Auteur : Lonely Seira

Titre : J'ai les crocs

Genre : Humour/supernatural/Angst/drama/shonen-ai/UA/léger OOC

Rating : M

Pairing : Sasu/Naru entre autres

Disclaimer : Sasuke ? Naruto ? Bah ... pas à moi ! Et vu ce que je leur fais subir, ils sont définitivement plus heureux avec Masashi Kishimoto.


Chapitre 2 : Le chasseur et la proie

Partout où ses yeux se posaient, ils ne rencontraient rien de familier. Il avançait à pas mesurés dans la nuit noire et si ses pieds semblaient savoir parfaitement où ils se dirigeaient, lui-même n'en avait pas la moindre idée ... ce qui était sûr cependant c'est qu'il y allait sans hésitation aucune. Dans l'ombre, il voyait de hautes formes se dessiner aux abords du chemin qu'il arpentait. Des arbres entièrement nus, dont les branches pointaient vers le ciel d'encre comme des doigts décharnés, se dressaient de façon désordonnée sur les côtés, assombrissant de leur silhouette spectrale le chemin déjà dissimulé par l'ambiance nocturne. Pourtant lorsqu'il se concentra un moment pour s'habituer à cette obscurité et peut-être parvenir à la percer, il eut soudain l'impression qu'un voile s'était ôté de son regard tant tout lui apparut plus clair. Il sentait toujours qu'il progressait dans le noir, mais il distinguait les formes avec une netteté inhabituelle.

C'était l'hiver. Du moins, c'était ce qu'il avait déduit de l'aspect de la nature environnante. Car bien que selon toute vraisemblance, un vent glacial balayât les arbres et buissons en produisant un bruissement angoissant, lui ne ressentait pas la morsure du froid. Il n'était pas d'un naturel frileux, mais il savait que son corps aurait quand même dû réagir, au moins en lui envoyant quelques frissons. Mais rien. Il se sentait de plus en plus mal à l'aise tout en étant dans l'incapacité totale de l'exprimer en commandant ses gestes.

Derrière lui, il sentait d'autres présences et malgré son envie de se retourner pour les identifier, son corps refusait toujours d'obéir, continuant à avancer d'un pas qui, lui aussi, sembla inhabituel. Il ne reconnaissait pas sa démarche. Il avait toujours eu un pas lourd et un peu traînant, ses chaussures frottant le sol une fois sur deux. Pourtant en ce moment, il se déplaçait avec une légèreté telle qu'il n'entendait même pas le bruit de ses pieds tapant le sol. D'ailleurs, il ne savait trop comment il avait repéré ces personnes derrière lui car après réflexion, elles aussi se déplaçaient sans émettre le moindre son.

Son acuité sensorielle le déboussola également. Tant de choses et d'informations lui agressaient le cerveau qu'il aurait voulu en avoir un deuxième pour tout assimiler (il pourrait se contenter de son actuel cerveau si tant était qu'il voulût bien fonctionner un peu mieux). Ses yeux percevaient le moindre détail de ce qui l'entourait avec une précision dérangeante, même si son esprit se bornait à se focaliser droit devant lui. Ses oreilles tiquaient à d'innombrables bruits qu'il était certain de ne pas pouvoir entendre d'ordinaire. Son nez se gorgeait d'odeur par centaines, dont une plus entêtante que toutes les autres : un arôme épicé et puissant, légèrement animal qui provenait de l'endroit qu'il voulait manifestement rejoindre. Pourquoi sentait-il cela plus que le reste ? Il n'en savait rien, mais sa tête semblait s'y accrocher avec une étonnante insistance quel que fût son désir de s'en détourner. Bien que son corps ne lui obéît pas, et que son esprit fût embrumé, il avait une impression de danger persistante qui lui hurlait de ne plus faire un seul pas. Un frisson lui remonta le dos. Malaise ? Frayeur ? Non... impatience. Et cela le terrifia encore plus. Sa raison lui disait que la menace allait grandissante et pourtant son instinct le plongeait lentement dans une sorte de frénésie, une jubilation anormale qui le remplissait totalement.

Il stoppa à la lisière de la forêt qu'il venait de traverser. Un peu plus bas, il pouvait voir une lumière pâle s'échapper des nombreuses fenêtres de chaumières formant un petit village. L'odeur épicée lui prit le nez lorsqu'il inspira profondément. Sa frénésie n'en fut que plus démesurée. Il sentit son bras se lever et faire un bref signe. Les personnes derrière lui le dépassèrent en coup de vent, ne laissant paraître qu'une traînée noire et floue marquant leur avancée. Lui-même resta quelques minutes sans broncher, regardant les ombres fondre sans un bruit sur le village. Puis plusieurs cris d'effroi s'élevèrent en même temps. Il en fut pétrifié d'horreur alors qu'il voyait des silhouettes courir dans tous les sens, poursuivies par des ombres qui les engloutissaient avec une rapidité hors du commun. Il aurait voulu se mettre à courir pour les aider, mais il n'avait toujours aucune emprise sur ses actes. S'il en avait eu une, ce ne serait certainement pas un sourire satisfait qui serait en train d'étirer ses lèvres, mais une moue tétanisée et paniquée.

Une maison prit feu. Un rire résonna dans le lointain. Un cri étouffé suivi. Les pleurs d'un enfant vinrent peu après. Un hurlement bestial s'éleva ensuite au-dessus de tout ce brouhaha. C'est à ce moment qu'il fit un pas en avant, descendant à vive allure vers le village ravagé, comme si ce cri de bête venait de le sortir de sa contemplation. Il n'avait pas l'impression de marcher vite, pourtant il atteignit les premières rues du village à peine quelques secondes après avoir commencé à bouger. Ce qu'il vit lui donna envie de vomir ... mais aucun haut-le-cœur ne vint illustrer ce dégoût qui lui envahissait la tête. Son corps était-il donc à ce point insensible pour rester de marbre alors qu'à ses pieds, tout n'était plus que sang et cadavres ? Les formes allongées à terre affichaient toutes la même chose : des regards terrifiés et implorants, des postures de défense, parfois d'attaque ... et les marques de ce qui avait tout d'une mort très violente.

Une femme le regardait, les yeux exorbités ... mais elle ne pouvait plus rien voir. La vie l'avait désertée de longues minutes auparavant et déjà son sang avait cessé de couler. Quelque chose attira son regard. Alors que la tête de cette femme était tordue dans un angle inquiétant par rapport au reste de son corps (signe que sa nuque avait été brisée d'un coup sec), là dans son cou, étaient visibles deux petits trous par lesquels avait dû s'échapper une bonne partie du liquide carmin. Une vive douleur piqua sa propre chair au même endroit, mais la sensation fugace disparut dans l'instant.

Le tumulte d'un combat lui parvint aux oreilles, l'attirant comme un aimant. Il déboucha sur la place centrale du village au milieu de laquelle se dressait un homme seul, en posture d'attaque. Autour de lui, des dizaines d'ombres l'encerclaient et le scrutaient, immobiles. Il ne pouvait pas encore voir clairement cet homme aussi, pour la première fois depuis un moment, son corps sembla suivre son désir : il s'approcha. Puis le cercle jusqu'alors infranchissable se brisa automatiquement à son approche. Il s'avança encore, dépassant les ombres, et sentit le cercle se reformer derrière lui. Il eut l'impression d'avoir été piégé, mais un sentiment plus serein et plus fort relégua cela au second plan. Même ses sentiments commençaient à échapper à son contrôle. Il n'avait plus peur, il était ravi. Il n'était plus dégoûté, il était affamé ... et cet homme devant lui l'appelait par cet arôme si puissant qui émanait de tout son être.

Peut-être n'aurait-il jamais dû approcher ? C'était du moins ce qu'il aurait normalement pensé en voyant enfin clairement celui qui lui faisait face dans une attitude de défi. Il était grand et de constitution solide, penché dans une position animale, les lèvres remontées sur des dents légèrement trop acérées pour un simple humain et s'apparentant plus à des crocs. Son regard rougeoyant était fendu en son milieu par une pupille féline. Un grondement sourd s'échappait de sa gorge ... on aurait dit le feulement d'un fauve. Tout dans l'apparence de cet homme aux cheveux blonds le fascinait et l'attirait. Il lui sembla le connaître sans le reconnaître ... si familier et étranger à la fois. Son esprit s'embrouillait de plus en plus alors qu'il reprenait sa marche.

L'homme se voûta davantage, lâchant un grognement comme un avertissement. Ce qui suivit échappa totalement à sa perception. Il s'était senti bondir, mais ne distinguait plus rien à présent. Son corps bougeait avec fluidité, mais son esprit se faisait de plus en plus lointain. Puis tout se figea. Il sentait pressé contre lui le corps de l'autre homme dont la chaleur le brûlait presque. Mais il s'en délectait alors que ses bras le retenaient puissamment.

- Tu ne pourras jamais l'atteindre, dit l'homme blond avec une voix qui avait l'air trop fière et provocatrice au vu de la situation.

- L'avis d'un mort ne m'intéresse pas, répondit-il sur un ton qu'il ne reconnut pas comme étant le sien.

