Auteur : Lonely Seira
Titre : J'ai les crocs
Genre : Humour/supernatural/Angst/drama/shonen-ai/UA/léger OOC
Rating : M
Pairing : Sasu/Naru entre autres
Disclaimer : Sasuke ? Naruto ? Bah ... pas à moi ! Et vu ce que je leur fais subir, ils sont définitivement plus heureux avec Masashi Kishimoto.
Chapitre 4 : Le choix d'une vie
Naruto avait toujours aimé la nuit. Univers de mystère souvent propice à la fête et aux délires entre amis autant qu'aux moments de calme et au repos. Mais là, il la redoutait. L'atmosphère était par trop différente de celle qu'il affectionnait pour ne pas y prêter attention. Cette nuit qui lui était si agréable était devenue dangereuse. La première fois, durant ce cauchemar qui l'avait frappé sans crier gare, il n'avait fait que subir. Cependant en cet instant, il était pleinement conscient de ce qu'il vivait et s'en trouvait donc d'autant plus libre. Au moins libre de penser et de contrôler ses sentiments, mais ses actes échappaient toujours un peu à son emprise. Il devait voir, alors il suivait le flot des images ... ou plutôt le flot des situations. Car les images si éloignées étaient devenues réelles. Atrocement réelles. Pourtant, rien ne s'était encore produit.
Il se sentait comme une ombre, progressant vers un manoir absolument gigantesque qui s'élevait au sommet d'une colline. Des torches éclairaient le chemin qu'il arpentait et révélèrent des grilles dotées de lances meurtrières qui auraient dissuadé n'importe qui de faire un pas de plus. Mais Naruto n'y fit pas attention et poursuivit son chemin vers cet endroit qui l'appelait. Il pénétra dans le hall d'entrée dont la porte d'accès, bien qu'ouverte, était fortement gardée par plusieurs hommes ... ou plutôt vampires. Il traversa ensuite le hall, entra par une porte au fond avant de descendre un escalier en colimaçon qui donnait sur un tunnel. Il le parcourut en quelques enjambées et atterrit dans une vaste pièce dont les innombrables colonnes et les voûtes donnaient l'impression d'appartenir à une cathédrale. Mais aucune fenêtre ne venait percer l'uniformité si glaciale des hauts murs qui l'entouraient. Il se trouvait vraisemblablement dans une salle souterraine ... pas dur à deviner quand on partait du rez-de-chaussée pour descendre.
Tout au long du chemin, il avait bien remarqué que les sensations étaient étrangement plus faibles que lors de son rêve, comme s'il ne possédait pas de corps. Cette fois-ci, il était là en tant que simple spectateur alors peut-être que le fait de le savoir l'empêcherait de plonger à nouveau dans le corps d'un autre et de subir ses actions. Et puis ça n'avait pas été n'importe quel autre en plus, car il avait compris que celui dont il avait occupé momentanément l'enveloppe avait été le père de Sasuke. Logique puisque d'après ses dires, il revivait les souvenirs de cet homme. Cette pensée ne put que le faire frémir car il ne se souvenait que trop bien des actes proférés cette nuit-là. Quand bien même il les avait regrettés par la suite, ça n'atténuait en rien leur atrocité.
Essayant tant bien que mal de se défaire d'une part de son appréhension qui allait grandissante, il se concentra sur le souvenir dans lequel il évoluait. Dans l'immensité dénuée de vie de cette salle, il aurait été facile d'entendre les pas résonnants d'un éventuel intrus, pourtant Naruto dut attendre de voir effectivement quelqu'un pour se rendre compte qu'il n'était pas seul ... et ce probablement depuis qu'il avait commencé son incursion dans le souvenir. Il y avait fort à parier qu'il n'avait fait que suivre cette personne depuis le début sans même le réaliser. Ces maudits vampires avec leur fichue discrétion ... ne pouvaient-ils pas faire le moindre effort pour se montrer un peu moins flippants, au moins en signalant leur présence ? Vraiment, quel manque de considération !
Le blond se secoua en constatant qu'il se perdait à nouveau dans des pensées futiles alors que sa présence en ce lieu était primordiale. Sa soif de savoir prit alors l'ascendant sur lui et lui fit forcer l'allure pour rejoindre cet inconnu qui – inconscient qu'on le suivait à la trace – se dirigeait avec fluidité et rapidité vers une double porte massive au fond de la grande salle. Stoppant devant les lourdes portes de chêne ornées de gravures montrant la noblesse des lieux (comme si la taille du manoir ne suffisait pas), il frappa deux coups secs sans hésitation. Dans l'attente d'une réponse de l'autre côté, Naruto en profita un instant pour détailler cet homme. Il était de haute stature, de la même taille que Sasuke et lui-même, et sa carrure était légèrement plus carrée que la sienne. Bien que puissamment musclé d'après ce qu'il pouvait deviner sous la longue cape noire qu'il portait, son maintien était aussi porteur d'une grâce et d'une élégance qui dénotaient du rang de ce grand brun. Il portait ses cheveux assez courts, qui retombaient en de courtes mèches sur son front. Son regard était d'un noir profond et restait sévère et froid. Sa bouche aux lèvres fines, qui n'allaient pas sans lui rappeler celles de Sasuke, semblait perpétuellement figée en une moue agacée et stricte.
Enfin, une voix forte invita l'homme à entrer, ce qu'il fit d'un geste vif. Naruto le suivit dans l'autre salle, remarquant au passage que sa démarche était en tout point similaire à celle qu'il avait eue lors de son cauchemar. Il s'agissait donc bien du père de Sasuke. Naruto détourna son attention de cet homme pour regarder l'endroit où il venait d'entrer. C'était une autre salle, circulaire celle-ci avec un plafond un peu plus bas, mais toujours les mêmes voûtes et colonnes. Au fond de la salle, une volée de marche menait à un imposant fauteuil de bois sombre et recouvert d'une draperie rouge sang. Sur ce fauteuil, se tenait assis un autre homme brun dont les traits étaient assez proches de ceux de l'homme qu'il avait suivi. Sur les côtés de ce fauteuil, d'autres personnes se tenaient sur des sièges plus petits, mais tout dans leur apparence criait néanmoins leur âge et leur importance.
- Nous t'attendions Fugaku. As-tu des nouvelles à apporter au conseil ? Demanda l'homme qui présidait l'assemblée avec une voix grave qui provoqua un désagréable frisson chez Naruto.
Le dénommé Fugaku s'inclina (non sans une certaine réticence à en juger par son très bref moment d'hésitation) puis répondit d'une voix un peu trop sèche pour que l'on n'y décèle pas un ennui prononcé (c'était du moins ce que pensait Naruto) :
- Effectivement Hawk, je suis porteur d'une nouvelle de la plus haute importance.
- Allons Fugaku, aucun de ces chiens d'humain n'est là pour polluer notre espace. En conséquence, point n'est utile de faire usage de nos noms de chasseur en ces circonstances ne crois-tu pas ? Répondit le dénommé Hawk sur un petit ton amusé qui sonna pourtant comme une menace dissimulée.
Fugaku se redressa fièrement, ne manquant pas de jeter un œil noir à son vis-à-vis qui souriait discrètement.
- J'agirai selon votre convenance Madara, dit-il en inclinant légèrement la tête. Pour ce qui est des informations que je détiens, le conseil m'autorise-t-il à les lui remettre dès maintenant ?
Madara fit un signe de main nonchalant pour l'inviter à poursuivre.
- Tous les signes s'accordent à dire que la prophétie est des plus fiables, dit-il simplement en provoquant un élan de murmures et de sursauts dans l'assemblée.
C'est à ce moment que Naruto réalisa qu'en plus des personnes siégeant aux côtés de Madara, des dizaines d'autres se tenaient debout dans les ombres des colonnes, ne trahissant leur présence que par de subtils mouvements ou des messes-basses qui s'estompèrent dès que Madara leva la main pour ramener la salle au calme.
- En es-tu bien sûr ? Il ne s'agissait pourtant que des dires d'une quelconque prêtresse humaine sur le point de s'éteindre, rétorqua vivement Madara dont le petit sourire s'était vu muer en un rictus mauvais et suspicieux.
- C'est pourquoi lorsque nous avons été avertis, je me suis proposé pour enquêter moi-même afin qu'il n'y ait aucune ambiguïté sur la teneur de ces révélations. Je me suis rendu sur les terres appartenant à la congrégation du temple d'où était originaire la prêtresse, et c'est là que j'ai appris l'existence des Sannins.
- Que sont-ils ? Demanda abruptement Madara.
- Trois prêtres du Temple du feu, comptant parmi les plus puissants jamais connu chez les humains à ce jour. La jeune prêtresse avait, semble-t-il, été envoyée sur les lieux de chasse par ce trio en toute connaissance de cause afin que la prophétie nous soit transmise.
- Ce que tu dis est insensé ! Pourquoi nous auraient-ils prévenus, en sacrifiant l'une des leur qui plus est ?
- La décision a été mise au vote après que la prophétie s'était révélée à eux. Et ils ont choisi de la transmettre à tous les acteurs de cette guerre à venir pour donner une plus grande chance à leur race. C'est une chose que je conçois totalement, car il y a tout de même une forte probabilité pour que cela se déroule à notre avantage.
- Pourrais-tu nous en dire plus sur ces Sannins ? Sont-ils dignes de confiance ? Demanda subitement l'homme assis à la droite de Madara.
- ... Je le crois oui, répondit Fugaku après un furtif froncement de sourcil.
Naruto sentit dans cette brève réponse une puissante animosité qu'il était pourtant impossible de voir dans l'attitude mesurée et calme de Fugaku. Le blond se demanda alors si, de même que la première fois, il était en mesure de percevoir les sentiments de celui qu'il suivait, même s'il n'habitait plus son corps. Cette haine qui couvait ne put que l'intriguer quant à l'identité de cet homme qui scrutait Fugaku avec un air calculateur ne lui plaisant guère. Il semblait vieux (même pour un vampire) et son visage, partiellement masqué par des bandages, était creusé de rides profondes qui le figeaient dans une expression ... bah de grand vilain, y'avait pas d'autre moyen de le qualifier. Naruto eut l'impression que la seule chose qui manquait au tableau était une pancarte lumineuse pointée vers lui et indiquant « Super méchant de l'histoire ». Se remémorant ensuite les quelques mots qu'avait lâchés Sasuke, il se demanda si cet homme n'était pas Fake, le bras droit un peu trop ambitieux du leader Uchiha.
- Et donc ? Ces Sannins ? Insista le vilain.
- Danzô, nous devrions nous concentrer sur l'ampleur que pourrait atteindre cette prophétie et non sur ceux qui l'ont faite. Si Fugaku les juge dignes de foi, ne cherchons pas plus loin, coupa Madara avant que Fugaku n'ait pu répondre.
- Il me paraît au contraire nécessaire que nous sachions qui va, en un sens, bouleverser notre existence ne pensez-vous pas ? contra ledit Danzô d'une voix ... presque onctueuse.
Il ne lui faudrait plus qu'une brosse pour lui lustrer le poil dans le bon sens, pensa Naruto en grimaçant. Dieu qu'il haïssait les hypocrites.
- Mmh, certes, concéda Madara en se rendant compte que d'autres dans l'assemblée partageaient son point de vue. Poursuis donc Fugaku.
