Auteur : Lonely Seira
Titre : J'ai les crocs
Genre : Humour/supernatural/Angst/drama/shonen-ai/UA/léger OOC
Rating : M
Pairing : Sasu/Naru entre autres
Disclaimer : Sasuke ? Naruto ? Bah ... pas à moi ! Et vu ce que je leur fais subir, ils sont définitivement plus heureux avec Masashi Kishimoto.
Avant-propos : Un grand merci à ceux qui ont trouvé les deux chapitres précédents suffisamment dignes d'intérêt et bien écrits pour outrepasser leurs préjugés ou leur lassitude vis-à-vis des histoires de vampires. J'espère que vous trouverez la suite toute aussi originale.
Merci également aux reviewers anonymes. J'apprécie que mes lecteurs me laissent une marque de leur passage, et je regrette de ne pouvoir répondre personnellement à chacun (rien ne vous empêche de me laisser une adresse mail pour palier à ce problème).
Chapitre 3 : Défiance et dépendance
Contrairement à tous ceux de sa race, Empty n'aimait pas la nuit. Une expression humaine disait « La nuit tous les chats sont gris » mais c'était vrai pour tout ce qui existait en fait. Des teintes de noir et de gris, voilà tout ce qu'il y avait à contempler sous la lumière de la lune. Le soleil était certes dangereux, mais son pouvoir n'en était pas moins stupéfiant. Le matin surtout. Car dès son réveil, il illuminait tout avec des milliers de couleurs totalement surréalistes. Il avait fait de ces couleurs sa raison de vivre. Il voulait les capturer et les faire siennes une à une. Ainsi, même après la mort de l'astre du jour, il pourrait garder vivantes ses créations en les immortalisant sur toile. S'il avait pu passer la totalité de sa longue existence à ne faire que ça, peut-être aurait-il pu effleurer les prémices de ce que l'on nomme le bonheur ... mais le destin en avait décidé autrement. Ou pour être plus juste, disons que dès sa naissance, on lui avait arraché tout droit de vivre selon ses désirs en le bridant dans les normes de cette société de l'ombre.
Était-ce parce que tous les siens étaient à peine vivants que lui-même devait se laisser mourir ainsi ? D'après la propagande qu'on avait voulu lui faire avaler pendant tout ce temps, les vampires étaient des créatures supérieures à toute autre sur de nombreux plans et en particulier parce qu'ils étaient bénis de ce qui s'approche le plus de l'immortalité ... que du vent ! Cette longévité n'était rien d'autre qu'une belle foutaise. Une putain de malédiction. Rien que la pire des punitions. La seule question à laquelle il voulait trouver une réponse était donc : qu'avait-il fait pour mériter de vivre de la sorte ?
Étant enfant il se l'était demandé un nombre incalculable de fois, mais après plus de deux siècles de vie, ses actes avaient justifié ce châtiment. Coincé au purgatoire. Ni paradis, ni enfer ... l'éternelle indécision. L'éternelle expiation de ses pêchés. Ce monde n'était rien de plus que ça. Alors quand son aïeul lui avait ordonné de venir dans la ville de Konoha pour une mission spéciale, il ne s'était plus posé aucune question. Il s'était simplement exécuté, acceptant d'accomplir cette tâche, quelle qu'elle ait pu être, avec ce sourire si doux dont il se parait en permanence. Il était à l'aube d'une nouvelle déchirure. Il le savait mais n'avait plus l'envie de se battre contre ça. Tout se passerait donc ici ...
Il leva le regard vers le ciel d'encre piqueté d'étoiles puis poussa un très discret soupir. Il huma l'air un instant. Les délicieuses odeurs humaines s'y mêlaient dans un ballet enivrant. Mais au-dessus de ces fragrances assez communes, il y en avait d'autres plus discrètes car noyées dans la masse, mais bien plus délectables malgré tout. Il décida donc de suivre l'un de ces délicieux fumets et de voir ce qu'il trouverait au bout. Pour une fois, il se laisserait porter par le hasard. Il avait encore un peu de temps devant lui après tout ...
oOo
Naruto était toujours assis sur une chaise dans la cuisine et dévisageait son interlocuteur avec insistance. « Ce sont des images de notre passé ». Cette phrase ne cessait de tourner et de retourner dans sa tête, mais il n'arrivait toujours pas à lui donner un sens. Comment aurait-il pu avoir quoi que ce soit en commun avec un vampire de 250 balais ? Il était dix fois moins vieux que lui ... inutile de dire que si lui était assimilable à un bébé, l'autre était carrément un vieux croulant (en plus sexy cependant). Et son rêve mettait en scène deux hommes d'âge mûr dans un village paumé il ne savait trop où. Sans compter qu'un massacre, ce n'était pas vraiment le genre de choses banales qu'on pouvait oublier comme ça.
De l'autre côté, Sasuke regardait l'humain avec indifférence alors que ce dernier semblait réfléchir à s'en faire exploser les neurones (déjà qu'il ne devait pas lui en rester des masses ...). Il savait qu'il en avait trop dit à l'instant même où ses mots avaient franchi le seuil de sa bouche. Curieux comme il était, l'autre n'allait sûrement pas tarder à le bombarder de questions auxquelles il ne voulait pas répondre dans l'immédiat. Il avait déjà eu une veine incroyable que Naruto n'ait pas flippé en découvrant ce qu'il était, mais il ne serait définitivement pas recommandé de forcer sa chance à ce point. Il avait encore un peu de temps devant lui après tout ...
- Tu veux bien m'expliquer ce charabia ? Parce que j'ai beau regarder ça sous tous les angles, j'pige pas, lâcha alors Naruto d'un air perplexe.
- N'y pense plus. Ce n'est pas d'une importance capitale.
- Euh ... d'accord. Si tu l'dis.
C'était trop facile. Il avait renoncé un peu vite et cela ne put que renforcer l'appréhension du brun.
- T'façon j'ai encore des tas de questions à te poser ! Continua Naruto en affichant un radieux sourire.
Le regard de Sasuke se fit légèrement dubitatif tandis que ses épaules s'affaissèrent très discrètement. L'imagination de ce blond avait vraiment quelque chose de proprement terrifiant et il redoutait de voir où cela les conduirait.
- Que pourrais-tu bien vouloir me demander encore ? L'interrogea lassement le vampire.
- Pourquoi est-ce que tes yeux changent de couleur ?
Question plus pertinente que les précédentes il fallait bien l'avouer.
- C'est la pupille du chasseur, répondit le brun.
- La pupille du chasseur ?
- Oui. Notre œil de vampire. Un don naturel que nous acquérons à maturité. Lorsque nous sommes en âge d'aller chasser par nous-mêmes.
- Et ça sert à quoi ?
- Basiquement, à optimiser nos aptitudes de traqueur. Grâce à elle nous sommes nyctalopes, ce qui est indispensable puisque nous chassons à la faveur de la nuit. Elle nous permet aussi de modifier la mémoire de nos victimes, de les hypnotiser et ... de faire bien d'autres choses.
- C'est avec ça que tu as effacé ma mémoire ? Pourquoi t'as eu besoin de me faire oublier et de tout me rebalancer dans le cerveau après ?
- Pour te faire venir à moi en te guidant par ton instinct. Je te l'ai déjà dit. À bien des égards, l'inconscient est doté d'un ascendant bien plus puissant sur le corps que le conscient. C'est pour ça que j'ai voulu l'atteindre.
- J'comprends toujours pas ce que tu me trouves ...
- Tu es plus intéressant qu'on ne pourrait le croire au premier abord.
- Dis carrément qu'à première vue j'ai l'air banal et con !
- Je ne me le permettrais pas voyons.
- Faux derche !
Le brun pouffa légèrement. Faire sortir cet humain de ses gonds était une activité fort distrayante.
- Bordel t'es vraiment trop bizarre comme mec ! Ma première vue de toi est exactement comme celle que j'ai maintenant. Quand tu m'as dit que tu t'appelais Raven, j'ai pensé qu'un nom aussi barré ça te correspondait niquel. Où t'as été pêcher ça d'ailleurs ? Tu pouvais pas me dire d'entrée ton vrai prénom ?
- Il est sensé être tabou pour les humains.
- Quoi ?
- Selon nos lois, il est formellement interdit de communiquer notre nom à un humain. C'est pourquoi lorsque nous obtenons la pupille du chasseur et que nous avons ainsi la possibilité de partir en chasse, notre première sortie est conçue comme une cérémonie au cours de laquelle nous recevons notre nom de chasseur. Raven est le mien.
- Pourquoi tu me l'as dit ? T'as enfreint les règles en faisant ça.
- Je me moque de ces règles. Le mensonge a teinté mon existence. Je ne vois pas pourquoi je devrais faire preuve d'intégrité alors que personne n'est blanc comme neige parmi les miens.
- À quoi sert ce secret alors ?
- Il sert à respecter la règle fondamentale qui régit notre monde « Ne jamais laisser aucune trace ». Aux yeux des humains, nous ne sommes qu'un mythe et aspirons à le rester. C'est pourquoi nous nous conduisons ainsi. Tout dans nos actes doit paraître insensé et irréel à vos yeux. Comme ça, tout risque est évité si une proie venait à survivre.
- Bah des trous dans le cou c'est pourtant pas discret, ironisa Naruto.
