Lorsque Ron regagna la salle commune, avec l'air de porter tout le poids du monde sur ses épaules, ce qui n'était pas tout à fait faux en soi, il aperçut Harry et Hermione qui l'attendaient. En d'autres circonstances, il aurait été content de les voir, disposés à écouter ses confidences et ses états d'âmes. Mais il ne pouvait absolument rien leur dire. On lui demandait un acte quasi-impossible, surhumain. Un acte de sacrifice. Et pour la toute première fois dans l'histoire de leur amitié, il ne pourrait pas compter sur leur soutien. Il avait toujours envié Harry d'être célèbre, d'attirer toutes les attentions, d'être le héros qui sauve Poudlard, d'être l'Elu! Aujourd'hui, c'était lui qui tenait l'avenir du monde entre ses mains. Il était conscient qu'il aurait dû être ravi d'avoir soudain autant d'importance. Mais la vérité était qu'il n'en tirait pas la moindre joie. Pire encore, cela lui ôtait tout espoir en l'avenir. L'amour d'Hermione était la seule chose de valeur qu'il aurait pu posséder et il devait y renoncer avant même d'y avoir goûté. Il ressentit soudain une violente colère. Tout ça c'était encore pour Harry! Cet égoïste qui n'avait pas su se réjouir du bonheur de ses deux meilleurs amis. Cet ingrat qui avait tiré un trait sur six ans d'amitié et de loyauté. C'était injuste!
- Ron! Ben, t'étais passé où, vieux? s'enquit Harry.
- Aucune importance! cracha Ron.
Et sans un regard, il monta se coucher.
Le jour suivant, Ron se montra particulièrement grognon et maussade. Harry mettait cette humeur sur le compte de ses performances lamentables lors de la séance d'entrainement de la veille et tentait de lui remonter le moral.
- Un petit passage à vide, ça arrive à tout le monde! dit-il. Je suis sûr que ce soir, ça se passera bien.
Mais Ron l'écoutait distraitement. Son regard se posait constamment sur Lavande Brown qui déjeunait un peu plus loin. Certe, c'était une fille plutôt jolie. Elle avait de longs cheveux blonds et lisses et d'immenses yeux bleus dans lesquels il aurait pu se noyer. En un sens, il était flatté qu'elle s'intéresse à lui et en d'autres circonstances, il n'aurait sans doute pas hésité un instant à sortir avec elle. Mais la future Hermione avait bouleversé son univers et la seule chose à laquelle il semblait capable de penser, était le bonheur auquel il devait renoncer. Parvati donna soudain un coup de coude à Lavande qui se retourna et croisa le regard de Ron. Elle lui adressa un sourire radieux auquel il répondit timidement. Hermione, qui avait observé attentivement Ron toute la matinée, manifesta son irritation.
- Ron, qu'est-ce que tu regardes? demanda-t-elle.
- Rien, répondit ce dernier en reportant son attention sur son assiette de céréales.
- Et je suppose que c'est à rien que tu as adressé ce sourire niais?
Ron leva furtivement les yeux vers elle. Il avait envie de lui crier qu'il était fou amoureux d'elle. Qu'il se fichait éperdument de Lavande. Qu'il ne la regardait qu'avec pitié, car il allait devoir se servir d'elle à son insu. Comment ne pouvait-elle pas s'apercevoir de tout ça? Il termina son repas dans le silence. Hermione ne se montra pas plus loquace. Elle jetait des coups d'oeil fréquents à Ron et à Lavande en poussant des soupires exaspérés. Harry, mal à l'aise, ne savaient quoi dire pour détendre l'atmosphère. Leur attitude de varia pas au cours de la matinée, ce qui ne fit qu'accentuer leur mauvaise humeur. Lors du cours de potion, Hermione était si énervée qu'elle se trompa dans les mesures et rata sa mixture.
- Attention, Ronald, tu es en train de baver dans ton chaudron! lui lança-t-elle alors qu'il fixait Lavande.
