Titre : Vent d'Est

Auteur : Mokoshna

Manga : Naruto

Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto.

Avertissements : Cette fic est un complément à «Vent d'Est». Elle reprend des événements qui se sont déroulés peu avant l'examen chûnin. Du coup, c'est un AU avec un brin de Yaoi.

Blabla de l'auteur : Finalement, cette histoire prend de l'importance et devrait se poursuivre au moins encore un chapitre, si ce n'est plus. Je continue « Vent d'Est » en parallèle, pas de souci, il faut juste que je trouve le temps d'écrire...

Bonne lecture !


Chapitre 3 :

Destins croisés

La chambre où le fit entrer Hiashi était vide et glacée, pas le genre d'endroit où Neji se rendrait spontanément. Il se souvint de sa rencontre avec Dame Aruna et n'en frissonna que davantage. Pourquoi le sort s'acharnait-il ainsi sur lui ? Il se savait doué pour le combat, mais de là à le choisir comme instrument d'un destin qui impliquait un pays qu'il n'avait jamais vu, dont il ignorait même l'existence quelques jours auparavant...

— Il n'y a rien, ici, dit-il d'une voix tremblante. Partons.

Hiashi lui jeta un regard bienveillant qui le fit frissonner.

— Tu te trompes. Baba Yaga nous a entendues et souhaite nous voir.

— Comment pouvez-vous le savoir ?

— Si tel n'avait pas été le cas, nous n'aurions même pas pu nous retrouver dans ces lieux. Nos pas nous auraient menés à l'extérieur.

— Je ne vois pas...

Neji ne put finir sa phrase puisqu'à cet instant, un rire aigrelet se fit entendre, fort et insupportable. Hiashi garda son calme mais Neji se raidit. Le froid devint de plus en plus vif jusqu'à ce qu'il voie son souffle sortir en grosses volutes de vapeur et que ses muscles s'engourdissent. Une couche de givre apparut sur les murs et le sol à une vitesse incroyable ; la température dut bien baisser d'une vingtaine de degrés en une seconde. Neji s'étonna que son corps ne fût pas en état de choc.

— Qu'est-ce qui se passe ? hurla-t-il en se tournant vers son oncle. Qu'est-ce que c'est ?

— Elle arrive, dit simplement Hiashi, aussi stoïque que d'habitude.

Boum, boum.

Quelqu'un battait le sol avec un objet très lourd, juste derrière Neji. Il craignit de se retourner et de se retrouver nez-à-nez avec ce qui était apparu.

— N'aie pas peur, dit Hiashi. Elle te regarde. Elle veut te parler.

— Elle peut le faire maintenant, dit Neji d'une voix rauque.

Boum, boum.

Pourquoi frappait-elle le sol ainsi ? Neji n'osait se retourner et il n'osait demander. Un souffle glacé s'installa au creux de sa nuque. Un raclement de gorge insistant atteignit ses oreilles.

— Tu n'es pas raisonnable, dit Hiashi sans bouger. Elle n'attend que toi. Elle t'a choisi.

Il fallut un long moment pour que Neji trouve le courage de dire :

— Je refuse. Je ne serai plus le jouet d'un autre destin.

— Tu n'as pas le choix. Elle t'a élu.

— Pourquoi moi ? Pourquoi pas vos filles qui sont vos héritières ?

— Ce ne sont pas mes filles qu'elle veut, autrement elle les aurait appelées. Elle veut un homme capable de tenir tête à son Paladin Blanc si jamais il lâchait prise. Elle veut un Ivan-tsarévitch.

— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? fit Neji, hystérique. Qu'est-ce que c'est, Ivan-tsarévitch ?

Soudain, les yeux de Hiashi se fixèrent dans le vide. Neji le vit se détendre complètement ; sa tête bascula en avant, comme s'il s'était brusquement endormi. Puis sa voix perça l'air, froide, inhumaine.

— Ivan-tsarévitch est le héros d'un conte de la Russia. Alors que son pays connaissait de graves troubles, Ivan-tsarévitch a suivi l'exemple du Paladin Blanc et a écarté ses ennemis sans pitié. Ensuite, il est parti rejoindre le Paladin Blanc et l'a aidé dans sa bataille éternelle contre Baba Yaga.

