Titre : Goatsucker

Auteur : Lil' Djinn

Disclaimer : Si cette série m'appartenait, je ferais revenir Ruby pour lui botter les fesses jusqu'à en avoir mal aux pieds, et puis je la renverrais en Enfer aussitôt !!!

Résumé : Gillian contempla l'homme devant elle, l'homme qui avait sauvé la vie de ses enfants de la créature qui terrorisait les fermes voisines, l'homme qui maintenant n'avait plus aucun souvenir de son passé ...

Note de l'auteur (1) : Il semblerait, d'après les reviews que j'ai reçu (une grand merci à vous tous/toutes !!!) que je sois quelqu'un de sadique ! Moi, sadique ? Noooonnnn, pas du tout !!!

Sinon, pour ce qui est de la grosse bête ... ben vous ne la verrez pas tout de suite ! Non, il faut d'abord que je continue à être sadique envers Deano, ensuite je la ferais revenir ! Hey, j'ai une réputation à maintenir.

Bonne lecture et n'oubliez pas de nourrir l'écrivain : quelques reviews, deux trois commentaires et je suis rassasiée !

Chapitre II

.

.

Gillian Mc Lean entra dans le service des Urgences de l'hôpital de San Juan en se demandant comment ce qui avait commencé comme une si bonne journée pouvait avoir à ce point échappé à son contrôle. Pourtant tout allait bien quand elle était partie en ville faire ses courses. David et Tina lui avaient promis de ne pas faire de bêtises et même si son petit garçon n'avait que huit ans, il était autant responsable, si ce n'est plus que sa grande fille de onze ans. Elle les avait embrassé tous les deux, leur avait rappelé les consignes habituelles puis elle avait quitté la maison en se demandant une fois encore si elle avait bien pensé à prendre la liste des courses. Son mari Ted était à son cabinet, prêt à recevoir son premier patient et il ne rentrerait sûrement pas avant le milieu de l'après midi mais Gillian n'avait pas prévu de traîner en ville. Juste un aller-retour pour remplir le frigo et ce serait bon. Tout devait bien se passer, David et Tina ne risquaient rien mais quand elle était enfin rentré chez elle, la lumière du répondeur clignotait furieusement dans le salon si vide et silencieux, beaucoup trop silencieux ...

« _ Euh ... Gillian ... c'est Jake. Jake Morris. Le docteur Jake Morris. Je ... je t'appelle depuis les urgences de l'hôpital de la Pitié ... c'est à propos de tes enfants ... non rassures toi, rajouta aussitôt la voix sur le répondeur, tout va bien, ils n'ont rien mais ils ont été ... enfin y'a eu un accident et ce serait bien que tu viennes au plus vite alors ... »

Le message s'était brusquement interrompu à cet instant mais Gillian ne s'en était pas rendu compte. Elle avait laissé tombé ses paquets et avait couru vers la voiture en repassant dans sa tête les paroles de son ancien camarade d'école devenu urgentiste.

A l'hôpital ... à propos de tes enfants ... accident ...

Un accident ... Seigneur !

« _ Madame ? Est-ce que je peux vous aider ?

La voix de l'infirmière à l'accueil la ramena brusquement à la réalité.

« _ Oui je ... je suis Mme McLean. On m'a appelé pour me dire que mes enfants étaient là ...

_ Maman !

Gillian se retourna et vit avec soulagement David et Tina se précipiter vers elle et l'agripper de toutes leurs forces.

« _ Oh mon dieu ! s'exclama Gillian en se laissant tomber à genoux devant ses enfants. Elle les attira contre elle et les serra dans ses bras de longues minutes avant de se dégager lentement.

« _ Est-ce que ça va ? leur demanda-t-elle en les détaillant de la tête au pieds avec anxiété. Vous n'avez rien ? Vous n'êtes pas blessé.