Il se contenta de lui adresser un regard noir. A la fin du cours, il ramassa ses affaires et sortit en trombes laissant Harry et Hermione perplexes. Il se rendit dans les toilettes des filles, verrouilla la porte d'un coup de baguette et s'assit sur le sol, le visage dans les mains.
- Tu m'as fait peur! reprocha alors la future Hermione en retirant sa cape d'invisibilité.
- Désolé. J'espérais vous trouver là, répondit-il d'un air las.
- Alors, comment ça se passe? s'enquit-elle.
- Elle me déteste, annonça-t-il.
- Qu'est-ce que tu as fait? demanda-t-elle avec avidité en s'asseyant à son tour.
- Elle m'a surpris en train de regarder Lavande à plusieurs reprises.
- C'est bien. C'est ce qu'il faut, dit-elle sur un ton encourageant.
Il y eut un long silence.
- Est ce qu'on est resté ensemble après la mort de Harry?
- La mort de Harry a été très dure à surmonter. Pour chacun de nous. Je crois que ça nous a rapproché encore plus.
- Alors, on ne s'est pas séparé? demanda-t-il incrédule.
Elle secoua la tête.
- On s'est aimé jusqu'à la fin. Etre ensemble était la seule chose qui nous permettait de continuer à lutter. On espérait qu'un jour, tout soit fini, pour qu'on puisse avoir des enfants, dit-elle les yeux pleins de larmes.
Ron eut l'impression de se prendre un énorme coup de massue sur la tête. Ce n'était pas un simple flirt. Ce n'était pas une amitié qui aurait malencontreusement dérapé. Les sentiments d'Hermione étaient réels. Si réels qu'elle avait éprouvé le désir d'avoir des enfants avec lui. Il ferma les yeux et pria pour que tout ça ne soit qu'un sordide cauchemar. Mais lorsqu'il les rouvrit, la future Hermione était toujours là, s'essuyant les yeux. Et soudain, il lui en voulut terriblement. Pourquoi devait-elle lui décrire le paradis, lui indiquer le chemin qui y menait et lui interdire de l'emprunter? Il se leva subitement et sortit des toilettes.
Le reste de sa journée lui sembla tout aussi long et pénible qu'elle avait commencé. Il se montra aussi exécrable qu'il était possible de l'être. A tel point que lors de l'entrainement de quidditch, Harry le menaça de le virer de l'équipe. Démoralisé par ces récentes révélations, il avait réalisé de pitoyables performances et avait passé ses nerfs sur ses coéquipiers. Et lorsqu'Hermione tenta de lui remonter le moral, elle le regretta amèrement tellement il fut rude avec elle. Offusquée, elle monta directement se coucher. Cette fois encore, Ron trouva refuge dans les toilettes des filles où la future Hermione avait, semble-t-il, élu domicile. Il lui raconta brièvement les faits en soulevant qu'après un tel comportement, il était fort probable pour qu'Hermione ne lui adresse plus jamais la parole.
- Je crains que ça ne soit pas suffisant, confia-t-elle. Sinon je ne serais plus là.
- Comment ça? demanda Ron.
- Deux versions d'une même personne ne peuvent pas coexister dans un même espace-temps, expliqua-t-elle. Lorsque le cours des évènements aura été modifié, la personne que je suis n'existera plus. Je devrais tout simplement disparaître.
- Vous allez mourir? s'exclama Ron, horrifié.
- Non, puisque je n'aurais jamais existé.
Ron la regarda, consterné.
- Ron, il faut faire vite. Tu dois entreprendre une action plus radicale, décida-t-elle.
- Plus radicale! s'emporta Ron. Vous ne croyez pas que c'est assez difficile comme ça?
- Parce que tu crois peut-être que ça l'est pour moi? s'emporta Hermione à son tour.
- Non... Je suis désolé, balbutia-t-il. Je n'arrête pas de penser à la vie que j'aurais pu avoir! A celle que j'ai eue... dans le futur!
- On ne peut pas regretter ce que l'on n'a pas connu! assura-t-elle.
- C'est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendu! rétorqua Ron avec une lueur de colère.