- En as-tu ?
- Hein ?
- Des marques de canines. Je t'ai mordu alors tu devrais en avoir non ?
- Bah ... euh ...
Naruto porta sa main à son cou et laissa glisser ses doigts là où la sensation de la morsure prodiguée par son vis-à-vis se ravivait par moment. Il n'y découvrit effectivement rien.
- Comment ...
- Une évolution de mon espèce pour permettre le maintien du secret. Notre pouvoir régénérant demeure dans notre salive. Il s'infiltre dans la chair de la proie dès que nous commençons à nous abreuver et referme la blessure à la fin du repas. Au bout de vingt minutes, il ne reste plus aucune trace.
- ...
- En as-tu fini avec tes questions ?
- Euh ... pour le moment je crois que c'est tout oui, répondit le blond d'un air absent en continuant de se caresser machinalement le cou.
- Bien, je vais m'en aller alors, dit abruptement Sasuke en se dirigeant vers le vestibule.
- Hein ? De ... Hey attends ! Qu'est-ce tu fous ?
Naruto se précipita à sa suite, l'air un peu perdu. Il rejoignit Sasuke qui s'était arrêté devant la porte d'entrée.
- Y a-t-il autre chose ?
- Bah non mais ... pourquoi tu t'barres comme ça ? Ça tourne en eau d'boudin cette rencontre.
- Il fallait que tu puisses avoir le loisir de me poser des questions. C'est chose faite. Ma présence est requise ailleurs maintenant.
Les yeux de Naruto s'écarquillèrent légèrement face au ton dur qu'avait employé Sasuke. D'ordinaire il avait déjà l'air d'un vrai piquet, mais là, il semblait plus tendu que jamais. Son étonnement fit place à une faible inquiétude.
- T'as un problème ? Demanda-t-il donc en fronçant les sourcils.
- Aucun qui te concerne. Tu devrais retourner te coucher.
Sur cette réponse un peu sèche, Sasuke s'esquiva à une vitesse telle que Naruto ne put rien faire pour le retenir.
- Vraiment bizarre ce mec ... même pour un vampire, marmonna Naruto en regardant fixement la cage d'escalier plongée dans le noir.
Il repoussa ensuite mollement le battant de la porte puis retourna dans la cuisine pour se remplir un peu la panse avant de réintégrer son lit. Il n'avait rien fait de la journée à part dormir mais il sentait encore en lui une grande fatigue.
4h, dimanche. Sa seule grasse matinée de la semaine. Cette pensée lui arracha un sourire satisfait alors qu'il se pelotonnait sous ses couettes tout habillé.
oOo
Son rêve était merveilleux. Adieu massacre dans le village du trou du cul du monde. Il était de retour au Pays du Ramen éternel et marchait sur ses terres verdoyantes où son nez pouvait se gorger de la subtile odeur du plus délicieux mets conçu par l'Homme ... non, il avait été conçu par Dieu lui-même ! Tout n'était que volupté et légèreté autour de lui. Et le rêve aurait été absolument parfait si seulement il n'y avait pas eu ce martellement assez sourd provenant du lointain qui gâchait un peu son plaisir. Mais il n'en avait cure ... ou du moins essayait-il de s'en convaincre. Car plus il tentait de s'en éloigner et plus ce martellement se faisait puissant. Et ...
Il se réveilla, non en sursaut pour une fois, mais de fort mauvaise humeur malgré tout. Car ce tambourinement était tout ce qu'il y avait de plus réel et provenait de la porte d'entrée. Il risqua un œil vers son réveil, quand il se souvint qu'il avait péri dans l'exercice de ses fonctions la veille. Naruto grogna comme un vieil ours bourru qu'on venait d'arracher à son hibernation (ce qui était le cas à peu de choses près) et se reporta vers son téléphone mobile pour déterminer si l'intrus devait mourir dans les souffrances les plus abominables ou simplement se faire hurler dessus ...
- Putain ... j'vais l'tuer ce con.
La sentence de mort fut décrétée alors que le tambourinement persistait. Et en plus l'intrus était têtu ! Le blond se démêla de ses couettes et se dirigea vers le vestibule. Il ouvrit ensuite la porte dans un mouvement brusque, découvrant sur le palier un jeune homme qui souriait comme un débile, le regard pétillant et la main encore levée, comme s'il venait de se figer, pris en flagrant délit de martelage de porte (ce qui n'avait pas l'air de le troubler outre mesure).
- Salut Naruto ! Dit Kiba avec empressement en ayant l'air de reprendre son souffle. Et bah ! T'as...
- Si tu m'dis encore que j'ai une sale gueule je t'étrangle, maugréa le blond.
- Non j'voulais juste dire que t'as meilleure mine qu'hier même si t'as toujours l'air crevé. Tu t'sens encore patraque c'est pour ça ?
- Non ... c'est parce qu'un crétin congénital n'a rien trouvé de mieux à faire que de foutre en l'air ma seule grasse mat' de la semaine en venant tambouriner comme un malade à ma porte !
- Ah ... désolé ! Lâcha Kiba en souriant encore plus largement.
- Sans rire ... t'as une idée de l'heure qu'il est ?
- 8h pourquoi ?
- Et quelle personne normalement constituée rendrait visite à son pote à 8h un dimanche matin ?
- C'est parce que je viens de finir mon heure de jogging. J'préfère courir à la fraîche, répondit l'Inuzuka en haussant les épaules. Puis de toute façon on s'en branle ! J'ai un truc carrément dingue à te raconter !
Sur quoi le jeune homme entra comme une tornade dans l'appartement (sans y avoir été invité), bousculant l'ours empâté au passage. Ce dernier grommela quelque chose d'inintelligible (une insulte probablement) avant de refermer (ou plutôt claquer brutalement) la porte et de rejoindre Kiba au salon. L'Inuzuka s'agitait en tout sens dans la pièce, commençant à sérieusement agacer le blond.
- Bon, c'est quoi ce truc dingue ? S'impatienta Naruto en s'affalant dans un fauteuil.
- C'est tellement fou que tu m'croiras même pas ! C'est ... totalement surréaliste alors promets-moi de pas rire ! Dit le châtain d'une voix excitée en rivant ses yeux dans ceux de son vis-à-vis.
- Côté surréalisme, j'ai eu ma dose moi aussi alors vas-y, répondit lassement Naruto.
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Toi d'abord, j'te raconterai après, éluda le blond.
- Ok ! Alors voilà, ...
Flash Back
S'il y avait bien une chose qu'Inuzuka Kiba ne pouvait absolument pas supporter, c'était bien l'inaction. Dormir pendant des heures ? Très peu pour lui. En plus, il se destinait à un métier très physique, aussi ce devait-il de s'entretenir correctement. Chaque matin avant d'aller travailler chez Anko, il courait pendant une heure. Et même le dimanche, il ne dérogeait pas à ce petit plaisir. Car aussi bizarre que cela pouvait paraître, le jogging dès le lever du jour (ou presque) était un des moments privilégiés du jeune homme. Rien que lui, ses baskets et le chemin qu'il parcourait dans les bois qui se trouvaient à même pas dix minutes de chez lui (les joies de la vie dans la banlieue résidentielle en périphérie de la cité). Ça maintenait non seulement son corps en forme, mais ça l'aidait aussi à se vider la tête de tous ses soucis ... et il en avait pas mal ces derniers temps.
Ce midi, il avait justement rendez-vous avec la cause (ou victime) principale de ses problèmes : sa petite amie Hinata. Il se leva donc à 6h comme à l'accoutumée pour bien se défouler et se détendre. Cela lui permettrait peut-être de ne pas ajouter une ligne à son ardoise déjà bien chargée. Une fois paré de son short et de ses vieilles tennis, il mit ses écouteurs et balança sa playlist préférée puis sortit pour son jogging.
Il courait depuis une demi-heure et se délectait de la fraîcheur du sous-bois alors que le soleil pointait déjà bien le bout de son nez. Il commençait à ressentir cette agréable raideur dans les muscles inférieurs et redoubla d'ardeur pour suer un peu plus (et pour ceux qui se poseraient la question : non, il n'est pas masochiste). Puis soudain, il vit un éclair blanc traverser le chemin à une vingtaine de mètres devant lui, ce qui le figea net. Il n'avait pas eu le temps de voir de quoi il s'agissait, aussi penchait-il simplement pour un animal ... mais aussi blanc ? Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Il se rapprocha lentement du buisson où avait disparu l'animal, se penchant ensuite avec prudence. Le buisson tressaillit, provoquant un mouvement de recul chez le jeune homme. Mais une seconde plus tard, il se retrouva étalé au sol avec le poids d'un âne mort sur la poitrine. Il n'eut même pas le temps de crier ou de repousser son assaillant doté d'une épaisse fourrure, qu'une langue râpeuse vint lui arroser le visage d'une impressionnante quantité de bave. Et bien malgré lui, il se mit à rire, sentant instinctivement qu'il ne courait aucun danger.
Détaillant son ''agresseur'' d'un poil plus près, il vit qu'il s'agissait d'un énorme chien blanc avec des oreilles tombantes bordées de marron qui le léchait avec application en remuant férocement la queue.
- Eh ! Doucement mon vieux, j'peux plus respirer ! Plaisanta Kiba en essayant de repousser un peu le canidé pour se remettre en position assise.