_ Maman ! On l'a vu Maman ! On a vu la créature et elle s'est mise à nous courir après alors on s'est enfui mais on a cru qu'elle allait nous rattraper et là Dean est arrivé et il l'a fait fuir mais elle est revenue et il nous a dit de courir mais quand on est arrivé sur la route on a pas vu la voiture du vieux Joey et il allait trop vite et ...

_ David ! l'arrêta sa mère en posant une main sur son visage. Calme toi mon chéri. ... Bien, maintenant je veux que vous m'expliquez tout ça mais calmement, rajouta-t-elle gentiment en le regardant tour à tour.

Gillian les pris par la main tous les deux et entraîna vers l'espace d'attente réservé aux familles. Elle les fit s'asseoir chacun face à elle et s'agenouilla à nouveau devant eux, avant de laisser une dernière fois son regard glisser sur ses deux bébés, rassurée de voir qu'ils étaient sains et saufs. Les cheveux si blond de son petit garçons était couvert de poussière mais ce qu'elle lu dans ses yeux bleus, aussi bleu que les siens, la rassura sur l'état de son fils. Il avait sûrement connu une belle frayeur mais il allait bien. Tina semblait plus préoccupée et Gillian ne pu s'empêcher de passer une main dans les cheveux long et auburn de sa grand fille, juste pour lui montrer qu'elle était là. Les yeux de Tina, d'un brun chaud et profond, s'éclairent un instant et la petite fille la gratifia d'un sourire timide avant de retrouver une expression sérieuse.

« _ On est parti se promener autour de la ferme, commença-t-elle en évitant un instant le regard de sa mère, peut-être parce qu'elle n'avait pas le droit de s'éloigner des terres jouxtant la ferme de ses parents mais Gillian décida de passer l'éponge pour cette fois.

_ Et ensuite ?

_ On était pas très loin et ... on a entendu ce bruit, tu sais comme quand le chat de Granny est en colère. »

Gillian hocha simplement la tête et la laissa continuer en se forçant à masquer son inquiétude. Depuis déjà quelque mois les fermes des environs avaient subi les attaques d'une bête que personne n'avait malheureusement pu voir ou identifier. Jusque là seul le bétail avait été victimes de ces attaques mais les gens commençaient à s'inquiéter. Surtout parce qu'aucun shérif et aucun vétérinaire n'avaient été capable de mettre la main sur la bête en question.

« _ ... et puis on l'a vu, enfin on a vu ses yeux tous rouges alors j'ai dit à David de courir.

_ Tu as très bien fait, lui assura-t-elle en serrant sa main dans la sienne.

_ J'ai couru aussi vite que j'ai pu, intervint alors le petit garçon en se rapprochant de sa mère. Mais on l'entendait toujours et ... et là Dean est arrivé et il a dû lui tirer dessus parce que ça a fait beaucoup de bruit comme le tonnerre.

_ Je ne comprends pas David, qui est ce Dean ?

_ C'est lui qui a fait partir la bête ! s'exclama Tina sur un ton qui semblait dire « voyons Maman, je t'ai déjà dit tout ça ! ».

_ D'accord, d'accord. Dites-moi juste ce que ce Dean a fait ensuite.

_ Il nous a dit comment il s'appelait parce que tu nous a toujours dit de pas parler aux inconnus, rajouta aussitôt David avec une certaine fierté.

_ C'est bien mon chéri.

_ Et après, renchérit Tina qui ne voulait pas être en reste, après il nous a dit de pas nous inquiéter, qu'on devait courir jusqu'à la route et jusqu'à chez Joey sans se retourner. Mais je courais trop vite et j'ai pas vu la voiture de Joey et j'ai pas eu le temps de sortir de la route ... »

Gillian se sentit brusquement soulagé quand elle réalisa que l'étranger que ses enfants avaient rencontré n'était ni un pervers ni un dangereux criminel, mais juste l'homme qui leurs avait sûrement sauvé la vie. Elle connaissait bien le vieux Joey et sa réputation de danger au volant n'était pas surfaite. A 80 ans, il conduisait beaucoup trop vite et la plupart du temps sans ses lunettes. Seigneur, si cet homme, ce Dean n'avait pas été là elle n'osait imaginer ce qui serait arrivé à ses enfants.

