Titre : Le souffle de l'hiver

Auteur : Mokoshna

Manga : Naruto

Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto.

Avertissements : Cette fic est un complément à «Vent d'Est». Elle reprend des événements qui se sont déroulés peu avant l'examen chûnin. Du coup, c'est un AU avec un brin de Yaoi.

Blabla de l'auteur : Un jour je finirai cette fic sans avoir à rajouter sans cesse des choses selon mes caprices de l'instant et ce qui me vient en écrivant. On pourra passer à l'examen chûnin (qui ne sera de toute manière pas décrit ici) et ces bons vieux Neji et Shikamaru pourront aller accomplir leur Destin tout en se gelant les miches en Russia. Mais en attendant, il faudra souffrir Zetsu et Inari, cette renarde cochonne.

Merci de votre fidélité et bonne lecture !


Chapitre 5 :

Entre deux mondes

La forêt était en colère.

Pour Shikamaru qui était habitué à lire les moindres signes du vent et des arbres, cette conclusion était on ne peut plus claire. Quelque chose avait troublé la forêt ; quelque chose de si sacrilège que même les petits dieux des arbres et des pierres en étaient tout ébranlés. Les animaux ne tenaient pas en place ; plus d'une fois, leur groupe avait dû fuir devant l'assaut de meutes furieuses qui s'étaient mises à l'attaquer sans prévenir. Kongo, qui suivait Tenzô et Shikamaru à grand-peine, avait bien failli être piétiné par une troupe de cerfs aux regards fous. Seule l'intervention de Tenzô lui avait sauvé la mise.

Pour l'heure, ils s'étaient réfugiés dans une grotte, suffisamment à l'abri des ombres pour que les animaux les perdent de vue. Shikamaru s'était arrangé pour créer une chape de ténèbres qui les dissimulerait un certain temps. Cela le forçait à dépenser une quantité de chakra énorme mais que pouvaient-ils y faire ? Ils devaient se reposer et trouver un plan de secours.

— J'ai de plus en plus de mal à faire appel au bois, dit Tenzô entre les dents pour éviter que leur client ne l'entende. C'est comme s'il refusait de m'obéir. As-tu réussi à trouver Neji et Hinata ?

Shikamaru secoua la tête, atterré. Les cousins Hyûga étaient censés être leurs pisteurs ; avec leur disparition, c'était une grosse partie de leur force de frappe qui s'en trouvait affaiblie. Shikamaru avait certes sa technique des ombres, mais elle était moins utile que le byakugan dans ce type de situation. En outre, il avait un peu les mains pleines en ce moment...

— C'est à n'y rien comprendre, grogna Tenzô. C'est comme s'ils s'étaient volatilisés !

Shikamaru rassembla ses souvenirs. Ils s'étaient arrêtés le temps que Fushimi fasse son pèlerinage. Une espèce de monstre vert et noir était apparu ; Shikamaru n'avait pas bien vu à quoi il ressemblait exactement, mais l'aura meurtrière qu'il dégageait avait suffi à le paralyser d'horreur. Il s'en voulut de sa faiblesse passagère. Comme le dirait sans doute ce rabat-joie de Neji, ce n'était pas digne d'un professionnel ! Ironie du sort, c'était Neji qui avait été enlevé en premier, après avoir été grièvement blessé en prime. Shikamaru n'était même pas sûr qu'il soit encore en vie à cette heure.

Après lui, Hinata, qui le cherchait avec eux, avait aussi brusquement disparu. Elle fermait la marche quand ils avaient entendu un cri ; le temps qu'ils se retournent, elle n'était plus là. Comme avec Neji, leurs recherches s'étaient révélées infructueuses jusqu'à présent.

— On dirait qu'on est coincés, dit Kongo avec une grimace. Tu vas bien, mon garçon ? Tu es tout pâle.

Shikamaru se força à sourire. Il était presque à bout de forces mais tenait encore pour ne pas lâcher la barrière qui les protégeait de leurs ennemis. Déjà, il entendait un bruit de sabots à l'extérieur ; des dizaines de pattes de toutes formes grattaient la terre et le roc à leur recherche.