L'homme emprisonné lâcha un rire sans joie alors que sa tête plongeait dans son cou. Le rire s'éteignit au moment où il sentit le goût métallique du sang dans sa bouche, puis se déverser à flot dans sa gorge. Cette sensation le révulsa au point qu'il eut l'impression que son esprit se faisait rejeter violemment hors de son enveloppe de chair. Puis il sentit l'atroce douleur dans son cou. D'assaillant il était passé à victime. La force des bras autour de lui, son sang se faisant aspirer hors de son corps, sa vie l'abandonnant ... il avait déjà vécu ça. Un autre agresseur, un autre endroit ... mais les sensations étaient identiques.

Il avait mal ... mal ... et peur. Il était envahi par une peur sans nom.

Ses yeux s'ouvrirent brutalement alors qu'il se redressait, haletant, tremblant et suant. Par réflexe, sa main, qu'il contrôlait enfin, se plaqua contre son cou, à l'endroit où cette souffrance l'avait assailli. Sous ses doigts fébriles, sa peau lui parut brûlante et moite, mais parfaitement lisse. Il était totalement perdu. Sa main caressait toujours son cou comme pour s'assurer qu'il était intact alors que ses yeux hagards essayaient de déterminer l'endroit où il se trouvait. La surface sur laquelle il était assis était moelleuse, la pièce était claire, le sol jonché d'un bordel incroyable ... sa chambre. Il l'aurait reconnue entre mille.

Il se trouvait donc dans son lit et venait manifestement de se réveiller en sursaut après un épouvantable cauchemar. Il fronça les sourcils. Ce cauchemar lui avait paru si réel qu'il en tremblait encore.

BIP BIP BIP BIP BI...BLANG !!

Son cœur qui battait déjà à une allure défiant toute concurrence n'avait vraiment pas besoin de ce sursaut supplémentaire provoqué par la détestable sonnerie de son réveil-matin. Dans un mouvement instinctif, son bras l'avait projeté avec brutalité contre le mur au-dessus de son bureau, faisant lâcher à l'appareil le dernier bip de son existence dans un fracas détonnant après un somptueux vol-plané. Sa vie bien remplie se termina donc pitoyablement sur un tas de mangas qu'il fit dégringoler alors que ses morceaux de plastiques et de circuits imprimés se dispersaient un peu partout. Pauvre de lui ... un blond contrarié le matin ne faisait pas bon ménage avec son pire ennemi : l'interrompeur intempestif de sommeil.

Alors que la main droite de Naruto retombait inconsciemment sur son matelas, la gauche n'avait pas quitté son cou et le frottait toujours machinalement. Mais que Diable s'était-il passé ? Il tenta de remettre ses idées en place après que la chamade assourdissante de son cœur se fut tue. La matinée au magasin avec Kiba, le déjeuner avec Sakura et Ino, l'après-midi dans les rues ... mais la suite devint floue. Il se rappelait du soleil sur sa peau, de ce qu'il avait acheté, des endroits qu'il avait vus. Pourtant, lorsqu'il essaya d'aller un peu plus avant dans ses souvenirs, il n'y avait plus que des images illogiques et incertaines. Le bar ... oui, il avait dû travailler plus tôt pour faire l'inventaire ... le service, et puis ...

Il grogna en crispant sa main sur son cou lorsque cette douleur l'électrifia de nouveau sur tout le côté gauche en partant de cet endroit. Mais au-delà de cette douleur, il perçut également une étrange chaleur mêlée d'un autre sentiment plus fort (et d'une certaine manière bien plus dérangeant) se répandre en lui. La tête lui tourna un instant et il ferma les yeux puis respira un grand coup pour se détendre. Quelque chose l'interpela alors. Une odeur, très subtile qui avait ravivé un instant le souvenir de plus en plus imprécis de son cauchemar. Un arôme épicé très discret l'avait attiré. Il essayait d'en déterminer la provenance au moment où, passant lassement sa main dans ses cheveux, il le sentit faiblement émaner de son propre épiderme ... c'était lui. Cette odeur était la sienne. Ses yeux s'arrondirent légèrement de surprise après qu'il eut porté son avant-bras à son nez pour s'en assurer ... avait-il toujours eu cette odeur particulière ? Pourquoi ne l'avait-il jamais remarquée ? Peut-être parce qu'il n'y avait rien à remarquer en fait. Sûrement ne s'agissait-il là que des réminiscences de son mauvais rêve qui trompaient son odorat.

Pendant qu'il s'interrogeait silencieusement, son téléphone sonna. Posé sur sa table de nuit, il le saisit et décrocha après deux sonneries.

- Allo ?

- ...

- Allo ?

- Bah ça alors ... t'es réveillé ! Entendit-il au bout du fil.

- Si tu pouvais éviter d'avoir l'air si surpris ce serait sympa Kiba, maugréa Naruto en s'extirpant de ses couettes avec la vivacité d'un poulpe.

- La vache ! Et tu m'as même reconnu ! ... Tu t'es enfilé quoi hier soir ? Demanda-t-il d'une voix suspicieuse.

- J'ai rien pris espèce d'abruti ! Vociféra Naruto (en se demandant malgré tout si c'était bien le cas). Ça m'arrive aussi d'être alerte des fois !

- Pas à 7h du matin en tout cas.

- Il est 7h ?

- Bah t'as pas vu ton réveil ? Quoi que ... vu que t'as laissé passer que deux sonneries, tu n'as peut-être pas pris le temps de l'étudier pendant quinze plombes pour savoir dans quel sens on lit les petits chiffres sur le cadrant, se moqua Kiba.

- Je sais encore lire l'heure pauvre naze ! S'énerva Naruto. Et puis il est mort mon réveil ... il a vu le mur d'un peu trop près, confessa-t-il ensuite d'une petite voix.

- Brute ! T'avais pas besoin d'en arriver à de telles extrémités. Bon, pas besoin de te dire de rappliquer alors ?

- Bah s'il n'est que 7h ... c'est vrai ça, pourquoi j'ai mis mon réveil à 7h d'abord ?

- Peut-être parce qu'hier soir je t'ai envoyé un texto avant que tu te couches pour te rappeler que le samedi on ouvre plus tôt.

- Bizarre ... je m'en souviens pas de ton message.

- Pourtant tu y as répondu.

- Ok ... bon, j'arrive. À tout à l'heure.

- D'acc !

Puis il raccrocha, contemplant ensuite son mobile avec étonnement. Dans le doute, il alla voir dans sa liste de SMS pour vérifier les propos de l'Inuzuka. Il trouva ledit texto en tête de liste des messages lus :

Oubli pa kon comence a 8h le samdi mat1. Vi1 a 7h30 fo sortir lé étal de la réserve pr fèr le trotoir.é si fo encor ke jte tir du li tu ten pren 1 !

''Faire le trottoir'' ? On aurait dit un mac donnant des instructions à sa putain. À coup sûr, c'était Anko qui le lui avait dit. Pour une femme, elle n'avait vraiment pas un langage très châtié. Naruto soupira avant d'aller jeter un œil du côté des messages envoyés. Il y trouva effectivement la réponse au précédent SMS :

Oui maman joubli pa.é éC dc de mfoutr 1 mandal é jte la ren o centupl moviete !on sretrouv sur le trotoir ma ptite catin !

Il s'était bien fait cette réflexion à la réception du texto apparemment ... étrange qu'il ne se souvienne pas d'avoir envoyé ça. Il regarda l'heure d'envoi, 0h30 ... heure normale où il rentrait chez lui après la fin de son service du vendredi. Il avait obtenu de finir plus tôt ce soir-là justement parce qu'il commençait plus tôt le lendemain matin chez Anko. Décidément, il manquait pas mal de moments à sa soirée de la veille. S'en serait-il balancé quelques-uns derrière la cravate ? C'était encore la plus plausible de ses hypothèses. Ça expliquait non seulement ce connard de pivert qui improvisait une petite fiesta dans sa boîte de nuit crânienne, mais aussi cet élancement qui lui torpillait le cou. Il avait dû faire une mauvaise chute sous le coup de l'alcool ... plus besoin de se demander pourquoi il avait toujours évité de se torcher jusqu'à finir rond comme une boule carrée.

Cependant, alors qu'il réfléchissait encore aux précédents évènements, son instinct lui hurla qu'il oubliait quelque chose d'essentiel. Il focalisa ses pensées pour essayer de déterminer de quoi il pouvait s'agir, mais plus il se concentrait, plus tout lui paraissait flou. Même ce cauchemar qui l'avait réveillé en sursaut ... de quoi parlait-il déjà ? Il faisait noir ... c'était la nuit et ...

- Oh et puis merde à la fin ! J'vais finir par être en retard alors que pour une fois j'suis debout à l'heure. Ce serait bien l'comble ! S'énerva-t-il en se dirigeant d'un pas agacé et chancelant vers la salle de bain.