Ce dernier acquiesça brièvement et commença à parler :
- Ces trois prêtres du Temple du feu sont appelés Jiraiya l'ermite, Orochimaru le serpent et Tsunade la Godaime. Leur surnom vient de leurs origines. Jiraiya a appris l'art de la divination auprès des ermites du sanctuaire des grenouilles, Orochimaru a perfectionné son habileté avec les moines vénérateurs du grand serpent et Tsunade, seule à être véritablement issue du Temple du feu, en est la cinquième grande prêtresse, d'où son titre de Godaime. Ils se sont réunis pour accroître leurs pouvoirs et mieux servir les humains pour lesquels ils se sont dévoués. C'est à la demande d'Orochimaru que la prophétie a été révélée. Tsunade et Jiraiya semblaient contre, mais la force de persuasion de ce serpent paraît presque aussi efficace que notre sharingan.
- Nous devrions lui en être reconnaissant, remarqua Madara. Au moins nous savons à quoi nous en tenir. Même si, comme toutes les prophéties, les données que nous possédons sont pour le moins vagues. As-tu pu obtenir des précisions ?
- Aucune. Notre propre prophétesse n'a rien pu nous préciser, si ce n'est que cette prophétie se réalisera. Nous ne savons pas quand ou par qui. Mais elle arrivera.
- Alors il nous faut agir, dit Danzô. Si ce que tu dis est vrai et que tous les concernés ont été prévenus, il est certain que les Gardiens prendront part à cela.
Un nouvel élan de murmures secoua la salle tandis que Madara, qui semblait en proie à une intense réflexion, et Fugaku, qui attendait le verdict, se fixaient du regard sans ciller une seule seconde. Enfin Madara se leva, faisant taire net tous les vampires présents.
- Et nous agirons ! Déclara-t-il d'une voix forte sous les murmures approbateurs de la foule.
Suite à cette décision, Naruto qui ne comprenait ni d'Eve ni d'Adam de quoi il était question, sentit brusquement une profonde colère et une vive déception l'envahir, avant que tout cela ne soit chassé par une appréhension démesurée. Cela venait-il de lui ... ou de Fugaku ? Il ne put se poser la question bien longtemps car une ombre tomba autour de lui et les images changèrent.
Lorsqu'il reprit ses esprits, il vit que la pièce où il se trouvait était bien plus petite mais toujours d'aspect froid et vieillot avec des petites colonnes, une grande table de bois massif en son centre, des chandeliers un peu partout, mais avec des fenêtres ce coup-ci, cachées par de très épais rideaux de velours vert foncé. Il était toujours dans un manoir apparemment. Que Sasuke lui reproche encore d'avoir des préjugés tiens ! Des vampires vivant dans un grand manoir lugubre y'a pas plus cliché. Manquait plus qu'à savoir où ils planquaient leurs cercueils ... ils devaient bien avoir une crypte avec une baraque de cette taille ! ... Si tant était qu'il se trouvait toujours dans l'espèce de château à la Comte Dracula qu'il avait vu plus tôt. S'en était peut-être un autre. S'affranchissant des doutes quant à sa localisation précise qui n'avait pas grand intérêt, il fit le tour de la pièce pour voir dans quel souvenir il avait été dirigé cette fois.
Il n'eut cependant pas le temps de s'attacher aux détails que des éclats de voix lui parvinrent aux oreilles. Il se tourna vers la porte d'où ils provenaient au moment où le battant s'ouvrait à la volée, laissant entrer deux hommes qui se querellaient.
- Voyons Madara ! Vous n'y songez pas ! S'exclama Fugaku qui emboîtait le pas du premier.
- La décision a été unanimement entérinée par le conseil. Je n'ai pas à revenir dessus avec toi, répondit sèchement Madara.
- Folie ! Il s'agit d'un génocide enfin ! S'indigna Fugaku.
- Quelle importance ? Ce n'est rien de plus qu'une poignée d'humains. Il y en a des millions d'autres. La perte pour notre peuple ne sera pas dramatique.
- Mais de quelle perte parlez-vous ? Je n'ai fait nulle mention de notre survie à ce que je sache. Ce n'est pas parce que les humains sont notre moyen de subsistance que nous pouvons arbitrairement décider d'un tel massacre sous couvert d'une prophétie ! S'emporta Fugaku.
Madara qui, jusqu'alors, tournait résolument le dos à son interlocuteur, fit volte-face pour toiser Fugaku avec froideur. Celui-ci resta pourtant campé sur ses positions en affrontant l'autre du regard, montrant là toute l'ampleur de sa désapprobation.
- Par les cornes de Belzébuth ! Je ne peux pas croire qu'un tel discours sorte de la bouche d'un Uchiha ! Vociféra le plus âgé.
- En quoi cela est-il une honte ? Je dis simplement qu'il est insensé de s'abaisser à de telles extrémités.
- Pour la pérennité et la prospérité de notre race c'est pourtant ce que nous allons faire. Et tu devras toi aussi prendre part à cette tâche ! Déclara Madara d'une voix tonitruante qui gronda dans les murs au point que même sans corps, Naruto en trembla de trouille en se ratatinant presque sur place.
Face à cette montée de colère et d'autorité, Fugaku n'osa pas répliquer et se contenta de dévisager son vis-à-vis avec neutralité, bien qu'un sentiment d'horreur fût en train de le glacer jusqu'aux os. Devant son absence de réaction, l'expression de Madara s'adoucit quelque peu et il poursuivit d'une voix plus mesurée :
- La répartition a déjà été décidée. Rien ne sera laissé au hasard. Les différentes divisions auront un an pour enquêter afin d'être sûres que tous auront été trouvés. L'an prochain à la même date, l'éradication débutera.
Naruto sentit une vague de résignation monter peu à peu en lui. Mais comme il ne comprenait toujours pas ce qui se passait, il réalisa bien vite qu'une fois de plus, cela venait du père de Sasuke. Ce dernier se redressa fièrement et demanda avec une voix dénuée d'hésitation :
- Comment cela va-t-il s'organiser alors ?
- Les plus grands clans ont été identifiés. Devant l'avancée de la modernité, les anciennes croyances ont commencé à s'épuiser et il n'en reste plus beaucoup aujourd'hui. Il est même probable qu'ils finissent pas s'éteindre sans avoir besoin de notre intervention.
Fugaku eut vraisemblablement envie de répliquer à cela mais s'abstint immédiatement en laissant son interlocuteur finir son explication. Celui-ci se détourna et commença à arpenter la pièce en faisant le tour de la table, tout en parlant :
- Les Sarutobi, clan des esprits singes, seront sous la responsabilité de Nagato. Les Nara, clan des esprits cerfs, seront pris en charge par Obito. Les Inuzuka, clans des esprits chiens, reviendront à Shisui. Et tu te chargeras des esprits renards, finit Madara en fixant à nouveau Fugaku pour voir sa réaction.
- Même les esprits renards ? Avez-vous donc perdu l'esprit ? S'emporta le père de Sasuke en écarquillant les yeux. Ils sont d'une redoutable puissance et sous la protection directe des Gardiens enfin !
À sa grande surprise, Madara se mit à sourire d'un air mauvais alors que son regard se teintait dangereusement de rouge. Puis il dit sur un ton glacial et amusé :
- Non, ils ne le sont plus.
- Co... comment ça ? S'interloqua Fugaku.
- C'est une information qui nous est parvenue il y a de cela quelques jours. C'est d'ailleurs elle qui nous a amenés à prendre la décision de cette éradication.
- Que s'est-il passé ? Les esprits renards et les esprits chiens ont toujours eu un pacte avec les Gardiens pour que les leurs soient maintenus loin de la portée de nos crocs !
- Sauf que quand les Gardiens ont été informés de la prophétie par une prêtresse des Sannins, ils ont dû réagir aussi vite que nous et choisir leur politique, expliqua Madara en ne dissimulant pas sa joie morbide. Et ils ont finalement jugé que la protection des clans aux esprits animaux était un engagement trop risqué pour le reste de l'humanité. Ils ont informé les familles que les Gardiens seraient uniquement là pour protéger le commun des mortels.
- Impossible, souffla Fugaku, visiblement atterré.
- Mais véridique ! Tous les clans animaux sont maintenant livrés à eux-mêmes face à nous et ne pourront compter sur aucune alliance. J'ai même entendu dire que certains extrémistes parmi les Gardiens avaient soumis l'idée de les faire tous disparaître afin que la prophétie ne puisse jamais s'accomplir. Ils n'iront pas jusque là bien sûr, mais ils nous laisseront faire notre travail.
Ce fut sur ces dernières paroles que la discussion prit fin. Madara quitta la pièce tandis que Fugaku restait en arrière. Si les vampires n'avaient pas eu un don infaillible pour dissimuler leurs émotions, Naruto aurait été certain de voir cet homme si fier s'effondrer. Lui-même commençait à sérieusement redouter la finalité de cette histoire. Il ne savait toujours pas de quoi parlait cette prophétie mais ce qu'il venait d'entendre ne lui plaisait guère. Ce d'autant plus que le nom de famille de son meilleur ami avait été cité. Inuzuka ... le clan des esprits chiens. Son cerveau embrumé avait cherché à repousser l'évidence, mais il paraissait logique que Kiba en soit un descendant. Ne lui avait-il pas expliqué le matin même qu'il pouvait à présent converser avec la race canine ? Pourtant tout cela était on ne peut plus improbable. Des humains liés à des esprits animaux ? Les Nara, les Sarutobi, les Inuzuka ... et les esprits renards. Le nom de cette famille n'avait pas été énoncé, mais Naruto craignait de déjà le connaître.
La scène changea à nouveau. Les ténèbres du manoir furent remplacées par une grande salle aux couleurs rouge et or baignée de lumière. Le blond plissa les yeux un moment pour s'habituer à tant de clarté. Quand il y fut accoutumé, il se mit à jeter un œil partout autour de lui pour voir si cette fois-ci, il serait à même de déterminer le lieu où il se trouvait. Mais ce ne fut pas le cas. La salle était immense, les piliers s'alignaient sur les côtés et étaient peints d'un rouge très vif. Les draperies étaient toutes de la couleur du feu. Au fond de la salle, il y avait un vaste espace aménagé et surplombé par une tenture gigantesque brodée de fils d'or qui traçaient le Kanji du feu. Trois personnes étaient agenouillées dans une posture stricte sur des coussins orange et regardaient avec insistance une quatrième personne toute de noir vêtue et partiellement cachée sous une cape. Naruto s'avança.
- Pourquoi es-tu revenu nous voir ? Demanda avec douceur la femme située au milieu du trio.
Naruto avait beau être intéressé par la suite des évènements, son tempérament de jeune homme ne put que crier au réveil de ses hormones devant la somptueuse poitrine de cette blonde cintrée dans un Kimono gris et vert foncé (ce qui ne tranchait pas du tout avec les couleurs de la pièce ...). Il se mit une bonne claque pour se ressaisir et revint à la scène qui se déroulait devant lui.
- Je voulais que vous m'en disiez plus sur cette prophétie, répondit la voix de l'homme en noir que Naruto reconnut comme étant celle de Fugaku.
- Nous t'avions déjà tout dit la dernière fois, rétorqua un homme très carré et à l'épaisse chevelure blanche à la droite de la blonde.
- Oui mais la tournure des évènements devient alarmante. Il me faut en découvrir davantage pour mieux m'y préparer.
- Tout ceci n'est pas en ton pouvoir, contra le deuxième homme, assis à la gauche des gros seins... enfin de la blonde.
Naruto ne put s'empêcher d'hausser un sourcil face à cet homme efféminé vêtu seulement d'un fin Kimono blanc et dont les longs cheveux noirs qui ruisselaient devant son visage laissaient néanmoins apercevoir un maquillage violet d'un mauvais goût absolument révoltant.