Kongo poussa un profond soupir.

— Il a dû arriver quelque chose à Fushimi.

— Pourquoi dites-vous ça ? demanda Tenzô, surpris.

— Vous avez bien vu la réaction de la forêt, non ? Elle est le royaume d'Inari, et le fait que ses sujets nous aient attaqués n'est-il pas la preuve que sa fille a eu un problème ?

— Ça ne prouve rien, dit Tenzô. Ils peuvent avoir des centaines de raisons de nous attaquer.

— Juste après que sa fille soit partie et qu'un monstre ait enlevé et peut-être tué un de vos membres ? Et cette gentille fille, qui sait ce qu'elle est devenue...

— Vous pensez que c'est la faute d'Inari si Hinata a disparu ? fit Shikamaru.

— C'est possible. Elle peut être assez terrible quand elle est en colère.

— Super, grommela Shikamaru dans sa barbe. C'est pour ça que je n'aime pas les bonnes femmes ! Ça vous apporte que des ennuis.

Tenzô lui jeta un drôle de regard mais ne fit aucun commentaire. Shikamaru lui en fut gré. Il en avait entendu de belles, quand il avait dit ça à haute voix devant ses camarades ! Cette grande gueule de Kiba l'avait même traité de pédé, devant toute la classe ! Bien entendu, Shikamaru s'était arrangé pour le lui faire payer sans avoir à lever le petit doigt.

Ce souvenir le fit sourire. Il avait beau dire, il aimait quand même sacrément son travail et son village. Mourir aussi loin n'était pas dans ses intentions.

— On n'y est pour rien dans ce qui a bien pu arriver à Fushimi, quoi qu'il ait bien pu lui arriver, dit-il à Kongo. N'y a-t-il pas un moyen de contacter Inari pour le lui expliquer ? Nous sommes ses meilleurs alliés, surtout si nous retrouvons Hinata ou Neji. Vous qui êtes un des disciples de cette déesse, vous avez bien quelques tours pour épater la galerie !

Kongo ricana.

— Ouais, si on veut. Tu sais, la plupart de nos attributs, ce n'est pas nous qui les choisissons.

— Alors vous êtes les moines les plus inutiles que je connaisse, lança crûment Shikamaru. Même les adeptes de cultes les plus obscurs ont quelque chose qu'ils peuvent contrôler pour abreuver leur foi.

Tenzô lui jeta un regard qui voulait dire : « Attention ! Tu outrepasses tes droits ! ». Shikamaru l'ignora. Il était trop fatigué.

— Nous ne sommes pas des diseurs de bonne aventure ou des magiciens du dimanche qui lançons des sorts à base de poudre de perlimpinpin, dit calmement Kongo sans se fâcher. Si la déesse se fâche, seul un sacrifice adéquat peut l'apaiser. Puisqu'il s'agit de sa fille, nos vies seront certainement le prix à payer pour l'avoir offensée.

— Sauf que nous n'avons rien fait ! tempêta Shikamaru, ce qui lui arrivait rarement mais il fallait dire que la situation l'y obligeait un peu. Nous sommes venus avec vous pour vous protéger en toute bonne foi, et c'est comme ça qu'elle nous remercie ?

— Peut-être estime-t-elle que nous n'avons pas bien fait notre devoir, s'il est arrivé quelque chose à sa fille bien-aimée.

Shikamaru sentit la moutarde lui monter au nez.

— Elle se fout du monde ! C'est vous-même qui nous avez dit qu'elle voulait la voir seule ! Donc j'estime que s'il y a quelqu'un qui devrait être sacrifié, c'est vous ! Devoir, mon cul ! On est là pour le boulot, pas pour satisfaire vos caprices de fanatiques !

Kongo lui fit un sourire triste.

— Je sais.

Et sans prévenir, il se leva et se dirigea vers l'entrée de la grotte. Tenzô l'arrêta d'un geste de la main.

— Qu'est-ce que vous faites ? Vous allez vous faire déchiqueter !

— C'est ce qu'il y a de mieux, dit-il. Vous avez raison, s'il y a quelqu'un ici à blâmer, c'est bien moi. J'ai failli à mon devoir de moine. Inari réclame ma vie.