« _ Tu as fait ce qu'il fallait ma chérie, lui assura-t-elle en resserrant son étreinte. Vous avez fait ce qu'il fallait tous les deux.

_ Maman, est-ce que Dean ... est-ce qu'il est blessé ? Le docteur Morris n'a rien voulu nous dire mais ...

_ Je vais aller me renseigner, d'accord ? lui proposa Gillian en espérant pouvoir calmer sa fille. Toi et ton frère vous restez là. »

Elle n'eut aucun mal à retrouver Jake Morris dans l'entrée de l'hôpital. Il n'avait pas vraiment changé depuis le lycée, depuis l'époque où il lui tournait autour en entendant désespérément qu'elle accepte une de ses invitations, ce qui n'était jamais arrivé. Jake n'était un mauvais bougre, juste un adolescent rouquin, maigrichon et maladroit qui s'était transformé en un homme moins dégingandé mais toujours aussi malhabile.

« _ Jake ? l'appela –t-elle quand elle l'aperçut devant l'entrée de l'hôpital.

_ Oh, Gillian ... tu as eu mon message ? C'est bien ... enfin non, ce n'est pas bien que tes enfants soient à l'hôpital mais ils n'ont rien alors ...

_ Oui, je te remercie, l'interrompit-elle gentiment. Est-ce que je peux te parler un instant ? continua-t-elle et elle se força à ignorer la manière dont son regard s'illumina un instant à l'idée qu'ils parlent en tête à tête.

Ils repartirent vers la salle d'attente ou Tina et David se trouvaient toujours et Gillian s'arrêta à quelques mètres devant, suffisamment près pour pouvoir garder un œil sur eux mais suffisamment loin pour qu'ils n'entendent pas ce que Jake pourrait lui apprendre.

« _ Je voudrais que tu me parles de cet homme, celui qui a sauvé mes enfants.

_ Ce n'est pas moi qui m'occupe de son cas ... mais je sais deux ou trois trucs, rajouta-t-il aussitôt, de peur de voir Gillian repartir trop vite. Son pronostic vital n'est pas engagé, il est conscient et lucide et d'après Morgens, celle qui s'occupe de lui, il n'a rien de grave. Du moins compte tenu de la situation.

_ Est-ce que quelqu'un t'a dit ce qui s'est passé ?

_ Eh bien ... d'après tes enfants et le témoignage du vieux Joey, qui soit dit en passant était pas mal secoué, David et Tina ont débarqué devant le pick-up de Joey et ce type a surgit brusquement pour les pousser hors de la route, seulement il n'a as eu le temps de bouger et Joey l'a renversé.

_ Et qu'est-ce qu'on sait sur lui ?

_ C'est là le problème, lui apprit Jake. Il n'avait pas de papiers sur lui et à part le nom qu'il a donné à tes enfants, on ne sait absolument rien sur lui.

_ Je croyais qu'il était conscient ? Pourquoi personne ne lui a posé de questions ?

_ Justement Gillian, c'est là le problème ... »

.

******

.

« _ Une amnésie rétrograde. C'est assez rare mais cela peut arriver.

_ Je ne suis pas sûre de comprendre, reprit Gillian en regardant le Docteur Morgens, un femme d'une cinquantaine d'année au cheveux brun très court.

_ En plus de nombreuses contusions et d'une épaule luxée, ce jeune homme souffre d'un traumatisme crânien au niveau du lobe temporal... c'est le siège de la mémoire. Et d'après ce que j'ai pu constater, il n'a plus aucun souvenir de sa vie d'avant, de qui il est ou de ce qu'il faisait avant l'accident.

_ Seigneur, murmura Gillian en laissant son regard glisser vers la porte de la chambre de Dean. Qu'est-ce qui va se passer maintenant. Vous pouvez l'aider à retrouver la mémoire ?