Le chien recula et s'assit à son tour, la langue pendante et la queue remuant toujours frénétiquement. Kiba fondit instantanément pour cette grosse peluche et entreprit de lui caresser la tête tout en taillant la discut' avec ce compagnon imprévu.
- T'es magnifique comme chien. Tu t'balades avec tes maîtres ?
Un aboiement joyeux lui répondit, ce qui le fit glousser de rire.
- Tu as l'air bien propre et choyé mais tu n'as pas de collier ...
Kiba regarda ensuite un peu partout autour de lui, recherchant la présence éventuelle des propriétaires. Une minute passa, mais il ne vit ni n'entendit personne. Le chien le regardait toujours en haletant.
- Bon, puisque c'est comme ça, j'vais rester un peu avec toi, dit-il en haussant les épaules puis en se remettant sur pieds.
Le chien se leva à son tour et aboya joyeusement tout en piaffant devant le châtain.
- Quoi ? Tu veux jouer ? Demanda celui-ci.
Le chien parut alors se renfrogner (sa queue remuait donc avec moins d'entrain) et il se campa sur ses pattes en aboyant un peu plus fort.
- Qu'est-ce que tu veux mon beau ? Demanda à nouveau Kiba en voyant le changement d'attitude de la boule de poils.
Le chien aboya encore plusieurs fois et l'Inuzuka eut l'impression de le sentir agacé et impatient ... mais comment un chien pouvait-il lui transmettre autant de sentiments ? Il n'en savait trop rien mais pouvait apparemment déceler bien des choses dans le comportement de cet animal. Bien plus qu'il n'aurait pu en temps normal.
- Bon, je suis sûr que tes maîtres doivent te chercher, dit-il finalement en fronçant un peu les sourcils. On va les retrouver et puis je leur dirai qu'il vaut mieux te laisser un collier avant de te lâcher comme ça. Ça m'aurait au moins permis de savoir ton nom.
Nouvel aboiement énervé. Kiba le regarda d'un air interrogateur.
- T'essaierais pas de me dire ton nom quand même ? Eh, je parle pas le chien moi ... même si j'adorerais ça, plaisanta-t-il avant de lui tapoter la tête et de commencer à marcher.
Il commençait à se demander de quel côté débuter ses recherches lorsque le chien émit un aboiement plus sourd.
« Akamaru »
Kiba se figea et se retourna brusquement vers le chien qui s'était remis à secouer la queue. Avait-il rêvé où une petite voix dans sa tête avait murmuré au moment où ce chien avait aboyé ?
- Je crois que j'perds la boule ...
Il se passa une main dans les cheveux et reprit son chemin. Le chien aboya.
« Akamaru »
Le jeune homme fit à nouveau volte-face et scruta le chien avec des yeux écarquillés à l'excès.
- C'est ... c'est toi qui viens de faire ça ? Demanda-t-il en pensant devenir réellement dingue (sans rire, il parlait à un chien comme s'il attendait une réponse formulée ...).
Le chien s'assit et le regarda d'un air ... joyeux ?
- Akamaru ?
Il avait dit ça sans trop de conviction, mais à sa plus grande surprise, le canidé secoua la tête de haut en bas, comme s'il exprimait son approbation. Kiba voulut être sûr qu'il n'était pas en plein délire et répéta avec insistance :
- Ton nom c'est Akamaru ?
Le chien hocha la tête, plus heureux que jamais, puis émit un autre petit aboiement.
« Content ... »
- Hein ? S'interloqua un peu le châtain après que seul ce mot s'était formulé clairement tandis que le reste devenait un balbutiement haché.
L'animal aboya plus fort.
« Content que tu m'entendes enfin »
- Euh ... t'es ... en train de parler dans ma tête ?
« Oui »
Kiba était totalement éberlué. Chaque fois que ce chien ... Akamaru ... chaque fois donc qu'Akamaru aboyait, il avait l'impression que le son résonnait dans ses oreilles pour former des mots au cœur même de son esprit. Il avait toujours rêvé de pouvoir parler aux chiens, aussi s'assura-t-il par de nombreux pincements et autant de claques qu'il était bien conscient et au milieu des bois. Le rendu fut assez comique : un jeune homme debout en plein chemin, regardant un chien d'un œil hagard et se collant une dizaine de baffes. Akamaru lui-même sembla s'en amuser et baissa la tête en tressautant et pignant faiblement, comme s'il pouffait de rire.
- Pas la peine de te moquer, grogna Kiba. Ça coûtait rien de vérifier non ?
« Je peux comprendre que ça soit déroutant »
- Comment ça se fait que je puisse t'entendre ?
« C'est parce que tu perçois mes pensées »
- Tes pensées ?
« Mes paroles sont dans mes aboiements. Elles sont décodées par ton cerveau grâce aux ondes sonores. Chaque fréquence correspond à une syllabe »
- Et tu ... tu savais que je te comprendrais ?
« Oui. Je t'ai attendu pendant longtemps. Et ça m'a énervé que tu ne me comprennes pas au début. Il fallait juste que ton instinct s'éveille »
- Je suis spécial alors ? S'émerveilla Kiba en oubliant le caractère plus qu'inhabituel de cette conversation.
« Très. Et je suis là pour être avec toi et pour t'accompagner dans les évènements à venir »
- Quels évènements ?
« Peu importe. Je resterai à tes côtés. Nous avons été séparés pendant trop longtemps ... »
- J'comprends pas.
« Tu comprendras »
Fin Flash back
- Et on a discuté comme ça pendant bien une demi-heure de plus. Et puis après il est reparti dans les bois en me disant qu'on se rejoindrait plus tard chez moi, finit Kiba sur le même ton surexcité.
En face de lui, Naruto le fixait d'un œil curieux et quelque peu dubitatif. Remarquant cela, le sourire de Kiba s'effaça légèrement.
- Tu m'crois pas hein ?
- ... Attends que je remette tout ça dans l'ordre. Tu pars en jogging ce matin, tu rencontres un chien et tu te rends alors compte que tu peux lui parler ?
- Bah oui ... enfin moi je lui parlais et lui me transmettait ses pensées.
- D'accord ... pourquoi pas après tout, répondit le blond avec hésitation.
Pourquoi ne pas le croire ? Ce que lui-même avait vécu (à savoir se faire harceler, boulotter puis parler avec un vampire) était tout aussi dingue. Son ami comprenait les chiens ? Vu son passé avec les animaux de cette race, ce n'était pas si improbable que ça. Et c'est à ce moment que Naruto se dit qu'il commençait à voir un peu trop de choses bizarres coup sur coup et qu'il s'y adaptait avec un peu trop d'aisance. Comme si tout cela était absolument normal et que c'était sa vie bien ordinaire qui ne l'était pas. Perdu dans ses réflexions, il ne vit pas l'air soucieux de Kiba qui, de son côté, se demandait si son meilleur pote n'allait pas l'expédier en maison de fous.
- Euh ... et toi alors ? Qu'est-ce que t'avais à me raconter ? L'interrogea-t-il pour briser ce silence pesant.
- Mmh ? Oh euh ... bah dans l'genre c'est pas banal non plus. En fait... Nnnh ! Bordel !
- Qu'est-ce t'as ? Demanda précipitamment l'Inuzuka alors que Naruto venait de se plaquer une main sur le cou en serrant les dents pour ne pas hurler de douleur.
Naruto ne comprenait pas pourquoi la douleur de la morsure remontait ainsi sans crier gare et surtout, aussi violemment. Ça l'avait carrément figé en plein milieu de sa phrase alors qu'il ... alors qu'il s'apprêtait à raconter ses mésaventures à Kiba. Etait-ce une intimation au silence ? Il était toujours courbé en avant sur son fauteuil, la main crispée sur la nuque. Devant lui, Kiba l'appelait et essayait de croiser son regard mais le blond ne pouvait même pas relever la tête. Repenser plus précisément à ces diverses rencontres avec Sasuke avaient fait remonter en lui un étrange sentiment. Sans qu'il ne le réalisât, sa respiration se fit plus forte et difficile tandis que son corps se mettait à bouillir comme un volcan. Le rouge se répandait sur son visage et des tremblements incontrôlables l'assaillirent de toutes parts.
- Eh qu'est-ce qui t'arrive vieux ? Tu t'sens pas bien ? Tu veux un verre d'eau ?
Le châtain perdait un peu son sang froid en voyant ce si brusque changement chez son ami. Il posait toutes les questions qui lui passaient par la tête mais n'obtenait qu'une respiration saccadée pour toute réponse.
De son côté, Naruto avait chaud ... beaucoup trop chaud. Il recommençait aussi à sentir ces furtifs effleurements partout sur son corps, ainsi que ce souffle glacé sur sa nuque. Il gémit en se mordant la lèvre du bas et en repliant les bras autour de lui. Il finit par tellement se pencher qu'il atterrit à genoux au sol, haletant et geignant.
- Nom de Dieu Uzumaki ! Qu'est-ce qui se passe bon sang ? S'énerva Kiba.