— Ne dites pas n'importe quoi. Nous sommes dans le même pétrin.

À leur grande surprise, Kongo éclata de rire.

— Quoi, ne me dites pas que vous n'avez pas remarqué ? fit-il, très calme. Depuis que nous sommes dans la forêt, c'est moi que les animaux attaquent, c'est moi qui trébuche sur les racines et se prend les branches des arbres. Inari n'a rien contre vous. Elle sait très bien que vous n'êtes que des larbins que j'ai engagés. Elle ne vous suit que parce que vous êtes avec moi.

Shikamaru fut encore plus contrarié de se faire traiter de larbin.

— Si je comprend bien, on a fait tout ça pour rien puisque vous et Fushimi êtes en passe d'être morts tous les deux ou quelque chose du genre, et en plus on a perdu deux membres importants de notre village. Vous savez quoi ? C'est la pire mission qu'on m'ait jamais confiée. C'est décidé, si on rentre vivant je change de boulot.

— Abaisse ta barrière, dit Kongo.

Shikamaru ne se le fit pas dire deux fois.

o-o-o

Neji sursauta. Il avait cru entendre un cri au loin, comme un appel désespéré. À ses côtés, Hinata cessa de marcher, alarmée.

— Qu'est-ce que c'était ? chuchota-t-elle.

— Je l'ignore.

Aucun d'eux ne savait depuis combien de temps ils étaient prisonniers. Comme l'avait dit Hinata, ils se trouvaient sur la montagne, mais il y avait comme un brouillard devant leurs yeux, comme un voile. Plusieurs fois, ils avaient croisé divers animaux au comportement étrange : sangliers qui furetaient dans tous les coins, lapins agités qui couraient entre les pattes d'ours aux yeux injectés de sang, cerfs et biches au pas nerveux qui foulaient le sol de leurs sabots innombrables tandis que des amas entiers d'oiseaux recouvraient le ciel. Au centre de cette agitation, une troupe de renards au museau humide claquait des dents au moindre mouvement.

— Tu crois qu'ils sont en colère parce que Fushimi est morte ? demanda Hinata en se retenant de pleurer.

Neji poussa un grognement.

— Peu importe. Nous devons retrouver notre équipe et ce n'est pas quelques bêtes qui vont nous arrêter.

Il faisait le fier, Neji, mais même lui devait avouer que face à une telle armée de poils et de plumes, ils ne faisaient peut-être pas le poids. Pressant le pas, il se dirigea vers là où ils avaient entendu le cri. Qui sait si ce n'était pas un de leurs compagnons qui se faisait attaquer par Zetsu ?

— Dépêche-toi, dit-il à Hinata en essayant de ne pas trop la brusquer, car il se sentait quand même coupable de l'avoir emmenée là.

Sans protester, Hinata se mit à trotter à ses côtés, docile. C'était exactement le type de comportement qui énervait Neji.

— Pourquoi est-ce que tu ne dis rien ? fit-il en s'arrêtant tout d'un coup. Ce n'est pas toi qui pleurait tout-à-l'heure ?

Hinata ouvrit de grands yeux étonnés.

— Je...

— Si tu es en colère parce que tu es ici, dis-le ! Si tu es fatiguée, écroule-toi ! Regarde-toi ! Tu es épuisée, tu es dans un état psychologique lamentable, et tu es faible. Crois-tu vraiment que tu serais d'une quelconque utilité dans un combat ?

— Pardon, murmura Hinata en se tordant les doigts.

C'était désespérant. Neji avait envie de la frapper jusqu'à ce qu'elle tombe, cette fille sans jugeote qui le mettait en colère à chaque fois qu'elle paraissait devant lui. Elle lui fit une grimace apeurée, recula d'un pas.

— Je ne veux pas être un poids pour toi.

— Trop tard, dit-il, assez méchamment il devait l'avouer.

Pourtant, elle ne se mit pas à pleurer comme il se l'était attendu. Au lieu de ça, à son grand étonnement, elle lui fit un sourire éclatant, un peu forcé certes, et arrangea une mèche de cheveux défaite.