_ Malheureusement non, il n'existe aucun traitement médicamenteux. J'avais pensé demander conseil à votre mari ... »

Ted, son époux, était psychanalyste et officiait dans un cabinet privé non loin de l'hôpital.

« _ Je vais l'appeler, lui assura aussitôt la jeune femme. D'ici là, il n'y a vraiment rien qu'on puisse faire ? ... Et si on demandait de l'aide au shérif ? Il y a peut-être un avis de recherche pour cet homme ? proposa alors Gillian.

Quelqu'un devait forcément s'inquiéter de son absence ? Personne ne pouvait disparaître sans que l'on s'en inquiète.

« _ J'y ai pensé mais à cause de la tempête la majorité des lignes téléphoniques sont encore hors service et je ne vous parle pas des connections internet. »

Deux semaines auparavant, une violente tempête avait balayé la petite vile de San Juan et ses alentours, déracinant des arbres, détruisant des lignes téléphoniques et électriques et les habitants se relevaient à peine de la furie de la nature. Pour l'instant, seul l'hôpital et la maison de retraite bénéficiaient à nouveau de l'électricité mais il restait encore beaucoup à faire, et le bureau du shérif ne faisait pas partie des priorités.

« _ Alors on ne peut pas savoir qui il est.

_ Non, malheureusement. Du moins pas pour l'instant.

_ Et ... est-ce qu'il y a une chance qu'il retrouve sa mémoire très vite ? lui demanda-t-elle après un instant de réflexion.

_ C'est là le problème ... du moins l'un des problèmes. Il n'y a rien d'établi, il peut très bien retrouver la mémoire demain, dans une semaine, dans un mois ...

Jamais ..., songea Gillian en se sentant brusquement coupable.

.

******

.

Dean ... Dean ... L'homme laissa rouler ce nom dans sa tête, encore et encore. Dean. Seulement ce simple mot n'éveillait rien en lui. Absolument rien. Il aurait très bien pour s'appeler John, Paul ou Jack, cela n'aurait fait aucune différence. Il ne se reconnaissait pas dans ce nom, mais d'après ce que lui avait dit son médecin c'était bien le sien. Du moins celui qu'il avait donné à ces deux gamins. Il gardait encore l'image un peu floue de deux enfants, un petit garçon et une fillette qui le regardaient avec un mélange d'attente et de effroi. Dans ses souvenirs – c'est-à-dire les seuls qui lui restaient ! – quelque chose semblaient les effrayer mais Dean savait, plus ou moins consciemment, qu'il n'était pas de lui dont ils avaient peur. Il y avait quelque chose d'autre, quelque chose hors de cette chambre d'hôpital.

Le jeune homme secoua la tête en essayant de chasser la brume qui avait envahi son esprit mais il n'y avait rien à faire. Ces souvenirs, sa mémoire, toutes sa vie était là, dissimulée quelque part mais il n'arrivait pas l'atteindre. Il ne se souvenait de rien, absolument rien ! réalisa-t-il avec frustration. Même si une part de lui lui répétait sans cesse qu'il devait se souvenir, que quelque chose de mauvais risquait d'arriver s'il ne se rappelait pas il avait très vite comprit qu'il en était totalement incapable. Et l'idée qu'il n'y parvienne jamais, qu'il ne retrouve jamais la mémoire lui avait coupé le souffle durant un instant.

En désespoir de cause, il se laissa aller contre son oreiller et observa un instant la petite chambre d'hôpital. Murs blancs, draps blancs, une poche de sérum physiologique et une d'antidouleur qui lui injectait le produit en intraveineuse et pourtant ... en faisant un fois de plus le tour de la pièce il eut l'impression que quelque chose manquait. Son regard ne cessait de revenir vers la chaise vide qui trônait sous la fenêtre et Dean n'arrivait pas à ce défaire de cette étrange impression. Il manquait quelque chose. Quelque chose d'essentiel, mais quoi ? Pourtant cette chambre était comme toutes les chambres d'hôpital ... et cette simple pensée avait quelque chose de plutôt dérangeant. Comment pouvait-il savoir à quoi ressemblait une chambre d'hôpital ? Comment pouvait-il le savoir avec tant de sûreté ? Peut-être ... peut-être qu'il avait passé un certain temps dans ce genre d'endroit, suffisamment pour se sentir familier de ces places et de tous les instruments qui l'entourait ? A moins qu'il ne soit un grand malade, un fêlé qui aimait se faire hospitaliser à la moindre occasion ?