Mais ce ton énervé n'était là que pour dissimuler sa panique grandissante. Naruto était recroquevillé en boule et suait comme si les feux de l'enfer brûlaient dans son corps. Pourtant ce qui dérangeait plus que tout l'Inuzuka, était sans conteste l'expression de son visage. Ses yeux étaient étroitement clos, sa bouche s'ouvrait par moment avant que sa lèvre inférieure ne se fasse malmener par ses incisives et il se tortillait presque lascivement en lâchant de longs gémissements, presque des ronronnements ... il avait l'air si sensuel. Pas malade juste ... victime d'un plaisir si ardent qu'il ne pouvait le contrôler. Sans rire ! Son meilleur pote était en train de se taper un putain d'orgasme en direct à ses pieds. À côté, son histoire de chien qui parle c'était pas si original que ça.
Son bras gauche était serré autour de lui tandis que sa main droite se plaquait brutalement au sol. Ses doigts se crispèrent sur le tapis alors qu'il y enfouissait la tête. Cette chaleur était si intense qu'encore une fois, elle lui fit mal. Mais au-delà, ce qu'il ressentait était vraiment indescriptible.
- Merde ! C'est ... quoi ... ce cirque ? Marmonna-t-il entre deux gémissements.
Son souffle était toujours saccadé et il essayait de forcer toute sa volonté pour retourner au calme. Une minute passa, puis deux. Enfin, il sentit la brûlure décroître et sa respiration s'apaiser. Les battements démentiels de son cœur revinrent eux aussi à un rythme acceptable. Lorsque les tremblements se furent totalement arrêtés, il soupira de soulagement et essaya de se remettre assis. Deux bras fermes vinrent l'aider et l'asseoir le dos contre le fauteuil. Il respira profondément plusieurs fois puis ouvrit les yeux, découvrant le visage perplexe de Kiba à quelques centimètres de lui.
- ... Tu m'expliques ? Demanda alors celui-ci.
Expliquer quoi ? Lui-même ne comprenait rien de ce qui se passait. Et il se promit intérieurement d'avoir une sérieuse discussion avec cet enfoiré de Sasuke la prochaine fois qu'il le chopperait. Vampire ou pas, il allait se ramasser son pied dans ses jolies petites fesses.
Jolies petites fesses ? NON ! Il ne pouvait pas avoir pensé ça. C'était définitivement impossible qu'il ait qualifié le derrière d'un autre mâle en ces termes. Déjà que son corps faisait n'importe quoi et v'là que son cerveau s'y mettait aussi.
- Fait chier, maugréa-t-il d'une voix faible en fermant à nouveau les yeux.
- Naruto ?
- Quoi ?
- Me dis pas ''quoi'' d'un ton aussi las andouille ! Tu m'expliques oui ou merde ?
- ... Merde.
- T'es vraiment trop con.
- Bah ! Ça change pas beaucoup de d'habitude.
- Sans blague ... tu viens limite de jouir affalé sur ton tapis. Comment ça se fait ?
- Je viens de ... QUOI ? Cria alors Naruto en réalisant les paroles de son ami.
La violence du dernier mot fit tant sursauter Kiba qu'il se retrouva les quatre fers en l'air (c'est ça quand on se tient accroupi en équilibre à deux centimètres du mec le plus imprévisible qui puisse exister).
- Vas-y crie pas comme ça !
- Qu'est-ce que tu viens de dire au juste ? Demanda le blond avec des yeux exorbités et la bouche ouverte par l'hébétude.
- Je t'ai dit de pas crier nounouille !
- Mais non, avant ça ! S'énerva le blond.
- Quoi ? J'ai juste dit que tu venais de me faire la plus belle simulation d'orgasme que j'avais jamais vue ... sauf que t'avais pas l'air de simuler.
L'Uzumaki resta bloqué pendant une minute.
- La terre appelle Naruto ! Oh crétin ! Tu m'écoutes ?
- Mais ... c'était pas un orgasme, marmonna le blond d'un air perdu en essayant plus de s'en convaincre que de contrer Kiba.
- Je crois que tout l'monde n'est pas d'accord avec toi vieux...
- Hein ?
En voyant le sourire narquois du châtain, Naruto ne put que suivre la direction prise par son regard moqueur pour tomber sur ... une auréole humide au niveau de son entre-jambes.
- J'le crois pas, lâcha-t-il en écarquillant les yeux.
Alors que Kiba pouffait de rire, lui se demandait comment il avait pu manquer une telle chose. En fait, il s'était tellement focalisé sur cette brûlure qui dévorait son corps et sur le moyen de la calmer qu'il n'avait prêté aucune attention aux autres manifestations physiques de ce curieux phénomène.
- Bon avoue maintenant. C'est quoi ce truc que t'as pris pour te retrouver dans un tel état ? Ça a l'air plutôt puissant.
- Mais j'ai rien pris ! Se défendit immédiatement Naruto en piquant un fard du diable.
- À d'autres ! On est tous les deux des jeunes gens au meilleur de nos plus belles années mais j'me suis jamais tortillé de jouissance sur un tapis en face d'un mec ... putain ! C'est moi qui t'fais de l'effet à ce point ? S'éberlua Kiba.
- Pov' con ! Ça n'a rien à voir avec toi ! C'est juste ...
- Juste quoi ?
Mais Naruto ne dit rien de plus. Si chaque fois qu'il pensait un peu trop fort à ... on-savait-qui ou qu'il tentait de raconter leur rencontre à une tierce personne, il se retrouvait dans cet état, mieux valait ne pas trop forcer la chose ... ça commencerait à devenir sacrément gênant.
- Bon ... on va mettre ça sur le compte de ta crève démente d'hier alors. Je vais pas trop en demander à un convalescent hein ? Capitula l'Inuzuka en souriant d'un air réconfortant à l'écrevisse qui n'osait plus croiser son regard.
- Merci, balbutia le blond qui ne savait plus trop où se mettre.
Après cet incident, Kiba eut assez de délicatesse pour laisser Naruto un peu seul histoire qu'il se remette ... et aussi qu'il prenne une douche et se change. Il repartit donc chez lui, espérant au retour retrouver son nouvel ami à quatre pattes. Peut-être que s'il le présentait à Hinata, cela détendrait l'atmosphère pour que, pour une fois, leur rendez-vous ne dérive pas vers l'engueulade.
Naruto quant à lui, n'avait pas l'intention de rester cloîtré entre ces murs. Ces derniers temps, il n'avait fait que dormir et discuter avec ... on-savait-qui, aussi commençait-il à tourner un peu en rond. Cela contribuait probablement aux déraillages de ses petits neurones. Ça l'avait peut-être plus stressé qu'il ne l'avait cru sur le moment. Ce mec était un vampire quand même ! Et un bien tordu par-dessus le marché... quoi que, il pensait cela sans critères de comparaison vu qu'il était le seul représentant de son espèce qu'il avait rencontré. La pensée soudaine que d'autres (peut-être plus hostiles) pouvaient traîner aux alentours lui provoqua un frisson glacé dans le dos. Et instinctivement, il sentait aussi qu'il y avait quelque chose de louche derrière tout ça. Et Kiba qui se mettait à causer aux clébards ! Non vraiment, rien n'allait droit en ce moment.
oOo
Empty l'avait échappé belle. On l'avait bien prévenu que Raven serait déjà sur le terrain, mais ça l'avait quand même un peu étonné de le sentir dès sa première nuit à Konoha. Il s'était laissé porter par les fragrances délicieuses qu'il avait repérées et avait alors atterri dans un quartier où s'affrontaient beaucoup d'odeurs toutes aussi singulières et alléchantes. Deux fortement épicées, deux plus humaines (femelles a en juger par leur douceur) et deux autres quasi impossibles à sentir. Mais surtout, il avait repéré la discrète présence de Raven, vaguement attachée à l'une de ces fragrances animales. Seulement il n'avait pas su distinguer laquelle car les deux semblaient étroitement liées. Il avait ainsi préféré faire du repérage dans cette cité à la faveur de la nuit, tout en se repaissant de quelques humains qui traînaient histoire de bien se préparer à la confrontation à venir.
Ce fut durant les premières heures de la journée qu'il sentit soudain l'aura menaçante de Raven. L'avait-il repéré lui aussi ? Pour ne pas risquer la rencontre, il s'était éloigné, sachant que l'autre resterait sûrement proche de sa cible ... il connaissait bien trop son mode de fonctionnement pour risquer de se faire avoir comme ça. Le problème étant bien sûr que l'autre le connaissait tout autant. Ils n'étaient pas frères d'arme pour rien. Lorsque le soleil se leva, il sentit à nouveau ces odeurs appétissantes et entreprit d'en suivre une. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que l'humain qu'il pistait se dirigeait vers le domicile d'où émanait très fortement la seconde effluve. Ils se connaissaient donc ... voilà pourquoi leurs odeurs paraissaient si mêlées.
Quelques temps plus tard, il vit le jeune homme aux cheveux châtains quitter l'immeuble, puis un jeune homme blond sortir à son tour trente minutes plus tard. Qui était celui choisi par Raven ? Si seulement ces deux humains ne traînaient pas ensemble, il aurait pu savoir lequel portait plus fortement son odeur. Seulement Raven était un chasseur doué d'une habileté absolument hors du commun. Suivre sa piste n'était donc pas une mince affaire. Empty le savait bien et au fond, il était content d'avoir été associé à un tel talent. Son aïeul et mentor Fake, l'avait fustigé pendant des décennies pour qu'il surpasse les héritiers de son rival de toujours, mais Empty n'en avait eut que faire. Il était meilleur que lui ... et alors ? Ce n'était pas comme si ça avait un quelconque intérêt à ses yeux. Et voilà qu'il se retrouvait embringué dans cette histoire de fous dont l'issue ne pouvait être que funeste. Ça il en avait bien conscience, mais ça lui était aussi égal. Au contraire, si ça pouvait même mettre un terme à son existence vide de sens il en serait bien heureux.
