Titre : Le souffle de l'hiver
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto.
Avertissements : Cette fic est un complément à «Vent d'Est». Elle reprend des événements qui se sont déroulés peu avant l'examen chûnin. Du coup, c'est un AU avec un brin de Yaoi. Attention, certaines scènes dans ce chapitre peuvent choquer un public non averti.
Blabla de l'auteur : L'histoire suit son cours, il se passe des choses que je n'avais absolument pas prévu ce qui rallonge la durée de vie de cette fic et l'aligne un peu plus avec ce qui se passe dans « Vent d'Est ».
Chapitre 4 :
Sur le mont Kôyasan
Le chemin jusqu'à Kôyasan ne fut pas sans répit, comme l'avait prévu Kongo. Quatre fois, ils tombèrent sur des bandits de grand chemin qu'ils abattirent sans problème, comme les ninja aguerris qu'ils étaient. Tenzô surtout se montrait particulièrement redoutable : d'un seul mouvement des mains, il activait une technique de mokuton qui engloutissait leurs ennemis comme s'ils n'eussent été que des fourmis face à un géant. La première fois, Neji ne cacha pas sa surprise de le voir utiliser ces techniques propres au premier Hokage mais avec le temps, il finit par s'y faire. Sa première impression était juste : Tenzô était un guerrier redoutable sur qui il pouvait compter.
À l'opposé, Hinata et Shikamaru n'étaient pas très remarquables dans leurs actions. Hinata était sans cesse distraite par une chose ou une autre et plus d'une fois, Neji la vit observer Shikamaru avec une attention maniaque, comme si elle voulait graver chacun de ses traits dans son esprits. Il s'abstint de faire le moindre commentaire même si l'envie ne lui manquait pas.
Shikamaru était l'incarnation de la paresse : baillant sans cesse, le regard dans le vide, le pas incertain, il paraissait vouloir être dans son lit plutôt qu'en mission et ne se gênait pas pour le montrer. Plusieurs fois, Neji voulut le rabrouer mais il se ravisait au dernier moment en se disant qu'il ne leur restait pas si longtemps avant d'arriver au mont Kôyasan. Sitôt la mission finie, il se dépêcherait doublier ce garçon et son attitude déplorable.
— On s'arrête ici pour la nuit, dit Tenzô à la fin du troisième jour. Neji, tu prépares le terrain avec Hinata et tu veilles sur nos clients. Shikamaru, tu viens avec moi chercher à manger.
— Ouais, grommela Shikamaru en traînant le pas.
Neji suivit la procédure sans adresser le moindre regard à Hinata : inspection du terrain, préparation du sol en vue d'y placer les tentes, création d'un périmètre de sécurité, tout ce qu'il avait appris à l'Académie y passa. Il alla vérifier les arbres alentour puis activa son byakugan un instant pour vérifier s'il n'y avait personne à part les membres de son groupe. Quand il fut satisfait, il se plaça aux côtés de leurs clients et attendit le retour de Tenzô et Shikamaru.
Hinata s'était assise dans un coin avec Fushimi et lui peignait les cheveux. Un large sourire sur les lèvres, Kongo vint s'asseoir près de Neji et lui proposa un peu de son saké. Neji refusa net. On ne buvait pas en service.
— Il faut te détendre un peu, mon gars, fit Kongo en riant. C'est bien la première fois que je rencontre un garçon de ton âge aussi sérieux !
— La mission est une affaire sérieuse, dit Neji, sûr de son bon droit. Vous pourriez être tué si je ne respecte pas les procédures.
— Soit. Mais est-ce nécessaire de faire la tête ? Tu devrais être un peu plus détendu, comme tes camarades.
Neji fronça les sourcils. De quel droit cet homme le comparait-il à ses camarades incompétents ?
— Je fais simplement mon travail.
— Je n'en doute pas, mais... je sais pas, tu devrais pas être si coincé. Ce n'est pas bon pour les nerfs, tu sais.
Kongo but une large rasade dans sa flasque, les yeux rieurs. Puis il donna une tape dans le dos raide de Neji.