- C'est toi qui me l'as dit! fit-elle remarquer .
- Ah! ça explique tout! répliqua-t-il avec un léger sourire.
- Ecoute, demain tu vas jouer contre Serpentard.
- Je sais et je vais me ridiculiser une fois de plus, se lamenta-t-il.
- Non, au contraire! Tu vas être fabuleux!
Ron lui adressa un regard sceptique.
- Si, je t'assure! Tu vas intercepter tous les tirs et vous allez gagner le match! prédit-elle. Je m'en souviens comme si c'était hier! Après, il y aura une grande fête dans la salle commune en votre honneur!
- C'est vrai? s'exclama Ron stupéfait.
C'était sans aucun doute la meilleure nouvelle de la journée et la seule capable de lui remonter un tant soit peu le moral.
- Lavande va venir te féliciter, ajouta-t-elle gravement. Je crois que tu devrais en profiter pour... sortir avec elle. Et t'arranger pour que je le sache.
Ron ne répondit pas. La faible lueur de joie que la nouvelle de ses exploits au match avait engendré, l'avait à présent désertée. Il hocha la tête de façon à peine perceptible puis regagna son dortoir.
Ron dormit peu cette nuit là. Il ne cessait de tourner et retourner les paroles de la future Hermione dans sa tête. Il ne voulait pas croire à cette inéluctable issue. Il espérait encore qu'elle se trompe et qu'il ne serait pas obligé d'aller jusqu'au bout de leur sinistre plan. Peut-être y avait il encore une chance? S'il jouait aussi mal qu'il l'avait fait aux derniers entraînements, Gryffondor ne gagnerait pas le match, il n'y aurait pas de fête et pas de Lavande pour le féliciter! Tant que la future Hermione était là, il y avait encore de l'espoir! Au diable Harry, l 'Elu! Au diable le monde et les milliers d'innocentes victimes, s'il pouvait avoir Hermione! Mais s'il ne faisait pas son devoir aujourd'hui, il le paierait de sa vie dans dix ans. Ils le paieraient tous. Il se retrouverait seul, blessé, dans un Poudlard infesté de mangemorts et Hermione le quitterait pour une mission perdue d'avance. La réalité le frappa soudain: le sacrifice était inéluctable. Aujourd'hui ou dans dix ans, ils devraient mettre un terme à leur relation. Il devait maintenant décider dans quel cas la souffrance serait la moindre. La réponse qui lui vint à l'esprit était dans dix ans. Mais son homologue du futur n'avait apparemment pas la même perception de la chose. « On ne peut pas regretter ce que l'on n'a pas connu. ». Avait-il souffert davantage de la laisser partir pour une mission suicide? Il était évident que leur geste était motivé par l'espoir. L'ultime espoir. Par égard pour leur sacrifice, il n'avait pas le droit d'abandonner. Et chaque jour, il vivrait avec l'espoir que, plus tard, lorsque Harry aura défait Voldemort, ils se retrouveront.
*
- Courage, Ron! Je suis sûre que tu seras fabuleux! cria Lavande lorsqu'ils pénétrèrent dans la grande salle.
Tous les membres de Gryffondor les acclamèrent. Si Harry était maintenant habitué à ce rituel qui précédait chaque match, Ron semblait particulièrement énervé.
- Du thé? lui proposa Harry. Du café? Du jus de citrouille?
- Peu importe, répondit Ron.
Alors que Harry servait à Ron un verre de jus de citrouille, Hermione passa près d'eux.
- Comment vous sentez-vous tous les deux? demanda-t-elle timidement.
Ron ne daigna pas lui répondre. S'il levait encore une fois les yeux sur elle, il serait incapable d'aller jusqu'au bout.
- Très bien, assura Harry. Tiens, Ron, bois.
- Ne bois pas ça! s'exclama Hermione.
Ron, surpris, leva malgré lui les yeux vers elle.
- Et pourquoi pas? s'étonna-t-il.
- Tu viens de mettre quelque chose dans ce verre, déclara-t-elle, en regardant Harry, l'air médusé.
