans les buissons.

— Neji, appela-t-il.

Neji s'arrêta net, surpris.

— D'où venez-vous ?

— Peu importe. Nous avons à parler, je crois.

— Pas ici. On peut nous voir.

— Connais-tu un endroit tranquille dans l'enceinte de la demeure ?

Neji baissa les yeux.

— Pas vraiment. Où que l'on aille, il y aura toujours quelqu'un pour nous surprendre.

Hinata hésita à intervenir, pourtant ils n'avaient guère le temps. Elle prit une grande inspiration et sortit à son tour des buissons, en prenant bien soin de garder les yeux baissés devant Neji.

— Euh... je sais où vous pourriez aller.

— Qu'est-ce qu'elle fait là ? demanda Neji avec fureur.

— C'est elle qui m'a permis de m'échapper de Hiashi et des autres et qui m'a emmené jusqu'à toi, dit Hikaru en se mettant devant elle. Elle l'a fait pour toi. Ne la juge pas.

— Moi, la juger ?

Neji eut un rire sinistre.

— Quelle ironie ! La Bunke ne juge pas, elle n'en a pas le droit.

— Allons-y, dit Hikaru. Nous n'avons pas le temps pour ça. Où veux-tu nous amener, Hinata ?

Hinata n'hésita qu'un bref instant.

— C'est par là, dit-elle en menant la marche.

Dans son dos, les regards de Hikaru et Neji lui glacèrent le coeur.

o-o-o

Depuis qu'elle avait trois ans, Hinata aimait se cacher dans des endroits à première vue inaccessibles. La tentative d'enlèvement ratée par le chef du village de la Foudre avait ébranlé sa confiance en elle et elle avait sans cesse peur qu'on ne la ravisse à nouveau ; c'est pourquoi elle passait son temps à explorer la demeure à la recherche de lieux où elle pourrait se terrer et attendre. Personne ne connaissait comme elle la demeure des Hyûga ; quand elle fut en âge de quitter la maison, elle poussa son exploration dans le quartier et enfin tout le village lui-même. À onze ans, elle trouva même une entrée qui menait aux fondations du village, là où se trouvait le réseau de chauffage central de Konoha.

La meilleure cachette à l'intérieur des terres des Hyûga se trouvait dans un endroit déserté de la partie Sôke, tout au bout d'un long couloir sombre et glacé où s'accumulait la poussière. Hinata s'y rendait quelquefois quand elle se sentait particulièrement stressée. Étrangement, l'influence des Hyûga n'atteignait pas cet endroit ; c'était comme si on entrait dans un autre univers.

— Je connais cet endroit, dit Hikaru.

— Père m'interdit d'y venir. Personne ne vient jamais, pas même les femmes chargées du ménage.

— C'est tout au bout, dit encore Hikaru qui avait les yeux rivés vers le fond du couloir. L'espace y est plus froid. C'est cette chambre.

— Quoi ?

— Tu te souviens donc, cousine ?

Hinata le regarda d'un air confus.

— Me souvenir de quoi ?

Le sourire de Hikaru était tout doux, tout doux quand il lui caressa la tête.

— Ce n'est pas grave. Merci, Hinata.

— Qu'est-ce qui se passe ? grogna Neji derrière eux. Allez-vous m'expliquer ce que nous faisons ici ?

Hikaru marcha d'un bon pas vers la chambre close qui se trouvait en bout de couloir. Ses deux compagnons n'eurent d'autre choix que de le suivre. Neji était de plus en plus grognon à mesure qu'ils continuaient.

— Où allons-nous, à la fin ?

Hikaru désigna une porte scellée par deux planches de bois clouées en travers.

— Cette chambre n'a jamais été ouverte. Il y a sept ans, je suis venu ici avec Hiashi pour décider de ce que je devais faire. J'avais été appelé par la Vierge-Mère mais il ne voulait pas que je m'en aille accomplir ce qu'on m'avait prédit.

— Et alors ?

— Personne ne peut y entrer.

— Il suffit d'enlever les planches, ce n'est pas si dur...

— Ne crois pas cela. Si tu ouvres cette porte, tu te retrouveras simplement à l'extérieur. Je crois qu'il y a une autre entrée de l'autre côté, c'était par là que Hiashi m'avait emmené.

— Il n'y a rien, dans ce cas ?

— Si. Cette chambre est un lieu sacré, que la famille a scellé car elle ne voulait plus avoir de liens avec la divinité qu'ils servaient avant leur arrivée dans le pays. Sais-tu pourquoi j'ai été envoyé en Russia ?

Neji secoua la tête.

— Il y sept ans de cela, continua Hikaru, j'ai été appelé par Dame Aruna de notre clan pour qu'elle me transmette une prophétie qui devait décider de mon destin. Celle-ci disait que je devais me rendre en Russia, la terre de nos ancêtres, afin de préparer l'arrivée du Paladin Blanc. Je ne voulais pas partir, j'ai donc raconté cette histoire à Hiashi. Sais-tu ce qu'il a fait ? Il m'a amené ici-même, devant cette chambre, et m'a dit de rester à l'extérieur tandis qu'il y pénétrait.