— Je ne te gênerai pas, dit-elle, sa voix fluette découpant chaque mot qu'elle prononçait. Plutôt mourir.

— Si tu meurs, ton père ne me le pardonnera jamais, puisque je suis ton protecteur.

— C'est là que tu te trompes. Cela lui fera une excuse de plus pour faire de Hanabi son héritière.

Neji ne dit rien. Il savait bien qu'elle avait raison, bien que cela lui coutât : cela faisait des années que Hiashi délaissait son aînée au profit de sa benjamine, qui était plus douée pour le combat et aussi plus agressive. Face à Hanabi, Hinata n'était pas de taille.

— Tu devrais les haïr, dit Neji avec amertume.

— Comme toi, cousin Neji ?

Il lui jeta un regard noir. Elle fit de son mieux pour ne pas se ratatiner pas sur place.

— Je ne veux pas que tu finisses comme Fushimi, dit-elle, plus résolue qu'elle ne l'avait jamais été. Tant pis si je suis fatiguée, ou si je meurs. Si c'est pour te sauver la vie, j'en serais heureuse...

— Tu es folle ! hurla Neji, fou furieux, en lui saisissant rudement le poignet. Je n'en ferais pas autant pour toi, idiote que tu es ! Je te laisserais crever avec plaisir !

Elle ne poussa pas un cri, ne détourna pas les yeux, même une seconde.

— Si c'est ce que tu veux vraiment...

Neji serra encore plus fort, presque au point de lui briser les os. Elle supporta la douleur en silence.

— Je ne peux rien faire d'autre pour toi, dit-elle dans un souffle. Je ne suis pas forte ou intelligente. J'ai le byakugan, mais c'est tout. Personne ne veut de moi. Je ne manquerai ni à mon père, ni à ma mère.

Neji sentit sa colère tomber d'un coup, sans qu'il sache pourquoi. Il lâcha sa cousine.

— C'est faux. Tes parents t'aiment.

Hinata secoua la tête, ce qui le fit bondir.

— Au moins, ils sont encore en vie ! cria-t-il de plus belle. Tu as le droit de revenir vers eux, et tu n'es l'esclave de personne ! Moi, j'ai beau être le meilleur de ma section, jamais on ne me reconnaîtra comme un vrai Hyûga !

— Pourquoi voudrais-tu être de notre famille si tu la hais ?

Cette question somme toute assez simple le troubla tant qu'il se tut.

— Parce que c'est tout ce qui me reste, finit-il par dire.

— Tout comme essayer de faire de mon mieux dans les missions est tout ce que j'ai. Sans ça, je ne suis même pas digne d'être une Hyûga. Je n'en ai même pas envie !

Leur agitation commune tomba d'un coup. Neji observa longuement sa cousine : la tête baissée, les yeux fuyants, sa silhouette pourtant bien prise disparaissant sous l'espèce d'immense veste qu'elle portait, elle ressemblait à une enfant qui peinait à grandir. Il se souvint qu'elle n'avait que douze ans et n'était sans doute pas encore réglée. Une enfant. La cousine qu'il avait toujours haïe. Toujours ? Pas vraiment. Il fut un temps, lors de leur première rencontre, où il l'avait trouvée mignonne, ou il avait souhaité presque de tout son cœur pouvoir être celui qui la protègerait. Qu'étaient devenus ces sentiments-là ? Chassés par la haine et l'idée d'une injustice qui l'avait marqué au plus profond de lui-même avec la mort de son père. Enfouis par des années de rancune au milieu de la Bunke.

Ce n'était pas ainsi qu'il avait envisagé son avenir, à l'époque.

— Je ne te hais pas, dit-il, et il eut la surprise de constater que c'était vrai.

— Je t'ai toujours aimé, dit à son tour Hinata.

Ils se sourirent en même temps.

Cela ne dura pas. Plus près, plus fort, le cri retentit de nouveau. Ils s'échangèrent un regard, puis, ensemble, coururent à la rencontre de celui qui l'avait poussé.

o-o-o

Jamais Shikamaru n'oublierait ce qu'il avait vu ce jour-là.