— Ce Paladin Blanc est donc l'ennemi de Baba Yaga ? s'étonna Neji. Comment se fait-il qu'elle l'ait choisi comme champion ?

— Ce n'est qu'un conte. Le Paladin Blanc est le fils de Baba Yaga et son opposé. Leur bataille est censée symboliser les conflits contradictoires qui sommeillent en chaque homme. Tant que ces conflits s'affrontent, une sorte d'équilibre est créé. Tant que leur guerre existe, cela veut dire que la Russia est éloignée de tout conflit extérieur. Grand-Mère Hiver est toute-puissante, mais la présence du Paladin Blanc éloigne l'hiver éternel quelques mois par an, quand il se réveille de son long sommeil. C'est ainsi que cela a toujours été, en Russia.

— Pourquoi cela devrait-il changer ?

— Neuf-Flammes est l'ennemi de Grand-Mère Hiver, plus encore que ne l'est le Paladin Blanc. Il est le feu qui détruit, la sécheresse qui affame, la violence qui tord. Son grondement s'oppose au souffle de l'hiver. Il doit être arrêté.

— Neuf-Flammes, chuchota Neji. Est-ce le Kyûbi qui a détruit Konoha il y a treize ans ? Ce monstre ?

— C'est le Chasseur de soleils. Celui-qui-dévore. Il a sans cesse faim.

— Faim de quoi ?

Hiashi se tut.

— Tu es son Ivan-tsarévitch, chuchota une voix de vieille femme à l'oreille de Neji. Mon fils aura bien besoin de toi.

Et aussi rapidement qu'il était apparu, le froid se retira. Hiashi se réveilla.

Boum, boum.

o-o-o

Après ces instants passés en compagnie de Baba Yaga, revenir au monde extérieur fut des plus étranges. Neji s'attendait à ce qu'il soit malmené pour avoir osé désobéir à une déesse, aussi éloignée fut-elle des croyances de ce pays. Toutes les histoires qu'il avait entendues à ce sujet étaient formelles : on ne s'opposait pas aussi facilement à une créature d'essence divine, surtout quand on n'était qu'un humain à peine assez maître de soi-même pour maîtriser son propre destin.

Les derniers mots chuchotés à son oreille le troublaient : quel lien pouvait-il avoir avec ce Paladin Blanc ? Une heure plus tôt, il n'en avait même jamais entendu parler, il n'imaginait pas qu'il puisse exister un être tel que la Grand-Mère Hiver !

— Tout s'est bien passé ? demanda Hikaru en les voyant sortir.

Hiashi répondit à la place de Neji.

— Elle a parlé par ma bouche, mais j'ignore ce qu'elle a dit à Neji. Il refuse de me le raconter.

— Je ne suis pas celui qu'elle cherche, dit Neji. Elle s'est trompée.

— Et tu penses que je vais croire un mensonge aussi grossier ? dit Hikaru. Dame Saska m'a dit très exactement où te trouver. Tu es celui que Grand-Mère Hiver a choisi, c'est indéniable.

Neji se mit dans une colère noire.

— Ça suffit avec ça ! cria-t-il. Je ne veux pas, c'est tout ! Ma place est ici, à Konoha, pas dans un pays lointain que je ne saurais même pas situer sur une carte !

Les deux hommes devant lui restèrent un moment à le regarder. Hinata était dans les bras de Hikaru ; ses yeux rouges montraient qu'elle avait pleuré, et pas qu'un peu. Nejir remarqua enfin qu'Akari, la mère de Hinata, avait disparu.

— Laissez-moi regagner mes appartements, je vous prie, dit-il d'une voix lasse. Je n'aspire qu'à servir mon village et ma famille.

— De toute manière, je dois partir, fit Hikaru en se tournant vers Hiashi. Dame Saska m'attend et je ne saurais la laisser aux mains de la Garde Blanche plus longtemps. Je ne leur fais pas confiance.

— Et Neji ?

— La prophétie de Dame Saska n'est pas immédiate. Nous verrons ce qu'il en est. Avec un peu de chance, nous pourrons arrêter l'avancée de Neuf-Flammes. C'est ce qu'elle souhaite.