- Mais vous pouvez faire quelque chose !
- Ce n'est plus de notre ressort. Nous avons fait ce que nous devions, répondit la blonde.
- Grande prêtresse Tsunade ! Comment pouvez-vous déclarer une telle chose ! S'exclama Fugaku d'une voix forte qui alarma quelques prêtres sur les côtés. Vous vous êtes quand même dévoués à l'espèce humaine ! Et c'est votre décision de dévoiler la prophétie à mon peuple qui va conduire à ce génocide ! Même les Gardiens ont abandonné ces gens.
- Il s'agit d'un conflit entre les humains et les vampires. Ce sont les choix de tous les acteurs de cette guerre qui décideront de l'avenir de ce monde. Nous n'avons fait que leur ouvrir la voie, répliqua le vieillard aux cheveux blancs.
- Grand prêtre Jiraiya ! Vous...
- Et tu fais toi-même partie de cette espèce ennemie de l'humanité, coupa le troisième grand prêtre. Il serait plus normal que tu t'attaches au bien de ton peuple. Pourquoi te soucier à ce point de quelques vies humaines ?
- Je suis peut-être un vampire qui doit tuer pour vivre, mais je ne suis pas un monstre pour autant. Je sais que mon peuple ne pourra que souffrir de cette guerre et je ne souhaite pas qu'il hâte sa chute en agissant de façon inconsidérée. Les décisions n'ont pas été prises avec des intentions louables je le sais ! Notre leader a simplement peur de ce que ça pourrait provoquer alors il combat le feu par le feu. Ce n'est pas une solution.
- Ce n'est pas à nous de juger si les tiens agissent comme il convient. Je te le répète, vos décisions contribueront à accomplir la prophétie. Vous serez vous-mêmes les responsables de votre chute ou de votre suprématie. Ce sont là les mots annoncés, répliqua Tsunade.
- Mais...
- Il suffit, coupa le travesti... enfin l'homme aux longs cheveux noirs. Nous n'avons plus rien à t'apprendre. Va maintenant.
Fugaku retint un feulement mauvais et s'éclipsa à vitesse vampirique pour quitter ce qui était finalement une sorte de grand temple. La scène se teinta de noir et Naruto lâcha un soupir las. Si ces crétins pouvaient arrêter de parler comme si tout le monde savait déjà tout et se décider à lui révéler le contenu de cette foutue prophétie, il pourrait enfin comprendre où tout cela allait le mener. Sasuke lui avait bien dit qu'il devait revivre ces souvenirs pour enfin savoir qui il était et le rôle qu'il aurait à jouer dans cette histoire, mais pour le moment on aurait simplement dit un vieux film avec le scénario le plus bordélique qui n'ait jamais été écrit.
La scène suivante commença sur un chemin de terre serpentant dans les bois au milieu d'une nuit glaciale. Un souvenir qu'il connaissait déjà et qu'il refusait de revivre. Il voyait avec ses propres yeux cette fois-ci et il put donc suivre la progression de Fugaku vers ce village qui allait devenir le théâtre d'un bain de sang. Si dans les précédents souvenirs, Fugaku avait paru irrité, décontenancé, énervé ou encore désespéré, là il ne pouvait voir que sa hâte et sa faim. Son impatience se reflétait aisément dans la profonde couleur rubis de ses yeux. La pupille du chasseur ou ... sharingan. Dans les yeux de Sasuke, cette lueur incarnate lui faisait l'effet d'un feu d'artifice lâché dans son bas-ventre et qui ravivait un monstrueux appétit sexuel. Mais là ... ça le pétrifiait totalement.
Il savait qu'il fallait suivre Fugaku puisqu'il revivait ce souvenir, mais il mit toute sa volonté dans son refus d'obtempérer. Il ne voulait pas revoir ces cadavres joncher les rues du village. Il ne voulait pas voir la mise à mort de ce grand homme blond ... porteur d'un esprit renard. Un esprit renard comme le sien. Sa tête hurlait ce qu'il savait déjà mais il refusait de voir cette pensée s'imposer dans son esprit. Ça ne pouvait pas être vrai. Ils avaient tous été tués dans cette lointaine époque, mais lui était bien vivant au moment présent. Il paraissait invraisemblable qu'il ait entretenu un lien quelconque avec eux ... invraisemblable.
Et comme si ses pensées avaient été entendues, la scène changea avant qu'il n'ait atteint ce moment qu'il redoutait tant. Il se retrouva dans une petite pièce chaleureuse et sombre. Un tapis épais recouvrait le sol tandis qu'un feu crépitait dans l'âtre d'une immense cheminée. Devant celle-ci, un homme était assis dans un gros fauteuil et avait l'air froissé d'une personne en pleine réflexion. Fugaku semblait fatigué et soucieux. Une ombre se dessina alors derrière lui et deux mains délicates vinrent se saisir de ses épaules avant qu'une femme absolument sublime ne vînt s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil, passant un bras derrière la nuque de Fugaku.
Ce dernier releva la tête et croisa le regard charbon de la femme qui souriait avec mélancolie. Les flammes dansant dans la cheminée faisaient glisser des ondulations orangées sur la peau pâle de la femme, accentuant encore plus son irréelle beauté. Sa voix s'éleva ensuite, douce et mélodieuse.
- Tu as l'air soucieux chéri.
Cette voix si chaleureuse fit monter une vive émotion en Naruto et son cœur se mit à battre la chamade sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. De son côté, Fugaku se mit à caresser avec tendresse le bras de son épouse, puis appuya la tête contre son flanc.
- Je le suis Mikoto. La nuit a été difficile, répondit-il lassement.
- Etait-ce encore plus dur que ce à quoi tu t'étais préparé ?
- C'était bien pire ... parce que j'ai aimé, répondit-il à nouveau avec beaucoup de culpabilité dans la voix.
- Cela n'a rien de bien surprenant. Madara savait qu'il pouvait compter sur ton instinct de chasseur pour mener à bien cette mission.
- Mon instinct seul ne justifie pas ce que j'ai fait.
- Nous sommes des prédateurs, reprit Mikoto en ancrant son regard nuit dans celui de Fugaku. Que nous le voulions ou non, c'est notre nature. Tuer les humains est notre quotidien pour vivre ... pour survivre. Il est normal que l'appel de la chasse se fasse plus fort que toute logique. C'est ainsi que nous sommes alors ne te fustige pas d'être tel que tu es. Tu es un vampire d'une grande bonté. Et c'est pour cela que je t'aime.
- Bonté vampirique c'est sûr. Mais rien ne saurait justifier ce que j'ai fait cette nuit, et surtout pas les raisons qu'on a tenté de me faire avaler, lâcha Fugaku avec amertume.
- Les raisons de cette action ... cette prophétie. Tout le monde ne cesse d'en faire mention mais je ne l'ai moi-même jamais entendue.
Bénie soit cette vampiresse ! Songea immédiatement Naruto. Peut-être allait-il pouvoir enfin savoir de quoi il retournait.
- Très peu l'ont entendue. C'est bien ça le problème. Le conseil décide de mener ses actions, soi-disant pour le bien de tous et les autres suivent sans même savoir. Cette façon de faire est archaïque et indigne de notre société.
- De quoi est-il question alors ?
- Je ne me souviens pas de la formulation exacte mais selon elle, le temps viendra où deux esprits animaux très puissants se lieront par les seules choses capables de surpasser le sang et la raison à deux frères vampires qui viendront à se déchirer. Cela entraînera alors la société des vampires à sombrer dans le chaos, soit pour en ressortir plus forte que jamais, soit pour disparaître dans les ténèbres. Cette alliance annoncera la plus grande révolution que nous n'ayons jamais connue et aura donc des conséquences qui pourront être désastreuses autant pour nous que pour les humains.
- Je vois. Je comprends alors que les Gardiens se soient montrés si prompts à tout faire pour qu'elle ne se réalise pas, dit Mikoto d'un air songeur. Car dans ce contexte, il est certain que l'humanité en pâtira quoi qu'il se passe. Mais nous ? Si cela pouvait faire grandir notre race, nous aurions dû tenter de la faire tourner à notre avantage au lieu de la contrecarrer aussi vivement.
- Une personne aussi logique et réfléchie que toi pense cela immédiatement. Mais les sages du conseil ne l'entendent pas de cette oreille. Ils ont assis leur emprise sur nous des siècles durant. Le changement les effraie. Surtout Madara. Même si notre peuple pouvait bénéficier de ces changements, cela ne ferait que signifier la fin d'une époque et Madara se refuse à abandonner ses acquis. Alors il ne fait ressortir que la partie ténébreuse de cette prophétie pour justifier ses actions en faisant fi de ce que ça pourrait nous apporter.
- La famille Senjû a toujours dit qu'un traité avec les clans esprits pourrait nous être salutaire. On en revient à cela maintenant.
- Mais jamais ça ne se produira. C'est pourquoi les Senjû ont été écrasés lors de la dernière guerre. À cause de leur esprit trop ... ouvert. Madara disait que seul le secret et l'indépendance de notre espèce pourraient en garantir la souveraineté sur ce monde. Les Senjû ne voyaient pas les humains comme du simple bétail et pensaient qu'on pouvait beaucoup apprendre d'eux.
- Je le pense aussi. Mais faire changer les esprits est...
- Impossible. Et tous ceux qui se dressent contre cet idéal finiront de la même façon que les Senjû et les clans animaux.
- Je n'arrive pas à croire que les Gardiens aient pu cautionner une telle chose.
- C'est pourtant vrai. Ils n'aiment pas plus le changement que nous. Ils se disent différents des monstres que nous sommes mais prennent les mêmes décisions. Les leurs sont même plus cruelles car elles condamnent leur propre race.
- Mais tout est fini maintenant. Puisqu'aucun humain spirituellement attaché aux animaux n'a pu sortir vivant d'un tel massacre, la prophétie ne se réalisera pas, dit Mikoto avec presque autant de dépit que d'espoir dans la voix.
- Une prophétie trouve toujours le moyen de se réaliser, contra son époux avec gravité. Mais nous sommes si imbus de notre pouvoir que cela échappe à notre compréhension. Et voilà à quoi nous en sommes réduits. Tuer va me sembler encore plus difficile maintenant.
- Tuer a toujours été difficile pour toi. C'est pour cela que tu ne t'en prends qu'aux hommes alors que pour un vampire, le sang des humaines est bien meilleur, dit Mikoto en souriant avec douceur à son époux qui répondit par un sourire triste.
- Et toi ? Pourquoi ne choisis-tu que les femmes ? S'enquit son mari.
- Pour la deuxième raison qui fait que toi tu ne choisis que les hommes. Jamais je n'accepterais que mes lèvres en touchent un autre que toi.
- Et aucune autre femme ne vaut ta saveur.
Mikoto sourit plus largement face à la réplique de son mari et se blottit un peu plus contre lui. Un moment de silence passa pendant lequel Fugaku resserra la prise de ses bras autour de sa femme. Puis Mikoto brisa ce moment de calme :
- Si ça devient vraiment trop dur à supporter, tu sais que je te suivrai n'est-ce pas ? Demanda-t-elle d'une petite voix.
- Je ne désire pas y penser pour le moment. Nos fils sont jeunes et ont besoin de nous pour ne pas emprunter le mauvais chemin. J'ai vu que Madara s'intéressait beaucoup à eux, répondit durement Fugaku.
- Je le sais. C'est parce qu'ils sont tous les deux très talentueux. Mais ils sont encore trop jeunes pour attiser vraiment sa convoitise.