Il plongea sous une douche tiède qui le délassa agréablement, mais pas encore assez. Appuyant de tout son poids ses mains contre le mur recouvert de carrelage blanc dans la cabine, il baissa la tête pour laisser l'eau glisser sur lui. Il n'arrivait pas à se défaire de cet engourdissement dans son cou. Pire, il avait maintenant l'impression que ça le prenait jusqu'à la nuque puis tout le long de la colonne vertébrale. Il y passa une main lasse en ronchonnant dans sa barbe. Il respirait bruyamment alors que de nouveau, une étrange chaleur plus intense et qui n'avait rien à voir avec la douche, se répandait dans tout son corps, le faisant trembler de façon incontrôlable. Il appuya la tête contre le mur et gémit faiblement en sentant cette chaleur descendre jusque dans son bas-ventre, y installant une lourdeur bien incongrue dans un moment pareil. Il n'avait pourtant pensé à rien, s'étant employé à se vider la tête. Mais les ténèbres qui avaient investi son crâne lui laissaient une impression dérangeante, comme s'il ressentait un manque, comme si ç'avait dû lui rappeler cette chose fondamentale qu'il n'arrivait pas à saisir.

Alors que sa virilité se gorgeait de plus en plus de cette brûlure qui devenait peu à peu une vague d'excitation (le tsunami n'était pas loin), Naruto s'écroula à genoux dans le bac de douche, l'eau coulant toujours sur lui. Sa tête s'était embarquée pour une folle virée sur des montagnes russes cependant que le reste de son corps cuisait bien gentiment à l'étouffée dans une cocotte-minute. Le froid du carrelage sur lequel il était appuyé ne pouvait même plus apaiser cette incandescence et ses mains refusaient de quitter le mur. Inconsciemment, il se sentait le devoir de lutter contre cette montée bouillonnante et pour cela, son dernier recours était de rester passif et d'attendre que ça s'arrête. Cela allait-il seulement cesser ? Car sa température corporelle continuait de grimper d'une façon alarmante et cela ne pouvait décemment pas n'être dû qu'à une quelconque excitation (sans aucun stimulus en plus ... ok c'était un mec mais la puberté datait un peu là !). Euh ... excitation ? À bien y réfléchir, même pas. Car de toute façon il devait bien admettre qu'il y avait si longtemps qu'il n'y avait pas goûté qu'il en avait oublié jusqu'à la saveur. Frustration serait plus approprié ... et putain elle avait l'air de se cramponner dans sa chair cette garce pour se pointer alors qu'il ne pensait à rien.

Mais il ne pouvait pas n'y avoir que ça. Il tremblait de plus en plus, tiraillé entre cette chaleur presque douloureuse et son cerveau qui faisait la toupie ... était-il fiévreux ? Il se lessiva la cervelle de toutes ses interrogations, essayant d'arrêter de réfléchir sur le pourquoi du comment car ça ne faisait qu'empirer les choses. Il n'entendait plus que le son rauque et haletant de sa respiration résonner entre les murs de la salle de bain. Puis l'eau devint froide, le ballon d'eau chaude ayant sûrement été vidé depuis le temps qu'il était sous la douche. Cela seul suffit à faire descendre la température de son corps. S'il avait été malin (s'il n'avait pas été Naruto quoi), il aurait pensé direct à la douche froide mais fallait pas trop lui en demander non plus ... surtout avec un encroûtement post-réveil doublé d'une gueule de bois carabinée et additionné d'un soupçon d'une maladie quelconque (tout n'était pas que de sa faute non plus !). En résumé, il haïssait les matins et celui-là tout particulièrement.

Lâchant un soupir un brin soulagé en constatant un petit retour à la normale, il resta encore deux minutes sous le jet qui finit même par le glacer. Sortant de la cabine, il se drapa dans une serviette et se posta devant le miroir, tombant dans son regard azur un peu troublé. Il paraissait encore plus pâle que la veille, la lumière électrique du plafonnier lui donnait presque l'air malade ... sûrement qu'il en avait aussi la chanson avec sa chance. Depuis qu'il s'était réveillé, il avait transité par plusieurs états : moite de sueur et tremblant sous la panique, étonné, chancelant, nauséeux, fébrile ... et tout ça en plus de l'accident de parcours dans la douche cela allait sans dire. Malgré tout il ne se sentait pas réellement fatigué. Plutôt perdu et engourdi. Il s'habilla donc rapidement et fila au travail sans même s'arrêter dans la cuisine ... plus que souffrant, il se tenait carrément aux portes de la mort (un pied dans la tombe et l'autre qui y glissait dangereusement) pour ne pas se tordre sous les grognements affamés de son estomac. Et bien, il n'aurait qu'à se rattraper au déjeuner, il serait sûrement remis d'aplomb d'ici là.

Le trajet jusqu'au magasin fut assez laborieux. Il évita de justesse un ou deux poteaux et manqua même de finir aussi lamentablement qu'un insecte, pulvérisé sur le par-brise d'un bus. Aussi, se sentit-il soulagé d'atteindre enfin son but. Il pénétra par la porte de service, trouvant un vestiaire vide à son arrivée. Kiba devait déjà être en train de sortir le matériel de la réserve. Il se changea aussi rapidement que possible mais dut se reprendre à trois fois pour boutonner correctement sa chemise ... les boutons n'avaient pas envie d'être coopératifs apparemment, et s'évertuaient à se clipser dans les mauvais trous. Il sortit du vestiaire et se dirigea vers le local où s'affairait déjà son collègue.

- Et merde ! Maugréa-t-il en percutant une pile de boîtes à chaussures qui s'éparpilla à terre.

Lâchant un soupir exaspéré, il entreprit de remettre de l'ordre avant que la patronne ne découvrît sa maladresse et la lui fît payer pour les dix ans à venir. Il se baissa et s'effondra à moitié à cause d'un vertige. Il s'était baissé trop vite apparemment. Il resta à genoux et se passa une main lasse sur les yeux puis une voix retentit à son oreille.

- Et bah mon vieux ... t'as une sale gueule.

- Bonjour Kiba. Moi aussi j'suis content de te voir, marmonna le blond.

- Bonjour ... t'as une sale gueule, répéta Kiba lorsque Naruto releva la tête.

- L'amabilité c'est pas ça le matin hein ? Bougonna Naruto en reprenant le rangement des boîtes.

Le châtain s'accroupit à son tour pour lui venir en aide.

- Nan mais sérieux, si t'étais malade t'aurais dû m'le dire au téléphone. J'aurais prévenu Anko.

- Peu pas. Besoin de sous. Et j'suis même pas sûr d'être malade.

- C'est que tu ne t'es pas regardé dans un miroir alors. Parce que t'as vraiment...

- ... une sale gueule. C'est bon je crois que j'ai compris. Ça va passer. J'ai probablement eu une soirée difficile.

- Probablement ?

- Mmh... m'en souviens plus.

- T'as dû te taper la cuite du siècle oui ! Je croyais que tu ne buvais jamais ?

- J'croyais aussi. Mais j'ai peut-être fait une exception hier soir. J'ai un mal de tête effroyable et une douleur dans le cou qui me donne l'impression de m'être pris un marteau piqueur.

Les deux jeunes gens se relevaient au même moment où Anko pénétrait dans la pièce.

- Salut les jeunes ! On se bouge un peu. Je ne vois toujours pas mes étales devant la vitrine, lâcha-t-elle d'une voix énergique.

Elle s'approcha ensuite des compères et les regarda avec un grand sourire.

- Haut les cœurs gamins ! Le soleil brille aujourd'hui. Les sandales vont se vendre comme des p'tits pains et ... bah punaise Naruto. T'as une sale gueule !

- J'te l'avais bien dit, renchérit Kiba.

Naruto leva les yeux au ciel avant de reporter son attention vers la jeune femme.

- Vous auriez au moins pu dire que j'avais juste mauvaise mine au lieu de me sortir ça comme ça patronne.

- Non mais ça va pas être possible. Avec une tête pareille tu vas faire fuir les clients. On dirait un zombie, ajouta Anko en le fixant avec intensité, paupières plissées.

- C'est à ce point ? Demanda le blond en commençant à s'inquiéter sérieusement.

Sans attendre la réponse, il se dirigea vers un des miroirs de la salle et s'examina de plus près.

- Yeurk ! C'est encore pire que tout à l'heure.

Son visage était en effet si pâle et émacié que les cernes sous ses yeux injectés de sang n'en paraissaient que plus énormes. Même ses cheveux d'habitude si brillants semblaient ternes à en pleurer.

- Pas le choix. Je ne vais pas te garder alors que tu es dans un tel état, lui dit Anko en apparaissant derrière lui. Rentre chez toi te faufiler sous ta couette et dors un peu. On se revoit lundi ! Finit-elle en lui assénant une claque dans le dos qui manqua de lui faire perdre son équilibre déjà précaire.

L'Uzumaki grogna brièvement pour signifier son approbation et prit congé des deux autres avant de retourner dans les vestiaires.

- Lâcheur, murmura Kiba lorsque son ami passa à côté de lui.

Le blond ne répliqua même pas. Il était trop perdu dans ses pensées pour réagir à cela. Il y avait décidément quelque chose qui clochait et il était de moins en moins sûr que ce ne fût qu'une simple maladie. Il ressentait un profond malaise et une sensation de manque tout à fait inhabituelle. Chaque fois qu'il se creusait les méninges pour essayer de se rappeler la soirée de la veille la douleur de son cou lui envoyait une charmante décharge. Par moment, il avait même la sensation de sentir un contact étranger contre sa peau alors qu'il n'y avait absolument rien quand il vérifiait.