- Pardon?
- Tu as très bien entendu. Je t'ai vu. Tu as versé un liquide dans le verre de Ron. Tu as encore la bouteille dans ta main droite!
- Je ne sais pas de quoi tu parles, répliqua Harry.
- Ron, je te préviens, ne bois pas ça! répéta Hermione.
- Arrêtes de me donner des ordres, Hermione, dit-il avant d'avaler son jus de citrouille.
Hermione leur adressa un regard indigné avant de quitter la grande salle. Lorsqu'ils rejoignirent le reste de l'équipe dans les vestiaires, ils apprirent avec ravissement que deux des joueurs de l'équipe adverse, dont Malfoy, étaient dans l'impossibilité de jouer et avaient été remplacés.
- Plutot louche, non? murmura Harry. Que Malfoy ne joue pas?
- J'appellerais plutôt ça de la chance, répondit Ron. Et Vaisey aussi est forfait, c'est leur meilleur marqueur, je n'avais pas très envie de...Hé! Je...Tu...Mon verre...Mon jus de citrouille...Tu n'as pas..., balbutia-t-il.
- On commence dans cinq minutes, tu ferais bien de mettre tes bottes, répondit Harry avec un haussement de sourcil énigmatique.
Ron était stupéfait. Harry lui avait versé du Felix Felicis, la potion de chance dans son verre! Slughorn leur avait dit qu'elle assure la victoire dans tout ce qu'on entreprend. C'était donc pour cela qu'Hermione leur avait fait tout ce cinéma à table tout à l'heure! Ron se sentit soudain tout puissant. La chance était avec lui, aujourd'hui. Il ne fallait surtout pas qu'il la laisse filer. Il était maintenant certain qu'ils gagneraient le match. Mais ce n'était pas tout, il voyait là un ultime espoir à sa relation avec Hermione. Le coeur soudain plus léger, il se dirigea vers le terrain. Comme la future Hermione l'avait prédit, il ne rata aucun tir. La foule acclamait chacun de ses arrêts et lorsque Harry attrapa le vif d'or, ils avaient écrasé Serpentard à plate couture. Pour la première fois depuis les dernières soixante-douze heures, Ron éprouvait de la joie. Grâce au Felix Felicis, rien ne pouvait plus se dresser contre lui et il en était infiniment reconnaissant à Harry pour cela. Aussi, lorsqu'Hermione vint les rejoindre dans les vestiaires, il eut l'envie soudaine de la serrer dans ses bras et de l'embrasser, persuadé que cela ne présumerait en rien de l'avenir funeste du monde. Mais l'expression qu'elle arborait l'arrêta.
- J'ai un mot à te dire, Harry. Tu n'aurais pas du faire ça. Tu as entendu Slughorn, c'est illégal, dit-elle d'un ton déterminé.
- Qu'est-ce que tu as en tête, tu veux nous dénoncer? demanda Ron.
- De quoi vous parlez tous les deux? s'étonna Harry.
- Tu sais très bien de quoi on parle! répliqua Hermione. Ce matin au petit déjeuner, tu as ajouté au jus de citrouille de Ron, une dose de Felix Felicis! La potion qui porte chance!
- Non, ce n'est pas vrai, protesta Harry.
- Si, c'est vrai, Harry, et c'est pour ça que tout s'est bien passé, certains joueurs de Serpentard n'étaient pas là et Ron a arrêté tous les tirs!
- Je ne l'ai pas versée! affirma Harry avec un grand sourire.
Il sortit de sa poche le flacon de Felix Felicis dont le bouchon était toujours solidement fixé par de la cire.
- Je voulais que Ron ait l'impression que j'en avais mis dans son verre, j'ai donc fait semblant en sachant que tu me voyais, expliqua Harry, visiblement fier de lui. Tu as bien joué parce que tu croyais que tu avais de la chance, ajouta-t-il à l'intention de Ron. Mais en réalité, tu as tout fait toi-même.