- Je n'en suis pas si sûr. Et puis notre aîné vient tout de même de fêter ses 156 ans.
- Déjà ? Comme le temps passe, soupira Mikoto. Mais Sasuke est encore si fragile ...
- Il faudra qu'ils s'endurcissent tous les deux.
- N'en parlons pas ce soir veux-tu bien ? Je n'ai pas envie de plonger dans la mélancolie et d'aggraver la tienne.
- Si tu le désires.
Puis le silence retomba sur la pièce, seulement rompu de temps à autre par les brefs craquements du bois consumé par les flammes. Il sembla ensuite à Naruto que le feu perdait de sa force, mais c'était en fait l'obscurité qui tombait à nouveau devant ses yeux. Le décor changea pour la cinquième fois ... ou pas en fait. De nouveau il se tenait dans ce petit salon éclairé cette fois-ci par des chandelles alors qu'aucun feu ne brûlait dans la cheminée. L'atmosphère était très différente de celle qu'il avait vue jusqu'à présent. Elle paraissait plus sereine, plus sécurisante. Naruto comprit assez vite d'où venait le changement : il n'était plus dans un souvenir appartenant au père de Sasuke, il était dans un souvenir de Sasuke lui-même.
Sur le tapis se tenait assis un petit garçon qui devait avoir 8 ou 9 ans ... selon ses critères physiques humains du moins. Il était adossé au pied du gros fauteuil qu'avait occupé son père et lisait un livre monstrueusement énorme. Naruto se pencha pour lire la couverture. Il s'agissait de Faust. Connaissant le genre de gars ultra coincé et sérieux qu'était le brun, il ne s'étonna pas outre mesure de le voir avec ce type de lecture. Durant une seconde, il se demanda même s'il existait des écrivains chez les vampires. Ce serait une question à lui poser.
Et pendant que ce petit garçon était sérieux comme un pape, le front très légèrement plissé sous la concentration, un autre jeune homme plus âgé entra dans la pièce. Sasuke leva le nez de son bouquin pour regarder ce nouveau venu. Il était assez grand et devait avoir 14 ou 15 ans (toujours selon ses critères humains). Il portait ses cheveux d'un noir de jais assez longs et les avait noués en un catogan. Et tandis que Sasuke arborait définitivement les traits délicats de sa mère, comme avait pu le constater Naruto après l'avoir vue, le visage de ce jeune vampire était plus masculin et dur, comme celui de son père.
- Nii-san, tu as l'air énervé, remarqua Sasuke de sa petite voix d'enfant.
- J'ai des raisons de l'être, répondit l'aîné en entrant dans la pièce pour se diriger puis s'installer dans le fauteuil.
Sasuke fronça les sourcils et se releva pour le regarder.
- C'est le fauteuil de Père nii-san, lui dit-il sur un ton réprobateur.
- Père ne l'utilisera plus Sasuke, répondit sèchement le jeune (?) homme.
- ... Est-ce la décision de Père et Mère qui te chagrine ? Demanda innocemment le cadet.
- Je ne suis pas triste Sasuke. Je suis furieux contre Père pour sa couardise et pour avoir entraîné Mère avec lui, rétorqua le plus âgé.
- Comment oses-tu qualifier Père de lâche ? Il nous a expliqué les raisons de son choix tu le sais bien. Et Mère était d'accord.
- Mère n'a jamais su lui dire non.
- C'est plutôt Père qui était incapable de lui résister. Tu connais Mère, elle n'aurait jamais voulu cela si elle savait qu'il y avait une autre solution, répliqua Sasuke sur un ton boudeur (qui décidément le rendait très craquant, pensa Naruto avant de se gifler).
- Fuir n'a jamais été une solution. Il a agi pour notre bien à tous. Il aurait dû en retirer de la fierté, Madara le lui a toujours dit. Mais il n'a pas voulu comprendre. Moi j'aurais été honoré de pouvoir ainsi défendre mon peuple contre ces ombres qui menaçaient de nous engloutir. Pour la survie de ma famille, j'aurais été jusqu'à me sacrifier moi-même, dit le grand brun sur un ton parfaitement calme mais qui trahissait très légèrement son agacement pour qui le connaissait suffisamment.
Il se leva ensuite et commença à marcher nonchalamment dans la pièce du point de vue d'un humain, mais faisant les cent pas du point de vue d'un vampire. Cela ne leur arrivait-il donc jamais d'agir conformément à leurs sentiments ?
- Ne dis pas ça nii-san, dit alors Sasuke sur un ton accusateur. Père a toujours fait ce qui lui semblait juste. Et ce massacre ne l'était pas. Madara aurait dû choisir une autre solution ! Déclara-t-il finalement en levant fièrement le nez pour regarder son grand frère dans les yeux.
Celui-ci le fixa une minute puis esquissa un petit sourire condescendant qui énerva un peu le cadet (ce que Naruto comprenait pour avoir lui-même essuyé une fois cette expression de la part de Sasuke ... un tic familial sûrement).
- N'en parlons plus petit frère. De toute façon tu es trop jeune pour comprendre ce qui se passe.
- J'aurais 67 ans à la nouvelle lune Itachi ! Je ne suis plus un vampiron !
- Nous discuterons à nouveau lorsque tu auras passé ton premier siècle. D'ici là, mieux vaudrait que tu ne te mêles plus de cette histoire.
- Ne me traite pas comme un bébé nii-san ! Je chasse sans l'appui de quiconque depuis dix ans déjà !
- Et chaque fois tu t'en mets partout, le taquina l'aîné en lui toquant le front avec deux doigts.
- Itachi ! S'indigna le plus jeune en se plaquant une main sur le front.
Son grand frère se contenta de sourire en coin et de s'éloigner lentement, laissant Sasuke le regarder partir d'un œil furibond. Naruto se permit de sourire. Après toutes les choses troublantes qu'il venait d'apprendre, cette discussion entre les deux frangins le dérida un peu ... même s'il avait vite compris qu'ils s'étaient querellés à propos de la mort de leurs parents. Et le décor se mit à changer encore. Le blond se laissa porter plus aisément tant il s'habituait à cela. Il ferma donc les yeux et attendit que la sensation des fourmis dans son ventre cesse. Ce serait le signe qu'il était arrivé à bon port.
Il entendait le murmure du vent dans les feuilles. Il était debout au milieu d'une petite plaine. Le temps était nuageux, mais cela n'avait pas empêché cette famille de s'installer sur l'herbe verte pour pique-niquer. Naruto trembla et il eut la sensation que sa respiration se bloquait. Ils étaient trois, assis sur une couverture, souriants. Une femme rousse magnifique riait inlassablement en regardant son époux jouer avec leur enfant. L'homme ressemblait à Naruto d'une façon vraiment frappante. Ses yeux en amandes étaient pétillants de joie alors que le bambin qu'il tenait à bout de bras au-dessus de sa tête laissait échapper un rire aussi fou que celui de sa mère.
C'était sa famille... ses parents qu'il n'avait pu voir que sur de rares photographies, aujourd'hui soigneusement rangées au fond de son armoire. C'était lui... ce petit garçon insouciant et blond comme les blés, à l'époque où il jouissait encore d'une agréable vie de famille avant que tout bascule. Le cœur de Naruto se serra et dans le même temps, il ne put s'empêcher de sourire tant la joie de la belle rouquine était communicative. Le dynamisme de sa mère n'allait pas sans lui rappeler le sien. Son regard espiègle, bien que de couleur noisette, portait aussi la même force que ses prunelles azur qu'il avait héritées de son père.
Puis le vent se leva et la pluie se mit à tomber. Quelques gouttes d'abord, puis de plus en plus. Les Uzumaki se dépêchèrent de rassembler leurs affaires et remontèrent en voiture. Ils s'engagèrent ensuite sur une petite route de campagne pour rejoindre leur village. Un éclair fendit le ciel. Aveuglé une seconde, Naruto se rendit alors compte qu'il n'était plus au milieu du pré, mais au sommet d'une des collines bordant la route sinueuse qu'avait empruntée la voiture de ses parents. Et il su pourquoi il revivait ce souvenir...
Une minute plus tard, ses larmes coulaient à n'en plus finir alors qu'il poussait des hurlements déchirants en voyant la voiture quitter la route et dévaler une pente en faisant des tonneaux. La foudre fendit à nouveau le ciel. Il était à présent devant la carcasse du véhicule. Il se précipita pour voir en sachant pertinemment qu'il était impuissant et ne pourrait rien changer, mais il ne pouvait qu'essayer, même en vain. Côté conducteur, son père ne respirait déjà plus. Ses cheveux blonds étaient souillés par le sang et une énorme plaie s'était ouverte sur son front. Naruto crut qu'il allait vomir mais il parvint à se relever, chancelant, pour aller voir côté passager.
Sa mère était encore en vie. Elle rampait difficilement hors de l'habitacle, les bras entourant un petit être fragile pour le protéger. La belle rousse respirait très difficilement et semblait souffrir le martyre à chaque mouvement. Malgré cela, son visage se fendit en le plus merveilleux des sourires lorsque ses yeux se posèrent sur son enfant et qu'elle le vit endormi dans ses bras. Il avait été griffé sur les joues par des débris de verre, mais il allait bien. Dans les bras de sa mère, il se sentait en sécurité et s'était endormi dès que celle-ci avait quitté la voiture. La jeune femme laissa échapper une larme en embrassant le front de son bébé et le maintint contre elle pour le protéger de la pluie sans l'étouffer.
Les minutes passèrent et Naruto assistait à l'agonie de sa propre mère. Elle sombrait peu à peu dans l'inconscience, mais continuait à lutter pour veiller encore un peu sur son fils. C'est là que Naruto vit cette étrange petite brume rougeâtre se faufiler hors de la voiture. Sa mère n'en vit rien, mais lui put suivre la progression de ce brouillard... jusqu'à lui. Alors qu'il dormait, la brume l'entoura un moment avant de s'évanouir, comme absorbée par son corps. Qu'était-ce donc ? Il eut à peine le temps de se poser la question que des sirènes se firent entendre : les secours arrivaient enfin.
Il vit sa mère sourire et soupirer de soulagement. Elle caressa la joue de son garçon puis murmura :
- Sois heureux ... mon fils.
L'instant d'après, ses yeux se fermèrent à tout jamais. Au milieu des souvenirs que Sasuke lui avait donnés, s'était glissé un de ses propres souvenirs. Mais pouvait-on vraiment se souvenir de tout cela à deux ans à peine ? Encore une question qu'il ne put soumettre à un débat. Il ne voulait pas partir et laisser ses parents comme ça, mais il ne put pas non plus lutter contre la force d'attraction du souvenir suivant. Alors une fois de plus, il ferma les yeux. En les rouvrant, il se retrouva en plein jour, à l'ombre d'un arbre trônant au sommet d'une petite colline qui donnait une vue panoramique sur un lieu qui lui était enfin familier : la ville de Konoha.
Il était en compagnie de Sasuke, qui avait l'aspect de ce jeune homme mûr qu'il avait appris à connaître. Ce souvenir ne devait pas dater de très longtemps. Quelques jours tout au plus. Le brun était appuyé contre le tronc et fixait les immeubles sans ciller. Il tira un étui métallique de la poche intérieure de sa veste, comme il en avait l'habitude, puis se livra à sa répugnante activité que le blond détestait : il fuma. Entre deux bouffées de fumée blanchâtre, sa voix grave s'éleva en un murmure :
- Plus de 150 ans de recherches et enfin, je te trouve.