— Enfin, pour ce que j'en dis, hein ! Faut admettre que vous êtes sacrément forts, vous autres. Sûr qu'à moi seul, j'aurais pas pu me débarrasser de ces sales types !
— Je n'ai fait que mon travail.
— Ouais, ouais.
Son regard se fixa entre l'horizon et Fushimi. Celle-ci jouait avec des pierres ramassées par terre. Kongo eut un sourire triste.
— Elle me manquera, cette petite. Je me suis attaché à elle, mais bon, c'est la règle !
— Vous ne restez pas avec elle sur le chemin du retour ? s'étonna Neji.
— Nan. Je vais rentrer au temple et elle, elle reste ici. Ou elle ira ailleurs, comme elle veut. C'est comme ça avec les prêtresses : une fois qu'elles sont élues, elles font ce qu'elles veulent, c'est leur vie.
— N'ont-elles pas des fonctions à remplir dans votre temple ?
— Ce repaire de vieux moines ? Nan, elle vit sa vie. C'est une fille d'Inari, elle a de quoi se défendre. En fait...
Kongo lui jeta un regard en coin, non dénué de mystères.
— Tu me garderais un secret, mon gars ? Pour tout dire, c'est pas vraiment pour elle que je vous ai engagés, mais pour moi.
Il se tapa la panse en riant.
— Le vieux moine que je suis a beau être costaud, face à des bandits prêts à tout, je ne fais pas trop le poids. Je crois d'ailleurs que je vais vous demander de me raccompagner chez moi, histoire d'être peinard.
Neji ne cacha pas sa surprise.
— Vous ? Mais Fushimi...
— Comme je te l'ai dit, mon garçon, c'est une fille d'Inari. Et pas seulement dans le sens mystique ou quoi.
Il reprit une gorgée de sake.
— Mais motus et bouche cousue, hein ! Le vieil ivrogne que je suis en a déjà trop dit !
— Alors pourquoi me confier cela ? N'est-ce pas imprudent de votre part ?
— Sans doute. Pourtant...
— Pourtant ?
— Y'a un truc chez toi, mon gars. Comme si tu pouvais comprendre, hein ? Je le sens. T'es pas comme les autres.
Cette remarque agaça Neji.
— Évidemment, puisque je suis un shinobi !
— Pas seulement ! T'es... spécial, je dirais.
— Qu'en savez-vous ?
— Je suis pas né de la dernière pluie, tu sais, mon garçon. Tu crois quoi ? Que les moines d'Inari sont choisis pour leur joli minois ? Qu'on fait tous ces pèlerinages, toutes ces cérémonies uniquement pour faire joli et nous attirer des fidèles ?
Neji se retint de répondre. Les religions n'étaient pas trop son fort, surtout depuis sa rencontre avec Baba Yaga et le destin qu'elle lui réservait. Il aurait largement préféré éviter ce genre de discussion, avec un moine de surcroît, car celui-ci connaissait son affaire et avait sans doute maints arguments de prêt en sa faveur.
— Je ne m'intéresse pas trop à votre culte. Ni à aucun, d'ailleurs.
— Tu devrais. Parce que tu vois, on sait jamais quand un dieu te tombe dessus sans crier gare. Ça m'est arrivé à moi et crois-moi, c'était pas drôle. J'aurais de beaucoup préféré que mes parents m'aient mis au courant parce que... ben, tu connais la déesse Inari ?
Neji y réfléchit. Il n'avait eu que de lointains échos de ce qu'était cette déesse typiquement japonine. Selon les régions, elle était hautement respectée ou haïe avec une sorte d'obsession, mais jamais elle n'était ignorée car son influence était immense. On la disait régner sur les moissons et le riz. Ce n'était quand même pas rien.
— C'est une renarde, non ? Elle veille sur les moissons.
— Ouais, c'est la face bénéfique de la déesse. Une déesse gardienne, que c'est. Mais c'est pas tout. C'est aussi une sacrée séductrice et ne l'oublions pas, une parente du Kyûbi.
Neji se crispa à l'entente de ce nom.
