Lorsque la terre cessa enfin de tourner autour d'elle, Hermione vacilla. Elle se trouvait toujours dans l'enceinte du parc de Poudlard, à quelques mètres de la forêt interdite, et il faisait toujours nuit. Ses joues étaient encore humides des larmes qu'elle avait versées. Il lui sembla que rien n'avait changé, à l'exception que Ron n'était pas là. La tragique réalité la frappa soudain. Elle tomba à genoux et se laissa aller à son chagrin. Elle eut envie de mourir tellement sa douleur lui était insupportable. Soudain, elle se sentit étrangement nauséeuse et ne put réprimer un haut-le-coeur. Une petite voix s'éveilla alors dans un coin de sa conscience et lui rappela qu'elle avait une mission à mener. Elle essuya négligemment ses yeux d'un revers de manche, se releva et s'enveloppa dans la cape d'invisibilité.
Tandis qu'elle avançait d'un pas déterminé vers le château, elle remarqua ce qui lui avait échappé au premier coup d'oeil.
Des lumières étaient allumées aux fenêtres et aucun détraqueur n'était en vue. En revanche, elle aperçut la silhouette de Tonks devant l'entrée du château. Elle se rappela alors qu'après leur mésaventure au ministère de la magie, en cinquième année, Dumbledore avait renforcé les défenses du château. La cape d'invisibilité ne lui serait d'aucune aide pour passer au travers des enchantements qui le protégeaient. Elle ne pouvait qu'espérer que l'obscurité dissimule suffisamment son visage pour que Tonks ne remarque pas les dommages que dix ans de combats lui avaient infligé. Elle retira donc sa cape et la glissa dans la ceinture de son pantalon, comme Harry et Ron avaient pris l'habitude de le faire avant elle. Elle arrangea ses cheveux pour qu'ils lui tombent de chaque côté du visage, prit une grande inspiration et se dirigea vers Tonks, la tête baissée.
- Bonsoir, dit-elle d'un ton morne.
- Bonsoir Hermione, lui répondit la jeune femme. Tu sais qu'il est interdit de quitter le château après le couvre-feu.
- J'avais juste besoin de prendre un peu l'air, répliqua Hermione sur le même ton.
Tonks, qui n'avait pas l'air très heureux non plus, hocha la tête d'un air compréhensif et Hermione poursuivit son chemin. Les couloirs étaient pratiquement déserts à cette heure et Hermione put atteindre les toilettes des filles sans se faire remarquer. Elle s'enveloppa de nouveau dans la cape avant d'en ressortir et prit le chemin qu'elle avait parcouru tant de fois au cours de ces études, celui de la tour de Gryffondor. Elle se rappelait chaque marche, chaque tableau, même cette odeur de décapant que Rusard utilisait pour astiquer les cadres lui était familière. Lorsqu'elle parvint en haut de l'escalier, elle contempla, émue, le portrait de la grosse dame. Elle avait l'impression de n'avoir quitté Poudlard que depuis quelques semaines, juste pour les vacances. Mais cela faisait dix ans déjà. Elle ne connaissait pas le mot de passe et se résigna à attendre que quelqu'un entre ou sorte de la salle commune pour s'y engouffrer. Cela ne tarda pas. Des gloussements lui parvinrent bientôt depuis l'étage précédent et Hermione vit Lavande Brown se diriger vers elle en compagnie de Parvati Patil.
- Babiole! dit cette dernière.
La grosse dame fit pivoter le tableau qui dissimulait la porte de la tour. Hermione se glissa vivement par la porte avant que celle-ci ne se referme et se retrouva dans la salle commune. Elle avait toujours aimé cette pièce. Il s'en dégageait une chaleur qui n'était pas seulement due au feu de cheminée qui crépitait éternellement. C'était là que Harry, Ron et elle se retrouvaient le plus souvent pour se raconter leurs secrets, faire leurs devoirs ou comploter. Ce soir là, la salle était déserte. Hermione leva la tête vers la pendule. Il était presque onze heures.
- Bonsoir, Ron! fit la voix de Lavande depuis l'escalier.