— Il a ouvert la porte ?

— Oui et non. La porte physique est restée fermée. Personne à part le chef du clan ne peut l'ouvrir, vois-tu. Mais le chef a d'autres moyens d'entrer.

— Qu'y-a-t-il de l'autre côté ?

Depuis le début de son histoire, Hinata n'avait pas dit un mot. Elle tremblait. Plus Hikaru racontait et plus elle avait l'horrible impression de savoir de quoi il parlait, et cela lui faisait peur.

— Au début, je ne savais pas. J'ai attendu longtemps. J'entendais Hiashi discuter avec quelqu'un, mais je n'entendais pas la voix de cette autre personne. Puis quelque chose s'est passé. J'ai entendu Hiashi crier et une voix de petite fille s'est fait entendre.

Hinata sentit le sang se retirer de son visage.

— Hiashi a beaucoup crié. Finalement, il est sorti en portant une enfant dans les bras. C'est là que j'ai compris que je ne pouvais pas échapper à mon destin. Que je devais aller en Russia comme le demandait Grand-Mère Hiver.

— C'était moi, fit Hinata d'une voix rauque. J'étais là.

Neji sursauta.

— Tu étais si mignonne ! dit Hikaru. En te voyant, j'ai su que je n'aurais jamais pu échanger ta vie contre ma liberté.

Hinata se mit à pleurer, et Hikaru la prit dans ses bras.

— Pardon, dit-elle, pardon...

— Ne t'excuse pas. Si tu n'étais pas intervenue, Baba Yaga aurait tué ton père qui s'opposait à elle. Il n'aurait jamais cédé sauf si la vie de son enfant était en jeu.

— C'est faux, dit Hinata. Il ne m'aime pas. Personne dans ma famille...

— Que dis-tu là ? Tes parents t'aiment. Ton père a fait fi de son honneur pour te sauver.

— Mais ma mère me déteste. Je lui fais honte...

— Arrête ça ! fit la voix d'Akari.

À sa grande horreur, Hiashi et Akari sortirent de l'ombre pour se mettre devant eux. Neji se raidit.

— Je me doutais qu'il se passait quelque chose en t'entendant parler devant tout le monde, dit Hiashi à Hinata, mais je ne pensais pas que tu emmènerais Hikaru et Neji ici. À quoi penses-tu ?

— Pardon, dit Hinata.

Elle n'arrivait pas à trouver ses mots. Neji fit un pas en avant.

— Que me cachez-vous ? fit-il d'une voix hargneuse. Pourquoi tous ces secrets ? J'ai été appelé par Dame Aruna et Hikaru aussi. Qui est cette Grand-Mère Hiver et que nous veut-elle ?

Hiashi détourna les yeux en direction de la porte close.

— Baba Yaga est la déesse russianne de l'hiver, dit-il enfin. Les Hyûga ont de lointaines origines russiannes. Lorsque nos ancêtres sont venus s'installer dans le pays du Feu, nous avons aussi emmené avec nous nos croyances en Grand-Mère Hiver. Pourtant, avec chaque nouvelle génération, la croyance diminuait en faveur de l'attachement à ce nouveau pays. Cela fait bien longtemps que cette chambre sacrée n'a pas été ouverte. Seuls les premiers enfants de nos chefs peuvent y pénétrer et ainsi converser avec Baba Yaga quand l'envie lui en prend. Nous pensions que puisqu'elle était si loin et puisque l'hiver ne pénétrait jamais dans Konoha, nous avions définitivement rompu nos liens avec elle. Ne restaient que les Vierges-Mères que nous honorions encore car leurs prédictions nous étaient utiles, ni plus ni moins.

— Sauf qu'elle ne nous a pas oubliés, dit Hikaru. Le premier Hyûga était un de ses fils et nous sommes ses lointains enfants. Elle s'est souvenue de nous en ces temps de trouble.

— Quels temps de trouble ? demanda Neji.

— Le jour approche où les Neuf reviendront causer mort et chaos dans ce monde, dit Hikaru. Grand-Mère Hiver est l'ennemie naturelle de Neuf-Flammes. Elle nous a sollicités dans sa grande bataille contre le Chasseur de soleils. Toi et moi sommes les alliés de son champion, dit-il avec le sourire en s'adressant à Neji. Le jour viendra où nous combattrons aux côtés du Paladin Blanc pour la gloire de la Russia.

— C'est insensé ! s'écria Neji. Je ne sais même pas où se trouve cet endroit ! Pourquoi devrais-je me battre pour quelque chose en quoi je ne crois pas ?

— Je suis de cet avis, dit Hiashi. Pourtant, j'ai bien peur que Baba Yaga ne nous laisse pas le choix. Qu'apportes-tu de la Russia, Hikaru ?

— Une longue période de troubles, hélas. Le dirigeant actuel est un imbécile. Le peuple murmure. Selon Dame Saska, la menace est déjà à nos portes.

Hiashi parut fâché.

— Je n'aime pas cette vieille sorcière, hélas je crois que nous ferions mieux de ne pas aller à l'encontre de sa volonté.