— Le Kyûbi ? Est-ce... est-ce celui que l'on appelle Neuf-Flammes ?
Cette fois, ce fut au tour de Kongo de paraître surpris.
— Comment tu sais ça, mon garçon ? Oui, c'est effectivement l'un de ses noms, mais il est peu connu des gens de nos jours. On préfère l'appeler par son apparence plutôt que par sa nature profonde.
— Neuf-Flammes à la patte noire et aux crocs blancs, murmura Neji, pris d'un étrange sentiment qu'il ne s'expliquait pas. Il est le feu qui détruit, la sécheresse qui affame, la violence qui tord.
Kongo ouvrit des yeux ronds.
— Ce sont exactement les mêmes termes qu'utilisait Kûkai dans un des textes fondateurs de notre ordre, fit-il, intrigué. Où les as-tu lus ?
— Je ne les ai pas lus. On me les a répétés.
— Qui donc ?
Neji ricana.
— Un fou venu du froid. Il est parti à présent. Mais la vieille est toujours là. Je crois.
— Quelle vieille ? fit Kongo, confus.
Neji secoua la tête. Tenzô et Shikamaru venaient d'émerger du bois, du gibier plein les bras. Hinata se précipita vers eux pour les décharger et pour faire cuire la nourriture. Bientôt, leur campement embaumerait la bonne viande cuite et le riz à la vapeur.
Hinata était une cuisinière hors pair, il fallait au moins l'avouer.
— Oubliez ça. Moi, je ne veux plus y penser, en tout cas. Ça ne me regarde pas. Nous allons terminer cette mission, et au retour, si vous voulez toujours nous engager, voyez ça avec Tenzô. Moi, je vais monter les tentes.
Et sur ces bonnes résolutions, Neji se leva et quitta son compagnon.
o-o-o
Contre toute attente, le mont Kôyasan se révéla plus splendide que ce que sa sordide réputation ne le laissait croire. Cela faisait bien longtemps que Neji n'avait plus vu une montagne aussi belle. Comme ils étaient presque au début de l'été, celle-ci leur montrait son aspect le plus accueillant : des arbres verts à la ramure fournie, des cours d'eau cristallins qui couraient même entre les pentes et du gibier en abondance, attiré par la richesse de la terre et la douceur du climat. C'était le lieu idéal pour un pèlerinage.
— Qu'est-ce que la déesse des moissons ferait dans un coin pareil ? demanda Shikamaru avec une moue critique. Elle devrait pas plutôt élire domicile dans les plaines ou les rizières ?
— C'est sa fonction, pas son habitat, dit Kongo avec un rire. C'est une renarde avant tout, tu vois.
— Il doit y avoir pas mal de cerfs dans les environs, dit Shikamaru. Je me demande si leur bois est plus sain qu'ailleurs. Et ce qu'ils mangent exactement. Avec une flore pareille, on doit voir de magnifiques spécimens.
— Tu veux voir, mon garçon ? On doit rester quelques jours ici de toute manière, le temps que Fushimi finisse son ascension.
— Quelle ascension ? s'inquiéta Hinata. La pente est assez raide...
— Elle doit grimper jusqu'au sommet pour pouvoir rencontrer la déesse, dit solennellement Kongo. C'est comme ça que ça se passe. Et elle doit le faire seule. Nous, on l'attend en bas.
— C'est insensé ! s'écria Hinata. Elle est encore toute petite !
— Je suis d'accord avec elle, intervint Tenzô. Ce n'est pas très prudent. Notre travail est de vous protéger tous les deux. L'un de nous devrait l'accompagner...
Kongo eut un mouvement de protestation.
— Impossible ! Ça ne se fait pas. Tout ce que vous arriverez à faire, c'est attirer la colère de la déesse qui ne supporte pas qu'on la surprenne quand elle parle à ses enfants.
