Chapitre 2 : Ces yeux violets…
- Grand frère, quand est-ce que tu rentres au Japon ?
- Dès que j'aurai fini les préparatifs pour Kaiba Land aux États-Unis.
Mokuba ne put s'empêcher d'adresser à son frère un grand sourire chaleureux.
- Dépêche-toi de revenir. Je t'attendrai ici !
Kaiba fit de son mieux pour lui rendre le sourire qu'il venait de recevoir, mais le sien n'avait pas la même chaleur que celui de Mokuba. Il appuya sur le bouton pour mettre fin à la vidéo conférence avec Mokuba. Il s'appuya contre son siège et laissa son regard glisser à nouveau vers les lumières des voitures dans la rue.
Lorsque son jeune frère l'avait appelé, il rentrait du tournoi. Mokuba l'appelait chaque soir pour lui demander quand est-ce qu'il reviendrait des États-Unis, où il s'était rendu pour la promotion de son futur parc d'attraction, Kaiba Land. Un rêve qui datait de l'époque où il avait vécu sous l'autorité de Gozaboro Kaiba, son père adoptif. Mokuba, en revanche, avait dû rester à Domino pour ses études.
À chaque fois qu'ils avaient une conversation, son frère lui manquait. Il devait pourtant supporter cette absence imposée par son voyage d'affaire en Amérique, s'il voulait que la Kaiba Corporation finisse par établir Kaiba Land.
- Monsieur Kaiba, nous sommes arrivés, annonça son chauffeur alors que la limousine s'immobilisait devant le Grand Starlight Hotel.
Sans un mot, Kaiba sortit de la limousine et se dirigea vers l'hôtel. Il préférait passer le moins de temps possible entouré de ces gens qu'il ne voulait pas voir. Quand Mokuba n'était pas là, il voulait simplement être seul, dans sa chambre, à s'occuper de sa compagnie.
- Monsieur Kaiba ! Attendez un moment s'il vous plaît !
Entendant son nom, Kaiba se retourna et vit son attaché de presse qui courait pour le rejoindre.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'un ton sec.
- Pardon de vous déranger monsieur Kaiba, mais je pensais que vous voudriez voir ça, ça vous concerne.
D'un air blasé, Kaiba regarda Kent Rogers, le jeune attaché de presse, fouiller dans son manteau à la recherche de quelque chose. Il prit finalement une revue pliée, qu'il tendit au PDG.
- Regardez ça, monsieur.
Kaiba lui arracha la revue des mains, la déplia d'un coup pour découvrir la couverture du Juicy Digest, qui consistait en une photo et un énorme titre : « LA NUIT TORRIDE DU PDG SETO KAIBA ». La photo, qui s'étalait sur toute la page, montrait Kaiba, allongé sur un sofa de velours, une coupe de vin à la main. Son regard était dirigé vers ce qui semblait être une femme dansant devant lui. Il avait l'air ivre, la chemise froissée, collée à son torse par la sueur…
Kaiba poussa un soupir de dégoût. L'idée qu'il ait pu avoir une « nuit torride » était purement ridicule. D'ailleurs, il se souvenait très bien de cette soirée. La chaleur était étouffante dans la pièce, alors il avait détaché sa cravate et retiré son veston. La chaleur avait aussi fait coller la chemise sur sa peau. En ce qui concernait la femme, elle était complètement ivre et dansait devant lui sans aucune raison particulière. Elle avait été forcée de quitter la soirée par l'hôte lui-même quelques instants plus tard, à cause de sa conduite.
Il froissa la revue et la jeta par terre.
- Je n'en ai rien à faire de ces conneries ! dit-il d'une voix forte.
Il continua son chemin, passant les portes coulissantes de l'hôtel, laissant son attaché de presse dehors. Le pire, c'était qu'il savait pertinemment que des gens achèteraient ce genre de revues. Ce n'était pas la première fois que son nom se retrouvait en première page. Combien de fois devrait-il prouver sa valeur ? Depuis qu'il était PDG de la Kaiba Corporation, il devait continuellement prouver ses capacités à cause de son jeune âge. Tout le monde le sous-estimait à cause de ça. Personne ne le prenait réellement au sérieux, car ils étaient tous plus âgés que lui. Et maintenant, des revues à potins osaient prétendre qu'il se comportait comme un lycéen dévergondé ! C'était impardonnable !