Puisque maintenant il lui fallait faire un choix et qu'il n'avait pas envie de suivre le plus dynamique des deux, il décida finalement de porter son attention vers le jeune homme blond qui marchait lentement sur le trottoir. L'autre était parti en courant depuis trop longtemps de toute façon ...
oOo
Il avait eu un orgasme sur le sol de son salon. Cette pensée totalement loufoque essayait de s'ancrer dans son cerveau depuis bien une heure mais rien à faire, il ne l'intégrait pas. La chose en soit n'avait rien de franchement extraordinaire, mais les circonstances ? Dire que sa vie partait en sucette était encore un euphémisme. Une chance que Shizune et Iruka n'aient pas été là pour assister à ça. Cet incident ne put que lui rappeler douloureusement la première conversation père-fils qu'il avait eu sur le sujet de la sexualité avec Iruka. Il avait 13 ans à cette époque ... sûrement le passage le plus gênant de sa courte vie (du moins jusqu'à présent). Et même s'il était maintenant un grand gaillard de 22 ans, protecteur comme il était, il n'aurait pas été étonné de voir Iruka le psychanalyser sur les raisons de ce dérapage. Quelle idée aussi d'avoir un prof de psychologie comportementale pour tuteur ?
Perdu dans ses pensées, il marchait sans but précis pour se vider la tête ... ça devenait vraiment une habitude. À croire que sa vie ne s'était résumé qu'à ça ces derniers temps : vivre une situation incongrue, tenter de l'oublier et attendre que la tuile suivante lui tombe dessus. Comme s'il n'avait pas assez de problèmes comme ça en temps normal. À se demander si ce mot avait encore un sens pour lui.
Il finit par atteindre le parc où il s'était arrêté avec Hinata la veille. En y entrant, il se demanda si la jeune femme parviendrait enfin à s'extirper de l'inextricable conflit familial dans lequel elle semblait engoncée pour enfin aplanir les choses avec Kiba. Il aimait beaucoup ses deux amis et se sentait très peiné de les voir autant en difficulté. C'était définitif, Dieu les détestait. Quoi que ... depuis quelques semaines, Sakura et Ino avaient eu l'air relativement épargnées par les soucis, c'était toujours ça de pris. Mais lui était devenu le dindon de la farce : deux boulots à assurer (avec chaque fois un patron pas commode à la clé), son déménagement à organiser tout en maintenant le secret avec Iruka (il redoutait leur future dispute à ce propos), son meilleur pote qui enchaînait les merdes, Hinata qui n'avait pas l'air mieux et là BAM ! Un vampire, une morsure, des cauchemars bizarres et son corps qui se tapait des petits trips tout seul. Qu'est-ce que ce serait la prochaine fois ?
- Bonjour, entendit-il soudain.
Naruto stoppa net et se retourna pour voir à qui appartenait cette voix douce et chantante bien qu'elle fût apparemment masculine. Il tomba alors sur un jeune homme plus petit et plus frêle que lui dont le corps élancé lui donnait un air assez féminin, souligné par des vêtements sombres prêts du corps. Si ce type n'avait pas eu un buste si plat et des épaules un peu carrées, il aurait pu le prendre pour une femme. L'inconnu souriait, avait la peau pâle comme celle d'un mort et les cheveux noirs très plats et courts. Un frisson remonta sournoisement l'échine de Naruto et les muscles de ses jambes se raidirent.
- Euh ... Bonjour, répondit-il d'un ton incertain.
L'autre le scrutait d'une façon vraiment dérangeante, comme s'il l'étudiait en le passant aux rayons X. Son sourire restait figé et avait quelque chose de totalement factice, ce qui ne fit qu'augmenter brutalement la petite montée de stress que le blond avait eue en le découvrant. Le jeune homme ne parlait pas, continuant de le dévisager, mais Naruto ne parvenait pas à faire un mouvement, bien que sa tête fût en train de lui hurler de prendre ses jambes à son cou.
- Dommage. Mauvaise pioche ! Lâcha l'inconnu sur un petit ton amusé qui sonna encore plus vide et faux que son sourire.
- Qui ... êtes-vous ? Parvint à demander le blond.
- Je suis Empty, répondit l'autre.
Empty ? Drôle de nom ... enfin pour un humain. Mais son petit doigt lui disait que cet individu était tout sauf un humain.
- Joli nom, mentit alors Naruto.
- Comme je le pensais, il ne t'étonne pas. Raven a déjà dû faire son mouvement, dit nonchalamment Empty.
- Vous ... tu connais Raven ? Demanda ensuite Naruto sur un ton qu'il espérait détaché alors que tout son être lui criait de fuir aussi vite que possible.
Pourquoi fuir de toute façon ? Si ce mec était bien un ... vampire, il ne pourrait même pas faire un pas avant de se faire coincer. Il avait déjà donné avec Sasuke et n'avait pas envie de retenter l'expérience.
- En effet, dit le jeune homme en le tirant de ses pensées. Nous sommes frères. En quelque sorte...
- Euh ... il ... ne doit pas être bien loin, mentit alors Naruto en priant pour que cela le dissuadât de lui sauter dessus.
- Si ça avait été le cas, je n'aurais pas pris le risque de t'approcher, contra son vis-à-vis en souriant toujours d'une façon qui le tétanisait complètement.
- Ah ...
Naruto sentait la panique l'envahir. Et comme si ça ne suffisait pas, il avait maintenant l'impression d'entendre une voix rauque gronder en lui. « Cours et ne te retourne pas ! ». Son instinct s'était peut-être lassé d'avoir tiré toutes les sonnettes d'alarme possibles et imaginables, essayant à présent de formuler ses avertissements par des mots. « Fuis gamin ! En plein jour il ne prendra pas le risque de se dévoiler ! ». La réalisation se fit alors : la loi du secret qui planait sur leurs existences. Un dimanche matin ensoleillé à presque 9h30, les rues commençaient à grouiller de monde. Jamais ce gars ne prendrait le risque de se mettre à découvert en utilisant ses aptitudes vampiriques. Il ne fallut pas longtemps pour que cette conclusion s'impose dans la jolie tête blonde.
- Euh ... à plus ! Lâcha-t-il énergiquement.
Et sans crier gare, Naruto tourna les talons et fila aussi vite que le vent ... qui ne soufflait pas. Enfin ça, c'était du point de vue d'Empty qui avait bien remarqué toutes les phases de réflexion par lesquelles était passé ce blond avant de faire son choix et de se carapater.
- Bien, ne reste plus qu'à rejoindre le mien alors ! Dit-il sur un ton absent avant de partir à son tour.
À l'instant même où son regard avait croisé celui de cet humain, il avait compris qu'il avait fait le mauvais choix. Il n'avait pas ressenti cette chose si particulière qu'il aurait dû. Pour lui, ce n'était qu'un gamin comme les autres. Mais à voir comme il s'était tenu sur ses gardes dès qu'il l'avait vu, il était certain que ce jeune homme en savait déjà beaucoup sur lui. Enfin beaucoup ... plus que les humains ordinaires en tout cas. Parce qu'il était finalement encore loin du compte. Il pensait avoir le temps, mais ce n'était peut-être plus vraiment le cas. Les choses n'allaient pas tarder à se précipiter.
Naruto courait comme un dératé et sans regarder où il se dirigeait. Tout ce qui importait au final c'était de mettre la plus de distance possible entre lui et le vampire. Empty ... il ne savait trop pourquoi mais ce nom paraissait lui coller à merveille. Ses yeux étaient si vides, son sourire n'était qu'un simulacre et tout en lui était empreint d'une neurasthénie carrément flippante. Réflexion faite, Sasuke n'était peut-être pas si bizarre que ça.
Au bout d'un temps indéfinissable, Naruto s'arrêta, soufflant comme un bœuf et suant à grosses gouttes. Il essaya de retrouver son souffle alors que ses poumons s'embrasaient dans sa cage thoracique. Comme s'ils se rappelaient à lui pour lui signifier qu'un peu d'oxygène ne serait pas du luxe. Il prit plusieurs inspirations profondes avant de se retourner et de s'adosser lassement contre un mur, les yeux clos et le nez levé au ciel.
- Journée de merde, marmonna-t-il en serrant les dents.
- On dirait bien en effet.
Naruto sursauta et ouvrit les yeux après avoir entendu cette voix. Il se trouva nez à nez avec ... Neji. Non mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à lui tomber sur le poil aujourd'hui ?
- Salut, dit le blond d'un air blasé.
- Bonjour, répondit poliment Neji. Puis-je te demander ce que tu fais ici avec l'air d'avoir couru comme si tu avais le Diable aux trousses ?
- Envie de faire un jogging, répondit automatiquement le blond (inutile de confirmer le fait qu'il était un bien piètre menteur).
- Je vois, répondit l'autre homme sur un ton neutre mais le regard affichant une discrète lueur inquisitrice.
- Euh ... et toi ? Qu'est-ce tu fais là ?