Par mesure de précaution, il décida de ne pas remonter sur son vélo et de se contenter de le pousser. Rentrer en marchant allait lui prendre deux fois plus de temps, mais ça lui donnait aussi deux fois plus de chance d'arriver vivant ... détail qui n'était pas à négliger. À une heure si matinale un samedi, il y avait encore bien peu de gens dehors. Le centre ville était donc assez calme, ce qui n'était pas pour lui déplaire. D'ici une heure cependant, ça allait fourmiller de monde dans tous les coins.

Alors qu'il avançait sur le trottoir le long du parc, il entendit une voix douce l'interpeler :

- Naruto-kun !

Il se retourna pour faire face à la jeune femme qui l'avait appelé et sourit faiblement.

- Salut Hinata. Comment tu vas ?

- Mieux que toi apparemment, répondit-elle d'une petite voix.

- Mauvaise nuit, expliqua-t-il simplement.

- Bonjour, dit subitement une voix beaucoup plus grave.

Naruto détourna son attention de la jeune femme aux cheveux noirs pour constater qu'elle était accompagnée.

- Euh ... bonjour, répondit-il à un homme visiblement plus âgé qu'elle.

- C'est ... mon cousin. Il s'appelle Neji, indiqua Hinata.

- Enchanté de te connaître. J'me disais aussi qu'il y avait un sacré air de famille entre vous deux.

Il sourit chaleureusement au dénommé Neji qui, quant à lui, restait totalement impassible. Ce mec avait l'air d'une vraie banquise, pensa immédiatement le blond. Très vite convaincu qu'il ne pourrait engager de conversation avec un gars comme ça, il décida d'abandonner avant toute tentative pour se reporter vers Hinata.

- Vous avez l'air souffrant, remarqua Neji sans laisser à Naruto le temps d'engager la causette avec la jeune femme.

- J'ai eu une nuit difficile. Cuite et cauchemar, ça ne fait pas bon ménage, plaisanta le blond en essayant de sourire un peu plus largement.

- Tu ne bois jamais Naruto. Tu fêtais quelque chose ? S'enquit Hinata.

- Non ... enfin j'pense pas. Comment dire ? J'me souviens carrément plus de ce qui s'est passé à partir de la fin d'après-midi, répondit-il sur un ton détaché en se grattant l'arrière de la tête.

- Aucun souvenir ? S'étonna Hinata.

- Que dalle ! Et depuis, y'a plus que ce mal de tête horrible et cette douleur dans le cou.

Les deux autres froncèrent légèrement les sourcils. Hinata se mordilla même la lèvre du bas avec inquiétude mais personne n'ajouta quoi que ce soit. Naruto, qui n'avait rien perçu de ce soudain malaise, reprit la conversation :

- Et vous alors ? Vous profitez du beau temps ?

- Euh ... oui. Neji est arrivé ce matin, je lui fais visiter la ville, dit Hinata alors que son cousin (qui avait l'air de réfléchir intensément) fixait Naruto.

- C'est gentil de ta part. Tu devrais aller saluer Kiba. Il sera content de te voir, continua Naruto, légèrement indisposé par le regard couleur nacre de cet homme aux longs cheveux bruns.

- Inuzuka Kiba ? Demanda abruptement Neji en fronçant un peu plus les sourcils.

- Ouaip ! C'est mon meilleur ami. Il bosse dans un magasin de chaussures à trois rues d'ici. J'devais bosser aussi mais comme j'suis patraque la patronne m'a renvoyé chez moi.

Neji le regarda ensuite froidement. Bien que Naruto fût plus grand que lui d'une dizaine de centimètres, il se sentait écrasé par la présence de cet homme. Il se souvint alors de ce que lui avait raconté Kiba la veille et manqua de se foutre une baffe quand il réalisa que la famille de sa belle ne semblait guère l'apprécier.

- Je préfère le laisser travailler tranquille tu sais, dit alors Hinata. Et puis j'ai déjà prévu de le voir demain.

- Hinata-sama, mon oncle a requis votre présence à la réunion de demain, s'empressa de contrer Neji en braquant son regard vers sa cousine.

Qu'est-ce que le ''sama'' venait faire dans la conversation ? Naruto haussa simplement un sourcil mais se garda bien de faire la moindre remarque. Il avait suffisamment mis les pieds dans le plat comme ça.

- Et je serai présente, répondit froidement la jeune femme. J'ai promis à père que je ne me déroberai pas et je tiendrai parole. Mais j'ai aussi une vie en dehors de cette famille.

- Hinata-sama, vous savez bien que...

Neji s'interrompit en lançant un regard courroucé à Naruto dont la simple présence semblait l'importuner. Ce dernier n'en fit pas grand cas et continua de le regarder avec un désintérêt qui tendait vers l'agacement. Le blond n'appréciait pas beaucoup la façon qu'avait ce gars de se comporter face à la petite amie de son meilleur pote ... et il avait encore moins avalé le ton désobligeant sur lequel ce Neji avait prononcé le nom de Kiba.

- Dis voir Hinata, un café ça te tente ? Demanda joyeusement le blond en ignorant magnifiquement Neji.

- Nous avons à faire, répliqua rigidement le jeune homme.

- Ce n'est pas à toi que j'ai posé la question, dit Naruto en serrant la mâchoire.

- Et ce sera avec plaisir Naruto. Ça fait longtemps que nous n'avons pas pu parler.

- Hinata-sama !

- Tu peux rentrer au domaine Neji. Père s'impatiente sûrement, le coupa Hinata sur un ton qui ne souffrait aucune protestation.

Naruto fut totalement estomaqué de voir ce petit bout de femme s'exprimer avec tant d'autorité. Il comprenait mieux pourquoi Kiba semblait effrayé par certains aspects de sa personnalité. Elle avait beau avoir une frêle carrure avec ses 1m60, il émanait d'elle une aura fière et puissante qu'on ne lui devinerait jamais. Aussi ne s'étonna-t-il pas plus que ça de voir Neji se courber devant elle puis prendre congé la seconde suivante. Il s'éloigna ensuite rapidement.

- Excuse-le je te prie. Neji est quelqu'un de gentil mais il n'est pas très diplomate, dit Hinata après le départ de son cousin.

- Il n'a pas l'air en effet, constata Naruto.

Tous deux se mirent ensuite à marcher lentement. Naruto avait pu faire semblant de rien devant Neji, mais le tournis le gagnait à nouveau et il se cramponna au guidon de son vélo pour essayer de ne pas trop le montrer. Il recommençait également à sentir une présence étrangère contre lui. Il se tenait à une distance raisonnable d'Hinata et pourtant, il avait l'impression que quelqu'un lui effleurait la peau ou lui saisissait furtivement les épaules ou la taille. Comme si des mains glissaient sur son corps ... des mains qu'il connaissait et attendait. Car le plus déroutant en réalité, c'était que ce contact imaginaire lui faisait du bien et qu'il espérait presque le sentir plus fréquemment. Chaque effleurement lui donnait un frisson étrange dans tout le corps. Cela ne pouvait que lui rappeler les sensations qui l'avaient submergé pendant sa douche la matin même ... et ça ne lui plaisait pas du tout, quoi qu'en pensait son corps.

Il secoua la tête pour chasser ces idées totalement farfelues de son crâne. Soit il était la cible d'un fantôme pervers, soit il devenait cinglé (la deuxième option étant bien plus envisageable que la première). Ils marchaient très lentement et parlaient de banalités. Hinata sembla se rendre compte du malaise de Naruto mais n'en dit rien. Ce dernier lui en fut reconnaissant. Tout ce qu'il voulait c'était oublier cette mauvaise nuit comme il avait oublié la soirée de la veille. Lorsqu'il y repensa cependant, il sentit un léger souffle brûlant dans le creux de son cou ... comme s'il s'agissait de l'haleine de quelqu'un. Il y plaça sa main et se retourna, pour vérifier ce qu'il savait déjà : il n'y avait personne derrière lui.

- Quelque chose ne va pas Naruto-kun ?

- Non ... c'est rien. Juste un coup de vent, répondit le blond en reprenant sa marche.

Abandonnant finalement l'idée du café (le nœud dans son estomac ne lui aurait pas permis de l'avaler) il proposa à Hinata de se poser quelques minutes dans le parc qu'ils longeaient depuis deux minutes (vu l'allure à laquelle ils avançaient, ils seraient sûrement morts de vieillesse depuis un bail avant d'atteindre un café de toute façon). Celle-ci accepta et ils se retrouvèrent ensuite assis sur un banc, à l'ombre d'un arbre.

- Est-ce que ... Kiba t'a parlé hier ? Demanda Hinata en se tortillant nerveusement les doigts, après qu'ils s'étaient assis.

- Oui... brièvement. Il m'a dit que... que vous vous étiez encore disputés, répondit Naruto avec beaucoup d'hésitation.

- T'a-t-il dit pourquoi ? Reprit le jeune femme en fixant ses pieds.

- À cause de ta famille, répondit simplement Naruto.

Hinata soupira.

- Tu dois me détester, lâcha-t-elle en baissant presque honteusement la tête.

- Bien sûr que non ! Pourquoi tu penses ça ? S'alarma le blond en voyant la souffrance de son amie.