— Vous pouvez faire ça ? s'étonna Hiashi.

— Dame Saska m'avait parlé d'une alliance avec un homme venu du Japonin. J'ai eu l'occasion de le rencontrer, il est un peu étrange mais sa volonté de stopper l'avancée de Neuf-Flammes est sincère. Si seulement nous pouvions localiser l'emplacement du jinchûriki de ce monstre...

Hiashi serra les poings.

— Il est donc en vie ? Cet enfant maudit ? C'est incroyable ! On m'avait assuré qu'il avait été tué le lendemain de l'attaque de Konoha !

— C'est fort probable, si Dame Saska et Baba Yaga ont prévu son retour. Ou il a simplement élu domicile ailleurs. Ce n'est pas si facile de tuer un dieu, encore moins un aussi coriace que Neuf-Flammes. En tout cas, la venue du Paladin Blanc est une certitude. Il aura besoin de tous les atouts dont il pourra disposer, c'est pourquoi je vous demande de garder un oeil sur Neji.

— Vous pourriez éviter de faire comme si je n'étais pas là ? grogna Neji.

Hikaru lui fit un large sourire.

— Ne vois-tu pas ce que cela signifie ?

— Je vois surtout que vous voulez m'utiliser... encore une fois.

— Le retour de Neuf-Flammes n'est pas sûr ; Dame Saska a bien fait comprendre que cela dépendait d'énormément de choses qu'elle ne comprenait pas elle-même. Le destin est en marche, mais c'est d'un pas encore indécis qu'il s'avance vers Konoha et la Russia. Il ne tient qu'à nous de faire en sorte que de telles prédictions de malheur ne se réalisent pas. Si nous y arrivons, tu n'auras même pas à intervenir.

— Je ne comprends pas un traître mot de ce que vous dites.

— Peu importe. Ce qui peut te concerner, par contre, c'est ton rang actuel. Ne vois-tu pas ? Tu es devenu quelqu'un d'important. Je ne pense pas que Hiashi puisse dire le contraire...

Hiashi évita leur regard.

— En tant que tel, tu as le droit de demander un traitement de faveur.

— Je n'en veux pas, fit Neji avec une mine dégoûtée. Pas comme ça.

— Un Bunke reste un Bunke, dit Hiashi. Il n'a pas sa place auprès des Sôke. Pourtant, il est possible qu'un ou deux monte en grade, à l'occasion.

Il se tourna ensuite vers Hinata qui ne cacha pas sa frayeur d'être ainsi incluse dans la conversation.

— Ma fille aînée Hinata est une piètre ninja, dit Hiashi d'une voix dure. Une incompétente et une lâche. Elle aurait bien besoin d'un protecteur.

— Et vous voulez que ce soit moi ? fit Neji d'une voix méprisante.

— Exactement. Tu n'es pas en mesure de refuser.

Neji baissa les yeux, frustré. Effectivement, il se devait d'obéir aux ordres que lui donnait le chef de famille même si cette situation ne lui plaisait guère. Quelle ironie qu'on le mette à la protection de cette fille, lui qui ne rêvait que de lui enfoncer un kunai dans le coeur ! Hinata lui fit un sourire timide un peu éclipsé par les traces de larmes, mais il l'ignora : son regard était fixé sur Hikaru.

— J'accepte cette mission, mais il est hors de question que j'aille me faire tuer pour un autre pays que celui où je suis né. Le pays du Feu et Konoha ont toute ma dévotion, pas cette Russia dont je n'ai que faire.

— Et si Neuf-Flammes revient comme il a été prédit ?

— Nous trouverons un moyen de l'arrêter. Le Hokage et les autres Kage ne laisseront jamais cette menace s'imposer au Japonin.

— Je vois, dit Hikaru avec un soupir. Prend seulement garde à ce que ce bel entêtement ne cause la perte de ton village.

— J'en doute, fit Neji aussi fermement que possible.