Dean poussa un long soupir et ferma les yeux un instant, mais un coup frappé à la porte le fit se redresser aussitôt. Il observa avec attention l'infirmier entrer dans sa chambre et poser un plateau repas devant lui sans dire un mot, surpris malgré lui par le sentiment de méfiance qui l'envahit dès que l'homme entra. Pourquoi se sentait-il si tendu ? Ce type n'avait rien de menaçant, ce n'était qu'un infirmier et pourtant, une part de lui lui criait de rester sur ses gardes. Il eut brusquement envie ... non besoin de sortir d'ici. Son instinct lui soufflait que plus longtemps il resterait dans cette chambre d'hôpital et plus il se retrouverait exposé ... seulement exposé à quoi.

Oh bon sang, ça devient complètement dingue ! pensa-t-il avec frustration.

Ses doigts se posèrent sur le plateau et il se força à se concentrer dessus. Tout pour éviter ce genre de pensées dérangeantes. Un bol de soupe ... est-ce qu'il avait une tête à manger de la soupe ? ... des crackers ... mouais ... un petite portion de Jelly-O vert ... quelque chose lui dit qu'il préférait le rouge ... un sachet de sel .... Il prit en main le petit sachet et resta interdit devant le sentiment de soulagement qui l'envahit à cet instant. Ce n'était qu'un sachet de sel, du simple sel mais bizarrement il se sentait mieux. Moins tendu et sur ses gardes. Il le fit tourner quelques instants devant ses yeux, sans comprendre ce qui rendait quelque chose d'aussi banal si précieux pour lui avant d'abandonner finalement. Mais garda le sachet dans sa main. Pour plus de sécurité.

..........

Il venait de finir ses crackers – pas question de toucher à la soupe ! – et hésitait encore à entamer sa portion de Jelly-O quand quelqu'un frappa deux coups à la porte de sa chambre.

« _ Euh ... entrez ? dit-il après un instant d'hésitation.

Il se redressa en grimaçant et il vit apparaître dans l'embrasure de la porte le visage d'une femme d'une trentaine d'année, les cheveux bruns et les yeux bleus, qui le fixa avec un certain embarras avant d'entrer dans la chambre.

« _ Je ne vous dérange pas ? lui demanda-t-elle en les regardant tour à tour lui et son plateau repas à demi entamé.

Comme s'il avait pu faire autre chose ?

_ Non, du tout. »

La jeune femme était plutôt séduisante mais tout en elle criait « mère au foyer ». Ses cheveux ramenés en un chignon lâche, son visage libre de tout maquillage, son vieux jean confortable et son sweat-shirt gris à l'effigie de l'université de UCLA deux fois trop grand pour elle. Ça, et le fait que deux gamins se tenaient derrière elle, à demi masqué par la porte de la chambre.

« _ Je m'appelle Gillian Mc Lean. Je suis la maman de David et Tina, lui dit-elle en avançant légèrement dans la pièce. Je voulais ... je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait pour mes enfants. Peu de gens auraient pris autant de risque et ...

_ Non, c'est normal, l'arrêta-t-il, un peu gêné.

Voilà au moins une chose qu'il savait sur lui : il n'était pas très doué pour recevoir des compliments.

« _ Est-ce que ... est-ce que vous avez discuté avec le docteur Morgens, pour savoir ce qui va se passer après ?

Se passer après quoi ? s'étonna Dean avant de comprendre de quoi la jeune femme lui parlait.