- C'est ton meilleur ami et je lui fais du mal, dit-elle d'une voix presque brisée alors qu'une profonde tristesse se peignait sur son doux visage.

- Et il s'en veut de te faire du mal, continua Naruto. Écoute, je sais que c'est facile à dire, mais ne peux-tu vraiment rien pour faire comprendre aux tiens que tu aimerais avoir de l'espace et ton intimité ?

Hinata émit un petit rire sans joie avant de tourner son regard résigné vers le blond.

- Si seulement je pouvais carrément tous les laisser derrière moi et ne vivre que pour Kiba, crois bien que je le ferais sans l'ombre d'une hésitation.

- Qu'est-ce qui te retient ?

- C'est ... compliqué. Ma famille est un peu particulière. Porter le nom de Hyuuga n'est pas une mince affaire.

- Nnh !

- Naruto qu'est-ce qu'il y a ?!

L'Uzumaki venait de crisper sa main sur son cou, serrant les dents pour réprimer un gémissement de douleur. Il ne savait pour quelle raison un pic s'était de nouveau enfoncé dans son cou, lui envoyant des décharges encore plus fortes qu'au réveil.

- C'est rien, dit-il en crispant encore plus la mâchoire. Foutue gueule de bois ! Dit-il sur un ton qui se voulait amusé pour détendre la situation.

- Tu ... tu devrais vraiment rentrer maintenant. Tu es si pâle que ça me fait peur.

- T'as raison. Désolé de te planter comme ça.

- Non ça va, ces quelques minutes ont été agréables. Il faut que je rentre aussi de toute façon. Mon père n'aime pas attendre.

Hinata aida ensuite Naruto à se relever. La douleur dans son cou s'était de nouveau calmée. Il attrapa son vélo et reprit sa route vers son domicile tandis que la Hyuuga partait dans l'autre direction après lui avoir fait un dernier signe de la main.

Une demi-heure plus tard, il parvint enfin à rentrer chez lui. Il s'écroula sur son lit et à peine une seconde après, il ronflait déjà comme un bien-heureux ... enfin presque.

Il marchait le long d'un chemin. Il faisait nuit et le froid semblait mordant ... mais il n'en sentait rien. Il avançait, un pas après l'autre et chaque mètre parcouru faisait monter en lui une terreur telle qu'il n'en avait jamais connue auparavant. C'était familier ... tout était familier. Une impression de déjà vu totalement angoissante l'assaillit de toute part. Il ne voulait plus faire un pas tant il craignait ce qui l'attendait au terme de cette route sinueuse. Son corps n'obéissait pas, mais son esprit hurlait ... il ne fallait plus avancer ...

Il se réveilla en sursaut, dans l'exacte position où il s'était couché : allongé en vrac sur le ventre. Il essaya de se rappeler pourquoi son rêve lui avait laissé une telle impression d'insécurité, mais il ne s'en souvenait déjà plus.

- Putain, ça commence à devenir lassant, maugréa le jeune homme blond en se remettant sur pieds.

Il se dirigea lassement vers sa salle de bain et s'appuya au lavabo pour se passer la tête sous l'eau. Il se redressa en s'ébrouant et se regarda dans le miroir lui faisant face.

- Et bah, j'ai moins l'air d'un cadavre ambulant déjà.

Malgré un reste d'engourdissement, il fut soulagé de voir que cette petite sieste lui avait redonné des couleurs et avait atténué ses cernes. Il finit de se sécher à l'aide d'une serviette et regagna sa chambre pour se changer. Il remarqua alors que le soleil commençait déjà à décliner et que l'appartement s'assombrissait. Retrouvant son téléphone portable dans la poche de son pantalon, il vit alors qu'il était près de 21h.

- Une petite sieste ... Nom d'un bouc à trois têtes, j'ai dormi pendant plus de 12h, marmonna-t-il en fixant son portable d'un air éberlué.

Après autant de temps sans bouger, il eut envie de faire un tour pour profiter de la fraîcheur du début de soirée. En descendant les escaliers, il écouta les quelques messages laissés sur sa boîte vocale. Un de Kiba, un conjoint de Sakura et Ino (sûrement prévenues par Kiba de son état de santé) et un d'Hinata qui voulait savoir s'il était bien rentré. Il s'empressa d'envoyer un SMS à chacun pour les rassurer, leur disant simplement qu'une bonne cure de sommeil l'avait remis en forme. Peut-être pourraient-ils profiter que le lendemain fût un dimanche pour se faire une sortie en groupe ? Il laissait la question à l'appréciation de ses amis. Il n'avait pas la tête à jouer les organisateurs mais restait ouvert à toutes les suggestions.

Il parcourut les rues sans but précis, juste pour le plaisir de flâner. Il repensait à sa conversation du matin avec Hinata et se dit qu'il serait bon d'en discuter avec Kiba. Ce dernier avait tort de paniquer sur leur histoire tant le blond était sûr que la jeune femme l'aimait. Cependant, si tous les membres de sa famille étaient aussi coincés et revêches que son cousin, ça ne leur promettait pas un avenir des plus joyeux. Lui n'avait jamais eu de famille autre que son beau-père aussi ne comprit-il pas vraiment comment ça pouvait être un fardeau à ce point. Hinata avait presque l'air enchaînée. Quelque part, c'était assez flippant.

Et puis alors qu'il réfléchissait à tout et rien, il se rendit subitement compte qu'il avait atterri dans une ruelle qu'il connaissait très bien : celle menant à la porte de service du bar où devait être en train de travailler Sakura. Il ne savait pas pourquoi il était venu là, mais son inconscient semblait l'y avoir conduit d'une traite.

- Bonsoir.

Il se retourna vivement pour découvrir un grand jeune homme brun adossé contre le mur à quelques mètres de lui. Il fumait une cigarette et tout en lui paraissait d'une classe incroyable.

- Euh ... bonsoir, répondit Naruto.

L'éphèbe le regardait fixement tout en tirant lentement des bouffées de tabac. Le blond se figea un instant. Cet inconnu lui disait vaguement quelque chose, mais malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à faire le lien entre son visage et un de ses souvenirs. Pourtant, il ne devrait pas être difficile de se rappeler une personne aussi singulière que lui.

- J'ai ... je crois que j'te connais non ?

- Tu crois ?

- J'suis pas sûr. Et maintenant que j'y pense, j'sais même pas pourquoi j'suis venu ici en fait. Je ne travaille pas ce soir, ajouta-t-il en regardant autour de lui d'un air un peu perdu.

- Tu en as simplement ressenti le besoin.

- Tu parles comme si tu savais quelque chose, remarqua le blond en fronçant les sourcils d'un air suspicieux.

- Peut-être bien, répondit le brun en souriant en coin.

- La soirée d'hier ... tu ... c'était toi ?

Pour toute réponse, son interlocuteur accentua son sourire d'un air mystérieux. Le blond se raidit.

- Tu m'as fait un truc hein ? C'est pour ça que j'me souviens de rien ! C'était quoi ? T'as mis de la drogue dans mon verre ? Se braqua immédiatement le blond.

- Non. Ce style de bassesse manque définitivement de classe, répondit nonchalamment le jeune homme en écrasant son mégot.

- Et puis qu'est-ce que tu m'veux d'abord ! Vas-y ça m'emmerde là. J'sais même pas pourquoi j'te parle !

- Dans ce cas, qu'est-ce qui t'empêche de partir ? Demanda le brun en appuyant son regard.

- Je ... euh ... j'sais pas, bégaya Naruto en se rendant soudainement compte qu'il n'arrivait même plus à faire un geste.

- Il semblerait bien que tu ne saches pas grand chose ce soir, dit son vis-à-vis sur un ton sarcastique.

- Va t'faire foutre !

Le brun lâcha un bref ricanement. Aussi énervé fût-il, Naruto ne parvenait cependant toujours pas à faire le moindre pas pour s'éloigner de lui. Son corps refusait de lui obéir ... et il avait l'impression que ce n'était pas la première fois. Son cœur battait à tout rompre alors qu'en face de lui, ce curieux jeune homme se tenait toujours droit comme un i, vissant dans ses azurs perdus un regard noir qui semblait l'engloutir. L'éphèbe fit un pas en avant, puis un autre. Sa lenteur et sa démarche étaient hypnotiques ... encore une sensation familière. Le blond sentait un danger grandissant mais était incapable de le fuir. Enfin, le brun se retrouva à quelques centimètres de lui. Il posa sa main gauche sur son épaule et approcha sa bouche tout près de son oreille droite. Naruto, figé les bras ballants le long du corps, entendit ensuite sa voix grave s'élever dans un souffle :

- Sais-tu ce qui fait l'excellence d'un chasseur ? Il n'est ici nullement question de sa capacité à traquer puis attraper sa proie, mais bien de son talent à faire que la proie viendra d'elle-même à lui sans éprouver la nécessité de fuir sous son emprise.