Le coeur d'Hermione fit un bond dans sa poitrine. Allait-il descendre? Allait-elle le voir ce soir? Les bruits de pas de quelqu'un qui descend précipitamment les marches retentirent et il apparut. Un livre dans une main, un crayon dans la bouche, il se laissa tomber sur le canapé, au milieu d'autres livres qu'il avait semble-t-il laissé là, et plongea le nez dans un rouleau de parchemin. Hermione sentit ses yeux s'embrumer. Son visage portait encore l'innocence de la jeunesse, innocence qu'il ne tarderait pas à perdre. Elle se souvint avec nostalgie du jour où ce même visage s'était penché sur ses lèvres pour la toute première fois. Cela s'était produit quelques jours avant Noël. Non. Cela ne s'était pas encore produit.
Elle battit des cils pour refouler ses larmes, prit une grande inspiration et retira sa cape.
- Ron, dit-elle simplement d'une voix douce depuis la porte de la grande salle.
Il leva distraitement la tête de son parchemin. Elle fit quelques pas vers lui mais s'arrêta net devant son expression suspicieuse.
- Stupefix! s'écria-t-il.
Hermione, qui ne s'était pas attendu à un tel accueil, n'eut pas le temps de parer le sortilège et fut projetée contre la porte avec une telle violence que cela lui coupa le souffle. Elle chercha aussitôt à se relever mais elle en fut empêchée par Ron qui la maintenait fermement par la gorge contre la porte, sa baguette brandie devant son visage.
- Qui êtes-vous? Et qu'avez-vous fait à Hermione? demanda-t-il d'une voix impérieuse.
- C'est... c'est moi! répondit-elle d'une voix étranglée.
Ron secoua la tête et appuya sa baguette contre la joue d'Hermione.
- Qui êtes-vous? répéta-t-il.
Hermione ferma les yeux. Elle pensa très fort « accio baguette » et sa baguette s'extirpa de la ceinture de son jean pour venir se placer dans sa main. Elle rouvrit les yeux et pensa « expelliarmus ». Aussitôt la baguette de Ron lui sauta des mains. En d'autres occasions, la mine stupéfaite de Ron lui aurait valu un fou rire. Mais l'heure était grave et il ne lui restait plus beaucoup de temps.
- Maintenant, tu vas te calmer et m'écouter! ordonna-t-elle.
- Quand vous m'aurez dit qui vous êtes réellement! rétorqua Ron avec une expression féroce.
- Je te l'ai dit, c'est moi. Hermione, dit-elle. Ou plutôt, c'est moi telle que je serais dans dix ans.
Face à son attitude bornée, elle ajouta:
- Tu vois bien que c'est ma baguette! Et j'ai la cape de Harry!
- Vous les avez volé! accusa Ron. Vous avez pris du polynectar pour prendre l'apparence d'Hermione et vous introduire dans notre tour!
- Si j'avais pris du polynectar, tu n'aurais vu aucune différence entre ton Hermione et moi! répliqua-t-elle agacée.
Elle tira sur la chaîne qu'elle gardait cachée sous son pull et lui montra le médaillon.
- Tu te souviens de ça? C'est le retourneur de temps que McGonagall m'avait donné en troisième année pour que je puisse assister à tous mes cours! Celui grâce auquel nous avons pu sauver Sirius et Buck! Il m'a permis de retourner dix ans dans le passé à la date d'aujourd'hui.
- Vous essayez de me faire croire que vous venez du futur? demanda Ron, incrédule.
- Exactement, dit Hermione.
- N'importe quoi! fit Ron.
- Si ce n'était pas vraiment moi, comment saurais-je pour le retourneur de temps? Personne d'autre que toi et Harry n'êtiez au courant, hormis Dumbledore et McGonagall bien sûr!
- ça ne prouve rien! répliqua-t-il.
- D'accord et si je te dis qu'en ce moment même, Harry est dans le bureau de Dumbledore en train de visiter des souvenirs en rapport avec le passé de Voldemort? Harry ne l'a dit qu'à nous deux. Personne d'autre n'est au courant!