Kent poursuivit le PDG.
- Monsieur Kaiba, vous devez comprendre. Pour votre image, vous devez montrer une certaine stabilité aux yeux du public ! Vous ne pouvez pas vous permettre de faire des gaffes qui pourraient compromettre…
- Je n'ai PAS à justifier mes actions à personne !
- Hé bien, ici aux États-Unis, monsieur Kaiba, les gens doivent voir que vous êtes un homme d'affaires solide et sérieux. Même si ces histoires sont fausses, vous ne pouvez pas juste les nier. Les actes sont plus parlants que les mots.
- Oh oui ? demanda-t-il d'un ton sarcastique. Pourquoi ne pas leur prouver qu'ils ont raison, alors ?
Il en avait assez. Il fallait qu'il mette le travail de côté pour quelques instants. Toutes ces accusations commençaient à lui taper sur les nerfs, et il avait besoin de repos. Et le « repos » allait prendre la forme du bar de l'hôtel.
- Monsieur Kaiba, s'il vous plaît, écoutez ce que je…
- C'est assez, coupa-t-il d'un ton autoritaire. Partez, je vous verrai demain matin.`
- Compris.
Seto le regarda s'éloigner, disparaissant dans la foule sur le trottoir.
- Maintenant, dit-il pour lui-même. Pour décompresser…
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- Oh, allez ! C'est le dernier hôtel en ville ! Vous êtes sûr que vous n'avez plus de chambres ?
- Je suis désolée Miss Valentine, j'ai bien peur que nous soyons complet à cause du tournoi.
Mai se laissa tomber sur le comptoir de la réception, épuisée par tous les hôtels qu'elle avait essayés.
- Et maintenant, qu'est-ce que je fais ?
Elle laissa l'homme derrière son comptoir, se traînant les pieds vers la sortie. Puis, ses yeux tombèrent sur le bar de l'hôtel.
- Je suppose que je n'ai plus rien d'autre à faire…
Elle fut soulagée de voir que l'endroit était vide. La seule personne dans la pièce était le barman. Il n'y avait personne pour dire des imbécillités, personne pour tenter de la draguer avec des phrases clichées. Enfin… il y avait le barman. Elle espérait qu'il ne s'occuperait pas d'elle et qu'il la laisserait boire en paix. Elle s'approcha du bar et s'assit sur un des tabourets.
- Qu'est-ce que je peux vous servir, mademoiselle ? demanda l'homme derrière le comptoir.
- Écoute mon mignon, donne-moi juste un Daiquiri aux fraises.
- Tout de suite.
Elle l'observa alors qu'il préparait son cocktail. Elle vit qu'il était marié, comme l'indiquait son alliance. Après quelques instants, il déposa le verre devant Mai.
- Et voilà !
- Merci.
Elle leva le verre pour en prendre une longue gorgée.
- Peut-être qu'il faudrait faire un peu attention. Tu ne voudrais quand même pas être ivre après un seul petit verre, n'est-ce pas ?
La voix était si condescendante que Mai n'en revenait pas. Qui aurait le culot… ? Elle allait se retourner pour voir qui était l'inconnu, mais il avait déjà pris la liberté de s'asseoir sur le tabouret à côté d'elle. Elle l'entendit demander un verre de Patrón au barman. Il se tourna vers elle et Mai haussa les sourcils en découvrant son identité.
- Kaiba !
- Qu'est-ce que Mai Valentine fait ici ?
Son regard glissa vers le verre dans la main de la jeune femme.
- Ah, je vois. Comme d'habitude.
Elle haussa un sourcil.
- T'es pas trop jeune pour être ici ?
- Tu serais surprise de voir tout ce que je peux avoir, répliqua-t-il.
- Je suppose que t'as raison.
Le barman avait terminé de préparer le verre de Seto. Il le déposa devant lui.
- Et voilà pour vous, monsieur Kaiba.
Sans un mot, il prit le verre et en but une gorgé.
- Est-ce que t'as l'intention de lui dire « merci » ?
Pas de réponse.
- Humph… je croyais déjà que t'étais prétencieux, maintenant c'est confirmé.