La voix de cet inconnu était basse mais elle lui procura la très familière impression d'un grondement qui vibrait dans tout son être. Naruto tressaillit alors qu'en face de lui, le jeune homme se reculait de plusieurs pas pour le fixer intensément. Puis son regard changea. La profonde couleur charbon de ses pupilles se teinta peu à peu d'un écarlate sombre. Aussitôt qu'il plongea dans ces yeux couleur sang, son esprit fut submergé par un flot d'images semblable à une déferlante ... comme si on avait subitement ouvert un robinet dans son crâne et que tout se déversait d'un coup. Ses discussions avec celui qui avait dit s'appeler Raven, la morsure pire qu'une déchirure, son cauchemar qui avait agité sa nuit ... et son véritable prénom.

- Sasuke, murmura-t-il les yeux exorbités avant de s'effondrer à genoux, les mains crispées sur les tempes. Sasuke ... j'me souviens de tout maintenant.

Naruto lâcha un gémissement étouffé alors que des tremblements secouaient son corps. La sensation de la morsure dans son cou le renvoya directement dans son mauvais rêve lorsqu'il était passé du côté de la victime. Mais avant ça ... il y avait le goût du sang dans sa bouche, le flot épais qui coulait dans sa gorge ... cet homme blond qu'il avait vidé à grandes gorgées jusqu'à ce qu'il en mourût. Le son que produisait le liquide quand il l'avalait lui résonnait dans le crâne. La chamade du cœur de sa victime également. Il la connaissait. Sa victime, cet homme ... il le connaissait. Il avait déjà eu cette impression pendant son cauchemar et elle persistait alors qu'il se le remémorait. Mais il n'arrivait pas à focaliser ses pensées sur son visage. Il n'y avait que le goût métallique du sang ...

Il eut soudain un haut-le-cœur et s'avachit à quatre pattes, vomissant tout ce qu'il avait pu avaler depuis le matin... c'est-à-dire absolument rien. Son estomac était vide mais cette odeur et ce goût le révulsaient tant qu'il ne pouvait s'empêcher de le faire se retourner comme un gant de toilette. Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux, jusqu'à ce qu'il sentît une main se poser sur son épaule. Il releva tant bien que mal la tête et plongea à nouveau dans les yeux rubis de Raven. Non... dans ceux de Sasuke. Et puis les ténèbres s'abattirent sur son regard et il perdit connaissance.

Il avait froid et chaud. Il se sentait brûler mais il frissonnait. Et il tombait... loin dans les profondeurs du néant. Dans ces ténèbres qui l'entouraient, il n'y avait qu'un bruit qui retenait son attention. Les battements si caractéristiques d'un cœur. Et pendant qu'il se laissait bercer par ce son, tout commença à s'éclaircir autour de lui. Les sensations lui revenaient lentement. Un picotement au bout des doigts, un engourdissement dans ses jambes et ... et une atroce douleur dans son cou.

- AAAAAHHHHH !

Poussant un hurlement, Naruto se réveilla en sueur et plaqua sa main sur son cou. Moite et lisse ... exactement comme quand il s'était réveillé le matin même. Il regarda autour de lui. Quatre murs, un lit, un bordel monstrueux. Il était dans sa chambre.

- Mais qu'est-ce que...

- Tu te réveilles enfin, dit une voix douce et grave.

Naruto tourna vivement la tête et découvrit un grand jeune homme brun nonchalamment appuyé contre son bureau. Instinctivement, il se recula d'un bond, se pulvérisant l'arrière du crâne par son absence d'anticipation à la collision avec le mur. Trop déboussolé pour s'attarder sur la douleur qui avait fendu son crâne comme on ouvrait un Kinder surprise®, il releva la couverture jusqu'à son menton en arrondissant les yeux comme des billes.

- Qu'est-ce tu fous chez moi ? Demanda-t-il vivement sans même que sa voix ne tremblât.

- Tu t'es évanoui en pleine rue.

- Ça n'explique pas ce que tu fiches chez moi. Comment t'as su où j'habitais ?

- Je suis déjà venu hier soir pour te ramener.

- Hier soir ? Mais que ... PUTAIN MAIS ARRÊTE D'ESQUIVER MA QUESTION ! Hurla subitement Naruto en muant derechef sa peur en agacement.

Il toisait maintenant son interlocuteur d'un œil furibond tandis que l'autre restait parfaitement de marbre, les bras croisés sur la poitrine.

- Tu es quelqu'un de colérique, remarqua Sasuke.

- Et toi t'es un harceleur pervers. Chacun son truc, répliqua le blond au tac-au-tac.

Un petit silence s'instaura. Puis Sasuke soupira et se dirigea avec lenteur vers la porte.

- Tu dois avoir faim. Je t'attends dans la cuisine.

- J'ai pas faim ! Lâcha Naruto en fronçant les sourcils.

GROUAAAOURM.

L'Uzumaki se plaqua une main sur l'estomac d'où provenait cette protestation sonore cependant que Sasuke s'était arrêté pour le regarder d'un œil légèrement moqueur. Il esquissa un faible sourire avant de répéter :

- Je t'attends dans la cuisine.

- Et si j'ai pas envie de te voir pendant que je mange ? Non d'ailleurs ... et si j'ai pas envie de te voir tout court ? Dégage de chez moi !

Seul un petit sourire lui répondit. Puis le brun s'éclipsa dans un souffle, laissant le blond en plan dans ses couettes. La situation commençait à dépasser le stade du bizarroïde là. Il le rencontre, l'autre le harcèle, puis veut devenir son ami, puis le mord (qui mordrait un des ses amis j'vous l'demande ? ... enfin sauf si c'est ce que l'autre veut mais ça c'est un autre problème), puis le cauchemar, puis la maladie et puis encore une rencontre qui se termine par son étalage lamentable sur le bitume. Non seulement il ne comprenait rien, mais en plus ça commençait à le faire royalement chier ! Restait aussi à élucider le problème majeur. Il se souvenait clairement avoir entendu ce mec dire qu'il était un vampire. En temps normal ça l'aurait bien fait rire, mais là il y avait trop de choses qui merdaient pour qu'il se contentât d'occulter cette éventualité. V'là qu'un vampire l'attendait pour discuter dans sa cuisine maintenant ... à quand Tom Cruise et Brad Pitt ? Décidément, il était pas dans la mouise.

Se résignant à rejoindre l'autre après un soupir las (comme s'il avait le choix de toute façon), il s'extirpa de son lit sans qu'une quelconque hésitation ou faiblesse ne trahît sa récente maladie qui n'était manifestement plus d'actualité. Une minute plus tard, il pénétra dans la pièce où l'attendaient un bol de céréales et une brique de lait sur la table.

- Les humains ne se nourrissent guère de ce genre de chose à 3h du matin mais tes placards sont étonnamment vides. Je me demande comment tu as pu survivre jusqu'à aujourd'hui étant donné ta façon de t'entretenir.

- Garde tes réflexions suceur de sang. J'ai pas assez d'argent pour me payer à bouffer tous les jours ça te dérange ? Lâcha le blond sur un ton énervé avant de se diriger avec méfiance vers la table sans quitter son vis-à-vis des yeux.

- ''Suceur de sang''. Cette dénomination manque vraiment d'élégance, sembla se lamenter Sasuke.

- Ta simple vue me fout en boule alors arrête de parler comme un putain d'aristo. Tiens ! Ça s'trouve t'es vraiment qu'un gosse de riches qui joue au vampire pour passer le temps. Qu'est-ce tu m'as fait hier ? Et tout à l'heure ?

Le brun le fixa intensément, ce qui eut pour effet de déstabiliser momentanément Naruto. Il se figea juste devant sa chaise.

- Oserais-tu prétendre que tout ce qui s'est passé hier n'a été que la conséquence d'une drogue quelconque utilisée par pur amusement ?

- Qu'est-ce que j'en sais moi ? Y'a des tas de gens bizarres dans le monde qui font des trucs encore plus bizarres et toi dans l'genre pas commun tu t'poses là.

- Navré de briser tes illusions de conformiste, mais je suis bien ce que je prétends être, déclara l'autre d'une voix glacée alors qu'un éclair rouge passait dans ses yeux charbons.

Gros blanc... faire changer comme ça la couleur de ses yeux c'était pas un truc normal que pouvait faire un humain normal. Et cette fois-ci, Naruto n'avait pas la gueule dans le sac au point de croire à une hallucination. La possibilité que ce mec fût ... autre chose devenait de plus en plus probable.

- Je ... j'ai besoin de m'asseoir, dit le blond en tirant sa chaise maladroitement pour s'affaler dessus.

- Tu devrais manger.

- Ta gueule, gémit Naruto en se prenant la tête dans les mains. J'ai encore l'espoir de te faire passer pour une hallucination alors dis rien ça me facilitera la tâche.

- Te voiler la face n'y changera rien.

- Jésus, Bouddha, Allah ... mais qu'est-ce que j'ai fait pour me retrouver avec un taré pareil dans ma cuisine ? marmonna le blond.

- Je ne sais pas si tu te rends compte que ''taré'' est encore plus insultant que ''suceur de sang''.

- Et moi j'sais pas si tu te rends compte que je suis dans mon appart' en train de parler avec un mec qui m'a agressé.

- J'en ai conscience. Et je suis sidéré que tu le prennes si bien d'ailleurs.

Naruto releva la tête pour regarder l'autre d'un air dépité.

- Parce que tu trouves que j'le prends bien ? Putain mais j'comprends absolument que couic à tout ce borzal moi !