Hinata serra Fushimi contre elle, l'air apeurée. Elle s'était beaucoup attachée à leur cliente et cela se voyait un peu trop, ce qui n'était guère professionnel. Neji dut se retenir pour ne pas marcher vers elle afin de l'écarter de la petite fille. Ce n'était pas leurs affaires. Si leu culte de ces gens exigeait qu'une enfant aille presque à sa mort, cela ne le regardait pas et il se garderait bien d'intervenir. De plus, Fushimi ne risquait pas grand-chose, quand on analysait calmement la situation : la montagne était hospitalière en cette saison et si elle savait se débrouiller, elle était capable de survivre sans se casser quelque chose et sans mourir de faim, surtout si on lui donnait des ustensiles et des rations.
— Tout ira bien, dit Kongo. De nous tous, c'est Fushimi qui risque le moins dans cette montagne.
— Vous avez l'air bien sûr de vous, dit Shikamaru.
— Je le suis. Ne voyez-vous pas ? Nous sommes déjà sur le territoire d'Inari.
Neji suivit la direction de son regard. Au bord de la forêt toute proche, il eut la surprise de voir qu'une foule bigarrée s'était amassée pour les observer : des renards bien entendu, mais aussi des cerfs, des ours, des oiseaux et bien d'autres animaux. Les prédateurs côtoyaient les herbivores sans problème ; un renard s'écarta même un peu pour qu'une tribu de lapins puisse voir à son aise.
Hinata tremblait de tous ses membres. Fushimi lui prit alors la main et lui sourit.
— Tout ira bien, dit-elle. Mère m'appelle.
C'était bien la première fois qu'elle prononçait un mot depuis leur rencontre. Hinata la lâcha, un peu plus calme, mais cela ne l'empêcha pas de la suivre des yeux jusqu'à ce qu'elle se soit enfoncée entre les arbres. Les animaux s'écartèrent sur son passage, semblèrent la suivre. Puis ils disparurent à leur tour, laissant l'équipe seule avec Kongo.
— Ça a commencé, soupira ce dernier. Ce soir, vous verrez quelque chose d'extraordinaire, c'est moi qui vous le dis.
Lentement, il s'assit sur une pierre et sortit sa flasque de sake.
o-o-o
Les heures passèrent. Il n'y avait rien à faire, vraiment, ce qui avait l'air de convenir tout à fait à ce tire-au-flanc de Shikamaru. Allongé sur l'herbe, il faisait la sieste, un brin d'herbe coincé entre les dents. Hinata regardait par terre, sans but, sans un mot. Quant à Tenzô et Kongo, ils discutaient calmement de religion tout en dégustant un reste de curry qu'ils avaient fait réchauffer par fringale.
— Ce n'est pas qu'elle est méchante, dit Kongo, la bouche pleine, mais c'est vrai que des fois, je lui ferais pas confiance, à la déesse. On dit que c'est une sacrée séductrice, du genre qui trompe les hommes pour leur aspirer leur énergie vitale. Mais comme elle bénit leurs moissons et leur permet de manger du bon riz blanc tous les jours, on peut bien le lui permettre, hein ?
— À quoi cela peut-il bien lui servir, de séduire les hommes ? demanda Tenzô avec une légère rougeur sur les joues.
Kongo eut un sourire coquin.
— Où vous croyez qu'elle les tire, ses gosses, hein ? Faut bien qu'il y ait quelqu'un pour les lui faire !
La rougeur de Tenzô s'accentua. Neji trouvait cette discussion ridicule.
— Allons-nous attendre longtemps ? Vous nous disiez que nous verrions quelque chose d'intéressant...
— Du calme, mon garçon, rit Kongo. Tout vient à point à qui sait attendre. Pourquoi tu ne fais pas comme Shikamaru ? Il sait se détendre, lui.
Neji vit rouge.
— Ne me comparez pas à lui !
Au moment où Kongo allait répliquer, se passa alors une chose étrange : Shikamaru se leva d'un bond et leur cria de se mettre à couvert. Il plaqua Hinata à terre. Par réflexe, Neji les suivit avec Tenzô qui s'occupait de la sécurité de Kongo.
Un bruit d'explosion leur parvint aux oreilles, loin, très loin. Puis la terre explosa devant eux. Hinata cria.
Neji sortit ses armes, lança son byakugan. Trop tard : la présence apparut brusquement derrière lui et lui murmura :
— Je t'ai trouvé.