Puis il écrasa son mégot et s'avança en direction de Konoha, disparaissant à la vitesse de l'éclair. Le reste de ce que vit Naruto se perdit en un flot d'images assez confuses mais ayant toutes un point commun : lui-même. Il revivait en flashs ses rencontres avec Sasuke, mais comme les avait vécues ce dernier. Il sentit cet empressement presque fébrile alors que le brun se dirigeait d'un pas vif et instinctif vers le bar où il travaillait. Il sentit son cœur émettre un battement unique et si étrange lorsqu'il croisa ses azurs pour la première fois. Il sentit son étonnement et les prémices de la joie, si inhabituelle pour le brun, lorsqu'ils se promenaient tous deux dans les rues. Il sentit son odeur si épicée sur son propre cou juste avant que Sasuke n'y plongeât ses crocs. Il sentit sa retenue lors de cet acte violent qui pourtant, se teinta de douceur lorsque les yeux rubis de Sasuke se posèrent sur le corps inerte qu'il tenait dans ses bras. Puis il vit le brun le soulever délicatement et le ramener chez lui en suivant la trace laissée par sa si délicieuse odeur qui faisait s'emballer les sens du vampire. Il le vit pénétrer dans l'appartement puis le déposer dans son lit ... après avoir haussé un sourcil devant le désastre apocalyptique que représentait sa chambre. Mais comme on pouvait s'y attendre de la part d'un vampire, il ne se prit les pieds dans aucun des obstacles traîtres qui jonchaient le sol.
Il vit ensuite le brun le placer sous ses couettes, jetant sur lui un indéfinissable regard avant de détourner les yeux pour chercher son portable qui venait de vibrer ... le message de Kiba qu'il n'avait jamais lu ce soir-là. Sasuke prit son téléphone pour regarder ... et si c'était pas un petit vicieux voyeur après ça ! Quel droit avait-il de fouiller ainsi dans ses messages et de violer son intimité ? Vraiment, il ne l'aurait pas volé son coup de pied aux fesses ! Sasuke tapa ensuite le message que Kiba avait reçu. Bizarre qu'un mec aussi guindé sache si bien imiter sa manière de taper un texto. Jamais le blond ne l'aurait cru capable d'écrire de tels mots alors qu'il s'offusquait pour un rien lorsqu'ils parlaient.
Et puis le lendemain, alors que lui-même souffrait de l'absence du brun et de sa morsure, il pouvait voir Sasuke s'impatienter. Il avait maintenu une certaine distance durant toute la matinée pour que l'impact de son absence se renforce chez le blond. Mais il n'avait pas pu tenir plus longtemps, retournant observer furtivement le blond alors qu'il était rentré chez lui pour se reposer. Il ne le lâcha pas du regard, épiant à travers les rideaux de sa fenêtre pendant ses 13h de sommeil (voyeur harceleur !). Puis il s'arracha à sa contemplation pour aller l'attendre dans la ruelle, là où il savait que Naruto viendrait le retrouver. Ce qu'il fit effectivement. Les discussions ensuite ... puis tout redevint flou.
Naruto n'avait plus de sensation. Il se retrouva de nouveau dans le noir complet et devant lui, se tenait Kyuubi.
- Est-ce que ... c'est fini ? Demanda-t-il sur un ton un peu perdu à l'énorme bête.
- Oui, le voyage s'arrête là pour qu'en commence un autre, répondit la voix grondante du renard.
- Tout ce que j'ai vu... c'était sur ma famille ? C'est toi l'esprit renard, pas vrai ?
- Je suis le Seigneur Kyuubi. Le maître spirituel de mon espèce. Je m'incarne dans le chef du clan Uzumaki à chaque génération. Comme tu es le dernier de ta famille, je suis en toi maintenant.
- Mais... le clan des esprits renards n'a-t-il pas disparu lors du massacre de cette nuit-là ?
- Non, pas tous. Le chef du clan de l'époque avait réussi à dissimuler le dernier de ses enfants. C'est en lui que je me suis réincarné après sa mort.
- « Tu ne pourras jamais l'atteindre », se rappela alors Naruto. Fugaku parlait-il de toi ?
- Oui. Il paraissait en effet vraisemblable que le but de tout cela était d'anéantir non pas les porteurs, mais les esprits. Moi en particulier. Parce qu'il semblait évident que la prophétie concernait les plus puissants esprits animaux.
- Qui est le deuxième ?
- Ai-je donc besoin de te répondre ?
- ... Je ne veux pas l'entendre... je ne me sens pas prêt à l'entendre. Même si je le sais déjà. Mais ... et ma famille, qu'en reste-t-il ?
- Les Uzumaki se sont éteints, comme les derniers rescapés Inuzuka. Vos parents à tous les deux ont été victimes d'un autre mal que les vampires... comme tu as pu le voir tout à l'heure. Même là cependant, les apparences restent trompeuses.
- Ce ... n'était pas un accident ? Demanda Naruto en blêmissant.
- Non.
- Qui ?
- Pour cela aussi tu détiens déjà la réponse.
Et avant que Naruto n'ait pu répliquer quoi que ce soit, le renard disparut. Les sensations revinrent peu à peu lui envahir le corps. Il sentait de nouveau ses mains... agrippées à quelque chose. Il sentait de nouveau ses jambes ... serrées autour de quelque chose d'autre. Et il sentait sa bouche ... avec une langue étrangère dedans !
- Pouah ! Bordel mais t'es dingue ! S'exclama-t-il en repoussant vivement Sasuke qui se tenait jusque là pressé contre son corps.
- Ainsi, tu es revenu, remarqua nonchalamment le brun en remettant en ordre sa veste que le blond avait légèrement débraillée en l'attrapant.
- Me touche pas comme ça, j'suis pas une gonzesse ! S'énerva le blond en se passant le revers de la main sur la bouche tout en toisant son vis-à-vis d'un air furieux.
- Tu as pourtant eu l'air d'apprécier.
- Même pas en rêve ! Et puis j'étais perdu dans les souvenirs j'te rappelle.
- Soit. Disons alors que, ton corps a semblé apprécier ... et a même répondu, rétorqua le brun en faisant furtivement glisser son regard vers l'entre-jambes de Naruto.
Celui-ci vira rouge pivoine et tenta de se détourner.
- T'es vraiment qu'un sale bâtard de vampire ! Pervers, gay, harceleur, voyeur et vicieux !
- As-tu fini ton énumération de mes nombreuses qualités ?
Tout ce que put répliquer le blond à cela fut un regard foudroyant ... qui glissa sur Sasuke comme l'eau sur les plumes d'un canard.
- Si c'est tout ce que tu as à me dire après l'expérience que tu viens de vivre, vraiment je suis surpris.
Sasuke avait prononcé ces mots d'une voix parfaitement sereine et détachée, mais c'était comme s'ils s'étaient abattus tels une masse sur la tête de Naruto qui se figea en se remémorant tout ce à quoi il venait d'assister. Sa main qui essuyait toujours ses lèvres retomba mollement alors qu'il s'avachit contre le mur en ne quittant pas le brun des yeux. Ses azurs se troublèrent et il se dit qu'effectivement, l'heure n'était pas à l'expression d'un dégoût quelconque envers cet éphèbe... envers ce vampire.
- Pardon, dit-il d'une voix piteuse, probablement plus pour lui-même que pour témoigner des regrets pour son inattention.
Et ce fut là le seul mot qu'il parvint à prononcer avant de s'avancer vers le canapé et de s'y laisser tomber, la tête entre les mains. Maintenant que tout était devenu clair dans son esprit et que tout s'était plus ou moins connecté, l'ampleur de la situation lui pesait sur les épaules comme s'il n'avait été qu'un insecte face à un géant. Il respira profondément plusieurs fois alors que Sasuke reprenait place dans le fauteuil qu'il avait quitté quelques minutes plus tôt, même s'il avait semblé à Naruto que ça avait duré des heures.
- Penses-tu pouvoir assimiler tout cela et t'en remettre ? Demanda Sasuke après encore deux minutes de silence.
- Tu veux que j'sois honnête ? J'en sais foutrement rien, répondit abruptement Naruto en ne relevant pas la tête.
- Peut-être désires-tu que nous en parlions afin que j'apporte la lumière sur les zones d'ombre qui pourraient persister, proposa ensuite le brun.
- Je ne saurais même pas par quoi commencer. En un peu plus de deux jours, je rencontre un vampire, plonge dans un monde dont j'ignorais tout, découvre que ma vie a été bâtie sur un immense mensonge et comble de tout ! Mon destin ne m'appartient pas et quoi que je fasse, mon existence toute entière repose sur une prophétie faite il y a plus de 200 ans. Putain ça peut pas être pire ! Gémit presque Naruto.
- Il n'a pas été simple pour moi non plus de te faire subir cela et d'être celui par lequel te viendrait la vérité, si cela peut te réconforter.
- À t'entendre on jurerait que tu en souffres, marmonna Naruto en se retenant de lâcher un ricanement sarcastique.
- C'est le cas.
L'Uzumaki releva la tête pour plonger ses yeux océan dans le regard charbon de son interlocuteur. Il n'y décela qu'une indifférence et une neutralité tout à fait ... chiantes.
- Et encore une fois ça ne se voit pas, soupira-t-il découragé. Mais après tout ce que j'ai vu je ne devrais pas en être étonné. Le seul vampire vraiment ''expressif'' que j'ai, en quelque sorte, rencontré, c'était ton père ... et aussi ta mère, un peu. Absolument sublime cela dit en passant.
- Mère était une femme très belle en effet, approuva Sasuke en sentant monter en lui une bouffée de fierté (qui passa inaperçue aux yeux du blond cela allait sans dire). Et Père était très bon... pour un vampire du moins.
- Mmh. Tu as hérité les traits de ta mère, mais je trouve que tu ressembles un peu à ton père dans ta manière d'être.
- Je suis honoré qu'ils aient été mes parents.
- Ton frère par contre, il n'avait pas l'air d'être bien content de partager leur sang. Plutôt glacial cet It...Houmph ! Mais qu'est-ce qui te prend ! Grogna Naruto en chassant la main que Sasuke venait de plaquer sur sa bouche après avoir bondi de son fauteuil.
- Ne prononce pas son nom, lui dit simplement le brun.
- Pourquoi ? S'étonna Naruto devant le ton dur employé par Sasuke.
- Tu n'en as pas le droit, c'est la règle.
- Je croyais que tu te foutais de cette règle ?
- Pour moi oui. Mon prénom est ma propriété et j'en use selon ma convenance. Il n'en va pas de même pour les autres et je ne te permets pas d'employer leurs noms, expliqua Sasuke en regagnant sa place en moins de temps qu'il n'en faut pour dire ... bah y'a même pas de mot assez court de toute façon.
- Comment dois-je les nommer alors ? Par leur nom de chasseur ? Demanda Naruto.
Sasuke acquiesça d'un rigide mouvement de tête avant de dire :
- Mon frère se nomme Crow. Père était appelé Eagle, et Mère Wind, énuméra-t-il.
- C'est marrant. Les hommes ont tous des noms de piafs mais ta mère non.
- Père aimait dire que Mère était celle qui nous faisait voler. Elle était autant la force que la douceur du vent. C'est grâce à elle que nous avons tous déployé nos ailes.
- Le romantisme existe aussi chez les vampires, c'est encourageant, remarqua Naruto avec ironie.
- Tu es toujours à portée de crocs, Naruto, lui rappela subtilement Sasuke (subtilité vampirique bien sûr !).