- Étant donné le vocabulaire plus qu'étrange que tu emploies, je ne saisis pas pourquoi tu me fais tant de reproches sur ma façon de m'exprimer. Elle est pourtant bien plus intelligible que la tienne.

- Quoi tu veux qu'on parle règles de français maintenant ? Tu crois pas que c'est pas vraiment le moment ? J'suis encore en train d'essayer de me faire à l'idée que t'es un ... un ...

- Vampire.

Pour toute réponse, le blond se laissa tomber si piteusement que son front s'écrasa conte le bois de la table et que ses bras retombèrent ballants le long de son corps. Il poussa un petit gémissement atterré.

- J'dois être en plein cauchemar.

- Je crains bien que non.

- La ferme ! J'suis dans un cauchemar j'te dis ! Après tout, mon dernier mauvais rêve avait l'air aussi réel que cette situation ... mais il était plus flippant aussi.

- C'était la nuit dernière ? Demanda Sasuke avec une pointe d'intérêt dans la voix que le blond ne perçut pas.

- Mouais ... après que tu m'as ...

Naruto releva vivement la tête et claqua ses deux mains sur la table en exorbitant les yeux.

- Mais c'est vrai ça ! Tu m'as mordu espèce d'empafeur de mouches !

- Je te demande pardon ? Qu'est-ce que je fais aux mouches ? S'interloqua Sasuke.

- C'est qu'une expression crétin. Change pas de sujet. Tu m'as mordu oui ou non ?

- Oui. Mais sans intention de te tuer. Je voulais juste faire ta connaissance et pour ça, le sang est le moyen le plus direct.

- Comment ça ?

- C'est comme une carte de visite. Il y a bien plus de choses que tu ne le crois qui coulent dans tes veines.

- Non mais sans blague ... t'es un vampire ? Un vrai de vrai ? Demanda Naruto en dévisageant son interlocuteur avec beaucoup d'insistance.

- Ne te l'ai-je pas déjà dit au moins trois fois ? Répondit Sasuke sur un ton froid et agacé.

Nouveau silence pendant lequel le blond sembla en proie à une furieuse réflexion. Il essayait de remettre de l'ordre dans ses pensées et la première conclusion qui lui vint fut : ce mec était un vampire (l'évidence même mais pas facile à gober pour autant). La deuxième vint directement après : s'il avait voulu le bouffer, il ne l'aurait pas laisser en vie, ni pris la peine de le ramener dans son lit ... deux fois. En bon Uzumaki, une fois sa peur passée, la curiosité prit le dessus. Il releva encore la tête, regardant Sasuke droit dans les yeux avec le regard aussi pétillant que celui d'un môme. Le brun ne savait pas pourquoi mais il sentait que ce regard n'annonçait rien de bon pour la suite de la conversation.

- Tu sais te transformer en chauve-souris ? Demanda brusquement l'Uzumaki avec un grand sourire.

Appréhension confirmée, soupçons fondés également : cet humain était un benêt.

- Pourquoi voudrais-je me muer en une créature aussi hideuse ? Rétorqua Sasuke en réprimant une moue dégoûtée.

- Bah j'sais pas ... c'est ce que font les vampires, répondit le blond en haussant les épaules.

- Dans les romans certes, mais apprends à dissocier la réalité de la fiction à l'avenir.

- Non mais sans rire, si t'es vraiment un vampire, pourquoi t'as pas flambé au soleil quand on se promenait hier ?

- Il est de notoriété publique que les jeunes passent trop de temps devant la télé et je pense en avoir la preuve avec toi, soupira le brun en se retenant de lever les yeux au ciel.

- T'avais un super écran total ou un truc du genre ? Continua Naruto sans se soucier de la remarque de son interlocuteur.

- Absolument pas. Le soleil est effectivement néfaste pour moi mais il me faudrait trois ou quatre heures d'exposition prolongée pour en souffrir au point de trépasser.

- Et ça marche comment alors ?

- Quoi donc ?

- Bah toi ... tu vis comment ? Tu fonctionnes comment ? Et le soleil ? Et le sang ? L'interrogea Naruto avec une curiosité qui allait grandissante.

- Désires-tu que je te fasse un exposé analytique sur ma personne ? L'interrogea à son tour le brun en haussant un sourcil.

- J'te demande pas une conférence. Juste quelques infos. Tu peux quand même comprendre que j'me sente un peu largué par tout ça non ?

- Nh. Pour faire simple, disons que tout ce qui est en moi est à l'arrêt. Si on m'observait dans le détail pendant une heure et que je restais immobile, on pourrait même me croire mort.

- Tu ne respires pas ? Et ton cœur ? Il ne bat pas ?

- Je n'ai pas besoin d'oxygène. Et mon cœur n'émet qu'un battement après chaque repas.

- Par repas tu veux dire ...

- Chaque fois que je me sustente d'un être humain. Le sang est la seule chose vivante qui peut entrer en nous sans être désintégrée. Toutes les autres matières, quelles qu'elles soient, se dégradent à très grande vitesse. Le sang nous apporte ce dont nous avons besoin pour ''vivre''. Après l'avoir aspiré, notre cœur bat une fois pour l'envoyer partout dans notre corps. Nous vivons avec cela comme réserve jusqu'au repas suivant.

- Je vois ... et le soleil ?

- C'est assez complexe. Notre corps évolue extrêmement lentement. Tout fonctionne au ralenti en nous, sauf pour ce qui est des sens, de la réflexion ou des choses telles que la force physique. Sinon, au stade cellulaire nous sommes presque en pause. Comme aucune entité vivante ne peux survivre en nous, le fait que notre système immunitaire soit non fonctionnel car trop lent ne pose aucun problème. Pour les blessures physiques, nous avons une capacité de régénération très efficace qui efface toute marque ... mais le soleil c'est autre chose.

- Vous vous régénérez et vous n'êtes jamais malade ? Comment le soleil pourrait bien vous faire quoi que ce soit dans ces conditions ?

- À cause de la lenteur d'adaptation de notre corps. Nos cellules sont capables de revenir très vite à ce qu'elles étaient après une atteinte physique, mais elles ne peuvent évoluer pour se protéger avant que ça n'arrive. Les rayons UV du soleil nous agressent en permanence. Chez les humains, de la mélanine est produite par l'épiderme pour éviter les dégénérescences, mutations et brûlures. Nous en revanche, ne pouvons pas en produire ou du moins, trop lentement. C'est pour ça que notre peau est si blanche. Nous sommes brûlés lentement avant que notre mélanine nous protège. Et nos cellules ne se régénèrent qu'après l'agression finie, lorsqu'elles sont au repos. En cours de dégradation, elles ne peuvent rien. Au bout de deux heures en plein soleil, nous pourrions ressembler à des grands brûlés. À terme, ça peut nous tuer.

- C'est trop bizarre ... on dirait presque que tu parles de choses douées d'intelligence quand tu évoques la manière dont fonctionnent tes cellules. Comme si elles comprenaient qu'elles devaient se mettre en œuvre pour se reformer après avoir reçu le coup.

- C'est en effet comme ça que je le conçois.

- Dis ... un pieu dans le cœur ça te tuerait ?

Sasuke se retint de soupirer. C'était lui-même qui avait créé cette rencontre puis cette confrontation alors il devait se faire à l'idée que cet humain allait mettre du temps à oublier toutes les conneries racontées dans les œuvres de sciences-fictions. Tout ça était la faute de cet imbécile de Vlad Ţepeş ... Vlad III surnommé ''l'empaleur'', prince de Valachie au XVème siècle. Du jour où il avait découvert l'existence des vampires, il avait trouvé malin de se prendre pour l'un d'eux en oubliant toute discrétion et en versant dans une démesurée folie meurtrière. Ça aurait pu rester sans conséquence si seulement cet écrivain Rosbeef Bram Stoker ne s'était pas inspiré de lui pour créer Dracula ... pourquoi Diable donner de l'eau au moulin de son délire créatif ? Voilà où il en était maintenant. Des chauve-souris, le remake de la torche humaine au soleil et le pieu. Ce blond n'allait-il donc rien lui épargner ?

Face à son regard enfantin (non mais pour l'amour du ciel ! Qui serait assez tordu pour sourire de cette façon devant un vampire ayant le pouvoir de l'envoyer dans l'au-delà en un clin d'œil ?), le brun se résolut à répondre, non sans une certaine lassitude, à sa question :

- Nous pouvons mourir par les mêmes moyens agressifs que les humains. Mais grâce à notre force et à notre vitesse, nous en somme bien moins victimes. Il n'y a aucun prédateur qui surpasse un vampire.

- J'suis sûr que les loup-garous peuvent vous foutre une branlée ! Ça c'est du sacré morceau question prédateur. Comme dans Van Helsing ou Underworld !

''N'allait-il rien lui épargner ?''. La réponse était non de toute évidence ...

- Ne sois pas ridicule. Les loup-garous n'existent pas. Ce n'est qu'un mythe, ne put s'empêcher de lâcher le brun sur un ton de somptueux dédain.

Naruto se renfrogna immédiatement.

- Me dis pas ça comme si c'était une foutue évidence bordel ! À ce que je sache, toi aussi t'es sensé être un mythe et pourtant tu te tiens devant moi !