- Il n'y avait rien dans mon jus de citrouille? répéta Ron, stupéfait. Mais le beau temps...Et Vaisey qui n'a pas pu jouer...Alors, vraiment, je n'ai pas bu la potion de chance?
Harry confirma. Ron se sentit profondément déçu. Tous ses espoirs étaient de nouveau réduits à néant et le futur se rappela à lui plus cruellement que jamais. Il eut envie de hurler, de cogner quelque chose, ou quelqu'un! Pourquoi avait-il fallu qu'elle gâche tout cette fois encore? Il se tourna alors vers elle et imita sa voix:
- Tu as ajouté du Felix Felicis dans le jus de citrouille de Ron ce matin, c'est pour ça qu'il a arrêté tous les tirs! Tu vois Hermione, je peux défendre mes buts sans aucune aide!
Sur ces mots, il passa devant elle et quitta la pièce. Furieux, il se dirigea vers la tour de Gryffondor. Lorsqu'il pénétra dans la salle commune, la fête battait son plein et il fut accueilli par des acclamations et des applaudissements. Mais il n'avait plus le coeur à célébrer sa victoire. Il souriait sans joie à ses supporters et acquiesçait d'un hochement de tête au hasard. Alors qu'il se frayait un chemin vers l'escalier qui menait aux dortoirs, Lavande apparut devant lui.
- Félicitation, Ron! s'exclama-t-elle avec un sourire radieux. Tu as été fantastique! Vraiment incroyable!
Ron sentit son estomac se nouer. C'était le moment. Il devait agir maintenant. L'avenir du monde dépendait de lui à présent. En contemplant le visage de la charmante jeune fille qui se tenait devant lui, il tacha de se convaincre que le sacrifice n'était pas si terrible, après tout.
- C'est parce que je ne voulais pas te décevoir, répondit-il en ébauchant un sourire.
Lavande baissa les yeux et rougit légèrement.
- Tu veux boire quelque chose? demanda-t-elle.
Ron acquiesça. Elle lui prit la main et le dirigea vers la table où était disposé tout un tas de choses à manger et à boire. Elle attrapa deux bouteilles de bièreaubeurre et lui en tendit une. La porte de la salle s'ouvrit de nouveau et d'après les acclamations qui retentirent, Ron comprit que Harry était arrivé. Il sentit son coeur tambouriner dans sa poitrine. Hermione était certainement venue avec lui.
- Euh, si on allait par là? proposa-t-il à Lavande en désignant un coin à l'écart. On sera plus tranquille.
- D'accord! répondit-elle, toujours souriante.
Il prit une grande inspiration, chaque geste semblant lui demander un savant calcul, et lui prit la main à son tour. Ils discutèrent quelques instants tout en sirotant leur bière mais le cerveau de Ron n'enregistrait aucun des mots qu'elle prononçait. Soudain, elle passa ses mains autour de son cou et arrangea le col de sa cape. Son visage était si près du sien! Ron se pencha vers ses lèvres et l'embrassa. Elle enroula aussitôt ses bras autour de son cou et approfondit leur baiser. Lorsqu'il refit surface, une dizaine de minutes plus tard, il aperçu Ginny qui le dévisageait depuis l'autre bout de la salle, sirotant sa biereaubeurre d'un air dégagé, un sourire narquois affiché sur son beau visage. Ron sentit le rouge lui monter aux joues. Il l'avait fait. Il avait rassemblé son courage gryffondorien et avait embrassé Lavande Brown au beau milieu de la salle commune. Il avait sauvé son meilleur ami et certainement le monde par la même occasion. Du moins, il l'espérait. Ginny se dirigea alors vers lui.
- Harry te cherche, l'informa-t-elle. Il vient juste de sortir.
- Je dois voir Harry, dit-il en se tournant vers Lavande. Je reviens.
Il se fraya un chemin parmi la foule et sortit précipitamment de la salle. Le couloir était désert et il ne savait de quel côté se diriger. Soudain, il crut entendre des murmures. Il s'avança vers la porte d'une salle de classe, mais alors qu'il s'apprêtait à entrer, Lavande surgit derrière lui.