Oh ...

Pour tout dire il n'avait pas vraiment réfléchi à l'après ... il avait encore du mal à se faire à l'idée qu'il avait oublié tous ses souvenirs, tout sa vie d'avant alors quant à savoir ce qu'il ferait un fois sorti de l'hôpital ... Apparemment il n'y aurait personne pour venir le chercher et cette pensée était beaucoup trop déprimante pour qu'il s'y attarde dessus. Jusque là il avait préféré ne pas y penser, en se disant qu'il pourrait toujours trouver une chambre de motel, y rester quelque jours le temps de voir venir ... et cette idée était beaucoup plus rassurante, beaucoup plus familière que celle de rester dans cette chambre d'hôpital plus longtemps.

« _ Euh, non, pas vraiment mais je ne dois pas avoir beaucoup d'option, non ? lui dit-il d'un ton faussement détaché.

_ Justement ... j'y ai bien réfléchi, j'en ai parlé avec mon mari et nous nous sommes dit que vous pourriez peut-être venir chez nous, du moins en entendant que vous retrouviez la mémoire ou que quelqu'un vienne pour vous. »

Sa première réaction fut de dire non. Il ne voulait pas, ne devait s'impliquer avec des étrangers. C'était trop risqué, beaucoup trop dangereux aussi bien pour eux que pour lui.

« _ Ecoutez, je ne sais pas ...

_ Je comprend bien que ce ne doit pas être facile, lui assura Gillian en posant une main sur le rebord de son lit, mais j'aimerai juste que vous y pensiez. Mon mari et moi vous sommes tellement reconnaissant pour ce que vous avez fait. Et puis vous seriez mieux chez nous. Le seul motel du coin n'est pas génial et nous avons une chambre à l'écart, vous ne seriez pas embêté ...

Gillian se tu et détourna le regard un instant, sûrement gênée par son babillage.

« _ Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, lui dit-il finalement.

_ Oh ... je comprends ...

_ Maman ! s'exclamèrent alors les deux enfants en entrant dans la chambre. Ils agrippèrent chacun un pan de son sweat-shirt et la supplièrent du regard.

« _ S'il te plait, murmura la petite fille. Demande-lui encore.

_ Tina mon cœur, je ne peux pas ...

_ S'il te plait ... »

L'attitude de la fillette et son regard de petit chien battu fit sourire Dean presque malgré lui. Mais il ne pouvait pas changer d'avis, même si ces gamins étaient vraiment attachants. Il observa un instant Tina avant de reporter son attention sur David, et quelque chose dans les grands yeux bleus du petit garçon l'intrigua. David avait l'air impatient de le voir accepter la proposition de sa mère, tout comme sa sœur mais il y avait autre chose ... une angoisse ... une inquiétude qu'il avait du mal à masquer ... et Dean su immédiatement ce qui assombrissait le regard de l'enfant. La peur. Celle de voir revenir la bête qui les traquait quand Dean les avait rencontré et dont il gardait un vague souvenir, celui d'une menace au yeux rouges incandescents. David avait peur et il voyait en Dean le seul qui pouvait le protéger.

Je déteste quand des gamins sont impliqués ...

Je sais, moi aussi

Je veux la voir morte, salée et cramée, est-ce que c'est clair !

Dean ferma les yeux un instant en essayant de s'accrocher à ce qui semblait être ses premiers vrais souvenirs mais les voix, la sienne et celle d'un autre homme, avaient déjà disparu.

« _ ... y aller maintenant pour ne pas fatiguer Dean plus longtemps.

_ C'est d'accord.

Dean s'entendit prononcer ses mots un peu malgré lui mais en regardant à nouveau le visage de David, il su qu'il avait pris la bonne décision. Il ne pouvait pas laisser ses deux enfants sans protection. Au fond de lui, il savait que c'était à lui de veiller sur eux.

« _ Si votre offre tient toujours, je veux bien venir chez vous. »

.

.

A suivre ...