Kongo s'était avancé devant l'entrée de la grotte, l'air serein. Il fit un pas vers l'extérieur ; Shikamaru lâcha sa barrière, car il était épuisé et irrité de s'être ainsi fait berner par ce moine stupide et sa déesse capricieuse. Étant donné le statut de cet homme, il pensait que la pire chose qui pouvait lui arriver était de se faire un peu malmener par les animaux en colère qui étaient postés autour d'eux ; après tout, on ne tuait pas un fidèle parce qu'il avait commis une erreur qui n'était d'ailleurs pas de son fait.

Il s'était trompé. Surgissant de toutes parts, les animaux se jetèrent sur Kongo. Le plus effrayant était peut-être qu'ils étaient parfaitement silencieux : pas un cri ou un rugissement, aucun pépiement ou soupir pour témoigner de leur présence. Avec leurs griffes, leurs crocs et leurs becs, ils s'acharnèrent sur le moine, frappant, mordant, taillant la chair à vif pour la dévorer. Le pauvre moine resta stoïque autant que possible ; puis, ne tenant plus, il poussa un long cri d'agonie quand un renard au poil soyeux lui arracha les yeux d'un coup de patte. Ses membres furent dépecés en une minute ; après qu'il eut poussé un second et dernier cri, un corbeau trancha sa langue en deux avec son bec et l'avala.

Tenzô s'était bien sûr élancé à son aide, mais à peine avait-il mis un pied hors de la grotte qu'un mur de poils et de plumes se forma devant lui pour lui boucher l'accès. Quand il voulut forcer, il se fit attaquer et eut beaucoup de peine à rester lui-même en vie, sans avoir en plus à sauver Kongo...

Un rire aigrelet résonna aux oreilles de Shikamaru, amer comme du thé aux herbes et triste comme une année sans riz. Du coin de l'œil, il crut apercevoir une silhouette fine se diriger vers Kongo ; le temps qu'il regarde, elle avait disparu. Un frôlement, près de sa joue, un éclair de rouge, devant ses yeux, et Kongo disparut, englouti par la marée formée par les animaux.

— Non... chuchota-t-il, interdit. Je ne voulais pas ça...

Peu lui importait à présent la mission, sa peur panique de mourir loin de son village, l'aversion que lui inspiraient ces animaux : devant ses yeux, presque par sa faute, un homme innocent venait de périr d'atroce manière. Ce n'était pas ce qu'il avait souhaité !

Boum, boum.

Les battements de son cœur couvrirent le froissement des ailes et le piétinement des sabots.

Boum, boum.

Un pas après l'autre, il se dirigea vers ce qui restait de Kongo. Les animaux ne réagirent pas. Au contraire, certains semblèrent se pousser devant lui, soudain apeurés.

Boum, boum.

Shikamaru tendit le bras. Une couche de givre se forma sous ses pieds, faisant fuir les derniers animaux qui restaient encore. Derrière lui, Tenzô tentait de se débarrasser d'un corbeau qui voulait lui dévorer les yeux.

Boum, boum.

Tout cessa d'un coup. Tenzô tua le dernier corbeau avant de jeter un œil en direction de son compagnon de route. Un souffle glacé agita un instant la forêt ; une rafale de neige, venue de nulle part, balaya l'air, faisant brusquement apparaître Neji et Hinata devant eux, comme s'ils étaient là depuis longtemps déjà. Hinata pleurait et Neji avait l'air choqué.

Shikamaru s'évanouit.

o-o-o

Le réveil fut difficile. La bouche pleine de bile, Shikamaru ouvrit les yeux sur le visage impassible de Neji. Celui-ci épongeait son front avec un chiffon humide. Quand il vit qu'il était de nouveau conscient, il lui fit un hochement de tête approbateur.

— Heureux de voir que tu as décidé de nous rejoindre, fit-il, courtois.

Shikamaru rougit jusqu'au bout des oreilles. Il venait enfin de comprendre où il se trouvait : la tête posée sur les genoux de Neji, main dans la main, il était prostré contre son camarade comme l'aurait été un amant dans les bras de sa bien-aimée. Neji fit la grimace.