- Ce que tu peux être susceptible, bougonna Naruto (en s'éloignant aussi discrètement que sûrement de son interlocuteur par une translation sur le canapé ... qui ne passa pas du tout inaperçue aux yeux de lynx du vampire qui sourit en coin devant cette vision).
- N'as-tu donc aucune remarque vaguement constructive à faire sur ces souvenirs ?
- Si ... une ou deux, répondit Naruto avec hésitation. Pourquoi est-ce que tu m'as donné les souvenirs de ton père ? ... Non attends, c'est pas ça que j'voulais dire. Plutôt, comment as-tu pu les avoir ?
- Mon père me les a donnés avant de mourir, par sharingan interposés bien sûr. Il voulait que je comprenne pleinement les raisons de ses actes passés et à venir. Il nous avait déjà conté l'histoire à mon frère et à moi-même mais les faits étaient plus parlants par images.
- Pourquoi ton frère avait-il l'air si en colère alors ? Même moi je comprends pourquoi ton père à fait ce qu'il a fait ... pourtant, c'est ma famille qu'il a massacrée, ajouta Naruto alors qu'un voile de tristesse tombait sur son regard.
- Crow a refusé de recevoir les souvenirs de notre père. Il n'a jamais voulu entendre raison.
- Sacrément têtu ton ''nii-san'', constata Naruto en envoyant une petite moquerie au passage.
- J'étais jeune, se justifia Sasuke pour l'emploi de ce petit nom affectif.
- Mouais ... un jeune de 67 balais quand même. Mais c'est vrai que tu n'étais plus un vampiron.
- Sont-ce tes désirs suicidaires qui te reprennent ou essaies-tu simplement de dédramatiser la situation par l'humour ? Demanda Sasuke en haussant un sourcil.
- ... Peut-être un peu des deux, répondit Naruto en souriant tristement.
- Ce n'est pas en refusant d'entrer dans le vif du sujet qu'il te fera moins mal une fois que nous y viendrons.
- Tu te prends pour mon psy maintenant ? Rétorqua Naruto avec dureté.
- Je souhaite juste te venir en aide.
- Si tu veux m'aider, remonte le temps et rends-moi ma vie et ma liberté, lâcha abruptement le blond alors que son regard avait perdu toute cette joie de vivre qu'il avait réussi à maintenir jusque là.
Les deux hommes s'affrontèrent silencieusement du regard pendant une minute. Sasuke ne l'aurait certainement pas avoué, mais voir tant de souffrance dans ce regard azur qui brillait tellement en temps normal, lui laissait un désagréable pincement au cœur ... bien que ce dernier ne battait pas. Il se demanda pendant un instant ce qu'il pourrait bien faire pour réconforter le blond, dont les yeux s'étaient détournés pour se perdre dans la contemplation du tapis (vraiment très laid remarqua-t-il d'ailleurs). Le brun était mal à l'aise (un exploit pour lui tant tout en ce monde le laissait de marbre). Jamais il ne s'était retrouvé dans une telle situation et il ne savait donc pas ce qu'il convenait de faire. Aussi fit-il simplement ce que son instinct lui dictait. Il se leva et se dirigea sans un bruit vers le blond, puis s'assit à ses côtés et le serra dans ses bras puissants. L'Uzumaki sursauta, surpris par un tel geste, et eut un moment l'envie de se défaire de son emprise en lui hurlant qu'il ne convenait pas de consoler un homme comme une femme (idées reçues typiquement masculines). Mais il se ravisa bien vite et sans qu'il ne sût réellement pourquoi, il se laissa bercer doucement contre ce torse viril ... en essayant de rayer cette pensée de son cerveau.
« Ce vampire te plaît », remarqua avec amusement la voix rauque en lui qu'il savait maintenant appartenir à Kyuubi. Naruto préféra ne rien répliquer. Il voulait arrêter de penser ... mais ne put néanmoins réprimer un léger pouffement en sentant le brun tapoter gauchement son dos, comme s'il tentait tout les moyens humainement classiques pour lui remonter le moral.
- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? Demanda Sasuke à voix basse en s'arrêtant de tapoter (avouer qu'il se sentait ridicule était absolument hors de question ... et si ce blond lui disait ça, il ne vivrait pas assez longtemps pour se moquer ouvertement de sa noble personne !).
- Je pensais avoir fait le tour des situations les plus improbables ces derniers jours, mais me faire réconforter par un vampire c'est quand même pas banal.
- Même pour moi c'est totalement inhabituel. Les humains je les mange en général et le reste du temps je les évite, dit Sasuke avec nonchalance en s'écartant du blond.
- Et moi ... non seulement tu ne me manges pas – tu m'as tout au plus goûté – mais en plus tu me suis comme mon ombre. Dois-je en être honoré ou effrayé ?
- C'est à toi de voir. Veux-tu qu'on reprenne là où on s'était arrêtés ?
- Le câlin ? Demanda Naruto avec innocence.
- La conversation, répondit Sasuke en fronçant élégamment les sourcils pour se donner un air sévère.
Sasuke se décala encore un peu pour laisser une distance convenable entre eux deux. Mais c'était surtout pour dissimuler le fait que lui n'aurait peut-être pas été contre le câlin ... il n'avait jamais tenté avec un humain et était donc curieux (mettons ça sur le compte de la curiosité c'est plus facile pour lui). L'expression de Naruto s'assombrit immédiatement à l'entente des mots prononcés par le brun (à cause du sujet de la conversation et non du fait de la non-poursuite de leur étreinte ... virile !), mais il acquiesça tout de même. Sasuke avait raison après tout, repousser l'inévitable ne l'aiderait en rien.
- Je pense ... que j'ai à peu près tout compris, commença-t-il sur un ton incertain. Je sais pourquoi ma famille a été détruite, la prophétie, la position des tiens à ce propos ainsi que celle de ces ... Gardiens.
- Et ton ami ?
- Kiba ? ... J'ai l'impression qu'on est dans la même galère. On a toujours été dans les mêmes galères de toute façon. Et ce depuis qu'on était mômes à la maternelle. Ça ne m'aurait pas étonné qu'on ait échoué aussi dans le même orphelinat. Mais nous ne venions pas du même village. On s'est retrouvés à Konoha par hasard et on ne s'est plus lâchés depuis. Quoi que ... je dis ça mais il est fort possible que le hasard n'ait rien à voir là-dedans.
- C'est possible en effet.
- Il y a aussi ... une chose que m'a dite Kyuubi à propos de mes parents, continua Naruto en froissant les sourcils.
- Qu'a-t-il dit ?
- Que mes parents n'étaient pas morts dans un accident ... et qu'ils n'ont pas succombés non plus de l'attaque de vampires.
- En effet. C'est d'ailleurs ce prétendu accident qui m'a remis sur tes traces. Avant cela, les survivants Uzumaki et Inuzuka faisaient preuve d'une grande prudence et d'une surprenante habileté à la dissimulation. Mais ils ont été retrouvés par les Gardiens. Comme ces derniers sont humains, ils connaissent mieux que nous les rouages de vos institutions et disposaient de moyens que nous n'avions pas pour vous retrouver. Même si nous les avions eus de toute façon, il était peu plausible que nous en usions puisque nous vous pensions tous disparus. Le mouvement des Gardiens a attiré notre attention.
- Je ne comprends pas pourquoi Kiba et moi sommes toujours en vie dans ce cas.
- Un coup de pouce du destin, répondit Sasuke en haussant les épaules. À l'époque actuelle, il est plus difficile de tuer sans laisser de traces qu'il y a 200 ans. C'est pour ça qu'ils ont fait passer ces morts pour des accidents. Et ils avaient espéré vous faire disparaître avec vos parents, derniers représentants de vos familles, pour écarter de façon certaine le danger pesant sur l'humanité. Mais vous avez été épargnés et pris en charge par l'administration. Ça vous a protégés.
- Mais ... ils sont toujours après nous pas vrai ? Surtout maintenant que toi et ... et Empty vous avez fait votre entrée ? Demanda Naruto en déglutissant avec peine.
- Maintenant plus que jamais, les dangers qui vous menacent sont énormes.
Naruto se leva avec hâte en écarquillant les yeux :
- Il faut prévenir Kiba, tout de suite ! Il n'est au courant de rien ! Il est donc encore plus en danger que moi, s'exclama-t-il pris de panique.
- Ce ne serait pas prudent, l'arrêta de suite son vis-à-vis avec calme. Empty doit déjà être près de lui. Tout à l'heure, tu m'as dit qu'il avait vu que tu n'étais pas celui qui lui était destiné, il a dû suivre la trace de Kiba depuis. Il ne vaut mieux pas s'interposer entre lui et sa proie. Empty est un chasseur qui ne possède pas l'once d'un sentiment. Il tue aussi facilement que tu respires car il n'a aucune notion de ce que vaut une vie. Il pourrait tuer son propre père tant il est incapable de comprendre les liens entre les gens.
- Mais ... ce n'est ... je, bégaya Naruto en tentant de convaincre le brun. Ok ! Si tu refuses de bouger ton cul, moi j'irai ! Déclara-t-il d'une voix forte alors que son regard se faisait furieux.
Puis il se dirigea vers la porte d'entrée, Sasuke sur ses talons et ... la sonnette tinta, bloquant les deux hommes dans leur mouvement.
- Attends-tu quelqu'un ? Demanda Sasuke.
- Euh ... non.
- Une odeur de femme, indiqua le brun en humant l'air.
Naruto s'avança, intrigué, et ouvrit la porte pour découvrir deux personnes qu'il connaissait très bien sur le palier :
- Sakura, Ino ! Qu'est-ce que vous faites là ? Demanda-t-il éberlué aux deux jeunes femmes qui lui souriaient.
- On vient aux nouvelles bien sûr ! Kiba nous a dit que t'étais malade comme un chat hier et on s'inquiétait, répondit Sakura d'une voix énergique.
- Mais tu as l'air d'aller mieux, constata Ino en souriant.
- Euh ... oui ... en fait, bafouilla Naruto en essayant de repousser doucement le battant de la porte pour que ses deux amies ne voient pas l'intérieur de l'appartement (et surtout qui il y avait à l'intérieur).
- Tu nous avais dit par SMS que tu étais à peu près rétabli mais on a quand même voulu s'en assurer, poursuivit Sakura.
- Et comme tu nous as aussi dit que tu voudrais faire quelque chose en groupe aujourd'hui, nous voilà ! Renchérit Ino.
- C'est... euh ... gentil à vous, bafouilla de nouveau le blond.
Naruto sourit avec gêne et se gratta la tête, mais resta planté dans l'embrasure de la porte. En face de lui, Ino croisa les bras sur la poitrine en appuyant son regard comme sil elle attendait quelque chose de lui et Sakura fronça les sourcils.
- Naruto, qu'as-tu fait de tes manières ? Demanda abruptement la rosée d'une voix autoritaire en se mettant les poings sur les hanches. Vas-tu nous laisser pourrir sur ton paillasson ou nous faire entrer ?
- Bah ... je ... bon d'accord, entrez, capitula Naruto qui ne pouvait supporter davantage le noir regard de la rosée.
Celle-ci abandonna immédiatement sa sombre expression pour se parer du plus beau sourire qui soit, puis prit Ino par le bras qui la suivit en souriant de même et en remerciant Naruto pour l'invitation (passant sur le fait que sa douce lui avait quelque peu forcé la main). Naruto referma lassement la porte en réprimant le plus monumental des soupirs, puis emboîta le pas aux jeunes femmes en traînant les pieds. En pénétrant dans le salon, elles se figèrent net en découvrant que leur petit Naruto (à entendre au sens figuré) n'était pas seul en cette belle matinée dominicale.