Il marquait un point. Comme quoi même les choses les plus improbables étaient à même de se produire.

- Très juste, admit Sasuke. Mais depuis le temps je suis habitué à la particularité de ma situation, alors je ne m'inquiète plus de savoir si cela peut choquer.

- Tu devrais ! Parce que causer avec un mec immortel suceur de sang qui m'a justement pompé quelques litres du mien c'est vraiment pas une sinécure.

- Quelques litres ! N'exagère pas tout de même. Je n'ai dû t'en prendre guère plus que deux. Juste assez pour que tu perdes connaissance. Et il faudrait vraiment que tu abandonnes tes idées reçues à mon propos.

- Sur quoi j'me fais des idées encore ?

- L'immortalité. Les vampires ne la possèdent pas.

- Bah ... pourtant vu ta façon de te fringuer et de causer, t'es sûrement né en ... en quelle année au fait ?

- 1754 selon le calendrier grégorien.

- Euh ... ça change quelque chose à la date que le calendrier soit grégorien ?

- Pour toi non. C'est simplement pour indiquer que je me réfère au calendrier que les humains utilisent en général. Il en existe de nombreux et ils ne sont pas tous les mêmes selon les parties du monde ou les époques. Les miens ne sont pas accoutumés à en faire usage, ou très peu, étant donné que vous l'avez déjà souvent changé. Mon père par exemple, se servait toujours du calendrier julien. Le grégorien n'a été mis au point qu'au XVIème siècle et se base sur les évènements du christianisme, ce qui signifie encore moins pour nous que la notion du temps.

- D'accord. Merci pour le cours d'histoire. Mais donc ... ton 1754 veut dire ... mon 1754 .

- Exactement.

- Putain c'est encore pire que ce que je croyais ! Plus de 250 ans et t'as encore l'air d'avoir mon âge. Tu vas pas me reprocher de te croire immortel après !

- De ton point de vue, peut-être le suis-je réellement en effet. Car ce qui est certain c'est que je ne mourrai pas de ton vivant et que je serai sûrement encore là bien longtemps après ta mort. Mais nous vieillissons comme tout le monde. Simplement, le processus est nettement plus lent chez nous.

- Les vampires meurent de vieillesse alors ?

- D'après ce que je sais, jamais aucun d'entre nous n'a succombé à ''sa belle mort'' comme vous autres humains l'appelez.

- Vous crevez de quoi alors ?

- Tact et délicatesse ... je pensais t'avoir déjà entretenu de cela lors de notre deuxième rencontre.

- T'es vraiment coincé !

- Peut-être bien. Garde en mémoire cependant que je suis né à une toute autre époque que la tienne.

- Oui mais on est au XXIème siècle maintenant. Adapte-toi un peu ! Et puis t'as pas répondu.

- Cette question est inconvenante.

- Fillette !

- Veux-tu que je te morde encore ?

- Fais gaffe quand tu sors des trucs comme ça. Hors contexte ça pourrait être vachement mal interprété.

- Et c'est moi le pervers après ça ?

- Pfff.

- ... Nous mourons de guerre, de folie ou d'ennui en général, répondit-il finalement à contre-cœur.

- Comment ça ?

Si tous les humains étaient aussi curieux que celui-ci, il ne fallait pas s'étonner qu'ils se fassent dévorer par les vampires.

- Notre longévité peut devenir un effroyable fardeau à mesure que les siècles passent, expliqua à nouveau le brun. Et nos instincts de prédateurs peuvent aussi parfois prendre l'ascendant sur notre civilité. Les dissensions entre les familles sont assez fréquentes et les affrontements plutôt conséquents.

- Vous vous entre-tuez ?

- Oui. Une fois tous les deux siècles environ.

- Et bah ... ça fait froid dans l'dos.

- Pourquoi ? C'est une fréquence tout à fait honorable. La régularité est proportionnellement identique à celle des guerres humaines étant donné votre durée de vie.

- C'est la façon dont tu exposes ça qui fout la trouille.

- Vraiment ? Désolé dans ce cas.

- T'as pas la tête de quelqu'un de désolé. Si tu l'penses pas, le dis pas. J'aime pas les hypocrites.

- Mais je le pensais pourtant.

- T'es super naze pour exprimer tes sentiments alors.

- Je suis bien moins réceptif aux émotions que les humains de base c'est tout.

- Hey doucement ! J'en suis précisément un ''humain de base'' alors un peu de respect quand même. Viens pas me faire la morale sur la délicatesse si tu sors des choses comme ça d'un ton aussi neutre.

- Je ne pensais pas cela insultant.

- Handicapé social c'est encore loin de la vérité en ce qui te concerne.

- Nh.

- Et à part les guerres alors ? Ça encore j'peux le comprendre. Mais le passage ''ennui et folie'' ça me titille un peu plus.

- Les plus faibles d'entre nous ne supportent plus l'immortalité au bout de six ou sept siècles. Ceux qui ont les penchants les plus ... humains. Ceux qui essaient le plus de se fondre dans la masse finissent par ne plus accepter de voir mourir les gens autour d'eux. Les Hommes sont des créatures si éphémères.

- Alors ils deviennent fous à cause de la compassion qu'ils éprouvent envers ... nous ?

- Tout à fait. Au fil du temps, ils développent une sorte d'empathie assez forte pour ton espèce et se font ronger par la peine. Ça prend un temps relativement long – enfin seulement si on se place à votre échelle – et arrive un moment où ils décident de mettre fin à leur jour.

- C'est chaud ... Et l'ennui alors ?

- Cette fascination pour la mort des gens de ma race est assez troublante. Serais-tu atteint de désir morbide ou d'un autre désordre psychologique de ce genre ?

- J'suis pas un taré ! ... J'suis curieux c'est tout.

- Un trait de caractère fort répandu chez les Hommes ... enfin bref. Pour ce qui est de l'ennui, il s'agit seulement de l'exact contraire de la folie. La folie est générée par des liens trop puissants et l'ennui est le détachement de tout et le désintérêt total. Les vampires qui sont touchés décident simplement de partir avant d'être trop blasés par leur existence. En général ce sont les personnes d'âge mûr qui n'ont pas envie de voir plus que ce qu'elles ont déjà vécu, ou bien les couples dont les enfants sont grands et qui veulent quitter ce monde ensemble.

- Des enfants ? Vous pouvez avoir des enfants ? Demanda le blond avec un air abasourdi.

- Et comment crois-tu que je sois venu au monde ? Répliqua Sasuke avec froideur.

- Bah ... en te faisant mordre, répondit l'autre avec nonchalance.

- J'ai soudainement envie d'aller me repaître de quelques auteurs de romans et réalisateurs de cinéma ... les idées reçues commencent sérieusement à me porter sur les nerfs, dit le brun en serrant la mâchoire et en se pinçant l'arête du nez.

- Vous transformez pas les humains en vampires alors ?

- Les humains ne sont que notre moyen de subsistance. Où Diable serait l'intérêt de les transformer en vampires ? Nous les mangeons et ça s'arrête là. Trouverais-tu un avantage quelconque à transformer ton hamburger en homme toi ?

- T'es en train de me comparer à un hamburger là, j'rêve pas ?

- Tu es différent de ma nourriture habituelle. Je ne te considère pas comme tel.

- Tu m'as croqué pourtant.

- Afin d'éveiller ton instinct et de t'amener à moi pour que nous puissions avoir cette discussion.

- Pourquoi moi ? J'ai rien de spécial.

- Si ... simplement tu n'en as pas encore conscience.

- Comment ça ?

- Chaque chose en son temps. Apprends de moi déjà. Tu dois savoir qui je suis et ce que je suis pour ne pas me craindre et avoir l'esprit clair. C'est important pour ce qui va venir.

- Putain mais de quoi tu m'parles encore ?

- Tu comprendras bien assez tôt. Te souviens-tu de ce que tu me disais tout à l'heure ?

- À quel propos ?

- À propos de ce cauchemar qui semblait atrocement réel.

- Oh ! Oui ... j'me souviens, répondit Naruto en se tortillant avec malaise en se remémorant les détails.

- S'il avait l'air si réel, c'est parce qu'il l'était.

- ... De quoi ?

- Ce n'était pas qu'un simple rêve ... c'était un souvenir. Des images de notre passé.

Naruto dévisagea Sasuke avec la sensation que son cœur allait s'arrêter alors que sa respiration l'était déjà. Comment le massacre de tout un village pouvait-il faire partie de son passé ? Et comment cet homme qu'il n'avait jamais vu pouvait le savoir ?


Info : Pour ceux qui ne connaissent pas, la référence à laquelle je pensais en citant Tom Cruise et Brad Pitt était cinématographique et ne s'attachait à rien d'autre qu'au magnifique "Entretien avec un vampire", faisant aussi intervenir Kirsten Dunst, Antonio Banderas et Christian Slater.


Note de l'auteur : Certains avaient espéré un réveil du blond dans un lit inconnu et dans les bras d'un ex-inconnu mais c'est pas au programme ! XD J'ose croire que ça vous aura quand même plu et j'attends des confirmations (ou infirmations) par reviews !

Prochain chapitre "Défiance et dépendance" en ligne Dimanche 28 Juin. Bonne semaine à tous !