— Puisque tu es réveillé, cela te dérangerait-il de te sortir de là ? Je n'apprécie guère ces familiarités, tu sais.

Shikamaru se leva d'un bond... ou plutôt, il essaya. Tout ce qu'il parvint à faire, ce fut un léger sursaut qui le fit tomber tête la première sur le sol dur.

— Shikamaru ! fit la toute petite voix de Hinata.

Shikamaru lui fit un sourire gêné du sol. Il pouvait voir qu'il se trouvait encore devant la grotte, là où ils s'étaient réfugiés avec Tenzô et Kongo. Les animaux avaient disparu. Tenzô et Hinata se penchaient vers lui, inquiets, tandis qu'un Neji quelque peu indigné faisait tout pour éviter son regard.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

Son corps tout entier était douloureux. Il sentit des engelures au bout des doigts et s'en étonna : où les avait-il eues ? La température était étouffante.

— Tu as perdu connaissance, dit Tenzô en l'aidant à se relever. Neji a réussi à te rattraper avant que tu ne te fasses mal, mais tu l'as tellement bien agrippé qu'on n'a pas pu te déloger avant que tu ne te réveilles.

Shikamaru remarqua l'éclair d'un sourire amusé avant qu'une grimace ne vienne ternir le visage lisse de Tenzô. Il tenta de se remettre debout avec l'aide de son capitaine, mais n'y parvint pas : ses membres étaient si faibles qu'il arrivait à peine à saisir la main calleuse qu'il lui tendait. Dans ces conditions, comment avait-il fait pour rester collé à Neji ? Précautionneusement, Tenzô le maintint assis contre un roc qui surgissait du sol, non loin de là ; et encore, cet effort coûta énormément à Shikamaru puisqu'il poussa un grognement de douleur en sentant son dos craquer contre la roche. Hinata lui tendit une gourde remplie d'eau fraîche qu'il engloutit avec la frénésie d'un homme perdu en plein désert.

— Kongo ? demanda-t-il lorsqu'il eut fini de se faire dorloter par la jeune fille.

— Il est mort, dit sobrement Tenzô. Il n'y a même pas de restes à enterrer.

Shikamaru fit un terrible effort pour se ressaisir, pour tenter de mettre de côté le sentiment de culpabilité qui menaçait de l'étouffer. Ce n'était pas de sa faute ! Il avait juste voulu sauver sa vie et celle de Tenzô !

— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il pour changer de sujet. Pourquoi est-ce que je me suis évanoui ?

— Aucune idée. Tu étais très faible à cause de ta technique, mais il s'est passé une chose très étrange...

— Neji et Hinata sont revenus, fit-il remarquer, émerveillé. Comment cela se fait-il ? Qu'est-ce qui se passe, bon sang ?

— C'est ce que nous aimerions aussi savoir, intervint Neji, la voix teintée de colère.

— Reprenons depuis le début, fit Tenzô, pratique.

Il résuma alors tout ce qu'ils savaient, tout ce qu'il avait appris de la bouche de ses hommes et de son observation personnelle. Leur groupe devait escorter Kongo et Fushimi, deux adeptes d'Inari, jusqu'à cette montagne où Fushimi, en digne fille de la déesse, devait rencontrer sa mère. Lors de leur attente, Neji s'était fait enlever par une créature monstrueuse et cannibale du nom de Zetsu ; créature qui selon Neji et Hinata avait tué et dévoré la pauvre Fushimi. Hinata avait peu après été enlevée par ce même Zetsu, apparemment pour satisfaire une requête malheureuse de Neji (à ce passage, Shilkamaru dut se retenir de ne pas regarder en sa direction mais il vit que Hinata avait baissé les yeux). Pendant ce temps, Tenzô, Shikamaru et Kongô qui cherchaient leurs camarades s'étaient fait attaquer par les sujets de la déesse en colère qui avaient, par la force des choses, fini par tuer Kongo en le dévorant vif.