Le temps qu'il se retourne, il sentit une douleur atroce sur son ventre. Il vit alors qu'on lui avait enfoncé une poutre en bois immense dans l'estomac, quelque chose de pourri qui grouillait de mousse et de vers. Un monstre se tenait devant lui, manipulant cette arme de fortune. Grand, en forme de plante carnivore, le visage mi-blanc, mi-noir : en somme, une vision de cauchemar.
— Dommage, dit-il, la voix râpeuse. Pas assez de viande pour deux.
Ses compagnons se jetèrent sur leur ennemi, en vain : d'un mouvement de poutre, il souleva Neji et se mit à courir comme un forcené, distançant sans problème ses poursuivants. Abruti par la douleur, les sens engourdis, Neji s'évanouit sur la vision de Hinata qui courait vers lui, les yeux baignés de larmes.
o-o-o
Douleur et goût de sang. Neji s'éveilla en sursaut, le corps agité de spasmes. Tout lui revint en un instant : l'arrivée au mont Kôyasan, l'attente, l'attaque-surprise. Il écarquilla les yeux et voulut bondir par réflexe, mais la douleur le paralysa et à la place, il se recroquevilla sur lui-même. Une odeur familière lui parvint aux narines : celle de la viande qui cuisait sur un feu de bois. Il ouvrit les yeux.
Une vision horrible l'attendait : là, sur un pique en bois énorme, une tête reposait, cuisant lentement. Fushimi. Ses cheveux étaient défaits, et ses yeux, ses beaux yeux noirs étaient cuits à point déjà, ouverts de son côté. Neji eut envie de vomir mais il n'y parvint pas. C'est alors qu'il l'entendit le monstre lui parler.
— Hidan m'a dit que c'était meilleur cuit mais je ne le crois pas. Je préfère comme avant.
Son ravisseur était là, regardant Neji comme s'il attendait son approbation. Devant lui, gisait le cadavre déchiqueté de Fushimi. Il lui manquait la tête qui cuisait au feu et un bras. L'homme-plante mâchonnait quelque chose. Il cracha un os aux pieds de Neji, os qui ressemblait fort à un morceau de pouce...
— Elle est bonne, mais vraiment, le cuit c'est pas le truc de Zetsu. Tu ne crois pas que c'est meilleur tout frétillant ?
Le monstre montra ses dents, satisfait. Neji voulut lui effacer ce sourire pervers ; il voulut lui briser les reins et racler la moindre parcelle de peau et de muscle. Zetsu pencha la tête de côté.
— Qu'est-ce que tu as ? T'es bizarre.
Neji avait tellement mal au ventre qu'il n'arrivait même pas à penser à un plan correct ; tout ce qu'il voulait, c'était tuer cette créature immonde, lui faire payer son crime ! Mais impuissant comme il l'était, en était-il capable ? Et ses compagnons ? Qu'attendaient-ils pour venir l'aider ?
— Tu ne dis rien. Tu as faim ?
Zetsu arracha une jambe au corps de Fushimi et la lui tendit.
— Tu n'as pas encore guéri, c'est que tu dois être affamé ! Tiens, elle n'est plus très fraîche mais ça devrait aller. Qu'est-ce que tu faisais avec ces gens ?
De quoi parlait ce monstre ? C'était comme s'il le connaissait, comme s'il s'attendait à ce que Neji prenne cette jambe et la dévore ! Neji tenta de reculer mais ne parvint qu'à s'affaler davantage sur le sol. Il était si faible qu'il peinait à rester conscient. Il devait sans doute se vider de tout son sang...
— T'es sûr que ça va, Yu ? demanda Zetsu. T'es vraiment pas comme d'habitude.
Il jeta la jambe au feu, en riant d'une manière lugubre.
— Tu la préfères cuite, hein ? Toi et tes manies humaines !
Neji secoua la tête.
— Pas faim, réussit-il à grommeler. Me sens pas bien.