Ron sembla perplexe.
- Très bien alors si vous venez du futur, vous devez certainement savoir quel souvenir Harry a vu ce soir! lança-t-il sur un air de défi.
- Je pense que ça devait être le souvenir de la première rencontre entre Dumbledore et Tom Jedusor lorsqu'il était à l'orphelinat. Il y avait une histoire de boite à trésor dans laquelle il gardait des objets qu'il avait volés aux autres enfants.
Ron la regardait maintenant avec un mélange de méfiance et de curiosité.
- Admettons! Pourquoi avez-vous remonté le temps? s'enquit-il.
- Je dois éviter à tout prix que de tragiques évènements se produisent. Et pour ça, je vais avoir besoin de ton aide, déclara-t-elle.
- De mon aide? s'étonna Ron. Et en quoi je vais pouvoir vous aider?
- Tu vas devoir empêcher notre relation d'évoluer, annonça-t-elle.
- Notre quoi? répéta Ron, déconcerté.
- On va sortir ensemble, prédit Hermione. Je veux dire, toi et la version de moi à dix-sept ans. Et cela va entraîner une réaction en chaîne qui va aboutir à de nombreux drames.
- Vous auriez dû trouver autre chose! lança Ron, sarcastique. Hermione et moi, c'est impossible!
- Demain, je vais t'inviter à la soirée que Slug organise pour Noël, annonça-t-elle.
- Vraiment n'importe quoi! répéta Ron, incrédule.
Une voix leur parvint depuis l'autre côté de la porte de la tour.
- Tu verras bien. En attendant, tu ne dois parler de ça à personne! A personne tu m'entends? Pas même à Harry! Si jamais tu le faisais, les conséquences seraient terribles. Les voyages dans le temps sont très dangereux.
Ron acquiesça, le visage grave. La porte de la tour grinça en s'ouvrant et Hermione ramassa vivement la cape d'invisibilité, s'en recouvrit et sortit aussi discrètement qu'elle était venue.
- Harry! s'exclama Ron. Alors, ce rendez-vous avec Dumbledore?
- Il m'a montré son propre souvenir de sa rencontre avec Jedusor lorsqu'il était encore un enfant, répondit Harry, pensif. C'était très dérangeant! Mais je te raconterais ça en détail demain quand Hermione sera là! Je tombe de sommeil!
Ils montèrent ensemble les escaliers qui menaient au dortoirs et se couchèrent sans un mot, chacun perdu dans ses propres pensées. La Hermione qui s'était introduit dans la salle commune la veille avait eu raison sur un point, et Ron attendait de voir jusqu'où ses prévisions se montreraient justes.
*
Le lendemain, Ron s'habilla à la hâte et quitta la tour sans prendre la peine d'attendre ses amis. Il sortit du château à la recherche de Tonks qui aurait dû être de garde devant l'entrée principale. Un quart d'heure plus tard, il l'aperçut enfin qui revenait de la volière et se dirigea vers elle.
- Salut Ron! lança-t-elle. Tu es bien matinal aujourd'hui!
- Oui, heu, je n'ai pas très bien dormi cette nuit, prétexta-t-il. Dis-moi, le château est protégé par des enchantements anti-intrusions, n'est-ce pas?
- Bien sûr, fit-elle un peu surprise.
- Je me demandais si quelqu'un qui aurait pris du polynectar pour se faire passer, disons, pour un élève, pourrait pénétrer dans l'école.
- Absolument pas! répondit Tonks d'un ton catégorique. L'enchantement décèlerait tout de suite quelqu'un qui n'est pas ce qu'il prétend être.
- Donc, même une cape d'invisibilité ne serait pas efficace? s'enquit-il.
Tonks secoua la tête.
- Tu n'as aucun soucis à te faire, Ron, dit-elle avec douceur. Poudlard est sans doute un des endroits les mieux gardés au monde.
- Je me demandais, c'est tout, fit Ron. A plus tard, alors!