- La demeure de mon oncle se trouve à quelques rues d'ici.
- Bien ...
Le malaise s'insinua à nouveau lentement en lui tandis que son interlocuteur le scrutait de ses yeux gris perle. Qu'avait-il donc de si spécial pour que tous les mecs qu'il croisait le reluquent sans vergogne ? Cette pensée alluma une lueur de défi dans son regard et il fronça légèrement les sourcils tout en maintenant le contact visuel avec Neji. Ce changement d'expression n'échappa pas au brun qui appuya encore plus son propre regard, comme s'il avait silencieusement accepté ce duel passif.
- Hinata-sama est présente au domaine si tu souhaites la voir, invita alors Neji.
- Je ne veux pas la déranger. Elle m'a dit qu'elle verrait Kiba pour le déjeuner.
- Ah oui ... Inuzuka Kiba, répéta le brun avec une sorte de moue ironique.
- Lui-même, affirma Naruto avec une hargne faiblement dissimulée.
- Mon oncle aimerait sûrement beaucoup vous rencontrer, reprit alors Neji.
- De quoi ? S'interloqua Naruto en oubliant par le fait toute animosité sous le coup de la surprise.
- Après qu'Hinata-sama lui a parlé de vous deux il y a quelques mois de cela, il a pensé qu'il serait bon de vous rencontrer en personne, expliqua Neji dont le regard se glaçait de plus en plus.
Et encore une fois, le corps de Naruto se raidit au moment où la voix rauque s'élevait en lui. « Tu n'es pas en sécurité ici ! ». Sans blague ? Il n'avait pas eu besoin de cet avertissement pour le comprendre. L'attitude de ce Neji démontrait clairement qu'il avait une idée derrière la tête et Naruto était presque sûr qu'il ne l'aimerait guère. La journée était vraiment plus que merdique ! C'était pas possible d'en arriver à ce point. Il en venait même à prier pour que Sasuke vienne le sortir de là.
Sasuke ... lorsque son nom s'imposa clairement dans son esprit et qu'il visualisa le visage de marbre et les yeux charbons du jeune homme, le feu qui couvait en lui s'embrasa de nouveau. Putain ! C'était pas l'moment ! Pourtant il n'y put rien. Ses nerfs avaient été mis à bien rude épreuve depuis son réveil et il se sentait dangereusement flancher. Mais pourquoi fallait-il que ce soit en face de ce mec hautain qui ne lui inspirait pas confiance ? Un vertige le prit et il tangua avant de se rattraper au mur, se passant une main lasse sur les yeux alors que son visage s'empourprait.
- Si tu ne te sens pas bien, je peux te mener au domaine Hyuuga, l'invita de nouveau Neji sur un ton trop doux pour être honnête.
Et c'est là que la douleur de sa morsure se réveilla. Mais pas comme ce matin où ça n'avait semblé être que l'allumette ayant déclenché le feu de jouissance en lui (il avait fini par l'admettre), mais plutôt comme cette pique violente et colérique qui l'avait transpercé la veille quand il discutait avec Hinata. La voix rauque s'éleva encore. « Fuis pour l'amour du ciel ! Ce quartier n'est pas sûr ! ». Belle ironie quand on voyait que ledit quartier comptait parmi les plus huppés de Konoha. Mais il ne put que donner raison à cette voix, lorsque, perdant à nouveau l'équilibre, il vit d'un mauvais œil Neji s'approcher pour le rattraper. La voix hurla en lui ... puis se tut aussitôt, de même que le brasier qui menaçait de le consumer et que la douleur qui était à deux doigts de lui trancher la nuque. Tout stoppa. Et il put reprendre ses esprits.
Deux bras puissants venaient de le réceptionner, le maintenant dans une prise protectrice contre un torse musclé. Naruto ouvrit les yeux et releva faiblement la tête, étouffant une petite exclamation de surprise en constatant que Sasuke venait d'apparaître à son côté. Le temps semblait arrêté.
- Raven, appela-t-il instinctivement, comme s'il sentait plus qu'il ne savait que son vrai nom ne devait pas être énoncé à voix haute.
Le brun lui lança un furtif regard rassurant. Son œil si dur fondit une seconde dans une expression plus tendre avant de se glacer à nouveau lorsqu'il reporta son attention vers Neji. Ce dernier s'était éloigné d'un bond en le sentant approcher et le scrutait avec une haine et une méfiance plus que manifestes.
- Que fais-tu là ? Demanda Naruto d'une petite voix en se redressant.
- Tu m'as appelé alors je suis venu, répondit-il d'une voix faible mais claire.
- Raven, répéta Neji sur un ton empreint d'une colère noire.
- Hyuuga Neji je suppose ? Demanda Raven avec neutralité en ne prêtant pas attention à Naruto qui venait de s'avachir un peu sur lui, victime d'une nouvelle pointe de douleur.
- Tu n'es pas le bienvenu ici, gronda Neji en serrant les poings tandis qu'il se mettait presque en posture de combat.
Raven esquissa un petit sourire moqueur avant de faire rougeoyer furtivement son regard, mettant Neji encore plus en alerte.
- Te crois-tu à la hauteur ? Tu n'es qu'un bébé à mes yeux, le provoqua alors le vampire.
- Je ne suis pas un amateur, rétorqua Neji avec froideur.
- Pour les tiens peut-être pas. Pour moi, tu ne diffères que très peu de ceux que j'ai déjà eus.
- Monstre !
Et avant que Naruto ne réalise ce qui se passait (il ne réalisait d'ailleurs plus rien depuis que la joute verbale s'était engagée entre les deux bruns), il se sentit presque décoller de terre et ferma les yeux pour lutter contre l'évanouissement alors que tout défilait devant lui à une allure vertigineuse. Deux minutes plus tard, il se retrouva à nouveau victime de la pesanteur et manqua de s'étaler lamentablement (il commençait à devenir un expert en la matière). Mais Raven le rattrapa.
- Merci, marmonna-t-il vaguement en s'agrippant aux manches de sa veste noire.
- Ne me remercie pas. Tout ceci est de ma faute.
Naruto releva la tête pour l'interroger du regard. Puis il sentit son cœur bondir si violemment dans sa poitrine qu'il eut subitement besoin de déglutir bruyamment, comme pour le ravaler et le remettre à la bonne place. Si cette fois-ci le feu menaçait à nouveau de le cramer comme le soleil aurait fait flamber les vampires des films de science-fiction, il aurait bien compris pourquoi au moins.
Sasuke le regardait tristement avec une expression coupable craquante à en damner un saint ... Putain non ! Craquante à en damner Dieu lui-même ! Juste retour des choses ... il avait décidé de bouder Naruto et ses amis, il était normal qu'il fût damné par le vampire le plus foutrement sexy de toute la création !
Le brun ne put s'empêcher de pouffer légèrement face au regard hébété du blond. Il avait l'air d'avoir vu la vierge en personne ! Quoi que ... cette chère Marie ne semblait plus avoir les attributs qui convenaient à ses goûts à en juger par la bave qui coulait lentement au coin de sa bouche alors qu'il dévorait Sasuke des yeux. Comme quoi, un humain était aussi à même de boulotter un suceur de sang ! Ça aussi ce n'était qu'un juste retour des choses.
Réalisant enfin son blocage, Naruto se reprit en balbutiant une vague excuse, rouge de honte. Il s'écarta un peu de Sasuke et vit enfin où ce dernier les avait conduits.
- Ah ... retour à la case départ, constata Naruto en reconnaissant sa résidence. Comment on a fait pour revenir là si vite ?
- J'ai pris un raccourci, répondit Sasuke en montant les marches du perron.
- Un raccourci ... pfff !
Naruto monta les quelques marches à son tour et passa devant Sasuke pour gravir les escaliers. Derrière lui, il n'entendit pas le moindre son mais savait pourtant que le brun le suivait comme son ombre. Devant la porte de son appartement, il entreprit de déverrouiller la serrure sous l'œil dévastateur du vampire qui ne fit que le rendre fébrile et maladroit. Il essayait de garder son sang froid mais pour une raison inconnue la promiscuité avec lui le rendait tout chose (la mauvaise foi j'vous jure !). Au bout de plusieurs tentatives, toutes effectuées sous le regard amusé de Sasuke, il ouvrit enfin la porte et pénétra en vitesse dans l'appartement, s'éloignant autant qu'il le pouvait de son invité qui le mettait bien trop mal à l'aise pour son propre bien.
- Bon, commença-t-il hésitant sans le regarder, je pensais en avoir fini avec mes questions ce matin, mais tu te doutes bien que là, y'a trop de choses qui se sont produites pour que je ferme les yeux.
Il s'assit dans le fauteuil ... puis se releva en vitesse et se cala dans le canapé (trop de souvenirs inhérents à ce bon vieux fauteuil et au tapis devant lui). Sasuke suivit le mouvement et prit la place que Naruto venait de quitter, s'y assoyant avec classe.
- Il n'est pas arrivé tant de choses que ça.
- Tu trouves ? Bah pas moi ! Déjà ce matin Kiba qui débarque et me raconte une histoire de dingues comme quoi maintenant il parle aux chiens...
- Ton ami parle aux chiens ? L'interrompit immédiatement Sasuke en se raidissant très discrètement.