La discussion en resta là. Tout en essayant d'éviter les regards de ses compagnons, Neji les suivit en direction de la sortie, là où un chariot attendait Hikaru pour le ramener aux frontières du pays.

o-o-o

L'entraînement avec Gai et le reste de l'équipe se passa dans un silence de mort. Neji n'avait pas envie de parler : ni de la surprenante liaison de Gai avec Inochi Yamanaka (la nouvelle avait fait le tour du village en à peine une soirée), ni de la raison pour laquelle il était plus morose que d'habitude. Ten Ten lui fit la tête après qu'il l'eut ignorée et Lee passa son temps à le défier sur tout et n'importe quoi ; cela ne l'empêcha pas de rester stoïque et de vaquer à ses affaires avec des gestes automatiques qui frôlaient l'ennui. Gai eut beau tenter de lui rendre son ardeur en prenant des poses toutes plus dynamiques les unes que les autres, Neji resta de marbre.

— J'en ai marre, dit enfin Ten Ten peu après quinze heures. Tu m'énerves à faire la gueule comme ça.

— Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit Neji.

Il détourna le regard pour le poser sur l'amoncellement d'armes qui jonchaient le sol. Ten Ten n'avait pas lésiné sur les artifices pour le faire parler : poses sexy, attaques surprises, aide involontaire de Lee qu'elle avait intentionnellement enflammé contre Neji pour qu'il s'acharne sur lui en combat. Rien à faire ; Neji n'arrivait pas à leur accorder son attention.

— Allons, pas de disputes ! s'écria Gai avec un sourire éclatant. Vous êtes une fière équipe !

— C'est lui qui a commencé avec son anti-esprit d'équipe ! dit Lee en pointant un doigt accusateur en direction de Neji.

— Ton état actuel, ça a un rapport avec Hinata ? dit brusquement Ten Ten.

Neji sursauta.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? fit-il avec une voix dure.

— Le fait qu'elle n'arrête pas de te fixer de derrière cet arbre depuis tout à l'heure, dit simplement Ten Ten.

Elle désigna un arbre un peu à l'écart de leur clairière d'entraînement. Neji vit un morceau d'étoffe se glisser furtivement derrière le tronc, accompagné d'un couinement de surprise qui ressemblait au cri d'un animal apeuré qu'un chasseur aurait surpris.

— Ça fait bien une demi-heure qu'elle est là, dit Gai. Nous l'avons tous repérée sauf toi, apparemment.

Neji se maudit d'avoir été aussi distrait. Ce n'était pas digne d'un bon ninja ! Pourtant, Gai ne parut pas le moins du monde perturbé par sa réaction puisqu'il lui fit une large tape dans le dos qui faillit projeter Neji au sol.

— Elle vient te chercher, hein ? C'est gentil de sa part, je trouve. Et si on arrêtait là l'entraînement pour aujourd'hui ?

— Vous n'y pensez pas ! s'écria Neji, furibond. Le soleil est encore haut !

— De la modération en toute chose. La famille est importante, n'est-ce pas les enfants ?

Ni Ten Ten ni Lee ne réagirent. Neji aurait voulu les étrangler, tous autant qu'ils étaient.

— Parfait, dit-il froidement. À demain.

Et sans plus leur accorder un regard, il se dirigea d'un bon pas vers Hinata. Celle-ci sursauta bien haut en le voyant arriver mais ne s'enfuit pas.

— Rentrons, fit Neji sans l'attendre.

Il hâta le pas, en sachant pertinemment que Hinata courait derrière lui en tâchant de ne pas tomber. Quelle idiote ! Quel besoin avait-elle de le coller ainsi ? Elle connaissait pourtant bien ses sentiments à son égard !

— Cousin Neji ! dit-elle d'une toute petite voix. Attends !

Neji s'arrêta net ; Hinata faillit percuter son dos mais elle eut la présence d'esprit de freiner avant le choc.

— Écoute, dit-il en se retournant, je ne t'aime pas. Je te hais, même. Le fait que j'aie été assigné à ta protection n'y change rien. Pourquoi n'es-tu pas restée sagement au domaine en attendant mon retour ?

Hinata baissa les yeux, le regard trouble. Allait-elle encore se mettre à pleurer ? Neji fut heureux d'avoir pris le chemin le plus long pour rentrer. Là où ils se trouvaient en ce moment, personne ne pourrait les surprendre dans cette position humiliante.

— C'est ce que voudrait ma mère, dit Hinata en reniflant. Elle aussi, elle souhaite que je sois une femme au foyer sans histoires.