Ron, perplexe, regagna la grande salle où il retrouva Harry et Hermione qui prenaient leur petit déjeuner.
- Ah! Te voilà! s'exclama Harry. Où étais-tu passé? Tu étais déjà parti quand je me suis réveillé.
- Oui, je suis allé voir Tonks, répondit Ron qui ne voyait pas là une occasion de mentir.
- Tonks? répéta Hermione avec un haussement de sourcils.
- Oui, je suis allé lui poser quelques questions sur la sécurité de l'école.
Devant leurs regards interrogateurs, il ajouta:
- Au cas où Malfoy manigancerait quelque chose.
Son explication, bien qu'évasive, sembla satisfaire la curiosité de ses deux amis.
- Alors, Harry, tu vas nous le raconter ce rendez-vous, ou pas? dit-il.
- Oui, mais pas ici.
Après le petit-déjeuner, ils se rendirent au cours de botanique et Harry leur raconta en détail le souvenir qu'il avait visité la veille. Ron l'écouta attentivement.
- Waouh! Il fait peur, le petit Tu-Sais-Qui! dit-il à voix basse. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi Dumbledore te montre tout ça. D'accord c'est intéressant mais à quoi ça sert?
- Je n'en sais rien. », répondit Harry. « Mais il dit que c'est important et que ça va m'aider à survivre. »
- Moi je trouve que c'est fascinant, assura Hermione d'un air très sérieux. Il est parfaitement logique d'essayer d'en savoir plus sur Voldemort. Sinon, comment découvrir ses faiblesses?
- Au fait, comment s'est passé la soirée de Slughorn? lui demanda Harry.
Le coeur de Ron fit un bond dans sa poitrine.
- Oh, on s'est bien amusé, répondit Hermione.
- ça suffit les bavardages la-bas! lança vivement le professeur Chourave.
- Tu aurais dû te servir de l'assurdiato, chuchota Ron à Harry sur un air de reproche.
- Non, il n'aurait pas dû! protesta Hermione. Bon, allons-y ... il est temps de s'y mettre, ajouta-t-elle.
Ron tâcha de dissimuler sa déception. Ils se postèrent autour d'une souche de bois d'apparence inoffensive d'où d'immenses ronces agressives jaillirent dès lors qu'ils la touchèrent. Tandis que Harry et Ron tentait de les maîtriser de toutes leurs forces, Hermione plongea la main dans la fente qui s'était ouverte et en retira une boule gluante de couleur verte. Elle la laissa tomber dans un bol d'un air dégouté. Les ronces se rétractèrent aussitôt.
- De toute façon, Slughorn va organiser une fête à Noël, poursuivit Hermione comme s'ils n'avaient pas été interrompus. Et cette fois, plus question de te défiler Harry, parce qu'il m'a demandé de vérifier quelles étaient tes soirées de libres pour choisir une date où tu pourras venir.
Harry poussa un gémissement plaintif. Ron essaya de se concentrer sur l'ouverture de la gousse verte. Son coeur avait recommencé à s'emballer avec un sentiment d'excitation mêlé d'appréhension. Allait-elle vraiment l'inviter à cette soirée? Il n'osait y croire. Mais alors que le silence était revenu, Ron sentit tout espoir l'abandonner.
- ça sera encore une soirée pour les chouchous de Slughorn, je suppose! dit Ron d'un ton amer.
- Oui, il n'y aura que les membres du club de Slug, confirma calmement Hermione.
Ron ne put contenir sa déception. Il appuya rageusement sur la gousse qui lui glissa des mains comme une savonnette et fut projetée à travers la serre. Mais à quoi s'était-il attendu? D'accord, la Hermione qui prétendait venir du futur avait vu juste au sujet du souvenir, mais peut-être avait-elle simplement espionné dans le bureau de Dumbledore! Comment avait-il pu se laisser berner par une telle absurdité?
- Le club de Slug! répéta Ron sur un ton méprisant. Slug, c'est pitoyable. On dirait un nom de limace. Enfin, j'espère que tu t'amuseras bien. Essaye de séduire McLaggen, comme ça, Slughorn pourra vous couronner roi et reine des limaces!
