Quillish marchait vite, au risque de se fracasser le coccyx sur les pavés trempés de la capitale. Courant derrrière lui, la jeune secrétaire du directeur de la Wammy's peinait à suivre, engloutie sous les monceaux de dossiers qu'elle transportait.
Six mois. Cela faisait six mois, jour pour jour, que Red Watkins avait envoyé un des plus grands inventeurs de tous les temps sur les roses. Et six mois que tous les journaux financiers titraient sur la nouvelle fortune boursière du clan Watkins. Jour après jour, les actions achetées la veille se mettaient à grimper soudainement, et se vendaient comme des petits pains juste avant leur déchéance. Un vrai travail de maître. De génie, même. De génie...
Il en avait fallut, du temps, pour que le père de la petite se rende compte qu'elle jouait les traders et qu'elle avait délaissée ses poupées ! Quand il s'en était aperçut, il avait appelé à l'aide, paniqué. Que faire ? Voilà bien cinq mois qu'elle avait disparut du manoir, prétenduemment partie voir sa tante dans le nord, et maintenant elle brassait plusieurs millions de dollars ! Avec succès en plus !
Alors que la plupart des gens normaux, c'est-à-dire sans un dénigrement parfait de leur progéniture, en aurait été surpris mais surtout enchantés, Linton Watkins lui en avait parler comme d'une grave maladie contagieuse : « Tu comprends, je ne sais pas quoi faire ! Dieu sait de quoi elle est capable !... Que faire, que faire ? ». Il avait peur. Linton Watkins semblait avoir une frousse terrible de sa fille. Et c'est durant la même conversation téléphonique durant laquelle il annonçait les 'méfaits ' de sa fille à Watari qu'il lui confiât la garde de son intello de fille.
Atteignant enfin l'hôtel où la gamine résidait en toute impunité – elle n'avait même pas pris la peine de changer de nom - , il soupira. Un quatre étoiles, avec portier et dorures incorporé ben.
« Miss Watkins, s'il vous plaît.
Vous la trouverez dans le petit salon rouge, première porte à gauche. Vous êtes attendu. »
Quillish glissa volontairement sur la méprise de l'hôtesse d'accueil : il serait mille fois plus facile d'approcher le Rusé Renard ainsi plutôt quand lui annonçant tout de go qu'elle allait devoir vivre dans un orphelinat. Faut pas les brusqués, les Rusés Renards.
« - Georges ! GEORGES ! » criait une voix au fond du couloir dans lequel le vieil homme et son assitante du jour progressaient dans la pénombre. Quillish fit signe à la jeune femme de ne faire aucun bruit et tendit l'oreille, curieux de savoir à quel point la petite avait perfectionner le rôle qu'elle s'était crée : L l'avait affirmé, le brusque changement de personnalité du sujet était complètement factice et la plupart de ses actes était dût à une stratégie de domination et de manipulation des plus primitives, s'appuyant sur des moyens oratoires qui touchaient le subconscient de l'interlocuteur de façon détournée, afin de l'obliger à émettre un jugement faux qu'il croyait spontané. Cette analyse des enregistrements audio des conversations téléphoniques entre Watkins père et fille laissait Quillish sceptique : si elle était vraie, dans quel but la petite mettait son ingéniosité à profit ? Et si elle était fausse, est-ce qu'il était encore tant de la ramener sur le droit chemin ? Y- arriverait-il ? Et ...
« - Oui, Miss ? »
« - Cet après-midi, vous irez parier aux courses pour moi, sous vôtre nom. »
Watari cilla. Les courses et les jeux d'argent étaient interdits aux mineurs !
«- Bien. Quelle somme sur quelle bête, Miss ? »
«- 2000 livres sterling sur Quo Vadis et 9000 sur Delayed Devotion, respectivement dans la 6 ème et la 7 ème course, à l'hippodrome de Steton Hills. Vous resterez sur place durant la durée de la compétition, puis, vous irez chercher vos gains. La limousine viendra vous cherchez à sept heures précises. Ne traînez pas. Ah, et au fait, allez voir si notre invité est arrivé. »
Le majordome se dirigea vers la porte, et l'ouvrit brusquement ...