- Euh ... bah c'est ce qu'il m'a raconté. Mais c'est pas si hors du commun que ça. Enfin j'veux dire ... pas dans le monde d'où tu viens, précisa le blond.
- Nh, acquiesça Sasuke en fronçant les sourcils d'un air songeur.
- Enfin bref ! Je disais donc qu'après Kiba, y'a eu ... le ... enfin ...
- Quoi ? Demanda le brun, subitement intrigué devant la gêne de Naruto.
- Euh ... c'est juste ... non rien ! Des élancements là où tu m'as mordu qui reviennent de temps en temps, esquiva le blond en se fustigeant intérieurement d'être un tel trouillard.
Elle était belle sa promesse de lui coller son pied au cul pour ce qu'il vivait par sa faute ! Mais maintenant qu'il se retrouvait vraiment en face de l'individu incriminé ... plus personne ! Et ça l'énervait superbement de ne pas être capable de lui donner son point de vue à ce fichu apollon qui se prélassait dans son fauteuil ! Mais dire aussi ... comment était-il possible de rester fâché contre cet homme magnifique ? Ok ... son cerveau partait encore dans un délire. Et il se colla une baffe mentale, maugréant de nouveau (très silencieusement) contre sa couardise. « Dégonflé » dit la voix rauque en lui ... et il ne put même pas la contredire.
De l'autre côté, Sasuke se retenait bien d'éclater de rire (de mémoire de vampire, jamais l'un des siens ne s'était laissé aller à de telles démonstrations dégradantes en publique et il s'abstiendrait bien d'être le premier à faillir) alors que Naruto était en plein débat intérieur et que chacune de ses pensées se lisait sur son visage si expressif. Plus qu'un livre ouvert, c'était un écran géant retransmettant le DVD de ses émois. Plus facile à décrypter tu meurs ... pour peu que cela fût possible évidemment.
- Enfin quoi qu'il en soit ! Après je suis sorti me promener et là, surprise ! Rencontre du troisième ... euh nan ça c'est les aliens ... donc, rencontre du quatrième type avec un de tes semblables.
- Pardon ? Dit Sasuke d'une voix si forte que cela fit sursauter Naruto.
- Bah euh ... un vampire quoi. Un mec qui m'a dit s'appeler Empty et qu'il était comme ton frère, répondit Naruto d'une petite voix en voyant le regard de son vis-à-vis s'assombrir dangereusement.
Ce dernier se leva ensuite et se mit à arpenter la pièce d'un air songeur à une vitesse telle que Naruto en eut rapidement le tournis.
- Ainsi que je le soupçonnais, l'entendit-il marmonner.
Une seconde plus tard, il s'était rassis à sa place et scrutait le blond d'un air très sérieux. Abasourdi, Naruto mit bien vingt secondes à comprendre qu'il fallait regarder en direction du fauteuil et non plus ... partout dans la pièce.
- Dis Sasuke ... qui c'était ce mec au juste ? Risqua Naruto en voyant bien que l'autre était toujours un peu perdu dans ses réflexions.
- Comme il te l'a dit. Empty a été, non pas mon frère à proprement parler, mais mon frère d'arme il y a environ 70 ans. Nous avons grandi ensemble mais des dissensions entre nos deux familles nous ont séparés.
- Vos familles sont ennemies ?
- Pas ouvertement, mais ça ne saurait tarder si Empty est dans les parages ... quoi que je doute qu'il y soit venu de son plein gré. Fake est sûrement l'instigateur de tout cela, dit Sasuke peut-être plus pour lui-même que pour Naruto qui ne comprenait pas grand chose.
- Et Fake ? C'est qui ?
- Son aïeul. Son arrière-arrière grand-père. Il a été son mentor aussi. C'est un être très secret et aussi vil que manipulateur. Mon père ne l'a jamais aimé et Hawk encore moins.
- Hawk c'est qui ? Questionna ensuite Naruto en se demandant s'il en verrait le bout de tous ces nouveaux noms.
- Mon arrière-arrière-arrière-arrière grand-père. Le plus ancien d'entre nous à l'heure actuelle. Fake a été son bras droit pendant longtemps.
- Il a l'air de quelqu'un d'important.
- C'est parce qu'il est le chef de ma famille, répondit Sasuke.
Il répondait aux questions sans trop faire attention, pensant plus à la tournure que prenaient les événements qu'à la curiosité de Naruto. Mais devant son air de plus en plus perdu, il ne put que poursuivre son récit ... au moins les grandes lignes.
- Pour dire les choses simplement. Les Uchiha – ma famille donc – font partie de la classe dirigeante de notre société ... pour ne pas dire qu'ils en sont le sommet. Hawk est comme un grand seigneur, ou un roi et Fake, qui est à la tête d'une autre famille noble mais à un degré légèrement inférieur, l'a secondé pendant quelques siècles. Cependant, sa soif de pouvoir était bien trop importante et quand Hawk s'en est rendu compte, il l'a évincé. Fake a juré de se venger ... et il semblerait bien que la configuration des évènements aille dans ce sens.
- Tu fais partie de ... la royauté ? Simplifia Naruto en sifflant presque d'un air impressionné.
- Tu peux le voir ainsi. Mais c'est bien plus complexe en réalité. Notre société est régie par un conseil formé des plus vieux et sages vampires issus des familles aristocrates, mais il est vrai que les Uchiha ont un poids bien plus important que les autres à cette table.
- Uchiha ... c'est pour ça la chevalière ? Demanda Naruto en faisant glisser un œil vers l'index du brun.
- Oui. Je ne pensais pas que tu remarquerais. Tu es plus observateur que je ne le croyais.
- C'est juste que ça m'a interpelé. Mais donc, l'histoire avec cet Empty c'est quoi ? Parce que quand je l'ai vu il a eu l'air intrigué par moi avant de se détourner complètement ... et il m'a fait flipper j'te raconte pas.
- Flipper comment ?
- Quoi tu sais pas c'que c'est ? C'est pourtant pas compliqué. Quand je l'ai vu mon corps s'est raidi d'un coup, j'ai eu un frisson et une voix dans ma tête n'arrêtait pas de me dire de filer en vitesse.
- Une voix, vraiment ? Demanda Sasuke en ayant subitement l'air très intéressé.
- Oui ... bah ! Mécanisme naturel de défense ! J'étais pas rassuré devant ce mec alors mon instinct me disait de me casser. Insiste pas là-dessus comme si c'était si incroyable ou invraisemblable.
- Ce n'est ni l'un ni l'autre en vérité. Pas pour toi en tout cas.
- Et ça y est tu remets ça, soupira le blond. On dirait vraiment que tu sais quelque chose d'important sur moi et ça me gonfle alors accouche !
- C'est une histoire trop longue et trop compliquée pour être racontée par de simples mots. Il faut la vivre pour en saisir toute l'ampleur.
- Et où t'as garé ta machine à voyager dans le temps ? Se moqua Naruto.
- Nous n'en aurons pas besoin. Tu détiens déjà toutes les révélations.
- Gué ? S'étonna très intelligemment le blond (très blond pour le coup).
- Je t'avais dit de ne pas oublier ton rêve ...
Et là, un petit déclic se fit. Naruto se remémora leur précédente conversation et une phrase en particulier...
- ''Ce sont des images de notre passé'', répéta-t-il bouche bée. C'est vrai que tu m'as dit ça sur le coup ... mais ça avait l'air de dater sérieusement cette histoire ! Comment je peux avoir ça dans la tête ?
- C'est un souvenir que je t'ai donné. Un parmi bien d'autres que j'ai caché dans ton esprit.
- Comment t'as fait ça ?
- Lors de notre toute première rencontre au bar. Lorsque nos yeux se sont croisés, j'ai immédiatement senti que tu étais celui que je cherchais et je t'ai tout donné. Ça s'est bloqué quelque part dans ta mémoire. Mais tu n'as rien vu parce que tu n'avais pas conscience encore de tout cet univers qui évoluait parallèlement au tien.
- Pourquoi j'ai fait ce rêve alors ? Vu comme tu l'dis, j'aurais pas dû le voir.
- Ceci est dû à notre rencontre dans la ruelle la deuxième fois. Lorsque j'ai goûté ton sang pour t'éveiller. Ç'a été un choc pour toi et ton esprit a essayé de chasser ce qu'il jugeait dangereux. Les barrières se sont affaissées pendant ton sommeil et tu as revécu l'un des souvenirs.
- Ce souvenir ... c'était un massacre ! Est-ce que c'était toi qui...
Sasuke secoua négativement la tête, rassurant légèrement Naruto.
- C'était mon père. Et il s'agissait d'une chose qu'il ne s'est jamais pardonné. Une mission accomplie pour Hawk. Le poids de la culpabilité a eu raison de lui deux décennies plus tard et il est parti avec ma mère.
- Tes parents sont...
Sasuke acquiesça. Naruto se sentit soudain très mal, car ça ne pouvait que lui rappeler ce qu'il avait lui-même perdu et il s'en voulait d'avoir forcé le brun à revivre ça. Ce dernier s'en rendit compte et le rassura tout de suite.
- Je ne suis pas triste tu sais. Les vampires sont moins réceptifs aux émotions comme je te l'ai déjà dit.
- Oui mais ... c'était quand même tes parents, dit Naruto d'une petite voix penaude.