— Et ainsi vous débarrasser de moi ! cria Neji. Vous voulez me vendre à cette sorcière comme vous l'avez fait avec Hikaru ? Tout ça pour sauver votre fille !

— Tu ne comprends pas. Ce n'est plus de moi ou de Hinata dont il s'agit.

— Je refuse ! J'ai déjà donné ma vie à la Sôke, je refuse de le faire encore pour un pays dont je n'ai que faire !

— J'ai bien peur que tu n'aies pas le choix, dit Hikaru. Baba Yaga...

— Je m'en fiche, de Baba Yaga ! Vous pouvez lui dire que je ne me laisserai pas manipuler par elle !

— Et si tu le lui disais toi-même ? proposa Hiashi.

— Vous voulez dire...

Hiashi montra la porte du bras.

— Tu es libre. Tu peux accepter. Tu peux partir d'ici à l'instant mais attends-toi à ce que Baba Yaga se manifeste un jour ou l'autre, car elle n'est pas du genre à accepter qu'on la défie sans rien dire. Ou tu peux essayer de lui faire changer d'avis.

— Là ?

— Cette chambre est un lieu consacré, peu importe le passage du temps. Les chefs de notre famille peuvent lui parler. Si elle le veut, nous pouvons la rencontrer.

— Je ne suis pas un chef.

— Mais moi si.

Neji jeta un bref regard en direction de la porte, puis il observa tour à tour Hinata et les autres.

— Je ne cèderai pas, qu'elle vienne ou non.

Hiashi ouvrit la porte.

o-o-o

Hinata resta seule avec Akari et Hikaru, à attendre Hiashi et Neji qui avaient disparu de l'autre côté de la porte. Akari n'osait s'approcher.

— Vous ne venez pas avec votre fille ? demanda Hikaru.

— Je suis bien où je suis. Et vous ? Pourquoi ne pas être entré ?

— Ils n'ont pas besoin de moi. Hinata, si.

Hinata sursauta. Encore, quelqu'un s'assurait qu'elle était en sécurité ! Cela arrivait sans cesse. Son père et son oncle Hizashi qui s'était sacrifié à la place de Hiashi. Hikaru qui était parti en Russia afin qu'elle ait la vie sauve. Les membres de son équipe, qui se démenaient à chaque mission difficile pour qu'elle ne soit pas blessée. Chaque fois, on la protégeait comme une poupée fragile, on la couvait avec mille précautions.

— Ce n'est pas grave, dit-elle à Hikaru. Même si Mère ne m'aime pas, je peux me débrouiller.

Akari lui jeta un regard perçant.

— Qui t'a dit que je ne t'aimais pas ?

— Vous, dit Hikaru. Vous passez votre temps à dire qu'elle vous fait honte.

Hinata baissa les yeux, toute contrite.

— C'est vrai, elle me fait honte, dit Akari, les lèvres pincées. Quoi que je fasse pour la détourner du danger, elle trouve toujours le moyen d'y plonger tête baissée. J'ai beau essayer d'en faire une fille docile et la rabaisser pour qu'elle se sente inutile, elle va toujours chercher le danger quand elle n'en a pas besoin !

— C'est une kunoichi, dit Hikaru avec douceur. Il est normal qu'elle se mette en danger, c'est son travail.

— Je refuse ! s'écria Akari, le visage tordu par la fureur. Pourquoi devrais-je perdre mon époux ou mes filles pour ce village ou pour un pays qui n'est même pas le nôtre ? Pour une déesse abominable qui veut prendre la vie de ceux qui me sont chers afin de satisfaire un caprice ?

— Tel est notre destin.

— Je n'en veux pas ! Je veux juste que mes enfants me survivent, est-ce trop demander ?

Elle pleurait à présent, cette mère tant aimée qui lui était si étrangère. Hinata voulut lui prendre la main ; Akari lui tourna le dos.

— Ne me touche pas ! Tu me fais honte ! Pourquoi ne restes-tu pas à la maison au lieu d'aller en mission comme tous les autres ?

— Je suis désolée, dit Hinata, doucement. Je ne veux pas vous faire de peine, Mère, mais je suis une kunoichi. J'ai décidé de me battre pour ce village et aussi pour moi.

— Tu es faible !

— Je sais. Je ne suis pas aussi douée que Neji ou les membres de mon équipe, et je dois sans cesse me faire aider. Je sais que ma force est dérisoire face à ceux qui s'en vont au combat comme moi. Je sais que j'ai peur et que je manque de courage. Je le sais, Mère, mais...

Hinata baissa les yeux et laissa ses larmes couler.

— Je veux me battre. Je veux me dire que je peux faire la différence, aussi minime soit mon rôle. Je veux un jour pouvoir regarder Père dans les yeux et lui dire sans trembler : « Je suis votre fille ». Et je veux qu'il soit fier de moi. Mère, accordez-moi votre bénédiction, je vous en prie !

Il y eut un lourd silence.

— Je ne te connais plus, dit Akari en s'éloignant d'elle à pas feutrés. Tu n'es plus ma fille.

Hinata pleura longtemps dans les bras de Hikaru.

Derrière la porte, le bruit d'un pilon frappant le sol se fit entendre.

Boum, boum.

À suivre...