Neji ricana, non sans malice.

— C'est ce qui te convient le mieux. Tu n'es pas douée pour le combat. En fait, tu serais bien mieux à faire la cuisine et à servir le thé qu'à te lancer dans des missions.

De grosses larmes roulèrent sur les joues de Hinata. Elle les essuya bien vite avec la manche de sa veste.

— Tu es un génie, dit-elle dans un souffle. Tous ceux qui t'ont vu t'entraîner le savent.

— C'est évident, non ?

— Mais je ne veux pas m'avouer vaincue, continua Hinata en lui jetant un regard de défi. Même si ma mère et mon père ne veulent pas de moi sur un terrain de combat, même si je ne suis pas aussi douée que toi ou Hanabi, je veux savoir que je peux me battre pour mon village.

— Peine perdue, si tu veux mon avis.

Neji tourna les talons et la laissa seule.

o-o-o

L'ordre de mission était des plus étranges : escorter un moine et une petite fille à travers le pays, en empruntant un itinéraire hors des sentiers battus et des zones de sécurité connues. Neji relut la missive, de plus en plus incrédule, et pour cause quand on voyait ses coéquipiers : Hinata, ce paresseux de Shikamaru Nara qu'il avait eu l'occasion d'apercevoir lors de ses visites à l'Académie et un certain Tenzô qu'il n'avait jamais rencontré ! Était-ce une mauvaise plaisanterie ? Prendre ainsi des membres aussi peu assortis, des étrangers si ce n'est des ennemis pour une mission de rang C...

— C'est absurde, dit-il au ninja qui lui avait remis son ordre de mission. Pourquoi ne pas avoir mis des équipes déjà existantes ?

— Me regarde pas comme ça, grommela son interlocuteur. C'est pas moi qui décide du contenu des équipes.

— Qui alors ?

Le ninja en face haussa les épaules. Neji remarqua que le badge sur sa poitrine indiquait le nom d'Iwashi.

— Va savoir. Des fois c'est nos supérieurs, des fois c'est le Hokage lui-même, s'il a le temps.

Neji n'y croyait guère : ce tire-au-flanc de Jiraiya semblait plus doué pour espionner les bains des filles que pour faire son travail correctement, selon son avis. Il ravala néanmoins sa hargne. Une mission était une mission ; il aurait été mal vu de refuser alors qu'il était à peine à quelques semaines de l'examen chûnin.

— Y-a-t-il un point de rendez-vous ? Il n'est mentionné nulle part et je ne connais pas notre chef de mission.

Iwashi consulta ses papiers.

— Tout le monde vous attend dans le bureau du Hokage, d'après ce qui écrit ici, dit-il avec surprise.

— Bien.

Neji hâta le pas en direction dudit bureau, l'esprit agité de questions. Jiraiya devait manigancer quelque chose, mais quoi ?

Les deux gardes à l'entrée le laissèrent entrer sans hésiter. Neji passa la porte et se retrouva au milieu d'une assemblée constituée de Hinata, un homme brun au regard fixe et le Hokage qui était installé sur son siège avec son fils Sai à ses côtés. Il les salua sans chaleur avant de se planter devant Jiraiya.

— On m'a transmis mon ordre de mission, dit-il posément. Je suis prêt à partir.

Jiraiya fit un large sourire.

— Bien, bien ! Tu connais Hinata et cet homme qui n'a pas l'air commode, c'est Tenzô, un brillant jônin. J'ai demandé à Shikamaru de ramener votre client à escorter. Nous allons discuter de votre trajet et des précautions à prendre. Sai, tu veux bien nous faire du thé ?

Sai hocha la tête et se dirigea vers une table croulant sous les appareils électriques et autres victuailles. Hinata gigotait sur sa chaise, toute gênée, tandis que Tenzô regardait droit devant lui sans ajouter un mot. Neji prit l'unique siège vide qu'il y avait devant le bureau et attendit qu'on s'occupe de lui, en prenant bien soin d'éviter Hinata du regard.

Une minute, puis dix passèrent dans un silence de mort. L'eau que Sai avait mis à bouillir se mit à frémir.

— C'est prêt, dit-il au bout d'une minute en avançant la théière pleine. Tout le monde veut du thé ?