Plus l'histoire s'éclaircissait et plus Shikamaru se sentait pris de nausée. Leur mission avait été un échec total : par la mort de Fushimi et de Kongo certes, mais aussi par le fait qu'ils avaient contribué à offenser gravement une déesse et à rencontrer un ennemi puissant qui, selon Neji, prenait celui-ci pour l'un de ses alliés. À plus d'un titre, ils étaient, si on pouvait passer l'expression à Shikamaru, dans la merde.

— Bon, qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? fit-il, profondément malheureux. Et comment ça se fait que vous ayez réussi à revenir de cet espèce de dimension parallèle où vous étiez coincés, vous deux ?

Hinata parut confuse, Neji ennuyé.

— Nous l'ignorons, dit-il. Nous avons assisté aux derniers instants de Kongo. Puis nous t'avons vu marcher dans sa direction, et...

— Et ?

— C'était très étrange. Comme si la neige suivait tes pas.

— Quelle neige ? De quoi tu parles ?

— Il y a eu une sorte de... mini-tempête de neige, dit Tenzô, très calme. Tu ne m'avais pas dit que tu maîtrisais le hyôton, Shikamaru.

— Hein ? Mais pas du tout !

— Alors comment expliques-tu que la neige ait chassé les animaux ?

— Et ça nous a permis d'écarter ce drôle de brouillard qui nous séparait, ajouta Neji.

— Qu'est-ce que tu en sais ? fit Shikamaru, troublé.

— Je ne vois pas quoi d'autre, dans ce cas. Nous n'avons rien fait qui ait pu nous en extirper.

Shikamaru se massa les tempes, plus épuisé que jamais. Il commençait vraiment à regretter son choix de carrière.

— Je ne comprends rien à rien. Vous êtes sûrs que ce n'est pas une coïncidence ?

— J'en doute.

Le regard de Neji était dur, empli d'une suspicion que Shikamaru ne s'expliquait pas. Il avait certes remarqué depuis longtemps que son coéquipier ne l'aimait guère (il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir), mais il n'y faisait pas attention parce que franchement ? Des collègues qui lui tenaient rigueur de sa paresse maladive, ce n'était pas la première fois qu'il en croisait et ce ne serait sûrement pas la dernière. Pourtant, il y avait quelque chose dans le comportement de Neji qui le fit tiquer : comme une ombre devant ses yeux, comme... un début de peur panique qu'il s'efforçait vainement de cacher. N'était pas un Yamanaka qui le voulait.

Shikamaru se massa les tempes, épuisé. Cette mission dépassait clairement le rang C qu'on lui avait assigné.

— Bon, on fait quoi, maintenant, chef ?

Tenzô hocha la tête.

— On rentre dès que tu te sentiras un peu mieux pour ça. La mission est un échec, mais je ne veux pas prendre de risques avec ce Zetsu qui traîne encore dans les parages, sans compter qu'on est encore sur le territoire d'Inari. Tu crois que tu pourras marcher d'ici moins d'une heure ?

— Je sais pas trop, soupira Shikamaru. Je me sens pas super en forme.

— Je vais tâcher de te soigner, dit Tenzô en aposant ses mains sur les centres vitaux de Shikamaru. Neji, Hinata, surveillez les environs.

Neji activa immédiatement son byakugan pour voir si une présence ennemie n'était pas toute proche. Quand il fut visiblement satisfait de ses observations, il alla se placer un peu plus loin pour assurer la surveillance. Hinata le suivit en trottinant, puis, à son indication, elle alla se placer à l'opposé, ce qui fait que Shikamaru se retrouva exactement au milieu des deux cousins.

— Ils ont l'air de mieux s'entendre, tu ne trouves pas ? fit Tenzô. Je me demande bien pourquoi. Ils ne m'ont pas donné les détails.

— Ils sont de la même famille, bailla Shikamaru, mais il était bien aussi intrigué que son capitaine. Tu sais ce que j'ai ?

— Tu as perdu trop de chakra, tout bêtement. Tu n'aurais pas dû en faire autant. Ce n'est pas prudent.

— Si je n'avais pas fait cela, nous serions morts.

— Peut-être, peut-être pas. Il y a toujours une alternative. Il suffit de la trouver. Un bon ninja doit d'abord penser à se garder en vie s'il veut mener à bien sa mission.