- Tu cherches un coin tranquille? Susurra-t-elle à son oreille d'une voix suave. Bonne idée!
Ron éclata malgré lui d'un rire sonore qui mourut dans sa gorge au moment où il eut ouvert le porte. Hermione était assise sur une table, des canaris tournoyant étrangement autour de sa tête. Ses yeux larmoyants se posèrent sur lui dans une expression menaçante. Harry se tenait debout entre eux deux avec un air gêné.
- Oups! fit Lavande en gloussant.
Elle ressortit précipitamment en refermant la porte derrière elle.
- Salut, Harry! Je me demandais où tu étais passé! lança Ron avec un mélange de bravade et d'embarras.
Il se sentait très mal. Il avait envie de fuir derrière Lavande. Celle qu'il aimait par-dessus tout souffrait à cause de ses actes et lui en voulait visiblement à mort. Elle ne lui pardonnerait pas cette fois. L'espace d'un instant, il eut envie de tout leur dévoiler. Peut-être qu'ensemble ils trouveraient une solution. Peut-être que si Harry était prévenu, il ne partirait pas seul à la recherche des horcrux, abandonnant ses deux amis les plus loyaux derrière lui. Mais il était évident qu'Hermione ne croirait pas un seul mot de cette histoire tant qu'elle n'aurait pas eu de preuve. Et Ron ne pouvait pas la laisser rencontrer son homologue du futur.
Ce fut elle qui rompit le silence pesant qui s'était installé depuis son arrivée. Elle se laissa glisser à terre et se dirigea en silence vers la porte.
- Tu ne devrais pas laisser Lavande dans le couloir, dit-elle calmement. Elle va se demander où tu es passé.
Ron ferma les yeux et poussa un soupir qui reflétait autant sa douleur que sa résignation. Il s'était attendu à des cris, des reproches, un sortilège de chauve-furies! Mais Hermione se tourna subitement vers lui, brandissant sa baguette dans une expression féroce.
- Opugno! s'écria-t-elle.
Les canaris cessèrent aussitôt leur ronde pour se précipiter sur Ron, le griffant et le piquant de leur bec.
- Enlevmoiça! hurla Ron.
Mais Hermione disparut à son tour dans le couloir sombre dans un claquement de porte. Ron lança un regard implorant à son ami qui le regardait d'un air hébété.
- Canaria Evanesca! formula Harry.
Les oiseaux assassins disparurent aussitôt et Ron adressa un signe de tête à son ami en guise de remerciement avant de quitter la salle à son tour. Il se précipita vers les toilettes des filles qu'il trouva vide. Il ressentit alors un grand soulagement, mêlé à une certaine déception. Il aurait voulu dire au revoir à la future Hermione. Peut-être l'entendre dire une dernière fois, combien ils avaient été heureux ensemble, pour qu'il puisse se raccrocher à ce souvenir bien qu'il n'ait jamais vraiment existé. Et puis, d'imperceptible reniflements se firent entendre. Il s'approcha du mur, se baissa et tendit la main. Il rencontra une texture soyeuse qu'il reconnut aussitôt. Il tira sur la cape d'invisibilité et découvrit une future Hermione, prostrée qui pleurait silencieusement.
- ça y est! annonça-t-il d'un ton morne.
- Je sais, répondit-elle.
Ils restèrent un moment sans parler, chacun perdu dans ses propres pensées.
- C'est vraiment la chose la plus difficile qu'il m'ait été donnée de faire, dit soudain Ron.
Elle lui adressa un petit sourire compatissant et voulut poser sa main sur son bras. Mais celle-ci le traversa, à la manière des fantômes qui fréquentaient l'établissement. Alors que Ron se surprit à penser avec soulagement que tout était enfin terminé, il put lire la frayeur dans les yeux de la future Hermione. Elle allait tout simplement disparaître. Elle n'avait jamais existé. Leur amour n'avait jamais existé. Ron ressentit une vive douleur dans la poitrine. Sa gorge se noua. Il ne pourrait pas supporter ça. Il avait besoin d'espoir pour continuer à avancer dans la vie. Il déglutit avec difficulté.