- Et ils étaient des gens très bien. Si Père avait pu vivre tout ce temps avec un tel fardeau sur les épaules, c'est qu'il n'aurait pas été cet être droit et fort que j'admirais. Et si Mère n'avait pas décidé de partir avec lui, c'est que la force de leur amour aurait été fanée par le temps. Mais ils sont partis amoureux et en paix. C'est tout ce dont j'ai besoin. Et si suite à cela, un quelconque sentiment devait m'habiter, ça ne pourrait être que la colère. Mon père a été précipité dans quelque chose de bien trop gros qui encore maintenant, risque bien de tous nous faucher.
- Qu'est-ce que c'est ? Ça me concerne ?
- Oui. Ça te concerne et pour le comprendre, tu dois le vivre.
- Avec les souvenirs ? Fais les remonter alors ! Je veux savoir ! J'ai toujours senti qu'il y avait un élément fondamental que j'ignorais à propos de moi, et même si cette ombre s'est dissipée au cours des années, je n'ai jamais pu l'oublier. Maintenant encore moins. Je veux savoir ! S'emporta presque Naruto.
- Je ne peux pas faire remonter ça si facilement tu sais.
- Mords-moi ! Ça avait marché la première fois.
- Non, la morsure est un acte violent qui a donc ravivé le souvenir le plus violent que j'avais placé en toi. Le reste ne suivra pas comme ça. Mais une forte émotion suffira à faire lâcher les scellés de ta mémoire.
- Tu ne peux pas tout débloquer avec tes yeux ?
- Le sharingan – c'est ainsi que nous nommons notre pupille dans ma famille – permet de transmettre bien des choses à une personne et même de les lui faire vivre sous forme d'illusion. Pour un humain normal ça marcherait bien mais toi ...
- Qu'est-ce que j'ai ?
- Tu as quelque chose de puissant enfoui en toi et qui te protège en permanence, même si tu n'en as pas conscience. C'est elle qui filtre tout. Mon sharingan est très puissant et j'ai pu te donner les images, mais c'est à toi de les débloquer volontairement.
- Et comment je fais ça ?
- Une forte émotion. Je te l'ai dit. Ça affaiblira tes défenses psychiques.
- Côté émotions fortes j'ai eu mon lot et pourtant ... nada.
- Chacun a un type d'émotion qui le bouleverse plus que tout. Ça peut être le stress, la colère, la peur ... mais toi ce n'est rien de tout ça.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Que ressentais-tu quand tu pensais à moi et que je n'étais pas à tes côtés ?
Le blond rougit violemment à cette question, détournant les yeux.
- Je vois que tu as la réponse, dit Sasuke en esquissant un sourire satisfait.
- Quelle réponse ? Quand je pensais à toi mon corps faisait n'importe quoi à cause des conneries que t'as greffées dans mon cerveau. Y'a rien de normal là-dedans !
- Bien sûr que si. Je t'ai aussi déjà dit que ton instinct s'était éveillé à mon contact. Le tien est si fort que tu ne le domines pas complètement. Si bien que les émotions plus puissantes que tu ressens sont exacerbées de façon totalement démesurée.
- Bah tiens ! T'es en train de me dire qu'avant je me mentais à moi-même et que maintenant j'suis gay et dingue de toi par-dessus le marché ?
- ...
- Euh attends ! C'est pas ce que j'voulais dire ! J'suis pas ... euh ...
- Tu as dit ça sous le coup d'une impulsion.
- Oui c'est ça !
- Et ça n'a fait que te révéler ce qui n'était pas évident pour toi il y a encore une minute.
- Eh ! Interprète pas ça comme ça te chante !
Devant l'entêtement du blond, Sasuke perdit patience et décida de prendre les choses en mains. Il se leva d'un bon et en un millième de seconde, il se retrouva contre Naruto, une main au creux de ses reins, l'autre sur sa joue et le visage à quelques millimètres du sien.
- Que ... qu'est-ce tu fous ? Demanda Naruto en se mettant à trembloter nerveusement.
- Les mots ne te convaincront pas. Alors je vais te montrer à la place.
- Montrer qu...
La fin de sa phrase se perdit sous les lèvres purpurines de Sasuke. Ce simple contact suffit à tout chambouler en lui et il devint instantanément aussi flagada qu'une gelée anglaise. Sasuke approfondit le baiser en taquinant de sa langue les lèvres de Naruto qui ne se fit pas prier et lui autorisa l'accès sans même se poser de question. Le brasier de son corps était plus déchaîné que jamais mais cette fois-ci, il n'était absolument pas douloureux. Il comprit alors que la douleur n'était due qu'à l'absence de ce bras autour de sa taille, de cette main sur sa joue, de ce corps contre le sien. Il était drogué ... dépendant de cet homme comme il l'aurait été de l'héroïne. Mais étrangement, il n'en fut pas surpris. Le blond se laissa alors totalement submerger par l'érotisme titanesque de la situation, s'abandonnant à la langue experte de Sasuke qui n'en finissait plus de ravager sa bouche. Son haleine était fraîche et chaque souffle l'envoyait bien au-delà de la simple notion de plaisir. Le monde autour de lui n'existait plus ... et cela permit au monde en lui de se réveiller.
Pris dans le baiser, un tremblement puissant secoua tout son corps et la surprise le fit écarquiller les yeux, mais Sasuke ne lâcha pas prise. Au contraire même, le gémissement étouffé de Naruto provoqua un regain d'ardeur chez lui et il emporta le corps pressé contre lui vers le mur pour l'y plaquer avec force. Naruto gémit à nouveau, plus transcendé encore par un plaisir qui devenait si incontrôlable que ça le terrifiait presque. Un autre tremblement le secoua et cette fois-ci, il plongea totalement dans une myriade d'images qui défilaient sous ses yeux.
Elles se déroulaient à une allure incroyable. Vite, plus vite, plus fort. Et plus ça allait, plus il avait le sentiment de ne plus les voir mais de les sentir et de les toucher. Mais pas encore ... un grognement s'éleva. Était-ce lui qui avait produit ce son ? On aurait dit un animal sauvage. En l'entendant, Sasuke s'enhardit encore, agrippant les poignets de son captif pour les coincer au-dessus de sa tête d'une main tandis que l'autre se faufilait sous son T-shirt et glissait sur son torse. Il introduit une jambe entre les cuisses du jeune homme et la remonta pour venir presser son entre-jambes victime d'une poussée hormonale sans précédent dans la vie de l'Uzumaki, puis ondula des hanches avec volupté contre le corps du blond. Le plaisir rendait ce dernier sauvage et débridait ses instincts les plus primaux.
C'est là qu'il le vit. Ses yeux étaient écarquillés mais son regard était vitreux. Il ne voyait plus rien de ce qui existait. Il était dans le noir le plus complet et face à lui, se tenait un gigantesque renard dont les flamboyantes couleurs rouge et orange lui donnaient l'impression de se tenir face à un amas de lave en fusion et de feu. L'énorme tête de la bête descendit aussi majestueusement que dangereusement vers lui et il ne pouvait s'empêcher de fixer avec déférence et respect les deux yeux rubis qui ne le lâchaient pas. Beaucoup seraient morts d'une crise cardiaque à la vue d'un animal aussi démesuré. Mais lui n'avait pas peur. Il sentait que cet être ne lui ferait aucun mal. Il sentait qu'il le connaissait. Il sentait qu'ils étaient liés ... et surtout il sentait qu'il avait toujours été proche de lui.
La gueule parée de deux impressionnantes rangées de crocs se fendit en un sourire avant que la voix rauque qu'il avait déjà entendue plus tôt dans la journée s'élève à nouveau.
- Nous nous rencontrons enfin petit.
Naruto frissonna sous le grondement qu'avait émis cette voix, résonnant à l'infini dans le vide qui l'entourait. Mais il ne vacilla pas, et cela sembla plaire au renard.
- Qui êtes-vous ?
- Est-il besoin de le préciser ? Au fond de toi, tu le sais déjà.
- ... Kyuubi, dit-il sans le réaliser pleinement.
Le renard acquiesça, faisant onduler ses queues autour de lui. C'est à ce moment que Naruto remarqua qu'il en avait plusieurs. Neuf compta-t-il.
- Kyuubi, répéta Naruto. Tu es ... en moi ?
- Depuis toujours.
- Pourquoi ?
- Te sens-tu prêt à connaître ton histoire ? Je détiens la clé de ton passé. Il ne tient qu'à toi de me la demander.
- Je suis prêt, déclara Naruto d'une voix forte et assurée.
- Bien. Car le voyage ne sera pas facile.
Kyuubi se redressa, scrutant toujours Naruto. Puis l'espace autour d'eux sembla se remplir d'eau. Le niveau montait et montait. Naruto sentait le liquide à ses chevilles, puis à ses genoux, puis à son bassin. Il paniqua un peu quand l'eau atteignit son cou, mais en face de lui, Kyuubi le regardait sans broncher. Alors il comprit et se laissa sombrer.
Note de l'auteur : Le troisième chapitre est donc dans la boîte. Alors ? Toujours aussi bien ? Moins bien ? Mieux ? Envoyez-moi ma dose de reviews j'ai besoin de savoir ! XD
Chapitre 4 "Le choix d'une vie" en ligne Dimanche 5 Juillet. Passez une bonne semaine !^^