- Bonjour, dit poliment Sakura en détaillant d'un œil évaluateur le beau brun qui se tenait rigidement devant la baie vitrée du salon (les hommes le faisaient toujours à l'encontre des femmes, alors pourquoi n'en aurait-elle pas le droit ?).
- Bonjour, dit Ino à son tour.
- Bonjour, répondit Sasuke avec affabilité.
- Excuse-nous Naruto, nous ne savions pas que tu avais de la compagnie, enchaîna Ino à l'adresse de Naruto qui lui signifia d'un geste de la main que ça n'avait pas d'importance.
Sakura quant à elle, ne disait rien. Elle avait la vague impression d'avoir déjà vu cet éphèbe mais se retrouvait mystérieusement dans l'incapacité de savoir où et quand. Un client du bar probablement. Elle voyait tellement de visages défiler devant elle jour après jour.
- Vous êtes un ami de Naruto ? Demanda-t-elle en s'avançant un peu vers Sasuke.
- On peut me qualifier de tel en effet. Je me nomme Raven, se présenta-t-il ensuite.
Il s'inclina légèrement tandis qu'Ino, ayant rejoint Sakura, lui sourit discrètement puis s'approcha en lui tendant la main.
- Ravie de rencontrer un ami de notre Naruto, dit-elle joyeusement. Je m'appelle Ino et voici ma petite amie Sakura.
Sasuke tiqua légèrement à l'emploi du terme ''petite amie'' (vieux jeu le monsieur, on le savait déjà) mais ne fit pas la moindre remarque (n'était-il pas lui-même sur le point de succomber aux charmes ... un peu bruts d'un grand blond candide ? ... Pour ne pas dire que c'était déjà fait). Ino se tenait toujours devant lui, la main tendue, et son sourire se fana légèrement quand elle vit que ce brun ne tenait manifestement pas à la lui serrer.
Malgré son élégance et son ton des plus polis, il lui avait tout l'air d'être un vrai rustre. Elle baissa donc sa main et retourna aux côtés de Sakura cependant que cette dernière et Naruto se chargeaient de fusiller le quatrième larron du regard. Voyant les yeux hostiles braqués contre sa personne, Sasuke préféra se détourner et retourner prendre place dans le fauteuil, dans l'attente que les intruses se décident à déguerpir.
- Je vois qu'on vous dérange, remarqua froidement Sakura.
- Pas du tout je t'assure ! Contra de suite Naruto. Raven n'est ... juste pas habitué aux contacts physiques (si on oubliait sa tendance à plaquer les gens au mur pour leur rouler le patin du millénaire, pensa le blond en essayant de ne pas rougir à ce souvenir).
- À en juger par l'attitude de ton comparse, permets-nous d'en douter, ajouta Ino en lançant une petite moue dédaigneuse vers le brun (qui s'en moquait pas mal).
- Faites pas attention à lui les filles ! J'suis content que vous veniez prendre de mes nouvelles. C'est vrai que je n'étais pas super en forme hier.
- C'est ce que Kiba m'a dit au téléphone après que tu as quitté le magasin, lui dit Sakura en ignorant superbement la présence de l'autre importun.
- Moi j'ai vu Hinata au magasin de fleurs, poursuivit Ino. Elle m'a aussi dit qu'elle t'avait vu sur le chemin du retour. Et elle n'avait pas l'air très en forme non plus maintenant que j'y pense.
- Sa famille lui cause encore des difficultés à propos de sa relation avec Kiba, expliqua Naruto d'un air résigné. J'ai rencontré son cousin et franchement, je comprends mieux pourquoi ça prend de telles proportions si le reste de sa famille est comme ce mec, continua-t-il sur un ton un peu plus hargneux.
- Oui elle m'a dit qu'elle s'occupait de l'accueil de son cousin depuis hier, ajouta Ino. Il s'appelle euh ... Keiji je crois.
- Neji, corrigea Naruto. Et... EH ! Mais t'es malade !
Sans prévenir, Sasuke l'avait attrapé fermement par le bras et le tirait déjà vers le vestibule, laissant pantoises les deux jeunes femmes derrière eux. Naruto émit plusieurs protestations, entrecoupées d'excuses envers ses amies et de quelques insultes proférées à l'encontre de Sasuke avant de se taire devant le visage totalement terrifiant qu'arborait le brun. Il avait tout juste eu le temps d'attraper ses clés sur la commode de l'entrée et de demander aux filles de refermer en partant que déjà il dévalait les marches à la suite de Sasuke en manquant de s'emmêler les pieds à cause de la vélocité de celui qui le tirait toujours.
- Mais arrête putain ! Tu m'fais mal ducon. Qu'est-ce qui te prend ! S'exclama Naruto.
- Je n'avais pas fait le lien ... quel imbécile ! Se fustigea l'autre pour une raison inconnue.
- Quel lien ? De quoi tu parles encore ?
- Cette Hinata, la petite amie de Kiba, c'est la cousine de Neji.
Ce n'était pas une question mais le blond se sentit obligé d'affirmer ses dires :
- Bah oui, et alors ?
- Et alors ? S'emporta presque Sasuke. Ne comprends-tu pas ? À ton avis, pour quelle raison ton instinct criait-il au danger lorsque tu étais face à Neji tout à l'heure ?
- Euh ... j'sais pas, avoua bêtement Naruto.
- Neji fait partie de la famille Hyuuga bon sang ! Cria Sasuke avec un air si furieux que Naruto se ratatina sur place en plus de ressentir une violente douleur dans le cou.
- Pourquoi ... pourquoi la morsure me fait mal dès que j'entends ce nom ? Interrogea-t-il Sasuke en serrant les dents.
- Un avertissement que je t'ai laissé en plus de ton esprit animal qui le sait déjà, répondit l'autre.
- Il sait déjà quoi ?
- Les Hyuuga ... ce sont eux les Gardiens. Et ton ami est probablement seul en compagnie de l'un d'entre eux au moment où nous parlons, avec Empty qui lui tourne autour. Ça sent mauvais, finit-il en carrant si fort la mâchoire de rage que ses dents grincèrent.
Naruto lâcha un hoquet de stupeur et de frayeur mêlées. La force qu'il mettait pour résister à la prise de Sasuke sur son bras s'évanouit dans la seconde et il se fit soudain pantelant et incapable de réfléchir. Hinata, la douce et frêle Hinata, appartenait à la famille des assassins de ses parents ... qui tentait toujours de les faire disparaître lui ainsi que l'homme qu'elle avait clamé aimer plus que tout. Un cauchemar. Ces deux derniers jours ne pouvaient pas être autre chose qu'un affreux cauchemar. Ce genre de choses ne pouvait ... ne devait pas se produire dans la réalité. Dans sa petite réalité si paisible. Dans son monde, dans sa vie qu'il avait eu tant de mal à se construire.
Il pensa alors à Iruka et Shizune ... que feraient-ils s'ils apprenaient le danger qui pesait sur ses épaules ? Se détourneraient-ils de lui ? Fuiraient-ils aussi loin que leurs jambes pourraient les emporter ? Peut-être pas. Sûrement pas d'ailleurs. En son for intérieur il savait qu'Iruka prendrait toujours position pour le protéger et il remerciait le ciel que son si gentil beau-père, qui lui avait offert une chance de vivre une vie si normale et sécurisante, ne fût pas là pour voir cette dégringolade. Cet homme si bon n'appartenait pas à son monde après tout ... et Naruto se mit à rire de dépit sous le regard étonné de Sasuke. Mais qui Diable pouvait bien appartenir à ce monde ? Où voyait-on des histoires de prophéties, de vampires et de guerre entre humains et démons si ce n'était dans des films ? Il avait ri tant de fois face aux histoires rocambolesques et invraisemblables qui arrivaient à tout un tas de héros arrachés à leur existence banale du jour au lendemain. Et il venait de passer de l'autre côté de la barrière ... sauf qu'il n'avait rien d'un héros. Pouvait-on transformer en héros un pauvre étudiant martyrisé par une vieille enseignante de 80 balais (et sa fierté en prenait un coup chaque fois qu'il y pensait), vivant toujours dans le petit cocon de son beau-père jeune marié et jonglant entre des boîtes à chaussures et un tablier ? Non, cette vision était par trop grotesque et les images qui en découlaient ne purent qu'accentuer le rire nerveux et incontrôlable du blond alors que le brun lui lançait toujours des regards inquiets par moments.
Ce dernier s'abstint bien de lui demander quoi que ce soit d'ailleurs. Il savait que les nerfs du blond étaient en train de le lâcher et il valait mieux le laisser craquer maintenant pour qu'il soit serein lorsque la situation le nécessiterait. Parviendrait-il seulement à retrouver sa raison ? Sasuke lui-même se demandait s'il serait capable de supporter tant de choses débitées les unes à la suite des autres et admira donc la force de caractère du jeune homme qui avait tenu bon jusque là. L'avantage d'avoir passé sa vie à faire face à des situations difficiles sûrement. Ça n'avait pas dû devenir plus simple malgré sa sortie de l'orphelinat. Les doutes, la peine, les regards ... car oui, les gens avaient une fâcheuse tendance à regarder les orphelins comme s'ils étaient des enfants anormaux. Marginalisés, étiquetés, critiqués. Indifférence, soupçons ou pire ... pitié. Naruto aussi avait sûrement eu à subir tout cela. Et l'amour providentiel d'un père n'avait probablement pas pu tout effacer. Il savait que l'Uzumaki n'avait de blondeur que la couleur de cheveux. Il était vif, intelligent et réfléchi malgré les apparences. D'ailleurs, ce masque naïf et espiègle avait peut-être été sa seule défense aux yeux du monde. Un masque solide qui avait pu rejeter tous les mauvais côtés de ces révélations et refuser les évidences. Un masque qui était pourtant inexistant face à des amis comme les deux jeunes femmes de tout à l'heure (dont le regard affichait aussi la marque d'une profonde blessure, immédiatement décelée par Sasuke bien qu'elles n'en aient rien dit), ou face à Kiba et à sa petite amie ... supporterait-il la trahison d'une personne si proche de lui ? C'était cela plus que tout le reste qui inquiétait Sasuke.
Au sommet de la colline du haut de laquelle Sasuke avait contemplé Konoha, se tenaient trois ombres, au même endroit sous le grand chêne qui avait accueilli la pause cigarette du jeune vampire (et oui, à 250 ans et des bananes on est encore jeune chez eux).
Celui qui était apparemment à la tête du trio fronça les sourcils lorsque son regard perçant se porta jusqu'aux abords de Konoha et que ses oreilles entendirent les sons animés d'une ville un dimanche après-midi ensoleillé. Il était grand et carré d'épaules mais d'apparence délicate. Ses longs cheveux bruns étaient noués en un catogan lâche et ses iris d'un noir profond donnaient l'impression de pouvoir tout transpercer. Son expression faciale était stricte et froide, presque ennuyée.
À son côté, un jeune homme plus petit d'une tête s'était nonchalamment appuyé contre le tronc, les bras croisés sur la poitrine. Ses cheveux étaient d'un auburn éclatant et son regard turquoise irréel mettait mal à l'aise quiconque aurait eu le malheur de s'y noyer. Alors que le grand brun était vêtu d'un costume intégralement noir et de haute couture, lui avait préféré un ensemble marron foncé qui épousait à la perfection sa fine silhouette.