— Même en sacrifiant la personne qu'il doit escorter ?

— Admettons que tu meures pour protéger ton client. Et après ? Qu'est-ce qui te dit qu'il sera quand même sauvé ? Et puis à quoi bon te faire payer des sommes de roi si c'est pour ne plus pouvoir en profiter après, hein ?

Shikamaru se mit à rire.

— Je croyais qu'un bon ninja devait d'abord penser à la mission avant tout. Pour la gloire du village et tout ça.

— Fadaises. Qui voudrait faire appel à un village qui ne tient pas compte des vies humaines dont il a la charge ?

C'était logique, quelque part. Tenzô étonnait de plus en plus Shikamaru à mesure qu'il le connaissait. Il était un bon capitaine (du moins autant que possible avec une équipe si hétéroclite), un bon ninja et sa vision de la vie n'était pas si éloignée de celle d'un Nara, si on fouillait bien sous ses discours un peu farfelus et son visage éteint à certains moments.

— Je crois que je vais rester un ninja un peu plus longtemps, pour voir.

— Excellent.

Ils se sourirent, complices. Shikamaru se sentait déjà un peu mieux.

— Je crois que je pourrais faire un bout de chemin sans me casser la figure, si on ne va pas trop vite.

— Tant mieux.

Tenzô se leva, fit un signe à ses deux autres hommes de les rejoindre pour se préparer à partir. Neji et Hinata revinrent lentement.

C'est alors que Shikamaru se sentit de nouveau pris de nausée.

— Je comprends mieux pourquoi Yu ne veut pas te quitter, fit une voix gutturale tout contre son oreille.

Hinata eut l'air choquée ; Neji se mit immédiatement en position de combat. Quant à Tenzô, il lança une attaque combinée de mokuton qui encercla sa cible sans l'atteindre. Shikamaru n'osait plus bouger.

Zetsu avait brusquement surgi du sol, juste derrière Shikamaru, et l'encerclait à présent de ses bras nus. Les deux larges mandibules du monstre claquaient non loin de sa tête ; son souffle putride lui chatouillait les narines. Shikamaru ne pouvait pas voir le visage de son agresseur et cela le rendait d'autant plus nerveux qu'il n'avait aucune idée à quoi il ressemblait, en fait.

— Yu est un grand romantique, tu ne trouves pas ?

Un grand imbécile, oui, fit la même voix mais avec une intonation légèrement différente. Qu'est-ce qui m'a fichu un coéquipier pareil ? Il s'en va à l'aventure tout seul, il se mêle à des humains sans intérêt... On devrait le larguer, ce sale ingrat !

— Impossible, reprit la voix calme de Zetsu. Nous sommes liés à lui, jusqu'à ce que revienne cette période. Ce n'est pas moi qui fais les règles.

Fichu insecte, grommela l'autre Zetsu. Il se croit tout permis, tout ça parce qu'il nous tient entre ses pattes !

Shikamaru sentit la prise sur son cou se raffermir, l'étouffer presque. Tenzô envoya une autre salve de bois mais comme pour la première, celle-ci n'atteignit pas sa cible.

— Shikamaru, fit la voix aigrelette de Hinata.

Au moment où Neji allait s'élancer à l'attaque, se passa un autre événement qui le cloua sur place, lui et tous les hommes présents. Un tremblement de terre léger se fit sentir ; puis, surgissant de partout, les animaux les encerclèrent en une seconde. Un renard au magnifique pelage rouge se jeta sur Hinata ; son corps se défit soudain, s'aplatit pour onduler autour de la jeune fille, comme une écharpe de fourrure épaisse. Les yeux de Hinata se colorèrent de rouge ; sa pose, de timorée, devint lascive, presque obscène. Un sourire fou sur ses lèvres, elle se mit à parler.

— C'est donc toi qui as tué ma fille, dit-elle d'une voix qui n'avait plus rien à voir avec la timide jeune fille qui osait à peine lever les yeux vers Shikamaru. Parfait. Je crois qu'on a deux mots à se dire, Zetsu d'Afrigie.

À suivre...