Comme personne ne lui répondit, il sortit cinq tasses qu'il se mit en devoir de remplir quasiment à ras bord. Neji contempla les volutes de vapeur qui s'échappaient de son thé posé devant lui. Sai avait placé juste à côté une coupelle remplie de gâteaux en tous genres.

— C'est chaud, dit Sai de son éternel air vide.

Puis il regagna sa place près de Jiraiya qui le remercia avec une tape sur l'épaule.

Personne n'eut le temps de toucher à sa tasse puisque la porte s'ouvrit de nouveau pour laisser passer Shikamaru. À sa suite, vinrent un moine en kesa, la tenue traditionnelle des moines pratiquants, ainsi qu'une étrange petite fille en kimono blanc et orange qui restait collée à lui avec une expression effrayée sur le visage. En la voyant, Neji repensa à sa première rencontre avec Hinata et cela le rendit mal à l'aise.

— On est arrivés, dit Shikamaru. Le bureau du Hokage, le Hokage et le reste de l'équipe.

— Merci, mon garçon, dit le moine.

Il avait une voix très grave, presque gutturale. Quarante ans peut-être, assez musclé sans l'être à l'excès, des traits durs que soulignait l'ocre de son kesa. Il portait un chapeau à larges bords et à sa main, un shakujô qui était le bâton rehaussé de fer que les moines utilisaient en voyage. Neji y compta quatre anneaux, signe que leur client commençait à prendre de l'importance dans la hiérarchie vers la voie de l'illumination.

— Voici Kongo Rikishi, moine du temple Tôji qui honore la déesse Inari, dit Jiraiya. Vous êtes chargés de l'escorter jusqu'au mont Kôyasan.

Shikamaru fit la grimace.

— On dit que cet endroit est maudit. Vous êtes sûrs qu'on doit y aller ?

— Certain, dit Kongo. Notre place est là-bas, à Fushimi et à moi.

Hinata leva la main en tremblant.

— Euh... Elle n'est pas un peu jeune pour un tel voyage ?

— Ne vous fiez pas à son apparence frêle. Fushimi est bien capable de faire le chemin avec nous.

— Admettons, dit Shikamaru, pourquoi nous avoir choisis ? Je n'ai rien contre les membres de mon équipe mais ne serait-il pas plus judicieux de prendre des personnes déjà rodées ensemble, qui se connaissent et se font confiance ?

— C'est moi qui ait sélectionné spécialement cette équipe, dit calmement Jiraiya. Tu discuterais ma décision, jeune Nara ?

Shikamaru observa longuement le Hokage, sans se presser. Puis il haussa les épaules et bailla sans se soucier des convenances.

— Bah, faites comme vous voulez. Je m'en fous.

— Alors c'est décidé, s'exclama gaiement Jiraiya. Vous les jeunes avec Tenzô comme chef d'équipe, vous allez escorter Kongo et la petite Fushimi au mont Kôyasan ! Comme ça, vous ferez plus ample connaissance et vous pourrez me ramener des souvenirs ! J'ai entendu dire que les friandises du village Katsura situé au pied du versant nord du mont Kôyasan sont les meilleures du Japonin...

Toujours riant, il donna le congé à ses hommes. Les tasses de thé froid restèrent sur la table, intouchées.

o-o-o

Il ne fallut que quelques dizaines de minutes à l'équipe nouvellement formée pour se préparer. On conseillait aux ninja d'être toujours prêts à parer à toute éventualité et ce quelle que soit l'heure ; c'est pourquoi Neji avait un sac de voyage déjà empaqueté dans son casier, au cas où on lui attribuerait une mission de dernière minute. Ses compagnons étaient dans le même ordre d'idée ou au moins avaient eu le temps de prendre ce dont ils avaient besoin pour la route. Ils se retrouvèrent devant l'entrée est du village, Tenzô en tête.

— Vous allez rester au milieu, dit-il à Kongo et à Fushimi. Ainsi, si on nous attaque, il y aura toujours quelqu'un pour vous protéger. Hinata, tu viendras devant avec moi, quant à toi Shikamaru tu tiendras compagnie à Neji à l'arrière. Nous prendrons des pauses assez fréquentes pour ménager Fushimi. Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas de carriole ou de monture ?