- Est-ce que...Est-ce qu'on pourra être ensemble, plus tard? Lorsque Voldemort aura été défait? demanda-t-il.
- ça sera à toi de créer ton avenir, répondit-elle. Il n'est pas écrit.
Ron hocha la tête. Elle posa sa main sur la sienne.
- Je... , commença-t-elle.
Elle s'interrompit, remarquant que sa main n'avait cette fois pas traversé son corps.
- Que se passe-t-il? demanda-t-elle inquiète.
- Quoi?
- ça n'a pas marché! fit-elle remarquer en tapotant son bras. Elle garde espoir!
Ron la regarda, interdit. Malgré la souffrance qu'il venait de lui infliger, Hermione continuait de l'aimer et de croire en eux. S'en était trop!
- Tu dois aller lui parler! décida-t-elle. Tu dois lui ôter tout espoir!
- Hors de question! s'exclama Ron en se levant vivement. L'espoir, c'est ce qui m'a permis d'aller jusqu'au bout! C'est ce qui va me permettre d'avancer! Ne me demandez pas de l'en priver! Ça serait trop cruel.
- Tu n'as pas le choix, Ron, dit-elle doucement.
- Je ne pourrai pas! déclara-t-il. C'est au-dessus de mes forces! Comment pourrais-je lui dire qu'elle ne doit rien espérer de moi quand je ne souhaite que la prendre dans mes bras et lui dire combien je l'aime?
Hermione lui adressa un sourire chargé de tendresse et de tristesse.
- Je sais que c'est difficile, confia-t-elle. Rappelle-toi que j'ai fait ce même sacrifice quelques minutes avant d'arriver ici. Mais ce n'est pas seulement nos vies qui sont en jeu. Celles d'innocents, celles de personnes qui nous sont chères et pas seulement Harry! Je ne comptais pas te le dire, mais si ça peut te convaincre...
- Quoi? s'enquit Ron, les sourcils froncés.
- Ton père a été tué il y a à peu près cinq ans, avoua-t-elle en grimaçant. Et...deux semaines avant qu'on entreprenne ce voyage,... Ginny l'a été également.
- Ginny! répéta Ron dans un souffle.
Il sembla réellement désemparé.
- Tu dois empêcher ça, Ron! Vas lui parler! Dis lui que tu ne l'as jamais considéré autrement que comme une amie! C'est le seul moyen!
*
Ron quitta la sécurité spirituelle de son refuge. Il décida que l'effervescence qui régnait dans la salle commune n'avait pas séduit Hermione dans un tel état d'esprit et partit en direction de la bibliothèque. Il l'aperçut enfin dans un recoin isolé. Ginny près d'elle, lui caressait tendrement les cheveux. Il entendit des sanglots étouffés
- Pourquoi tu ne m'as rien dit? Je croyais... je croyais qu'il flirtait avec moi, dit-elle d'une voix étranglée.
- Je ne savais pas. Je te jure qu'il ne m'avait jamais parlé de Lavande, assura Ginny.
Ron se sentit plus pitoyable que jamais. Adossé contre l'étagère qui jouxtait leur table, il se passa nerveusement les mains dans les cheveux. Il prit une grande inspiration et se dirigea vers elles. Toutes deux se tournèrent vers lui. Hermione le fixait, les yeux luisant de haine.
- Tu n'es qu'un pauvre abruti! s'écria Ginny, hors d'elle.
- Je le sais déjà, souffla Ron. Je dois parler à Hermione.