- On a le droit d'amener des invités! dit alors Hermione, furieuse. Et je voulais justement te demander de venir avec moi mais si tu penses que c'est vraiment trop stupide, je ne me donnerai pas cette peine!
-Tu voulais m'inviter? demanda Ron, stupéfait.
Il la regardait maintenant avec un air hébété et il s'aperçut que son visage était devenu écarlate.
- Oui! répondit Hermione sèchement. Mais si tu préfères que j'essaye de séduire McLarren...
Ron la fixait toujours, interdit. Il ne se serait jamais attendu à ça. La Hermione du futur lui avait dit la vérité. Hermione l'avait réellement invité à cette soirée. Et si tout se passait comme elle l'avait prédit, ils sortiraient ensemble.
- Non, je préfère pas, murmura-t-il enfin à voix basse.
Un bruit de verre brisé retentit à côté de lui et il prit conscience de la présence de Harry à leur table. Hermione se plongea aussitôt dans son livre de botanique. Lorsqu'elle refit surface, elle semblait concentrée sur la leçon du jour. Ron se montra inhabituellement laconique durant le reste de la matinée. Il s'imaginait déjà aller à la soirée, tenant Hermione par la main, la serrer dans ses bras, l'embrasser... Un violent coup de coude mit fin à sa rêverie.
- Mr Weasley! s'écria McGonagall. Vous êtes avec nous?
- Heu, oui, répondit-il avec incertitude en clignant plusieurs fois des paupières.
- Alors tâchez de le montrer! dit sèchement McGonagall avant de reporter son attention sur une autre table.
Ron déglutit avec difficulté. Il se tourna vers Harry qui le dévisageait avec inquiétude.
- Eh, vieux! T'étais où, là? lui demanda-t-il.
- Oh! Je... je pensais à... quelque chose, balbutia Ron, toujours songeur.
- Et à quoi, on peut savoir? s'enquit Harry dont le regard reflétait maintenant l'amusement.
- A l'avenir, répondit Ron avec un léger sourire aux lèvres.
Le soir venu, après leur entraînement de quidditch, Ron et Harry regagnèrent la salle commune en compagnie du reste de l'équipe. Ron, dont l'esprit voyageait à des lieux de là, n'avait arrêté aucun tir et s'était, par conséquent, attiré les foudres de ses coéquipiers. Il fermait la marche, traînant des pieds. Soudain, alors qu'ils passaient devant les toilettes des filles, Ron se sentit happé par la manche de sa robe et entraîné à l'intérieur des toilettes.
- Eh! protesta Ron.
La porte se referma et la future Hermione retira la cape d'invisibilité.
- Vous aviez raison! exulta Ron. Pour le souvenir et pour la soirée! Tout s'est passé comme vous l'aviez dit!
- Alors tu me crois, maintenant? demanda-t-elle légèrement agacée.
Ron acquiesça vivement d'un hochement de tête.
- Je n'en reviens toujours pas! s'exclama Ron en se passant les mains dans les cheveux. Elle m'a vraiment proposé d'aller à la soirée avec elle!
Hermione sourit tristement.
- Mais tu n'iras pas, dit-elle.
- Comment ça, je n'irai pas? Bien sûr que si, je vais y aller! rétorqua Ron, incrédule.
- Non, tu ne peux pas! dit-elle calmement. Tu te souviens de ce que je t'ai dit hier? Notre relation est à l'origine de tragiques évènements. Il ne faut pas qu'on sorte ensemble!
Le sourire de Ron s'effaça brusquement de son visage.
- Mais pourquoi devrais-je mettre un frein à quelque chose qui me rendrait plus heureux que jamais?
Hermione le regarda avec tendresse.
- C'est la seule chose à faire, dit-elle dans un souffle.
- Dans ce cas, je veux tout savoir! répliqua Ron avec fermeté. Que s'est-il passé dans le futur? Qu'est-ce qui vous a poussé à entreprendre ce voyage dans le temps?
- Je ne peux pas te le dire, répondit-elle. ça risquerait de bouleverser le cours des évènements.