Le troisième enfin, était presque aussi grand que le brun. Ses cheveux châtains foncés étaient ébouriffés comme la tignasse flashante du plus petit et ses yeux chocolat intense étaient soulignés d'un trait violet qui agrandissait son regard. Son air était plus décontracté et moins indifférent que les deux autres. Il portait une combinaison noire serrée à la taille par une ceinture de cuir à laquelle pendait un pantin de bois, ballotté au gré de ses pas.
- Ne fronce pas tant les sourcils Crow, tu vas être ridé avant l'âge, lança le châtain à l'intention du grand brun qui se renfrogna encore un peu plus tout en le gratifiant d'un regard hautain.
- L'expression de mon visage ne regarde que moi Dolls, répondit Crow d'une voix plus givrée que l'Antarctique.
- Ce n'est que mon avis, ajouta le châtain.
- Et il ne m'intéresse pas, coupa l'autre sur un ton qui ne souffrait aucune protestation possible.
- En avez-vous fini de votre joute puérile ? Demanda le petit roux d'une voix traînante.
- Toujours aussi impatient Sand, remarqua Crow en esquissant les prémices de l'ombre d'un discret sourire (absolument indétectable par des yeux humains).
- L'odeur de cet endroit me révulse, continua Sand. Leurs odeurs sont si fortes qu'elles me prennent à la gorge.
- Je ne trouve pas ça particulièrement déplaisant, dit Dolls en fourrant ses mains dans ses poches.
- Pour toi rien n'est désagréable tant que tu peux jouer avec avant de le manger, lâcha Crow sur un ton acerbe.
- Je croque la vie à pleines canines les mecs ! Vous devriez en faire autant, se contenta de répondre Dolls avec un petit sourire en coin.
Les deux autres lui lancèrent le regard le plus froid, las, agacé et désespéré qu'on n'eût jamais vu chez un vampire (ce qui n'était pas peu dire il fallait le signaler !).
- Ne perdons pas de temps. J'aimerais en avoir fini avant que le soleil se couche, déclara abruptement le brun.
- La situation n'a pas l'air de te chiffonner plus que ça, constata le châtain. C'est quand même ton frangin.
- Entre devoir et famille, le choix ne se pose même pas, rétorqua le rouquin à la place du brun qui n'avait (de toute façon) pas plus envie que ça de répondre.
- Z'êtes coincés ça fait peur.
- Garde pour toi ce style de remarques Dolls, ton langage contaminé par ces expressions humaines lamentables me brûle les oreilles, dit Crow en fronçant à nouveau les sourcils (et effectivement, les rides n'étaient pas loin).
Dolls haussa les épaules, indifférent, puis sans qu'un mot de plus ne fût prononcé, les trois vampires filèrent aussi silencieusement que rapidement vers la ville. Ce n'était rien de plus qu'une mission parmi d'autres.
Inconscient que des intrus venaient de débarquer, Sasuke s'affairait toujours à traîner un Naruto inerte vers le lieu où résidait Kiba. Il n'avait pas prévu d'entrer ainsi sur le terrain de chasse d'Empty avec lequel il préférait rester en bons termes aussi longtemps que possible, mais le fait que des Gardiens fussent si fortement impliqués dans la partie ne lui plaisait guère. Il préférait consolider leur position à tous deux avant de devoir batailler contre les Hyuuga. Empty était peut-être (selon la prophétie en tout cas) destiné à devenir son ennemi mais le brun ne voulait pas qu'il risquât ainsi sa vie, seul contre toute la famille Gardienne. Surtout que Neji semblait au courant de toute l'histoire et était déjà sur le pied de guerre. Comment expliquer sa présence si récente en ce lieu sinon ?
Sasuke avait déjà eu maille à partir avec des Gardiens, mais ceux-ci ne restaient que du petit poisson dont il n'y avait pas de raison de se méfier. Neji cependant, était sans conteste le meilleur de sa génération. Ce jeune homme avait beau n'avoir que 26 ans, il traquait depuis ses 10 ans et avait fait montre d'un talent tout à fait hors norme. Surtout dans le maniement de cet œil. Car si les vampires avaient été dotés par la nature de la pupille du chasseur qui recélait bien des pouvoirs, la pupille des Gardiens était à même de rivaliser avec la plupart des vampires. Les Uchiha faisaient encore exception. Eux qui avaient fait de leur pupille une arme parfaite en la forme du sharingan, pouvaient encore assez aisément tenir tête au byakugan. Mais ce Neji était décidément un adversaire plus que dangereux.
Plus Sasuke se rapprochait du lieu de résidence de l'Inuzuka, plus l'appréhension le prenait aux tripes. Il ne craignait pas l'intervention des Hyuuga pour le moment, il les savait posés et raisonnables, ne s'engageant pas dans un conflit à l'aveuglette. Mais il redoutait les actes d'Empty. Il sentait au fond de lui qu'il avait fait quelque chose. Il avait toujours été un vampire dénué de sentiments et d'expression, malgré son envie de les acquérir, et ce manque l'amenait bien souvent à mal évaluer une situation ainsi que les risques qui pouvaient en découler. Il était doué, extrêmement doué, et cela seul lui avait permis de se sortir avec brio de tous les problèmes, mais il s'en était souvent fallu de peu du temps où lui et Sasuke parcouraient leur terrain de chasse ensemble. Ils avaient réellement été frères d'armes, plus liés par leur amitié et ce que l'on pouvait qualifier d'affection (version vampirique comme toujours), que Sasuke ne l'avait jamais été avec son frère de sang qui était devenu pour lui comme un étranger depuis la perte de leurs parents. Il n'avait pu aimer personne depuis la disparition de Mikoto et Fugaku, se refermant dans sa petite bulle de solitude en choyant les souvenirs qu'il avait conservés de son enfance. Seul Empty avait pu le tirer de sa réclusion. Parce qu'il avait besoin de lui.
Plus jeune, Sasuke était ouvert, curieux et bavard. À la mort de ses parents, et bien qu'il eût compris la raison de leur choix, inconsciemment il n'avait pu s'empêcher de se sentir trahi et abandonné, quoi qu'il ait pu affirmer à son frère pour le réfuter. Mais Empty savait qu'avant de devenir aussi fermé, Sasuke avait été un grand rêveur qui en connaissait plus long que n'importe qui sur la force des sentiments. Ces petites choses qu'on lui avait refusées parce que trop humaines. Fake l'avait coupé de tout pour qu'il devienne une machine à tuer parfaite. Le vampire ultime selon lui, et c'était naturellement qu'Empty était venu à Sasuke pour retrouver un semblant d'identité. Mais rien n'y avait changé, au plus grand damne des deux vampires. Et aujourd'hui encore, Sasuke avait le désir d'aider son frère d'arme. Mais il savait que rien n'y ferait. Fake avait sûrement détruit tout ce qu'ils avaient construit depuis. À son départ forcé du conseil, chassé par Madara, Fake avait arraché Empty à cette vie qui s'offrait à lui. Et Sasuke n'avait rien fait pour l'en empêcher. Qui était-il maintenant pour espérer que son ancien ami se détourne de celui qui avait été pour lui comme un père pendant plus de 200 ans alors que lui l'avait abandonné à la première difficulté ? L'Empty qu'il connaissait n'était plus, et celui qui restait était dangereux.
La maison de Kiba fut à portée de vue (humaine) au moment où Sasuke sortait de ses pensées, interpelé par une odeur qu'il ne connaissait que trop bien. Il se figea net, tous les sens en alerte et ne réalisa même pas que Naruto (toujours dans le gaz) venait de le percuter.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda le blond d'une voix absente, totalement déconnecté de ce qui se passait.
- Le sang, marmonna Sasuke. Il y a une forte odeur de sang, répéta-t-il en fronçant les sourcils.
Naruto releva la tête et la tourna dans la direction qu'avait prise le regard de Sasuke. Son estomac fit un triple saut périlleux arrière avant de dégringoler quelque part au niveau de ses pieds ... et bien en-dessous même. Il n'avait pas vu qu'il faisait face à la maison de son meilleur ami. Tout le long du chemin, il s'était laissé traîner, perdu dans une sorte de léthargie qui avait placé un épais brouillard devant son regard, mais il voyait clair maintenant.
- Non, souffla-t-il atterré. NOOOON ! Hurla-t-il ensuite en se ruant comme un fou vers la demeure de Kiba sans que Sasuke n'ait eu le temps (ou plutôt l'envie) de le retenir.
Naruto chercha la clé planquée au-dessus de la corniche de l'entrée d'une main fébrile (super original pour cacher une clé ... à croire que les gens prient pour qu'on les cambriole) et déverrouilla la porte au moment où Sasuke le rejoignit. Il pénétra dans la maison et sentit à son tour une forte odeur qui manqua de lui faire gerber tout ce qu'il avait dans le ventre et ses boyaux avec. Il respirait à une allure terrifiante, son souffle était heurté et paniqué, les larmes lui montaient aux yeux et la moindre cellule de son corps était pétrifiée d'une trouille record. Puis il entra dans le salon et se glaça. Il tomba à genoux, les jambes coupées par le spectacle horrifiant qui s'étalait devant ses yeux. Il l'avait vue dans son rêve et avait prié pour que jamais une telle scène ne se reproduise ... mais ses prières n'avaient pas été entendues.
Une pièce totalement retournée par une bataille apparemment violente, le canapé éventré, les chaises renversées, la table basse en morceau, les bibelots brisés au sol, un tableau souillé d'une giclure carmine et au milieu de la pièce, écroulé sur le tapis dans une petite marre de sang à peine coagulé ... il y avait un corps, les yeux exorbités d'effroi, les vêtements en lambeaux et la nuque brisée.
Naruto s'enfouit la tête dans les mains, incapable de retenir plus longtemps ses sanglots déchirants et ses cris d'agonie. Derrière lui, Sasuke resta de marbre face à une scène qui lui était si familière. Il posa sa main sur l'épaule du blond dont le corps était secoué par l'intensité de ses pleurs, et il attendit. Comme toujours son appréhension était fondée. Empty venait d'enclencher les hostilités et plus rien ne pourrait arrêter la marche du destin maintenant.
Info : Le livre que notre Sasu-vampiron de 67 ans lit pendant le souvenir est Faust I, œuvre de notre très estimé Goethe publiée en 1808. Pour faire simple, ce livre traite d'un homme ayant vendu son âme au diable pour obtenir gloire et puissance ... ça me paraissait assez adapté au contexte de ma fiction.
Note de l'auteur : Voilà pour ce dimanche. J'espère que j'ai suffisamment répondu aux questions que vous vous posiez sur tout ce bazar ! Il y a eu beaucoup de révélations et de choses compliquées en un seul chapitre. Comme déjà en temps normal, la plupart d'entre vous ne me laisse absolument aucune review et se contente de lire sans même un petit merci pour l'auteur (encore une fois mes très chers et merveilleux habitués, ceci ne vous vise en rien), je me suis dit qu'au lieu de vous laisser une semaine pour commenter, j'allais vous en laisser deux. Histoire que "le manque de temps" ne soit pas l'excuse pour votre silence (et je précise que ceux qui commentent en retard par manque de temps ne sont pas concernés puisque justement, non seulement ils commentent mais en plus, ils s'excusent de le faire en retard ... ce qui n'est pas utile car toute review arrive à point nommé pour être appréciée par l'auteur !^^).
Le chapitre final de cette fiction "Perdre et retrouver" sera donc en ligne le Dimanche 19 Juillet.
Passez deux bonnes semaines !