Celle-ci ne répondit pas, se contentant de lui adresser un regard noir. Elle souffrait à cause de lui. Elle était furieuse contre lui. Il se sentit terriblement mal à l'aise. Il devait résister à l'envie de la prendre dans ses bras, de lui dire que tout irait bien, qu'il serait ensemble, un jour. Et pour couronner le tout, il lui semblait que le temps s'était figé. Il lança un rapide coup d'oeil à Ginny qui acquiesça silencieusement et sortit. Ron fut étonné de la réaction anormalement calme de sa petite soeur. Peut-être le connaissait-elle mieux que ce qu'il pensait. Peut-être avait-elle deviné qu'il s'était passé quelque chose de grave. Il aurait peut-être du en parler à Ginny! Après tout c'était sa soeur et ils avaient toujours été très proches avant qu'il n'entre à Poudlard. Elle aurait pu l'aider à trouver une autre solution ou à convaincre Harry de ne jamais s'enfuir. Mais il avait confiance en Hermione. C'était la fille la plus brillante qu'il connaissait. Et si elle-même avec dix ans de plus, lui avait dit que c'était le seul moyen, alors c'était le seul. Oui, peut-être qu'un jour, il parlerait à Ginny.
- Je... Je t'ai entendu parlé à Ginny, dit-il d'une voix hésitante.
- Oh, tu écoutes aux portes maintenant! Rétorqua Hermione sèchement.
- Non! Je... Je n'ai pas fait exprès d'entendre. Je... suis désolé, dit-il. Je sais qu'on devait aller ensemble à la soirée de Slug mais... enfin,...je pensais que c'était en amis. Je veux dire, on est amis et euh,... toi et Harry, je vous considère comme ma famille,... comme mon frère et ma soeur.
Hermione, qui faisait pourtant tout son possible pour garder son sang-froid, laissa échapper une larme qui roula sur sa joue. Elle détourna vivement la tête et l'essuya d'un revers de la main. Cela ne fit qu'accentuer la torture de Ron.
- Je te demande pardon si j'ai fait ou dit quelque chose qui t'aurait laissé croire... que je ressentais davantage, poursuivit-il. Notre amitié comptes beaucoup pour moi, tu le sais bien. Et je ne veux surtout pas que ce malentendu gâche quoi que ce soit entre nous.
Hermione baissa la tête.
- On pourrait essayer d'oublier ça et, ... faire comme avant! suggéra-t-il.
Hermione, les lèvres pincées dans une tentative inespérée pour refouler ses larmes, se leva et se dirigea avec raideur vers la sortie. Alors que Ron regagnait la tour de Griffondor, il aperçut Ginny qui l'attendait. Elle paraissait perplexe.
- Qu'est-ce que tu lui as dit? s'enquit-elle.
- Ce qu'il fallait, répondit simplement Ron. Juste ce qu'il fallait.
Et il s'éloigna. Il ouvrit la porte des toilettes, faisant sursauter la future Hermione qui l'attendait, à découvert. Ils partagèrent un regard mélancolique. Ron se laissa glisser à côté d'elle, sur le sol des toilettes.
- Tu as fait preuve d'un immense courage! Tu seras un grand auror! déclara-t-elle.
Le coin de la bouche de Ron se releva dans une ébauche de sourire.
- Je...Je..., tenta-t-il.
Mais une boule s'était formée dans sa gorge, l'empêchant de poursuivre. Hermione leva soudain sa main devant son visage. Ron se tourna vers elle et s'aperçut que sa consistance avait maintenant quelque chose de fantomatique.
- On a réussi, annonça-t-elle d'une voix dépourvue de tout air triomphant.. Elle a renoncé à toi.
Ron comprit alors qu'elle allait disparaître. Et avec elle, tous les souvenirs de leurs merveilleux moments qui n'existeront jamais.
- Moi, je ne pourrais jamais renoncer à toi! s'exclama-t-il d'une voix étranglée. Je ne t'ai donc jamais dit que j'étais amoureux de toi depuis toujours?
Hermione acquiesça d'un imperceptible hochement de tête en souriant tristement.
- Maintenant tu sais que je t'aimais aussi.
Sur ses mots, elle disparut. Ron contempla un instant l'espace vide à côté de lui. C'était terminé. Il enfouit son visage dans ses mains pour y dissimuler les larmes qu'il s'était finalement résigné à laisser couler .
FIN
Merci pour votre assuidité et vos reviews qui me vont droit au coeur. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette petite fic que moi à l'écrire.