Si ce monstre le prenait pour un allié, eh bien ! Ce n'était pas une très bonne chose, mais c'était mieux que de le savoir prêt à l'attaquer ou pire... Neji évita de se tourner vers le cadavre ou le feu. Il était mal en point, mais si le fait de jouer le rôle de ce « Yu » lui permettait de survivre assez longtemps pour que ses compagnons le retrouvent et le sauvent, et peut-être tuent ce monstre...
— Trop humain, murmura-t-il. Je vais pas bien.
Ce Zetsu n'était pas humain, et puisqu'il acceptait ce Yu, c'est que ce dernier ne devait pas l'être non plus, puisque Zetsu avait l'air de manger les humains. Du moins Neji espéra-t-il que ce raisonnement était juste. Il avait peu de possibilités devant lui.
— Ce que c'est que de rester dans ce corps, dit Zetsu. Tu es malade. Change !
Changer ? Changer quoi ?
— Peux pas, hasarda Neji. Trop faible.
— N'importe quoi. Tu chopes un corps tout frais, et hop ! Tu le prends. Pas compliqué.
Neji eut encore la nausée, mais il sut le cacher. Ce Yu était donc selon toute apparence un voleur de corps, qui possédait celui des autres pour continuer à vivre. Aucun humain n'en était capable à sa connaissance.
— Tu veux que je t'en apporte un ? continua Zetsu. Un nouveau corps tout frais.
Le cœur de Neji bondit dans sa poitrine. Il ne devait surtout pas se tromper s'il voulait survivre.
— Un sain, dit-il en cachant son trouble. L'un des hommes qui étaient avec moi. Non mieux, la fille. J'ai envie de changer.
Il n'aurait servi à rien d'handicaper le groupe en lui faisant attaquer quelqu'un d'utile. Que Hinata se fasse enlever, ce ne serait pas une perte ! Ainsi, ses compagnons pourraient suivre sa trace sans craindre d'être harponnés au vol.
Ce n'était pas un raisonnement très logique, Neji pouvait le sentir instinctivement, mais il était si harassé, il avait si mal qu'il s'en fichait. Que Hinata paye pour toutes ces années où il avait été l'esclave de la Sôke !
— Une fille, hein ? fit Zetsu. T'es drôle.
Et sans rien ajouter, il disparut. Épuisé, Neji s'évanouit de nouveau.
o-o-o
Ce fut une voix douce qui tira Neji de sa torpeur. Il ouvrit les yeux sur Hinata, tremblante mais saine et sauve. La nuit était tombée, mais le feu qui avait servi à cuire la tête de Fushimi brûlait encore. Néanmoins, les morceaux horribles avaient disparu. Neji poussa un soupir de soulagement et voulut tâter sa blessure. À sa grande surprise, il la trouva pansée et en voie de guérison. Il se sentait beaucoup moins mal bien qu'il eut très faim et qu'il fut encore faible.
— Que s'est-il passé ? demanda-t-il sans se donner la peine de saluer sa cousine.
Hinata baissa les yeux.
— On te cherchait avec les autres quand ce monstre est revenu. Il m'a enlevée et m'a dit de m'occuper de toi le temps qu'il aille régler une affaire. Je n'en sais pas plus.
— Tu n'as pas cherché à contacter les autres ?
— Si, bien sûr, mais je n'y arrive pas !
— Comment ça ? grommela Neji, fort mécontent. Ce n'est pas compliqué ! Même si nous sommes très loin, en appliquant la procédure...
— Ce n'est pas pareil, le coupa Hinata, ce qui était pas mal surprenant de sa part. Je ne sais pas où nous sommes !
— Avons-nous été envoyés loin du mont Kôyasan ?
— Justement... nous sommes sur cette montagne, mais c'est comme si nous n'y étions pas ! Je ne comprends rien !
Neji fut un peu décontenancé par le désespoir qui perçait dans la voix de Hinata, mais il se reprit vite. Il n'allait pas se laisser intimider parce que cette fille stupide ne savait pas comment réagir face au danger !
— As-tu réussi à repérer les autres ? Quelle est notre position par rapport à eux ?
— Ils ne sont pas très loin, chuchota Hinata sans le regarder. À peine à un kilomètre d'ici. Ils nous cherchent partout.