— Certains, dit Kongo. Ce voyage doit s'effectuer à la force de nos jambes.

— Comme il vous plaira. Restez vigilants.

Saluant les gardes postés au portail, ils entamèrent leur trajet qui devait les mener au mont Kôyasan. Neji et Hinata étaient nerveux, ce qui était loin d'être le cas de Shikamaru qui avait une expression incroyable, entre ennui et désintérêt total. Pas pour la première fois depuis leurs présentations, Neji se demanda ce qu'un tel garçon faisait au sein de l'élite ninja de Konoha. S'il était aussi peu impliqué dans son travail, pour quelle raison continuait-il à le faire ? Il lui aurait été plus profitable de faire carrière dans un métier civil sans remous, comme charpentier ou marchand de nouilles.

Devant eux, Hinata marchait à pas réservés, prête à bondir au moindre bruit suspect. Encore un poids mort. Neji pensait pouvoir faire confiance à Tenzô et à moindre mesure à Kongo, mais des êtres aussi peu fiables que l'étaient Hinata et Shikamaru ? Si jamais un ennemi puissant leur tombait dessus, ils seraient en bien mauvaise posture.

— Puis-je vous demander la raison de ce voyage au mont Kôyasan ? demanda-t-il à Kongo. Sauf si cela vous importune, bien entendu.

— Nullement, fit le moine. Il s'agit d'un rite de passage pour Fushimi.

Neji regarda la petite fille. Fushimi ne devait pas avoir dix ans, avait des bras frêles et des cheveux noirs épais qui la rendaient plus maigre encore. Pas une seule fois elle n'avait parlé ou souri. Kongo la serra contre elle avec un hochement de tête protecteur.

— Telle que vous la voyez, elle n'est pas très impressionnante, pourtant elle a été choisie pour devenir une future prêtresse d'Inari. Seulement, pour cela, elle doit effectuer le voyage rituel au mont Kôyasan sur lequel la déesse a rencontré le moine Kûkai, fondateur de notre ordre. Ce n'est qu'en s'imprégnant de l'atmosphère particulière de cet endroit que Fushimi pourra prétendre au titre de prêtresse-renard. C'est un très grand honneur pour elle et pour moi aussi qui l'accompagne.

— Pourquoi partir si peu nombreux ? Et pourquoi avoir engagé une escorte ?

— C'est la règle. La prétendante à la prêtrise doit partir avec le moins de servants de la déesse possible. Fushimi est encore trop jeune pour s'aventurer seule sur les routes, c'est pourquoi on m'a demandé d'être son compagnon. Quant à votre présence à nos côtés, c'est tout simplement pour nous garder des bandits que nous pourrions rencontrer sur le chemin.

— Je vois.

— Ce n'est qu'une formalité, vraiment. Si certaines routes que nous devons emprunter n'avaient pas si mauvaise réputation, nous serions allés seuls accomplir son destin.

Neji eut un goût amer dans la bouche.

— Son destin, hein ?

— Oui. C'est un très grand honneur pour elle et pour moi qui servons la déesse.

Neji ne dit plus rien. À ses côtés, Shikamaru observait la scène d'un air paresseux. Quand Hinata tourna la tête vers eux pour voir ce qu'ils faisaient, il lui fit un sourire éclatant qui la rendit confuse puis la fit rougir.

— Le destin n'est pas tout, murmura Neji.

Si seulement il arrivait à s'en convaincre... Le visage de Fushimi n'exprimait ni joie ni appréhension ; il était impossible de savoir ce qu'elle pensait réellement de tout cela. Pouvait-on être heureux en sachant sa vie déjà programmée par d'autres ? Et lui, pourquoi se sentait-il si concerné par le sort de cette enfant qu'il venait à peine de rencontrer ? Son rôle était de l'escorter jusqu'à sa destination, ni plus ni moins.

Un pantin, pensa-t-il en la voyant si fragile dans les bras de Kongo. Un outil entre les mains d'adultes fanatiques qui servaient une déesse aux desseins incompréhensibles. Fushimi n'avait pas le choix, pas plus que Neji ne devait l'avoir.

À côté de lui, Shikamaru esquissa un bâillement.

À suivre...