- Justement, c'est bien le but, non? »
- Oui, concéda-t-elle. Mais...
- Si vous ne me dîtes pas ce que je veux savoir, je ne vous aiderai pas, annonça Ron d'un ton catégorique.
Hermione soupira profondément. Elle ne s'attendait pas à autant de réticence de sa part. Bien sûr, elle pourrait se débrouiller toute seule. En utilisant le sortilège de l'imperium par exemple! Ou un filtre de contre-amour! Mais elle serait obligée de se mettre à découvert pour arpenter les couloirs du château ce qui serait extrêmement dangereux.
- Très bien, dit-elle enfin. Je vais te donner quelques explications. Mais je ne peux pas t'en dire trop.
Ron acquiesça silencieusement.
- Dans quelques temps, Harry va partir à la recherche d'un moyen pour anéantir Voldemort. Toi et moi, on a décidé de l'accompagner. Au début, ça allait très bien, mais au bout de quelques semaines, Harry a commencé à se sentir exclu. On était tellement heureux tous les deux, qu'on ne s'est pas rendu compte de sa détresse. Je pense qu'il avait l'impression d'être de trop et de ne plus appartenir à notre petit groupe. Alors un jour, il est parti. Bien sûr, on a essayé de le retrouver. Et puis quelques mois plus tard, Lupin l'a retrouvé mort.
Ron était consterné. Hermione s'humecta les lèvres, prit une grande inspiration et poursuivit:
- Harry mort, Voldemort n'avait plus aucun obstacle. Il s'est emparé du ministère et le monde a sombré dans le chao. Il a pris le pouvoir sur tout: le ministère, Poudlard, la presse, la justice. Les enfants de moldus étaient traqués, tout le monde vivait dans la terreur. Nous, on a rejoint l'Ordre pour tenter de l'arrêter. On s'est battu pendant des années mais le nombre de partisans de Voldemort ne cessait de croître tandis que les membres de l'Ordre se faisaient tuer les uns après les autres. On ne pouvait rien faire, tu comprends? C'était Harry, l'Elu! C'était lui le seul à pouvoir le vaincre! Quand on a compris ça, on s'est senti responsable. Il est parti à cause de nous, de notre égoïsme et ça nous détruisait chaque jour un peu plus. Et puis, avant de mourir, McGonagall nous a confié qu'elle avait conservé le remonteur de temps qu'elle m'avait prêté en troisième année. Elle l'avait caché dans son bureau à Poudlard. Alors on a décidé d'aller le récupérer. On espérait que si on parvenait à remonter le temps, on pourrait empêcher tout ça! Même si ça signifiait sacrifier nos vies. Mais les choses ne se sont pas passées tout à fait comme prévues et j'ai dû faire ce voyage seule.
- Vous voulez dire que j'ai été... tué? s'enquit Ron qui s'était soudainement mis à transpirer.
- Tu as été blessé... en me sauvant, avoua-t-elle. Je ne voulais pas te laisser, ajouta-t-elle précipitamment. Mais tu m'y as obligé. Si on parvient à changer le cours des évènements, tout ça ne sera jamais arrivé!
Ron se laissa glisser sur le sol des toilettes, le regard dans le vide. Il essayait d'emmagasiner toutes ces informations.
- Qu'est-ce que je dois faire? demanda-t-il enfin d'un ton déterminé.
- T'arranger pour qu'on ne sorte jamais ensemble!
- Ah oui, et comment je suis censé m'y prendre? s'enquit-il d'un ton plus amer qu'il ne l'aurait voulu.
- Et bien, on avait réfléchi à la question, tenta-t-elle. Et si j'ai bon souvenir, Lavande Brown n'est pas insensible à ton charme.
- Quoi? Que je sorte avec Lavande? s'exclama Ron, dubitatif. Enfin, Lavande ne me fera pas oublier Hermione!
- L'idée, c'est que je renonce à toi! lui rappela Hermione. Et si je pense que tu es amoureux d'une autre, je cesserai de me faire des illusions.