— Alors pourquoi ne nous ont-ils pas encore trouvés ? Notre ennemi les égare ?
— Si c'est ça, je ne sais pas comment il fait. Je suis passée devant Shikamaru et je n'ai pas arrêté de faire des grands gestes devant Tenzô, mais c'est comme s'ils ne me voyaient pas ! Comme si j'étais invisible !
Elle ne pleurait pas, mais c'était tout juste. Neji palpa encore sa blessure, sans plus trouver de raison de s'inquiéter. Il était bien rétabli.
— C'est toi qui m'as soigné ?
— Oui, renifla Hinata. J'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'avais, mais je ne sais pas si ça cicatrisera bien. La blessure était horrible à voir.
— Plus maintenant. Je suis presque guéri.
Hinata ouvrit des yeux ronds.
— Comment ça se fait ? J'ai bien vu, ce monstre t'avait transpercé de part en part ! Et ta blessure était si profonde que je craignais de te voir mourir à chaque instant !
— Quand est-ce que tu m'as soigné ?
— Je ne sais pas, moi, il y a deux heures, trois peut-être... j'ai perdu la notion du temps. Le monstre est parti juste après, c'est tout ce que je sais.
— Et tu n'as rien remarqué d'autre ? Près du feu par exemple...
Hinata baissa les yeux. De grosses larmes coulèrent sur ses joues.
— J'ai trouvé Fushimi, fit-elle si doucement que Neji crut s'être trompé. Je... je ne pouvais pas laisser comme ça, alors je l'ai enterrée, afin qu'elle ait au moins une mort digne. Je sais que j'aurais dû laisser la scène pour les indices, mais...
Sa voix se brisa, et elle se mit à sangloter sans s'arrêter. Neji en était profondément gêné. Quelque part, c'était de sa faute : si seulement il avait fait plus attention, s'il avait suivi la procédure ! Et Hinata était dans le même pétrin que lui, par sa faute. Il se souvint soudain des mots de Zetsu.
— Ce monstre, il s'appelle Zetsu, dit-il clairement pour que Hinata l'entende. Je ne sais pas pourquoi, mais il me prend pour un ami, un dénommé Yu. Je dois lui ressembler. S'il t'a enlevée, c'est parce qu'il croit que je vais prendre ton corps.
Les sanglots de Hinata cessèrent. Elle le regarda sans comprendre.
— Mon corps ?
— Je ne suis pas sûr moi-même. Il semblerait que ce Yu ait les moyens de changer de corps à volonté. Fushimi est morte, nous ne pouvons plus rien pour elle, c'est pourquoi nous devons trouver le moyen de retourner auprès des autres et de fuir.
— Nous allons fuir ? s'étonna Hinata. En laissant ce crime impuni ?
Le visage de Neji se durcit.
— Ça ne me plaît pas non plus, mais j'ai bien peur que nous ne soyons pas de taille contre ce monstre. Tenzô peut-être, c'est pour ça qu'on doit le retrouver. Il saura quoi faire. Et avant tout, nous devons mettre Kongo en lieu sûr.
— Nous devons nous unir pour sortir d'ici, acquiesça Hinata.
Elle avait l'air décidée malgré ses yeux bouffis de larmes. Si on avait dit un jour à Neji qu'il s'allierait de bonne grâce avec elle, il aurait bien ri ! À présent, il n'en avait nullement l'intention. Non, ce qu'il voulait, c'était sortir de ce cauchemar et retrouver son cher village. Pendant un bref instant, il se demanda si tous ses déboires n'étaient pas dus à la malédiction de Baba Yaga qui le punissait ainsi de lui avoir désobéi, mais il chassa bien vite cette idée. Comme s'il avait besoin de penser à cette vieille sorcière en ce moment !
— Allons-y, dit-il en se levant. Nous avons une mission à terminer.
À suivre...
Hum, pour l'instant Shikamaru sert à rien, mais ça devrait changer avec la suite. Tenzô non plus ne sert pas à grand-chose, tiens...
Merci de votre fidélité et à bientôt !