Elle ne reçut aucune réponse de Kaiba, mais elle le vit rouler les yeux. Son tempérament reprit le dessus :
- Pff ! Les gosses de riches comme toi pensent que le monde leur appartient ! La vie est drôlement facile pour toi, pas vrai ? Tu n'entends jamais le mot « non »…
Il marmonna quelque chose au milieu de sa tirade, que Mai ne put entendre.
- Quoi ? demanda-t-elle.
- J'essayais d'être poli, mais j'ai dit : la ferme !
Mai sembla choquée que quelqu'un lui dise ça. Apparemment, personne n'avait jamais été aussi direct avec elle. Jamais elle n'avait laissé personne le faire.
- Quoi ?!
- Est-ce que je dois parler lentement pour que tu me comprennes ? Tu-parles-TROP !
Il finit son verre. Mai décida qu'il valait mieux l'ignorer plutôt que de tenter de converser avec lui. Mais elle finit par briser le silence en lançant au barman :
- Hey ! Vous ne connaîtriez pas d'autres hôtels dans le coin ? Celui-ci est plein.
- Je suis désolée, mademoiselle, plein de gens ont réservé des chambres à cause du tournoi. C'est difficile de trouver un endroit où dormir.
- Vraiment ?
Elle se mordit la lèvre inférieure.
- Merci quand même…
- Oh, alors aucun homme n'a décidé de t'offrir une chambre ?
Mai se tourna vivement vers Seto.
- Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ?!
- Je suppose que ça veut dire non. Alors j'ai une proposition pour toi, Mai Valentine… bien que j'ai du mal à croire que ça doive en venir là.
- Proposition ? Peu importe ce que tu penses de moi, je ne suis pas ce genre de fille !
- Tu as tort, dit-il avec un sourire en coin calculateur. Tu n'es pas une fille.
- Qu'est-ce que tu…
- Avant que tu t'emportes encore, laisse-moi finir. Je voulais dire, tu n'es pas une fille, mais une femme. Et si tu étais intelligente, tu écouterais ce que j'ai à dire.
Mai lui adressa un sourire.
- C'était un compliment ?
- Prends-le comme tu veux, répondit Seto. J'ai un léger problème. Tu as un caractère impossible, que certains trouveraient énervant : moi, par exemple, tu m'énerves. Mais je pense que ce travail… c'est… j'ai cette idée depuis un moment, mais personne qui puisse le faire. Sérieusement.
- Oh, je suis désolée, je crois que je n'ai pas compris tout ce que tu viens de me dire. Pauvre petite moi…
Il semblait se payer sa tête depuis tout à l'heure, elle pouvait bien se venger avec un peu de sarcasme, non ? Mais Kaiba lui répondit avec le même ton sarcastique :
- Je me disais bien que tu ne comprendrais pas tout. Je vais faire simple. Je voudrais que toi, Mai Valentine, tu m'accompagnes à chaque dîner, à chaque soirée auxquels je dois me présenter pendant mon voyage d'affaires ici.
- Dîners ? Soirées ?
- Ça ne se passe pas forcément aussi bien que tu l'imagines pour les « enfants riches ». En fait, j'ai des problèmes d'image. Pour redorer ma réputation, j'ai besoin de quelqu'un. Certaines femmes sont attirées par l'argent comme ce n'est pas possible, je ne peux pas leur faire confiance. Mais en te demandant à toi, je sais que j'en aurais pour mon argent. Aucun de nous n'aime l'autre, alors tu n'as pas à t'inquiéter des éventuelles « conséquences » de cette proposition.
Il lui adressa un sourire en coin.
- En plus d'un chèque, je t'offrirai une chambre dans la suite que j'occupe présentement, puisqu'il semble que tu en aies cruellement besoin.
Il la regarda dans les yeux.
- Marché conclu ?
- Dans tes rêves ! cracha-t-elle d'un ton acide.
- Parfait ! Dors avec des chiens dans une ruelle froide !
Il se leva d'un coup, près à s'en aller.
- Attends !
Il s'arrêta.
- Je n'ai pas vraiment dit non, n'est-ce pas ?
Le mot de la fin : Ooook, deux en une journée ! XD Prochain chapitre bientôt !
